(Bathsheba) - This Raw Feeling
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Thaddeus Gentilis
Autour amnésique

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☾☾ Miroir :

☾☾ Particularité :
Métarmophose en Autour des Palombes (Accipiter Gentilis) - Le rapace qui devient le gardien. Le chasseur qui se fait protecteur.
☾☾ Bizarrerie :
Accumule livres anciens et carnets
☾☾ Années :
30 ans, mais en réalité, c'est une énigme pour lui.
☾☾ Occupation :
Perdu dans les méandres de ses pensées, à regarder le monde tourner sans vouloir totalement y prendre part.
☾☾ Myocarde :
Difficile à cerner et à saisir
☾☾ Missives :
387
☾☾ Trogne & crédit :
Sebastian Stan


MessageSujet: (Bathsheba) - This Raw Feeling   Dim 14 Jan - 11:26

This Raw Feeling
Bathsheba & Thaddeus
And it's over, it's over. I'm circling these vultures. Got me praying and it's hunger. Feeling something rotten

L'air pourtant chaud qui enveloppe la pièce fait frissonner peau, se faisant surement la cause de cette fenêtre qui est encore entrouverte et qui en cette heure de cette journée sans fin, de cette boucle qui sans cesse rejoue les mêmes instants pour le plus grand plaisir ou déplaisir de ceux qui y habitent, se fait la porte vers un paysage aux arbres constellés de perles d'eau et de boue qui semble chercher à avaler le peu d'herbe verte qui sert de pelouse. Pour ce mélange étrange des températures, je frémis et expire un doux soupir alors que mes doigts s'activent à refermer les boutons de ma chemise, couvrant ainsi à ma propre vue, la contemplation de ce corps inconnu dont chacune des marques et autres cicatrices me semblent être des moqueries laissées là par cet autre qui est le légitime hôte de ce corps que j'use depuis déjà bien des années. Et si une ombre passe sur mon visage et efface de ses doigts délicats le sourire qui se trouvant pourtant sur mes lèvres jusque-là, je n'émets pas un mot depuis la cachette qui est la mienne, derrière ce paravent que nous avons installés pour nous changer, Bathsheba et moi, quand nous revenons de ses chasses qui sont les nôtres, de ces instants que je chéris où libérés des poids que sont ceux que l'on incombe généralement aux êtres doués de paroles, nous redevenons les animaux dont nous empruntons le plumage, glissant sur les ailes du vent quand nous ne chassons pas, répondant de ce fait à des instincts qui sont les nôtres, même quand nous prétendons être humains. Auparavant, nous retournions dans nos quartiers, nous nous y changions avant de nous retrouver dans un salon autour d'un thé, mais étrangement fatigué par des aller-retours épuisants, des instants de solitude qui brisaient l'allégresse de ce moment trop rare pour ne pas être apprécié, nous en étions venus à cette solution, à cette pièce que nous avons déclaré comme étant la nôtre et qui désormais, ce fait officieusement le refuge des rapaces que nous sommes, ce point de chute au sein duquel nous pouvons abandonner vêtements et peaux humaines pour mieux les retrouver à notre retour, sans par malheur exposer le moindre carré de peau une à quiconque pourrait par mégarde nous surprendre. Ainsi en ses quatre murs, nous trouvons tout ce dont nous pourrions avoir besoin. Serviettes, bassine, eau, savon, canapé, service à thé… Tout est là pour que nous n'ayons point de risques d'être dérangés, comme si nous avions désiré créer au sein de la boucle, un autre refuge, un autre espace-temps dont les seuls membres seraient nous, les deux rapaces qui regrettent et pleurent encore la disparition de leur refuge, de cette immense bâtisse qui sous une neige éternelle était pour eux cette maison que certains disent trouver ici.

Sans peine, je boutonne mon col et enferme ainsi ma gorge dans une étreinte blanchâtre de tissu, une strangulation volontaire et consentante qui met étrangement en avant le tracé de ma jugulaire et la ligne de cette mâchoire qui est la mienne. Une dernière fois, je vérifie que correctement vêtu je suis, et me glisse ensuite hors de cette cachette qui était la mienne, abandonnant sur mes pas le paravent et le recoin de la pièce, pour mieux m'avancer au centre de celle-ci et ainsi atteindre la fenêtre que je referme en un geste délicat. Le temps d'une seconde, alors que derrière-moi, cachée derrière un artifice semblable à celui que j'utilisais il y a quelques instants seulement, l'Ymbryne se rhabille, je me perds dans la contemplation du ciel gris, entrouvrant même les lèvres pour celui-ci avant de me retenir, préférant garder pour moi la nostalgie qui soudain m'envahie, préférant par pudeur surement, converser à l'abri de sa personne, toute la tristesse et la colère que je ressens encore quand je me surprends à toujours regretter cette époque qui ne reviendra jamais. Un autre soupir m'échappe et plutôt que de rester là à ne rien faire, à attendre que le temps change et que les aiguilles d'une montre remonte, je me décide à m'occuper du thé, toujours silencieux, car bien trop préoccupé à l'idée de gâcher cet instant, allant jusqu'à oublier de nettoyer et d'essuyer le sang qui doit encore teinter mes lèvres d'un rouge qui déjà doit tourner au brun. En un réflexe, un automatisme même, je commence alors à faire chauffer l'eau, accrochant au-dessus de l'âtre une bouilloire avant de sortir deux tasses à la porcelaine fleurit que je pose sur la table basse où nous attende déjà quelques en-cas que j'ai pris soin de préparer avant notre sortie. Prestement, je me racle la gorge et brise enfin le silence, prononçant ce qui me semble être mes premiers mots de la journée.

"Thé à la bergamote, j'espère que ça te convient. Je n'ai rien trouvé d'autre dans les placards ce matin."

Je suis d'une banalité qui me donne envie de me gifler. Sans que je ne comprenne pourquoi, il est difficile aujourd'hui de m'exprimer, comme si malgré cette nuit presque correct que mon esprit m'a offerte, ce n'était pas assez pour me soustraire aux angoisses et doutes qui sont les miens, des fardeaux que je porte sans cesse et qui détruisent malheureusement ma capacité à ne pas songer à ce passé qui me manque tant, à cette époque qui n'était pas plus simple mais qui était simplement plus familière. Ce serait odieux de me part d'oser prétendre que j'étais plus heureux avant, mais au moins, j'étais à l'abri des humains et des menaces de cette guerre quasi-éternelle, qui plane au-dessus de nos têtes avec la ténacité d'un vautour affamé. Certes avant, déjà, je regrettais un temps qui n'était plus le mien, une époque où j'étais jeune et dans les bras d'une autre Ymbryne qui ne rêvait que de me garder éternellement avec elle et de danser avec moi, au rythme d'une mélodie que je serais désormais incapable de fredonner, mais au moins, je trouvais dans le confort de cet hiver pourtant rude, de quoi me donner envie d'avancer et de cesser de me morfondre. J'avais encore l'envie de voyager, le besoin de protéger et une candeur qui me faisait parfois me demander si quelqu'un dans ce monde savait qui je pouvais bien être en réalité. Mais de tout ça, il n'en reste rien désormais. Aujourd'hui je ne suis rien de plus que ce rapace qui fuit la réalité d'un monde qui n'est pas le sien et qu'il se refuse à apprivoiser et qui préfère à la place maintenir des habitudes qui ne pourront perdurer.

"C'est perturbant…"

En vain, je tente de chasser le silence, le remplaçant par des mots bien creux qui même à mon oreille ne sont rien de plus que des coquilles vides que forment mes lèvres, des sons presque inutiles qui ne sont qu'une perte de temps et un gâchis d'énergie. Une vaine tentative qui s'accompagne du bruit délicat de l'eau qui bout et de mon regard qui fuit une fois de plus vers la fenêtre.

"La pluie semble sans cesse menacer de tomber et pourtant, passé une certaine heure, plus rien. Il y a des jours j'aimerais être surpris par le temps. J'aimerais que la neige recommence à tomber…"

Je pousse un soupir. Il est idiot d'espérer, de continuer de croire que le passé pourrait renaître de ses cendres et me permettre ainsi de me réfugier à nouveau dans une nostalgie qui deviendrait mon quotidien. Il est vain et étrangement puéril de ma part de continuer à m'accrocher à ce temps qui n'est plus, à cette époque qui ne sera jamais plus désormais qu'un souvenir que je fais difficilement vivre dans ma mémoire défaillante et qui n'a laissé de traces que dans mes manières et les nombreux carnets qui prennent la poussière dans ce que j'ose appeler ma chambre.


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