I don't believe but I feel, I feel | Thaddeus
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Salome Von Diesbach
Image venimeuse

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☾☾ Miroir :

☾☾ Particularité :
Tatouages en armure empoisonnée lors des sombres colères, des folies furieuses. Intouchable venimeuse, elle devient. Esclave du grand organe de la chair, il la condamne à la solitude infâme.
☾☾ Bizarrerie :
Peau aussi destructrice que fragile, elle subit d'intenses douleurs écorchées à mesure que le poison s'insinue dans le corps de la victime qu'elle a infecté. | Collectionneuse de photographies sépulcrales, vestiges morbides de l'époque victorienne. Cueilleuse de membres arrachés aux poupées abandonnées. | Fascination inquiétante pour le dragon, son idole écailleuse. | Ermite agressive, elle éloigne les naïfs du poison qui gangrène sa chair.
☾☾ Années :
Vingt-trois ans dans la boucle. Jeunesse cristallisée. | Vingt-quatre ans, dans les méandres dépravés des hommes.
☾☾ Occupation :
Parfois artiste, souvent tatoueuse. Elle dessine et esquisse, grave à même la chair des contours inventés. Fait couler le sang vermeil, sublime le corps de provocations. Dans une époque qui transpire la fadeur, comme une pieuvre, elle expulse l'encre de sa noirceur.
☾☾ Myocarde :
Calciné.
☾☾ Missives :
119
☾☾ Trogne & crédit :
Hannah Snowdon | kawaiinekoj.


MessageSujet: I don't believe but I feel, I feel | Thaddeus   Dim 14 Jan - 20:17

I don't believe but I feel, I feel

Thaddeus & Salome

Gelée, l'âme profondément enfouie sous les glaciers de la mélancolie, Salome fixe à présent la banalité sordide du plafond qui la nargue, elle et ses rêveries de liberté. Ravagée par les aléas de ses émotions en bataille, son corps las s'est abandonné sur la couche matelassée du creux solitaire qui lui sert de lit. Quelque part, la nuit s'est volatilisée, filant sous ses paupières gonflées d'avoir trop embrassé la pluie. Celle d'un cœur affaibli par les réminiscences putrides d'un passé vicié, celle d'une vie que le mutisme censure à coup de comédie indifférente. La petite femme n'avait pas réussi à fermer l'œil, soulevée par de sombres écueils immatériels qui ne vivaient en vérité qu'à l'intérieur de son esprit fracturé. Morphée n'avait pas voulu d'elle au creux de ses bras salutaires. Il l'avait laissée là, plantée au milieu de sa douleur, sans même lui accorder une simple caresse. Parasitée par ses propres tourments, elle s'est vue, une énième fois, rongée par les termites insolents d'une implacable insomnie. Doucement, très lentement, elle s'était essoufflée, troublant le silence prenant de sa modeste demeure avec des respirations en désordre, saccadées et éreintées par des fantômes sentimentaux qu'elle fantasmait alors de furieusement égorger. Dans son ventre, la bile haineuse s'était mise à bouillonner, repoussant aux frontière de la tolérance, cette placidité dont elle s'échine pourtant à faire preuve depuis que la boucle lui a offert cet horizon inchangeable et infini, si rassurant et étrangement accueillant. Sa solitude morbide quant à elle scellait la contemplation du monde en ruines dont elle s'était pourtant volontairement détachée et sous le coup d'une sourde colère, l'abcès de la matière triste avait empli ses poumons d'eau salée. Ressentir alors que l'absence de cœur est tout ce qu'on espère obtenir s'avère être un fourbe supplice, savant et complexe retour de flammes imposé par une fatalité qu'elle ne pouvait pourtant s'empêcher de trouver particulièrement révoltante. Après le combat individuel, l'affreuse dualité entre la raison sage et l’irrationalité suave, Salome aurait pu faire concurrence aux plus ancestrales statues de marbre, lamentablement exposées dans ces musées pédants qui mettaient mal à l'aise les petites gens. Froide, inexpressive et totalement désabusée par les va-et-vient lancinants des battements cardiaques qui bourdonnaient à l'intérieur de sa cage thoracique, Sally était presque devenue inerte. Vidée de toute once d'émotions humaines. À défaut d'avoir été emportée par la tendresse doucereuse d'un sommeil réparateur, elle virevoltait avec aisance dans les méandres nébuleux de son propre espace négatif.

À pas de velours, le matin était arrivé, effleurant de sa lumière timide les contours givrés de son visage lunaire. Elle avait le regard ouvert sur cette grisaille éternelle qui habillait leur ciel itératif. De sa fenêtre, les nuages cotonneux paraissaient encore plus maussades que la veille. Déformation imagée par le cœur de l'uchronie à merveilles dont elle s'est faite prisonnière un an plus tôt. Le temps disparaissait sous la négligence cruelle qu'elle portait à ceux qu'elle aime. Tout s'était envolé, elle était enfin libérée. Ainsi, elle espérait pouvoir se faire nouvelle. Se réécrire une histoire plus belle, composée de visages inexplorés, d'âmes encore inconnues que sa curiosité rêvait déjà de dévoiler. Elle souhaitait avoir tant de choses à apprendre, suffisamment en tout cas pour cautériser les plaies hurlantes qui la retenaient d'exister pour de bon. Dans ce renouveau incessant, il fallait qu'elle trouve de quoi alimenter ces souffles imperceptibles qui l'animent depuis vingt-quatre années. Pourtant les rouages de ces désirs idéalisés lui semblaient si compliqués. Salome avait le cœur encombré de rancune, de rage incompréhensible envers les hommes, pour tout ce qu'elle avait pu vivre en dehors de cette temporalité immobilisée. Seraient-ils réellement différents ici ? Pouvait-elle aspirer à ces effluves de bonheur qui toujours n'ont fait que l'affamer ? Les réponses à ses questions égoïstes lui échappaient. C'était utopique. Cette échappée belle n'était qu'un vaisseau l'emmenant vers un déni plus grand encore que ce qu'elle pouvait imaginer mais était-ce important, au final ? Comme pour sortir la tête de l'eau, trouver rivage à cet océan polaire qui s'était emparé de ses espoirs précaires, Salome s'est levée, délaissant alors les chimères en lambeaux que lui ont laissé ses maux. Sous l'eau brûlante, ses malheurs semblaient se diluer, dispersés dans la vapeur qui embuait la surface réfléchissante des miroirs incrustés dans sa salle de bain. Déferlant sur sa peau, la pluie artificielle conjurait les mauvais sorts des spectres qui avaient hanté sa nuit. Elle ravivait son énergie jusqu'alors engourdie, insufflant en son être les prémices d'un nouveau jour, page blanche encore vierge de tout récit. Salome exorcisait les restes de sueurs folles qui habillaient ses courbes filiformes, se dévêtit de toutes les petites misères qui avaient saccagé ce temps de repos pourtant si précieux pour elle. Lorsqu'elle coupa finalement le robinet, elle prit la décision d'ignorer ce qu'il s'était passé et focalisa son énergie bancale sur le désir d'aller à l'encontre d'un ami aux problématiques indiscernables.

Thaddeus est un être ombrageux qu'elle avait l'impression de comprendre dans un accord tacite qu'elle aimait s'inventer. Gardien secret de mémoires sur papier, témoins de l'humanité qu'ils avaient pourtant tous les deux quitté, il était évident que leurs chemins se croisent un jour. Entre les quatre murs de sa chambre saturée de livres en tout genre, la venimeuse, pourtant connue de son isolement misanthrope, avait la sensation d'être en sécurité. À leur premier jour, elle s'était aventurée jusqu'au seuil de sa porte quelques mois auparavant. Poussée par la curiosité et l'envie extatique de ne jamais cesser d'apprendre. Ainsi, leurs deux âmes s'étaient effleurées, d'abord maladroitement, jusqu'à finalement s'apercevoir qu'en présence de l'autre, elles se tranquillisaient. Il était devenu, sans qu'elle ne le sache réellement, un point de repère dans une foule qu'elle peinait à comprendre malgré la différence pour laquelle ils étaient tous condamnés. Son départ de chez elle pour rendre visite à l'autour solitaire était donc loin d'être imprévisible. Sans jamais évoquer l'intimité de ses émotions brûlées, Salome savait qu'en se rendant au manoir, elle trouverait l'apaisement qu'elle cherchait. Avant cela, elle s'était apprêtée d'une robe noire à col claudine, appropriée à cette époque livide qui murmurait aux oreilles des enfants les ronronnements d'affreuses bombes, appropriée surtout au deuil d'une vie passée qui refusait d'abandonner son encéphale nécrosé. Pourtant en contraste violent avec les nuages d'encre qui recouvraient son enveloppe charnelle. Sally avait remonté ses cheveux d'ébène en une queue de cheval approximative, libérant ainsi son visage des quelques mèches sauvages qui aimaient pourtant s'y perdre. Enfilant ensuite un impair de la même couleur que cette robe funéraire, elle quitta son logement et enjamba rapidement sa petite bicyclette pour conquérir la route qui la mènera jusqu'au sanctuaire privé de l'autour. L'air frais annihilait les dernières suffocations qui la poursuivaient. Dehors, elle se sentait plus libre, presque emportée par les vagues taquines de la brise légère qui chahutait les plis flous de sa tenue. Les délices d'un bien-être inopiné la surprirent avec douceur. Dehors, pourtant, les gens s'agitaient, chromosomes de vie, poussières de cosmos qui respiraient sans jamais savoir pourquoi ou comment. Sur l'instant, elle s'autorisait à les trouver beaux. Elle, qui d'habitude, les maudissait effrontément. Son myocarde se rendait tant malade de colère que ses prunelles nocturnes peinaient souvent à percevoir le sublime dans le commun pourtant essentiel des mortels.

Sur ces notes fraîches et consolatrices, elle finit par apercevoir la structure imposante du Manoir, antre aux particuliers, Église des incompris. L'impatience batifolait presque au creux de son ventre, ses ailes effleurant les entrailles peu accommodées à ce sentiment étranger. Salome espérait ne pas le déranger de si bon matin, refusant de froisser les humeurs qu'il barricadait derrière un calme pratiquement olympien. La petite femme attacha son transport à une simple barrière de bois avant de pénétrer dans la bâtisse fabuleuse. Ici, elle ne connaissait que trop peu de monde mais personne ne la repousserait. Si elle avait décidé de s'en éloigner, elle ne pouvait nier que l'existence de ce lieu extravagant sanctifiait son âme d'un peu d'assurance usurpée. Salome avait appris sur le bout des doigts ce chemin particulier ; elle était donc arrivée sans mal jusqu'à la chambre de cet inconnu auquel elle s'était attachée silencieusement. Trois coups à sa porte. Jamais plus, jamais moins. Tranquille, elle attendit qu'il lui ouvre. Tranquille, déjà, alors qu'ils ne s'étaient même pas encore adressé la parole. Et puis lorsqu'elle vit enfin le regard azuré de son nouvel ami, elle ne put s'empêcher de sourire. Sincèrement, sans artifices aucun. « Thaddeus, bonjour. Est-ce que je te dérange ? » demanda-t-elle par précaution. S'il était occupé, elle pouvait très bien repasser plus tard.



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Thaddeus Gentilis
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Métarmophose en Autour des Palombes (Accipiter Gentilis) - Le rapace qui devient le gardien. Le chasseur qui se fait protecteur.
☾☾ Bizarrerie :
Accumule livres anciens et carnets
☾☾ Années :
30 ans, mais en réalité, c'est une énigme pour lui.
☾☾ Occupation :
Perdu dans les méandres de ses pensées, à regarder le monde tourner sans vouloir totalement y prendre part.
☾☾ Myocarde :
Difficile à cerner et à saisir
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MessageSujet: Re: I don't believe but I feel, I feel | Thaddeus   Mer 17 Jan - 20:36

I don't believe but I feel, I feel
Salome & Thaddeus
Tard dans la nuit, quand il n'y a plus un chat, qu'il n'y a plus un bruit. Alors je pense à toi je sais que tu m'oublies. Toute une vie sans te voir ce n'est plus une vie

Le temps semble se suspendre alors qu'au bout de mes doigts, coincé entre mes phalanges meurtries et rougies par le frottement désagréable de ma chair contre le mur non loin de mon lit, de cette rencontre douloureuse qui s'est faite lors d'un cauchemar perturbant et dérangeant, se consume ma seconde cigarette de la journée, celle qui suit toujours le retour dans ma chambre, l'instant où après un vol matinal autour du domaine, j'ai besoin de sentir à nouveau le tabac encrasser mes poumons et jaunir le bout de mes doigts, leur donnant ainsi la teinte qu'on les mains des âmes torturées et des écrivains qui noircissent des pages entières pour expier les démons qui dans leur imagination s'agitent et hurlent à chacun de leurs battements de cils. Du bout des lèvres et face à cette fenêtre encore entrouverte, j'observe ce paysage auquel je ne me fais pas, cherchant dans cet horizon hostile et étranger un semblant de réconfort que je ne trouve pas, malgré mes efforts vains dû à mon obstination de regretter encore et toujours cette boucle hivernale, cette époque chérie qui n'est rien de plus aujourd'hui que souvenirs et amertume, des regrets que chaque jours je rumine et laisse macérer au sein de mon coeur, créant ainsi un poison destructeur qui se distille dans mes veines et qui sans peine se mêl à mon sang, lui donnant de ce fait l'épaisseur d'une encre qui semble un peu plus obstruer mes poumons et nerfs, m'engourdissant dans une perpétuelle mélancolie et fatigue qui se font des poids dont je ne saurais me débarraser, des ancres qui me tirent vers le fond et me poussent de plus en plus à me cloîtrer dans les ombres de ma chambre quand je ne me contente pas simplement de me réfugier sous le plumage de l'autour, fuyant ainsi mon humanité pour n'être plus qu'un rapace sauvage et farouche, une oiseau de proie qui pince et blesse ceux qui tentent de l'attraper pour le forcer à quitter cette cage qu'il a lui même construit. Car je ne suis plus que ça, un prisonnier de ma propre chair, un homme qui se refuse à avancer et qui reste bloqué dans un même instant, dans un passé qui ne peut que glisser d'entre ses doigts et qui jamais ne reviendra. Je suis ce Thaddeus qui n'existe presque plus, qui ne fait que survivre et errer dans les méandres d'une époque qu'il se refuse à contempler. Je suis une ombre qui tente de paraitre humaine, une carcasse presque vide qui malgré un vieillissement stoppé par la magie des Ymbrynes se fane et se laisse mourir, non pas à cause d'une malchance ou d'une fatalité injuste mais par envie morbide et malsaine de cesser d'exister, de n'être plus qu'un souvenir, un vague vestige de ce qui a été et de ce qui ne sera jamais plus. Un soupir m'échappe, accompagné d'une volute gracieuse de tabac avant que je ne sois capable d'abandonner mon mégot dans le cendrier de fortune qui est le mien, tuant le chant de la braise qui se consume ainsi que les danses de la fumée pour m'extirper de ma contemplation vaine et vide de tout intérêt, rejoignant à la place ma penderie pour terminer de me vêtir et enfiler les vêtements qui serviront à me donner l'air vaguement humain et soigné, faisant de ce fait illusion pour mieux tromper le regard des autres. Délicatement, j'enfile alors veston et veste pour mieux couvrir ma chemise au col haut qui enserre parfaitement ma gorge et semble se faire pareil à l'étreinte jalouse d'une amante qui ne pourrait supporter de me voir dans les bras d'une autre, dissimulant ma pomme d'Adam sans peine pour mieux me donner ce côté austère qui garde à distance certains des Syndrisgastis de cette boucle, les empêchant ainsi de venir trop près de celui qu'on dit ombrageux quand il n'est pas carrément fuyant. D'un regard à ma montre, je réalise qu'il est malheureusement trop tôt pour moi pour aller m'échouer dans le salon pour grappiller quelques ouvrages qui termineront dans la pile qu'est la mienne, et qu'à quitter ma chambre, je ne gagnerais que l'attention de ceux que je ne veux pas croiser. Alors, contraint par une fatalité qui je n'apprécie pas, je me laisse à la place tomber dans le seul fauteuil de ma chambre, attrapant l'un de mes carnets aux pages vierges pour le feuilleter et pour me désoler des mots qui ne viennent que dans mes pensées et qui jamais ne font leur voyage sur le papier au travers de l'encre de ma plume. Il y a une époque où c'était si simple, si aisé de laisser les mots se faire toutes les paroles que je n'étais pas forcément capable d'exprimer ou même de conserver au sein de mon être. Il y a un temps où j'étais capable de me laisser emporter par une fièvre littéraire et lyrique qui me faisait scarifier frénétiquement le grain du papier pour mieux y inscrire ce trop plein de pensées et de récits qui menaçaient de ses déverser d'entre mes lèvres et de disparaître si je ne prenais pas le temps de les écrire, où j'étais presque ce romancier de la boucle, cet homme qui s'usait à la tâche par besoin de recoller les morceaux de sa propre psyché, espérant ainsi trouver dans les récits d'autres vies, les fragments de la sienne, les morceaux de cet individu qu'était Sigmund, l'ancien propriétaire de ce corps dont je suis le parasite. Il fut un moment dans le temps où j'étais quelqu'un, quelque chose, un imposteur certes mais une fraude qui au moins tentait de faire quelque chose de son existence, une contrefaçon d'être humain qui écrivait et dont désormais les oeuvres ne sont plus que des carnets que j'entrepose dans un coin, que je perds volontairement entre les ouvrages et la poussière, incapable de faire pire que de les ignorer. Entre mes doigts, je vois les pages blanches défiler et se faire une monotonie qui ressemble bien trop à mon quotidien, se faisant un enchaînement de vide et de néant que je ne supporte plus. D'un geste sec, je referme le carnet et le jette sur mon lit pour mieux m'allumer une autre cigarette histoire de calmer mes nerfs. Seulement, alors que mes lèvres presque exsangue à cause de la fatigue se referme sur le filtre qui sépare ma dentition du tabac, je me trouve à devoir affronter des coups que l'on assène à la porte de ma chambre et donc à la présence d'un être assez fou pour vouloir venir perdre mon temps. D'ordinaire, j'aurais pu comprendre la venue de Darren mais depuis le temps, je sais qu'il est ici à son aise et qu'il préfère entrer sans se faire annoncer, ne craignant visiblement pas de me déranger ou de surprendre à la sortie d'une transformation. Lentement, en un geste presque trop élégant pour sembler masculin, je m'extrais du fauteuil pour aller d'un pas léger ouvrir la porte, découvrant ainsi sur le pas de celle-ci Salome, qui d'un sourire m'accueille avant de me gratifier de salutations qui me forcent à attraper de mes doigts la cigarette entre mes lèvres pour pouvoir lui rendre son attention sincère et croasser quelques mots de ma voix dont je n'ai pas usé depuis mon réveil.

"Salome. Non... Je t'en prie, tu ne déranges jamais. Ne t'en fais pas."

Mon sourire est plus rigide que le sien, rouillé surement par tout ce temps que je passe à fumer ou à hurler durant la nuit. Dans la poche de mon veston je glisse ma cigarette avant de m'effacer, lui offrant ainsi la possibilité de me suivre à l'intérieur et de pénétrer dans l'intimité du rapace que je suis, dont le nid fait de livres et de carnets témoigne d'un recroquevillement maladif qui n'a rien de sain et qui n'apportera rien de bon avec le temps. Je passe une main dans mes cheveux et tente de discipliner ceux-ci, comme si ma toilette de ce matin n'avait pas été assez perfectionniste comme ça. De justesse, je me retiens d'ajuster mon col déjà parfaitement mis, avant de me racler la gorge et de reprendre, sans vraiment jeter le moindre coup d'oeil à mon invitée.

"J'ai chapardé de nouveaux livres... Je pense que ça devrait t'intéresser... "

J'évite d'ajouter que de toute façon, elle vient pour ça, préférant mettre sous silence cette vérité que je sais être la nôtre, celle qui définit la nature même de notre relation. Nous sommes après tout deux étrangers qui restent l'un à côté de l'autre par besoin de ne point être seuls et de ne pas avoir à faire face aux questions des curieux. Nous nous apprécions pour cela, pour le silence de l'autre, son respect de l'intimité et des distances qui nous maintiennent en sécurité de l'autre. Nous ne sommes que ça, deux âmes qui ne s'effleurent pas, deux êtres qui refusent de se rencontrer et qui au final ne font que partager une passion commune pour les livres. Alors à la place, plutôt que de trop cogiter sur la raison de sa présence, je préfère occuper mes mains et ma tête pour mieux chercher l'une de mes dernières acquisition, qu'au milieu d'une pile je trouve et tire, souriant légèrement en voyant la tranche de l'ouvrage.

"Moby Dick. Je me souviens l'avoir lu dans ma toute première boucle... Et depuis je n'avais pas réussis à remettre la main dessus... Je ne sais pas si tu l'as déjà lu."

Vers elle je me tourne, livre en mains et léger sourire aux lèvres.
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Salome Von Diesbach
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MessageSujet: Re: I don't believe but I feel, I feel | Thaddeus   Hier à 1:35

I don't believe but I feel, I feel

Thaddeus & Salome

Ses rêves n'étaient plus. Mortifiés par l'illusion de quelque chose qui prétendait être meilleur mais qui, dans le fond, ne l'était pas. Salome avait capitulé sous la stupidité d'une situation qu'elle refusait de comprendre. Elle n'était plus qu'amertume et désastres. Monstre ambulant, bout de chair inutile. Les ventricules de son myocarde s'atrophiaient de devoir subir l'amour et d'ensuite en écoper les conséquences vomitives. Elle aurait voulu être robotisée, complètement dénuée de tous sentiments exagérés. Parce qu'elle n'avait plus foi en l'humanité et que les hommes autant que les femmes lui donnaient la nausée. Le soufre de la révolte embrasait l'espace creux de ses poumons. Elle respirait et inspirait toutes les négativités possibles et envisageables, excluant volontairement la langueur mielleuse des gamines qui pensaient briller dans les regards carnassiers des vautours. En vain, son âme était partie en quête de pureté, filant entre les doigts des ombres déguisées en lueurs. Tout cela, tout ce capharnaüm mental n'avait de sens que pour elle et son esprit désaxé. Ce récit ne pourra jamais être élucidé par qui que ce soit. Sa présence au Manoir ne visait pas à évacuer la morosité. Non, elle ne cherchait pas de rédemption, d'aide quelconque. Simplement la suppression de ce passé qui la rongeait incessamment. Ici, auprès de cet homme solennel, elle s'oubliait pour souligner ces autres qu'elle ne faisait qu'observer, pour souligner des histoires inventées, des portes littéraires qui ouvraient sur d'autres mondes et d'autres pensées. Parler du fond du problème n'aurait pas atténué les furies odieuses qui s'emparaient de son âme frêle. Parler, sans savoir par où commencer, n'aurait fait qu'embuer un peu plus les miroirs de sa culpabilité sourde. Et Salome ne voulait rien entendre. Crachant violemment sur tous les mots consolateurs que l'on pouvait lui donner. La pitié était sordide, à l'image de l'hypocrisie qui transpirait de ces gens qu'elle n'aimait pas. En s'installant ici, elle avait compris ce qu'elle délaissait et ce que cela pouvait engendrer. Elle embrassait ses souffrances, acceptant presque amoureusement sa solitude décharnée et ses insomnies cruelles. Le noir faisait partie d'elle. Sally ne s'était jamais prise pour une lumière frivole et éphémère. Elle refusait l'idée de nourrir les espoirs butés de ceux qui ne voulaient pas accepter la fatalité. Elle préférait courir dans le sens inverse de tout ce que la société pouvait lui imposer, jurant dans un décor factice, tâchant des traces recouvrant sa peau la banalité d'un quotidien qui ne leur appartenait même pas.

Elle avait un amour cisaillé, complètement déglingué qui n'avait rien de tendre ou d'affectueux. Cette rage qui la tenait éveillée jusqu'au petit jour n'était que le fruit gâché d'émotions que certains n'avaient pas su honorer et si elle se complaisait dans l'horrible personne qu'elle était devenue, elle n'en oubliait pas pour autant l'enfant délaissée qu'elle avait été des années plus tôt. Dans les tumultes tempétueux qui la berçaient, Salome avait appris à apprécier l'orage, à respecter sa grandeur terrifiante. Elle n'avait plus peur et ne se plaignait pas de toutes ces larmes qu'elle aimait transformer en leurres. À travers les houles d'un gouffre de magma, l'enfant terrible composait à présent avec les grondements furieux de ses propres monstres. Elle s'était libérée de son enfer et avait pris la décision d'y résider. Thaddeus ne faisait pas semblant d'aimer ce paysage figé ni les gens qui l'habitaient. Il ne prétendait pas un bonheur factice, n'accentuait pas un déni de vérité. Il était. Simplement. Dans toute sa complexité d'être particulier et la petite femme qu'elle était appréciait son authenticité. Sa manière bien à lui de ne pas se fondre dans une illusion constamment répétée. Lorsqu'elle s'installait dans la chambre encombrée, elle arrivait avec facilité à ne compter que sur les secondes furtives qui roulaient sur leurs deux existences. Le fait qu'ils ne se connaissaient pas leur donnait accès aux possibilités innombrables de se réinventer. Et c'était un paradoxe pour elle de tuer sa solitude en compagnie d'un autre qui lui-même s'isolait mais elle ne tentait pas d'expliquer le pourquoi du comment de cette étrange relation qui se tissait lentement aux lignes troubles de leur histoire respective. Fatiguée de tous les jeux insensés auxquels ils se devaient de participer pour bien paraître, elle était ravie que rien de toutes ces singeries n'existe entre les quatre murs de cette pièce. Salome pouvait simplement respirer sans placarder d'adorables frimousses sur son visage de poupée fissurée. Elle n'avait pas besoin d'enrober de douceurs sucrées les mots qui, de sa bouche, s'échappaient. Son âme était nue tout en étant pourtant entièrement protégée par le voile d'un anonymat qui lui avait manqué.  

La voix quelque peu enraillée de l'homme venait de s'éteindre au creux de ses tympans attentifs. De son grand regard obscur, elle observa naturellement les expressions crispées d'un visage qu'elle avait appris à mémoriser avec plus d'aisance qu'elle ne l'aurait pensé. À son autorisation, elle franchissait le seuil de sa porte pour emplir l'endroit de sa présence presque effacée dans la multitude de livres que l'autour possédait. Quelque part, elle décidait de s'installer, reposant son corps qui par manque de sommeil fléchissait un peu sous le poids de la vie qui l'animait. Assise, elle écoute d'une oreille avisée, les quelques mots discrets de celui qu'elle est venue visité. Il lui fit la confidence légère de ses nouvelles conquêtes lignées. Bibles personnelles qu'il collectionnait de manière tout à fait maladive mais qui sublimaient un peu plus son aura d'âme ancienne, cultivée d'un vécu que la tatouée ne pensait même pas à évaluer mais qu'elle devinait grâce à une sorte de sixième sens qui lui échappait complètement. L'une de ses trouvailles était l'œuvre connue de Moby Dick. C'est celle-ci que l'autour avait décidé d'évoquer, peut-être empreint d'une douce nostalgie à la vue de ce sourire plus vrai qui déambulait à l'orée de ses lèvres. « Tout ce qui rend fou, tout ce qui tourmente, tout ce qui remue le fond trouble des choses, toute vérité contenant une partie de malice, tout ce qui ébranle les nerfs et embrouille le cerveau, tout ce qui est démoniaque dans la vie et dans la pensée, tout mal était pour ce fou d'Achab, visiblement personnifié, et devenait affrontable en Moby Dick. » citait-elle grâce à sa mémoire, maladivement aiguisée. Ce livre spécifique, elle l'avait lu alors qu'elle était enfermée en asile. Jugée folle d'avoir voulu anéantir une vie qui avait brisé la sienne. En exprimant cette phrase à voix haute, citation qui l'avait profondément marquée lors de sa première lecture, elle imaginait pouvoir découvrir son propre Moby Dick et être libre de lui courir après jusqu'à s'en crever le corps pour l'étreindre de mort et le faire disparaître dans les profondeurs de son propre océan de malheurs.

Thaddeus avait toujours ce livre entre ses mains alors que l'orpheline détaillait ce sourire qui peinait à exister malgré son authentique éclat timide. Elle était soudainement très intéressée par ce que l'homme sombre pouvait en penser lui-même. « Je l'ai lu oui, il y a quelques années lorsque j'étais à l'hôpital. » dit-elle, de manière lointaine et vaporeuse. « Qu'est-ce que tu aimes le plus dans ce livre, Thaddeus ? » Des mots simples pourtant soulevés par des émotions importantes qui sillonnaient les catacombes de l'existence de cette fille qu'elle n'était plus mais qui, pourtant, pleurait encore la nuit dans les tréfonds obscurs de son âme tiraillée.



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