Pavane pour une princesse (Marie)
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Lazare Delauney
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MessageSujet: Pavane pour une princesse (Marie)   Dim 21 Jan - 19:12

Pavane pour une princesse

Marie & Lazare


Plus vite, plus vite tambourinait le cœur de Lazare, plus vite les jambes fléchissaient – et voilà qu'il n'atteindrait jamais l'horizon, sûrement effondré avant de l'avoir croisée ! L'arrêt s'imposa de lui-même, et une inspiration, puis deux, puis trois, le dos plaqué contre un mur ; le cœur s'apaisa et l'aplomb revint à Lazare. Oh, il ne manquait pourtant jamais de courage ! Il se targuait d'être le plus brave des garçons de la boucle, et même, la nuit, le plus rapide et le plus efficace. Alors il ne fallait guère se dégonfler – et d'ailleurs, le plan, habile, était rôdé depuis longtemps. Une inspiration, puis deux, puis trois, et Lazare s'élança vers son destin, fébrile, mais empli d'un nouveau courage.

Il sillonna les rues de Tenterden avec agilité. La journée ne l'empêchait jamais de se mouvoir aussi bien que les voyants, et mieux encore : tout était calcul, la moindre enjambée, la longueur et la largeur d'une route, le nombre de rues, leurs affluents et leurs carrefours, et Lazare se fiait sans un doute à ses repères nocturnes. Il avait refusé depuis longtemps qu'on l'affuble d'une canne, ou d'un tout autre objet qui aurait fait comprendre aux passants le revers diurne de sa particularité. Non, il se défendait ferme d'un handicap, et ne tolérait rien qui put évoquer une quelconque faiblesse dans son anatomie. Oh, bien sûr, il arrivât qu'on dévisage, en 2017, cet étrange garçon qui marchait bizarrement, tantôt zigzaguant dans les rues, tantôt courant les bras devant lui, et toujours les yeux fermés – mais Lazare ignorait qu'on le regardait de travers, et s'en portait merveilleusement bien.

Une rue, deux rues, trois rues, et le Café approchait.
Il n'était guère difficile de trouver un individu particulier quand on était aussi bon enquêteur que Lazare Delauney. Il suffisait d'interroger trois personnes, compter sur la chance, suivre les pistes, et le tour était joué ; n'était pas messager qui voulait, et s'il existait un don dans la transmission de missives, Lazare en était le meilleur représentant.

Le garçon s'arrêta à l'angle du bâtiment. Il respira plus fort, ne put s'empêcher, pour se détendre, d'estimer le nombre de clients calfeutrés derrière la devanture rouge, jaugea d'après ses oreilles qu'ils n'excédaient pas vingt-cinq, ni même vingt, et calcula dans la foulée le volume d'air contenu dans l'établissement : suffisamment, en tout cas, pour qu'il n'ait pas à suffoquer devant Marie.
Marie, Marie... Même son nom provoquait chez Lazare un irrésistible émoi ; et l'image de son visage, imparfaite, irréelle, qu'il avait en tête, le faisait rêver tout éveillé ; les notes de sa voix l'auraient happé vers des strates célestes et intangibles ; le murmure de son ombre près de lui, doux, feutré, auréolé d'étoiles, charriait son cœur dans les confins de l'amour. L'amour, oui ! Voilà un noble et beau et pur sentiment, qu'on n'aurait pu lui ôter qu'à grand peine, et Marie, ah ! Marie, la douce, derrière la vitrine du Café, encore ignorante des joies qu'elle provoquait chez Lazare, ah ! Marie, Marie, et une respiration, deux, trois, et Lazare, tremblant d'amour, fiévreux des parfums et des images de la belle, franchit la porte du café.

Toute l'atmosphère de l'établissement, et sa réalité, avec Marie à l'intérieur, glissa sur lui comme un sceau d'eau glacée. La tétanie, pourtant, s'estompa rapidement ; et d'un pas qu'il voulait assuré, confiant – mais qui de loin semblait d'autant plus étrange qu'il était clair que Lazare ne voyait rien à rien – il se dirigea vers le comptoir, murmura à l'oreille du serveur, qui lui indiqua, à mi-mot, vers quelle table se diriger.
La tête aussi droite que possible, l'air solennel, voire, malgré lui, un peu pédant, il s'orienta clopin-clopant vers Marie. Il toucha les tables, s'assura de sentir sa présence à côté, pria pour regarder dans la bonne direction et déclara, plus froid qu'il ne l'aurait désiré :
- Marie ? Marie, un paquet pour toi.
Lazare tenta de cacher le léger tremblement qui parcourait ses mains en fouillant dans sa besace pour en retirer un petit paquet emballé avec un soin maladroit, d'écolier ; une feuille de journal l'enveloppait, pliée avec amour, et ornementée d'un ruban mauve. Là-dessous se cachait un livre, qu'on avait recommandé à Lazare, qui connaissait le penchant de Marie pour la lecture – derrière le journal, La Vénus d'Ille, Mérimée, version française – la Vénus qui échoua entre les mains de la Nymphe ; oh, Lazare s'emplissait de mythologiques images, et déjà, il baissait la tête, souriant à ses pieds, un rose timide empourprant ses joues.
- Expéditeur secret, ajouta-t-il, quand il ne faisait aucun doute que le paquet provenait de lui.
Et il resta debout, statique, planté là, comme s'il avait attendu quelques sous pour la commission, quand, en vérité, il attendait une réaction, priant pour que son présent fit sensation.

La curieuse scène ne manqua pas d'attirer l'attention des clients du Café ; mais cela, Lazare ne pouvait guère en avoir conscience, quoiqu'il sentit peser sur lui, de loin en loin, des regards inquisiteurs ; mais ces regards n'étaient rien en face de Marie, de la belle Marie, dont il craignait la réaction.


L'or est au fond du monde et le monde est sens dessus-dessous
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Marie Balmain

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MessageSujet: Re: Pavane pour une princesse (Marie)   Lun 29 Jan - 18:17

Elle attendait, Marie, sans savoir quoi. Son regard se perdait dans les grains de poussière qui volaient dans l’air, se tintant de diverses couleurs en disséquant la lumière. Marie aurait voulu les toucher, ces grains ressemblants à des paillettes, mais elle avait conscience qu’autour d’elle nombreux humains s’en seraient moqués.
La rousse effleura le bord de sa tasse de café, caressa la reluire de son carnet qu’elle appelait son carnet de pensées. Elle y posait ses avis concernant ses lectures, ses poèmes et ses maximes, ses observations quant au monde qui l’entoure et qui n’évolue jamais réellement, quelques dessins mal réalisés et des lettres qu’elle glissait en intercalaire.

Marie balaya la pièce du regard, s’attardant sur les quelques clients qui comméraient en un méli-mélo d’intonations différentes. Entre l’indignement de la vieille à côté et la stupéfaction du jeune homme qui semblait en pleine rupture avec sa compagne, elle distinguait les rires étouffés d’un frère et d’une soeur qui étaient visiblement les auteurs d’une ânerie que leurs parents verraient plus tard.
Que le monde a changé depuis que le temps s’est arrêté de filer! Chaque individu était à lui seul un magnifique tableau à détailler. Les moeurs avaient changés; tandis que l’un balançait une injure à la place d’une virgule, un passant se tenait droit en marchant tête bien haute, arborant ses lunettes de soleil d’une marque inconnue.

Oh, comme le monde est divers! Un prisme révélant d’infinie personnalités, chacune singulière et sans égal. Et comme le monde à étrangement évolué ! L’humain s’est détaché de ses peurs, à fait tomber le voile de la pudeur pour suivre d’autres diktats. L’apparence garde toujours son importance, et pourtant …

Une voix, familière mais que Marie ne souhaitait reconnaitre, la réclama. Quel bougre pouvait bien perturber son après-midi en solitaire ! La rousse, accompagnée de son chignon parfait, fit pivoter sa tête pour mettre un visage sur des paroles.
C’était celui de Lazare, juvénile et souriant.
Sous l’effet de la surprise, la syndrigasti hasarda quelques mots :

- Que fais tu ici, Lazare?

Avant de poser les yeux sur le colis soigneusement emballé. La rousse resta sans voix, saisissant la cadeau sans y croire. Jamais on ne lui offrait d’attention, les seules étant de Left qui glissait quelques lettres dans ses lectures les plus régulières. Marie n’écouta pas non plus Lazare se décharger de toute responsabilité quant à ce paquet.
Quel pathétisme de la voir, fixant le ruban qu’elle n’osait détacher.

- Es-tu sûr qu’il est pour moi? Fit-elle à Lazare. Assis-toi, je t’en prie, as-tu soif?

Elle posa furtivement le colis sur le côté de la table, tapant ses doigts sur l’imprimé vichy de la nappe. Pouce sur le blanc, index sur la rouge, majeur sur la blanc,…
Les clients s’étaient tournés pour admirer la scène, attendant presque plus que Marie de savoir ce que cachait l’emballage en papier journal. Mais elle était bien trop confuse et gênée pour céder à la curiosité. Ses pommettes rougirent alors qu’elle s’imaginait que le colis ne pouvait venir de personne d’autre que de Lazare même. Elle se détendit alors et démêla soigneusement le ruban.

- Comment se passe la découverte de ta nouvelle maison ? Lança la petite Balmain pour combler le silence.

Le serveur se posta devant nous, prêt à prendre la commande du jeunot.
Les minutes s’écoulaient, s’étant déjà transformées en une heure et demie dans ce café. Marie n’avait rien à faire ailleurs, mais les secondes étaient comptées dans ce monde où le temps file toujours.
Elle attrapa sa tasse et termina son café devenu froid, puis en demanda un autre.

Et enfin elle arracha le papier journal, découvrant un livre. Soudain, son coeur fit un bond à mesure qu’il s’emplissait de joie. Un sourire, inconsciemment, se dessinait sur ses lèvres et la rousse ne savait comment extériorisé sa gratitude. Elle commença par livre le titre - un livre qu’elle n’avait encore jamais eu la chance de rencontrer.
Puis, dans un silence, elle enlaça Lazare, espérant montrer à son vieil ami toute son affection; avant de préciser que ses mains étaient hors de portée.
Marie n’a jamais été douée pour les démonstrations d’émotion. Elle fait partie de ceux qui gardent leur sentiment dans le secret, qu’il soit intense, bref, positif ou négatif. Rien n’avait la permission d’apparaitre sur le joli minois de Balmain. Mais avec Lazare, c’était plus facile d’être.


Elle arrive mes chéris
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Lazare Delauney
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MessageSujet: Re: Pavane pour une princesse (Marie)   Sam 3 Fév - 0:00

Pavane pour une princesse

Marie & Lazare


Marie n'ouvrit pas de suite le paquet, doutant même qu'il pouvait lui être destiné. Cette incertitude fissura le cœur tendre de Lazare, pour qui cet aveu signifiait, sans doute, une grande solitude chez son amour imaginaire. Qui doutait que l'on puisse penser à lui devait se sentir bien délaissé, certainement, et ces quelques mots achevèrent de rendre le garçon tout tremblotant. Mais nul doute, Marie en était bien l'unique et désirée destinatrice, et Lazare hocha vivement la tête pour lui faire comprendre – avant de s'asseoir d'un coup d'un seul, s'écroulant comme une masse sur la chaise, suivant la sollicitation de la rouquine.
Lazare ne sut même dire s'il avait soif oui ou non, et bégaya, d'autant plus qu'il se trouvait tout honteux de sa piètre élocution :
- Euh... Non... Enfin oui, enfin... Oui j'ai soif d'un cola.
Un cola, c'était ainsi que, depuis sa découverte du vingt-et-unième siècle, Lazare nommait les fameux sodas. Dispensé, en 1914, de cette emblématique boisson des temps modernes, Lazare en raffolait depuis que le liquide sombre avait coulé pour la première fois le long de sa gorge. Dès lors, il n'avait jamais manqué l'occasion d'en siffler à nouveau, une fois sorti des méandres de la guerre où s'en procurer était impossible.

Sous la table, Lazare se pinçait les pouces d'angoisse, et de malaise. Il entendit le léger frou-frou d'un ruban qu'on touche, qu'on palpe, et pourtant, le froissement de la feuille de journal se ne faisait toujours pas audible – mais qu'attendait-elle, donc, pour ouvrir le présent ? N'en avait-elle point envie, ne rejetait-elle pas le colis, de peur de décevoir Lazare, qu'elle avait probablement percé à jour ? Ou n'en désirait-elle point, suffisante des ouvrages déjà en sa possession ? Heureusement, elle se mit à causer de nouveau, aimable, dissipant quelque peu l'effroi dans lequel s'enfonçait l'aveugle.
Oh, sa nouvelle maison, comme c'était facile à dire ! Lazare s'accommodait de tout, bien sûr, mais de là à appeler cette boucle maison, non, pas encore – bien qu'il y soit à présent coincé pour l'éternité.
- Oh, ça va. J'ai du mal à tout explorer, tu sais, parce que... Enfin, c'est pas facile quand on voit pas, mais... Enfin j'ai rencontré de bonnes gens, ça se passe bien, oui. - A ce moment, il hésita, et balança finalement : Paris me manque.
Avec un sourire, il haussa les épaules, l'air de dire que, de toute façon, on ne pouvait guère en changer, et que c'était une condition qu'il fallait bien accepter.

On vint prendre les commandes ; Lazare perçut le bruit de la porcelaine, d'une tasse qu'on pose, qu'on fait glisser sur le bois de la table, et qu'on enlève. Et vint le chuchotement attendu ; le froissement du journal, le murmure du papier : Marie ouvrait enfin son présent ! Lazare se parait en même temps de toutes les angoisses du monde, amplifiées par la sourde attente de la révélation. Il déglutit, tacha de se montrer désinvolte, simplement curieux – hélas, la moiteur de ses mains, ou la goutte de sueur qui perlait sur son front en dépit du froid ne pouvait guère porter à confusion sur ses secrets états d'âme. Il pria pour que la jeune femme ne remarque rien, l'entendit prendre en main le petit volume de Mérimée, et...
Oh, douce félicité ! Merveilleux moment, tendresse infinie !
Voilà qu'elle le prenait dans ses bras, et Lazare, heureux, béat, de sourire comme le premier des idiots dans la Lune. Quelle réussite, quelle bonne inspiration, que la littérature ! Quelle riche idée avait-il eu, et Lazare s'en flattait bien, étreint par une âme qu'il chérissait plus que la sienne. Ses joues s'empourprèrent de toute la candeur d'un enfant sur lequel on claque un chaste et inespéré baiser, alors qu'il s'emplissait du délicieux parfum que lui procurait un contact si intime avec Marie.

Le temps se suspendit un instant, puis reprit toute sa consistance quand les bras adulés s'ôtèrent de son échine ; mais toujours flottait sur ses lèvres un sourire teinté de malice, et de timidité – un sourire de celui qui en a trop vu, mais à qui cette vision procure un certain contentement. Et Lazare, brusquement, de s'enquérir de la portée du présent :
- Eh bien ! Tu aimes, alors ?
Son visage se décomposa d'un coup quand il réalisa l'aveu sous-jacent à ses propos. Il toussa, s'étrangla sous le poids de sa propre bêtise, manqua de basculer sur sa chaise, et ajouta, sur le ton défensif d'un honnête garçon dont on doute des bonnes intentions :
- Enfin, c'est quoi ? J'l'ai pas ouvert, moi, tu sais – ce qui, en soi, n'était point mensonger ; certes non, il ne l'avait pas ouvert, il l'avait fermé.
On apporta à ce moment les rafraîchissements, et Lazare but une grande gorgée de son cola, l'air innocent défiant tout soupçon. Mince alors, des sots comme lui, on n'en faisait plus de pareils !


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