La Stravaganza (Amos)
 ::  :: Tenterden

Lazare Delauney
Messager de nuit

avatar
☾☾ Miroir :

☾☾ Particularité :
Nyctalope
☾☾ Bizarrerie :
Arithmomaniaque ; compteur professionnel
☾☾ Années :
17 ans, 117 ans
☾☾ Occupation :
Coursier
☾☾ Myocarde :
Véritable artichaut, fervent adulateur, et joyeux malchanceux
☾☾ Missives :
437
☾☾ Trogne & crédit :
Alex Lawther // luaneshë (avatar) ; Jack Kerouac (citations) ; Gal (gif de l'enfer)


MessageSujet: La Stravaganza (Amos)   Lun 22 Jan - 23:39

La Stravaganza

Amos & Lazare

A force d'usure, de répétition, il est possible de faire entrer n'importe quoi dans la tête de n'importe qui. C'est ce que l'on appelle la pédagogie. Et bien qu'il fût loin d'un pédagogue, Lazare employait des techniques tout à fait similaires, non dans un but éducatif, naturellement, mais plutôt en vue de gagner le droit de faire ce que bon lui chantait. Il usait de la sorte un subtil procédé qui consistait à épuiser son adversaire en incessantes exhortations. Les résistances auxquelles il se heurtait ne parvenaient jamais à le décourager ; et dans ce qui semblait une infinie patience se cachait en réalité un acharnement opiniâtre et quelque peu égoïste à refuser qu'on lui dictât le moindre trait de sa conduite. Et si cette capacité à épuiser la patience de ses proches avait fait ses preuves, elle eut pour inévitable conséquence de montrer au monde à quel point Lazare était, disons-le, un parfait emmerdeur.

Pourtant, c'est ainsi que Lazare avait décroché une soirée, une soirée qui s'annonçait, ô combien ! merveilleuse, avec l'ami Amos. Une nuit entre hommes, comme le garçon aimait à le penser, riche de tout ce que l'avenir pourrait leur réserver de plus inattendu ; et Lazare ne doutait guère de la fécondité, ni de la créativité du futur qui s'étalerait bientôt sous leurs yeux ébahis.

Sous le clair de Lune à peine tombé, Lazare attendait. Il trépignait depuis si longtemps qu'il s'était rendu au point de rendez-vous bien avant qu'il fut l'heure convenue – mais que faire d'autre, quand le temps prenait un malin plaisir à s'étirer, mesquin qu'il était, de retarder le moment qui lui tardait le plus ? Le garçon se tortillait les pouces, comptait les brins d'herbe dans un périmètre de trente centimètres, puis les fleurs, puis calculait la vitesse des nuages, souriait, trépignait, tempêtait, criait son amour et son désespoir au temps mal-harmonieux, ou encore, frappait les cailloux de ses godasses toutes abîmées des siècles.
Oh, Lazare ne s'était pas préoccupé une seconde de son apparence – en premier lieu parce qu'il ne la voyait pas, en second lieu parce qu'il était, d'une façon générale, passablement négligé. Le soin qu'il apportait à ses guenilles était tout à fait inexistant, et jamais, par ailleurs, il ne lui serait venu à l'idée de s'habiller convenablement dans une autre circonstance que celle d'un mariage ou d'un enterrement ; et comme il n'assistait jamais ni à l'un, ni à l'autre, le problème n'effleurait, pardi, jamais son esprit.

L'heure fatidique, malgré la langueur désespérante des événements, vint à point. La silhouette d'Amos se détacha, paisible, de la campagne ensommeillée ; et Lazare, qui était, pour son compte, aux antipodes du sommeil, se précipita vers son camarade nocturne. C'est à peine s'il ne lui ouvrit pas tout grand les bras, alors qu'il se ruait, en pauvre dératé, vers cet étrange phénomène d'Amos. Et s'il parvint à contenir, à peu près, ses gestes désordonnés, il n'eut en revanche pas le moindre contrôle sur son appareil vocal, et scanda, sous les étoiles, le prénom de son ami – comme s'il voulait par là lui signaler sa présence ; comme si le pauvre Amos avait pu manquer ce maboul qui s'élançait à toute berzingue vers lui sous les effets de la passion et de l'impatience.
- Amos ! Amos !
Lazare, après sa course folle, dut reprendre un instant son souffle ; et le moulin à paroles qu'il était ne put tarir son flot davantage :
- Ah, Amos ! La nuit est toute à nous !
Et Lazare, l’inquisiteur sempiternel, de demander dans la foulée :
- Alors, Amos, on va où ? Ça fait des heures que je t'attends ! On va où, où ? T'as prévu un truc ?
Sans doute y avait-il moins d'étoiles dans le ciel que dans les yeux de Lazare, dont la bouche s'ourlait en un rieur croissant de Lune. Tout serait merveilles, ce soir !


ABSENT DU 30 JUIN AU 3 AOÛT




Bazar:
 
Revenir en haut Aller en bas
Amos Vaughan
Écran de veille

avatar
☾☾ Particularité :
Technopathie, pathologie. Le contrôle des appareils électroniques.
☾☾ Bizarrerie :
Insecte de nuit, abreuvé de lumières et de néons.
☾☾ Années :
Enfant de 1984, il garde les stigmates de 32 années d'existence.
☾☾ Occupation :
Conteur de vérités et enseignant des mœurs et coutumes du présent. Dernier levé, couché à l'aube, il assure la surveillance du parc une fois tous endormis.
☾☾ Myocarde :
Le cœur facile pourtant vide de noms. Les désirs vont et viennent, indécis et tout à la fois trop sincères.
☾☾ Missives :
282
☾☾ Trogne & crédit :
Dane DeHaan


MessageSujet: Re: La Stravaganza (Amos)   Jeu 8 Fév - 1:15



La Stravaganza † Welcome to the inner workings on my mind. So dark and foul I can't disguise. 8102 20 80 . 002 001 . 002
     La brune avait l’allure d’une aube. Elle révélait ce que la lumière du jour cachait, laissait à quelques êtres isolés le droit de briller lorsque le soleil les bannissait. Elle était l’orée d’un monde à part, où les minutes s’égrainaient sans être comptées, et où ils purent entreprendre de courir sans raison s’ils en avaient seulement envie. Les lumières s’accrochaient aux pupilles, dévoilaient les iris ou les rhabillaient d’une sombre robe noire ; l’obscurité les sublimait, mais leur accordait de plus précieux leurs libertés. Et Amos attendait cet instant. Yeux mi-clos au jour et les vêtements fraîchement passés. Il avait sur lui l’odeur du café, celui que l’on buvait au matin, celles de la cardamome et du cèdre, accrochées à sa gorge en deux griffes luisantes. Sa peau rougissait au froid, la mâchoire scellée contre le gel. Il ne portait pas d’écharpe mais se voulut incapable d’être aussi vulnérable à quelques températures basses. Il voulut tout autant des pièces étriquées, des corps chauds contre lesquels réveiller ses doigts. Mais il n’y eut encore que le vide, l’intransigeance des réveils en campagne et des draps délaissés, lorsqu’il prit à peine conscience de son propre corps. Les petites villes ne battaient pas à son rythme, lentes et las. Secouées en vain, il les eut toutes un jour quittées pour les mêmes raisons.
Il aurait quitté Tenterden sans quelques autres enfants de nuit pour lui tenir compagnie. Leur existence comme un compromis, une chaîne de plus à serrer sur son poignet, et celle s’y tenant était déjà assez douloureuse. Elle était le symbole d’un nom ayant été remplacé, mais existant encore dans l’ombre d’un garçon devenu grand. Amos était appelé, bien plus rassurant à son oreille que quelques vérités. Il leva les yeux sur Lazare, la main bientôt éclose entre eux pour retenir son corps.
« Hé, doucement. »
Son enthousiasme l’amusait. Il fit naître à ses lèvres un sourire, laissa lui échapper un rire. Il dégagea sa main de la poitrine du garçon et la ramena à l’intérieur de la poche tenue contre sa cuisse.
« Je t’emmène dans un endroit spécial ce soir. »
Briseur d’innocence, l’appréhension lui montait aux entrailles. Il crut n’avoir rien d’autre à lui apporter qu’un chemin déviant, et alors qu’il voulut le lui faire entrevoir comme les portes d’un monde plus plaisant que ce qu’il leur fût autorisés à la naissance, il craint en l’y poussant de l’effrayer, le brusquer. Peut-être que ces indécences lui manquèrent à lui, et non à Lazare. Mais il eut fait briller ses yeux, et se devait après l’avoir séduit par quelques histoires, de le guider aux bords de ses souvenirs, aussi mal reconstitués purent-ils être ici. Aux hésitations laissaient place l’attente de quelques regards émerveillés, bien que celui de cet ami fût éteint.

Il le guida dans la ville, précepteur de mauvaises paroles. Tenterden aussi calme que tout autre soir, et il lui eut arraché cette nuit-là le secret de ses silences. La promesse de chairs dénudées sur un bout de papier volatile. Les lettres imprimées noires et le papier glacé rose. La brutalité de ses mœurs dût signer une première soirée. Il l’appelait un cadeau, une fenêtre, et ce ne fût plus les contorsions millimétrées de danseuses en tenues légères qu’il convoita un talon planté près du cœur, mais la lubricité suintant dans l’œil des autres. D’autres lumières, d’autres verres et compagnons. Il sut se tenir à l’écart à l’intérieur de tous ces endroits, tenir les silences de vieux hommes et oublier les rires de frais célibataires. Comme il aimait les ombres de ce monde, il espérait non plus blottir Lazare entre deux cuisses mais dans l’excentricité d’une brèche temporelle où l’aléatoire continuait d’exister.
Il aurait dû craindre les deux femmes les ayant précédés à l’entrée de la fête. Les joues pourpres et les les lèvres saupoudrées de glaçage, elles riaient gorges déployées avant d’être avalées par une porte animée dans l’ombre. Il aurait sinon dû se méfier de devoir lâcher une part de ses billets pour être autorisé à entrer à son tour. Il en glissa la moitié à l’intérieur de la poche de Lazare, profitant de l’obscurité du couloir pour les lui offrir.
« Garde les précieusement, ici ils ont de l’importance. »
Puis ils furent entrés, plongés dans l’ombre d’une pièce éclairée par deux écrans. Un serveur s’était présenté à eux pour les guider vers une table, le nez au flair de quelques billets qu’Amos pensait glisser dans de toutes autres dentelles. Mais comme il leur offrit les deux premières consommations, les figures patriotiques restèrent au chaud à l’intérieur de sa veste. Neufs et déjà froissés sous ses doigts malhabiles.
« J’espère te faire découvrir et apprécier une version moins ennuyeuse de 2018. Ne t’en fais pas pour la lumière, avec chance tout est réglé par ordinateur. »
Les écrans s’éteignirent, effaçant les dernières ombres autour du halo écrasé sur la toile de la scène. Amos trépignait, la jambe frénétique contre son talon. L’appréhension, ou sa propre euphorie à la liberté. Mais les rideaux ne s’ouvrirent pas sur les fantasmes qu’il eut imaginés. Le contre-jour des écrans avait dévoilé l’assemblée comme l’une de ces manifestations pour l’avortement, et celle qui dut danser avait manifestement de plus belles fesses que lui, sinon d’abdominaux tombés trop bas. Ce qui aurait dû respirer la solennité et la perversion devint sous ses yeux l’ombre d’une mauvaise blague, alors que les femmes acclamaient leur Dandy sans chemise.
« - Kuso. »
Les deux cocktails sur pieds se plantèrent devant eux, le sourire du serveur pour ponctuer leur arrivée.
« Ne m’en veut pas, j'ai peut-être mal lu le papier. »



52. 520008 13. 404954  35. 652832 ‎139. 839478  37. 532600 127. 024612 54. 075003 -4. 654712  39. 3626 -85. 9707  51.06845 0.68776 世界は痛い Amos


Dernière édition par Amos Vaughan le Ven 22 Juin - 19:44, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Lazare Delauney
Messager de nuit

avatar
☾☾ Miroir :

☾☾ Particularité :
Nyctalope
☾☾ Bizarrerie :
Arithmomaniaque ; compteur professionnel
☾☾ Années :
17 ans, 117 ans
☾☾ Occupation :
Coursier
☾☾ Myocarde :
Véritable artichaut, fervent adulateur, et joyeux malchanceux
☾☾ Missives :
437
☾☾ Trogne & crédit :
Alex Lawther // luaneshë (avatar) ; Jack Kerouac (citations) ; Gal (gif de l'enfer)


MessageSujet: Re: La Stravaganza (Amos)   Dim 11 Fév - 23:02

La Stravaganza

Welcome to the inner foul I can't disguise.

Lazare devint alors une cocotte-minute menaçant furieusement d'éclater au fil de ses pas. L'attente dans laquelle il était plongé, jusqu'à la révélation finale, le tuait à petit feu ; il eût suffit qu'Amos laisse glisser un indice sur leur destination pour que Lazare ne tarisse plus de questions et s'emporte et s'énerve sans colère – il était une espèce impossible à faire taire. Le garçon se trouvait fort impatient et désespérait de voir enfin éclater au jour la destination tenue secrète. Or, il ignorait encore qu'il ne serait, certainement, point déçu du voyage.

Tenterden s'ouvrit devant eux, et ses ruelles obscures, que Lazare empruntait exprès. Il n'avait vu de la ville que des échoppes fermées, le soir, quand le noir lui permettait d'entrer en contact avec 2018 ; des magasins qu'il ne pouvait percevoir qu'éternellement clos, ou des bars, même, dans lesquels il se s'aventurait point. Les humains du vingt-et-unième siècle vivaient une toute autre réalité que la sienne. Or, comme l'histoire l'avait souvent prouvé, le choc entre les cultures et les générations n'augurait rien qui vaille...

Pourtant, ce soir, Lazare, porté par Amos, sentit qu'il allait se frotter à ce peuple inconnu et terrifiant, dont les individus se trouvaient rivés sans cesse sur des écrans et d'autres machines à causer l'effroi dans les campagnes ; dès la file d'attente, le garçon flaira les dessous d'une affaire sordide dans laquelle l'embarquait Amos. Et cette perspective l'emplissait d'une joie toute entière, parce que, eh bien, Amos le conduisait – par conséquent, on ne pouvait que s'attendre au meilleur, ou du moins, à un pire qui serait rendu bon parce qu'il était sous la protection de son camarade nocturne. Du moins, Lazare prêtait une confiance bien suffisante à Amos pour ne craindre une terrible escapade.
Et il ne se méfia pas, même au beau milieu de cette foule féminine et sa mode d'un autre temps, ni davantage quand Amos lui fourra des billets dans la poche. Il se contenta, les yeux grand ouverts, de hocher la tête en silence. Quand il avait vécu dans la pauvreté reculée d'une autre ère, il connaissait tout à fait la valeur de l'argent – et s'il n'en trimballait point suffisamment sur lui, c'était qu'il n'en avait guère l'utilité, dans les boucles – au point où il peinait même à comprendre la monnaie anglaise qu'il lui fallait recompter et convertir en Francs ses quelques Livres.

Passé ces considérations, l'ambiance sombre et enfumée lui fit soupçonner quelque bar nocturne et peu fréquentable ; ce que les jeunes – les vrais jeunes – nommaient boîtes, et pour sûr, si Lazare n'y avait jamais posé un pied, c'était que le principe lui échappait totalement. De son temps, oui, on allait au bal, on n'allait certainement pas se fourrer dans des boîtes ; et tout lui semblait si noir (oh, non que ce constat le dérangeât) qu'il comprit alors pourquoi on nommait ces endroits des boîtes : le commun des mortels ne devait pas y voir plus loin que le bout de son nez, et on étouffait, pris dans cette atmosphère enfumée et...
La vision de l'endroit lui fit ouvrir toutes grandes les mâchoires. Lazare n'avait jamais rien vu de tel, ni à New-York, ni à Moscou, ni à Las Vegas, non de non ! Pas une boîte ! Des tripots, des bistrots, des maisons closes, certainement, mais un endroit comme celui-ci, jamais ! qu'il but à grandes gorgées dans la boisson qu'on venait de lui apporter – sans même savoir, naturellement, de quoi il en retournait. Lazare ne refusait point un peu d'alcool, de temps à autres...

Et il s'émerveillait déjà de l'endroit, moins apeuré de la foule qu'aux premiers instants, oh, presque aussi à l'aise qu'un poisson dans l'eau, et il souriait à Amos, dodelinait de la tête sur la musique difficilement audible – les nouvelles gens avaient des goûts contestables que l'alcool rendaient plus digestes – dansant, presque, sur son siège, quand – un lever de rideau – la pénombre – et le silence.
Il se tourna lentement vers Amos, bien refroidi de ce qu'il distinguait devant lui.
- Dans quel genre d'établissement on est ? risqua-t-il d'une petite voix que le spectacle naissant rendait nécessaire.
Lazare se hâta d'engloutir tout le contenu qui restait dans son verre, et balança :
- Encore ! plus à destination de lui-même que d'Amos, songeant, sans doute, que la nuit allait être longue. Inattendue. Voilà qu'il se refusait bien de juger les goûts de son ami, car les attraits, il est connu, sont les attraits, et on ne peut guère y changer quoi que ce soit.
Mais il se trouva bien embarrassé, se devait-il d'avouer, quand le spectacle emprunta la tournure convenue, et que quelques vêtements se dérobèrent à l'échine de... L'artiste en scène. Lazare s'empourpra jusqu'aux oreilles, et comprit dès lors pourquoi Amos lui avait donné tant d'argent ; soucieux, sans doute, qu'il ne partageât point ses centres d'intérêt, il l'avait dédommagé par avance en lui offrant de quoi se soûler à n'en plus finir. Et Lazare de se précipiter vers le bar, grisé déjà d'un premier verre.

Soit, songea-t-il, accoudé au comptoir. Amos n'avait point menti, quand il lui avait promis l'extravagance ; et Lazare de se dire que, vraiment, il ne s'ennuyait pas du tout, bien que la sortie ne fût guère à son goût. Par politesse, il se refusa de l'avouer à Amos, soucieux de ne pas lui gâcher son bon plaisir, si tel était-il. Et il revint à la table, les mains chargées de cocktails qu'il ne connaissait pas mais dont les noms lui avaient parlé, en posa un devant Amos, et se mit en devoir de siffler le contenu des autres, une fois encore.
Son regard n'osait pas croiser celui de la scène ; et il se tortillait sur sa chaise, embarrassé, et stoïque, pourtant ; souriant de son inextricable situation et manquant de s'étouffer de rire, par moments. Oh, quand il raconterait sa nuit, dans la boucle ! Il n'osait pas plus regarder Amos, non non non, et, à moitié hilare, fixait les murs, ses verres, et à la fin, déjà gris, se mit à rigoler franchement sur ses boissons.


ABSENT DU 30 JUIN AU 3 AOÛT




Bazar:
 
Revenir en haut Aller en bas
Amos Vaughan
Écran de veille

avatar
☾☾ Particularité :
Technopathie, pathologie. Le contrôle des appareils électroniques.
☾☾ Bizarrerie :
Insecte de nuit, abreuvé de lumières et de néons.
☾☾ Années :
Enfant de 1984, il garde les stigmates de 32 années d'existence.
☾☾ Occupation :
Conteur de vérités et enseignant des mœurs et coutumes du présent. Dernier levé, couché à l'aube, il assure la surveillance du parc une fois tous endormis.
☾☾ Myocarde :
Le cœur facile pourtant vide de noms. Les désirs vont et viennent, indécis et tout à la fois trop sincères.
☾☾ Missives :
282
☾☾ Trogne & crédit :
Dane DeHaan


MessageSujet: Re: La Stravaganza (Amos)   Sam 24 Fév - 22:00



La Stravaganza † Welcome to the inner workings on my mind. So dark and foul I can't disguise. 8102 20 42 . 002 002 . 004
     Il avait éclipsé la paille de son cocktail quelque part sous la table et serrait à présent les dents sur le verre qui leur avait été offert.
« Quoi ? »
Lazare réapparaissait à ses côtés au moment même où il fût judicieux de quitter les yeux de la scène. Mais d’un regard perdu ailleurs il fût encore difficile d’oublier ce qui se passait sous les projecteurs.
« Une boite de strip-tease… ? »
Il put se traiter d’imbécile, toute confiance eut disparue en lui. Il gagnait à quelques regards vers la scène, non des fantasmes alimentés de ses secrets inavouables, mais le charnier de ses révulsions. L’alcool coulait encore assez pour apaiser ses déceptions, et il fût évident que Lazare le suivrait n’importe où sans piper mot. Les billets vomissaient de ses poches pour s’échanger contre des verres, humidifiés par les mauvais alcools mais il revenait les bras chargés et l’air fier.
« Quelle générosité Laz. »
Il rit en voyant son pauvre verre faire face à l’armada que son jeune ami tenait devant lui. L’excès des autres eut effet à le réchauffer. Comme l’euphorie des femmes se mélangeait au rythme des boissons circulant dans la pièce, il se recroquevilla contre le canapé et sentit une chaleur nouvelle venir l’envelopper. Elle lui manquait, ailleurs, loin d’un village et de Tenterden. Il aurait fui des hommes pour retrouver des femmes, mais les lieux comme ce dernier n’étaient ici que de rares âmes égarées. Il entendit les battements des basses derrière les remous du spectacle, sentit ses poumons s’étriquer avec si peu d’oxygène, et ses propres euphories purent faire surface, aussi vides restèrent ses érotismes. Les paupières encore closes pour croire à ses rêves et aux femmes qu’il était venu chercher, il soupira les bras étendus derrière lui.
« Ça va, tu t’amuses ? T’es pas difficile à satisfaire. »
Il rouvrit un œil.
« Tu te moques ? C’est pas de ma faute si j’ai associé le mot strip-tease à des femmes. Ne se soucie-t-on pas d’abord de satisfaire la perversion des hommes ? »
Ses dents se dévoilaient mais ses questions restaient complètent, absurdes à mesure qu’il devinait que la candeur de Lazare put avoir gangréné sa raison.
« Attends, t’as pas pensé que c’était ça ton cadeau ?! »
Il rit cette fois, l’abdomen secoué et la tête bouillonnante. Les écrans vacillèrent et la pièce fut plongée dans l’obscurité. Huée et démantelée par les frustrations, Amos réanima la fête avant qu’elle ne s’essouffle définitivement.
« Ta punition. J’espère que tu l’auras vu le plus nettement possible. »
La gueule béante sur son verre, il aspira son contenu et claqua le socle sur la table. La main cassée vint récupérer l’un des cocktails de Lazare. Elle devait s’appuyer d’une paume sur le pied pour le faire glisser, mais la droite s'en saisit au final.
« J’allais te proposer de nous trouver une danseuse privée, mais vu la vitesse à laquelle tu siffles tes verres, c’est peut-être bien toi qui va finir sur la scène. »
Il était inutile de croire pouvoir approcher l’une de ces femmes. Aussi pressé fut-il d’être le précepteur des vices de son jeune ancêtre baigné de conventions, il crut bon de ne pas se ridiculiser à l’intérieur d’une boite où ils furent déjà homologués comme appartenant à la jaquette ; plus encore alors que des hommes à la plastique normative s’offraient corps et âmes pour satisfaire l’innocente féminité de leur public.
« Ce genre de spectacle marque clairement la rupture entre les désirs des femmes et des hommes. Je t’opposerais la subtilité d’une danseuse à ce spécimen s’agitant comme un morceau de viande sur le parquet. » Le danseur laissait une femme glisser ses mains sur son torse, fusionnant poses lascives et démonstrations de gymnastiques à ses pieds. « Regarde, elles sont complètement délurées ! »
Il se mit à rire lui aussi, gavé d’hilarité et de fatigue. Les lumières bleus creusaient ses cernes et plus encore ses rides, bien qu’immobiles depuis des mois pour le protéger des vieillesses déjà domiciliées sur son visage.
« Bon Laz, sur scène où je t’offre une danseuse ? »
Il eut le sourire dangereux d’un homme de Loi, et avec ça les cartes en mains pour lui faire choisir entre deux péchers. Il se balançait sur le rebord de son canapé, enivré de folies et d’attentes bien plus que d’alcool. S’il n’y eut plus de débauches aux nuits du 19ème, les whiskys étaient restés assez forts pour préserver ses résistances.



52. 520008 13. 404954  35. 652832 ‎139. 839478  37. 532600 127. 024612 54. 075003 -4. 654712  39. 3626 -85. 9707  51.06845 0.68776 世界は痛い Amos


Dernière édition par Amos Vaughan le Ven 22 Juin - 19:46, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Lazare Delauney
Messager de nuit

avatar
☾☾ Miroir :

☾☾ Particularité :
Nyctalope
☾☾ Bizarrerie :
Arithmomaniaque ; compteur professionnel
☾☾ Années :
17 ans, 117 ans
☾☾ Occupation :
Coursier
☾☾ Myocarde :
Véritable artichaut, fervent adulateur, et joyeux malchanceux
☾☾ Missives :
437
☾☾ Trogne & crédit :
Alex Lawther // luaneshë (avatar) ; Jack Kerouac (citations) ; Gal (gif de l'enfer)


MessageSujet: Re: La Stravaganza (Amos)   Lun 5 Mar - 2:01

La Stravaganza

The Mountain King


Lazare s'amusait en effet, plus que de coutume. Cette soirée, pour le moins audacieuse, ressortait d'un tel n'importe quoi qu'il fallait être sot pour n'en tirer le meilleur parti : à savoir, ouvrir grand les yeux, admirer le spectacle et s'enivrer pour l'apprécier mieux encore. Pour cela, d'ailleurs, la bonté d'Amos lui procurait tous les nectars nécessaires à l'exercice de l'ivresse. Les verres appelaient les verres, et, oh ! Lazare se sentait baigné dans l'opulence et les fastes de tout ce que le bar pourrait lui offrir. Poussé par Amos, Lazare se sentait pour toute limite les propres résistances de son corps.

Ainsi rendu bien allègre par l'ébriété, le garçon réagit tout comme la majorité du public, quand son acolyte plongea la salle dans l'obscurité ; c'est-à-dire qu'il se prit à crier, et au moins aussi aigu que l'assemblée des femmes. Les raisons de ce cri, toutefois, divergeaient de ses pairs féminines. La peur du noir lui était, naturellement, étrangère, mais s'il esquivait plus ou moins habilement le spectacle depuis leur arrivée, rendu parfois invisible pour lui par le jeu des lumières, le noir complet lui interdit de s'y soustraire encore.
Il ouvrit des yeux ronds sur ce qu'il était seul à distinguer. Bien loin des pudeurs imposées par la lumière, Lazare rivalisait en excentricités, et en naturel, dérobé au regard des autres. Et son regard à lui parcourt, affolé, curieux, répugné, fasciné, tout à la fois, cette étrange scène ; sa mâchoire s'ouvrit béante, et sur ses traits se figèrent le masque de celui-qui-en-a-trop-vu. Oh, certes, s'il profita du noir plus que quiconque dans la salle, il accueillit le retour à la norme d'un battement de cœur pétillant et gracieux, tout retourné de ce dont il avait été l'involontaire témoin. Et pour toute réaction, Lazare noya, non pas son regret, mais quelque sentiment qui s'apparentait davantage à la circonspection, dans une bonne rasade, diluée d'un grand éclat de rire.

En bon écolier se rangeant aux préceptes de son maître, Lazare dodelina de la tête en écoutant les théories d'Amos. Ah, pour sûr, si les désirs des femmes se manifestaient ainsi, il ne faisait plus l'ombre d'un doute : Lazare et sa malchance amoureuse étaient le fruit d'un raffinement par trop éclatant pour ces demoiselles. Jamais, évidemment, il ne se prendrait à danser de la sorte ; sa plastique se faisait plus discrète, et du même coup plus subtile ; oh, et ses goûts en matière d'habillement (ou plutôt de non-habillement), loin d'égaler ceux des artistes, laissaient sur le carreau les deux morceaux de chiffons que portait encore l'autre dévergondé. Bien sûr que les femmes ne le désiraient point, quand il se montrait si juste à leur encontre, qu'elles ne pouvaient le souffrir !

Ces mystères résolus, Lazare sentit poindre en lui une énorme confiance en ses propres capacités. Il leva des sourcils follement amusés au simulacre de choix que lui laissait Amos. Le garçon n'était pas de ces faiblards rebutés par le premier défi qu'on leur impose : oh, bien au contraire, Lazare était un joueur qui ne manquait, certes non, pas de culot, ni de courage, ni de sottise – trois éléments indispensables à la genèse d'un cataclysme comme il allait s'en suivre.
Fier comme un paon, la majesté en moins, Lazare se souleva péniblement de son siège, manquant de culbuter par la même occasion. Amos voulait du divertissement, soit ! Lazare lui en donnerait pour son argent. Révérencieux à outrance, le garçon s'inclina, et gesticula en petites courbettes dignes des siècles passés. Il ingurgita une dernière lampée, pour le courage, et s'approcha, hilare, digne, et d'un naturel inattendu, vers la scène, sur laquelle il comptait fermement se faire un nom.
Oh, l'idée de s'adonner au même genre d'activité que ses futurs et forcés compagnons de scène ne le rebutait pas suffisamment pour qu'il reconsidère ses intentions. Il se fraya alors un passage parmi les ingénues, et, agile et fort de toute sa confiance, Lazare sauta sur l'estrade.

Il lui fût difficile de comprendre, à ce moment là, pourquoi et comment la vie l'avait mené dans une si fâcheuse posture. Et, comme les gens ivres, Lazare décréta ces considérations superflues.
Le garçon, déboussolé sous le feu des projecteurs, n'y vit naturellement rien à rien – mais entendre toutes ces femmes crier (pour lui, sans doute), achevèrent de le rouler dans l'allégresse et la frénésie. Oh, il sentait sur lui le délicieux poids des regards, et l’extase qui lui montait aux joues, et le désir, galvanisé des cris, des sons, de la musique, de l'alcool ! Lazare, qui en perdait la raison, dans le tourbillon des lumières et odeurs, sentit sa fin toute proche.
Alors, pour finir dans un feu d'artifice, quitte à mourir de sottise, eh bien ! autant trépasser dans les honneurs et la gloire. Un maelstrom tempêtait de toute la rage de ses vents dans ses poumons ; une symphonie lui éclatait aux oreilles ; tandis que, dans un cri vaillant et inapproprié, Lazare retira son tee-shirt, dans une fougue à en briser les coutures.

Pile : Aussi étrange que cela puisse paraître, la dégaine de Lazare et le coup de théâtre de son intervention provoquent l'hilarité dans le public. Le désir tourne à la farce, et puisqu'il en est ainsi et qu'on peut donc tout se permettre, quelques filles également alcoolisées escaladent à leur tour la scène. Les danseurs luttent en vain contre ces soudaines invasions.
Face : On remarque que Lazare a l'air prodigieusement sot, mais aussi étrangement jeune. On ne tolère donc qu'avec grand peine de voir un imbécile de mineur se trémousser sur scène, et la sécurité déboule au galop.


ABSENT DU 30 JUIN AU 3 AOÛT




Bazar:
 


Dernière édition par Lazare Delauney le Sam 12 Mai - 12:25, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Le Corbeau
Oiseau Suprême

avatar
☾☾ Miroir :

☾☾ Particularité :
Ailes du destin, marionnettiste avisé aux trop nombreuses ficelles. Ymbryne silencieuse qui demeure ombre.
☾☾ Années :
Fantôme sans âge, éternel.
☾☾ Occupation :
Boucle entretenue avec soin, rouages cliquetant dans une montre précieusement gardée.
☾☾ Missives :
414


MessageSujet: Re: La Stravaganza (Amos)   Lun 5 Mar - 2:01

Le membre 'Lazare Delauney' a effectué l'action suivante : Main du Destin


'Hasard' :


compte pnj, merci de ne pas mp
Revenir en haut Aller en bas
http://songofthegears.forumactif.com
Amos Vaughan
Écran de veille

avatar
☾☾ Particularité :
Technopathie, pathologie. Le contrôle des appareils électroniques.
☾☾ Bizarrerie :
Insecte de nuit, abreuvé de lumières et de néons.
☾☾ Années :
Enfant de 1984, il garde les stigmates de 32 années d'existence.
☾☾ Occupation :
Conteur de vérités et enseignant des mœurs et coutumes du présent. Dernier levé, couché à l'aube, il assure la surveillance du parc une fois tous endormis.
☾☾ Myocarde :
Le cœur facile pourtant vide de noms. Les désirs vont et viennent, indécis et tout à la fois trop sincères.
☾☾ Missives :
282
☾☾ Trogne & crédit :
Dane DeHaan


MessageSujet: Re: La Stravaganza (Amos)   Mer 2 Mai - 1:30



La Stravaganza † Welcome to the inner workings on my mind. So dark and foul I can't disguise. 8102 20 42 . 003 003 . 006
     Il n’avait pas pensé une seule seconde que Lazare se relèverait de son siège pour rejoindre la scène. L’alcool aux veines, il tanguait sur un rythme qu’Amos voyait se rompre avant qu’il n’ait atteint l’estrade. Il eut pourtant l’air vaillant lorsqu’il l’enjamba, conquérant d’un navire qu’il dû diriger seul. C’est la bouche entrouverte qu’Amos le laissa délivrer son spectacle, inquiet puis impressionné, ses craintes ne l’avaient pas même fait se lever. Il s’était mis à rire, l’abdomen douloureux. Ils furent protégés quelque part et ces croyances suffisaient à laisser Lazare se répandre seul sur scène. Il lui offrit un cri d’encouragement alors que le T-Shirt du jeune prodige s’arrachait en toute maladresse. Et Amos pleurait, les yeux brillants d’hilarité. Il pensait qu’avoir les bras liés sur son estomac empêcherait à ce dernier de rompre, mais le spectacle de la sécurité intervenant sur scène pour y déloger Lazare finit par l’achever.
Il serra les dents sur une nouvelle paille. L’alcool devait lui monter à la tête car il se souvenait à peine avoir vu Lazare être entraîné vers la sortie. Une fois relevé il vit les vigiles disparaître dans le hall, lui-même à leur poursuite s’il arrivait à passer au travers de la foule. Les femmes le firent sourire au-delà de coups de coudes qu’il reçut à l’épaule et d’une claque sur la main qu’il gagna en ayant bousculé l’une d’entre elle pour se frayer un passage. Il mourrait étouffé sous leurs poitrines avec moins de gloire qu’un strip-teaser en string.

Il bouscula à nouveau les vigiles à l’entrée, attrapant le bras de Lazare en pleine course. Il courrait et l’entraînait, seul réellement à croire que quelqu’un les suivrait. Si la porte de la boite était encore ouverte, c’est qu’ils riaient de voir deux imbéciles prendre leurs jambes à leur cou.
« Tu es complètement fou. »
Amos riait. Il se sentait avoir été jeté dans les eaux glaciales d’un fleuve, entre le froid et l’humidité d’une nuit d’hiver. Sa peau rougissait, plus au froid qu’à l’alcool, mais une part de lui bouillonnait.
« C’était du second degré. Pourquoi tu l’as fait ? »
Les yeux de Lazare étaient noirs. Ils luisaient comme un fond de bouteille. Amos y cherchait son ami mais les obscurités ne lui appartenaient pas autant qu’à lui. Il quitta sa veste et vint lui déposer sur les épaules. Sa main soutenait à peine le vêtement, incapable seule de venir recouvrir ses deux épaules. De deux bras il le prit dans ses bras, l’écrasant contre lui avec la fierté d’un père pour son fils.
« Tu es génial. »
Il ne sut plus s’il fût ivre. Quelques-unes de ses déferlantes avaient été menées l’estomac vide. Comme s’il lui fût naturel de déclencher ses exubérances au contact des autres. Le temps avait commencé à perdre un peu de sa prose et il sut à peine distinguer la lune des étoiles. Son croissant était devenu une ligne aussi fine qu’un fil décousu. Dans l’obscurité brillait d’autres lumières que ses iris attrapaient.
« Viens avec moi. »
Les rues étaient désertes et la ville endormie. Il croisait encore quelques rayons entre les volets fermés. Des téléviseurs allumés. Mais ses mains s’écrasèrent sur la vitrine d’une arcade aux décors anciens. Les machines pétillaient sous le néon de la devanture. Au Japon les plaisirs étaient ouverts jusqu’au matin. Il lui sembla soudain avoir été privé de quelque chose une fois rentré sur les côtes de la Grande-Bretagne. Une liberté, ou son illusion. Il put désactiver la surveillance mais dût sans clés forcer la porte de derrière.
« Des fois je me dis que l’Asie t’aurait plu. J’aurais au moins été sûr de t’emmener dans les bons endroits pour voir des femmes nues. »
Il rit. Toute cette nuit lui parut absurde.
« Désolé pour ta surprise. »
D’une main il ralluma le courant électrique. Les machines s’éveillèrent dans l’obscurité.
« Tu connais ça ? »
Il aimait les lumières que son ami ne pouvait voir. L'idée l'attristait, car il ne pouvait lui faire ressentir ses plus grandes euphories. Il éteignit une partie des ampoules, des cercles lumineux placés sous verre.



52. 520008 13. 404954  35. 652832 ‎139. 839478  37. 532600 127. 024612 54. 075003 -4. 654712  39. 3626 -85. 9707  51.06845 0.68776 世界は痛い Amos


Dernière édition par Amos Vaughan le Ven 22 Juin - 19:46, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Lazare Delauney
Messager de nuit

avatar
☾☾ Miroir :

☾☾ Particularité :
Nyctalope
☾☾ Bizarrerie :
Arithmomaniaque ; compteur professionnel
☾☾ Années :
17 ans, 117 ans
☾☾ Occupation :
Coursier
☾☾ Myocarde :
Véritable artichaut, fervent adulateur, et joyeux malchanceux
☾☾ Missives :
437
☾☾ Trogne & crédit :
Alex Lawther // luaneshë (avatar) ; Jack Kerouac (citations) ; Gal (gif de l'enfer)


MessageSujet: Re: La Stravaganza (Amos)   Sam 12 Mai - 23:37

La Stravaganza

The Mountain King

Il sembla à Lazare se fondre sous la lumière. Cette ennemie, qu'il ne pouvait percevoir, l'englobait tout entier, le réchauffait et l'aspirait dans les abîmes du délire ; les sons bourdonnaient dans ses oreilles transies comme une nuée d'insectes bienheureux, galvanisants, tribaux, et presque ésotériques ; et l'alcool, qui s’immisçait dans ses veines, en déliquescent nectar, lui roulait les yeux dans les orbites et cognait son cœur comme un éclatant tambour dans sa poitrine. L'univers entier s'évaporait sur scène. Seule la danse maintenait Lazare vivant, et jouasse, déchaîné comme jamais auparavant.
Ah, qu'il faisait bon vivre, dans ce monde étrange !
Et comme les plaisirs ne durent qu'un temps infinitésimal, il manqua de vomir quand on l'attrapa brusquement par le col – ou plutôt, par les épaules, entendu qu'il ne restait rien de son col. On le bouscula sans ménagement et, comme charrié par le courant d'une rivière infernale, on l'emporta dans la cascade de la foule. Lazare se débattit, tenta de s'accrocher aux branches – aux femmes – afin de retenir sa chute, et hurla le prénom d'Amos afin que ce dernier lui porte secours. Un vague effroi encore empli de l'excitation due à la boisson parcourut son échine, alors qu'on le poussait comme un condamné. Le problème ne constituait pas en ceci que les vigiles s'emparaient de lui – ni plus ni moins que des andouilles – non ; le problème étant plutôt qu'il n'y voyait rien. Or, chacun sait que le noir décuple les peurs.

Séparé du monde, et perdu, Lazare s'apprêtait à embobiner ses gardiens pour obtenir sa liberté. Mais il n'eut guère le temps de mettre à profit ses talents d'orateur qu'on se saisit de lui une fois encore, afin de le tirer sans la moindre délicatesse vers la sortie. Amos ! Lazare se fendit d'un large sourire dont la lumière noire teintait les dents de bleu, et s'élança à toutes jambes auprès de son ami. Un grand rire, presque dément, le saisit aux tripes et le secoua tout entier alors qu'ils fuyaient au travers des rues ; ses jambes s'échauffaient alors que le vent mordait ses bras et son ventre encore nus ; l'alcool valsait dans sa tête – et plus rien n'eut d'importance que cette course nocturne, ainsi que l'hilarité qu'elle provoquait.
Lazare se sentait exactement sur la même longueur d'onde qu'Amos, alors que ce dernier lui sacrifiait sa veste.
- Ben, tu m'as demandé... J'suis pas un lâche, moi. Je regrette rien du tout. Elles étaient complètement cinglées. T'as vu ? T'as vu, elles étaient folles. J'espère que tu t'as profité du spectacle, plus que moi, en tout cas, lâcha fièrement Lazare, tandis qu'Amos le prenait dans ses bras.

Le garçon se laissa ensuite conduire par Amos, absolument confiant en son ami – de toute façon, le moment le plus intense de la soirée s'était probablement achevé sous les projeteurs, au milieu des femmes – et Lazare en riait encore rien que d'y penser. Et bien qu'il jouissait d'une inébranlable foi en son ami, il ne s'était point attendu à s'introduire dans un bâtiment fermé. Il en fallait toutefois plus qu'une entrée par effraction pour effrayer l'énergumène, surtout quand Amos lui garantissait l'anonymat et que la nuit leur appartenait plus qu'à quiconque. De surcroît, les Ymbrynes finiraient par les retrouver, dans le pire des scénarios.
- L'Asie, j'en sais trop rien, si ça me plairait. Enfin de toute façon... J'suis pas prêt d'y mettre les pieds. Mais j'ai pas besoin de toi, ni d'aller chez les Chinetoques, pour voir des femmes à poil, balança Lazare, goguenard.
Son hilarité dissimulait cependant la frustration qu'il éprouvait dans cette boucle, qui n'était, à ses yeux, qu'une vaste prison. Il n'avait eu aucun choix que de l'y rejoindre – à l'exception, peut-être, de se laisser mourir, mais cela, Lazare ne l'envisageait pas.

La porte céda sous les efforts d'Amos, tandis que le garçon détaillait déjà cet endroit bien étrange. Des caissons surélevés, et surmontés d'autres caissons, emplissaient la pièce vaste aux drôles de peintures fluorescentes. Lazare songea, un moment, qu'il s'agissait d'un nouveau moyen pour l'humanité de visionner des films individuellement. Il ne disposa pourtant guère du temps suffisant à l'élaboration d'autres théories, que la lumière s'alluma soudainement.
- Merde, Amos. Préviens avant de faire ça.
Il rabattit en trombe son bras sur ses yeux, aveuglé par la lumière crue des plafonniers, avant de laisser couler doucement ledit bras le long de son corps lorsqu'Amos daigna réduire l'éclairage. Il réfléchit un instant à l'utilité de l'endroit, et, à défaut de se faire dans ses yeux, lumière se fit au moins dans son esprit.
- Euuuh... Oh ! Oh, je sais, c'est un truc de jeux-vidéos, ça. C'est ça, Star War ?
On lui avait conté les merveilles du vingt-et-unième siècle, et la frénésie qui entourait les écrans. Seulement, ces satanés écrans émettaient tous de la lumière, ce qui ôtait toute possibilité à Lazare de pouvoir un jour se familiariser avec eux. Outre les jeux, le cinéma, même, lui restait étranger. Il en fallait plus, néanmoins, pour retirer son enthousiasme au garçon, encore exacerbé par les vapeurs d'alcool. Il se précipita sur les machines.
- Comment ça marche ? Et c'est quoi, le but ? C'est fou, vous avez vraiment des occupations pas banales maintenant. Dire que j'avais même pas l'électricité, avant les boucles. Enfin ça existait quand même, mais pas chez moi.
Il se tourna vers Amos.
- Ah, t'as bien choisi ton siècle. Maintenant, dis-moi tout. J'ai quand même du mal à piger l'intérêt.


ABSENT DU 30 JUIN AU 3 AOÛT




Bazar:
 
Revenir en haut Aller en bas
Amos Vaughan
Écran de veille

avatar
☾☾ Particularité :
Technopathie, pathologie. Le contrôle des appareils électroniques.
☾☾ Bizarrerie :
Insecte de nuit, abreuvé de lumières et de néons.
☾☾ Années :
Enfant de 1984, il garde les stigmates de 32 années d'existence.
☾☾ Occupation :
Conteur de vérités et enseignant des mœurs et coutumes du présent. Dernier levé, couché à l'aube, il assure la surveillance du parc une fois tous endormis.
☾☾ Myocarde :
Le cœur facile pourtant vide de noms. Les désirs vont et viennent, indécis et tout à la fois trop sincères.
☾☾ Missives :
282
☾☾ Trogne & crédit :
Dane DeHaan


MessageSujet: Re: La Stravaganza (Amos)   Sam 23 Juin - 21:48



La Stravaganza † Welcome to the inner workings on my mind. So dark and foul I can't disguise. 8102 20 42 . 003 004 . 008
     Les éclairages de l’arcade traversaient les contours de leurs visages, sculptant à leur contact mâchoires et cernes. Bien que les lumières furent moins intenses, elles laissaient s’étendre leurs halos, teintant leur épiderme de bleu puis de orange. Dans les pupilles d’Amos les ampoules prirent la forme de milliers d’euphories ; l’illusion de plaisirs charnels qu’il imaginait effleurer son bras. Ça lui faisait cet effet d’être libre ; d’avoir un peu trop bu aussi. Il se complaisait dans ses inhibitions, oubliant presque la présence de Lazare.
« T’es bien impatient. »
Lazare était capricieux. A ces moments où Amos se laissait bercer. Il finit par lui tendre un doigt devant son nez. « Star Wars est avant tout un film. Ça, ce sont des amuses bouche. »
D’un sourire il saisit la main de Lazare et la plaça près des boutons.
« Chaque jeu a ses objectifs. Tu dois en général monter des niveaux en enchaînant des combinaisons avec les touches ou la manette. C’est difficile à expliquer si je ne peux pas te les montrer… »
Il se perdit à saisir les contrastes de l’écran, se trouvant maintenant un peu bête. D’une tape dans le dos il invita Lazare à oublier l’idée stupide qu’il avait eue de venir ici. Il était seul à les voir les lumières, seul à voir les couleurs, et sans pouvoir les partager elles eurent peu d’intérêt. Leurs promesses l’attiraient avec bien plus d’emprise qu’un numéro de Hustler. L’alcool dans le sang, il devenait impossible pour lui d’entendre raison. Il renifla, un peu bancal et disgracieux, la douleur aux entrailles d’un nouveau vide. Peu importait les lieux, les lumières seules ne suffisaient pas ; rarement. En embrassant l’amertume des spritz servis au club – cocktail phare d’une soirée entre dames – il se sentit se dématérialiser à l’intérieur des sons produits par les machines. Leurs mélodies ronronnaient dans leur dissonance, les perdant tous deux à l’intérieur des imaginations d'Amos. Aussi bruyantes et colorées puissent-elles être, elles ne remplaceraient jamais ses souvenirs égarés, proches de la frénésie.
« Je te trouverai des jeux vidéo auxquels tu peux jouer. Ce n’est pas comme si ce siècle manquait de possibilités. »
Il se demandait à la fois ce que Lazare pouvait voir et ressentir sans contact visuel, obligé de se conformer au reste, puis cela lui parût étrangement futile de le savoir. Les conséquences d’une nuit arrosée.
« Enfin, ce ne doit pas être si handicapant de ne pas voir les lumières si tu peux voir des femmes à poil. »
Il se mit à rire, en retard de plusieurs minutes sur une phrase qui le fit seulement tiquer. Avec ses airs de grand garçon Lazare lui rappelait presque lui à son adolescence. Trop fier et complexé, mais tout aussi maladroitement attiré par les femmes ; de cette façon où ils voulurent tous un jour être des hommes.
« T’as une pile de magazines porno cachée sous ton lit ? Entre Watchmen et Goldorak. »
Il se dit bien que la pop culture n’avait pas atteint son enfance, puis il se dit aussi qu’il devait le lui faire rattraper, comme il les gavait tous de références étalées sur 30 ans avec l’espoir de se faire le précepte de son temps.



52. 520008 13. 404954  35. 652832 ‎139. 839478  37. 532600 127. 024612 54. 075003 -4. 654712  39. 3626 -85. 9707  51.06845 0.68776 世界は痛い Amos
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé



MessageSujet: Re: La Stravaganza (Amos)   

Revenir en haut Aller en bas
 
La Stravaganza (Amos)
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Amos Daragon
» vois 2 persos de mangas préféré(pas negima tention)
» ~! votre garçon préféré dans votre mangas préféré !~
» Amos Ukizu, Guerrier Divin de Rho
» Amos HILLMAN [Terminé]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
IMAGINARIAE CURIOSITATES ::  :: Tenterden-