De Charybde en Scylla ▬ Salem et Lazare !
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Monsieur Butterfly
Fée naturiste

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☾☾ Particularité :
Obéron est de petite taille, ce qui est déjà une particularité en soi. Mais, ce qui fait de lui un être unique se cache en réalité dans son dos : on peut y voir une paire d'ailes translucide et éclatante de mille couleurs. Il est Obéron, le roi des fées de Shakespeare. Malheureusement, sa musculature bien trop faible l'empêche de s'envoler efficacement, lui causant une puissante douleur dans les muscles de son dos. Il est à noter que ses ailes ne sont pas accrochés tout le temps sur son dos, elles éclosent en même temps que les saisons passent. Pendant chaque transition, il perd ses membranes, ce qui est hautement douloureux, et obtient deux grosses bosses inesthétiques sur le haut de son corps. Au fil des jours, les cocons grossissent jusqu'à faire apparaître des nouvelles parures. Les couleurs s'acclimatent à la température, les formes se modifient et reflètent les sentiments qui dominent Monsieur Butterfly.
☾☾ Bizarrerie :
Il est extrêmement pudique, en particulier avec ses ailes qui le font terriblement souffrir, mais, paradoxalement, adore se balader tout de peau vêtu dans la forêt. Quand il est seul et dans le plus simple appareil, il s’imprègne alors de la nature et s'imagine véritable prince des forêts, gouvernant son domaine de ses milliers de petites toiles travailleuses. Notons qu'il possède une collection impressionnante d'ailes, qu'il entrepose avec soin dans ses différents bagages, à l'intérieur de bocaux annotés de ses réflexions du jour.
☾☾ Années :
Un papilon est éphèmére. Vouloir connaitre son âge, c'est souhaiter le voir s'envoler. Bon, il a juste 45 ans. Super la poésie.
☾☾ Occupation :
Monsieur Butterfly écrit des pièces de théâtres, souvent comiques, pour les représentations de la fête foraine. Bien souvent, il rédige des rôles où le petit bonhomme peut resplendir. Évidemment, tous ses drames mettent à profit les particularités des habitants de la boucle et utilisent au maximum les procédés techniques, dans le seul but de faire voyager et et d'émouvoir les spectateurs. À l’occasion, Obéron se lance parfois dans l’écriture littéraire ou dans la création d’opéras : même si, ses connaissances dans le domaine se retrouvent très limitées. Il est à noter que c’est un personnage créatif, qui se plaît à cumuler les tâches et à s’élancer dans des aventures toujours différentes. Il n’est pas impossible qu’il puisse tout claquer pour partir faire autre chose. Il vit au gré de ses lubies.
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☾☾ Trogne & crédit :
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MessageSujet: De Charybde en Scylla ▬ Salem et Lazare !    Sam 27 Jan - 15:01

De Charybde en Scylla

« Icare s'envoyait en l'air dans le plus simple appareil. »





Obéron était en colère, sa semaine avait été plus que mauvaise. La représentation de sa nouvelle pièce continuait à accumuler un retard monstre, ce qui rendait très difficile le fait de tenir les délais impartis. Les costumes étaient encore en finitions, les décors, à moitié peints, s’accumulaient dans l’arrière sale du théâtre avec les différents instruments. Les artistes faisaient de leurs mieux pour se plonger dans les partitions et la pièce, mais, tout semblait être le travail d’un simple amateur. Le metteur en scène n’aimait pas cela, c’était son ego qui en prenait un coup, et il se montrait alors de plus en plus cassant avec les comédiens et les ingénieurs. Monsieur Butterfly était déjà un peu soupe au lait d’origine, ce qui ne faisait qu’ajouter des brindilles au feu qui commençait dangereusement à le dévorer. La goutte d’eau fut le moment où le petit bonhomme apprit que le personnage d’Icare ne serait pas incarné, l’acteur ayant fait une dangereuse chute en répétant le spectacle. Petite boule de furie, il avait alors explosé en crachant des amas de haine sur tout le monde, et s’était mis à mordre et à frapper sévèrement tout ce qui lui passait sur la main, y compris le chat du propriétaire du théâtre.

Nerveux mais pas inconscient, le nain prit alors la décision de prendre quelques jours de vacances, histoire de se reposer l’esprit et de réfléchir amplement à comment assurer un divertissement de qualité. Son mauvais caractère n’était que passager, et son naturel doux reprit mollement le dessus. Il fallait le comprendre, son travail était une des seules choses qui le maintenait en vie, et sentir son esprit créatif ainsi trahit par l’univers le rendait littéralement malade. Les habits en moins, le corps recouvert de sa nature chérie, Camille se sentit de nouveau prêt à affronter le monde civilisé, le cœur remplit de ses chants poétiques familiers. Évidemment, il n’était pas parti sans avoir fait de nombreuses recommandations, sous la forme d’un gigantesque livre, et sans avoir confié à ses collaborateurs une liste minutieuse d’instructions. La première était, bien sûr, de trouver au plus vite un remplaçant pour occuper le poste manquant.

Assis sur une des chaises confortables du théâtre, l’écrivain parcourait avec grand intérêt l’article qui avait été soumis aux journaux locaux. L’immortel portait un costume élégant, marron et strié, ainsi qu’un chapeau melon qu’il faisait tournoyer négligemment sur sa canne en bois, sombre. Les lunettes sur son nez, tordues, commencèrent à glisser alors qu’il entamait la lecture du fameux encadré :

URGENT ! LA TROUPE DE MONSIEUR BUTTERFLY EST A LA RECHERCHE D’UN REMPLAÇANT POUR INCARNER L’UN DES PERSONNAGES PRINCIPAUX DE SA NOUVELLE PIÈCE : DÉDALE, DIEU DES HOMMES.

La recherche est ouverte à toutes les personnes capables de passer les auditions au plus vite, la représentation ayant lieu la semaine suivante. Une bonne capacité d’apprentissage est requise pour le rôle, moins important, il serait tout de même utile de posséder quelques compétences en danse et en rythmique.

Le poste pourvu concerne le rôle d’Icare, dans une représentation anachronique et très personnelle des mythes de Dédale. La rémunération conséquente, subira une augmentation nette et importante si l’acteur se rend disponible directement et en ayant à cœur la qualité de son travail, en acceptant un contrat dépassant largement les horaires initialement prévus.

L’audition consistera en un échange classique de dialogues, ainsi qu’une démonstration d’un talent particulier, d’une particularité. Obéron attend une grande part d’initiative provenant de ses comédiens, et promet qu’il saura se servir de tous les nouveaux éléments qui pourront enrichir la représentation. Sentez-vous libre de vous produire comme bon vous semble.

Ci-joint, toutes les informations complémentaires pour nous contacter.

Bien à vous,
La troupe de Monsieur Butterfly.

Le tout manquait un peu de style mais, Obéron ne se sentit pas l’humeur de faire part de ses critiques à son collègue de droite, lui adressant à peine un clin d’œil avant de plier soigneusement le journal, le plaçant sur ses genoux. Son séjour lui avait fait du bien, il était redevenu lui-même. Et avec sa renaissance, la fée avait retrouvé sa diplomatie surnaturelle.

— Vous avez bien fait et dans les temps, j’apprécie beaucoup votre efficacité, François. J’espère que les acteurs que vous avez sélectionnés sont bons.


L’autre acquiesça de la tête, sûr des comédiens qu’il avait présélectionné avec zèle. D’un geste autoritaire, il demanda à ses assistants de faire entrer le premier d’entre eux. Les lumières se ternirent, jusqu’à presque s’éteindre, et la scène se mit alors rapidement en place pour accueillir les artistes. Monsieur Butterfly avait hâte de voir ce qu’avait à lui proposer François, et ses yeux de papillons se parèrent des mille couleurs de l’enfance, à mesure que grondait son impatience. Il n’allait pas être déçu, pour sûr !



PS : @Salem B. Sweeney et @Lazare Delauney : Faites vous plaisir, n'hésitez pas à prendre des libertés sur le contexte et sur les décors, et même sur les rôles, les personnages et les figurants. Rien de la pièce n'est défini, donc, tout est encore à définir !
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Salem B. Sweeney
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Tu miaule, tu ronronnes, tu griffes, tu te prélasses, tu fais preuve de souplesse. Tu es une combinaison presque parfaite d’un homme et d’un chat.
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Tu aimes le poisson cru, mais pas cuit. Tout sorte de poisson + Tu as la paranoïa des chiens, tu les trouves puants et vulgaires + Tu es narcoleptique, tu dors beaucoup et quand tu ne dors pas, tu somnoles. + L’herbe à chat est ton absinthe, ça te rend un peu zinzin sur les bords + Tu collectionnes les tickets de spectacles et les boites de pop-corn. + Tu n'as pas le vertige, mais tu es allergique à la poussière. + Ton petit péché mignon est le travestissement, tu adores porter des robes. + Tu es aichmophobique et athazagoraphobique. En clair, t’es plus grandes peurs se résument à la peur des aiguilles (en majeur partie) et à être mis de côté et/ou d’être ignoré.
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On dit que tu as quarante année lorsque l'on te croise dans la rue. Mais en ce penchant un peu sur ton cas, tu es bien plus vieux que ça.
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Les airs sont tes alliées et tu joues avec le vertige. Tu es acrobates pour la foire aux monstres Imaginariae Curiositates.
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Amoureux du temps, ton amant file et se défile. Tu essayes de combler son absence, célibataire et unique, attiré pour le même genre que toi.
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MessageSujet: Re: De Charybde en Scylla ▬ Salem et Lazare !    Sam 27 Jan - 22:55

De Charybde en Scylla

« Icare s'envoyait en l'air dans le plus simple appareil. »





Belle journée en perspective, rien n’avait troublé son réveil ce matin. Non, pas même un équidé farceur désireux d’aventure. Ses yeux s’étaient ouverts en silence, prêt à affronter de nouveau le monde qui s’offrait à lui. Monde qu’il aimait, à sa manière, mais dont il connaissait si peu de chose. Parfois ce constat traversait son esprit, et il n’était pas mécontent qu’on l’invite à le découvrir. Il avait pris son verre de lait habituel, n’appréciant guère le gout amer d’un café dès le petit réveil. Salem ne détestait pas ce breuvage, loin de là. Disons simplement qu’il se permettait quelque goutte lorsqu’il était invité à en boire, par pure politesse. Le chat feuilletait le journal d’un air distrait, désireux de connaître les nouvelles du monde extérieur. C’était une façon comme une autre de suivre le cours des évènements et son cher amant vivant en dehors de la boucle. Des nouvelles basiques, répétitive, des histoires de politiques purement idiotes, si bien qu’il était passé directement aux pages des petites annonces. Il les parcourait, dans le moindre détail, le papier froissé du journal collé prêt de son nez pour y voir clair. De la curiosité maladive, il n’avait pas besoin de travail, il en avait déjà un. A ce propos, il ne devait pas tarder à y aller et rejoindre la fête foraine dans le monde extérieur. Il aurait pu partir immédiatement lorsqu’il avait lapé sa dernière goutte de lait. Mais une annonce avait retenu son attention et ses pupilles fendues s’étaient figées dessus. Un artiste, tout comme lui, cherchait un remplaçant pour une pièce.
Ses souvenirs lui revenaient en tête et les paroles de Lazare par la même occasion. Il repensait à une précédente conversation nocturne, sous le ciel et ses étoiles. Les belles plumes lui plaisaient, le théâtre pourrait le satisfaire aussi. C’était une véritable thérapie, la scène. On y apprenait à aller au-delà de ses défauts. A fermer les yeux pour jouer un personnage fabuleux, bon ou méchant. Il s’était figé, moment à l’arrêt où il s’était mis à réfléchir. Est-ce qu’il le prendrait mal ? Est-ce que la même idée que lui avait traversé son esprit ? Aucune idée, mais la volonté de retrouver Lazare l’avait pris et il s’était empressé d’aller le chercher.

Une fois l’avait-il saisi par le bras, Salem était sorti de la boucle, Lazare à ses côtés. « Tu vas voir, tu ne vas pas être déçu » lui disait-il avec une voix ronronnante, quelques miaulements venant l’accompagner. Il ne lui en avait pas dit plus. Le chat avait simplement dit qu’il l’emmenait à la fête foraine aujourd’hui pour lui faire découvrir son monde à lui. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour rejoindre la foule. Le brouhaha de cette dernière couvrait leur pas et il avait préféré passer par des endroits masqués. Le genre d’allées que les visiteurs ne se risquaient pas à prendre car elles n’étaient pas dans le parcoure initial. S’arrêtant quelque seconde, il avait repris le morceau de journal où il y avait l’annonce pour y trouver le nom exact du chapiteau. Un homme élégant les avait accueillis, et le matou montrait son bout de papier pour signifier la raison de sa venue. « Voilà, c’est ici, l’audition. C’est ton moment de gloire ! ». Le large sourire aux lèvres à en dévoiler ses crocs pointues, Salem était quelque peu fier de son petit piège. Si on pouvait appeler ça réellement un piège. Il fallait voir ceci comme une occasion. Un rôle majeur dans un spectacle, ce n’était pas tous les jours que l’on pouvait en décrocher un.

Cependant, l’effet arroseur arrosé l’avait incombé et le voilà contraint de montrer ses talents.

Le museau du chat avait remué légèrement lorsqu’on lui avait désigné les loges pour se changer et son compagnon n’y avait pas échappé. Des grognements fins s’échappaient de sa bouche, des signes de contestations se dessinaient et il avait fini par céder. Il allait avoir du retard pour son propre spectacle, il espérait que son supérieur n’allait pas lui en tenir rigueur. Salem comptait partir après avoir mené Lazare ici, mais au lieu de ça, le voilà déguisait. Un plumage en papier froissé, très coloré, une tenue légère, avec une attache en croix prenant appui sur son torse, comment comptait-il maintenir son équilibre avec un tel accoutrement ? Il n’était pas un oiseau, il était leur chasseur. C’était totalement ridicule de voir un matou avec des plumes. La lumière s’était éteinte, puis le projecteur s’était allumé. Il y avait un trapèze, le strict minimum pour la voltige et il avait pris place au sommet. Plutôt que de chercher à faire dans le sensationnel, il misait sur la banalité de sa profession. Il s’était élancé dans les airs, sans sécurité, il n’en avait pas besoin. Quoi que, en vue de son accoutrement gênant pour ses mouvements, il aurait peut-être dû. Que cela ne tienne, il préférait exercer ses tours habituelles, voltigeant entre les deux trapèzes en sautant vers l’un et vers l’autre, sans crainte de se louper et de tomber. Il calculait le moment, ne parlait pas. Tel Icare, ses figures cherchaient toujours à aller plus haut, plus loin, jusqu’au moment où il s’était laissé tomber sur les matelas en contrebas. Chute après une approche trop près, il s’était laissé rebondir sur le matelas pour se remettre sur ses deux jambes et saluer le jury. Oh, il n’avait pas tardé en politesse, il était retourné bien vite dans les loges en mordillant avec ses crocs les lanières. Son appendice soyeux battait nerveusement derrière lui et il avait poussé Lazare pour qu’il se présente à son tour.  





       
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Lazare Delauney
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MessageSujet: Re: De Charybde en Scylla ▬ Salem et Lazare !    Mar 30 Jan - 23:07

De Charybde en Scylla

Icare s'envoyait en l'air dans le plus simple appareil.

Se faire tirer du lit par un chat, quelle ironie ! Et pourtant, Lazare était tout sommeil quand Salem avait frappé à sa porte, les griffes dehors et des idées plein la tête. Ni une, ni deux, il avait empoigné Lazare par le bras, et les voilà traversant les recoins de la fête foraine, en quête d'un but inconnu au nyctalope. Rien ne l'enchantait davantage qu'une surprise, et, pour autant qu'il puisse en juger, Salem était un compagnon tout désigné à lui en procurer de bien bonnes ; ce faisant, Lazare se laissait guider, éperdument, comptant tous ses pas pour s'orienter ou donner une direction au but de l'expédition. Mais, nenni, la surprise se révéla totale, et plus encore quand il apprit qu'on l'avait amené ici pour une audition.

Bien sûr, il ne put distinguer, pour cause de cécité, le sourire carnassier de son comparse. Mesquinerie ! Perfidie ! Voilà Lazare trompé, abusé comme un innocent pantin ignorant qu'on l'envoie, devant la foule, au casse-pipe. Et voilà Lazare plus heureux encore, finalement, de l'issue de cette virée loufoque ! Fi de la trahison de Salem ! Lazare n'était pas de ces garçons qui s'épouvantent de se donner en spectacle, oh, non, bien loin de là – au contraire, il se serait laissé fondre sous l'éclat des projecteurs une vie entière, centre des attentions et maître d'un tumultueux charivari.

Le garçon s'esclaffa sans la moindre retenue quand l'implacable Justice abattit son poing d'acier sur un Salem penaud, l'envoyant par la même sur le devant de la scène avant lui. Quel effet ! Quelle merveille que les surprises de la Fortune ! Lazare se tordait les côtes en coulisses, tapant sur ses cuisses et ses pieds sur le sol et à deux doigts de se rouler sur les planches. Le gamin était tellement tout à son fou-rire, qu'il ne s'informa pas même de la performance de son ami des nuits – ignorant tout court de tout ce qui pouvait bien se tramer autour de lui, les yeux, mouillés d'émotion, bandés derrière un délicat foulard de soie qu'on lui avait procuré en prévision de l'intensité des éclairages. L'ignorant et joyeux Lazare se remettait difficilement d'un sacré fou-rire quand on le parachuta, à son tour, sur le devant de la scène.

Selon ses désirs, on l'avait affublé d'un costume – trop grand, ridicule, clownesque – d'un couvre-chef des plus rondouillards, de longues chaussures surmontées de guêtres blanches et d'une canne qui servirait, prétendait-il, à s'orienter sur cette scène invisible pour lui.
Mais bien sûr, tout était calculé, quand Lazare avait compris que, cette scène, il la fréquentait souvent, sous la direction de l'extraordinaire, du magnifique et courroucé, Monsieur Butterfly.
Du costume, il avait presque hésité à demander la moustache, en bon complément de cette parodie de Charlot qu'il incarnait ; et, de peur qu'on ne le reconnut plus, paré sous de tels attraits, il avait renoncé à poursuivre l'idée jusqu'au bout. De lui, on ne discernait déjà pas la partie supérieure du visage, c'est pourquoi il lui avait semblé superflu de dissimuler aussi la seconde.

Jouant l'aveugle esseulé – un aveugle de bandes-dessinées, une parodie de lui-même – il s'était approché, l'air abruti, perdu, sur le devant de la scène, mimant la plus totale incompréhension. Et soudain, après cette fameuse entrée en matière, le spectacle commença pour de bon ; n'ayant pas la moindre idée des talents dont il pouvait bien faire montre, Lazare s'était lancé en claquettes, au son d'une musique effrénée et passablement anachronique. Ses pieds valdinguaient en tous sens, dans un chaos des plus somptueux car, même s'il ne semblait guère maîtrisé, il présentait l'incroyable qualité d'une conviction dépassant les plus folles espérances. Oh, ça, pour sûr, Lazare peinait à s'improviser en Fred Astaire ; et pourtant, il semblait si persuadé d'être plus Astaire qu'Astaire lui-même, qu'un public bienveillant ne pouvait y voir que du feu. La canne claquait partout, sur le sol, dans les airs, et même, parfois, sur sa tête, quand il mettait plus d'énergie qu'il escomptait. Le chapeau voltigeait en délicieuses arabesques, retombait parfois sur le crâne de Lazare, suite à un inespéré coup de chance, et souvent sur le sol ; il le récupérait ensuite d'un habile de coup de canne, avec un sourire défiant les plus joyeuses âmes du monde.
A cela, il ajoutait parfois quelques mimes, quand les claquettes se dérobaient sous ses pieds empressés ; le tout était un véritable désordre haut en couleur, une prestation qui, bien que médiocre, dégageait une telle énergie que Lazare espérait retrouver son auditoire soufflé à la fin de la chanson. La musique, ah, la musique, et toute l'ardeur qu'elle déployait chez Lazare !

A la fin de cet improbable spectacle, Lazare ôta son chapeau, imprégné de sueur, et se baissa aussi bas qu'il lui était permis en une grandiloquente révérence – frôlant les planches de sa main, évoquant quelque peu ces airs poudrés à la française, Molière et Lully, dans l'imaginaire populaire et caricatural des siècles antiques.
Bien qu'il ne put discerner quoi que ce soit, il s'imaginait déjà, des roses atterrissant à ses pieds, il se voyait éclaboussé de gloire et de louanges ; il sentait Monsieur Butterfly, debout sur ses petites jambes, applaudissant plus fort que le public rêvé ; il se voyait confier un rôle dont il ignorait tout, et, avec l'éternel sourire dont il ne se départissait jamais, accorda à l'audience une ultime révérence avant de rejoindre les coulisses en grandes pompes, d'une démarche grotesque et impérieuse.
Il parvint tant bien que mal à rejoindre Salem :
- Tu m'as vu, dis, tu m'as vu ? Sacré spectacle, hein ? T'as vu Butterfly dans le jury ? Tu sais, c'est (et à ce moment il chuchota à l'oreille de son ami, au cas où) – c'est le nain avec des ailes. Butterfly, quoi.

Spoiler:
 


L'or est au fond du monde et le monde est sens dessus-dessous
Spoiler:
 

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Monsieur Butterfly
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Il est extrêmement pudique, en particulier avec ses ailes qui le font terriblement souffrir, mais, paradoxalement, adore se balader tout de peau vêtu dans la forêt. Quand il est seul et dans le plus simple appareil, il s’imprègne alors de la nature et s'imagine véritable prince des forêts, gouvernant son domaine de ses milliers de petites toiles travailleuses. Notons qu'il possède une collection impressionnante d'ailes, qu'il entrepose avec soin dans ses différents bagages, à l'intérieur de bocaux annotés de ses réflexions du jour.
☾☾ Années :
Un papilon est éphèmére. Vouloir connaitre son âge, c'est souhaiter le voir s'envoler. Bon, il a juste 45 ans. Super la poésie.
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Monsieur Butterfly écrit des pièces de théâtres, souvent comiques, pour les représentations de la fête foraine. Bien souvent, il rédige des rôles où le petit bonhomme peut resplendir. Évidemment, tous ses drames mettent à profit les particularités des habitants de la boucle et utilisent au maximum les procédés techniques, dans le seul but de faire voyager et et d'émouvoir les spectateurs. À l’occasion, Obéron se lance parfois dans l’écriture littéraire ou dans la création d’opéras : même si, ses connaissances dans le domaine se retrouvent très limitées. Il est à noter que c’est un personnage créatif, qui se plaît à cumuler les tâches et à s’élancer dans des aventures toujours différentes. Il n’est pas impossible qu’il puisse tout claquer pour partir faire autre chose. Il vit au gré de ses lubies.
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MessageSujet: Re: De Charybde en Scylla ▬ Salem et Lazare !    Sam 10 Fév - 15:56

De Charybde en Scylla

« Icare s'envoyait en l'air dans le plus simple appareil. »





Et pour être déçu, il ne le fut pas du tout. Les numéros étaient toujours plus spectaculaires les uns que les autres, et Camille se retrouva avec de très nombreuses idées de nouvelles mises en scène — signe d’un plaisir évident et d’une inspiration retrouvée. François, quand il observa son supérieur ainsi absorbé par les numéros, ne réprima pas son sourire. En si peu de temps, il avait réussi à réunir des artistes aux idées originales, manquant un peu de pratique et d’expérience, mais avec une jeunesse artistique qu’il faisait plaisir de découvrir. Il savait que le dramaturge n’allait pas montrer qu’il avait tapé juste avec des effluves d’émotions, et son assistant s’en accommodait, on s’y faisait avec le temps. Le bonhomme ne fut donc pas surpris du ton neutre lorsque le papillon prit la parole.

— Certains numéros étaient … intéressants. D’autres un peu moins. Faites-moi venir le …

Un claquement de porte assez sec le coupa dans sa phrase. On venait d’entrer en vitesse dans le théâtre, et les pas rapides supposés que le visiteur connaissait parfaitement le lieu. De son siège, le petit homme avait du mal à voir qui se baladait ainsi dans les rangées, alors qu’il était en train de parler. Un manque de respect évident qui allait se payer.

— Monsieur Obéron ! Monsieur Obéron !

François leva la main à la place du principal intéressé, incapable de bien se faire voir parmi les multiples chaises trop grandes. L’immortel en profita pour essuyer ses lunettes en tentant de reprendre un peu de constance. Son acolyte lui glissa rapidement l’identité de l’intrus : c’était Alice, une des actrices de la pièce de théâtre. Sa robe bouffante montra le bout de son nez alors que le nain replaça ses lunettes sur le sien.

— Oui, Alice, que se passe-t-il ?  J’espère que vous avez une bonne raison de nous déranger pendant nos délibérations de fin de candidature. Vous n’êtes pas sans savoir que notre situation est catastrophique, et que le temps est précieux.

La jeune femme, ou plutôt la fillette, devait être à peine majeure. Sa respiration était courte, sifflante. Manifestement, la gamine avait dû courir pour se rendre le plus rapidement ici. Elle avait du mal à reprendre son souffle, et se tenait les côtes en froissant sa superbe tenue : cette langoureuse robe aux couleurs pastel et ses collants d’un blanc laiteux.

— Allons, ma chère, reprenez-vous. Que se passe-t-il ? Vous allez bien ? N’allez pas vous surmener pour rien ! Faites attention à vous, je ne supporterai pas que vous tombiez malade !

Malgré un visible intérêt professionnel dans ses réprimandes, Monsieur Butterfly éprouvait une véritable affection pour ses acteurs, et ne supportait pas de les voir malade ou qu’ils se mettent en danger pour un rien. Il se leva, sautant de son siège, pour arriver au secours de la demoiselle. Elle n’était pas grande mais, même courbée, la pauvre créature n’arrivait pas à la dépasser.

— C’est horrible… Je suis désolée monsieur, désolée… Vraiment. On avait tout fait pour qu’il arrête de boire avec les copains, mais il a continué et… ça s’est mal terminé. Victor est à l’hôpital, il a eu un accident alors qu’il rentrait d’une soirée arrosée. Le pauvre va s’en remettre, précisa-t-elle en regarda le petit corps de son patron tremblant, mais… il ne pourra clairement pas jouer le rôle de Dédale. Pardon, patron, le spectacle va devoir être annulé.

Je ne vous laisse même pas imaginer l’explosion d’Obéron, prêt à mordre les sièges de colère et à frapper tout le reste avec ses petits poings boudinés. Tout son corps formait une explosion de tristesse, de souffrance et de déception. Cette crise dura de nombreuses heures alors que François, encore serein, s’attelait aux derniers préparatifs. L’homme aussi maigre qu’un fil de fer, à l’allure de vautour dans ses vêtements absurdement trop larges, n’avait pas abandonné l’idée de présenter cette dernière pièce.



La charogne se baladait avec précipitation dans la salle, rangeant les dernières piles d’affiches et en réfléchissant avec la même rigueur que son horloge, qui s’amusait à sauter des secondes et à sonner de manière toujours très irritante. Camille avait pété les plombs encore une fois, à croire que tout le travail de son séjour avait été inutile. François l’aimait beaucoup pour ses qualités artistiques, en revanche, il détestait son caractère qui le rendait fortement antipathique. Le dramaturge avait de bons côtés, il fallait juste prendre le temps de les trouver.

Une fois le bureau présentable, l’Oiseau prit place derrière la grande table, sur son fauteuil en cuir plus que confortable. Il attendit alors patiemment l’arrivée de ses rendez-vous. Avec une régularité maîtrisée, il avait recréé imaginairement tous les numéros de la journée, jusqu’à tomber sur ceux qui conviendraient le mieux, dans l’esprit comme dans les performances, pour remplir les rôles manquants. Il en avait sélectionné deux.

— Bonjour messieurs, vous allez bien, j’espère ! Comme vous le savez, ce matin s’est déroulé des candidatures organisées un peu sur le tas. Vous avez très bien joué le jeu, et je vous annonce donc qu’Obéron vous a choisi pour faire partie de notre spectacle, tous les deux. J’en conviens, c’est un peu étrange d’avoir deux personnes sur le même personnage... Juste après la présentation des numéros, l’équipe a encaissé un second malheur : Dédale n’a plus de comédien qui puisse l’incarner.

Il s'éclaircit la gorge, resserra sa cravate et reprit la parole :

—  Bref, pour faire simple, que diriez-vous de signer un contrat, trois fois rien, et de vous mettre au travail dans l’instant ? Monsieur Sweeney sous les traits d’Icare, et, vous, monsieur Delaunay, sous les traits de son surprenant paternel ?
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