De Charybde en Scylla ▬ Salem et Lazare !
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MessageSujet: De Charybde en Scylla ▬ Salem et Lazare !    Sam 27 Jan - 15:01

De Charybde en Scylla

« Icare s'envoyait en l'air dans le plus simple appareil. »





Obéron était en colère, sa semaine avait été plus que mauvaise. La représentation de sa nouvelle pièce continuait à accumuler un retard monstre, ce qui rendait très difficile le fait de tenir les délais impartis. Les costumes étaient encore en finitions, les décors, à moitié peints, s’accumulaient dans l’arrière sale du théâtre avec les différents instruments. Les artistes faisaient de leurs mieux pour se plonger dans les partitions et la pièce, mais, tout semblait être le travail d’un simple amateur. Le metteur en scène n’aimait pas cela, c’était son ego qui en prenait un coup, et il se montrait alors de plus en plus cassant avec les comédiens et les ingénieurs. Monsieur Butterfly était déjà un peu soupe au lait d’origine, ce qui ne faisait qu’ajouter des brindilles au feu qui commençait dangereusement à le dévorer. La goutte d’eau fut le moment où le petit bonhomme apprit que le personnage d’Icare ne serait pas incarné, l’acteur ayant fait une dangereuse chute en répétant le spectacle. Petite boule de furie, il avait alors explosé en crachant des amas de haine sur tout le monde, et s’était mis à mordre et à frapper sévèrement tout ce qui lui passait sur la main, y compris le chat du propriétaire du théâtre.

Nerveux mais pas inconscient, le nain prit alors la décision de prendre quelques jours de vacances, histoire de se reposer l’esprit et de réfléchir amplement à comment assurer un divertissement de qualité. Son mauvais caractère n’était que passager, et son naturel doux reprit mollement le dessus. Il fallait le comprendre, son travail était une des seules choses qui le maintenait en vie, et sentir son esprit créatif ainsi trahit par l’univers le rendait littéralement malade. Les habits en moins, le corps recouvert de sa nature chérie, Camille se sentit de nouveau prêt à affronter le monde civilisé, le cœur remplit de ses chants poétiques familiers. Évidemment, il n’était pas parti sans avoir fait de nombreuses recommandations, sous la forme d’un gigantesque livre, et sans avoir confié à ses collaborateurs une liste minutieuse d’instructions. La première était, bien sûr, de trouver au plus vite un remplaçant pour occuper le poste manquant.

Assis sur une des chaises confortables du théâtre, l’écrivain parcourait avec grand intérêt l’article qui avait été soumis aux journaux locaux. L’immortel portait un costume élégant, marron et strié, ainsi qu’un chapeau melon qu’il faisait tournoyer négligemment sur sa canne en bois, sombre. Les lunettes sur son nez, tordues, commencèrent à glisser alors qu’il entamait la lecture du fameux encadré :

URGENT ! LA TROUPE DE MONSIEUR BUTTERFLY EST A LA RECHERCHE D’UN REMPLAÇANT POUR INCARNER L’UN DES PERSONNAGES PRINCIPAUX DE SA NOUVELLE PIÈCE : DÉDALE, DIEU DES HOMMES.

La recherche est ouverte à toutes les personnes capables de passer les auditions au plus vite, la représentation ayant lieu la semaine suivante. Une bonne capacité d’apprentissage est requise pour le rôle, moins important, il serait tout de même utile de posséder quelques compétences en danse et en rythmique.

Le poste pourvu concerne le rôle d’Icare, dans une représentation anachronique et très personnelle des mythes de Dédale. La rémunération conséquente, subira une augmentation nette et importante si l’acteur se rend disponible directement et en ayant à cœur la qualité de son travail, en acceptant un contrat dépassant largement les horaires initialement prévus.

L’audition consistera en un échange classique de dialogues, ainsi qu’une démonstration d’un talent particulier, d’une particularité. Obéron attend une grande part d’initiative provenant de ses comédiens, et promet qu’il saura se servir de tous les nouveaux éléments qui pourront enrichir la représentation. Sentez-vous libre de vous produire comme bon vous semble.

Ci-joint, toutes les informations complémentaires pour nous contacter.

Bien à vous,
La troupe de Monsieur Butterfly.

Le tout manquait un peu de style mais, Obéron ne se sentit pas l’humeur de faire part de ses critiques à son collègue de droite, lui adressant à peine un clin d’œil avant de plier soigneusement le journal, le plaçant sur ses genoux. Son séjour lui avait fait du bien, il était redevenu lui-même. Et avec sa renaissance, la fée avait retrouvé sa diplomatie surnaturelle.

— Vous avez bien fait et dans les temps, j’apprécie beaucoup votre efficacité, François. J’espère que les acteurs que vous avez sélectionnés sont bons.


L’autre acquiesça de la tête, sûr des comédiens qu’il avait présélectionné avec zèle. D’un geste autoritaire, il demanda à ses assistants de faire entrer le premier d’entre eux. Les lumières se ternirent, jusqu’à presque s’éteindre, et la scène se mit alors rapidement en place pour accueillir les artistes. Monsieur Butterfly avait hâte de voir ce qu’avait à lui proposer François, et ses yeux de papillons se parèrent des mille couleurs de l’enfance, à mesure que grondait son impatience. Il n’allait pas être déçu, pour sûr !



PS : @Salem B. Sweeney et @Lazare Delauney : Faites vous plaisir, n'hésitez pas à prendre des libertés sur le contexte et sur les décors, et même sur les rôles, les personnages et les figurants. Rien de la pièce n'est défini, donc, tout est encore à définir !
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Salem B. Sweeney
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On dit que tu as quarante année lorsque l'on te croise dans la rue. Mais en ce penchant un peu sur ton cas, tu es bien plus vieux que ça.
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Les airs sont tes alliées et tu joues avec le vertige. Tu es acrobates pour la foire aux monstres Imaginariae Curiositates.
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MessageSujet: Re: De Charybde en Scylla ▬ Salem et Lazare !    Sam 27 Jan - 22:55

De Charybde en Scylla

« Icare s'envoyait en l'air dans le plus simple appareil. »





Belle journée en perspective, rien n’avait troublé son réveil ce matin. Non, pas même un équidé farceur désireux d’aventure. Ses yeux s’étaient ouverts en silence, prêt à affronter de nouveau le monde qui s’offrait à lui. Monde qu’il aimait, à sa manière, mais dont il connaissait si peu de chose. Parfois ce constat traversait son esprit, et il n’était pas mécontent qu’on l’invite à le découvrir. Il avait pris son verre de lait habituel, n’appréciant guère le gout amer d’un café dès le petit réveil. Salem ne détestait pas ce breuvage, loin de là. Disons simplement qu’il se permettait quelque goutte lorsqu’il était invité à en boire, par pure politesse. Le chat feuilletait le journal d’un air distrait, désireux de connaître les nouvelles du monde extérieur. C’était une façon comme une autre de suivre le cours des évènements et son cher amant vivant en dehors de la boucle. Des nouvelles basiques, répétitive, des histoires de politiques purement idiotes, si bien qu’il était passé directement aux pages des petites annonces. Il les parcourait, dans le moindre détail, le papier froissé du journal collé prêt de son nez pour y voir clair. De la curiosité maladive, il n’avait pas besoin de travail, il en avait déjà un. A ce propos, il ne devait pas tarder à y aller et rejoindre la fête foraine dans le monde extérieur. Il aurait pu partir immédiatement lorsqu’il avait lapé sa dernière goutte de lait. Mais une annonce avait retenu son attention et ses pupilles fendues s’étaient figées dessus. Un artiste, tout comme lui, cherchait un remplaçant pour une pièce.
Ses souvenirs lui revenaient en tête et les paroles de Lazare par la même occasion. Il repensait à une précédente conversation nocturne, sous le ciel et ses étoiles. Les belles plumes lui plaisaient, le théâtre pourrait le satisfaire aussi. C’était une véritable thérapie, la scène. On y apprenait à aller au-delà de ses défauts. A fermer les yeux pour jouer un personnage fabuleux, bon ou méchant. Il s’était figé, moment à l’arrêt où il s’était mis à réfléchir. Est-ce qu’il le prendrait mal ? Est-ce que la même idée que lui avait traversé son esprit ? Aucune idée, mais la volonté de retrouver Lazare l’avait pris et il s’était empressé d’aller le chercher.

Une fois l’avait-il saisi par le bras, Salem était sorti de la boucle, Lazare à ses côtés. « Tu vas voir, tu ne vas pas être déçu » lui disait-il avec une voix ronronnante, quelques miaulements venant l’accompagner. Il ne lui en avait pas dit plus. Le chat avait simplement dit qu’il l’emmenait à la fête foraine aujourd’hui pour lui faire découvrir son monde à lui. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour rejoindre la foule. Le brouhaha de cette dernière couvrait leur pas et il avait préféré passer par des endroits masqués. Le genre d’allées que les visiteurs ne se risquaient pas à prendre car elles n’étaient pas dans le parcoure initial. S’arrêtant quelque seconde, il avait repris le morceau de journal où il y avait l’annonce pour y trouver le nom exact du chapiteau. Un homme élégant les avait accueillis, et le matou montrait son bout de papier pour signifier la raison de sa venue. « Voilà, c’est ici, l’audition. C’est ton moment de gloire ! ». Le large sourire aux lèvres à en dévoiler ses crocs pointues, Salem était quelque peu fier de son petit piège. Si on pouvait appeler ça réellement un piège. Il fallait voir ceci comme une occasion. Un rôle majeur dans un spectacle, ce n’était pas tous les jours que l’on pouvait en décrocher un.

Cependant, l’effet arroseur arrosé l’avait incombé et le voilà contraint de montrer ses talents.

Le museau du chat avait remué légèrement lorsqu’on lui avait désigné les loges pour se changer et son compagnon n’y avait pas échappé. Des grognements fins s’échappaient de sa bouche, des signes de contestations se dessinaient et il avait fini par céder. Il allait avoir du retard pour son propre spectacle, il espérait que son supérieur n’allait pas lui en tenir rigueur. Salem comptait partir après avoir mené Lazare ici, mais au lieu de ça, le voilà déguisait. Un plumage en papier froissé, très coloré, une tenue légère, avec une attache en croix prenant appui sur son torse, comment comptait-il maintenir son équilibre avec un tel accoutrement ? Il n’était pas un oiseau, il était leur chasseur. C’était totalement ridicule de voir un matou avec des plumes. La lumière s’était éteinte, puis le projecteur s’était allumé. Il y avait un trapèze, le strict minimum pour la voltige et il avait pris place au sommet. Plutôt que de chercher à faire dans le sensationnel, il misait sur la banalité de sa profession. Il s’était élancé dans les airs, sans sécurité, il n’en avait pas besoin. Quoi que, en vue de son accoutrement gênant pour ses mouvements, il aurait peut-être dû. Que cela ne tienne, il préférait exercer ses tours habituelles, voltigeant entre les deux trapèzes en sautant vers l’un et vers l’autre, sans crainte de se louper et de tomber. Il calculait le moment, ne parlait pas. Tel Icare, ses figures cherchaient toujours à aller plus haut, plus loin, jusqu’au moment où il s’était laissé tomber sur les matelas en contrebas. Chute après une approche trop près, il s’était laissé rebondir sur le matelas pour se remettre sur ses deux jambes et saluer le jury. Oh, il n’avait pas tardé en politesse, il était retourné bien vite dans les loges en mordillant avec ses crocs les lanières. Son appendice soyeux battait nerveusement derrière lui et il avait poussé Lazare pour qu’il se présente à son tour.  





       
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Lazare Delauney
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MessageSujet: Re: De Charybde en Scylla ▬ Salem et Lazare !    Mar 30 Jan - 23:07

De Charybde en Scylla

Icare s'envoyait en l'air dans le plus simple appareil.

Se faire tirer du lit par un chat, quelle ironie ! Et pourtant, Lazare était tout sommeil quand Salem avait frappé à sa porte, les griffes dehors et des idées plein la tête. Ni une, ni deux, il avait empoigné Lazare par le bras, et les voilà traversant les recoins de la fête foraine, en quête d'un but inconnu au nyctalope. Rien ne l'enchantait davantage qu'une surprise, et, pour autant qu'il puisse en juger, Salem était un compagnon tout désigné à lui en procurer de bien bonnes ; ce faisant, Lazare se laissait guider, éperdument, comptant tous ses pas pour s'orienter ou donner une direction au but de l'expédition. Mais, nenni, la surprise se révéla totale, et plus encore quand il apprit qu'on l'avait amené ici pour une audition.

Bien sûr, il ne put distinguer, pour cause de cécité, le sourire carnassier de son comparse. Mesquinerie ! Perfidie ! Voilà Lazare trompé, abusé comme un innocent pantin ignorant qu'on l'envoie, devant la foule, au casse-pipe. Et voilà Lazare plus heureux encore, finalement, de l'issue de cette virée loufoque ! Fi de la trahison de Salem ! Lazare n'était pas de ces garçons qui s'épouvantent de se donner en spectacle, oh, non, bien loin de là – au contraire, il se serait laissé fondre sous l'éclat des projecteurs une vie entière, centre des attentions et maître d'un tumultueux charivari.

Le garçon s'esclaffa sans la moindre retenue quand l'implacable Justice abattit son poing d'acier sur un Salem penaud, l'envoyant par la même sur le devant de la scène avant lui. Quel effet ! Quelle merveille que les surprises de la Fortune ! Lazare se tordait les côtes en coulisses, tapant sur ses cuisses et ses pieds sur le sol et à deux doigts de se rouler sur les planches. Le gamin était tellement tout à son fou-rire, qu'il ne s'informa pas même de la performance de son ami des nuits – ignorant tout court de tout ce qui pouvait bien se tramer autour de lui, les yeux, mouillés d'émotion, bandés derrière un délicat foulard de soie qu'on lui avait procuré en prévision de l'intensité des éclairages. L'ignorant et joyeux Lazare se remettait difficilement d'un sacré fou-rire quand on le parachuta, à son tour, sur le devant de la scène.

Selon ses désirs, on l'avait affublé d'un costume – trop grand, ridicule, clownesque – d'un couvre-chef des plus rondouillards, de longues chaussures surmontées de guêtres blanches et d'une canne qui servirait, prétendait-il, à s'orienter sur cette scène invisible pour lui.
Mais bien sûr, tout était calculé, quand Lazare avait compris que, cette scène, il la fréquentait souvent, sous la direction de l'extraordinaire, du magnifique et courroucé, Monsieur Butterfly.
Du costume, il avait presque hésité à demander la moustache, en bon complément de cette parodie de Charlot qu'il incarnait ; et, de peur qu'on ne le reconnut plus, paré sous de tels attraits, il avait renoncé à poursuivre l'idée jusqu'au bout. De lui, on ne discernait déjà pas la partie supérieure du visage, c'est pourquoi il lui avait semblé superflu de dissimuler aussi la seconde.

Jouant l'aveugle esseulé – un aveugle de bandes-dessinées, une parodie de lui-même – il s'était approché, l'air abruti, perdu, sur le devant de la scène, mimant la plus totale incompréhension. Et soudain, après cette fameuse entrée en matière, le spectacle commença pour de bon ; n'ayant pas la moindre idée des talents dont il pouvait bien faire montre, Lazare s'était lancé en claquettes, au son d'une musique effrénée et passablement anachronique. Ses pieds valdinguaient en tous sens, dans un chaos des plus somptueux car, même s'il ne semblait guère maîtrisé, il présentait l'incroyable qualité d'une conviction dépassant les plus folles espérances. Oh, ça, pour sûr, Lazare peinait à s'improviser en Fred Astaire ; et pourtant, il semblait si persuadé d'être plus Astaire qu'Astaire lui-même, qu'un public bienveillant ne pouvait y voir que du feu. La canne claquait partout, sur le sol, dans les airs, et même, parfois, sur sa tête, quand il mettait plus d'énergie qu'il escomptait. Le chapeau voltigeait en délicieuses arabesques, retombait parfois sur le crâne de Lazare, suite à un inespéré coup de chance, et souvent sur le sol ; il le récupérait ensuite d'un habile de coup de canne, avec un sourire défiant les plus joyeuses âmes du monde.
A cela, il ajoutait parfois quelques mimes, quand les claquettes se dérobaient sous ses pieds empressés ; le tout était un véritable désordre haut en couleur, une prestation qui, bien que médiocre, dégageait une telle énergie que Lazare espérait retrouver son auditoire soufflé à la fin de la chanson. La musique, ah, la musique, et toute l'ardeur qu'elle déployait chez Lazare !

A la fin de cet improbable spectacle, Lazare ôta son chapeau, imprégné de sueur, et se baissa aussi bas qu'il lui était permis en une grandiloquente révérence – frôlant les planches de sa main, évoquant quelque peu ces airs poudrés à la française, Molière et Lully, dans l'imaginaire populaire et caricatural des siècles antiques.
Bien qu'il ne put discerner quoi que ce soit, il s'imaginait déjà, des roses atterrissant à ses pieds, il se voyait éclaboussé de gloire et de louanges ; il sentait Monsieur Butterfly, debout sur ses petites jambes, applaudissant plus fort que le public rêvé ; il se voyait confier un rôle dont il ignorait tout, et, avec l'éternel sourire dont il ne se départissait jamais, accorda à l'audience une ultime révérence avant de rejoindre les coulisses en grandes pompes, d'une démarche grotesque et impérieuse.
Il parvint tant bien que mal à rejoindre Salem :
- Tu m'as vu, dis, tu m'as vu ? Sacré spectacle, hein ? T'as vu Butterfly dans le jury ? Tu sais, c'est (et à ce moment il chuchota à l'oreille de son ami, au cas où) – c'est le nain avec des ailes. Butterfly, quoi.

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L'or est au fond du monde et le monde est sens dessus-dessous
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MessageSujet: Re: De Charybde en Scylla ▬ Salem et Lazare !    Sam 10 Fév - 15:56

De Charybde en Scylla

« Icare s'envoyait en l'air dans le plus simple appareil. »





Et pour être déçu, il ne le fut pas du tout. Les numéros étaient toujours plus spectaculaires les uns que les autres, et Camille se retrouva avec de très nombreuses idées de nouvelles mises en scène — signe d’un plaisir évident et d’une inspiration retrouvée. François, quand il observa son supérieur ainsi absorbé par les numéros, ne réprima pas son sourire. En si peu de temps, il avait réussi à réunir des artistes aux idées originales, manquant un peu de pratique et d’expérience, mais avec une jeunesse artistique qu’il faisait plaisir de découvrir. Il savait que le dramaturge n’allait pas montrer qu’il avait tapé juste avec des effluves d’émotions, et son assistant s’en accommodait, on s’y faisait avec le temps. Le bonhomme ne fut donc pas surpris du ton neutre lorsque le papillon prit la parole.

— Certains numéros étaient … intéressants. D’autres un peu moins. Faites-moi venir le …

Un claquement de porte assez sec le coupa dans sa phrase. On venait d’entrer en vitesse dans le théâtre, et les pas rapides supposés que le visiteur connaissait parfaitement le lieu. De son siège, le petit homme avait du mal à voir qui se baladait ainsi dans les rangées, alors qu’il était en train de parler. Un manque de respect évident qui allait se payer.

— Monsieur Obéron ! Monsieur Obéron !

François leva la main à la place du principal intéressé, incapable de bien se faire voir parmi les multiples chaises trop grandes. L’immortel en profita pour essuyer ses lunettes en tentant de reprendre un peu de constance. Son acolyte lui glissa rapidement l’identité de l’intrus : c’était Alice, une des actrices de la pièce de théâtre. Sa robe bouffante montra le bout de son nez alors que le nain replaça ses lunettes sur le sien.

— Oui, Alice, que se passe-t-il ?  J’espère que vous avez une bonne raison de nous déranger pendant nos délibérations de fin de candidature. Vous n’êtes pas sans savoir que notre situation est catastrophique, et que le temps est précieux.

La jeune femme, ou plutôt la fillette, devait être à peine majeure. Sa respiration était courte, sifflante. Manifestement, la gamine avait dû courir pour se rendre le plus rapidement ici. Elle avait du mal à reprendre son souffle, et se tenait les côtes en froissant sa superbe tenue : cette langoureuse robe aux couleurs pastel et ses collants d’un blanc laiteux.

— Allons, ma chère, reprenez-vous. Que se passe-t-il ? Vous allez bien ? N’allez pas vous surmener pour rien ! Faites attention à vous, je ne supporterai pas que vous tombiez malade !

Malgré un visible intérêt professionnel dans ses réprimandes, Monsieur Butterfly éprouvait une véritable affection pour ses acteurs, et ne supportait pas de les voir malade ou qu’ils se mettent en danger pour un rien. Il se leva, sautant de son siège, pour arriver au secours de la demoiselle. Elle n’était pas grande mais, même courbée, la pauvre créature n’arrivait pas à la dépasser.

— C’est horrible… Je suis désolée monsieur, désolée… Vraiment. On avait tout fait pour qu’il arrête de boire avec les copains, mais il a continué et… ça s’est mal terminé. Victor est à l’hôpital, il a eu un accident alors qu’il rentrait d’une soirée arrosée. Le pauvre va s’en remettre, précisa-t-elle en regarda le petit corps de son patron tremblant, mais… il ne pourra clairement pas jouer le rôle de Dédale. Pardon, patron, le spectacle va devoir être annulé.

Je ne vous laisse même pas imaginer l’explosion d’Obéron, prêt à mordre les sièges de colère et à frapper tout le reste avec ses petits poings boudinés. Tout son corps formait une explosion de tristesse, de souffrance et de déception. Cette crise dura de nombreuses heures alors que François, encore serein, s’attelait aux derniers préparatifs. L’homme aussi maigre qu’un fil de fer, à l’allure de vautour dans ses vêtements absurdement trop larges, n’avait pas abandonné l’idée de présenter cette dernière pièce.



La charogne se baladait avec précipitation dans la salle, rangeant les dernières piles d’affiches et en réfléchissant avec la même rigueur que son horloge, qui s’amusait à sauter des secondes et à sonner de manière toujours très irritante. Camille avait pété les plombs encore une fois, à croire que tout le travail de son séjour avait été inutile. François l’aimait beaucoup pour ses qualités artistiques, en revanche, il détestait son caractère qui le rendait fortement antipathique. Le dramaturge avait de bons côtés, il fallait juste prendre le temps de les trouver.

Une fois le bureau présentable, l’Oiseau prit place derrière la grande table, sur son fauteuil en cuir plus que confortable. Il attendit alors patiemment l’arrivée de ses rendez-vous. Avec une régularité maîtrisée, il avait recréé imaginairement tous les numéros de la journée, jusqu’à tomber sur ceux qui conviendraient le mieux, dans l’esprit comme dans les performances, pour remplir les rôles manquants. Il en avait sélectionné deux.

— Bonjour messieurs, vous allez bien, j’espère ! Comme vous le savez, ce matin s’est déroulé des candidatures organisées un peu sur le tas. Vous avez très bien joué le jeu, et je vous annonce donc qu’Obéron vous a choisi pour faire partie de notre spectacle, tous les deux. J’en conviens, c’est un peu étrange d’avoir deux personnes sur le même personnage... Juste après la présentation des numéros, l’équipe a encaissé un second malheur : Dédale n’a plus de comédien qui puisse l’incarner.

Il s'éclaircit la gorge, resserra sa cravate et reprit la parole :

—  Bref, pour faire simple, que diriez-vous de signer un contrat, trois fois rien, et de vous mettre au travail dans l’instant ? Monsieur Sweeney sous les traits d’Icare, et, vous, monsieur Delaunay, sous les traits de son surprenant paternel ?
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Salem B. Sweeney
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MessageSujet: Re: De Charybde en Scylla ▬ Salem et Lazare !    Jeu 22 Fév - 17:27

De Charybde en Scylla

« Icare s'envoyait en l'air dans le plus simple appareil. »





Il pourrait regretter son vilain tour, cette mauvaise farce. Mais c’était mal connaître le matou. Certes, il n’était pas le plus heureux des chats à devoir se déguiser en oiseau. Les ailes de papiers étaient aussi lourdes que légères. Il voyait ceci comme une humiliation, un irréprochable coup de Justice qui décidait de le punir pour avoir mené Lazare contre son gré dans la gueule du loup. Mais dans son jugement, a-t-elle pris en compte le paramètre “cadeau” et “occasion”. Salem savait que son ami était un amoureux de la scène, du spectacle et des écrits, mais qu’il était resté trop longtemps dans l’ombre. Un talent qui se cache, qui a besoin de murir et de prendre son envol. Le parfait contraire de la chute de Salem. La pièce lui allait bien finalement, d’où sa vision de la représentation presque trop poétique et naturelle. Il s’était moqué, et le ciel le lui avait rendu. L’air ronchon, presque agressif, le matou avait quitté les planches pour laisser la place à son ami dont les rires avaient percé ses oreilles pendant toute la durée de sa représentation. Qu’il rit, qu’il s’amuse. Il n’a visiblement pas tiré leçon de ce que Destin réservait aux moqueurs. L’homme-chat s’était couché dans un coin en coulisse, grignotant un peu son costume pour faire passer sa colère et sa frustration. Puis il regardait Lazare et son numéro de pingouin dansant. Non, il ne se moquerait pas. Parce que Salem trouvait ceci amusant d’une certaine manière.
Ses yeux se fermaient petit-à-petit, et sa somnolence naturelle reprenait ses droits. Ce n’était pas la faute de Lazare, juste d’une narcolepsie qui se réveillait. Il n’avait pas prévu de danser dans les airs de si bonne heure et le voilà épuisait. Qu’allait-il faire pour ce soir ? Qu’allait-il faire pour sa représentation ? Rien de spécial, il allait se contenter de se concentrer d’avantage pour ne pas que le sommeil le rattrape en vol. Le matou se laissait distraire par ses rêveries, sa main se balançant dans le vide au point de caresser le sol du bout de ses phalanges. Il se reposait et il écoutait. Il ne faisait que dormir que d’un œil et il se tenait prêt à accueillir son ami lorsque ce dernier aurait fini. De temps en temps, la paume de sa main venait rejoindre son visage pour essuyer une poussière qui se serait égarée sur sa joue.

Les talonnettes s’étaient rapprochées à tel point qu’elles lui perçaient dorénavant les tympans. Il ne se plaignait pas, car il savait ce que cela pouvait signifier. La voix de Lazare s’éleva, aussi excitée que tétanisée. L’excitation, l’inquiétude, pouvait-il en conclure qu’il ne lui tenait pas rigueur de sa mauvaise blague. Le chat avait ouvert les yeux, s’était redressé. « Oui-oui, j’ai tout vu, calmes toi. Je ne sais pas trop, j’étais pressé de finir, je n’ai pas fait attention. Je pense que ça doit être lui. Tu crois que s’il me prend, j’aurais le droit de mordiller ses ailes ? ». Les siennes avaient si peu de goût, elles étaient si amères. Puis, il se disait que ça serait dommage de faire mauvaise figure, surtout envers un collègue du spectacle. Son museau avait remué un peu, faisant bouger ses moustaches imaginaires.
Et maintenant ?

L’attente.
L’attente avait été longue et cruelle pour certains membres de la troupe à en juger par les cris furibonds qui ricochaient dans le chapiteau. Salem n’aimerait pas être à la place du pauvre homme, ou de la pauvre femme, qui se trouvait en plein cœur de cette tempête oratoire. Ses muscles s’étaient raidies, la peur le mit à le tétaniser sans qu’il ne soit capable de l’expliquer. Une hantise, celle de déplaire. Celle de la voix de son père, grondante pour un oui, ou pour un nom qui le faisait pleurer à sa plus grande honte. Il ne pleurerait pas le matou, plus maintenant. Ses lacrymales étaient asséchés avec le temps, il avait déjà écoulé toutes ses larmes. Il penchait sa tête à gauche, puis à droite, voulant desceller une image ou un indice sur la situation. Une histoire d’artiste absent et de seconde place à trouver. « Qu’est-ce qui se passe à ton avis ? » demanda-t-il à Lazare tandis qu’une hypothèse murissait dans son esprit. Et si le destin aurait voulu les punir tous les deux pour s’être moquer de l’autre ? Et s’ils étaient embauchés tous les deux. Le matou ne saurait comment gérer ceci étant donné qu’il avait déjà un travail et un rôle à jouer. Il craignait que George lui passe un savon pour l’avoir “trahit” ainsi pour un de ses concurrents.
Ils n’eurent pas le temps de débattre d’avantage puisqu’une fois la tempête calmée, un homme était venu les chercher pour les amener face au fameux Monsieur Butterfly, jury intransigeant. Au moins un point éclaircit et le regard du chat restait figé sur les ailes de ce dernier. Il écoutait sans écouter et lorsque son nom de famille dans la pièce avait retenté dans le bureau, son menton s’était relevé brusquement. « D’accord ! … Enfin, oui pour ... » Pour quoi venait-il de donner son accord au juste ? Cela lui apprendra à ne pas écouter. Ses yeux s’étaient dirigés vers Lazare pour que ce dernier lui vienne en aide afin d’y voir plus claire. Façon de parler, bien sûr, mais s’il pouvait rattraper ses paroles, cela ne serait pas de refus.





       
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Lazare Delauney
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MessageSujet: Re: De Charybde en Scylla ▬ Salem et Lazare !    Mer 28 Fév - 22:41

De Charybde en Scylla

Icare s'envoyait en l'air dans le plus simple appareil.

Sa performance ravit Lazare. Rétrospectivement, il se figurait tel un champion, un as des claquettes en dépit d'un flagrant manque d'expérience – un véritable prodige, en somme, fort du talent de comédien bien connu chez les garçons de sa trempe. Il avait, à n'en point douter, charmé son auditoire, bluffé qu'un aveugle témoigne d'une si monstrueuse énergie. Et, épuisé de sa besogne, Lazare se coula le long du mur à côté de Salem. Celui-ci, sans doute, regrettait tout à fait de n'avoir pu assister au spectacle aux premières loges ; Lazare se promit de lui démontrer son génie, s'il manifestait le moindre regret de l'avoir manqué.
Or, Salem se préoccupait davantage des mets qu'il songeait à se mettre sous la dent – fussent les merveilleux attributs du metteur-en-scène lui-même, ce cher Monsieur Butterfly. Le chat connaissait ses priorités, assurément, et Lazare aurait été un bien mauvais bougre de lui reprocher de telles songeries ; s'il ne considérait point l'anthropophagie comme une option viable, il aurait pour autant fait bonne chère d'une petite collation moins aérienne.
Comme le sot qu'il était, Lazare se contenta de ricaner pour toute réponse. Pour sûr, Salem dévorant Butterfly donnerait lieu à une situation cocasse.

L'attente, ainsi qu'à son compère, lui parut interminable. Lazare dressait l'oreille aux prestations de ses successeurs, avide de savoir s'ils l'égaleraient oui ou non. Personne, en tout cas, ne rivalisa avec lui sur le terrain des claquettes – puisque personne, tout bonnement, ne se lança en une telle entreprise. A ce titre, Lazare s'imaginait déjà victorieux, fort de son imagination fertile, de son naturel épatant, et de ses aptitudes innées pour la scène.
Puis il se rendit alors compte qu'il ignorait tout de la pièce pour laquelle il auditionnait, et quels en étaient les personnages ou l'histoire. Qu'importe, songea-t-il, pourvu qu'on braque sur son visage poudré les glorieux projecteurs, qu'on l'ovationne et qu'on l'admire dans la splendeur de la comédie.
Lazare se sentait tout à fait lui-même quand il endossait la peau d'un autre.

Pour tromper son attente, il plaisanta avec Salem. Puis, à cours de boutades, il enroula ses bras autour de ses genoux ; et cette posture, qui passait volontiers pour désolante, dénotait en réalité chez Lazare d'une grande concentration. Le garçon se plongea dès lors, inexorablement, dans l'arithmétique pure. Il s'imposa, suivant ses mathématiques habitudes, le problème suivant : à hauteur d'une performance moyenne par artiste de trois minutes, et à une vitesse d'exécution de six pas de danse par seconde, combien fallait-il de danseurs pour atteindre le million de pas ?
Tout à l'exercice de cette fastidieuse question, mais délicieuse pour lui, il s'apprêta à crier : eurêka ! Environ 926 danseurs ! qu'on les sollicita, lui et Salem, pour ce qui avait tous les apprêts d'un entretien.
- Eh ben ! C'est qu'on a réussi ! scanda-t-il à l'adresse de son compagnon d'infortune. Si Lazare n'aimait pas à crier victoire trop vite, il lui semblait pourtant que cette affaire-là, menée d'une main de maître, aurait droit à un fantastique dénouement.

Ainsi, il explosa d'une joie non contenue quand le solennel et redoutable Obéron leur annonça tout de go qu'ils avaient été sélectionnés. Ce coup de théâtre acheva de convaincre Lazare de sa bonne fortune, sur les traits duquel se lisaient aisément le triomphe des conquêtes et l'hilarité des comiques. Ainsi ! D'un bouffon dont on s'était joué, il se faisait à présent Dédale, et...
Quoiqu'il n'eut la moindre idée de qui était ce mystérieux Dédale, un léger détail interpella Lazare. Butterfly ne venait-il pas d'affirmer que le garçon jouerait le père de Salem ? Il fronça les sourcils, puis éclata d'un rire à faire trembler la scène. Et comme l'Icare ne se montrait point d'un grand secours, il s'exclama, oubliant toute la déférence due au rang du metteur-en-scène :
- Mais ! Monsieur Butterfly ! Comment je pourrais jouer le père de Salem ? Il est quand même plus vieux que moi. Physiquement, je veux dire. Et de beaucoup.
Lazare s'imaginait tout le ridicule de cette idée. Ah, certainement qu'ils auraient l'air fin, tous les deux, à figurer le fils par l'ancêtre, et le paternel sous les traits de la jeunesse florissante !
A moins que le rôle de Dédale fut un rôle muet, et masqué ? Comment savoir, donc ?
- Mais... C'est qui Icarré ? Et Dédale ? Et la pièce ? Dites-nous, Monsieur, dites-nous, et croyez-nous, vous ne regretterez pas de nous avoir choisi, lança-t-il, gai comme un pinçon, alors qu'il lançait en même temps, avec un sourire complice, son coude dans les côtes de Salem.


L'or est au fond du monde et le monde est sens dessus-dessous
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