Sweet Cashmere
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MessageSujet: Sweet Cashmere   Mar 30 Jan - 10:43



Sweet Cashmere


   
Parfois, dans le Noir, on n’y voit que ce que l’on veut y voir.



Elle fut tant de fois volée qu’on en oublia presque qu’elle fut un cadeau du ciel pour les pauvres. Une âme généreuse, gisement de pierres précieuses, de ces couleurs pleines d’intensité, aussi chatoyantes que leurs reflets. Et c’est vrai, Saphir l’oublia aussi, si terrifiée à l’idée qu’elle puisse attiser l’avarice et ce même dans les cœurs les plus purs. L’avarice ou le malheur. Le vol de ses pierres laissa tant de cicatrices, que chacun de ses présents est désormais entaché par le doute et la confusion. Le cadeau de ses pierres est un frémissement le long de son échine, le sentiment grave que de la douceur naitra les regrets, la peur intime de faire une erreur et le pressentiment de noyer l’heureux acquéreur dans des eaux maudites et cruelles. Mais c’est plus fort qu’elle, la petite pierre a le cœur généreux et le besoin d’offrir des présents. Et s’ils ne sont l’extension de son être, si elle ne les offre que rarement en personne, elle les choisit avec la délicatesse précieuse qui roule dans ses veines minérales.

Zacharia avait changé. Quand elle avait posé ses yeux sur lui, la première fois, elle avait à peine reconnu celui qui passa tant de temps en 1914, avant de disparaitre, fuyant sans doute de mauvais souvenirs ou les plaies abrasives d’une vie d’avant-guerre. L’ombre terrifiée par la vie s’était transformée en un homme enjoué. De son visage qu’elle connut sombre, comme habillé par les ombres nocives de l’auto destruction, et de cette solitude cruelle dans lequel il s’enfermait, elle avait même vu naitre des sourires. Il y avait de la lumière dans ses yeux, plus doux, comme ravivés par les douceurs de la vie. Apaisés, peut-être, comme elle le fut, par le temps et l’acceptation. Oh bien sûr, Saphir ne s’était pas approchée de lui. Pas vraiment, mais elle avait surpris ses sourires de loin et cela avait réchauffé son petit cœur de pierre. Elle avait remarqué ses mains, toujours gantées.  Et alors qu’elle était partie explorer la boucle et certaines maisons laissées à l’abandon, la jeune femme avait trouvé, dans une armoire, des gants masculins. Saphir avait passé ses doigts fins dans les accessoires et avait découvert la douceur d’un intérieur Cachemire. Elle avait posé ses mains sur son visage, tout doucement, et sa peau satine s’était adoucie au contact du cuir tendre. Ils étaient parfaits, ces gants, ils lui rappelèrent ceux qu’elle chipa à Paris, peut-être moins chauds alors, certainement de meilleure qualité, qu’elle déposait dans la chambre de Zacharia. C’était si facile alors, il passait tant de temps ailleurs, à s’embrumer l’esprit ou le cœur dans des déboires chaotiques.

Saphir n’est plus si secrète qu’à Paris. Et ce n’est pas de la méfiance qu’elle ressent à son égard, mais plutôt ce doute mordant. Zach ne semble pas vouloir renouer contact. Et s’il ne l’ignore, il se comporte comme si Paris n’avait jamais existé. Comme si sa métamorphose fut complète, et que des douleurs chrysalides, il n’était désormais plus l’épave d’une vie désuète, mais le papillon plein de couleurs, qui ploie ses ailes au soleil, et refuse de se reposer sur les tourments d’autrefois, de ce temps maudit, de quand il ne savait pas voler. Aussi Saphir ne le contraria pas. Et c’est sur la pointe des pieds qu’elle se glissa dans sa chambre. Elle déposa les gants sur son lit, comme elle le faisait autrefois, et s’en retourna sans plus de curiosité. C’est qu’elle n’oserait fouiller dans les affaires d’un autre. Dans le couloir, au détour d’un angle moqueur, elle tomba presque dans ses bras. Et c’est confuse, qu’elle s’échappa.

Quand il lui avait proposé de s’échapper du Manoir quelques heures, Saphir avait supposé qu’il voulait renouer avec le passé. Loin, ailleurs, se retrouver entre passagers de la boucle de 1914, sans se soucier de 1941. Et bien sûr, elle avait accepté. 1914 lui manque terriblement. Paris, sa lumière, sa beauté. Les bruits de la ville. Cette paix d’avant-guerre. Ce temps de l’avant de sa naissance, avant que tout ne commence. Entre oisillons blessés, tombés loin du nid. Peut-être même lui expliquerait-il ce qu’il aime ici, dans cette année pleine de bombardements qui a pourtant fait naitre ses ailes, et le métamorphosa en cet homme nouveau, quand elle craint une rechute. Un peu confuse, elle a le sentiment qu’il vient d’ici. De cette année maudite, de ces années dont elle aimerait tant en oublier le souvenir. 1941 est comme une plaie dans sa bouche, une plaie qu’elle devrait ignorer, mais que sa langue ne cesse d’agacer.

Par peur des anachronismes, ne sachant pas s’ils allaient rester dans la boucle ou s’échapper dans la réalité linéaire, elle laisse de côté ses pantalons et s’habille d’une robe d’un vert un peu foncé, qui fait si bien ressortir sa peau de nacre. Une robe simple, délicate, à la mode de 1941 mais d’une coupe qui se mariera parfaitement à une idée du vintage de 2018. Sur sa gorge pale, un pendentif simple serti d’une petite émeraude brille de mille feux. Un imper noir sur le tout, et elle est prête à affronter le meilleur comme le pire, la surprise que lui réserve son ancien compagnon de boucle. Un coup d’œil sur l’horloge, alors qu’elle se regarde dans le miroir, et voilà que s’affole son petit palpitant. C‘est qu’elle est déjà en retard. Saphir se précipite à l’entrée du manoir. Puis s’arrête, pour reprendre son souffle. Il est déjà là. Sur la pointe des pieds, elle s’approche, faisant bien attention à ne pas laisser ses talons toucher le sol, de peur qu’ils soient bruyants. Pour se faire pardonner, ou peut-être juste pour briser cette glace qu’il y a encore entre eux, elle se fait aussi silencieuse que les pierres qui sortent de sa bouche. Aussi transparente, puis si présente, comme éclairée par une lumière. La jeune femme pose ses mains habillées de gants ocres sur les paupières du marionnettiste. Elle souffle doucement à son oreille. Le secret plein les lèvres quand elle devrait soupirer quelques mots d’excuses. C’est qu’elle a le cœur en joie.

Devine qui est déjà en retard ?

Ses mains retombent. Saphir s’écarte un petit peu de lui. Ses pupilles joueuses brillent comme des joyaux noirs sur son visage.  Perles perdues dans le bleu sans fond de ses iris innocents. Ses lèvres ne peuvent retenir un sourire. Elle est sincèrement heureuse de le revoir. Un peu plus sagement, regardant la porte qui se dresse devant eux, elle demande.

Alors, où est-ce que tu m’emmènes ?

Passe dans son regard une légère inquiétude. Saphir craint le dehors plein de bruits et de monde. Zach, dans sa métamorphose, ressemble davantage au bon prince qu’au garçon perdu d’autrefois. Mais elle ne lui a jamais avoué sa peur des âmes étrangères. Et puisqu’ils ne se connaissaient que sous l’aile douce de leur Ymbryne, dans le confort cotonneux de leur boucle parisienne, il ne sait pas encore, peut-être, combien elle se méfie des Hommes.
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Arzhealig Z. Leslie
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MessageSujet: Re: Sweet Cashmere   Dim 4 Fév - 21:20

Sweet Cashmere  [Saphir]



Il était vrai que Arzhealig s'était vu offrir un vent de renouveau en cette années pourtant maudite de mille neuf cent quarante et un, néanmoins ce vent qui s'était engouffré dans ses ailes menaçait maintenant de lui faire perdre pieds. Il se sentait à la fois ballotté et stabilisé, tantôt un bourrasque venait emmêler ses fils dans lesquels il lui semblait étouffer peu à peu, tantôt ils se répandaient, libres qu'ils étaient lorsque l'inconscient venait prendre le dessus. Il n'avait, à vrai dire, pas toute la joie débordante qu'il aimait à montrer, il n'y avait là qu'une façade repeinte sur un bâtiment en ruines. Oui, sa demeure intérieure était prête à s'écrouler, mais son sourire, encore et toujours, venait ajouter quelques poutres, parfois branlantes, pour soutenir cette toiture pourtant pleine de trous. Oh, peu s'en rendaient compte, il jouait si bien la comédie, qu'il lui arrivait parfois de se jouer de lui-même, il y croyait, par erreur, à ce bonheur récurant qu'il montrait. Comment aurait-il pu l'être cependant, parmi ces bombes, parmi ces morts, et en constante perte de lui-même, lorsque au détours d'un couloir, il lui arrivât que le halo trop faible de la lune transforme les centaines de vitres du manoir en autant de miroirs. Il ne voyait presque jamais son propre reflet, il ne voyait que le fantôme quelque peu déformé d'un frère disparu depuis bien trop longtemps, et son cœur se serrait.

Il ne lui fallait néanmoins pas bien longtemps pour se remettre de quelques émotions trop obscures, et lorsque aux détour d'un desdits maudit couloir, il avait fait la rencontre de la belle, son visage quelques instants avant fermé, s'était fendu d'un sourire dont le charme n'était plus à prouver, et si par respect, il n'avait pas laissé son regard couler sur son corps, il n'en restait pas moins que l'envie en avait été farouche. Une pirouette de plus, lorsque la collision fut évitée de justesse, et une invitation dans le vent, qu'il n'avait pas manqué de réitérer. Oh, il était vrai que ce visage faisait parti de ceux qui lui semblait connus, mais aussi, qu'aurait-il pu en jurer ? Ils étaient tous enfermés ici, forcés à voir, jour après jour, les mêmes visages se déplacer dans les couloirs. Peut-être l'avait-il simplement aperçue quelques fois, lorsqu'il s'était évadé de la noirceur un peu trop profonde de sa chambre pour aller fumer tranquillement une cigarette devant les portes du manoir. Le fait qu'elle le nomma Zacharia n'avait en somme rien d'exceptionnel, puisque par habitude, il n'avait jamais quitté l'utilisation se son second prénom. S'il en avait eu conscience, il se serait sans doute moqué de sa propre personne, qu'aurait-il vu telle beauté sans même essayer le moindre rapprochement ? Non, il était peu probable qu'il ait eu assez de retenue pour ne pas essayer de la mettre dans son lit, de lui proposer tous les joyaux du royaume contre quelques heures de plaisir dans ses bras de bois. Il était ainsi, si une quelconque relation à long terme avait le don de le faire fuir à une vitesse dont lui-même ne se soupçonnait pas la capacité, il n'était pas contre des nuits de semblant d'amour, et encore moins lorsque le sujet de ses convoitises s'avérait si charmant.

L'invitation acceptée, il s'était alors mit en mouvement, essayant de montrer le meilleur de lui-même, bien qu'il lui sembla que cela fut extrêmement compliqué dans un univers pareil à celui-ci. Tout couleur devenait fade, avec le temps désespérément maussade qui s'installait dans cette boucle, et les faibles moments de répit qui lui offrait le ciel ne lui semblait jamais assez suffisant. Il était un homme du soleil, il aimait le sentir frapper sur sa peau, et surtout, il aimait l'effet que ce dernier pouvait avoir sur les vêtements des femmes. S'il n'avait jamais visité deux mille seize, sans aucun doute pour son plus grand bien, il appréciait quand même tout particulièrement une robe plus légère, qui parfois, lorsque la porteuse faisait un mouvement de trop, avait l'audace de glisser de son épaule, teintant souvent les joues de ladite personne d'un rouge qui ne manquât jamais de lui plaire. Oh, les temps avaient changé, il n'était pas dupe, et savait les femmes bien plus libres maintenant, ce qui n'était pas non plus pour lui déplaire, qu'elles fassent ce qu'elles voulaient de leurs corps, tant que c'était lui qu'elles voulaient. Au delà des apparences, il restait quelqu'un de bien élevé, et s'il aimait parler et se vanter, il n'aurait jamais forcé une femme à quoi que ce soit, il avait un certain respect pour elles, qui lui avait valu quelques fois d'être moqué par ses comparses, dans son époque reculée, autour d'une table d'une vieille bicoque où on servait trop de mauvais whisky. Bref. Il s'était donc fait aussi beau que possible, autant qu'il ait la patience de le faire du moins. Il s'était passé les mains dans les cheveux en guise de coiffure, et avait revêtu un des pantalons noirs de sa garde robe, qui lui allaient beaucoup trop bien pour être honnête, on aurait dit qu'il avait été coupé pour lui... Ce fut le cas en réalité, puisqu'il le tenait d'une belle couturière russe qu'il avait su remercier à sa manière. Il avait enfilé une chemise blanche qu'il n'avait pas fermée jusqu'en haut, bien peu soucieux des anachronismes. Il avait ajouté par dessus, un long trench coat ambré, couleur qu'il affectionnait lorsqu'un de ses gants, trop traître, glissait sur son poignet et dévoilait un petit pans de bois, qui se fondait sans mal dans la couleur de son manteau.

Ses gants d'ailleurs, les gants qu'il avait trouvés sur son lit, comme par le passé. S'il avait eu un vague sentiment de malaise lorsque cette habitude qu'il avait crue abandonnée à Paris était revenue se jouer de lui, ce dernier n'avait que trop peu duré. En ces temps reculés, il avait senti une certaine gêne lorsque cela était arrivé, lorsqu'un moment de lucidité le frappait... Ce n'était plus le cas, il remerciait maintenant cette attention, qu'il trouvait attendrissante au final, et il s'était longuement interrogé sur le sujet. Il avait même, un temps, songé à ne plus jamais sortir de sa chambre, ou n'en rester jamais hors de portée de vue, afin de piéger la personne faiseuse d'offrandes. Bougeant un peu les articulations cloutées de ses doigts, il enfila lesdits gants, les meilleurs qu'il eut depuis bien longtemps.

Ainsi accoutré, il s'était rendu devant la porte du manoir, allumant une cigarette qu'il porta à ses lèvres d'un air songeur. Allait-elle venir ? Cela n'aurait pas été la première fois qu'une jolie demoiselle ne faisait pas acte de présence à un rendez-vous donné, cependant, il en doutait dans la situation actuelle. Elle ne semblait pas de ce genre peu sûre d'elle, qui aurait dit oui pour ne pas confronter sa déception, pour ensuite faire le fantôme. Un simple retard, donc. Mademoiselle aimait se faire désirer. Tant mieux. Il n'aimait pas les femmes trop ponctuelles, il savait d'expériences que c'était les plus promptes à s'attacher, et l'idée de devoir se débarrasser d'une donzelle trop éprise lui donnait des frissons. Il n'avait jamais été doué pour ce genre de choses, et les larmes d'une femme était la pire chose à laquelle il ait eu à faire face, si on excluait, pour des raisons évidentes, la guerre elle-même. Oh, certes, il avait entendu les pas derrière lui, légers et doux, qui se faisaient de feutre pour ne pas se faire prendre. Joueuse ? Ses préférées, peut-être, un peu enfantines, qui ne se prenaient pas la tête en considérations sans sens. Il avait seulement abaissé sa cigarette, pour qu'elle ne se brûla pas sur cette dernière, et un sourire amusé vint étirer ses lèvres lorsqu'elle vint cacher ses yeux. Il laissa échapper un léger rire, se tournant lorsqu'elle libéra enfin son regard.

- Pour de bonnes raisons, de toute évidence, tu es magnifique. Dit-il avec un sourire, prenant sa main pour y déposer un baiser, le regard mutin, sur un sourire enjôleur.

Il se redressa en lui faisant un clin d’œil, avant de désigner la porte à sa question. Il était vrai qu'il n'avait pas réellement songé à ce qu'ils pourraient faire au dehors, pour la simple et bonne raison qu'il n'avait pas connaissance des goûts de la jeune femme. Il aurait été plus simple avec d'autres, dont il connaissait les habitudes, et si seulement, il l'avait rencontrée en dehors du manoir, cela lui aurait donné un semblant d'idée, sans doute, un petit quelque chose. Il n'avait là aucun indice, et il se devait d'improviser, puisqu'elle lui tendait les rennes.


- J'avais songé à un petit bar de ma connaissance, il y a peu de monde, ce n'est pas comme si les temps le permettaient, et les humains s'y répètent, nous ne risquerons rien. Il haussa les épaules avec un sourire. Je ne pensais pas t'emmener dans un endroit trop bruyant, il y est difficile de se découvrir. Il marqua une pause. A moins que tu sois friande de nature, auquel cas nous pourrions marcher jusqu'aux plaines et s'étendre sous un arbre, faire semblant d'être dans un mauvais film romantique.

Il ne retint pas un léger rire, il essayait de proposer pour lui laisser au moins une fois le choix, si elle était de celles qui répondait qu'ils feraient bien ce que bon lui semblait, il n'aurait plus d'avis à lui demander, ce qui serait dommage... Il lui restait une seule chose à découvrir pour le moment, se devait-il de se montrer gentleman jusqu'au bout, où bien est-ce que le garçon des rues qu'il était saurait trouver grâce aux yeux de la belle ? Tout n'était qu'une question de rôles, qu'il endossait avec plaisir.

lumos maxima


 
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MessageSujet: Re: Sweet Cashmere   Mar 6 Fév - 20:46



Sweet Cashmere


 
Parfois, dans le Noir, on n’y voit que ce que l’on veut y voir.


Saphir se rappelle de lui. De ses noyades. Des yeux dévastés et pourtant secs, qui se posaient sur elle parfois, et sans doute sans la voir. De l’odeur d’alcool qui habillait ses vêtements et de celles plus parfumées des femmes qu’il séduisait. Saphir se souvient de son regard, son regard alors, celui qui avait fait trembler son âme. C’était un regard sans fond, triste et pale, embrumé par l’opium ou un mauvais whisky. Ces yeux qui prenaient la tasse sans que personne ne puisse leur venir en aide. Et qui ne cherchaient, d’ailleurs, ni la chaleur d’une épaule, ni la brulure d’un faux espoir. Un regard qui lui avait rappelé le sien, celui de 1943. Un regard perdu, noyé. Un regard qui disait au monde, j’en ai assez vu et je n’ai plus le besoin de ne rien voir. Un regard aveugle, et qui pourtant, pouvait tout voir. Saphir n’avait rien dit à ses yeux là, pas un murmure, pas même la délicatesse d’une caresse de syllabes, celles qui apaisent et adoucissent les mœurs. Elle s’était tue, parce que tous les mots du monde ne redonnent pas vie à ces yeux là. Et qu’ils lui rappelaient un vide, froid et immense, qu’elle avait ressenti autrefois. Il lui semblait avoir vu des pierres laiteuses dans le bijou de ses yeux vagues.

Les iris qui se posent sur elle, clairs et translucides, ont la beauté pale des matins d’hiver. Et alors qu’elle le regarde, lui si beau dans son charme un peu espiègle, ce qu’elle lit dans son regard ne ressemblent à rien qui lui rappelle Paris. Il y a tant de vie dans ses prunelles. Sur ses lèvres qui rient et qui font sourire les siennes. Il y a tellement de douceur dans son geste alors qu’il attrape ses doigts. Et cette légèreté. Douce et enivrante. Une mélodie du bonheur ponctuée d’éclat de rires et de malices. C’est comme du sucre qui fond sur sa langue, le miel d’une douceur printanière. Ou ces petits bonbons qui pétillent, cette lumière sur son visage. Zacharia n’a rien perdu de sa beauté d’autrefois, et maintenant qu’il sourit, elle s’épanouie sur son visage comme les fleurs dans les bois. Perles rares, que Saphir apprécie à sa juste valeur, toute intriguée par l’éclat de sa métamorphose. Les yeux de Saphir s’agrandissent. Elle le regarde déposer ses lèvres sur sa main dans un baiser princier. Frissonne un peu, toute intriguée par cette vague de délicatesses joueuses qu’il orchestre. C’est comme un vent de fraicheur, un nouvel air de joie et de douceur. Une lueur dans son regard soudain brillant et ce plaisir sur ses pommettes. Il la fait rire, quelques paillettes chatoient sur sa chevelure et disparaissent dans ses ondulations sauvages.  Peut-être est-ce ça son secret, cela qu’il a pris à 1941, cet air de printemps. Il y a dans la boucle de Mars, les oiseaux joueurs, la forêt qui s’éveille, et ces bourrasques rafraichissantes qui rappellent que la vie n’est jamais loin, quand bien même elle est éphémère.

Tu n’es pas mal non plus.

Ses lèvres mutines se déploient dans un sourire amusé. Et ses yeux le regardent comme pour la première fois. L’élégance de Zacharia est dans la subtilité et la coupe de ses vêtements. Le tout parfaitement relevé par son sourire canaille, et son allure plus enjouée. D’un coup d’œil rapide elle constate avec joie qu’il porte ses gants et qu’ils semblent de la bonne taille. Puis sa bouche parle, métaphore de ses pensées qui pourtant se déroule dans un sens opposé. C’est qu’elle ne tient pas à ce qu’il la gronde pour s’être infiltrée chez lui.

1941 te va comme un gant.

Saphir n’est pas naïve. Au fond d’elle, la jeune femme sait qu’il y a toujours au fond des yeux de Zacharia, les lueurs tristes qui s’y logeaient autrefois. Et sans doute pense-t-il encore aux chagrins d’hier comme son cœur qui se serre quand elle songe à la guerre. Mais le passé semble loin et les tristesses éparses. Il y a comme un souffle nouveau, une mélodie chantante, pleine d’espoir et de grâce. L’envie de ne plus avoir peur, et de ne craindre ni ce qui fut ni ce qui pourrait être. Alors, après quelques secondes d’immobilité. Alors que dans ses pupilles passaient les doutes comme les joies, les envies comme les craintes. Les yeux se fixent, le regardent. Et dans sa voix un peu joueuse gronde une infime inquiétude. Qui n’est pas tant ce que ses lèvres disent mais un moyen détourné de lui avouer sa crainte pour les milieux humains, si elle s’avère mal accompagnée. Elle se rappelle aussi, combien il aimait séduire, et ne voudrait pas qu’il l’abandonne, si loin du manoir, au profit d’une de ses énièmes romances.

Il ne faudra pas m’y abandonner pour une autre demoiselle,
quand bien même fut-elle plus belle.

Un sourire, elle s’amuse. C’est que la bonne humeur est contagieuse. Et, aussi, qu’elle n’a pas envie de marcher jusqu’aux plaines avec ses talons (si elle avait su, elle aurait sans nul doute adopté cette allure androgyne qu’elle arbore avec une grâce presque martiale, pantalon et vraies chaussures, pour gambader dans la nature). Ses lèvres malicieuses poursuivent.

Mais je ne serais pas contre un verre de vin, ou, peut-être mieux, de Gin.
Je n’y ai jamais gouté mais il parait que les anglaises adorent ça.

Et puis le vin anglais, Saphir ne sait guère qu’elle gout il aura. Si elle ne peut plus savourer les plaisirs d’autrefois, la jeune femme a des envies de renouveau, de belles surprises et de découvertes. D’avoir des ailes aussi belles que les plus beaux des papillons, quand elle se sent encore étouffée dans sa chrysalide de craintes et de méfiances. Elle laisse Zacharia la guider, posant sa main à son bras comme une ancre pour se diriger hors du confort sacré du manoir. Et puis, c’est plus fort qu’elle, la jeune femme ne peut pas s’empêcher de demander ce qu’elle ignore. Ce rire qui a germé sur les lèvres de Zacharia et qui l’intrigue. Qui semblent tout plein de ses histoires qu’elle ne connait pas.

Cela ressemble à quoi un mauvais film romantique ? Je n’en ai jamais vu !

Saphir a cette ignorance des vieilles gens, qui n’ont jamais connu 2018, et qui sont restées aux histoires en noir et blanc sur de tout petits écrans. Et une innocence candide, c’est qu’elle aime les contes, anciens comme contemporains. Et qu’elle cherche, sans oser lui demander et s'en même s’en rendre compte, ce qui a fait naitre la lumière dans son cœur. Puisse-t-il alléger le sien de sa froideur minérale.
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Arzhealig Z. Leslie
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MessageSujet: Re: Sweet Cashmere   Dim 18 Fév - 23:31

Sweet Cashmere   [Saphir]



Arzhealig se fendit d'un sourire en inclinant légèrement la tête au compliment retourné que Saphir venait de lui faire. Oh, il avait conscience de ne pas être désagréable à regarder, cependant, se l'entendre dire restait agréable en toutes circonstances, bien qu'il affectionnât tout particulièrement lorsque ce compliment se glissait dans une tirade chargée de jalousie. Combien de sourires trop fiers avaient-il faits, lorsque quelque prétendant perdant sa belle, lui déclarait au débotté que son joli minois faisait tout. Non, il ne faisait pas tout, il en avait eu la preuve, lorsque dans le silence de leur chambre, Heath s'était étendu sur le succès de son frère sans que lui ne trouve chaussure à son pied. Arzhealig en avait continuellement rit, son frère déclarant toujours être le moins beau. Comment diantre pouvait-il songer cela réel, lorsque la ville entière ne savait faire la différence entre eux ? Ils étaient jumeaux, certes, cependant certains entretenaient une certaine différence qui rendait leur identification plus aisée, Heathcliff et lui avaient toujours entretenu, au contraire, une ressemblance troublante. Cela était bien la preuve qu'une apparence ne faisait pas tout, et Arzhealig avait vu de nombreux hommes très peu agréables à regarder devenir séduisants par une simple manière d'agir. Lui-même avait pu constater cela, lors de son escapade à Paris, il n'avait alors rien eu de séduisant. Il n'avait pu se perdre que dans des bras aussi embrumés que les siens. Il préférait de loin se perdre dans la contemplation des petites perles brillantes aux cheveux de Saphir, s'il n'en avait dit mot, cela n'était pas passé inaperçu.

Cependant, le temps n'était pas aux considérations passées, il se devait de rester concentré sur la jeune femme devant lui, il craignait le faux pas qu'il aurait pu faire bien trop facilement. Il passait dernièrement bien trop de temps avec Roxoan, et leurs conversations tournaient autour des femmes en des termes peu élogieux, bien souvent. Ils n'en pensaient ni l'un ni l'autre le moindre mot, cependant cela les faisait bien rire. Il savait néanmoins qu'une desdites demoiselle, n'aurait que très peu apprécié ce genre d'humour, à moins qu'elle ne soit comme ces femmes qu'il avait pu croiser, avec lesquelles il avait passé bien plus de temps accoudé à un bar qu'étendu dans un lit. Il aimait ces dernières comme les autres, elles n'étaient pas bien plus farouches, et avaient au moins le don de savoir ce qu'elles voulaient et de le montrer directement, au lieu de faire quelques ronds de jambes, somme toutes graciles, mais terriblement ennuyants. Il trouvait cela charmant selon son humeur, il fallait néanmoins qu'il admette que la facilité avait sa préférence. Qui ne l'aurait pas aimé ? Il se fendit d'un adorable sourire lorsqu'elle lui dit que mille neuf cent quarante et un lui allait comme un gant. Elle était amusante, il appréciait l'humour dont elle faisait preuve, il fit une petite courbette un peu trop exagérée, essayant de la faire rire, son bras craquant dans un petit bruit de bois.

- Je fais de mon mieux. Dit-il, sans perdre l'éclat amusé brillant dans ses yeux. Je n'aime pas particulièrement cette époque, mais il faut faire avec ce qu'on a.

Il sourit gentiment, il essayait de ne pas en faire trop, cependant, il avait conscience d'être un peu rouillé par le temps, séduire était devenu une habitude presque ennuyeuse, et il essayait diverses techniques dernièrement, dont certaines qui lui avaient valu quelques paires de claques. Il fit néanmoins semblant de s'offusquer lorsqu'elle parla de l'abandonner pour une autre demoiselle. Non, il était plutôt exclusif, et si elle ne le poussait pas vers une quelconque autre charmante créature, il n'y avait aucune raison pour qu'il la laissât seule dans un endroit inconnu. Elle ne semblait pas à l'aise disant cela, et il devinait une certaine angoisse sous-jacente sur laquelle il ne parvenait pas à mettre le doigt. Un goujat de la pire espèce aurait-il laissé cette perle rare à l'abandon ? Il ne voulait même pas y croire. Il secoua ainsi la tête en levant une main, l'autre posée sur le cœur.

- Je jure ne pas te laisser seule, quand bien même la reine le demanderait. Il eut un léger sourire. Je ne pense pas y trouver plus jolie demoiselle, si tu veux mon avis le plus sincère.

Il lui avait fait un petit clin d’œil, alors qu'il prenait la route, s'assurant qu'elle le suivait bien. Il semblait un peu trop énergique, il avait presque l'attitude d'un adolescent un peu trop pressé de montrer quelque chose à la belle qui avait conquis son cœur, alors qu'en réalité, il n'était rien d'autre qu'un homme qui désirait que sa belle s'amuse, si elle ne finissait pas dans son lit, il auraient au moins un bon souvenir en commun... Bien qu'il serait sans nul doute déçu. Il savait que ce genre de choses prenaient du temps parfois. Il eut un léger rire aux mots de Saphir et fit claquer sa langue en signe de désapprobation.


- Le Gin. Dit-il d'un air amusé. Oh, je t'en prendrai un verre, je n'ai cependant jamais compris pourquoi les anglaises l'aiment, je trouve ça écœurant, je ne t'en voudrais pas si tu ne finissais pas ton verre. Il regarda un instant autour de lui, cherchant son chemin du regard, c'était qu'il n'allait pas souvent dans ce bar, bien trop calme, trop peu d'opportunités. C'est bien moins féminin, cependant il n'y a rien de meilleur qu'une bonne bière écossaise. Il s'alluma une cigarette tout en continuant de marcher. Il y a certains vins qui ont leur réputation ici, cependant je devine à ton accent que tu seras exigeante.

Il s'était tourné pour lui faire un clin d’œil. Il ne souhaitait pas s'étendre sur le sujet, et s'il se souvenait de quelques mots de français pour y avoir tout de même passé un certain temps, il avait la crainte farouche de passer pour un idiot. Il savait avoir utilisé cette langue quelques fois, pour se faire séducteur, cependant, il doutait fortement de l'efficacité de cette technique sur une jeune femme française.

- Le vin français est bien meilleur. Dit-il néanmoins en français, avec un adorable accent anglais.

Il avait eu une légère moue incertaine, il n'avait pas la certitude d'avoir correctement parlé, cela remontait à bien trop d'années pour qu'il se sente encore capable de tenir une conversation entière, cependant, il ne doutait pas de sa capacité à comprendre si Saphir désirait lui adresser la parole dans  cette langue. Il fronça néanmoins les sourcils lorsqu'elle lui posa la question et eut finalement un rire clair en lui mettant une toute petite tape du bout du doigt sur le nez.


- Tu es adorable. Il eut un léger rire, une fois encore. Ce n'est pas grave, tu n'as rien manqué, je parlais de ce genre de films niais où deux personnes qui s'aiment passent du temps sous un arbre, et que soudainement cela devient romantique. Dans ce genre de films, tout se passe toujours bien, c'est un peu ennuyeux... Généralement ça finit sur une dispute, et les protagonistes se rendent compte à cette occasion qu'ils peuvent pas vivre l'un sans l'autre, bla bla bla.

Il eut un nouveau rire, cette fois un peu gêné, simplement car le fait d'expliquer sa blague la rendait beaucoup moins drôle. Bien heureusement, ils venaient d'arriver près du bar dont il cherchait la petite porte de bois depuis un moment bien trop long maintenant, et il avait poussé cette dernière, qui s'était ouverte sur un silence un peu consterné, bien que quelques rires se fassent entendre dans le fond de la pièce. Il avait fait un petit mouvement de la main, pour l'inviter à entrer et l'avait ensuite guidée jusqu'à une petite table en retrait. Là, il avait tiré la chaise pour qu'elle s'y installe, en parfait gentleman qu'il savait être lorsqu'il s'y essayait vraiment. Il avait ensuite prit place en face d'elle et avait fait un mouvement de main pour le tenancier, afin que ce dernier vienne prendre commande. Il avait donc demandé un verre de Gin, ainsi qu'une bière ambrée irlandaise.

- Donc... Avait-il dit doucement. Je suppose qu'une jolie femme comme toi a bien des choses à raconter sans que nous ne tombions dans les banalités de nos particularités. Il avait gentiment sourit. Qu'est-ce que tu fais de tes journées ici ? Tu as des passions, des choses que tu n'aimes pas en particulier ?

Il s'était interrompu pour laisser le tenancier poser leurs verres devant eux. Il ne voulait pas se laisser aller à de la drague lourde comme il était capable de le faire, il avait une certaine envie d'en faire une amie en plus d'une amante, ce qui lui arrivait assez rarement pour que cela soit notable...

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MessageSujet: Re: Sweet Cashmere   Dim 4 Mar - 18:00



Sweet Cashmere


 
Parfois, dans le Noir, on n’y voit que ce que l’on veut y voir.




Do you really wanna go back in time?


L’éclat de ses yeux, plein de douceur, la fait sourire. Et même rire. Si bien qu’elle n’écoute pas les échos lointains, ces éclats d’orage, d’incompréhension. Il y a dans sa voix une joie qu’elle ne saurait contenir. L’envie certaine d’oublier le passé, d’être aussi fougueuse que ces gestes d’enfant. Cette révérence qui la renverse d’un petit rire. Saphir aime ce qui l’amuse et se distrait de tout ce qui l’éloigne de la froideur des jours. Et de ce passé qui n’a pas toujours les brillances de l’enfance, ces pierres multicolores qui n’existent que dans les livres. Zach la connait d’hier et pourtant il lui parle sans détour, sans cet éminent désir de prendre soin d’elle comme si elle était une de ces oisives précieuses, sans voir en elle ses pierres aux mille facettes, ou les tourmentes glacées de cet hiver qui s’était épris de son cœur. Comme si l’Hier était resté pris au piège de 1914 et qu’elle pouvait être libre et légère en 1941. Et qu’en parler pourrait rouvrir toutes les boites de Pandore. Briser ce charme éphémère qui les enlace. Dans ses yeux passent néanmoins une lueur de doute quand il parle de 1941. Ainsi ce n’est pas cette boucle qui lui a redonné le sourire. Il vient d’ailleurs.
Alors que Zacharia lui promet de ne pas l’abandonner. Elle lui soupire une confidence.

Malgré toutes ces années dans les boucles, je ne m’aventure toujours pas dans les villes seule.

A Paris, elle le faisait, mais elle n’entrait pas dans les maisons humaines. L’humanité, malgré les années, a laissé des blessures profondes, que le temps ne semble pas réussir à réparer. Et comme cette peur dans ses iris, Saphir chasse ses doutes comme elle chasse les mèches de cheveux de son visage, laissant son vieil ami se faire charmant. Papillon à son bras, elle le suit sans crainte. Il est si plein de vie, si vivant et si incroyablement joyeux. Cela la grise un instant, de l’écouter parler, d’entendre sa voix grave résonner à son oreille, à laquelle elle réponds par des sourires. La petite pierre se laisse bercer sous ses délicatesses. L’homme est amusant et de bonne compagnie, il a la légèreté de ces gentlemen anglais qui jamais ne font de mauvais pas. Quand il parle de son accent, cela la surprend un peu. Ses yeux se font interrogateurs, se posent sur lui, le questionnent du bout des cils. Aimerait lui dire, du bout des lèvres, ce n’est pas qu’une question d’accents, tu sais que je suis française. Elle hésite, et puis glisse dans le fond de son regard joueur, l’écoute parler français dans un sourire. Il a gardé cet accent anglais, un peu rauque, mais doux, qui invente des mélodies dans les paroles monocordes, qui se fait chantant quand la langue française est si grave, si posée, légère dans ses lettres, lourdes dans son ton. Elle répond, en français, charmée par sa tentative de lui rappeler sa boucle tant aimée. Et c’est comme si ses doutes s’envolaient encore. Comme si elle ne voulait pas voir, ce que son oreille saisit déjà. Il n’est pas là pour elle, pour elle vraiment. Ou du moins pas pour cette Saphir d’hier qui tente tendrement de rassembler les siens autour d’elle pour oublier ses craintes quand viennent les échos des bombes au petit matin de 1941.

J’aime découvrir la culture anglaise.
Mais je ne suis pas encore prête pour la bière Ecossaise.

En français sa voix est plus douce, plus grave. Plus sure aussi. Si Saphir sait parler bien des langues, la langue de Molière reste celle de son cœur, qui fait frémir ses paupières et lui rappelle les beautés de Paris. Son identité fut changée bien des fois et elle traversa l’Europe comme autant de terres arides au bras de ses maitres. Mais jamais elle n’oublia les terres de son enfance. Et sa voix toujours garde cet accent si reconnaissable. Sa main se sert plus fort contre le bras de Zacharia et ses narines respirent cette fumée qui lui rappelle tant les terrasses parisiennes. Il lui manque l’odeur de ce café, si fort et si noir. Perdue dans ses pensées, une surprise éclate dans ses iris quand il lui touche le nez. Il la ramène à la lumière quand bien même elle se perdait dans une nostalgie bien plus sombre. Et elle l’écoute de nouveau avec toute son attention, percevant sa gêne qu’elle comprend à peine.

Oh ! Je me dis parfois que je devrais tenter de me mettre à jour sur tout ce qui s’est passé depuis les années 50. Mais il y a tellement de choses, tellement de musiques, de films, cela me prendrait des décennies.

Zacharia ouvre la porte devant elle. Et Saphir hésite un instant. Ce n’est pas tant de la peur, que de l’appréhension. Ce n’est pas tant de la crainte que de la méfiance. Le monde des hommes s’étends devant elle. Il y a peu de personnes, mais elle peut entendre les voix, leurs rires, comme des échos d’autrefois. Une fraction de seconde, elle reprend son souffle, rassemblant son courage. Et c’est comme si l’air du dehors s’engouffrait dans ses poumons, rafraîchissait son âme. Une froideur passe sur son visage. Et sa nuque semble plus droite. Elle entre, laissant Zacharia la guider. Ses yeux froids et bleus, inquisiteurs et inquiets passent sur les scènes humaines, elle cherche du regard, dans les traits de leur visage, la menace comme le familier. Mais les visages sont doux et l’endroit est calme, joyeux et familial. L’atmosphère est tiède, il se dégage du pub une impression de chaleur. Il lui semble même avoir vu un feu de cheminée dans un coin de la salle. Saphir défait le nœud de son trench et retire son manteau. Son échine si droite s’adoucie un peu et elle le laisse l’installer à la table. Les humains sont un peu plus loin, la table est paisible. Son attention se repose sur son compagnon et si parfois le papillon de ses paupières se déploient. Si ses yeux s’éloignent et chassent les ombres de leur froideur. Ses pupilles sont douces et toujours reviennent à lui. Saphir se sent un peu fragile. Et cela écorche un peu sa joie. Mais elle se sent protégée aussi, et elle se sent des envies de conquêtes. Il y a l’empire de ses peurs irraisonnées et le besoin de les combattre. Ces territoires humains, elle ne devrait tant les craindre. Si lui s’est échappé de l’étau de sa tristesse, elle doit bien pouvoir s’échapper de ses peurs.

Les questions de Zacharia aiguisent sa curiosité. Comme auparavant quand il parlait de son accent, ou peut-être aussi dans cette façon de ne pas parler du passé, le jeune homme éveille ses doutes. Il lui semble qu’il parle à une inconnue. Saphir songe, c’est vrai qu’ils ne se sont que rarement parlés et jamais avec autant de chaleur. Et puis, quand il était à Paris ses yeux n’étaient pas si beaux, ni si doux, ils étaient vagues et pales, perdus dans des contrées étrangères. Ces endroits imaginaires où l’on espère encore pouvoir perdre les souvenirs et la raison, si ce n’est l’âme à chaque chavirement de cœur. Plein d’alcool, d’opium et de toutes les substances qui anesthésient l’âme. Le doute passe dans ses pupilles. Et si ? Et s’il ne la reconnaissait pas vraiment ? Et s’il la prenait pour une autre ? La question passe brutalement sur ses lèvres et menace de sortir avec fracas, mais le barman l’interrompt et elle reste au secret, prise au piège de sa bouche qui se ferme pour mieux remercier le barman d’un sourire.

Levant son verre devant elle, Saphir invite Zacharia à trinquer. Légère, elle se décide de sonder le jeune homme d’une manière moins frontale.

Merci.

Ses lèvres se posent sur le verre, elle boit une gorgée du précieux breuvage sans quitter des yeux Zach, comme il est de tradition en France. Puis repose le verre et soupire.

Je ne connais pas bien cette boucle. Je suis toujours restée à Paris.

Elle soulève le verre pour appuyer ses propos, laissant tourner les glaçons dans le fond, pour les dissoudre plus rapidement. Le balancement hypnotique des petites pierres glacées concentre ses pensées. Zaccharia est là, auprès d’elle, il doit bien y avoir des souvenirs qui le rappellent à elle. Il suffit peut-être de les éveiller. Eloignant les blessures. De lentement retracer le chemin qui le ramène chez eux. Il suffit peut-être de lui confier quelques-uns de ses secrets, ou de lui parler en ami sans chercher à lui dissimuler ce que 1941 est pour elle, tant de promesses, tant de doutes et cette menace qui couve. Un souvenir, comme une fracture. Le connu et l’inconnu, dans un savant mélange de linéaire et d’intemporel.

Ici tout est nouveau, comme ce gin – d’ailleurs je crois que je l’aime bien.

Et alors elle s’élance, tentant de répondre à sa manière, détournant peut-être un peu les questions.

Cette boucle est différente. Elle est beaucoup plus peuplée. Les journées passent plus rapidement, il y a toujours de nouvelles choses à découvrir. Et puis …

Sa gorge se serre un peu. Ses cils battent, ses yeux se font un peu fuyants.

J’ai déjà vécu en 1941. Dans la réalité linéaire. Il y a aussi tellement de choses que je retrouve, qui m’avaient manqué. Des choses simples.

D’un geste discret, elle lui souligne la présence d’une femme, un peu plus loin. Ses yeux glissent sur sa chevelure, le maquillage sur ses lèvres et puis ses vêtements.

La mode de 1941 pour les femmes avec ces pantalons modernes, par exemple.

Et puis, la jeune femme le regarde et dans une malice, se saisit de sa main. Leurs gants se touchent, cuir contre cuir, carapaces tactiles. Et pourtant, Saphir imagine le bois sous le cuir, doux et délicat. Et sa peau tendre qui l’enlacerait, si pale et si claire contre les doigts du marionnettiste. Cette vision qui glisse dans ses yeux à la beauté évanescente de ces pensées presque chastes qui passent comme des anges fugaces. Une pensée éphémère, qui fait sourire ses lèvres et rend ses yeux un peu plus intenses. Mais qu’elle chasse tout aussi vite. Car ils portent des gants, tous deux, comme à leur habitude, et chacun dans le secret besoin de dissimuler leurs particularités aux yeux du monde linéaire. Lentement Saphir redresse sa main, pour mieux en voir la paume.

Ou même le traitement du cuir. La qualité des gants.

Ses doigts passent sur le cuir du gant, glissant avec délicatesse sur les doigts de Zacharia, comme si elle en recherchait le secret. Et puis, sa main les referment en un poing et leur rends leur liberté. Se rappelant sa question, elle boit une nouvelle gorgée de Gin. Saphir a toujours aimé les alcools forts. Et la boisson étrange a des saveurs qui lui sont inconnues. Une fraicheur, qui fait rouler les minuscules pierres qui habillent ses intérieurs. Une fraicheur comme une sonorité cristalline dans le verre. Elle aime le froid, il la rassure. Elle aime le froid que brule la chaleur de cet alcool. Saphir se sent plus légère, cela fait longtemps qu’elle n’a pas bu et déjà elle sent les douces caresses de l’ivresse.

Je crois que j’aime vraiment bien le Gin. Et puis j’aime aussi que Tenterden soit perdue dans la campagne. J’aime errer dans les bois, Savais-tu qu’il était possible de rejoindre l’océan d’ici ?  Je ne l’avais pas vu depuis des décennies. Et puis, il y a aussi plein de choses que je n’aime pas, ici. Pourquoi faut-il que la guerre dure éternellement ?

Son français se mêle à l’anglais. Sa voix s’arrête et ses yeux le regardent avec une petite crainte. Lui aussi a vécu la guerre, si elle se rappelle bien. Bien qu’elle ne soit plus sûre de rien. Sa voix se fait plus douce. Elle aimerait lui demander, te rappelles tu de moi comme je me rappelle de toi ? Rêves tu de Paris aussi ? Pourquoi es-tu parti ? Mais les seules questions qui s’échappent de ses lèvres sont bien moins personnelles.

Je n’ai pas encore vraiment pris d’habitudes ici.
Cela fait longtemps que tu es dans cette boucle ?
Comment tu y passes le temps ?

Est-ce que tu penses à nous parfois ?
Est-ce qu’on te manque ?
Ou nous as-tu tous oublié ?
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Arzhealig Z. Leslie
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MessageSujet: Re: Sweet Cashmere   Dim 11 Mar - 18:00

Sweet Cashmere   [Saphir]



C'était sous le couvert d'un sourire charmeur que Arzhealig s'était incliné, chassant au passage un souvenir passé qui n'avait pas sa place en son esprit. Il ne voulait pas se laisser aller à ce genre de choses, il n'y avait là que la morsure de l'absence, vicieuse, rapide comme une vipère qui vous mord et ne laisse en vous qu'un poison dévorant. Ces souvenirs apparaissaient parfois dans son esprit, aussi fugaces qu'un éclat de soleil renvoyé par un des bijoux aux cheveux de Saphir, qui, s'ils l'intéressaient, restaient une sorte de fascination pour cette beauté, et non pour la valeur que ces derniers pouvaient avoir. Il était bien placé pour savoir que ce qui avait de la valeur n'était pas forcément matériel, et quand bien même aurait-il eu tout l'argent du monde, cela ne lui aurait pas rendu ce qu'il avait perdu, alors à quoi bon courir derrière des fantômes ? Il avait décidé, il y avait des années de cela, de ne plus y penser. Il avait mit le passé derrière lui, et avait développé un don sans pareil en ce qui concernait le fait de se voiler la face. Il vivait dans une singulière auto-persuasion qui lui donnait l'illusion d'être né dans cette boucle, de n'avoir rien vécu avant. Et lorsque d'aventure, un miroir venait faire perler à ses yeux quelques bribes de passé sous la forme de larmes amères, il les repoussait d'un mouvement rageur de la main, se détournait et se ressaisissait. Autant dire qu'il n'était rien d'autre qu'une bombe à retardement...

Il inclina néanmoins légèrement la tête lorsque Saphir ouvrit la bouche pour laisser échapper ces quelques mots. Pourquoi ne pas s'aventurer seule dans les villes ? Cela était pourtant un de ses passe temps préféré, il ne pouvait s'imaginer toujours sortir en compagnie de qui que ce soit, et s'il ne s'imaginait pas non plus rentrer non accompagné, ou sans avoir accompagné quelqu'un, cela allait de soit, il pouvait néanmoins faire l'effort d'essayer de la comprendre. Il n'avait à l'esprit aucune déduction, il avait apprit, avec le temps, à ne pas sauter aux conclusions trop rapidement, et à ne pas se poser de questions. Il était très peu prompt à la discussion en ce qui le concernait, et n'aimait pas accueillir des questions personnelles, et sans en devenir agressif, il faisait facilement comprendre aux autres qu'ils perdaient leur temps, à grand renfort de plaisanteries absurdes, et de réponses qui n'en étaient pas, trop vagues pour être prises pour acquises. Il se demandait seulement actuellement de quel genre de personne faisait partie Saphir. Lançait-elle cette remarque dans le vent, sans demander une réaction de sa part, ou cherchait-elle à le faire poser des questions ? Il penchait plutôt pour la première proposition, cependant, il n'avait besoin que d'un jet pour en avoir le cœur net.

- Et pourquoi est-ce qu'une telle beauté se refuse au monde, hm ?Demanda-t-il avec un léger rire.

Il aimait la voir sourire, et avait remarqué que plus la tentative de drague était flagrante et bancale, plus elle l'incitait à rire. Il aurait été stupide de ne pas s'en rendre compte.. S'il avait pour habitude de ne pas trop se poser de questions lorsqu'il conversait avec quelqu'un, il devait pourtant avouer que Saphir l'intriguait. Elle avait ce côté mystérieux dont certaines femmes savaient jouer sans leur donner un air hautin, et il devait admettre qu'il ne trouvait pas attitude plus séduisante. Elle était dans la retenue, tout en sachant quand il fallait laisser tomber un peu la bride, et si elle accomplissait cela sans s'en rendre compte, cela faisait d'elle une des femmes les plus séduisante qu'il ait jamais rencontré, les plus intéressante aussi. Elle était à elle seule une pierre rare, sans que son don n'ait à en rajouter. Elle lui semblait être des gens qui, comme lui, avaient un don en reflet avec leur personnalité, bien que ce ne soit pas une fierté en ce qui le concernait. Du moins, c'était l'idée qu'il s'en faisait actuellement, et il réservait bien entendu son jugement à ce propos. Il ne la connaissait pas assez pour la catégoriser de la sorte, il n'en avait d'ailleurs pas l'envie... Il la conservait pour l'instant à son bras comme un être précieux, distant, mais protecteur dans son attitude. Il défendait quiconque de s'approcher d'elle de quelque manière que ce soit si elle n'en montrait pas l'envie au préalable.

Alors était venu le moment de parler un peu français, des vagues souvenirs qu'il en avait, ces quelques rares souvenirs qu'il aimait rappeler à sa mémoire, une langue n'était pas fondatrice d'un passé quelconque, et s'il n'avait pas songé à renvoyer la jeune femme à son passé parisien en parlant français, il trouvait à cette langue un certain charme, sans qu'il ne puisse non plus en expliquer la raison. Il se souvenait avoir haït cette langue de longs mois durant, car elle l'avait éloigné de tout ce qu'il avait, et que les quelques souvenirs qu'il avait de Paris étaient essentiellement voilés par la fumée d'opium. Du moins, la seule partie de son passé dont il voulait bien se souvenir. Il l'écouta donc parler, fronçant juste un peu les sourcils, il lui fallait un minimum de concentration pour comprendre ce qu'elle venait de dire, il avait perdu l'habitude, même si cette dernière reviendrait très vite s'il se retrouvait régulièrement en la compagnie de Saphir. Il eut donc un léger rire, il ne comprenait pas pourquoi quiconque aurait eu envie de découvrir la culture anglaise, cependant, il se disait que cela devait être une réflexion assez banale pour un natif. Pour lui, cette culture était une question d'habitude, il n'y avait rien à découvrir, qu'un classique monotone. Saphir avait-elle le même genre de pensées en ce qui concernait Paris ? Ou la France même ? Est-ce que son pays natal lui semblait banal au possible, et sans vrai intérêt, ou est-ce que c'était une pensée propre à lui ? Il n'avait jamais été patriote, jamais, et il aurait mieux fait de suivre sa pensée, et son frère aurait dû en faire de même... Mais si cela lui faisait plaisir alors soit ! Il se fendit donc d'un grand sourire et ouvrit presque théâtralement un bras pour désigner la ville.


- Découvre donc ! La ville est à toi, à nous tous. Tu pourras de familiariser avec la culture, puisqu'elle s'y répète sans arrêt... Il eut un léger sourire amusé. Tu peux même passer des jours à observer pour être certaine de bien avoir tout saisi, c'est pas beau ça ? Il rit et la ramena un tout petit peu plus près d'elle en tirant sur son bras. T'as le meilleur guide qui soit, un maraudeur de première catégorie, un peu comme les gitans en France, on connaît tout, et je peux tout voler pour toi. Il lui fit un clin d’œil pour lui montrer qu'il plaisantait.

Ce n'était d'ailleurs qu'en de très rares occasions qu'il avait volé quoi que ce soit, et c'était toujours par nécessité. Il n'aimait pas cela, s'il appréciait les petits larcins, il ne voulait pas être hors la loi. Il aimait encore moins lorsque l'une de ses blagues tombait à l'eau, et c'était le cas actuellement. Comment une boutade sans importance avait-elle finit sur une discussion plus poussée ? Il n'en avait aucune idée, et c'était ce qui lui plaisait dans la complexité de la personne qu'était Saphir. Habituellement, il arrivait plutôt bien à cerner les femmes, du moins, il aimait à le croire, celle là le faisait tourner chèvre, et cela lui donnait encore plus envie de lui courir après. Il voulait apprendre, il voulait la découvrir. Il voulait la mettre dans son lit comme dans ses pensées, et s'il ne parvenait pas à accomplir son premier désir, il n'aurait aucun mal à se laisser glisser dans une affection platonique avec la jeune femme.  


- Oh, tu n'es pas obligée de te mettre à jour sur tout ça, par contre, tu peux essayer de te mettre à jour sur les grands classiques, ce serait déjà pas mal. Il lui sourit chaleureusement. Je t'aiderai si tu veux, je serais pas contre.

Ils entrèrent alors dans le pub, et lorsqu'il ouvrit la porte, il lui laissa le temps de se familiariser avec l'endroit sans la presser. Il ne voulait pas la pousser à l'intérieur en lui disant de se dépêcher, si l'endroit ne lui plaisait pas, il avait d'autres idées en tête, en bon vagabond qu'il était, il avait toujours un petit pied à terre. Ce qui le désolait le plus dans les boucles était la répétition, sans cesse, des mêmes gestes. Comment était-il supposé séduire une jolie serveuse pour avoir des boissons à l’œil les fois où il venait se reposer dans une petite bicoque chaleureuse ? Il devait tout recommencer, jour après jour, et les années passant, il s'était même demandé s'il n'était pas rouillé, et serait incapable de reproduire ce prodige si d'aventure, les humains se mettaient à reprendre une vie normale. Il lui fit un petit sourire qui se voulait rassurant en la voyant tendre l'échine de la sorte. Il n'y avait nulle crainte à avoir ici, pas à ses côtés, il aurait empêché qui que ce soit de lever la main sur elle, quand bien même aurait-il du utiliser son pouvoir, bien qu'il préférât utiliser sa langue. Il était un beau parleur, en toutes circonstances, et usait encore et toujours de cette capacité pour se sortir des pires situations qu'il avait pu lui-même provoquer.

Arzhealig, cependant, avait levé un sourcil intrigué, ne laissant pas le sourire sur ses lèvres s'effacer. Elle avait voulu parler n'est-ce pas ? Elle avait quelque chose à dire, cependant, le serveur lui avait coupé la parole. Un instant, il avait pensé qu'elle reprendrait une fois que ce dernier se serait éloigné, cependant, elle n'en avait rien fait. Il aurait pu le jurer cependant, il avait vu son cou se tendre légèrement, son regard se porter sur lui et ses lèvres tressaillir faiblement avant de rester désespérément closes. Il trinqua néanmoins en lui faisant un petit signe de tête, l'air malicieux. Il ne l'avait pas quittée des yeux et leurs regards de glace s'étaient accrochés un instant, le temps d'une gorgée de liquide alcoolisé plus tard, et s'étaient séparés. Ce fut alors son tour, d'être coupé dans ce qu'il allait dire. Il avait pensé lui demander ce qu'elle avait de si secret à dire, que la présence d'un humain/automate l'ait bloquée dans ses mots, cependant, elle avait reprit la parole avant, et il avait hoché la tête, l'air compréhensif.

- Je connais bien cette sensation. Dit-il, l'air toujours aussi enjoué. Je viens d'un petit village non loin de Londres au départ, je te laisse imaginer le choc d'un paysan dans une grande ville. J'avais un nouveau terrain de jeu, mais je ne savais pas vraiment comment il fonctionnait.

Il eut un petit rire, éludant très consciemment le fait qu'elle ait ramené Paris sur le tapis. Pourquoi maintenant ? Ce qu'elle avait voulu dire avait un lien n'est-ce pas ? Elle pesait ses mots, pour qu'il ne soit pas pressé par des paroles trop crues. Ils jouaient à un jeu du chat et de la souris assez burlesque, en somme. Elle essayait de trouver quelque chose en lui qu'il ne pouvait lui offrir, et il essayait de trouver la même chose en elle. Cela dit, il n'était pas dupe, malgré le déni dans lequel il vivait. Elle était de Paris, elle le laissait approcher, attendait quelque chose. S'il n'avait pas de souvenir clair d'elle, une simple sensation suffisait, et une intuition aussi. Peu prompt à les suivre habituellement, il trouvait la coïncidence un peu trop énorme pour ce cela n'en soit qu'une. Les gants sur son lit signaient le retour de Saphir, et si lorsqu'il avait été perdu dans les dédales de ruelles de Paris, il n'avait pas cherché à savoir d'où cela pouvait venir, cela était trop évident pour qu'il continue à chercher la réponse. Aussi, il posa ses mains sur la table et plia un peu les doigts, montrant que ce dernier épousait parfaitement les formes de ses mains de bois, cherchant à attirer son attention sur ces dernières. Il savait, et maintenant, elle aussi, si elle savait saisir le signe. Il la croyait capable de le faire. Il suivit ensuite du regard ce qu'elle lui montrait, portant l'attention sur la femme qu'elle désignait, et eut un léger rire à ce qu'elle venait de dire. Elle était de ces femmes portées sur les pantalons alors ? Quel dommage... Les pantalons ne dévoilaient pas les jambes des femmes selon leurs mouvements, du moins, pas la peau nue, ou quelques bas séduisants. Il n'y avait que le tissus laissant deviner les formes sans mal, ces vêtements, confortables, certes, enlevaient une grande part de mystère. Oh, il n'aurait pas été égoïste au point de demander à quelque femme que ce soit de changer ses goûts juste parce qu'il ne pouvait plus jouer aux devinettes autant qu'il l'aurait souhaité.

- Je peux comprendre. Dit-il néanmoins avec un léger rire. J'ai essayé de porter une robe une fois, un pari idiot avec... Il marqua une pause d'une seconde seulement où son sourire sembla se craqueler avant de redevenir plus franc. Un ami. Il ne parlerait pas de son frère.

Il retint un sursaut lorsqu'elle saisit sa main, et un sourire presque vainqueur s'afficha sur ses lèvres. Il savaient tous les deux, mais pour le moment, le silence était cordial, et il lui paraissait presque être tacite. Elle ouvrit néanmoins la bouche et il ne pu rien faire d'autre que hocher la tête pour confirmer ce qu'elle venait de dire. Elle remuait néanmoins des souvenirs en lui qu'il n'avait nulle envie de laisser paraître. Si ce jeu avait tendance à lui plaire d'ordinaire, il était moins amusant lorsqu'il en était la cible, ou du moins, un membre qui devait lui aussi faire des sacrifices afin que le jeu continue. Que fallait-il répondre dans ce genre de cas ? Qu'avait-il à dire à ce sujet ? Est-ce que seulement elle attendait une réponse précise. Oh, qu'il regrettait. Il avait eu cette sensation, il savait que la présence de la jeune femme allait remuer quelques bribes de passé, mais il n'avait pas pensé qu'elle le ferait sciemment. Puis elle reprit la parole, et il cessa de se poser des questions, l'heure de l'interrogatoire silencieux était terminé alors ? Arzhealig eut un léger rire presque nerveux, et il secoua la tête. Il n'était pas de ceux qui aimaient laisser les choses ainsi, cependant, elle l'y forçait presque. Une fois encore, comprendre ce qu'elle disait lui demanda du temps et il finit par recoller les morceaux dans son esprit.

- Tu as des goûts étranges. Dit-il, ne laissant pas son sourire flancher, il ne le faisait jamais. J'aime bien la campagne aussi, et non, je ne savais pas, mais si jamais tu avais envie de prendre un petit bain de minuit, je te suivrais avec plaisir. Il rit. Désolé, je suis incorrigible, vraiment, je m'en veux ! Il jouait la comédie et cela l'amusait bien.

Il releva un peu les yeux vers elle, ne répondant pas à sa dernière question en français. La raison pour laquelle la guerre durait toujours ? Parce qu'ils étaient coincés ici, et quand bien même, s'ils étaient dehors, si ce n'était pas la guerre chez eux, elle l'était ailleurs, et cela revenait au même. Il était utopique, cependant, il rêvait d'un monde où tous pourraient s'entendre, il avait néanmoins conscience que cela n'arriverait jamais. Les conflits naissaient et perduraient encore et toujours, un jour, tout cela éclatait. Mieux valait percer l'abcès au plus vite, avant que lui aussi, ne se retrouve dans un conflit qui aurait pu être réglé par de simple mots. Il prit alors une gorgée de son breuvage, réfléchissant à comment formuler sa phrase avant de dire en français :

- Et si tu me disais ce qui te perturbe, hm ? Les non-dits mènent au conflit.
Il marqua une petite pause. Je ne te garantis pas de répondre à tes questions, pas à toutes, mais si je peux, je te dirais ce que je pense, je serai honnête, et on pourra avancer, hm ?

Cette situation le mettait sur les nerfs, et s'il gardait son sourire et n'avait pas le moins du monde été agressif dans sa manière de parler, il se faisait plus sérieux, chose qui lui arrivait très rarement, et dont Saphir pourrait se venter d'être la cause.  

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MessageSujet: Re: Sweet Cashmere   Lun 19 Mar - 17:46



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Parfois, dans le Noir, on n’y voit que ce que l’on veut y voir.


Long time ago, Someone else ago.

Zacharia avait de doux que tout semblait aérien autour de lui. Que la conversation pouvait être aussi légère que ces nuages qui passaient dans le ciel anglais. Les vents les chassaient de mot en mot comme autant de papillonnement d’oiseaux autour des arbres secoués par le vent. Aussi fragiles que les ailes des papillons, et peut-être, aussi éphémères, mais délicieux et enchanteurs. Et puis les questions fusaient, sous quelques compliments que Saphir s’imaginait exagérés. Qu’elle repoussait parfois, d’un petit rire ou d’une moue faussement boudeuse, ou joyeusement outragée. Les yeux brillants, parce qu’il ne lui donnait pas l’impression d’être fragile. Et qu’il ne semblait pas non plus, passer sur ses yeux un feutre d’idéalisation qui la piégeait parfois, dans le regard des autres. Comme une pierre sur un collier, qui n’avait plus le droit de rouler dans l’herbe, parce que trop belle ou trop précieuse. Un diamant sous verre, qu’on observe et admire, mais qu’on n’ose toucher de peur qu’il ne se brise. Somme toute, elle se sentait humaine et vivante, au bras de Zacharia.

Qui sait, peut-être même que la ville pourrait me plaire.

Saphir n’en est pas vraiment très sure, et c’est comme un petit mensonge. Mais Zacharia ne lui demande pas d’être véritable, il ne vérifie pas le pesant de ses carats, ni les inclusions qui se cachent dans le fond de son regard. Sa légèreté est contagieuse, et ses paroles voltigent dans l’air sans effrayer la petite pierre, qui, s’il se dit voleur, le laisse s’approcher d’elle et la retenir de son attention et sous son regard amusé. Si elle a en horreur les voleurs, Saphir sait aussi qu’il n’a jamais volé une de ses pierres, quand bien même sans doute avait-il besoin d’argent pour s’acheter tout ce qui filait dans ses veines et embuait son regard. Zach ne l’a jamais volé et s’il se joue prince des voleurs comme prince charmant, c’est sans nulle doute pour la distraire. Alors, sans vraiment refuser ses invitations, elle secoue un peu la tête, comme pour les chasser de ses pensées. L’envie d’aller à Londres la tourmente, mais elle n’est pas prête à la lui avouer, pas encore.

Peut-être que le regard complice de celui qui partagea sa boucle autrefois aurait dû lui suffire. Cette lueur dans ses yeux qui lui souffla qu’il la reconnût enfin. Et même ce geste infime, comme un soupir sur leurs souvenirs. Cela aurait dut être assez, Saphir aurait dû détourner ses yeux, comme son cœur, chasser ses doutes, comme son silence, et revenir à lui comme si rien ne s’était passé. Et elle le regrette maintenant quand elle le sent flancher vers un sérieux qui lui rappela ses yeux graves hier. Mais c’est trop tard. Il lui semble que les vagues les entrainent ailleurs. Qu’elle s’en est venue comme du granit autour de leurs chevilles, des pierres lourdes pour les ramener sur terre. Ou les noyer au fin fond de ses nostalgies étranges d’un Paris qu’il n’aimât pas. Alors Saphir tente de le faire sourire. Glissant sur le désir du jeune homme à revenir sur des paroles plus légères.

L’eau est glacée. La Manche en Mars, il parait que parfois on peut y voir passer des dauphins ou des phoques.

Mais rien n’y fait. Quand enfin il parle français, elle comprend qu’il ne la laissera pas s’échapper si facilement. Zacharia a senti son trouble et il veut le comprendre. Et ses yeux sont doux, et ses lèvres s’habillent d’un sourire. Mais Saphir n’est pas vraiment sûre de vouloir abimer cette légèreté qui palpite dans son regard. Ni de répondre. Car quand la questionne vraiment, la pierre est souvent muette. Ses yeux clairs sont plus graves soudain. Elle se trouble, un peu, et cherche dans le gin, une once de réconfort. Mais une perle turquoise nait dans le creux de sa main, tirant sur le cuir de son gant. Inconfortable, comme les questions dont elle ne sait vraiment comment répondre. Saphir se recule un peu dans son siège, et jette un regard sur les humains qui les entourent. Personne ne les regarde. Elle retire lentement ses gants, ôtant avec adresse la pierre inconfortable pour la déposer aussitôt dans une poche de son manteau. La couleur de la pierre brille un court instant. Nostalgie d’hier dont l’éclat touche son œil. Sans le regarder vraiment, puisqu’elle n’est pas très douée dans l’expression de ses sentiments. Elle dit doucement.

Je suis contente de te revoir. Tu m’as manqué.

Et peut-être est-il différent aujourd’hui. Et peut-être n’étaient-ils pas si proche hier. Saphir ne parlait pas tant à cette époque-là, et lui-même était ailleurs. Ils étaient étrangers et familiers. Parfois les présences dont on s’habitue le plus, sont celles qui nous gênent le moins, qui sont légères et presque, inconscientes. Comme des fantômes, dans le coin de notre paupière, qui disparaissent sitôt qu’on cille. Et reviennent quand on ne les attend plus. Dans ces heures sombres et tristes, elle appréciait son silence et même leur distance. Quand certains tentaient de force d’entrer dans ses hémisphères et de la faire sourire. La petite pierre s’était habituée à lui, au printemps de son éternité, et sa disparition avait éveillé en elle un sentiment étrange de manque et de perte. Zacharia avait disparu du jour au lendemain de l’univers de Saphir. Elle lui avait trouvé une nouvelle paire de gants, de couleur cette fois, dans l’espoir d’éveiller de la chaleur dans les yeux du jeune homme. Elle s’était infiltrée dans sa chambre et les avait posés sur son oreiller, comme à son habitude. Le premier jour, et même le lendemain, elle ne s’était pas inquiétée. Parce que le jeune homme allait et venait, disparaissait parfois et peinait à retrouver le chemin de leur maison. Et puis une inquiétude s’était logée, la peur qu’il se soit perdu définitivement dans ses débordements. On le lui avait finalement soufflé qu’il était parti. Elle fut triste, Saphir, parce que peut-être, elle aurait aimé lui dire au revoir, ou essayer de le retenir. En vérité, elle n’aurait probablement pas fait grand-chose. Elle était alors bien plus sauvage.

Saphir ne pensait jamais le revoir. Et le voilà devant elle, la prenant peut-être pour une autre. La jeune femme aimerait le prendre dans ses bras pour lui signifier sa joie. Mais elle n’est pas bien sûre de comment il réagirait. Qu’il soit vivant, qu’il semble heureux, réchauffe son cœur de pierre mais aussi ses yeux. Et peut-être est-ce suffisant, peut-être est-ce bien assez. Si elle s’avance davantage, si elle parle davantage, peut-être deviendra-t-elle un fantôme à son œil, plus si doux, mais désagréable. Ce genre d’ombre qu’on chasse du bout des doigts, quand souvenir ferait souffrir. Saphir n’a nullement le désir de devenir un méchant démon aux yeux de Zacharia. Alors elle se redresse. Sa main passe dans sa chevelure, l’agitant doucement, reprenant contenance, et un nouveau sourire glisse sur ses lèvres. La petite pierre a l’impression qu’il lui a offert un Joker. Elle ne veut pas vraiment l’importuner mais elle est curieuse un peu. Saphir chasse l’hier, de sa voix soudain plus sure, et questionne enfin.

C’était il y a longtemps. Mais le temps passe vite.
Raconte-moi tes voyages dans le temps.

Dans un sourire plus vif, et plus léger, elle ajoute.

Tu peux même me mentir si tu veux.

Qu’il ne se sente pas obligé de lui raconter ce qu’il ne voudrait. Les histoires imaginaires sont parfois plus réelles, que les véritables. Elle veut juste des histoires, vraies ou fausses, et peut-être le sentiment d’être allée, elle aussi, dans les boucles étrangères.
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Arzhealig Z. Leslie
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MessageSujet: Re: Sweet Cashmere   Dim 8 Avr - 21:11

Sweet Cashmere   [Saphir]




Arzhealig avait seulement jeté un petit regard à la fois amusé et réprobateur à Saphir. Ils étaient bien plus proches que ce qu'ils auraient tous deux volontiers confessé, et il voyait facilement les petits mensonges dont elle faisait preuve, pour la simple et bonne raison qu'il ne faisait que mentir, à longueur de journée. Il repérait plus facilement quelqu'un qui n'en avait pas une profonde habitude. Oh, il ne la blâmerait pour rien au monde, et en réalité, il trouvait cela adorable qu'elle dise ce genre de choses. Elle essayait de lui faire plaisir n'est-ce pas ? Il n'allait donc pas la relancer, et si elle n'avait pas envie de partir arpenter les rues de la ville avec lui, il n'allait pas la forcer à le faire. Il avait alors simplement hoché la tête pour signifier qu'il avait compris et qu'il n'allait pas revenir sur le sujet. Si elle éprouvait l'envie de découvrir, il la croyait assez intelligente pour venir lui demander de l'accompagner. La prochaine fois néanmoins, ils n'auraient qu'à aller se perdre dans les étendues de verdures qu'il savait luxuriantes dans les environs, malgré le climat de guerre qui flottait encore et toujours, bien qu'il n'y ait pas de bombes frappantes comme il avait pu le constater lors de ses quelques temps passés dans la boucle de Londres, avant que cette dernière ne disparaisse pour de bon.

Il leva un sourcil en entendant parler des dauphins et des phoques, jamais il n'avait été témoins d'une telle chose, et s'il n'avait jamais fait un détour par la mer, pas à son souvenir, il se demandait comment il était possible que ces animaux viennent se perdre dans un endroit pareil. S'il ne se trompait pas, la Manche était théâtre de beaucoup de déplacements par bateau, les animaux n'étaient pas réputés pour apprécier cela... Oh, il la croyait volontiers, il ne remettait pas en doute quelque chose dont il n'avait jamais été témoins, cela lui semblait seulement étrange, et c'était visible sur son visage. Il s'était un peu interrompu dans ses mouvements, et ses lèvres s'étaient entrouvertes en imaginant la scène. Il n'allait cependant pas rater une nouvelle occasion de glisser quelques mots. S'il avait renoncé à l'idée de la séduire aussi rapidement, il allait tout de même insister un peu, qui savait, peut-être aurait-il de la chance d'ici la fin de la journée...

- Si on se colle bien l'un à l'autre, on aura moins froid. Dit-il avec un faux air nonchalant avant de secouer la tête. D'accord d'accord, celle là était vraiment déplacée, je me tais maintenant.

Il n'avait pourtant pas réprimé son envie de lui faire un petit clin d’œil. Que lui arrivait-il ? Il avait l'impression d'être désespérément lourd, et qu'il allait la lasser rapidement. Il ne s'était jamais retrouvé dans une situation pareille, pas avec une femme lui semblant si familière et pourtant si étrangère. Il en perdait le seul talent qu'il avait au monde, à savoir un semblant de drague qu'il savait faire délicatement. Là, il avait l'impression de se faire aussi subtil qu'un troupeau d'éléphants marchant sur des œufs.

En parlant de délicatesse, il n'en avait pas réellement fait preuve en posant sa question. Il avait eu beau la poser avec un sourire, et le dire avec gentillesse, il n'en restait pas moins qu'il venait de souffler un air de tension qui ne lui plaisait pas plus qu'à Saphir, cependant, il se devait de briser la glace. Voulait-elle parler du passé ? Il ne serait capable que de lui donner quelques réponses évasives, qui ne la satisferaient pas, ou alors il donnerait des réponses qui n'en étaient pas, en citant quelques anecdotes. Il observa un instant son trouble, puis fronça les sourcils en voyant l'éclat de la pierre disparaître. Il trouvait cela fascinant, il ne pouvait pas mentir. Il restait humain, malgré sa retenue, et il avait un attrait pour tout ce qui avait de la valeur, chaque être était ainsi, certains plus que d'autres, certes, mais il aurait été presque sacrilège de mentir. Il n'était pourtant pas voleur, comme dit plus tôt, et s'il aurait accepté avec grand enthousiasme une pierre en cadeau, il n'aurait jamais glissé la main dans la poche de Saphir pour la lui subtiliser, bien qu'il en fut capable. Il n'aurait non plus jamais demandé à cette dernière de lui en donner une, il n'était pas demandeur, quand bien même avait-il besoin d'argent. Il préférait le gagner en fin de compte. Il préférait orner un pantin de ses fils et le faire danser sous les yeux des badauds pour quelques pièces. Cela était la seule chose qu'il gagnait sans artifices, car bien qu'il usa de son pouvoir pour bouger la marionnette, il lui avait fallu de longues heures d’entraînement pour parvenir à le faire assez discrètement pour que quelques passants attentifs ne réalisent pas qu'il y avait anguille sous roche, ou dans son cas, baleine sous caillou...

Arzhealig avait cependant entrouvert un peu les lèvres, surpris par ce qu'elle venait de dire. Il lui avait manqué ? Il inclina légèrement la tête sur le côté, plissant un peu les yeux pour chercher à comprendre. Il manquait à quelqu'un ? En quel honneur ? Avait-il fait quelque chose de particulier dont il n'avait pas le souvenir, là bas, à Paris ? Il avait beau fouiller le peu de souvenirs qu'il avait, il n'en trouvait pas la moindre trace. Est-ce qu'elle était seulement attachée à sa routine adorable qu'elle avait, en lui faisant don de quelques gants de bonne, voir excellente facture dans certains cas ? Ils s'étaient croisés un bon nombre de fois, il n'était pas nécessaire d'en avoir des souvenirs pour le savoir, leur logis à l'époque n'avait pas été grand, et il aurait été impossible qu'ils ne croisent jamais le chemin l'un de l'autre. Peut-être était-ce seulement cela ? La perte d'une habitude.

- Je t'ai... manqué ? Demanda-t-il l'air réellement perdu avant de secouer la main. Non, tu n'es pas obligée de répondre à cette question. Mais je dois avouer que je ne comprends pas bien.

Cela avait été plus fort que lui, il avait envie de savoir, voulait que les souvenirs remontent pour une fois, lui qui les fuyait habituellement avec un tel entrain... Il n'avait pas connaissance de qui que ce soit d'autre à qui il pouvait manquer, il avait tout perdu avant son entrée dans les boucles, ses parents ne l'auraient jamais cherché, et s'il se doutait en un sens qu'il avait dû manquer à quelques personnes dans sa ville natale, il les savait morts depuis bien longtemps maintenant. C'était en somme une grande surprise pour lui, que quiconque ait eu assez d'affection pour lui pour regretter son départ, même si cela n'avait été que de loin. Cela avait quelque chose de terrifiant, mais agréable tout de même. Il n'était qu'un vagabond, il n'avait d'attache que les autres vagabonds... Il s'était alors terré dans un mutisme presque gênant avant qu'elle n'ouvre de nouveau la bouche. Cette fois, un léger rire avait passé la barrière de ses lèvres, il fallait bien plus que cela pour entamer la bonne humeur de façade qu'il avait construite toutes ces années. Mentir ? Il n'en voyait pas l'utilité, pas pour elle du moins. En somme, il baissait les bras, en ce qui concernait le fait de la ramener dans son lit. Elle s'avérait être bien plus précieuse que cela.

Le temps passe vite, en effet. Répéta-t-il en prenant une petite gorgée de son verre. Mais ok, je vais te raconter. T'es bien installée, y a à dire. Il sourit en coin. Tu veux que je parte d'après Paris du coup ? Il inspira. Je suis parti pour la Russie, je t'assure que c'est pas grandiose. Enfin... C'est comme toutes les boucles, on en a vite fait le tour. Après c'est sur que c'est pas la même en ce qui concerne la Vodka et la drogue, j'ai testé des trucs en Russie que tu imagineras même pas. Il rit. C'est là bas que j'ai décidé d'arrêter de ruiner ma vie, même si c'est paradoxal. On est pas éternels pour finir en lambeaux pas vrai ? Il lui avait fait un léger sourire, c'était assez personnel pour qu'elle comprenne qu'il ne comptait pas lui mentir. Mais tu sais, j'ai pas tant d'histoires intéressantes à raconter. C'est surtout des histoires de coucheries et de bêtises à répétitions, je suis pas de ceux qui visitent, enfin si, mais que les locaux. Il rit avant de secouer la tête. Pardon, c'était sale. Il se racla la gorge. Hm... Attends si, tu verrais leurs bâtiments ! Enfin certains... Colorés, avec des formes improbables... !

Et il s'était laissé embarquer par ses souvenirs, se révélant être un conteur doué, il racontait anecdotes et décors, usant de grands gestes et de démonstrations idiotes à grands renforts d'objets les entourant pour symboliser bâtiments et habitants, lâchant parfois quelques mots de russe pour amuser la jeune femme, il avait l'air, en somme de réellement s'amuser et ne semblait plus vouloir s'arrêter, ne le faisant que parfois pour boire un peu, et une autre fois, pour commander une autre bière, la sienne étant vide, tout en proposant à Saphir de prendre ce qu'elle voulait. A court d'histoires inintéressantes sur la Russie, seul endroit où il était réellement resté, il avait finit en un soupir et un léger rire, passant une main dans ses cheveux.

- J'ai plus rien à dire je crois. Dit-il en riant. Ton tour. Il avait sourit en posant la tête sur son poing fermé.

Il avait eut son petit sourire d'enfant joueur en portant le verre à ses lèvres, il voulait en entendre sur elle aussi, même si elle n'y mettait pas tant de cœur.
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MessageSujet: Re: Sweet Cashmere   Jeu 10 Mai - 23:47



Sweet Cashmere


 
Parfois, dans le Noir, on n’y voit que ce que l’on veut y voir.


La surprise éclaira le visage du bon prince, et la petite pierre eut peur d’avoir fait preuve de maladresse. Pareille aux saphirs qui naissent à la surface de sa peau de nacre, elle est sous le soleil, chatoiement du ciel, rayonnements bleutés. Elle brille comme une étoile, astre froid, lointain et solitaire. D’un bleu profond, qui parfois semble aussi vide qu’un océan sans fond, elle se fige et se statufie souvent, transformant son sang liquide en rivière de diamants et autant de minéraux qui puissent éclore de son âme. Elle est avare de sentiments et rêverait d’être aussi insensible que les fleurs cristallines qui glissent de sa chevelure. Elle aimerait ne pas avoir de cœur, ou un cœur de pierre. Mais ses lèvres soupirent des sentiments qu’elle aimerait effacer aussitôt. Saphir sent sa gêne, comme un refus, ou peut-être comme une vulgarité de sa part. Sous son regard qui se plisse, elle s’effraie à l’idée d’avoir perdu la connexion. Elle a le verbe difficile quand il s’agit d’émotions. C’est comme si l’éclosion des pierres était la seule valeur, la seule tonalité juste et claire, et qu’aucun mot ne pouvait naitre de sa bouche et briller comme les précieuses. Comme si le gel s’était emparé de ses lèvres et que ses confessions portaient les morsures du givre. Ses yeux s’éloignent, elle souffle tout à peine.

J’aimais ta présence.

Il y avait dans la boucle la douceur festive d’un temps de paix qui s’éternise. La menace de la guerre était lointaine. Bien peu avaient connu la guerre. Rares étaient ceux qui s’était enlisés dans les tranchées et encore plus rares avaient vécu un camp de concentration. Ceux-là, ils n’essayaient pas de la faire rire, ils ne la forçaient pas à sourire par politesse. Ils avaient cette même ombre dans le regard, qui invitent peu au partage des malheurs, mais qui était, pour Saphir, comme un semblant d’appartenance. A ceux qui ne croient plus en l’humanité. A ceux qui n’ont plus rien à perdre. Et puis les yeux clairs d’Arzhealig perdus et défiants, avaient attiré les siens. Il l’avait marqué de sa présence, même oscillante. Elle n’avait jamais eu besoin de lui mentir, il ne lui avait jamais demander un faux sourire. Il n’avait pas essayé de la réparer. Et elle n’avait pas essayé de le réparer. C’était comme s’ils se croisaient sans se voir, mais peut-être aussi, aimait-elle ce sentiment léger, rien d’étourdissant, cette paix gracile. Saphir le gardait dans le coin de ses yeux comme un trésor, une ancre alors qu’elle reconstruisait l’architecture brisée de son essence malmenée. Ses lèvres confessent.

Je ne m’attendais pas à ce que tu puisses partir.

Saphir s’était sentie abandonnée, sentiment étrange et enfantin alors même qu’ils n’avaient emmêlé ni leurs destinées ni même leurs jours. C’est comme s’il l’avait laissé auprès des ames trop douces, des cœurs trop débordants de vie, prise au piège de leur gentillesse. Il avait fui Paris, quand Paris fut son refuge. Et peut-être, par son absence, lui avait-il soufflé sa propre couardise. Saphir était craintive, repliée dans l’antre protectrice de cette maison dont elle osait rarement sortir.

Heureusement Zacharia ne s’effarouche pas et, alors qu’elle l’éloigne du sujet, le jeune homme s’élance dans des frasques d’histoires, couleurs et bêtises d’un hier qui la rassure. Saphir s’émerveille de ces joies qu’elle capture sur ses lèvres, sourires pleins d’histoires qu’elle imagine malicieuses, esquisses d’anciennes aventures et péripéties amoureuses. Il a les yeux qui brillent alors que vagabondent ses nostalgies sur les oscillations d’un Hier aux nuances étrangères. Grande auditrice, elle l’invite parfois à continuer, sourit à ses blagues, habille ses histoires de quelques exclamations, rires amusés et regards de connivence. Se laissant bercer par ses paroles, elle imagine ces terres lointaines et les bêtises qu’il puisse y avoir fait. Rêveuse, le sourire habillant ses lèvres, la jeune femme songe qu’elle aurait aimé avoir eu son courage.  Etendre ses ailes, s’envoler, se laisser porter par des vents étrangers. Ce qu’il a trouvé dans cet ailleurs et qui lui a ravit son malheur, Saphir aimerait le détenir, elle aussi. Aussi mystérieux que ces mots russes qu’il souffle, le secret lui échappe.  Mais dans les histoires d’Arzhealig, qu’elle suit avec grande attention, elle se laisse emportée. Barque qui suit le fil de la rivière, passant auprès de barges mystiques, elle dérive et palpite, traversant les contrées aux horizons multicolores. Les descriptions sont précises, il lui semble vivre les contes davantage que les entendre. Il l’invite à une rêverie aussi tentaculaire que les tours et détours de ses histoires.
 
Reprenant un second gin tonic, elle se laisse griser par un sentiment si rare à son cœur. Il grimpe le long de son échine comme un lierre souple et invasif, mais léger et inoffensif le long du chêne centenaire. C’est comme ce sourire qui ne se défait de ses lèvres. Ou la peau de son visage soudain plus légère. Comme si les tensions sous-jacentes, les fines empreintes d’un froid s’évaporaient, chassées par une chaleur plus humaine. Le bien-être l’envahit sans qu’elle ne se rende compte. C’est une sensation inhabituelle. Sans s’en douter, Saphir baisse les armes, cesse de jeter des coups d’œil furtifs aux hommes qui les entourent. Elle est moins droite sur sa chaise et ses doigts ne sont pas si plein de ces infimes gestes qui soulignent les moments de gêne, ou le besoin de retenir ces émotions qui menacent à la fragile barrière de son épiderme si sensible. La jeune femme n’y prend pas garde, mais de minuscules perles brillantes glissent parfois le long de sa chevelure soulignant les éclats étincelants des récits de Zacharia. Sa présence est douce, sa voix entrainante, Saphir oublie quelques secondes qu’ils sont loin du manoir et si proches des hommes.

Le silence se déploie soudain, et c’est comme une surprise. Ses yeux se plissent légèrement alors qu’elle le regarde. Zach a le sourire charmant et plein de questions dans les yeux. Saphir comprends alors qu’il lui demande vraiment de prendre la suite et de lui révéler quelques histoires. D’une révérence gracieuse, elle aimerait l’éviter.

Oh, tu sais. Paris reste Paris.

Mais cela ne suffit. Il semble posé sur son poing comme un enfant sage qui attends patiemment que ne vienne l’histoire. Songeuse, le regard soudain plus vague, la pierre tente de se rappeler de l’empreinte du temps sur sa vie mais c’est comme si toutes les journées se rassemblaient, comme si toutes les histoires s’emmêlaient pour ne plus être qu’une. Une mélodie, incertaine et insondable qui s’élèverait dans la roche, un bruit de cristal contre lesquels résonnent les consonnances proches, ces fragments qui se multiplient. Une infinie partition dont il lui est difficile de distinguer les notes. Des décennies qui s’enlacent et se dénouent dans ses souvenirs. Et puis, enfin, un fragment dont elle puisse se saisir. Ses yeux s’éclairent, elle se rappelle, c’était juste après le départ de Zacharia.

Tu te rappelles le petit chat noir ? Celui qui entrait par effraction tous les jours dans la maison, et que personne ne savait jamais d’où il venait. Eh bien, je l’ai suivi pendant des jours, il passait par un trou dans le mur, derrière le poêle de la cuisine, au petit matin, avant qu’il ne soit chaud.

Le petit voleur, vrai chenapan, était aussi têtu et borné que l’Ymbryne dont il venait chasser les plumes. Un vrai petit tigre, aux yeux encore grands et à la silhouette si fine. L’adroite créature était un vrai acrobate. Il lui fallut tant d’heures pour comprendre la manœuvre.

Mais finalement, on n’a pas eu le cœur de l’empêcher d’entrer. Une fillette de la boucle l’a pris en affection. Je ne sais pas si tu rappelles, Julie, celle qui avait une chevelure de plumes de paon. Eh bien, elle a menacé de ne plus manger si on ne le laissait pas entrer.

Au souvenir de l’ingénue qui osa défier l’Ymbryne, son visage s’éclaire. Elle porte son verre à ses lèvres et rafraichi sa bouche.

Oh, et tu te rappelles Bertrand ? il est monté en haut de la tour Eiffel et s’est envolé.
Les Ymbrynes s’y sont prises à 3 pour pouvoir le faire redescendre.

L’homme le plus léger du monde, aussi doux qu’une plume, aussi volatile qu’un gaz qui serait matériel. Un coup de vent l’a emporté si loin qu’il a disparu pendant une semaine.

Il a fallu 4 longues années à Mathilde pour comprendre que le violon ne serait jamais son instrument fétiche, tu aurais vu la tête de son voisin quand elle ramena, le jour suivant, un saxophone.

Sa voix dérive, elle raconte des anecdotes qu’elle aimerait amusantes. D’un tel puis d’une autre. Les amours brefs comme les plus longs. Quelques épopées fantastiques, et histoires des autres syndragis. Ce qui la fit rire et peut-être aussi, la fascina. Fronçant parfois les sourcils pour chercher les souvenirs les plus lointains, elle se remémore ce Paris qu’elle aima tant. Dans un soupir, elle confie enfin quelque chose qui soit plus personnel, sonorités françaises qui lui échappent.

Paris me manque.

Elle reprend, en anglais, comme pour se rattraper.

Enfin, tu n’as peut-être pas envie d’entendre tout ça.

Et puis s’excusant un peu, du bout des lèvres, pour la simplicité de ses histoires, elle continue.

Les journées se ressemblaient beaucoup.
Je suppose que ce changement de boucle est un mal pour un bien.

Une nouveauté, très certainement. Les rivages d’un paysage neuf, une langue qu’il lui faut réapprendre et, aussi, ce vague sentiment d’être revenue en arrière, avant même son entrée dans la boucle. Saphir a cette crainte si profondément ancrée, cette peur silencieuse que le nouveau lui apportera toujours davantage de danger que d’amusement. Mais auprès d’Arzhealig, il lui semble finalement qu’elle a peut-être perdu son temps, terrée dans sa boucle, à revivre éternellement la même journée.
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Arzhealig Z. Leslie
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MessageSujet: Re: Sweet Cashmere   Dim 20 Mai - 22:34

Sweet Cashmere   [Saphir]



Arzhealig avait de nouveau froncé les sourcils, réfléchissant autant qu'il le pouvait. Elle ne s'était pas attendu à ce qu'il puisse partir ? Il ne comprenait pas ce cheminement de pensée. Pour lui, tout le monde était susceptible de disparaître du jour au lendemain sans rien dire, sans laisser de trace, il avait été témoins de cela tant de fois... Cela était peut-être aussi car il n'avait jamais eu aucune attache particulière, et que, en conséquent, il n'était pas de ceux auxquels les autres venaient parler. Il n'était pas de ceux qui s'attachaient, qui s'enchaînaient. Il était un électron libre qui n'avait toujours eu d'attache que son frère, et maintenant que ce dernier n'était plus là, que lui restait-il ? Oh, il n'allait pas mentir, quelques donzelles avec lesquelles il avait passé des nuits inoubliables venaient parfois gratter le fond de son esprit, mais à quoi bon les prévenir ? Elles le savaient bien, il allait et venait sans cesse, et s'il se doutait que certaines aient pu regretter son départ qui leur permettait de tromper l'ennui, il leur faisait confiance pour avoir trouvé d'autres échappatoires. Il se savait trop brusque, trop imprévisible pour qu'aucune d'entre elles n'ait développé quelques sentiments à son égard. Cela n'aurait pas eu de sens, et il s'était, en somme, toujours peu préoccupé de savoir s'il blessait qui que ce soit. Dans sa jeunesse, cela lui avait joué quelques tours, et il avait eu quelques séparations difficiles, il n'allait pas mentir, cependant il ne s'en préoccupait plus, et s'amusait bien volontiers des quelques insultes qu'il recevait parfois. Oui, il savait qu'il méritait les noms d'oiseau qu'il recevait, il en faisait collection ! Mais revenons au sujet incompréhensible. Comment avait-il pu manquer à Saphir, et à quel moment s'était-elle dit qu'il ne partirait jamais ? Il n'avait pas souvenir d'en avoir été proche, et il aurait juré que ce n'était pas le cas, alors il y avait deux possibilités : Soit quelque chose lui échappait profondément dans la manière de penser de Saphir, soit il avait encore moins de souvenirs que ce qu'il imaginait.

- J'étais soit parti, soit mort. Dit-il en haussant les épaules. Le résultat aurait été le même. Mais attends, ôte moi d'un doute. Il semblait légèrement gêné. On... était proches, à Paris ? J'ai pas beaucoup de souvenirs, et je crains avoir oublié quelques choses importantes.

Il ne semblait néanmoins pas plus perturbé que cela par cette information, il avait une attitude profondément détachée, comme avec tout ce qu'il entreprenait et faisait. Il jugeait ne pas avoir le temps de s'attarder sur de quelconques sentiments, et s'il savait être présent pour ses amis, le ressenti des femmes le laissait indifférent, beaucoup trop en soit. Oh, il ne poussait pas la réflexion jusqu'à ce point, il n'était conscient, en somme, que de très peu de choses à son propre sujet. Il se voilait la face de toute la puissance de son être, et ne gardait conscience que de toutes les erreurs qu'il pouvait faire, de toutes les choses qui n'étaient pas conseillées, qu'on lui reprochait, et une fois encore, il en montrait une fierté qui en agaçait plus d'un. Il répondait généralement d'un sourire et d'un haussement d'épaule, comme un enfant mal élevé l'aurait fait. Il s'accrochait aux choses superficielles de la vie, et s'il ne pouvait plus prétendre ne pas avoir le temps pour se poser des questions existentielles, de part son immortalité liée aux boucles, il en avait prit l'habitude, et trouvait cela agréable. Il réfléchissait, parfois, dans son lit à tout cela, et se disait qu'il serait bon d'évoluer, mais le sommeil venait faucher ses quelques réflexion matures, et le lendemain, il redevenait le sale gosse qu'il était. 

Balayant ces pensées, il avait donc commencé son récit, se laissant entraîner par ses propres paroles et les rires de Saphir. Il racontait d'autant plus de choses idiotes, pour le simple plaisir d'arracher quelques sourires ou gloussements presque imperceptibles. Il aimait voir l'intérêt dans ses yeux, ce petit quelque chose brisant la froideur qu'elle pouvait parfois avoir, ou ce petit air sérieux qui parfois venait orner son doux visage. Il avait compris, certes, qu'il n'était pas nécessaire d'essayer plus encore de la séduire. Cela viendrait peut-être avec le temps, qu'en savait-il ? Cependant, il n'aurait plus d'intérêt pour elle. Lorsqu'il devait conquérir une telle dame, il savait que le faire sans que les sentiments ne viennent s'en mêler était mission impossible, et comme dit, il ne comptait pas s'attacher, ni même faire en sorte qu'elle s'attache à lui. Il lui était arrivé, en Russie, qu'une dame s'entiche de lui, et il n'avait plus su quoi faire. Ne faisait-il pas tout pour être exécrable ? Un homme ivre, une fois, lui avait dit que les femmes étaient ainsi, qu'elles cherchaient ce qui leur faisait du mal, et qu'elles ne savaient pas faire autrement. Arzhealig avait défendu les femmes sur ce point, car il avait été forcé de constaté, des années durant, que beaucoup de femmes avaient même plus de volonté que certains hommes, et que cela était juste une question de caractère et de ressenti. Sans qu'il ne se souvienne trop pourquoi, cela avait tourné à la dispute, et Arzhealig avait du se faire violence pour ne pas pendre cet homme par le cou. Il était un paradoxe vivant, traitant les femmes comme du bétail, mais les défendant farouchement lorsque quiconque disait du mal d'elles... Histoire qu'il avait, bien entendu, raconté à Saphir au milieu de toutes les autres. En somme : Il ne voulait pas avoir droit à de nouveaux cris et larmes quels qu'ils soient, et fuyait donc l'affect.

Il avait jeté un petit coup d’œil autour d'eux, personne ne semblait réellement perturbé par leur présence, trop occupés à se répéter jour après jour. Il avait seulement fait un petit geste de la main à Saphir pour qu'elle réalise que ses cheveux se couvraient parfois de petites perles de diamants, et qu'il fallait qu'elle soit plus discrète, ils étaient entourés d'êtres humains, prêts pour certains, à les exécuter sur le champ. Il n'y avait rien d'alarmant pour le moment, et il n'était pas nécessaire que cela le devienne. Il avait d'ailleurs eut il léger sourire amusé en regardant le verre de Saphir. C'était amusant, de voir ce qu'un simple liquide pouvait parfois faire... 

Puis, vint le tour de Saphir de raconter. Un peu déçu par sa première phrase, il avait prit un adorable air boudeur, sa tête toujours posée sur son poing. Il attendait plus, savait que la pierre avait d'autres choses à raconter, Paris ne pouvait être aussi ennuyeuse... Il y avait trop de choses à voir, trop d'endroits à explorer et tout le temps de l'univers pour le faire. Si Saphir n'avait pas d'elle-même fait des choses, elle avait sans doute entendu quelques histoires, quelques bribes de temps qu'il aurait manquées. Il inclina légèrement la tête à ce qu'elle disait, l'air pensif. Il ne se souvenait pas de ce chat dont elle parlait, pour lui, il y avait toujours eu des animaux traînant dans la maison, toujours un syndrigasti métamorphe pour aller vaquer à ses occupations sous forme animal, alors pourquoi pas un chat noir ? Il n'en aurait pas été surpris, et de toute manière, il n'en avait rien eu à faire. A cette époque plus encore que maintenant, tout ce qui pouvait se produire autre que sa propre personne ne l'intéressait pas le moins du monde. Il n'avait eu que l'opium et les femmes, il n'aurait pas pu se soucier d'un chat, quand bien même ce dernier aurait agité la maison. Il ne comprenait néanmoins pas pourquoi cette agitation, car l'animal se répétait simplement jour après jour n'est-ce pas ? Il avait haussé les épaules à sa propre pensée avant d'éclater de rire au récit de Saphir. Il ne se souvenait pas de l'homme dont elle parlait, en revanche, il imaginait facilement les Ymbrynes essayer d'aller récupérer le plus rapidement possible cet être qui s'élevait dans les cieux. Il rit de nouveau à ce que la jeune femme disait, imaginant l'air désespéré dudit voisin. Il croyait se souvenir de cette Mathilde, sans mettre de visage sur ce nom, il lui semblait entendre résonner le bruit d'un violon souffrant le martyr d'être trop peu considéré. 

Arzhealig perdit son sourire lorsqu'elle mentionna que Paris lui manquait. Il ne pouvait que comprendre, elle y avait ses repères, ses habitudes, et avait été propulsée dans un monde qui lui était étranger. Paris lui manquait comme Heath lui manquait, comme la perte d'une ville, d'un monde, d'habitudes. 

- Les journées se ressembleront ici aussi tu sais. Dit-il en haussant les épaules. C'est bien le problème des boucles, rien ne change. Mais tu devrais venir avec moi à la fête foraine, tu y verrais du peuple et des choses changeantes. Tu pourrais rester assise tranquillement, il n'y a rien à craindre là bas, tu verrais à quoi ressemble le nouveau monde, ce qui est moderne je veux dire. C'est fascinant ! Je viendrai avec toi au début si tu veux, et après tu vas voir que tu y prendras goût. Il lui fit un clin d’œil. Je n'étais pas à l'aise au début, mais c'est un peu comme une drogue, au début tu ris bien mais tu en as quand même la crainte, puis tu t'y habitues, et tu peux plus t'en passer. Il eut un léger sourire en coin. Certaines drogues sont juste moins dangereuses que d'autres. Il fit tourner son verre entre ses doigts. Ce que j'essaie de te dire c'est que si tu n'essaies pas, rien ne bougera jamais, et tu auras des regrets. Oh, bien sur, tu regretteras aussi des choses que tu vas faire mais eh, on fait tous des erreurs non ? Il rit.

Arzhealig s'était redressé pour la regarder avec un sourire flottant au coin des lèvres. Il essayait de la rendre un peu plus hardie, cela l'amusait, et en même temps, il avait l'impression de lui rendre service n'est-ce pas ? Oui, il allait la faire sortir, et danser, et rêver, faire sortir la petite pierre de son écrin, et lui montrer que le soleil si effrayant n'allait que raviver ses couleurs. 

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MessageSujet: Re: Sweet Cashmere   Mer 23 Mai - 21:51



Sweet Cashmere


 
Parfois, dans le Noir, on n’y voit que ce que l’on veut y voir.



Zacharia s’inquiète soudain et sa question l’intrigue. Par erreur peut-être, elle songe que son discours puisse être celui d’une des demoiselles qu’il entraina si facilement dans sa chambre et oublia tout aussi vite. Alors, un peu confuse, elle agite sa main et réponds sans attendre.

Oh non, non, ne t’inquiètes pas, pas de cette façon-là.

Cela la fait sourire un peu, qu’il se trouble à l’idée qu’elle puisse se fâcher. Elle le rassure d’un regard plus doux avant de se plonger dans ses histoires. Disparaissant dans ses contes, Saphir se laisse griser aux reflets multicolores de ses souvenirs, pierres chantantes dont elle imagine les couleurs sitôt qu’il parle, comme si lui aussi emprisonnait sa mémoire dans des saphirs, émeraudes, rubis et autres pierres précieuses. Des infimes reflets de ses pensées naissent dans sa chevelure châtain. Perles de pluie, beautés chatoyantes et colorées qui accrochent la lumière du feu et celles des bougies. Les pierres fines glissent le long de ses longues mèches. Invisibles à Saphir. Elles sont comme une part d’elle qui ne sauraient être étrangères. Qu’elle ne saurait ressentir puisque sensiblement identique.

Sa particularité a de terrible parfois, qu’elle lui échappe, qu’elle est incontrôlable. Qu’il lui faut retenir le moindre de ses émois et même ses joies les plus simples dans une cage glacée. On lui soupire qu’elle n’a peur que de quelques nuages, ombre d’histoires, on lui dit qu’il n’y a plus rien à craindre du monde et que ses peurs sont infondées, mais elle garde cette méfiance profonde, ce sentiment sans doute désuet de ne jamais être complètement à l’abri. Pendue aux lèvres d’Arzhealig, s’imaginant traverser les âges passés auprès de lui, la méfiance de Saphir s’évapore. Elle fut loin, si loin, qu’elle s’est adoucie, qu’elle s’est détendue, qu’elle n’a plus fait garde ni aux hommes, ni à ces émotions joueuses qui ont enserré son cœur de pierre. Les traits de son visage furent plus tendres, comme si une infime crispation s’était évanouie. Et ses yeux plus brillants, comme si elle n’avait plus peur qu’on puisse saisir dans le bleu de ses yeux, les reflets cristallins de ses saphirs. Scintillante quelques instants, une délicate légèreté s’empare d’elle, erreur qu’une douce ivresse rend facile. Quand Zacharia lui rappelle doucement qu’ils ne sont pas seuls, cela n’entache pas le sourire qui habille ses lèvres, mais elle se fait plus sage. Saphir a l’habitude de se mettre en cage, de museler les colorations multicolores de ses émotions si tangibles. Et puis, alors que la jeune femme se lance dans les histoires de Paris, elle délaisse un peu son verre. La discrétion et l’ivresse vont rarement de pair.

Arzhealig s’envole dans des idées légères. Lui soufflant des promesses d’aventure, il lui insuffle comme un vent de légèretés. Saphir l’écoute et ses yeux sont doux, presque tendres. Parfois elle aimerait ne pas avoir peur et peur de rien. Parfois elle aimerait être comme lui. Ce serait si simple alors, il suffirait de sortir dehors, de prendre l’air dans cette réalité linéaire qui fascine ceux qui errent dans la même journée. Zach a décidé de ne plus gâcher sa vie, il y a longtemps en Russie, peut-être devrait-ce être à son tour, de prendre une décision aussi tranchée et de si plier comme elle le ferait d’un nouveau mantra. Ses lèvres s’étirent dans un sourire.

Cela me ferait très plaisir.

Et quelque instant, songeant à la frivolité d’une telle action, elle rêve de pouvoir s’aventurer avec lui dans ce monde qui serait chaque jour différent. Mais ses yeux brillants perdent un peu de leurs éclats. Et ce n’est pas tant de l’abattement qu’une résolution qui habille son visage. Quel que soit l’éclat des pierres et leurs couleurs, le cristal est fait de froideur. Les rayons du soleil les traversent, les éclairent et elles reflètent leurs reflets, mais si le cœur des pierres a l’architecture des cristaux de glace les plus pures, la chaleur des astres ne les transforme pas. Il a ce non friable, ce solide, ce dur, qui traverse les âges sans s’éroder comme les granits. Zacharia est un astre, un soleil, il la fait rire et la distrait du monde autour, si bien qu’elle en oublie ses tourments, et sous sa lumière elle brille comme un joyau. Mais cela n’efface cette peur plus dense, plus dure, ce carat griffé par les âges.

Mais je ne peux pas sortir.

Si le réel s’emparait d’elle, une nouvelle fois, dans les ombres elle s’éteindrait, incapable de produire sa propre lumière. Quitter son écrin serait s’offrir au monde une seconde fois et espérer qu’il ne tente pas de s’emparer d’elle. Et même si elle sortait en catimini. Et même si Saphir se dissimulait comme elle tenta de le faire jadis. Tous ces plaisirs qu’Arzhealig lui souffle lui semblent inaccessibles. Tout doucement, pour ne pas le fâcher et par peur d'avoir fait preuve d'un peu trop de dureté dans sa voix, elle souffle.

Que se passerait-il, si je m’amusais, je m’amusais vraiment ? Ou si l’une des attractions m’inspirait de la peur ? Et si quelque chose m’attristait, ou m’émouvait ? Que se passerait-il si quelqu’un s’en rendait compte ? Je te mettrais en danger toi aussi.

Ses yeux traversent la salle. Un sourire passe sur ses lèvres. Saphir n’est pas si triste de ne pas pouvoir sortir. Son écrin est de velours, ses journées se ressemblent mais elles sont gracieuses, agréables. Il n’y a rien à craindre. Et puis, si pour certains, le monde réel leur manque, ce n’est pas tant vrai pour elle. Elle n’y a plus de familles, pas d’amis. Ses seuls souvenirs sont des remembrances cruelles. Le monde était fauché par la guerre. Elle garde en mémoire cette lueur dans la prunelle des hommes, jamais apaisée, jamais complètement douce. Cette même crainte, les échos des bombes et puis, tout ce que les hommes font pour survivre. Dans la boucle, Saphir n’a jamais faim, rarement froid. Instinctivement et inconsciemment, elle associe la réalité linéaire, à ce qu’elle fut autrefois, ces deux guerres qui martelèrent son âme.

Ici, ce n’est pas si grave. Les jours sont tous les mêmes, et les hommes sont amnésiques.
Rien qui n’est fait ne pourrait être défait par le lever du jour.

La réalité linéaire l’intrigue, mais pas assez pour qu’elle n’ose en affronter les dangers. Pour ceux qui l’ont gouté cependant, c’est différent, Zacharia ne doit pas comprendre vraiment ce sentiment. L’ennui la taraude parfois, mais ce n’est rien comparé à la peur et l’appréhension qu’elle ressent à l’idée de quitter l’aile douce des Ymbrynes pour s’envoler en solitaire. Sans la protection du temps qui toujours la retrouve. Dans cet ailleurs où, s’il est presque sécuritaire, succomberait probablement à l’avarice d’un malin.
Ses yeux sérieux se font joueurs. Saphir ne veut pas assombrir l’humeur de son ami. Dans un sourire, elle se redresse.

Ne t’inquiète pas pour moi, je ne suis pas malheureuse dans une boucle. Cela ne m’empêche pas de m’amuser. Allez viens, finissons nos verres et sortons. J’ai envie de marcher.

Et sans plus attendre, elle finit son verre d’une traite.
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Arzhealig Z. Leslie
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MessageSujet: Re: Sweet Cashmere   Sam 26 Mai - 14:39

Sweet Cashmere  [Saphir]




Arzhealig avait eu un léger soupir de soulagement à ce qu'elle venait de dire. Non pas qu'il soit complètement inquiet par le fait qu'elle puisse lui en vouloir, bien que cela pesa dans la balance, il aurait été bien dommage, à son sens, qu'il ait oublié quelques rapprochements charnels, ou bien même une affection particulière qu'en savait-il ? Il n'était pas mufle à ce point, et il savait reconnaître lorsque la seule présence d'une femme était agréable, plus que le fait de partager sa couche, et pour le peu de temps qu'il avait passé aux côtés de Saphir, il savait que s'il ne rechignerait pas devant le fait de la voir nue sous ses draps, il allait apprécier sa seule présence.

- Tant mieux, ça aurait été quelque chose que j'aurais regretté d'avoir oublié. Dit-il avec un sourire mutin qu'il cacha derrière son verre.

Égal à lui-même, il n'allait tout de même pas se montrer sous son vrai jour de sensibilité. Trop peu séducteur à son goût, bien que cela eut un effet incompréhensible sur certaines femmes de sa connaissance. Le mauvais garçon au grand cœur était son rôle favori, lorsqu'il s'agissait de l'endosser, cependant il n'était pas un rôle aussi facile que cela à entretenir. Il fallait jouer continuellement entre son bon et son mauvais côté, et il lui arrivait de perdre patience. Non, il n'allait pas jouer ce rôle pour Saphir, elle était assez chanceuse pour le voir presque sous son vrai jour, principalement car il avait abandonné l'idée même de la séduire. Il aimait les challenges, à n'en pas douter, cependant lorsque la partie était pratiquement perdue d'avance, il ne trouvait aucun intérêt à se donner tant de mal.

Ils avaient ainsi continué leur conversation comme s'ils avaient été de vieux amis que les années et la distance avaient séparés et qui avaient tout un tas de choses à se raconter. En réalité, ils n'étaient que deux étrangers qui se découvraient en donnant l'impression de se connaître. C'était étrange, et Arzhealig, ne se souvenait pas avoir déjà eu pareille impression avec qui que ce soit. Peut-être le fantôme de Paris planait-il trop près de leurs têtes ? Cela était une possibilité, cependant il ne cherchait pas à comprendre jusqu'aux tréfonds de ce sentiment étrange qui l'animait. Il avait d'ailleurs réalisé qu'il avait baissé les bras bien vite. Il voyait en Saphir plus une sorte de sœur, quelque chose de ce genre. Elle aurait pu être la femme de son frère, ou alors sa meilleure amie ? Quelque chose qui ressemblait à cette proximité, bien qu'il eut conscience que Heath, s'il avait toujours été près de lui, aurait sans doute tourné de l’œil devant une femme nue... Cette pensée lui arracha un demi sourire pensif, qu'il avait caché derrière un faux coup d’œil alentours.

Il était alors parti dans des rêves d'aventure, des songes éveillés qui, il l'espérait, feraient assez rêver Saphir pour qu'elle acceptât de prendre son bras et de le suivre dans les déboires de la foire, qu'il lui montre son spectacle, qui pouvait se couvrir de féerie s'il le souhaitait. Caché derrière quelque paravent, il décorait ses pantins de perles, pourtant fausses mais brillantes, il se faisait plus doux, il les drapait de vêtements aux couleurs chatoyantes, et parfois, par plaisir, il sortait de sa boite une légère poupée articulée qui devenait ballerine pour les beaux yeux de ces dames. Excellent conteur, il racontait des histoires d'amour illustrées, lues ici et là, il donnait du rêve aux quelques enfants assis en tailleurs devant lui. Il lui arrivait, en ces occasions, d'être d'une douceur sans limites, et il aurait, en réalité, aimé que Saphir le voit ainsi. Il n'était pas si mauvais bougre qu'il n'y paraissait, et s'il le cachait de toutes ses forces, la sensibilité qu'il mettait dans son art n'avait rien de semblable avec un caractère qu'il s'efforçait d'effacer aux yeux de tout un chacun. Paris lui manquait aussi pour cela, il avait là bas, trouvé quelques marionnettes qui avaient sa préférence, et si la couturière russe qu'il avait connue leur avait confectionné quelques vêtements, il aurait aimé en avoir une panoplie inépuisable. Aussi, lorsqu'elle avait dit que cela lui ferait très plaisir, il s'était éclairé d'un adorable sourire, et ses yeux bleus avaient fait écho à ceux de Saphir en se parant de milliers d'étoiles scintillantes, vent de bonheur soudainement balayé par la suite de ses paroles. Il avait serré les poings sous la table. Que faisait-il de mal pour qu'elle ait si peu confiance ? Il y avait toujours un moyen, ils pouvaient contourner la moindre crainte, le moindre petit écart avait toujours une solution, et du moment qu'elle ne se mettait pas à cracher des diamants en parlant, ils pouvaient toujours la cacher. Elle ne pouvait prétendre qu'elle s'amusait dans des jours toujours semblables, et qu'elle était heureuse dans le fait que le renouveau d'une journée pouvait annuler toute crainte. Non, elle ne savait pas, elle n'avait aucune conscience de ce qu'était l'extérieur, et bien entendu, ce qu'elle ne savait pas ne pouvait lui manquer. Il avait bu une gorgée de son verre, essayant de se contenir. Elle allait contre son propre bonheur avec des peurs idiotes. Lui, qui n'avait la crainte de rien excepté de la mort, ne comprenait en aucun cas ce genre de retenue inconsistante. Elle voulait sortir ? Soit. Il avait fini son verre comme elle l'avait fait et s'était levé en balançant son manteau sur son épaule.

- C'est la fête dehors Saphir ! Dit-il alors, véhément. Personne ne sera choqué de te voir déguisée ou maquillée que sais-je ?! Dehors, ils ont des maquillages parés de paillettes et autres choses brillantes, il suffit que tu te prépares un minimum pour que personne n'y fasse attention. Tressons tes cheveux, mettons y quelques perles, je saurais le faire, je le fais sur mes pantins. Quelques pierres passeront inaperçues. Il fit claquer sa langue. Trouvons du maquillage plein de brillance pour orner tes yeux, quelque chose qui viendra faire briller tes cils et cachera quelque écart. Tu porteras des gants, comme maintenant, tu pourrais porter un chapeau, quel qu'il soit. Je dirai que tu m'accompagnes dans mes spectacles et que tu dois avoir l'air mystérieuse. Quand je fais des représentations, je porte de grands vêtements sombres, un chapeau qui cache la moitié de mon visage. On me dirait tout droit sorti des années mille huit cent, cela plaît aux spectateurs. Tu laisses ta peur prendre le dessus. Il se passa une main sur le visage. Ce que j'essaie de te dire c'est qu'on peut toujours trouver une solution. Ce n'est pas que tu ne peux pas sortir, c'est que tu ne cherches pas une solution pour le faire.

Il avait poussé sa chaise contre la table d'un coup de pied, laissant la monnaie sur la table afin que le tenancier puisse être payé et ne crie pas, en plus, au vol. Il ne lui avait pas laissé le temps d'objecter quoi que ce soit avant de prestement passer la porte de la sortie. Il y était probablement allé un peu fort, cependant, si en toutes ces années d'existence, Saphir était toujours à ce même cheminement de pensée, il était probable que personne ne lui ait jamais parlé de la sorte. Il serait le méchant dans cette histoire, il l'acceptait, et si elle se fâchait... Au diable. Elle ne se rendait sans doute pas compte de tout ce qu'elle venait remuer en lui, des souvenirs qu'elle faisait remonter, et de la frustration qu'il éprouvait à toujours vouloir la séduire et lui faire plaisir, n'obtenant des sourires et des rires que pour les idioties qu'il avait pu faire. Oh, il lui avait manqué n'est-ce pas ? Elle ne le connaissait même pas, avait été incapable de prévoir la moindre de ses réactions. Un regard joueur n'y aurait rien fait, il n'était pas aussi facile à attendrir.

Un pas à peine dehors, qu'il avait porté à ses lèvres un cône roulé de chanvre, en expulsant la fumée épaisse dans l'air froid dans une volute presque opaque. Cela le calmait, et il avait laissé échapper un profond soupir, se pinçant l'arrête du nez. Elle n'avait pas idée de lui faire vivre de tels ascenseurs émotionnels. Elle l'avait rendu heureux au possible en formulant une acceptation avant de venir lui mettre un coup de batte à l'arrière du crâne dans un refus caché derrière une excuse sans teneur. Il avait tourné la tête vers elle et avait roulé des yeux.

- Je m'excuse, d'accord ? Avait-il dit d'un air exaspéré. On ne se connaît pas toi et moi Saphir, ce n'est pas parce que nous avons vécu au même endroit que nous avons tout à partager, bien que j'ai pensé que cela puisse être le cas. Il fit claquer sa langue avant de marmonner. Zacharia n'est même pas mon vrai nom... Il avait de nouveau tiré la fumée du cône entre ses doigts. Je ne veux pas être cruel ou quoi que ce soit du genre avec toi, et considères moi comme le méchant de cette histoire si cela te fait plaisir, mais ne viens surtout pas dire que je n'aurais pas essayé de t'aider. Il avait baissé les bras en un soupir. T'as raison, marchons...

Il avait un peu plié son bras pour qu'elle s'y accroche si elle le désirait. Ils devaient faire bonne figure au milieu du monde n'est-ce pas ? Aucun écart, aucun scandale, cela était bien ce qu'elle souhaitait ? Certainement, et cela était aussi à l'exact opposé de tout ce qui constituait sa vie. Il ne la comprenait pas, et son tort était de s'emporter sans chercher à le faire, cependant, il n'était pas réputé pour sa patience, et s'il regrettait déjà la dureté de ses paroles, elle n'aurait sans doute pas droit à plus d'excuses... Pas si facilement.


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MessageSujet: Re: Sweet Cashmere   Lun 28 Mai - 18:22



Sweet Cashmere



Parfois, dans le Noir, on n’y voit que ce que l’on veut y voir.


L’agacement de son ami se fit sentir. Comme une pluie de grêle, un matin d’été. Comme le grondement d’un orage au loin. Il ne fit pas plus froid, et l’humidité de l’air ne changea pas. Mais elle en sentit les effets jusque sur sa peau. Au début ce fut comme une curiosité dans ses yeux, éclats trop innocents, trop naïfs, c’est qu’elle fut tant habituée à ce qu’il lui fasse plaisir qu’elle ne s’attendit pas à une averse. Ce fut comme une histoire dans laquelle elle s’imagina, le brillant de ses paupières pleines de paillettes, des tresses constellées de petites pierres. Le spectacle. Et alors qu’elle découvrit sa version, cela la ramena des années en arrière, dans cette époque de deux guerres. Cela lui rappela le cirque qui la faisait frémir, son apparat plein de paillettes comme si elle fut danseuse, et non seulement gisement de pierres précieuses. Elle se rappela ce que cela fut d’appartenir à un cirque en ces temps-là. Et son costume d’apparat pour dissimuler les blessures. Les temps étaient durs, ils n’étaient pas si cruels, et même plus tendres avec elle qu’avec les lions. Mais elle ne s’appartenait plus, sa mère l’avait dépossédée de sa liberté et on jouait d’elle comme d’une poupée.

Puis le temps s’obscurcit. Les premières pierres de gel chutèrent des lèvres de l’homme qu’elle avait blessé, d’une manière qu’elle ne compris guère. Saphir sentit sa colère, et son caprice. Le ton changea peut-être, moins entrainant, plus autoritaire. Le monde autour fut plus sourd. Comme si son attention tout entière était à lui. Comme si le champ de ses pensées se réduisaient pour ne plus être, qu’à la portée de sa voix, à entendre le jugement de son esprit facétieux. Ces yeux bleus furent soudain plus sombres. Il y eu comme une pâleur sur sa peau. Des infimes petites pierres rouges naquirent sous ses yeux, marquant le bleu de ses yeux, le rouge de sa colère. Pierres qui refusèrent de naitre, dans un dehors comme dans un dedans, irritantes et insolentes. Dans ses gestes, Zacharia fut violent et ses yeux se plissèrent. Elle regretta instantanément d’être là, auprès de lui, seule dans un lieu d’humain, puisque soudain il ne fut plus le frère, mais l’adverse. Le pas un peu raide, Saphir le suivi en dehors, couvrant le visage de sa main. Dehors, enfin, Saphir remit ses gants en silence. Il parla encore, et chacun des mots fut une blessure. Elle eut envie de lui demander une cigarette, d’enfumer l’instant pour qu’il se trouble ensuite, quant à l’écueil des jours il ne sera plus que souvenir. Mais il y avait cette impression, ce sentiment peut-être de lui avoir déjà trop demander. Ou de ne pas être capable de lui offrir quoi que ce soit en retour.

Je n’ai pas besoin d’aide.

Les facettes glacées de ses lèvres pourtant douces. Un froid s’est emparé de sa prunelle. Une colère, presque sourde, à l’idée qu’il puisse s’amuser d’elle pour si peu. Il veut l’aider ? Saphir refuse de croire qu’elle est fragile, tout en cherchant la protection des autres. C’est comme si elle leur donnait une chance encore, parce qu’elle sait être dure, et méchante. Elle le fut et se rappelle encore. Survivre dehors, elle excelle. Pour survivre, elle fut prête à tout, vendit son âme, brada son cœur puis son corps. Saphir sait être aussi dure qu’une pierre. Saphir est aussi dure qu’une pierre quand elle se dissimule dans sa carapace minérale. Mais elle aimerait n’avoir que leurs brillances, leurs transparences, leurs couleurs chatoyantes et leurs facettes parfaites. Zacharia l’a prise par surprise. Une part d’elle se maudit de l’avoir laisser venir si près d’elle. De s’être laissée approcher si près que les mots de Zacharia la touchèrent en plein cœur. La jeune femme se tourne vers lui et ses yeux sont durs, froids, aussi glacés que l’hiver. Sous ses cils, les pierres brillent, comme si, encore dans sa peau, elles brillaient de la même colère.

Et je ne suis pas une poupée. Je n’ai pas à me plier à tes plaisirs.

Zacharia lui offre son bras, mais Saphir l’ignore. Ses yeux se détournent, elle marche auprès de lui, le pas vagabond se demandant ce qu’il suit et comment rentrer. Avec, pourtant, l’envie d’effacer leurs colères et de revenir en arrière. Dans un soupir, elle songe qu’elle aurait dû lui mentir comme elle le fait avec tous les autres. Sourire, murmure, un oui oui bien sûr et ne plus jamais en reparler. Le mensonge est bien plus simple. Elle passe sa main sur sa peau, comme pour en ôter les facettes, et parle, la voix plus calme, plus douce, un peu lasse et pas très sure. C’est que, bien que cela lui semble une évidence de part sa nature, bien peu connaissent cette vérité, et bien plus rares encore ne la lui demandent.

Tu crois vraiment que Saphir est le mien ? De nom ?

Un nom de pierre comme nom de naissance.
A une heure de pauvreté et de misère, cela n’a pas de sens.

Nous ne sommes pas les seuls qui ne donnons pas nos vrais noms ici.
J’estime que le nom qu’on me donne est celui avec lequel on veut que j’appelle.

Saphir ignore son caprice et même la dureté de ses mots, elle n’a de toute manière aucune envie de revenir sur sa décision, ni de s’étendre un débat stérile. Elle ne revient pas non plus sur ses paroles, ni sur son envie qu’elle le blâme pour toute cette histoire. Zacharia fut cruel puisque d’une justesse sans inclusion, et d’une vérité sans place à la douceur. Mais elle ne lui laisse pas le rôle du méchant comme si elle fut en sucre. La jeune femme ne comprend pas pourquoi il s’agaça si vite et si fort. Elle le questionne des yeux comme de la voix.

Pourquoi tu te mets tant en colère ?

Sa voix est soudain plus douce, fragile. Ses yeux se détournent de lui. Le monde extérieur n’a guère plus d’attrait maintenant qu’il n’est pas là pour lui sourire ou pour le faire virevolter d’une blague ou deux.

Je croyais que tu voulais me voir.

Et le ton de la voix est soudain plus dur, plus égal, comme si elle craignait sa réponse tant et si bien qu’elle l’anticipait.

Si tu n’en as plus envie, nous pouvons rentrer.

Les yeux de Saphir sont tristes, mais elle essaie de garder un visage sur. Elle ne le regarde plus, pour ne plus voir l’amer ou le jugement dans ses pupilles. La jeune femme aimerait pouvoir refaire naitre le rire, mais tout semble soudain si sérieux. Comme s’il n’y avait plus de place pour la légèreté. C’est comme si le papillon se moquait de la chrysalide et le défiait de sortir de son cocon. Arzhealig vit le grand monde et changea. Saphir est toujours murée dans ces boucles de guerre, et identique à ce qu’elle fut. Il est difficile pour les pierres de changer de couleur, il est impossible pour elles, une fois polies de se transformer de nouveau. Contrairement au Phoenix qui se relève de ses flammes, elle est insensible aux métamorphoses des âges. Mais parfois elle aimerait en oublier les travers, voler avec les papillons et virevolter au rythme de leurs histoires.
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Arzhealig Z. Leslie
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Fumée euphorisante aux doigts, l’esprit ailleurs.
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Joue les réels marionnettistes pour une poignée de sourires
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Célibataire endurci qui souhaite le rester, amoureux des corps en tout genre du moment qu’ils ne restent pas plus d’une nuit.
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MessageSujet: Re: Sweet Cashmere   Dim 10 Juin - 19:15

Sweet Cashmere  [Saphir]




Pas besoin d'aide... Arzhealig avait retenu un rire méprisant en prenant une bouffée du joint entre ses doigts. Elle avait besoin d'aide, elle était seulement trop fière pour l'admettre. C'était là le problème des princesses comme Saphir. Elles avaient une fierté déplacée qui les empêchait de prendre les mains tendues, de laisser une chance à l'aventure de venir régler certains de leurs problèmes, elles s'enfermaient dans un simulacre de force pour devenir des roches sans saveur. Saphir plus encore que n'importe laquelle d'entre elles, dans la froideur de ses pierres s'était sculpté une carapace qui maintenant plus que jamais, la rendait fière. Devant cette froideur téméraire, Arzhealig s'était redressé, la scrutant de son regard bleu glacé. Elle n'était pas la seule à pouvoir revêtir cet air froid et fermé, elle n'avait pas devant elle le genre de personne qui s'écrasait et s'excuser. Ses lèvres fermement closes sur le bout de carton fumant, il avait levé le menton en posant sur elle un regard inquisiteur. Ne se rendait-elle pas compte ? Son corps entier et sa lassitude appelaient à l'aide, un cœur solidifié à ce point hurlait pour qu'on lui tende la main, et elle le faisait taire à grand coups de fouet. Elle se persuadait elle-même d'être plus forte que tout autre être sur terre. Il n'avait jamais rencontré aucune âme, aussi forte qu'elle puisse paraître, ne pas nécessité la moindre aide. Il la trouvait terriblement hypocrite, tellement manipulatrice. Elle était venu vers lui, lui avait demandé à s'échapper, l'avait suivi en connaissant ses désirs, en ayant conscience qu'il n'avait que la fête à l'esprit, et sitôt qu'il espérait d'elle un retour, elle s'enfermait dans sa coquille de clous et de roche. Piquante, impénétrable, elle refermait la pierre autour de son propre corps pour ne pas écouter. Arzhealig ne connaissait que trop bien cette attitude, il avait revêtit ce costume tant de fois, s'était montré plus fier qu'il n'était à tant de reprises. Il avait cru, l'espace d'un instant, qu'ils étaient proches, et les masques tombés, il avait pensé qu'elle pourrait le comprendre. Le fait était qu'elle n'essayait même pas de le faire. Oh, certes, il voulait la faire sortir de manière égoïste, elle l'avait si bien souligné. Cependant ce n'était pas que pour lui. Elle s'était plaint à lui, elle lui avait dit, les yeux brillants, qu'elle serait heureuse de sortir, pour quoi ? Pour refuser, simplement, et maintenant elle prétendait n'avoir besoin d'aucune aide ?

Il avait serré les poings le long de son corps, lorsque d'un mouvement dédaigneux, elle avait ignoré son bras offert, et ses yeux s'étaient noircis, une ombre inquiétante venant voiler le bleu de son regard. Elle prenait le problème totalement à l'envers et s'enfermait dans cette idée. Elle n'était pas une poupée ? Oh, bien sur qu'elle en était une. Une magnifique poupée de porcelaine, parfaitement peinte, d'une beauté figée, froide. Elle était magnifique sur une commode, elle inspirait le respect, chez certains la peur, cependant, sans ses fils, sans qu'il ne la guide, elle n'était qu'un objet incapable de se mouvoir. Elle rêvait secrètement à une fée bleue venant lui donner vie, et lorsqu'elle se présentait à elle, elle s'acharnait à lui couper les ailes. Ah, il avait bon dos, à prendre le rôle du méchant, quel homme manipulateur et indigne. Quel sexe fort voulant apposer sa poigne dominatrice sur la pauvre petite princesse qu'elle était. Elle hurlait à l'aide sous sa glace, et sa fierté de porcelaine écorchée l'empêchait de se rendre à l'évidence. S'il devait se laisser aller aux généralités, il aurait clamé qu'il aurait pu s'en douter. Les beautés froides comme elle ne savaient pas laisser quelque sentiment que ce soit venir les dominer, et elles étaient tristes. Bénies étaient les idiotes qui se laissaient aller et vivaient, simplement. Une belle femme au cerveau bien empli apposait des barrières de fumée sur sa propre vie. Elle n'avait qu'à secouer la main pour la dissiper, cependant, elle gardait les doigts croisés en contemplant cet obstacle infranchissable.

Quoi maintenant, elle jouait sur les mots. Avait-il seulement dit qu'il pensait que Saphir soit son nom ? Il avait seulement dit que Zacharia n'était pas son nom, seuls ses amis proches le connaissaient, les autres utilisaient son deuxième prénom, c'était là la seule différence. Elle consolidait la carapace autour de son corps en essayant de retourner ses armes contre lui. Elle n'avait aucune chance. Elle était une statue de verre et lui un volcan en fusion. Il se mettait en colère car il avait l'impression qu'elle lui crachait au visage. Il n'était pas souvent aussi calme et agréable, n'avait que très rarement envie d'aider. Ah, il se souvenait pourquoi maintenant. Donnez la main et on vous prend le bras. Saphir lui avait presque arraché le bras. Croyait-elle qu'en modulant sa voix elle allait aussi simplement balayé cette véhémence née dans son cœur qui le consumait ?

- Ce sont tes désirs, Saphir, pas les miens ! Dit-il en écartant les bras. C'est toi qui me disait que cela te ferait plaisir, c'est toi qui a eu cette lumière dans les yeux, c'est toi qui t'es éteinte quand tu as dit que tu ne pouvais pas ! Et moi quoi ? Il avait serré les dents. Moi comme un idiot, j'essaie de te faire plaisir, j'essaie de trouver des solutions, je veux te faire comprendre que c'est possible, et qu'est-ce que tu fais ? Tu deviens froide avec moi, tu te prends pour une princesse mais chérie ouvre les yeux, ici on est tous pareils, t'es une paysanne comme nous tous, personne ne vaut mieux que les autres, et toi, non mais eh... Tu délires ! Il avait tapoté sa tempe de son doigt. Réfléchis, je te propose des alternatives, et toi, tu me dis que tu ne dois pas te plier à mes plaisirs ? Avant de juger des miens, tu devrais essayer d'écouter les tiens. Mais ouais, je me doute que Saphir n'est pas ton nom. Il avait abaissé les bras, l'air désespéré. Tu acceptes. Tu laisses faire, tu courbes l'échine et laisse la dureté de la vie faire de toi un pantin, et après c'est à moi ? MOI ? Que tu dis que j'essaie de faire de toi ma marionnette ? T'as rien écouté à ce que je t'ai dit tout à l'heure pas vrai ? Oh, oui, tu étais trop occupée à rire des idioties que j'ai pu raconter pour te rendre compte que ce moi n'existe plus et pourquoi ? Il s'était approché d'elle. Parce que moi, j'ai su prendre ma vie en main. J'ai su mettre de côté ma fierté mal placée pour prendre les mains qu'on me tendait, j'ai su remarquer quand quelqu'un cherchait à m'aider, sans me braquer, sans immédiatement accuser l'autre de vouloir me manipuler. T'es une enfant capricieuse Saphir, et au diable si mes mots te semblent dur, il faut bien que quelqu'un te le dise ! Il avait posé les mains sur ses épaules. M'accuse pas de ce que je ne suis pas. Oui, moi je voulais te voir, je voulais comprendre pourquoi tu étais là, pourquoi tu me regardais comme ça. Juste parce que le fait que j'ai été à Paris te donne un air de famille ? Ma grande, arrête de vivre dans les illusions du passé, je suis un des mieux placé ici pour te dire que c'est ce qui te tuera. Il l'avait lâchée en la poussant légèrement. J'ai toujours envie de te voir, moi. C'est encore tes désirs que tu transposes sur les miens, parce que tu n'es pas capable de supporter mes mots. Va falloir t'y faire.

Arzhealig avait haineusement jeté son joint au sol, l'écrasant du bout de sa chausse. Autant de déni le rendait fou, il sortait rarement de ses gonds, préférait tourner la situation au ridicule, cependant, il s'était laissé emporter, pour une raison inconnue. Il n'était pas capable de réaliser qu'elle le touchait, avec ses idées de famille, avec cette fragilité cachée sous la roche brillante, elle était attendrissante, et son cœur tambourinait dans sa poitrine si fort qu'il l'assourdissait. Il ne pouvait concevoir qu'une pierre si pure se prive du monde, n'écoute pas ses désirs et ait cette tristesse dans le regard. S'il devait passer par la case blessure, alors il le ferait... Mais il espérait la faire réfléchir.


lumos maxima


 
Take me home
Take me home where the restless go
Reckless to the day I rest my bones

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MessageSujet: Re: Sweet Cashmere   Mar 12 Juin - 22:25



Sweet Cashmere


 
Parfois, dans le Noir, on n’y voit que ce que l’on veut y voir.


Pour ne plus qu’on la blesse, Saphir a bâti des pierres de son âme une tour brillante. Une tour immense. Une tour dans laquelle elle se drape de douceur. Une tour dans laquelle elle enferme son cœur. Et il n’y a pas de dragon devant la tour, si ce n’est peut-être le doux vol des Ymbrynes. Il n’y a pas de monstre pour la garder. Que la froideur des pierres et le tranchant de leurs arrêtes. Une tour qui l’éloigne de la guerre. La première, la deuxième. Une tour qui l’éloigne du monde des hommes. Mais la guerre est loin, et pour certains, elle n’est plus qu’un vague souvenir dans les livres d’école, ou une romance au cinéma. Alors parfois, elle descend de sa tour, son pied foule l’herbe, elle respire un air qui ne soit pas si minéral, si plein des paillettes multicolores qui naissent de ses rêves ou de ses pensées les plus libres. Sortir avec Zacharia fut un peu comme une escapade. Elle oublia quelques instants toutes les pierres qui donnèrent de la hauteur à la tour, elle se logea dans les émois d’une autre histoire. Elle s’imagina voyageuse et vagabonde. Saphir aurait dû s’attendre à ce qu’il lui demande d’aller plus loin, puisque c’est ce que les âmes errantes font. Elle donna voix à des désirs dont elle aurait dû taire l’existence. Saphir aurait dû s’attendre à faire naitre la frustration. Mais elle fut légère et maintenant, alors qu’il lui en fait le blâme, elle regrette de s’être tant laisser aller. Qu’il puisse être si près qu’il puisse tenter de la changer. Qu’elle fut tant humaine qu’il songe maintenant à la secouer pour en ôter les pierres défaillantes.  

Ses mains se posent sur elle. Saphir ne sent les doigts de bois qu’au travers le cuir tendre de ses gants mais elle les imagine davantage, fils qui s’accrochaient aux aspérités de la pierre s’il n’y avait le doux entrelacement du cachemire et le filtre de la peau animale. Que serait-il sans ses gants, aurait-il l’audace de l’accrocher du derme filant de ses doigts et de la manier à sa guise ? Figerait-il un sourire sur ses lèvres d’un rose fade ? Forcerait-il ses yeux à briller encore ? Lui forcerait-il la main comme il le fait, tentant désespérément de lui faire comprendre une leçon qu’elle n’est pas prête à entendre ? Et pourtant s’il n’avait l’amer au creux des lèvres et la colère si virulente, peut-être se serait-elle étendue sur ses ailes frêles, et l’aurait-elle suivie dans ses pérégrinations, si pas à pas, il avait fait virevolter ses humeurs avec délicatesse. S’il l’avait attendu, en la tentant de quelques couleurs et portraits d’un ailleurs fleurissant, elle se serait logée contre la douceur cachemire, le velours sans épines. Elle se serait avancée dans ces ailleurs qui effraient son cœur. Elle aurait aimé le suivre. Elle aimerait toujours le suivre. Il y a cette tentation, battante, qui crispe sa main en poing, de lui foutre une gifle, et de lui dire, le menton plus fier que le sien, un Très bien, allons s’y puisque tu y tiens tant. Et de lui en vouloir, ensuite, pendant des décennies. Puisqu’ils ont le temps. Puisqu’il y a tout le temps du monde, dans une boucle, pour une vieille rancune.

Mais Arzhealig la retient entre ses doigts, ses mains. Et elle se sent plus petite, elle se sent plus fragile. Il gèle son cœur, architecture grinçante, pierre pleine d’arrêtes. La peau de son visage devient plus dure, constellations d’infime pierres blanches. Les rayons de l’astre les éclairent, mais il n’est nulle lumière dans le cœur de la pierre. Un sentiment, plus fort, l’oppresse. Il la capture. Ce frisson sur son échine alors qu’il parle. Une carapace de diamants, éclosion d’une protection diaphane. Sa peau est le miroir de son âme. Elle aimerait lui cracher des menaces comme des pierres, qu’il la relâche de son verbe dur et capricieux. Et pourtant elle est figée, immobile, statufiée comme si sa vraie nature ressurgissait de tous ses pores. La colère est une rivière de givre qui enlace ses articulations minérales. Elle a des diamants dans les yeux, éclats presque blancs dans le saphir de ses iris. Une remembrance d’hier, une frayeur de demain. Le vertige de perdre pied quand on lui vole son libre arbitre. Cette impression d’être saisie et de ne plus toucher le fond. Et ce grondement alors, le long de son échine minérale. Une fureur froide glacée enserre son esprit brulé à vif par la brutalité de ses paroles.  

Ce qu’il dit. Ces pierres dont il fait le collier, laides, vulgaires, coupantes. Ces mots qui s’alignent sur le fil de ses pensées, s’entassent, se bousculent, se brisent les unes contre les autres, comme un immense château de cartes, fragile et mouvant sous les caresses du vent, qui soudain s’effondrerait de l’intérieur. Les cartes tombent, sa colère grandit. Il a le même verbe que celui qui se joua de son âme, si bien qu’elle ne sait plus très bien s’il dit vrai ou s’il fustige des réalités contraires. Une part d’elle, infime, profonde, s’attends même à ce qu’il lève sa main sur elle. Une autre songe qu’il parle de blessures et pas uniquement de celles qu’il découvre chez elle, mais des siennes. Des blessures, des fêlures, des frémissements de l’âme, en résonnance avec ce qu’elle a pu dire ou faire, qui ont enflammé de vieilles brulures et déclenché son ire. Une autre enfin, écoute ces [n]tu[/b], ces moi qui se combattent, et en imagine déjà une fin, brutale, tranchante. Il y a trop d’opposition pour espérer une réconciliation. Et d’ailleurs, elle n’est plus vraiment sûre d’en avoir envie. Saphir ne rêve plus que de se loger dans sa tour, à l’abri des intempéries.

Zacharia la repousse, et elle recule d’un pas. Ses paroles lui restent sur la langue, venimeuses, vaporeuses, ersatz éthérés d’une amitié mourante. Elles glissent sur ses lèvres comme un soupir. Une échappée. De la même voix, comme un écho de celle de Zacharia.

Tu as toujours envie de me voir.

Après tout ce qu’il vient de dire, il n’y a aucune raison qui lui passe par l’esprit. Du fiel de ses paroles emportées, elle n’y a lu que les insultes et les violences. Leurs sens véritables ne caresseront probablement que la surface. Du moins, pour l’instant. Une lueur passe dans ses prunelles. Animant les diamants comme si soudainement ils suivaient le magnétisme de son cœur. Oscillant et tranchant. Sa voix claque, martiale.

Pourquoi ?

Ses yeux se plissent. Les diamants se concentrent autour des pupilles. Les pierres sont pures, mais cruelles. Elles veulent éloigner les paroles comme celui qui en fut l’instigateur. Saphir désire se défaire de son empreinte comme de son attention, puisqu’elle n’a la douceur d’un écrin, et le velours d’une protection. Par ses mots et ses gestes il la toucha, mais d’une manière brutale qui éleva les constructions minérales autour de sa peau de femme. Saphir ne le laisse pas répondre. Une froideur passe ses lèvres dans une moquerie sans joie. Elle raille.

A t’entendre on croirait que tu me connais mieux que personne.

Il est trop près, ou peut-être est-elle trop loin de la plume douce des Ymbrynes. Il doit partir. Elle doit partir. Il n’est d’aucun danger qu’elle puisse confronter quand elle est dans le monde des hommes. D’aucun rejet qu’elle ne puisse supporter. La blessure attire les requins et il la toucha déjà en plein cœur. Elle veut le blesser, lui aussi, qu’il ne revienne pas vers elle pour lui souffler quelques déplaisirs. Si ses pensées furent celles qu’il énonça, il n’a, de toute manière aucune envie d’être là.

La vérité c’est que tu voudrais me polir à ton image.

Ses yeux sont fixes, puis plus souples, comme si les diamants glissaient le long des cils ou retournaient dans les profondeurs de ses yeux bleus. Son visage brillant se détourne, elle regarde aux alentours, cherche son chemin dans les détours, et ces maisons trop habitées qu’il lui faut éviter.  Elle parle, et cette fois, sa voix n’est plus si froide, ni si chaude, elle est comme une pierre sans valeur, un granit sur le bord d’un chemin. Sans ton véritable, ni substance. D’un gris las.

Mais tu as raison...

Ses yeux ne quittent plus cet horizon à lequel ils s’accrochent. Ils ne veulent plus retomber dans ceux de Zacharia. Ni celui d’avant, doux et joueur, qui la convaincrait peut-être que tout ceci ne fut qu’un mauvais rêve. Ni ces pupilles pleines de colère qui attendent d’elle ce qu’elle ne saurait leur donner. Lentement ses doigts redressent son col autour de son visage, et passe sur sa chevelure, la rapprochant de sa peau, la dissimulant des yeux étrangers. Saphir souffle, et c’est comme un au revoir.

le Zacharia que je connaissais n’existe plus.

La colère donne des ailes à son courage, elle ose alors, se détourner, repartir, seule. Elle qui craignait qu’il ne l’abandonne, s’éloigne en silence. Ses mains se glissent dans les poches de son trench, un frisson enserre ses épaules. Saphir évite le regard des passants. Elle aimerait disparaitre, vite, du regard de Zacharia. Ne plus être vue et par quiconque. Retrouver sa tour glacée et la longue procession des marches qui la protègent. S’échapper quelques instants, croire qu’elle puisse abaisser ses remparts et être aussi légère que ne le sont les ailes du papillon, fut une erreur.
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