« lueur de nuit » ☾ Lazare
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Galahad L. Ednyfed
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Échine capricieuse qui prend le code soufflé, carcasse qui imite en tout point l'être effleuré. Jumeau factice qui se perd dans l'illusion.
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Versatilité constante et imprévisibilité. L'imitation s'infiltre, se glisse, caractères et manies gobés à la manière d'une éponge. Excentricités d'un égaré qui finit par ignorer ce qu'est d'être lui-même.
☾☾ Années :
Frustration éternelle, carcasse figée quelques jours avant la trentaine qui ne sera jamais atteinte, traits mensongers, censés afficher nonante-cinq automnes.
☾☾ Occupation :
Anatomie adulée et répugnée, médecine opérée lorsque nécessaire bien que l'épiderme demeure problématique, brillant avenir dérobé. Parfois projectionniste pour le plaisir des regards avides de curiosités.
☾☾ Myocarde :
Palpitant esseulé et répugné par les chairs. Interrogation demeurant, de qui voudrait d'un être devenant soi-même. Odieuse fatalité.
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MessageSujet: « lueur de nuit » ☾ Lazare   Lun 5 Fév - 0:20

lueur de nuit
Lazare & Galahad

« You know you look so tired, You're gonna stay up late tonight, Under the stars »
Déclin du jour. Voûte crépusculaire aux tons chatoyants insufflés par une éclaircie printanière perpétuelle. Cadre incontestablement paisible, loin des remous de Londres et ses grondements, terreurs insufflées à la tombée du jour, imposant de trop longues insomnies empruntes de mauvais souvenirs. Le calme fut appréciable, doucereux pour les songes aux quelques lueurs positives. Même les craquements du parquet luisant furent délicieux, plus discrets, y glissant les chaussettes aux teintes divergentes avec plaisir, esquivant de justesse les quelques échines aventureuses avant la nuit. Excentrique en quête de tranquillité, d'un retour en son antre bienfaitrice et manqué, loin de l'agitation tumultueuse des pièces de vie ou même fête foraine absurde en un temps qui fut incompris.

Chemin entravé. Chandail abandonné, délaissé sur le parquet luisant des quelques marches menant à l'antre. L'objet est saisit, replié avec soin, laisse perler un cheveux par mégarde, provoquant le drame par inadvertance. Soupir. L'échine se contracte et se replie sur elle-même, aboutissant sur une carne plus jeune flottant quelque peu dans des vêtements qui ne lui correspondirent plus. Le coupable et propriétaire fut ainsi tout désigné lorsque les mirettes rencontrèrent leur reflet, pourtant étranger, dans une vitre, jeune voisin à l'esprit vagabond.

La vision fut troublée, supportant mal les quelques relents du jour encore présents, esquivant les lumières pour rester dans la pénombre des combles. Grenier auto-approprié à la porte se refermant sur le monde, bulle dans la bulle, où se glisse un amoncèlement d'objets en tout genre témoignant des quelques lubies du maître des lieux au delà de sa légère tendance à l'accumulation. Quelques ouvrages anatomiques côtoient des romans d'aventures, affrontent un panel d’appareils photos, caméras et bobines en tout genre, clichés dégueulant sur un piano où la poussière ne voulut pas s'accumuler, recouverts de quelques vêtements qui n'eurent rien à voir avec le sexe et la morphologie d'origine, ayant servit à quelques emprunts effacés et perdus. Sans parler des trop nombreux dossiers contant les secrets obscurs de Syndrigastis de la boucle, dissimulés sous les lattes du plancher en guise de trésors. Une plaie lorsqu'il avait fallu quitter Londres.  

L'objet du délit récolté au vol fut déposé sur une table, saisissant stylo et papier au vol dans le but de glisser un mot sous la porte du propriétaire. Étrange vide et blocage. Phalanges qui refusèrent d'obéir, de tracer. L'autre main est tentée dans le doute, est confronté au même problème. Page blanche ridicule et insaisissable, peinant à comprendre d'où elle provient si ce n'est de l'emprunt opéré. Minutes interminables sans y parvenir, agaçantes, même la fumée blanchâtre d'une cigarette et le tabac n'y firent rien. Agacement.  

Bruits de pas à l'extérieur et d'une clef qu'on semble tourner. Excentrique délaissant sa frustration pour dénicher le nyctalope. « Lazare ? » Question légitime, iris entravées par la copie, ne pouvant guère discerner d'avantage que les contours abstraits d'une silhouette à cette distance. Il eut véritablement une vision atroce, bien que le handicap fut amoindrit, confondu avec une myopie extrême, lié à une particularité qui ne fut pas dérobée. « C'est Galahad. J'ai quelque chose qui t'appartient, seulement je préfère éviter de le toucher à nouveau, si ça ne t'embête pas. Comme tu peux le constater ça ne m'a pas vraiment réussi. »

Invitation à entrer dans la tanière d'un maigre rictus, supposant que ce fut le moment opportun pour faire de plus amples connaissances que de se limiter aux quelques formalités de bon voisinage. Soulagement une fois la porte franchie, iris retrouvant leur portée coutumière, esquissant un retour à la normale et regain de carcasse primaire. « Du thé ? » Proposition au timbre et tonalité d'origine, passant le changement d'échine sous silence, fait devenu d'une banalité sans nom.
(c) DΛNDELION



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Lazare Delauney
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MessageSujet: Re: « lueur de nuit » ☾ Lazare   Jeu 8 Fév - 1:04

Lueur de nuit

Galahad & Lazare

Lazare ne partageait véritablement qu'un mur avec Galahad. S'il connaissait son prénom, c'était qu'il l'avait demandé à d'autres. S'il connaissait sa particularité, c'était qu'il en avait eu des échos d'ailleurs. Et s'il connaissait son penchant pour la photographie, c'était parce que, eh bien, il l'avait vu passer dans leur couloir avec son appareil. Bon.
Mais Galahad restait pour Lazare une énigme qu'il ne s'était jamais embarrassé de déchiffrer. On finissait toujours par trouver tout un tas de défauts à ses voisins, on arrivait à se crêper le chignon pour des bagatelles de bruit ou de désordre ou d'odeurs ou, plus fréquemment, de poubelles ; les voisins étaient, en somme, des espèces dont il valait mieux se méfier – et préserver par la même un semblant de bonne entente. Résolument, Lazare vivait tout aussi bien en ne sachant guère ce qui se tramait derrière la cloison commune.

Ce soir là, pourtant, il ne s'attendait point à rencontrer l'énergumène. Et surtout pas sous des traits si... Familiers.
Alors qu'il bataillait pour tourner la clé rouillée dans la serrure non moins oxydée, profitant du crépuscule pour discerner à peu près son environnement, sa mâchoire se décrocha d'un coup à la vue du voisin.
Du voisin, ou, pourrait-on dire, de lui-même.
Lazare secoua la tête suite à l'interjection, et ses yeux manquèrent de rouler hors de leurs orbites. Il fixa, fixa, et reluqua davantage l'étrange Galahad, et finit par se convaincre malgré tout de la réalité de ce qu'il percevait. Oh, même s'il ne disposait pas d'une acuité visuelle des plus impressionnantes, jamais pourtant ses prunelles ne le trahissaient au point où il se voyait lui-même en lieu et place des autres. Et, Galahad, pour sûr, arborait une toute autre tête la dernière fois qu'il l'avait aperçu.
Les explications arrivèrent à point nommé – c'est-à-dire, juste avant que Lazare s'effondre – et, après avoir oublié la clé, jusqu'à ses objectifs premiers, Lazare de lâcher, bêtement, en guise de tout commentaire :
- Elle ressemble vraiment à ça, ma voix ?
Pour l'apparence, le garçon ne pouvait en juger avec une exactitude scientifique ; mais la voix, oh, ça ! On ne le bernait guère sur les sons, car son ouïe, par la cécité, s’affûtait – et, dame ! il aurait imaginé pour lui une toute autre intonation, une voix plus grave, pour sûr, et plus chantante, aussi.

Alors, sans cesser de fixer Galahad, ou l'autre Lazare, il répondit à l'invitation silencieuse et pénétra dans l'appartement voisin, les yeux toujours écarquillés sur cette apparition double de lui-même – ce qui ne manquait point de causer du dégât à son cerveau peu friand des paradoxes.
Mais la vue dudit appartement fit oublier à Lazare cette copie de lui, et cette étrange dégaine qu'il ne se connaissait pas – et tout le reste. Car Lazare venait tout juste d'entrer dans une caverne aux mille trésors, à faire passer Ali-Baba pour un marchand de pacotilles – une montagne de joyaux, de richesses, une profusion, oh ! inimaginable, insensée !
Il y avait à voir partout ; sur le sol, sur les meubles, sur les murs, au plafond ; Lazare se délectait de tout ce qu'il percevait, désirait toucher à tout ; il n'avait encore jamais eu accès à un si merveilleux foutoir, qu'il se tournait et se retournait dans tous les sens afin de n'en perdre une miette.

Absorbé dans la contemplation de toutes ces richesses, Lazare avait fini par en oublier Galahad même ; et le son de sa voix – de sa vraie voix – fit sursauter le garçon, qui, ignorant la proposition du voisin, céda à un élan de panique.
- Non ! N'allume pas la lumière, s'il te plaît !
Discrètement, Galahad avait retrouvé son apparence physique, et avec ceci, sans doute, une vision normale. Il aurait été dans son bon droit, en propriétaire des lieux, de s'installer à son aise, et donc, de choisir d'y voir un peu plus clair ; ce qui aurait signifié, pour Lazare, de retourner dans son noir habituel, quand il y avait tant à contempler !
- C'est que... C'est que c'est... C'est incroyable tout ce qu'il y a. Ça prendrait des heuuuures à tout voir !
Lazare se mit à regretter, soudain, de n'avoir pas plus tôt fraternisé avec le voisin. Il y avait là de quoi s'amuser indéfiniment ! Par les costumes, les jeux, les parures, les breloques, les cartes, tout !
Et, se rappelant qu'il avait grossièrement oublié la proposition de Galahad :
- Oh, mais non merci, j'aime pas le thé. C'est donc vrai ce qu'on dit des Anglais, hein ? Vous buvez du thé comme nous autres, on boit de l'eau. C'est comme les Allemands avec la saucisse. (Sous ses paroles se cachait un léger mépris du peuple germanique entretenu par les guerres.) Mais alors, qu'est-ce qui m'appartient ? J'ai oublié un truc ici ? Pourtant je te jure que je suis jamais venu.
Et, se retient-il d'ajouter, ça ne serait plus, à présent, l'envie qui lui en manquerait.


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Galahad L. Ednyfed
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MessageSujet: Re: « lueur de nuit » ☾ Lazare   Sam 10 Fév - 22:57

lueur de nuit
Lazare & Galahad

« You know you look so tired, You're gonna stay up late tonight, Under the stars »
Malaise perceptible malgré le trouble, pâlissant les traits de Lazare. Faciès dont l'expression fut connue à force de l'avoir affronté, ce regard incessant qui revient. Effet de surprise qui ne fut plus amusante avec le temps, trop coutumier des faits, lassé. « Désolé. Ça fait toujours étrange la première fois. » Syllabes qui s'extirpent, excuses qui s'échappent des lippes, vol d'échine accidentel, navré d'imposer la chose au voisin encore méconnu, sachant pertinemment que l'emprunt put terrifier, d'avantage pour ses effets indésirables qu'il eut tendance à avoir, intrusion. Une première impression, au delà des formalités d'une banalité déconcertante, qui ne fut certainement pas des plus agréable. Dossier encore inexistant, inconnue au dessus des traits du français réfugié dans une boucle étrangère, dont seul le nom et la particularité furent connus. Besoin soudain de sociabiliser, d'en apercevoir autre chose que l'esquisse au croisement d'un couloir.

Le malaise semble pourtant se dissiper rapidement, distraction régie par l'antre qui ferait également peur aux plus méticuleux et maniaques, excentrique évité sur bien des plans, au point que certains se plaisent à apposer "le type bizarre du grenier" sur la carcasse. Ajustement du tissus ayant retrouvé leur tombé d'origine, cils papillonnant pour mieux appréhender les contours et autres détails retrouvés. Sursaut lors d'une protestation, suivant l'instruction et laissant l'obscurité des combles, aux fenêtres précédemment altérées, dominer. « La lueur d'une bougie te pose-t-elle problème ? » Demande précautionneuse tout en affichant un rictus, préférant tout de même avoir un point de repère pour discerner les gestes et éviter de potentiels objets gisant au sol.

Maigre rire qui s'en suit, constatant qu'il fut d'avantage curieux qu'en fuite sous l'amoncèlement. Certainement beaucoup trop de centres d'intérêts qui se confondaient. Les doigts s’affairent, posent une bouilloire d'onde fraîche sur un réchaud d’appoint. « J'ai un peu honte de ma tendance à entasser pas mal de choses. Le problème de la versatilité et de la curiosité sans fond. » Confidence honnête, il fut très certainement déjà au courant des lubies changeantes de son voisin et la réputation qui en suivit.

Un verre de cristalline fut apposé sur la table et désigné, rejoint d'une boite de biscuits qui fut entamée la veille. « A vrai dire je suis Gallois, c'est plutôt du whisky que je devrais proposer. D'ailleurs n'est-ce pas plutôt du vin qu'on associe aux français ? » Boutade lancée, se plaisant à annihiler les clichés. Pourtant les bouteilles d'alcool furent dissimulées dans leur cristal, prêtes à l'emploi. « Pas trop difficile de s'acclimater à notre boucle pour le moins chaotique ? » Difficile de concevoir qu'il dut quitter l'aube d'une guerre pour une autre, tristesse que d'imaginer ces temps aux cultures d'une époque figés qui furent envolés à jamais, boucles mémoires au goût nostalgique, rêve de les arpenter définitivement anéantit par leur destruction.

Rappel soudain de la mission d'origine, lui montrant du doigt l'objet du délit. « Ton pull. Tu y avais laissé un cheveux, d'où l’imitation accidentelle. » Justification jugée nécessaire à la compréhension. « Je t'aurai bien glissé un mot, mais j'ignore pourquoi le stylo refusait de fonctionner. » Paperasse gisant encore à côté, recouverte de traits qui furent indéchiffrables et trop abstraits, marquant le mécontentement. Question d'une curiosité malsaine sur le bord des lèvres, supposant que la chose vint du voisin et de l'emprunt occasionné. « Tu n'as qu'à fouiner à ton aise et emprunter quelques livres. » Encouragement et changement de sujet tout en préparant le thé personnel, espérant qu'il n'y eut rien relevant du voyeurisme à vue. Tasse portée aux lippes provocant instantanément une grimace, la reposant d'un air dédaigneux, goûts entravés par les résidus de l'imitation.
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Lazare Delauney
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MessageSujet: Re: « lueur de nuit » ☾ Lazare   Sam 17 Fév - 0:27

Lueur de nuit

Galahad & Lazare

Quand on passe sa vie entière à fuir la lumière, dans un monde façonné par elle, la flamme d'une bougie représente bien peu de choses.
- Non, non. Ça m'fait juste un trou noir à l'emplacement de la flamme. C'est rien, avoua Lazare en haussant les épaules, reconnaissant que Galahad accepte l'obscurité pour lui.
L'intensité d'un candela se trouvait la plus simple à supporter pour Lazare ; un véritable jeu d'enfant. Il s'agissait d'ailleurs de l'une des raisons pour lesquelles la perte de la boucle parisienne constituait un drame pour le garçon ; en 1914, on n'y allait pas si bon train avec l'électricité en-veux-tu-en-voilà. On se contentait pour tout éclairage de bougies dans les chaumières, ou du gaz, mais certainement pas de ces maudites lampes électriques qui brouillaient la vue de Lazare autant qu'un Soleil nocturne. A présent, à cette époque soi-disant moderne, les nuits même n'étaient plus noires ; dans les rues, et dans les campagnes, partout, on s'éclairait tout le temps, insupportablement, on dénigrait les ténèbres ; on devenait de véritables papillons de nuit apeurés à l'idée d'une coupure – et à cet instant, une idée lumineuse effleura Lazare, qui se jura bien qu'il irait faire sauter les plombs de l'installation électrique de la fête foraine, et scierait tous les câbles d'alimentation de Tenterden afin qu'il puisse jouir, enfin, d'une véritable nuit. Pour rigoler. Et rirait bien celui qui rirait le dernier !
- Rendez le noir à la nuit ! scanda l'aveugle, pouffant, afin d'étayer son discours d'une remarque qu'il jugeait pertinente.

La bougie allumée, des vagues de ténèbres glissèrent le long des murs, suivant les oscillations de la flamme. Rien de handicapant – juste le reflet dansant de lumières imperceptibles. Et Lazare de s'enivrer des merveilles, dans cette chambre aux murs à la clarté mouvante.
- Mais ! Y a rien à avoir honte, moi, je trouve que ta chambre est très chouette.
On sentait dans la voix de Lazare toute la sincérité et l'admiration d'une jeunesse tempétueuse, tenté de toucher à tout et d'essayer chaque vêtement un à un.
- Tu dois être vachement plus vieux que moi pour avoir réussi à amasser tout ça. Et puis comment t'as fait, même ? On est cuits si on sort des boucles.
Lazare, lui aussi, faisait preuve d'une grande curiosité, teintée d'une naïveté également grande ; et en bon logicien qu'il était, Lazare de déduire que son voisin s'était, sans doute, adonné à l'activité peu vertueuse du vol – puisqu'il disposait de collections plus conséquentes qu'aucun autre, sûrement avait-il recouru au larcin pour renflouer sa galerie. Mais Lazare ne pipa mot ; après tout, lui-même n'avait rien contre les voleurs, et rien ne prouvait que Galahad en fut un.

Et comme s'il n'avait pas porté à son encontre quelques soupçons, Lazare rit aux boutades de Galahad. Oh, sûr qu'il aurait volontiers débouché une petite bouteille de vin, et ils se seraient bien marrés en la sifflant à deux tout du long du soir. Hélas, les Anglais n'avaient point le goût des bonnes choses (en témoigne leur redoutable earl grey), chose à laquelle il fallait bien se faire, puisqu'il était de toute façon peine perdue de trouver ici-bas un vin correct – ou un vin qui ressemblât, même de loin, à du vin.
Finalement, s'acclimater à cette boucle s'avérait plus difficile que prévu. Il n'en laissa pourtant rien paraître à son voisin, sans quoi il n'aurait tari de ses états d'âme peu jouasses. Paris lui manquait, de ce manque qui arrachait à sa vie une bonne moitié de son sens, comme on lui aurait coupé un membre. Et l'impossibilité de pouvoir jamais y retourner le tuait à petit feu. On lui avait pris sa maison, il était bloqué pour l'éternité en Angleterre, et voilà tout.
- Ça va, balança-t-il, pourtant, joyeusement. J'ai encore du mal à me repérer – je compte et je compte et je te promets, je compte-compte-compte, la dernière fois, j'ai fait trois fois le tour du pâté de maisons avant de trouver la porte. Pas simple.
Il rit de sa bêtise, et du souvenir de cette après-midi des plus démoralisantes, où retrouver son logement dans cette ville inconnue s'était avéré un calvaire, quand on n'y voyait rien et qu'on parlait à peine la langue – et quand on hésitait encore sur le sens de la circulation, qui rendait toute sortie une périlleuse épopée pavée de dangers bien anglais.

Lazare, ensuite, s'émerveilla de retrouver le pull que Galahad lui désigna. Parbleu ! Il se souvenait à peine de l'avoir un jour égaré, et dût, au terme de laborieux efforts, se remémorer la scène ; s'étant saoulé, la nuit précédente, il avait éprouvé toutes les peines du monde à rentrer chez lui – et il n'était, pour ainsi dire, point parvenu à ses objectifs. La clé rouillée dans la serrure rouillée lui avait donné toutes les peines, et, fatigué, trop las pour s'obstiner davantage, il s'était endormi sur place, envoyant au diable toutes les considérations que son état pourraient bien engendrer. Son pull-over avait fait office d'oreiller de fortune durant les deux petites heures passées dans un demi-sommeil, roulé en boule sur le paillasson, au terme desquelles son courage était revenu, quand sa colonne vertébrale s'était brisée – et il avait laissé choir le pull, si fatigué qu'il n'avait même pas pensé à le récupérer.
Belle histoire.

Lazare s'apprêtait à raconter sa mésaventure à Galahad, au lieu de quoi il se prit à rougir d'un coup – heureusement, la nuit le cachait du voisin.
Ainsi donc, avec la copie, Galahad avait découvert le secret inavouable de Lazare, dont la pensée qu'on puisse un jour le découvrir faisait trembler tous ses membres. Jusque là, il s'était arrangé pour cacher plus ou moins habilement cet état de fait, prétextant ne rien voir pour qu'on ne l'embêtât point avec ces bêtises de lire ou d'écrire ; mais devant Galahad, comment faire ?
Le garçon déglutit, et bredouilla :
- C'est parce que je suis gaucher.
Plongé dans un soudain malaise, il s'empressa de récupérer son pull, et le serra contre lui. Naturellement, il tâcha de ne rien laisser entrevoir de toute la honte et la gêne qui tombaient sur lui ; mais l'imitateur de surenchérir davantage, étalant sa bibliothèque, et Lazare, de se déconfire plus encore à chacun de ses mots – à croire que Galahad le plongeait volontairement dans l'embarras. Il hésita à inventer une subite maladie pour se soustraire à l'horrible tournure qu'empruntait cet entretient. Mais craignant que cela semble suspect, Lazare se campa dans l'obscurité, soudainement plombé par ce que Galahad devinait peu à peu.
- Ah, oui, merci, mais j'aime pas bien lire. C'est... Comme le thé, tenta-t-il sans grande conviction.
Il dessina un sourire, faux à ne berner personne – avant de se rappeler que son voisin ne pouvait que fort mal le distinguer.

Et Lazare se prit, un instant, à détester son voisin ; à le haïr de toute la force de son cœur, lui qui mettait les pieds sur le terrain le plus sensible du garçon, là où il ne tolérait la présence de quiconque ; à fouiner dans sa vie, dans ce que son être abritait de plus intime et de plus secret ; à voler son apparence, et maintenant, ses hontes, ses douleurs et ses peines ; à tourner autour du pot, lui qui savait déjà probablement tout ; à jouer de ses incertitudes et de ses peurs, mû par un besoin sadique de tourmenter le pauvre garçon ; à le torturer d'insinuations, et à mentir.
Dans le cœur de Lazare brûlait si pleinement la haine de Galahad, d'un coup, qu'il désira s'enfuir de cette pièce maudite et des objets qui, dès lors, l'oppressaient et l'étouffaient sous le nombre – ils se refermaient sur lui comme un étau. Galahad savait. Il l'avait copié, et il savait, et il le regardait se débattre dans ses mensonges. Et la haine dans les tripes, Lazare, impuissant, de prétendre encore :
- Eh ben merci pour le pull. Mais faut... Faut que... (il désigna la porte) Y faut que j'y aille, que...
C'est toi, la première personne à qui je couperai le courant. Tout l'immeuble. Je vais sectionner tous tes câbles, oh, oui, et l'eau chaude aussi. Et si on me soupçonne, je raconterais des cracks et puis j'irais ailleurs.
- En fait, est-ce que t'aurais une pince ? Pour bricoler. Un truc coupant.
Ces brusques pensées de destruction du réseau électrique de Galahad, avec ses propres outils, mirent du baume au cœur de Lazare ; en un instant, il avait regagné toute son assurance. Le sujet était changé ; la suspicion envolée, et le plan, bientôt à exécution. Et au diable Galahad.
Les voisins, quelle plaie.


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MessageSujet: Re: « lueur de nuit » ☾ Lazare   Dim 18 Fév - 19:10

lueur de nuit
Lazare & Galahad

« You know you look so tired, You're gonna stay up late tonight, Under the stars »
Môme rêveur. Voilà à quoi il ressemblait Lazare, mirettes égarées, adulant l'obsidienne nocturne qui envahissait les lieux une fois le jour disparut. Les nuits furent souvent tourmentées, excentrique pris d'insomnies, souvenirs lointains pourtant intacts de tranchées dégueulasses où la mort semblait être chez elle. L'obscurité fut d'avantage hostile dans les rues londoniennes, sous les grognements de la bête allemande soufflant les battisses. Promenades nocturnes coutumières, étrange que de ne jamais avoir croisé le Français en ces temps où les étoiles furent observées durant des heures, méditant.

Rictus au compliment, croisant les bras, pris d'une fierté nouvelle pour le fouillis sans nom. « Je dois frôler le premier siècle, quelque chose comme ça. » Vieillard aux trop nombreux jours. Gamin pourtant figé qui ne toucherait jamais la trentaine, malgré les expéditions aventureuses aux abords de la boucle, où le temps semblait reprendre un court normal sans frapper de décennies trop nombreuses. Il fut méfiant Galahad, ignorant exactement si lorgner ces temps interdits alors qu'il dut être dans la tombe fut véritablement sans risque. « Oh non je ne voyage pas. Ce sont des choses récoltées à Londres pour la plupart, voir rapportées par d'autres. » Camelote en majorité contemporaine à la boucle, à l'exception d'ouvrages dont certains furent originaires d'un futur trouble, nécessaire que d'ingurgiter les méandres d'une médecine qui eut progressé.

Le sérieux se marque pourtant, compatissant au possible envers le pauvre égarée loin de sa boucle qui fut anéantie, égarée dans les affres du temps. « J'ai parfois également du mal à me faire à Tenterden et son calme. Passer plusieurs décennies en un même lieu ne nous as pas réussit au point que le moindre changement nous déstabilise. » Ce fut vrai, Londres fut manquée, routines anéanties.

Froncement de sourcils. Tournure qui fut aussi ridicule que dramatique. Une excuse s'échappe, infondée, excentrique étant lui-même gaucher à l'origine, bien que devenu ambidextre au fil des emprunts. Pièce tombée lorsque l'interlocuteur tente la fuite, disparaître, demande étrange, incomprise. « Lazare attends. » Mirettes fuyantes qui peinent à saisir leurs jumelles, demeurant de faction sans oser esquisser le moindre geste, comme s'il fut un oiseau qu'on ne voulut effrayer. « Je suis un idiot. Je suis désolé, je n'avais pas saisis. » Gorge serrée à l'idée d'avoir glissé trop dangereusement dans son intimité, entravant l'esquisse d'une discussion qui semblait pourtant bien débuter.

Malédiction maudite s'étant immiscé un peu trop, entravant une fois de plus les ébauches de relations par la découverte d'un analphabétisme qui fut dissimulé. Les lippes s'entre-ouvrent, peinent à chercher un quelconque argument, finissent par laisser échapper les vérités effrayantes et lourdes, exposer. « Je ne voulais pas... Le problème avec les emprunts, même accidentels. Ils s'infiltrent et prennent leurs aises si je ne suis pas précautionneux. Ce n'est pas que le faciès qui vient, mais le tempérament, les manies, parfois les facultés, les handicaps, bref un mélange assez tumultueux. C'est en quelque sorte mon fardeau, si toi tu sembles aveugle en plein jour et condamné à ne pas percevoir le soleil, le mien est d'avoir une peau qui pousse continuellement à ne pas être moi-même. Je dois vivre avec la crainte perpétuelle de me perdre. Probablement l'une des raisons pour laquelle cet endroit est devenu en quelque sorte un refuge. » Elle se marque, la souffrance, lisible sur les traits, apposant l'explication sur la découverte d'un secret malencontreux. Contre-partie parfois amusante pour certains, terrifiantes pour d'autres. Excentrique condamné à sa solitude pour ne pas se perdre.

Approche, quelques pas prudents osent, se glissent. « Laisse moi t'apprendre, s'il te plait. » Demande insufflée en un murmure, à la manière d'une confidence et d'un secret qui fut entre de bonnes mains. « Enfin... si tu en as envie. » Peu désireux de le forcer, il fut peut-être rebelle sous ses airs d’adolescent figé trop jeune, refusant toute forme d'éducation.  
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« lueur de nuit » ☾ Lazare
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