Ghosts
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Saphir
Pierre précieuse

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☾☾ Particularité :
Gisement de Pierres Précieuses
☾☾ Bizarrerie :
Puisque les hommes sont cruels. Puisque leurs avarices la lacèrent. Puisque le monde tel qu’il est conçu par l’espèce dominante lui semble monstrueux. Elle se réfugie dans le monde animal.
☾☾ Années :
Une fracture d’éternité, un Siècle de deux Guerres, qui recommencent. Mais son visage porte les fragments de 27 ans d’Histoire.
☾☾ Occupation :
Trésor des Ymbrynes
☾☾ Missives :
169
☾☾ Trogne & crédit :
Alycia Debnam-Carey (Nina(?))


MessageSujet: Ghosts   Lun 5 Fév - 22:23



Ghosts


 
And then, something happened. I let go. Lost in oblivion. Dark and silent and complete. I found freedom. Losing all hope was freedom.



Dans les bras de Morphée


Saphir

Cela commence toujours de la même manière. Il y a ce souffle derrière son oreille, ce murmure qui glisse le long de son visage. Cette présence derrière elle. Saphir peut sentir les bras qui se logent sur ses côtes, elle peut sentir sa chaleur. Elle peut même entendre son cœur battre contre sa peau, au travers de sa chemise militaire. Sa tête qui se pose sur sa nuque. Et l’appel, l’appel de ses lèvres mendiantes. Le monstre qui s’habille de ses plus beaux atours. Qui l’attire irrésistiblement. Qui attend qu’elle tombe dans le piège délicat des ombres qui habitent sa mémoire. Mais Saphir, Saphir jamais ne se retourne. Sa nuque tressaille, sa joue se crispe, elle cesse de respirer un court instant, et son cœur gèle, tout au fond de ses yeux de glace. Cela ne dure qu’un instant, comme une bourrasque d’hiver quand on croyait revenu le printemps, qui gèle les os si profondément qu’il semble impossible de se réchauffer ensuite. Un vent de l’est, qui traverse les âges, les temps, l’histoire et les boucles, et pourtant, plus fugace qu’une brise glaciale ou qu’une réminiscence blessante. Cela ne dure qu’un instant, qu’elle ignore, et tout reprends comme avant.

Et alors, alors bien sûr, cela dépend de ce qui s’était passé avant que le passage de l’ange noir. Parfois c’est dans les cauchemars qu’il se glisse, il se cache dans les ombres, l’appelle puis disparait. Parfois, c’est dans les rêves qu’il chute, ange damné aux ailes brisées, au cœur glacé, comme l’un de ces vieux anges qui hantent les cimetières, immobile et vain, ancien et poussiéreux. Cette fois, c’est un peu différent. Le rêve est différent. Peut-être parce que 1941 fait résonner dans son esprit de vieux chants anciens, et qu’à son oreille de vieilles histoires renaissent. Peut-être parce que Medea parle de son passé, le jour, et le transforme en conte en clair-obscur. Peut-être parce qu’elle a froid, Saphir, qu’elle frissonne et tremble à la moindre brise changeante, tremblante. La peur dans les talons et le cœur en émoi. 1941 la rend nerveuse, sur le qui-vive. Les souvenirs toujours reviennent quand bien même on désespère de les voir disparaitre.

La forêt est enchantée. Il y a un cerf, sous l’arbre roi. Un cerf gigantesque, qui fait deux fois sa taille. Un cerf aussi ancien que ceux qui hantent les livres pour enfant. Le gardien de la forêt. Dans les rêves de Saphir, la réalité est transformée telle qu’elle la voit. Les corps sont plus froids, parfois plus lents, comme figés dans le marbre, statues vivantes d’émotions changeantes. Les yeux du Cerf sont deux rubis brulant de vie. Ces rubis d’un rouge clair, purs et brillants, lumières sur son pelage d’un brun animal. Les courbes de l’animal sont pareilles aux facettes de ses pierres, polies, brillantes, les paillettes sont transparentes. Et les bois, les bois gigantesques, sont d’un bleu presque noir, qu’on ne découvre que quand il passe sous les rayons de la lune. Il fait nuit dans le rêve et pourtant l’animal brille de mille feux, comme l’arbre et son feuillage d’émeraude. L’imaginaire a les angles de constructions romantiques, trésor de son esprit et sculptures immenses, vivantes de pierres précieuses, d’alliages et de mirages, illusions minérales.

Ce qu’il y a d’étonnant dans ce rêve, ce rêve précisément, c’est combien cette fois le monde est davantage minéral qu’organique, et que les roches pourtant semblent si vivantes. Il est fait de pierres qui frissonnent, de pierres qui ont froid, ou de pierres qui cherchent la caresse de l’astre lunaire. C’est comme si soudain on entrait dans un inconscient plus profond de Saphir. Et qu’on s’enfonçait plus profondément encore. De ce chemin qu’elle suit, si plein de virages et de carrefours. Et ses pieds nus sur la route de diamants qui pourtant ne blessent pas sa peau fine. Saphir avance dans la forêt, comme elle aimerait avancer dans la vie. Et pourtant, ce n’est pas vers le futur que l’entraine le gardien de sa forêt.

Saphir ?

C’est un souffle à son oreille. Qu’elle chasse. C’est une brise qui vient dans sa chevelure multicolore, habillée de tous les joyaux de son âme. Sa peau pale illumine le rêve, sans pourtant lui être douloureuse. Saphir se sent bien, étrangement éveillée, étrangement détendue. Elle n’a de la biche l’œil méfiant et le doute qui fait frissonner l’échine. Elle a le calme olympien des immortels. De ces granits qui défient les âges. De ces joyaux qu’on enfile de collier en collier et qui traversent le monde sur la poitrine des plus vénales. Sur le chemin de diamant, plongeant plus profondément dans son rêve, elle se cristallise. Mais le murmure, le murmure devient une voix à son oreille. Une voix grave. Une voix rugueuse. Une voix hivernale.  

Saphir, Meine Liebe.

C’est de l’allemand. C’est si proche. Cela la bouleverse. Sa peau cesse de briller, son corps s’humanise. Elle rejette tant ce fragment d’éternité. Cette mémoire, profonde, que seules ont les pierres. Cela la tétanise. L’océan de ses pensées qui s’affolent soudain la traverse de plus belle. Une vague brutale, désorganisée, qui fait plier ses cils. Saphir inspire, et sa respiration soudain fait trembler le rêve. Les émeraudes des arbres brillent d’un éclat plus sombre. Les Etoiles du ciel tombent, topazes jaunes, bombes incendiaires dans le décor qui devient sauvage, comme si soudain les pierres ne montraient plus que leurs arrêtes tranchantes. Les animaux délicats disparaissent dans les bois, en quelques sauts, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que le silence. Le Cerf la regarde quelques secondes, puis brame avant de disparaitre sur le chemin encore pale des diamants qui se mouvent. Les pierres grincent entre elles. Roulent sous ses pieds, rayent sa peau, perdent de leurs lumières et de leurs beautés. Elle sait. Les diamants n’ont pas de cœur. Pas de couleur. Les diamants ont la pureté brillante des éclipses de l’âme. Celle de ses plus grandes peurs, de ses plus terribles désirs, de ces plus grands chagrins. Elle craint leur éveil comme elle craint la douleur. Les diamants obéissent à la voix grave.

C’est de l’allemand, c’est si intime, si doux et pourtant si cruel. Il l’appelle Mon Amour, quand il se fâche. Ou, dans ses jeux les plus narquois, quand il a l’humeur joueuse. Saphir a les yeux grands qui ne peuvent plus se fermer, comme si ses paupières pouvaient inviter un mal plus grand encore. Les pupilles se dilatent. Lentement sa nuque se tords. Les bras autour de son corps sont plus forts, leur présence devient réelle. Les doigts qui se serrent sur sa robe fine sont brutaux. La tête qui se pose sur sa nuque n’est plus si douce mais bien au contraire, soudain si lourde. Le murmure insidieux qui résonne dans son esprit et glisse dans l’air, voile étouffant d’un appel de plus en pressant. Son nom qu’il susurre, la langue reptilienne et le cœur aussi froid que les diamants qui s’entrechoquent sur le sol. Cela crisse, grince, comme les ongles sur du métal. Saphir relève un peu la tête. Et ses yeux tombent sur lui. L’homme sans visage. Pas de pierre, pas d’arrête, ni de facette. Des yeux aussi clairs que les siens, et des lèvres fines, qui parle. Elle le voit, et refuse de le voir. Saphir ferme les yeux, se jette en arrière et tombe. L’aveugle dans son rêve en connait toutes les pierres, elle se relève les paupières closes et court, court, le plus vite qu’elle le peut. Non, Non, elle refuse de penser à lui.


Heure du Jour


Ses murmures sont des douleurs. Pendues à ses lèvres venimeuses, Saphir a le cœur qui brule, dans sa cage thoracique, incendie d’émotions contrastées.  Son âme virevolte au crochet de ses histoires, tantôt douces, tantôt cruelles. Parfois les lèvres de la voleuse de rêves ont la tendresse d’amours perdus, de moments de joie qui réchauffent son petit cœur de pierre. Et dans sa voix passent des trésors comment autant de petites perles sur le collier de ses lumières. Parfois les paupières de la pierre ploient et elle écoute la voix moqueuse, cet oiseau de malheur qui annonce le printemps comme l’hiver. Parfois brille dans ses pupilles, l’espoir et le réconfort.
Parfois Saphir aime Medea.

Et parfois, parfois naissent dans son âme les ronces ardentes de douleurs fantômes. Ses muscles oubliés, histoires d’hier, que Medea déterre. Ses cicatrices se réveillent, il lui semble encore sentir les douleurs d’autrefois. Cela brule sa peau, cela brule son âme. Et fait naitre les feux tempétueux de ses fureurs. La colère, milliers de petites pierres rougeoyantes qui couvrent ses pas, quand elle entend une moquerie trop cruelle, une vérité trop douloureuse. Saphir maudit en silence celle qui ose. Ose. Ose. Se moquer. Se moquer d’elle. Et pire encore s’insinuer dans ses rêves, se loger dans ses cauchemars, en retirer des histoires qu’elle expose. Mais Saphir a peur aussi, que finalement Medea se décide à dire son nom, qu’elle le souffle à son assemblée hilare et que les regards se tournent vers elle. Qu’ils sachent, ce que les lèvres taisent et qui répugnent son cœur, toutes ses facettes imparfaites, les inclusions profondes, blessures et fissures de fiel et de peur, de lubricités et de doutes. Ce que cachent le brillant de ses pierres et de ses grands yeux innocents. Le précieux et l’impur, dans la valse désenchantée de son inconscient volage.
Alors, souvent, Saphir déteste Medea.

Mais cette fois, c’en était trop. Emprisonnée dans un visage glacé qui rarement s’émeut, quand bien même les pierres perlent de sa chevelure, Saphir dans sa fureur n’arrive à exprimer ses sentiments que par cette pluie minérale, rouge comme son sang qui vire à l’orage. C’est une trainée de poudre, souffre ardent, quand elle aimerait garder en cage son cœur qui bat. Encore, et encore. Medea a osé, elle a soufflé l’allusion de trop. Ce fantôme qui la hante. Ce souvenir qui, s’il n’est d’aucun précieux, est du plus grand des secrets. Les lèvres de la venimeuse ont murmuré, à peine une esquisse, pas même le début d’une histoire. Mais Saphir, a eu peur, si peur, qu’elle s’est enfuit. Dans sa chambre, elle a tenté de se raisonner. Mais que sa peur bien loin de se dissiper à enfler avec les heures, la rendant irraisonnée. C’est qu’il y a des fureurs qui ne se meurent qu’aux oreilles des autres.

C’est presque aux abords de la chambre de Medea qu’elle la trouve. Sa fureur est telle que rien ne sort de ses lèvres, et que son souffle lui-même ne peut plus s’en échapper. Saphir l’attrape par le bras, brutalement, et la force à entrer dans sa propre chambre. Chez Elle, puisqu’elle s’invite tant dans ses jardins secrets. La porte claque derrière elles, brisant le silence qu’elle s’impose. Et soudain, c’est plus fort qu’elle, Saphir explose. Cette femme qu’elle a entre les doigts, aux yeux aussi noirs que la nuit, opale sombre de ses cauchemars, elle la bouscule encore, la projetant contre le mur. Mais ce n’est pas assez, cela ne la calme pas, elle a le désir sauvage de la remettre à sa place. Les sentiments qu’elle ressent pour elle sont bien trop brulants. Et les mille perles d’orage qui glissent sur le sol sont autant de témoignage de cette énergie violente qui la terrasse. Ce besoin si pressant de reprendre le contrôle de ses rêves et celui de sa vie. Elle veut la tenir entre ses doigts, que Medea se sente autant prise au piège que Saphir ne l’est par les attrapes rêves. Alors, elle pose ses mains sur ses épaules et se pose sur elle, contre le mur, pour l’empêcher de bouger, quand bien même sa carrure ne pourrait retenir éternellement celle qui se glisse dans ses rêves. Saphir aimerait crier, lui faire peur, mais les mots qui sortent de ses lèvres n’ont pas les résonnances claires et aigus des femmes qui s’agacent. Les mots sont orageux, comme pierres qui roulent, grondement minéral.

Comment oses-tu ?

C’est comme si les mots allégeaient ses cils de leurs colères. Saphir la confronte du regard, celle qui visite ses rêves et connait de ses tourments et de ses désirs les plus infimes détails. Elle la regarde et elle abaisse, dans le vouloir, le froid glacial qui gardait aux secrets les sentiments qui la rongent. Ses grands yeux clairs soudain sont plein de cette délicatesse glacée des tristes histoires. Joyaux sans valeur, ils ont la beauté australe de cette douleur qu’elle ressent, qui tord son ventre et fossilise ses os. Et cette peur qui palpite dans ses pupilles graciles, dans ses paupières qui vacillent, quand ses lèvres murmurent.

Mais qu’est-ce que je t’ai fait ? Pourquoi es-tu si cruelle ?

Son corps qui tient le sien s’allège, comme adouci par cette fureur qui s’est échappée de ses lèvres.
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