The art of Poetry (Sir Galahad of Camelot)
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MessageSujet: The art of Poetry (Sir Galahad of Camelot)   Dim 13 Mai - 23:41

The Art of Poetry

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Le poing en l'air, Lazare hésita, renifla, puis ferma les yeux et frappa trois coups réguliers à la porte. Des sueurs froides lui parcouraient l'échine ; ses yeux fuyant cherchaient secours sur le battant clos de sa propre chambre, mais n'y décelaient aucune aide dans les rainures du bois ; et son esprit l'appelait au courage, quand ses doigts tremblaient, recroquevillés dans la main moite.
Dans l'obscurité du couloir, Lazare attendit. Il se balançait d'une jambe à l'autre, peu sûr de la posture qu'il devait adopter. D'une main, il détricotait la laine de son pull-over. De l'autre, il hésita une nouvelle fois à s'annoncer à Galahad, avant de s'aviser que dix secondes ne s'étaient pas encore écoulées.

Le garçon avait réfléchi. Sa précédente rencontre avec son voisin l'avait remué au point qu'il n'en avait fait mention à personne. Et Galahad seul était à présent au courant de son handicap ; pire, il s'était proposé de l'aider à y remédier.
Depuis cette soirée maudite, Lazare avait regardé Léonie d'un œil différent : son propre fils lui faisait la lecture, et lui, son oncle, s'en trouvait à peine plus capable qu'elle. De plus, à cause de cette nuit perpétuelle, il devenait impossible à Lazare de dissimuler ses lacunes derrière la cécité. Il avait manqué de se trahir plusieurs fois, et commençait à regretter ce qu'il avait, initialement, regardé comme une bénédiction.
Et Fantine... Fantine considérait Galahad, ce qui constituait, pour Lazare, une raison d'en faire de même.

Le garçon se pinça les lèvres, tâcha d'ignorer la pulsation des battements de son cœur et cet acouphène qui lui sifflait à l'oreille... quand la porte s'ouvrit. Un instant, l'univers entier s'en fut réduit au silence ; puis, Lazare déglutit et arracha un grand fil de son pull.
- Je peux... te parler ?
Lazare, pour la seconde fois, pénétra dans l'antre de son voisin. Cette fois-ci, en revanche, il ne s'attarda guère sur les trésors de la caverne, les yeux rivés sur ses genoux tremblotants. De toute façon, il n'y percevait pas grand chose.
- Ecoute... Tu sais, pour la dernière fois, eh ben... Ben tu pensais vraiment ce que tu disais ? Que tu pourrais... Tu comprends... Tu pourrais m'aider un peu, mais ! Mais enfin, je veux pas vraiment déranger – et puis j'ai pas envie d'être en mauvais termes avec mon voisin – et, enfin, si tu n'y vois pas de souci... Que tu...
Le garçon sentit le rouge lui monter aux joues. Que tu m'apprennes à lire et écrire, cela, il ne pouvait guère le dire à haute voix. Les mots se coinçaient dans sa gorge, alors que toute la honte de son ignorance lui tombait sur les épaules.
- Je crois que... que... je suis... désolée, pour l'autre fois.
Ses doigts, nerveux, ne formaient plus qu'une construction de phalanges mouvante et monstrueuse. Ils en profitaient également pour tirer davantage sur le fil décousu du pull-over ; celui-là même que Galahad lui avait rendu, mais, cela, Lazare ne l'avait point remarqué.

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Galahad L. Ednyfed
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☾☾ Miroir :

☾☾ Particularité :
Miroir. Échine capricieuse réorganisant les courbes et les angles sous la friction d’un code organique soufflé. Doppelgänger. Gémellité factice et derme pernicieux, l'imitation s'infiltre, se glisse, caractères et manies gangrénant pour évincer le propre. Excentricités d'un égaré qui finit par ignorer ce qu'est d'être lui-même.
☾☾ Bizarrerie :
Versatilité constante, imprévisibilité. Fascination des objectifs et pellicules. Voyeur inconditionnel qui fouine et récolte, collectionne les dossiers sur autrui, curiosité maladive qui ronge les tripes.
☾☾ Années :
Frustration éternelle, carcasse figée quelques jours avant la trentaine qui ne sera jamais atteinte, traits mensongers, censés afficher nonante-six printemps.
☾☾ Occupation :
Anatomie adulée et répugnée, médecine opérée lorsque nécessaire bien que l'épiderme demeure problématique, brillant avenir dérobé. Parfois projectionniste pour le plaisir des regards avides de curiosités.
☾☾ Myocarde :
Palpitant embourbé dans les fils d'un idylle platonique. Carne répugnée par les chairs. Interrogation demeurant, de qui voudrait d'un être devenant soi-même. Odieuse fatalité.
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MessageSujet: Re: The art of Poetry (Sir Galahad of Camelot)   Lun 21 Mai - 12:34

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« You didn't know me, but you got cold, too. And your mind was heavy, and you thought you might lose it. Well everything fucked up we both felt before. I'm glad for it all if it got us where we are. »
Cliquetis infernaux. Mélodie pernicieuse d'aiguilles qui voulurent narguer, trônant fièrement dans le cadrant d'une pendule au bois qui n'eut pourtant rien d'usé, préservé dans un renouveau perpétuel. Absurdité coutumière. La sorgue demeure une fois de plus à l'extérieur, alors que ce fut le jour qui dût croitre, ne laissant que l'emprunte amère d'une obsidienne qui rendit fou. Les ampoules ont fini par trôner en maître, lorsqu'un jour, ce fut la nuit de trop, dénichant quelques guirlandes qui eurent trouvés leur place sur les poutres apparentes, donnant des airs trop poétiques à l'antre attitrée. Il voulut s'y sentir bien Galahad, dans son havre, oubliant le noir dominant et ses doigts crochus, une fois qu'il eut cessé de fuir la boucle pour se dissimuler dans l'antre d'une cahute servant d'infirmerie dans les allées sinueuses et mouvementées d'une fête foraine en un temps qu'il ne compris guère. Insaisissable. Trop désuet.

Amertume qui s'extirpe des lippes en un fumet blafard, embaumant le tout en une fragrance de tabac odorant, émanant d'une pipe coupable, trônant fièrement aux babines. Concentration difficile, le nez plongé dans les méandres d'une étude anatomique de syndrigasti, la mâchoire parvenant à se crisper un peu plus à chaque instant, sourcils froncés derrière leurs verres ronds. Esprit troublé par le tic tac infernal, la carne perdue en une solitude qui devint soudainement insupportable, espérant que Carter, ayant filé pour mieux s'occuper de môme égarés, revienne sous peu, alors qu'elle eut désormais trouvé une place toute aussi importante en ces lieux que l'amoncèlement qui le composait.

Sursaut, les coups raisonnant tel une salvation. L'échine se dresse, les paumes trouvant leur seconde peau d'un cuir nocturne, précaution détestable et peu désireux d'emprunter au premier quidam venu. La porte s'ouvre et laisse apparaître Lazare, ne lui offrant en premier instant qu'un regard rond et cerné par l'incompréhension. Lui qui ne voulut plus entendre parler du voleur de carnes, vexé en son fort intérieur par une intention qui fut pourtant maladroite. « Bien sûr, entre. » Syllabes mâchées par le bec de pipe maintenu entre les dents, l'invitant à pénétrer tout en demeurant dubitatif quant à la raison encore inconnue de sa présence.

Il semblait avoir médité, le voisin nocturne, mettant sur la table quelques mots régis par un intérêt nouveau. Et il sourit Galahad, lui offrant un rictus rassuré par cette approche nettement plus douçâtre au ton de réconciliation. « Écoute, j'ai été maladroit. » Coupable. Murmure alors qu'il eut détesté de trop nombreuse fois qu'on lui pointe ses tares l'Excentrique. Un nouveau pan de vapeur s'extirpe, disparaissant dans l'air. « J'étais sincère, il est rare que je propose des engagements que je ne pourrais tenir. » Locution suave, cherchant à éteindre quelques lueurs pour ménager les yeux de cet autre qui vit en négatif, ne laissant qu'une pauvre ampoule faiblarde qui éveillait les ombres et leurs projections. « Nous ferions mieux d'oublier notre entre-vue précédente et reprendre à zéro tu ne crois pas ? » Une paume gantée se tend, avenante, bien que terriblement peu à l'aise avec toute forme de contacts étrangers.
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MessageSujet: Re: The art of Poetry (Sir Galahad of Camelot)   Ven 1 Juin - 0:11

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A défaut d'y voir grand chose, Lazare sentait. Une odeur de fumée âcre lui prit les narines, et les poumons, puis celle, plus douceâtre, de la poussière. Aux simples odeurs, on devinait l'encombrement et le confinement de la pièce ; et des volutes de fumée se détachait presque, pour Lazare, la silhouette de Galahad. On le devinait dans les contours des volumes, sur les étagères – on l'entendait dans le bruissement feutré du papier, doucement chahuté par les courants d'air. Galahad, qui, semblait-il, loin de tenir rigueur à son voisin de leur ancienne querelle, s'exprimait dans un ton des plus affables.

La lumière se tamisa, réduite à un presque-néant. Sans le manifester, parce qu'il en était trop timide, Lazare fût reconnaissant au change-forme de cet acte de civilité courtois. Et grâce à cette attention, plus que les odeurs, c'était l'entièreté de la pièce qui se révélait au nyctalope ; bien qu'encore confus et agité, Lazare promena un regard quasi émerveillé sur le décor. Les trésors de la chambre ne parviendraient, sans doute, jamais à le lasser. Et bien qu'on y trouvât un peu trop de livres à son goût, au détriment des objets curieux dont il était friand, toute la sagesse de l'adolescent s'affirma : après tout, s'il se tenait en ces-lieux, il s'agissait, précisément, d'accéder à cette culture livresque qui lui était interdite.

Lazare soupira. Oh, cette marque n'exprimait en aucun cas la lassitude ou la contrainte. Au contraire, le soupir manifestait le soulagement de se voir pardonné ; l'excitation de faire table-rase de regrettables événements ; et l'espoir, bien sûr, de parvenir à nouvelle strate de l'existence – celle des lettrés. Lazare empoigna la main tendue de Galahad, qu'il serra d'une ostensible franchise, non feinte. Il soutint le regard de son voisin ; c'était ainsi qu'on lui avait enseigné à signer un contrat, même tacite – parce que le regard était tout, les miroirs de l'âme, et qu'on ne peut, à moins d'une consternante mauvaise grâce, mentir en face d'yeux grands ouverts.
- Oui, oui, d'accord. Du coup, je m'appelle Lazare, répondit l'adolescent avec un sourire à peine forcé. Par ce qu'il voulait un trait d'humour, le garçon signalait, à sa façon, qu'il avait oublié les colères passées. Bien souvent, Lazare s'excusait ainsi : par l'humour.

Puis Lazare tapota des doigts sur toutes les surfaces à sa portée, gêné de la situation. Ça n'est pas tous les jours, après tout, que l'on affronte ses démons, et que l'on prie un voisin que l'on connaît à peine de l'aider à y remédier, sous prétexte qu'il est seul au courant de ses peurs les plus noires.
- Avec la nuit, tout le temps... J'ai failli me trahir plus d'une fois. Avant ça passait, j'avais qu'à dire que je voyais pas. Je sais pas si t'as idée du nombre de trucs écrits tout partout. Y'a des mots que je reconnais du premier du coup d’œil, tu sais, à force... Mais y'en a plein d'autres... La majorité... Pfft.
Lazare haussa des épaules, et, fébrile, il s'autorisa de s'asseoir sur une chaise.
- C'est pas que je sais pas lire. En fait, je sais lire. Les Ymbrynes m'ont appris, à Paris, y'a longtemps. Enfin, ça me prend des heures et des heures à lire un mot, sauf les courants, « boulangerie », « pharmacie », « Lazare » etc, mais une phrase, je dois décortiquer toutes les syllables. Euh... Les syllabes ? Syllables, ouais, ajouta-t-il d'un ton confiant, méconnaissant son erreur. Il poursuivit :
- Mais je sais pas vraiment lire l'anglais. J'y arrive mieux le français. C'est juste écrire. Ah, quelle merde. Même ça m'fait mal de tenir une plume. J'mets de l'encre partout. Et encore, si y'avait que l'encre, mais ça me déglingue le poignet, à force. J'ai renoncé.
Il soupira à nouveau. Cette fois-ci, nul soulagement : juste un soupir de profond découragement.
- Tu vas avoir du boulot avec moi, mon vieux.
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Galahad L. Ednyfed
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Versatilité constante, imprévisibilité. Fascination des objectifs et pellicules. Voyeur inconditionnel qui fouine et récolte, collectionne les dossiers sur autrui, curiosité maladive qui ronge les tripes.
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MessageSujet: Re: The art of Poetry (Sir Galahad of Camelot)   Lun 11 Juin - 11:45

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« You didn't know me, but you got cold, too. And your mind was heavy, and you thought you might lose it. Well everything fucked up we both felt before. I'm glad for it all if it got us where we are. »
Rictus bienveillant. Il s'esquisse tandis que les poignes s'enlacent un instant dans les ombres des lieux, narguant pourtant le voleur de carnes avec effroi, ravalant tant bien que mal ses craintes qu'une quelconque horreur sorte de l'obsidienne imperceptible à la manière d'un môme renfrogné contre une veilleuse. L'obscurité, détentrice d'insomnies, fut crainte depuis les heures sinistres sur le front, peu importe le nombre de décennies qui se furent écoulées. Les doutes n'entachèrent pourtant guère ce soulagement engendré par cette armistice envers les deux voisins.

Il ne supportait guère les conflits pernicieux Galahad, les esquivant aussi habilement qu'il le put, heureux de constater qu'ils eurent un nouveau départ autrement que sur une maladresse. Nouveau souffle immaculé s'évaporant dans les airs, la pipe aux babines, faisant écho au soupir de l'autre en un soulagement similaire, allant jusqu'à laisser un maigre rire s'échapper aux syllabes qui se voulurent fraîches et d'un humour qui semblait soudainement détendre l'atmosphère. « Galahad, même si tout le monde m'appelle Gal, enchanté. » Il joue le jeu l'Excentrique, le museau plongeant avec malice dans la boutade.

Oreille attentive, glanant les craintes et confessions de l'autre, désormais complice d'une nouvelle supercherie visant à dissimuler une tare. Le rictus s'éteint, s’imprègne d'une once de mélancolie, tandis que les doigts s'affairent, refermant les ouvrages et autres paperasses de l'étude en cours, désireux d'en glaner toujours plus sur le gêne douteux pour mieux espérer l'amoindrir, dégageant la table pour mieux accueillir et mettre à l'aise le nyctalope. « Je vois. » Foutue sorgue qui ne voulut guère s'en aller, allant jusqu'à poser problèmes à ceux dont ce fut l'élément.

« Au moins tu peux en quelque sorte prétexter que c'est la barrière de la langue le temps que ça aille mieux. » Les bras se croisent, l'aidant à plonger un peu plus dans ses mensonges et ses vices. « Peut-être que nous devrions commencer par du français histoire de te faciliter la tâche. » Les syllabes basculent, changent de langage, s'apposent en un français à l'accent gallois trop marqué, alors qu'il fut éteint à force de pratiquer l'anglais qui ne fut guère langage maternel à l'origine. Langue de Molière maitrisée depuis qu'il fut môme, ravivé par quelques échanges épistolaires entre les boucles, unique mâle d'une fratrie trop grande qui dut être irréprochable en terme d'éducation, alors que le français fut un plus en terme d'apprentissage. « J'ai de la patience à revendre. Puis j'ai surtout des stylos. » Français toujours. L'arme en question est brandie, en sa direction telle une invention révolutionnaire, étonné qu'on ait tout de même persisté à le faire écrire avec des plumes désuètes depuis trop longtemps.
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MessageSujet: Re: The art of Poetry (Sir Galahad of Camelot)   Ven 22 Juin - 9:52

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Tout le désespoir dû à son ignorance assaillit Lazare, avachi et abattu sur la chaise de son voisin. L'entreprise, devant le fait accompli, lui parut immense, et bien trop ambitieuse pour ses pauvres capacités. Si, en un siècle d'existence, il n'était guère parvenu à lire convenablement, en quoi quelques heures d'enseignement dispensées par Galahad l'aideraient-il ? Ce qu'il avait jugé comme une conséquence inévitable des temps et lieux où il était né lui apparaissait depuis peu comme une véritable malédiction, de laquelle il était trop tard pour se défaire. Et bien que Lazare fut peu sujet au découragement, l'affaire, d'un coup, lui sembla d'une si monstrueuse importance qu'il hésita à fuir jusqu'à sa propre demeure, à s'y enfermer à double tour et n'en plus sortir jusqu'à ce qu'on le déloge par la force. De plus, d'avouer ses faiblesses devant Galahad, l'abhorré de longue date, culpabilisait Lazare encore davantage.

Si les propos de son voisin, l'aidant à mentir, soulagèrent à peine les craintes du garçon, en revanche, son visage s'illumina dès lors qu'il entendit quelques phrases françaises émaner de la bouche du change-forme. Du français ! Cette langue, si agréable aux oreilles de Lazare, coulant en elles comme du velours, se faisait si rare, qu'il en appréciait d'autant plus les sonorités suaves. Le français l'émouvait, tel un vestige des temps passés, telle une langue morte, oubliée, connue des survivants d'un Paris ensanglanté et meurtri. Le français, ah, que n'aurait-il pas donné pour qu'il fût la langue officielle de cette boucle hostile ! Ses contours auraient, sans doute, rendu la guerre plus supportable, quand ses consonances auraient caressé les obus du bout des lèvres.
Lazare, qui ignorait que Galahad maîtrisait si habilement sa langue maternelle, en oublia tout le reste de sa condition, saisi d'émerveillement. Son estime pour le caméléon changea du tout au tout pour le meilleur.
- Tu parles français ! Mais tu parles français ! s'écria-t-il, troquant à son tour la langue de Shakespeare pour celle de Molière. Lazare en fut tout saisi d'éclats de rire :
- Tu parles français ! Ah ! Ah ! Alors, écoute, si tu veux bien, on parlera plus qu'en français, parce que je déteste parler anglais, surtout que j'y suis tout le temps obligé, et votre accent est impossible à chopper correctement. Aah, mais j'en reviens pas ! Pourquoi tu me l'as pas dit dès le début ? En plus, t'as l'air de bien parler. Tu comprends tout ce que j'dis, là ? C'est pas tout le temps évident, oh, mais de toute façon, j'utilise jamais des mots compliqués.
Il plaisait tant à parler français à Lazare que celui-ci déballait tout ce qui lui passait par l'esprit, sans distinction, pour le simple plaisir de délier sa langue sur une grammaire qu'il connaissait sans hésiter.

Passé les rires et la surprise, Lazare, encore à moitié hilare, loucha sur le stylo tendu par Galahad. Il n'osa guère l'empoigner, comme s'il se fût agi d'un objet de délit, interdit. Le nyctalope, éternel réfractaire aux technologies, ne pouvait s'avouer vaincu devant cet insignifiant produit de modernité ; toutefois, l'écriture, dans son souvenir, se résumait si atrocement aux taches d'encre sur les doigts, sur les papiers et sur le col, qu'il peinait à concevoir qu'on puisse écrire sans ces contraintes et sans qu'une quelconque supercherie ne soit camouflée par-delà la facilité.
Au bout d'un moment passé à dévisager le stylo, Lazare soupira et s'empara de l'édifiant objet, tout comme si, en lieu et place d'un accessoire de bureau, il avait empoigné un animal particulièrement dégoûtant. Il le soupesa, dans sa main, en examina soigneusement les contours, à moitié dissimulé dans l'ombre afin d'en mieux détailler le mécanisme. Désormais, il se souciait fort peu de l'avis que Galahad pourrait avoir de lui, fort conscient qu'il paraissait, ainsi ébahi devant si peu de choses, tout droit sorti d'une caverne. Naturellement, Lazare avait croisé maintes fois ce curieux outil, si indispensable aux gens du monde moderne, mais jamais, bien sûr, il n'en avait tenu lui-même – ce qui expliquait qu'il en ignorât le fonctionnement. La bille lui parut ingénieuse.
Une fois la reconnaissance achevée, il le reposa doucement sur une table (Lazare ne se serait point montré plus précautionneux si on lui avait soutenu qu'il s'agissait d'un objet explosif), et afficha un air parfaitement détaché, de celui qui en a déjà vu des milliers comme ça :
- Je sais pas le tenir. C'est un peu comme quand t'essayes de manger avec des baguettes chinoises. J'ai testé une fois ou deux, à New-York, j'y arrivais pas, ben là c'est exactement pareil, confessa-t-il, en français, toujours, l'air farouche, et presque dégoûté par ce petit animal de stylo bille qui lui tenait encore tête.
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Galahad L. Ednyfed
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MessageSujet: Re: The art of Poetry (Sir Galahad of Camelot)   Jeu 28 Juin - 12:35

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« You didn't know me, but you got cold, too. And your mind was heavy, and you thought you might lose it. Well everything fucked up we both felt before. I'm glad for it all if it got us where we are. »
Émerveillement lisible, comme si l'autre venait de percer un trésors enfuit, Graal des boucle, bercé par quelques syllabes malhabiles, pourtant tranchées par une langue vicieuse qui voulut se réfugier dans des consonances maitrisées. Rire douçâtre, croisant les bras, amusé face à tant d'engouement. Il en fallut visiblement peu pour appâter sa jovialité et motivation, visiblement pardonné. « Je suis un peu rouillé et mon accent doit frôler les limites du ridicule, mais je me débrouille on va dire. » Du moins restait relativement compréhensible malgré les syllabes mâchées pour toute oreille attentive, confondant tout de même quelques sons aux exceptions douteuses. Langage trop complexe.

« L'anglais n'est pas ma langue maternelle non plus et peu nombreux sont ceux dans la boucle qui comprennent un tant soi peu le gallois. » Identification de l'accent qui n'eut rien de britannique en cet instant, revenant aux galop entre les lippes, massacre. Secret dont il n'eut guère l'utilité de se vanter Galahad, d'être parfait bilingue anglophone au point d'en avoir effacé les accent maternels, môme jeté en pâture à Londres et contraint d'assimiler, là où les syllabes originaires furent murmurées uniquement dans la demeure familiale. « En revanche il va falloir parler beaucoup moins vite, je ne suis pas aussi habile qu'avec l'anglais. » Mouvement visant à le ralentir, sentant que le nyctalope laissait sa langue courir trop aisément, distançant le voleur de carne resté loin derrière.

Grimace de l'autre, évinçant les sourire qu'il eut, comme si l'objet vicieux voulut lui arracher les doigts pour les transformer en chair à saucisse. « Il ne va pas te manger et je ne connait encore personne qui s'est fait attaqué par un stylo. » Enfin si on ôtait l'exception d'un quidam qui eut un jour débarqué, l'encre bleuté ayant giclé dans un œil qu'il eut dans une paume, certainement peu nécessaire d'exposer la chose, déjà parce qu'elle ne fut guère encourageante, ensuite parce que Lazare fut loin d'avoir des globes oculaires dans les mains.  

« Tu ne dessines jamais ? C'est la même chose. » Persévérance, guère prêt à laisser le nocturne s'en tirer aussi aisément alors qu'il repose l'instrument comme s'il s'agissait d'un objet particulièrement douteux et peu ragoûtant. L'échine se plie, s'installe à ses côté, conservant une distance tout de même plus que raisonnable pour esquiver tout contact accidentel. Une page vierge d'un carnet ayant servi précédemment à prendre des notes fut arrachée, les phalanges glanant le dit stylo avec toute la bonne volonté du monde. « Regarde, c'est comme un crayon, entre l'index, le majeur et le pouce. » Démonstration, faisant rouler le traceur en quelques lignes abstraites, finissant par reproduire en quelques lignes une tasse de porcelaine vide qui fut abandonnée quelques heures plus tôt, tout de même moins habile avec les doigts enfermés dans leur cuir. « En fait ça n'a rien de plus complexe qu'un dessin, ça reste juste des lignes et des courbes auxquelles on donne un sens. D'ailleurs les lettres étaient des pictogrammes à l'origine, prends pour exemple les égyptiens. » L'objet fur à nouveau tendu à l'autre en un rictus encourageant.
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