All is violent, all is Bright (Arzouille la fripouille)
 ::  :: Londres :: Les Rues

Invité
Invité

avatar


MessageSujet: All is violent, all is Bright (Arzouille la fripouille)   Lun 14 Mai - 22:55

All is violent

and all is bright


Les entrailles déchiquetées de Londres résonnaient sous les pas de Lazare. Les seuls sons de la ville renseignaient le garçon quant à l'état de délabrement de la ville – les sirènes, les cris, les éboulements. Tout semblait ruines, et poussière, et désespoir. On sentait encore l'odeur de la poudre, et celle, pestilentielle, nauséabonde, mais omniprésente, de la mort. Dès lors que sa chaussure effleurait un obstacle, le garçon priait pour qu'elle n'ait effleuré un cadavre. Au moindre sifflement dans les airs, il se plaquait contre un mur, craignant une attaque aérienne. Comment les gens vivaient-ils donc, dans cette atmosphère meurtrière ?
Eh bien, ils y mourraient.
Londres, cette gigantesque nécropole, luisait de pluie et de détresse.
Si son centenaire d'existence lui avait donné tout loisir d'errer de boucle en boucle, Lazare s'était fait obligation d'occulter celle de la capitale britannique. La guerre lui suffisait à Paris, qu'il ne cherchât point à la rejoindre par-delà la Manche.

Cependant, la nuit constante l'avait lassé. Lui qui avait maudit les diurnes requérait à présent tout l'aveuglement que lui apportait le soleil, dans une tentative désespérée de reposer ses prunelles fatiguées. L'obscurité, constante de sa jeunesse, était devenue à ses yeux une compagne familière, presque rassurante. Pour ainsi dire, le garçon subissait, non point une nuit perpétuelle, mais un jour éternel – comble pour qui ne discernait pas la lumière.
Et puis, le besoin pressant de renouveau l'avait poussé à sortir des limites de la boucle. La grisaille des campagnes pesait du lourd poids de ses nuages sur les épaules du nyctalope, tandis que son silence morne lui bourdonnait aux tympans. Ses régulières escapades à l'étranger – d'un antan révolu – avaient apporté à Lazare le goût du voyage – privilège qu'on lui avait ôté sans vergogne. Hélas, le pauvre garçon peinait à supporter davantage la vue des landes solitaires. Un fiévreux besoin de contact lui torturait les tripes, et, jetant pêle-mêle la peur, le dégoût et l'ennui, Lazare s'était résigné à retourner à la capitale, fût-elle plus grise encore que les plaines désertiques.
Au moins, on y trouvait là-bas la vie ; une vie précaire, mais suffisamment tenace pour déceler parmi elle quelques traces d'humanité.

Lazare était arrivé à temps pour les dernières lueurs du soleil. Le crépuscule naissant teintait la cité de mille reflets sanguinolents. Parmi les décombres, Londres avait l'allure d'une citadelle incendiée.
Le garçon voguait de rue en rue, plissant les yeux pour discerner les ombres de la nuit qui s'amorçaient. Il y voyait aussi correctement qu'un homme lâché aux abords d'une ville, que la lumière des réverbères peine à éclairer. Il cherchait, dans la fourmilière humaine, une occupation, n'importe laquelle ; or, la misère omniprésente l'affligea plus qu'elle ne le précipita dans de grands élans philanthropes – et, las du voyage qui l'avait mené en ces lieux, las de la destruction – las des guerres éternelles – Lazare, l'éconduit, s'accroupit devant la devanture d'une échoppe condamnée par les pénuries.

Dans la ruelle sombre, il soupira. Du monde, il avait perçu les beautés, les grandeurs et les gloires. De l'homme, il connaissait le meilleur, l'amour, et l'altruisme, et l'honneur. Mais ses yeux, et son être, à présent, ne témoignaient que d'une barbarie sauvage et inéluctable.
Lazare se demanda si, de la guerre, pouvait triompher un gagnant. Tout le monde perdait.
Et Lazare se surprit à vouloir rejoindre la boucle-prison, alors que Londres lui tendait ses bras calcinés.

Pourtant, il se ravisa lorsqu'une délicate vapeur lui chatouilla les narines – loin des senteurs âcres du bois brûlé, ou de celle dégagée par les morts – une effluve dont il se rappelait à peine le parfum, rencontré pour la dernière fois dans la New-York des Roaring Twenties. Par curiosité – et parce que, dans la morosité, rien ne valait plus que l'amusement – Lazare se redressa. Sa vision amoindrie affûtait ses autres sens ; et, guidé par son nez, il remonta jusqu'à la source de la fumée aux relents de chanvre. Le nez en l'air, Lazare se fraya un chemin parmi les pavés glissants, et ne put retenir un éclat de rire en discernant un faciès connu dans la ruelle crépusculaire.
S'il ignorait le nom de ce Syndrigastis, son visage lui était familier. Et surtout, cette odeur alléchante l'élança sans hésitation vers l'inconnu. D'un bon pas, il le héla :
- Eh mais ! Je te connais, toi. Tu fais partie des nôtres, hein ?
Lazare ricana, puis toisa le jeune homme, avec l'air entendu qui signifiait qu'il était parfaitement conscient du délit – mais que cela l'amusait tout autant.
- Je pensais pas en trouver un autre, comme ça, au pif, dans Londres. C'est grand, hein ? annonça-t-il, sur le ton badin de la conversation, avant de tendre une main à l'homme et d'ajouter en guise de présentation : Lazare.
Revenir en haut Aller en bas
Arzhealig Z. Leslie
fil d'opium

avatar
☾☾ Miroir :

☾☾ Particularité :
Marionnettiste
☾☾ Bizarrerie :
Fumée euphorisante aux doigts, l’esprit ailleurs.
☾☾ Occupation :
Joue les réels marionnettistes pour une poignée de sourires
☾☾ Myocarde :
Célibataire endurci qui souhaite le rester, amoureux des corps en tout genre du moment qu’ils ne restent pas plus d’une nuit.
☾☾ Missives :
46
☾☾ Trogne & crédit :
Harry Treadaway


MessageSujet: Re: All is violent, all is Bright (Arzouille la fripouille)   Dim 20 Mai - 22:31

All is violent and all is bright [Lazare]


Une sortie de plus pour tromper l'ennui, une nouvelle chasse à la luxure qui avait guidé ses pas. Puis, il avait eu comme un souvenir vague, quelque chose qui l'avait rappelé à ses racines, quelque chose qui l'avait poussé à prendre le long chemin allant jusqu'à Londres. Capitale près de laquelle il avait grandit, capitale qui l'avait accueilli, un temps seulement, avant que la guerre ne vienne les enrôler, lui et son frère, avant que le monde ne s'écroule. Nul n'était besoin de se torturer l'esprit des siècles durant n'est-ce pas ? Il avait ainsi pris le chemin de la ville, les choses devaient avoir changé, au moins un peu, il ne reconnaîtrait sans doute pas grand chose, et s'il avait prit le route d'un pas quelque peu incertain, il n'avait eu qu'un sourire doux en pénétrant l'enceinte de la capitale. Il y avait ici comme un air de maison, bien que les choses aient effectivement changé. Il avait déjà posé les pieds ici, avait déjà couru dans ces ruelles, il s'y sentait un peu comme chez lui. Oh, il ne comptait pas y rester longtemps, il ne le pouvait de toute manière pas. Chose plutôt surprenante, il avait même décidé de rester calme et de ne pas... Ne pas être lui-même. Il s'était presque transformé en touriste, arpentant les rues d'un air fasciné, observant chaque bâtiment, chaque espace qu'il voyait. Il en reconnaissait quelques uns, ci et là, qui n'avaient pas tant changé.

Combien de fois était il passé devant celui-ci ? Oh, et celui là, c'était celui où Heath s'était caché une fois, alors qu'un amant furieux poursuivait son frère au lieu de lui, très peu ouvert au dialogue, il n'avait pas été capable de réaliser qu'il n'était pas après la bonne cible. Arzhealig avait eu un léger rire à ce souvenir, et aux autres en découlant, de lorsque son frère était prit pour lui et se retrouvait dans une mauvaise situation. Oh, il n'était pas cruel à ce point, ce n'était pas le malheur de Heath qui le faisait rire, il se disait seulement que cela était de bonne guerre. Il n'avait jamais rien dit à ce sujet, mais lorsqu'une énorme bêtise était perpétrée par ses soins, elle était cent pour cent du temps suggéré par son jumeau. Les idées et les actions, ils étaient une personne à eux deux sur ce point là. Son frère n'osait pas, restait calme malgré l'ouragan dans son esprit, Arzhealig se devait bien de donner vie à ces délires qui ne pouvaient rester que pensées ! Cela ne justifiait néanmoins pas la violence, et où il riait volontiers de quelques insultes dont son frère avait fait les frais à sa place, que personne ne s'avise de lever la main sur lui. Le marionnettiste se transformait alors en sorte d'esprit vengeur et jamais il ne laissait passer une telle chose.

Il avait tourné dans une ruelle, pour échapper à la vue des passants, le ciel s'assombrissant à son avantage. S'arrêtant quelques instants, il avait humé l'air humide de Londres avec un léger sourire avant de commencer à préparer un petit quelque chose qui allait l'aider à se détendre. Il avait levé les yeux vers le ciel, pour l'instant beaucoup trop calme pour que ce soit normal et avait allumé à ses lèvres, le mélange de tabac et de cannabis dans un grand sourire béat. Il avait ainsi fumé pensivement pendant quelques instants, jusqu'à ce que quelques bruits de pas ne le fassent se tourner pour regarder qui était l'intrus, et s'il allait être nécessaire qu'il jette rapidement ce qu'il avait à la main pour s'enfuir à la même vitesse. Cependant, ce n'était qu'un jeune homme, dont les traits lui semblaient un peu familiers, mais pour ce qu'il en savait, il aurait tout aussi bien pu être un passant qu'il avait croisé quelques minutes plus tôt sans trop y faire attention.

Arzhealig avait haussé un sourcil surpris lorsque l'autre avait ouvert la bouche et avait finalement eu un léger rire en secouant la tête. Oh, c'était donc cela la raison pour laquelle il lui semblait connaître cet autre, il était un particulier comme lui. Il avait alors serré sa main sans répondre à la première question posée, interrompu par le regard que ce dernier lui avait lancé. Venait-il lui quémander quelques bouffées de bonheur consommable ? Il pouvait faire cela, Arzhealig était plutôt de ceux qui aimaient partager, et s'il pouvait être accompagné de quelqu'un c'était parfait. Il avait alors tendu le cône à Lazare, attendant qu'il le saisisse.

- Zacharia. Tu peux m'appeler Zach. Dit-il tout à fait naturellement avant de se décaler un peu pour laisser la place à Lazare de s'installer près de lui. Aller, viens, on est entre nous au moins. Il sourit en coin avant de regarder autour de lui. C'est vrai que c'est grand. J'ai vécu ici quelques temps avant... eh bien avant toute la suite. J'ai l'impression de ne presque rien reconnaître c'est étrange ! Et toi, qu'est-ce que tu fais ici ?

Il était curieux, et en soit, il aimait déjà bien Lazare. Il aimait les gens qui ne prenaient pas de pincettes, ceux qui parlaient comme ils en avaient envie, et qui ne tournaient pas la situation plusieurs fois dans leur esprit avant de ne faire quoi que ce soit. Peut-être que cette fin de journée maussade dans Londres allait gagner en intérêt avec la présence nouvelle de Lazare ? Il en avait presque la certitude... !

lumos maxima


 
Take me home
Take me home where the restless go
Reckless to the day I rest my bones

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité

avatar


MessageSujet: Re: All is violent, all is Bright (Arzouille la fripouille)   Mar 29 Mai - 0:42

All is violent

and all is bright

Lorsqu'il s'agissait de briser la glace, Lazare constituait une espèce de champion en la matière. Il abordait n'importe qui avec une déconcertante facilité, fût-ce le premier pécore des cambrousses anglaises ou George VI lui-même. Nul ne parvenait franchement à l'impressionner – ou, plutôt, il restait tout à fait maître de ses moyens même en présence d'une figure d'autorité. De plus, son enfermement dans la boucle le rendait particulièrement casse-cou, voire effronté, persuadé que les boucles le garantissaient d'un quelconque problème bien sérieux. A cela, il fallait ajouter que Lazare était un garçon particulièrement désinvolte, dont les principaux soucis tournaient essentiellement autour du fait qu'il cherchait des amis.

L'accueil chaleureux que lui réserva l'homme inconnu accrût davantage sa confiance-en-lui à Lazare ; et, avec un rire, il récupéra le joint que lui offrit son partenaire, d'une gracieuse révérence digne des siècles passés en guise de remerciement – voilà que Lazare se prenait pour un roi à Versailles – ou du moins, un aimable courtisan aux chaussures vernies et à la mouche au dessus des lèvres. Oh, Lazare avait compris que la vie n'était qu'un vaste jeu d'acteur, et, ce soir, il devenait un noble en compagnie d'un lord.
Tout sourire, il inclina la tête et s'assit auprès du dénommé Zacharia. Il porta ensuite l'objet du délit à sa bouche, et inspira une bonne gorgée de fumée. Celle-ci lui brûla tout l'intérieur de la gorge ; Lazare se prit à tousser, étranglé dans les vapeurs de marijuana et de tabac, et étouffé par les senteurs âcres du poison. Il recracha le contenu de ses poumons, tout d'un bloc de poussière grise et volatile ; il essuya les larmes qui perlaient à ses yeux, reprit contenance, toussa encore, et lâcha un « Aaaaah » tout à fait salvateur.

Il ne fumait guère que quand l'occasion se présentait, mais jamais quotidiennement. Et si les opportunités de griller une petite cigarette n'affluaient pas au portillon, celles, bien plus grisantes, de fumer un si doux produit, advenaient encore moins. Elles lui rappelaient les nuits agitées de New-York, la folle décadence du jazz et des théâtres, d'Harlem et de Broadway, noyée dans les vapeurs de whisky et des cigares, loin des guerres et de la triste Europe. Alors, Lazare cracha et emplit à nouveau tout son être d'herbe euphorisante. Passé le choc de la première brûlure, la seconde eut un moindre impact sur le système respiratoire de Lazare, et il daigna finalement répondre à Zacharia :
- Oh, ben j'sais pas, je me promène. J'avais envie de prendre un peu l'air de la boucle. J'suis jamais allé trop à Londres, les bombardements, et tout ça... C'est pas trop mon truc. Je viens de Paris, j'ai ma dose avec la guerre. J'suis allé à New-York, pas mal de temps, j'ai appris à parler anglais, et je suis allé à Édimbourg un peu. Le reste, been, c'était toujours glauque, Moscou ou Vegas, j'suis surtout resté à Paris. Et là... Ben, là, j'en ai eu marre de la boucle, alors j'ai décidé de faire un tour pour m'aérer un peu. C'est nul, hein ? Avant on pouvait voyager partout, et maintenant, pfff, y'en a plus que pour l'Angleterre. Et puis, j'avais besoin de voir un peu de jour. Ça peut paraître bête, mais je suis nyctalope, j'y vois rien la journée. Et avec la nuit tout le temps, dans la boucle... Ouais, il me fallait un peu de noir, j'ai les yeux qui fatiguent, moi. Et puis avec tout ça, je perds de l'audition, à force d'avoir des yeux fonctionnels. Peux plus compenser. Oh man! J'crois que j'suis défoncé.
Lazare éclata de rire, ébahi par sa propre bêtise autant que de sa propension démesurée à monopoliser la parole. Il souleva les épaules, écarta les bras et grimaça, l'air dépité de celui qui n'est pas responsable de ses propres paroles. Il gloussa une nouvelle fois, aspira sur le joint et le rendit à son propriétaire.

Il ne fallut guère plus de temps au produit pour agir sur le cerveau de Lazare. Déjà, sa parole filait sans contrôle – et le temps, pernicieux animal, s'étirait déjà. Les strates de l'existence se découpaient en minuscules morceaux insignifiants, aux détails d'importance colossale – psychédéliques, euphoriques, mystiques. Ses idées s'embrouillaient en mélasse dans son cerveau somnolent, et, tout à fait paisible, il décrocha à Zacharia le sourire le plus béat – stupide – également sincère – que l'on puisse imaginer.
- Oh, mon pote, j'crois que j'ai merdé. J'aurais pas du fumer ce truc, maintenant je suis aussi stone qu'un vieux hippie à San Fran, et, wow, c'est pas cool. Enfin, siiii, mais non, y'a problème. Ça m'a déjà pris une plombe de venir jusqu'à Londres, j'ai dû traverser tout le pays et toute la cambrousse, là, faut que je réussisse à faire le trajet du retour, aussi. Et j'ai aucune idée de combien de temps ça me laisse, euh, trois heures, peut-être ? Ou deux heures trente, ouais, deux heures trente, c'est ça, à peu près. J'crois. Héhé – il ricana – mais dans cet état là ça rajoute un peu de difficulté, hein ? Ça fait des mois que j'ai rien fumé, oooh, je me prends tout dans la tronche, ça fait du bien, quand même. Merci, hein, c'est... C'est bien urbain – nouveau rictus – c'est bien urbain de ta part, Zach.
Si son débit s'était considérablement ralenti, le nyctalope n'en restait pas moins loquace. D'aucuns le qualifiaient, à raison, d'intarissable. Pour sa part, Lazare songeait seulement à se montrer amical. Or, bien sûr, l'amitié se base sur la plaisanterie, et celui qui affirme que les meilleures sont les plus courtes, assurément, n'apprécie pas de rigoler. Le garçon, lui, passait une majeure partie de son existence à se tordre les côtes, et espéra qu'il en fût de même pour son nouvel acolyte.
- Euuuuh... Comment tu rentres à la boucle, toi ? Parce que, euh, si j'reste trop longtemps, bah, je risque fort bien d'y passer. J'suis vieux. 'Fin j'ai encore un peu le temps mais... Oh, on s'en fout. Mais, j'ai assez parlé de moi, je crois, dis m'en plus à ton sujet. Je veux tout savoir, et tu peux y aller, rien ne me choque !
Revenir en haut Aller en bas
Arzhealig Z. Leslie
fil d'opium

avatar
☾☾ Miroir :

☾☾ Particularité :
Marionnettiste
☾☾ Bizarrerie :
Fumée euphorisante aux doigts, l’esprit ailleurs.
☾☾ Occupation :
Joue les réels marionnettistes pour une poignée de sourires
☾☾ Myocarde :
Célibataire endurci qui souhaite le rester, amoureux des corps en tout genre du moment qu’ils ne restent pas plus d’une nuit.
☾☾ Missives :
46
☾☾ Trogne & crédit :
Harry Treadaway


MessageSujet: Re: All is violent, all is Bright (Arzouille la fripouille)   Jeu 31 Mai - 7:53

All is violent and all is bright [Lazare]


Arzhealig voulu un instant se retenir de rire, cependant cela fut peine perdue. Il pouffa donc, tapotant dans le dos de Lazare comme pour l'aider à cesser de s'étoffer de la sorte. Un petit garnement qui n'avait pas l'habitude des bonnes choses de la vie alors ? Le marionnettiste n'allait pas s'en plaindre, il aimait bien la hardiesse avec laquelle l'autre était venu lui demander sans vraiment le dire, de partager avec lui quelques bouffées de fumée. Arzhealig, lui, n'en était certainement pas à son premier, même pas le premier de la journée, et il planait dans une sorte de monde parallèle qui n'était qu'une version édulcorée, probablement un peu moins laide que la réalité, mais sans plus. Il lui arrivait parfois de se demander pourquoi il continuait, cependant, il se souvenait rapidement que l'opium était plus difficile à trouver maintenant, et que ce fut le meilleur substitut qu'il trouva. Oh, et en toute honnêteté, il fallait aussi le voir le soir dans sa chambre, lorsqu'il lui arrivait de fumer l'herbe pure, ou alors d'user d'autres drogues qu'il faisait en sorte de ne pas consommer dans la journée. Il faisait parfois peine à voir, cependant, du moment que sa propre tristesse s'en allait, juste pour quelques heures, cela lui suffisait.

Arzhealig l'écouta donc débiter son histoire, un léger sourire en coin au bord des lèvres, la tête appuyée dans la main, le coude bloqué contre le genou. Le petit gars partait rapidement en besogne, il lui fallait bien plus que cela pour devenir aussi bavard, surtout à son propre sujet. Cependant, cela n'était pas sans intérêt, et l'hilarité passée de l'annonce de Lazare indiquant qu'il avait déjà trop fumé, en deux bouffées seulement, bien qu'elles furent copieuses, il avait fait claquer sa langue comme réprobateur, son sourire venant contredire ce fait. Il ne pouvait néanmoins pas plus être d'accord avec Lazare concernant la perte de la possibilité de voyager. Il comprenait maintenant un peu mieux la sensation de familiarité qu'il avait avec le jeune homme, ils avaient passé quelques temps dans les mêmes boucles, s'il comprenait bien. Natif de l'Angleterre pourtant, il se sentait comme plus à sa place à cet endroit, les autres boucles lui laissaient de toute manière quelques souvenirs vagues. Il se souvenait particulièrement de la Russie, les autres... Édimbourg ou Paris avaient été pavés d'opium, alors ses propres pas ne semblaient même plus lui appartenir, et malgré le fait que Lazare ait passé du temps dans la capitale française, il avait beau essayer de se souvenir, il n'y parvenait pas. Il l'avait sans doute croisé... Peut-être l'autre se souvenait-il mieux ? Il n'aurait su le dire, et en réalité, n'avait pas vraiment envie d'en savoir plus à ce sujet. Que les autres l'aient connu ombre de lui-même pendant si longtemps n'était pas quelque chose qu'il portait à cœur, loin de là. Le pouvoir de Lazare, néanmoins, eu le don d'attirer son attention. Cela était une particularité bien singulière, il devait en convenir, et le fait que le jeune soit en quête de noir était encore plus surprenant à son sens, yeux fatigués ou non. Cela n'était-il pas plus simple de voir ? Il porta le regard sur le joint, fronçant légèrement les sourcils. Hm. Il réfléchissait trop, et il commençait à partir dans des débats psychologiques avec lui-même, preuve que ce cône était probablement un peu de trop, sans qu'il ne perdre totalement ses moyens.

- Tu m'en diras tant. Il avait récupéré le joint qu'on lui tendait. Tu tiens pas bien hein ? Il avait rit, doucement. Mais ouais, t'as raison, avant on pouvait bouger... C'était plutôt une bonne chose, je vais pas mentir, même si je suis pas fondamentalement voyageur. J'ai passé des années à Paris et quelques unes en Russie aussi. Si on peut voir un avantage c'est que je parle plusieurs langues maintenant. Il l'observa une seconde en silence. Et je dois avouer que j'ai un peu du mal à concevoir que tu cherches l'obscurité. Je veux dire... C'est pas plus pratique de voir ? Arrête moi si je me trompe hein, mais tu aurais plus tant besoin de l'audition si jamais tu voyais normalement non ?

Arzhealig n'avait jamais été du genre à mâcher ses mots, et les questions sortaient comme elles lui venaient à l'esprit. Parler, aviser ensuite de la situation, cela était presque une religion chez lui, la capacité à essayer de rattraper toutes les bourdes qu'il pouvait faire en déliant sa langue une fois de trop. Cela dit, vu l'état dans lequel s'était mit Lazare, il n'avait sans doute pas l'apanage de quelqu'un qui allait prendre la mouche pour si peu. Il l'avait ensuite écouté recommencer son débit de paroles, encore et encore, et si au début il y avait éprouvé quelques réticence - il fallait aussi dire que la voix de Lazare lui donnait l'impression de raisonner dans son crâne – il riait maintenant de bon cœur. La bonne humeur de l'autre semblait presque contagieuse, et il s'était au fur et à mesure détendu, naturellement légèrement méfiant, il avait émit une réserve sur la situation. Maintenant, il se sentait plus en capacité de se relaxer et de ne pas craindre la présence de l'autre syndrigasti. Oh, il savait qu'il aurait le dessus, cependant n'était-ce pas plus simple de ne pas s'attirer d'ennuis ? A n'en pas douter, et des ennuis, ils y allaient visiblement. Arzhealig avait de nouveau rit en secouant la tête, il ne répondait rien pour le moment, cependant il ne comptait pas laisser Lazare seul ici. Après tout, c'était bien lui qui l'avait fait fumer, et il ne pouvait avoir la mort de personne sur la conscience, il ne s'en sentait pas capable. Évidemment, donc, qu'il allait le raccompagner jusqu'à la boucle, a pieds, et vu leur état respectifs, il était possible que le plus judicieux soit de partir maintenant. Il ne s'était néanmoins pas attendu à ce qui avait suivi, et avait fait une moue pensive, levant les yeux vers le ciel comme si ce dernier allait répondre à quelque question que ce soit.

- Ouais, deux heures à peu près j'ai pas trop fait attention. Dit-il sans relever le fait que Lazare soit encore plus high que ce qu'il n'avait pensé. Ça fait des mois ? Des années non ? Demanda-t-il, amusé. T'as pas l'habitude, c'est mignon. Il était un brin moqueur, mais ce n'était pas bien méchant. Je rentre à pieds. Avait-il soupiré. T'inquiète, je te guiderai, j'suis la plus part du temps dans cet état, y a pas de grande difficulté pour moi, une fois que je me serai décidé à me lever ça devrait aller tout seul... T'as raison faut pas s'éterniser, je suis plus tout jeune non plus faut avouer. Il avait haussé les épaules, faisant un peu silence. Bah écoute, y a pas grand chose à dire sur moi, j'ai pas eu la vie la plus passionnante du monde, non. La guerre tout ça, tu vois le genre. Il disait cela d'un air désinvolte. Mais sinon maintenant c'est bien plus intéressant. Il avait eu un sourire mutin. Dis moi donc, ça te dirait qu'on aille boire un petit quelque chose, je sais pas quoi, on peut retourner vers la boucle au pire ? On a toujours plus de trucs à se raconter autour d'une bouteille, et puis les filles sont plus jolies avec quelques grammes dans le sang.

Il avait eu un rire légèrement gras, il n'était pas de ceux qui faisaient des traits d'humour réfléchis, loin de là, il était plutôt terre à terre et pour être honnête, rien ne le faisait plus rire que des blagues idiotes qui auraient fait rire un enfant. Il n'était pas très compliqué à faire partir en hilarité donc, en revanche, il était bien plus difficile de le faire parler de sa propre personne, il n'appréciait pas parler de lui, même s'il ne le prenait pas mal lorsqu'on le lui demandait. Il préférait détourner l'attention sur autre chose, ou refuser poliment, selon les situations. Il n'était pas avare d'anecdotes ou autres petits événements amusants, cependant « tout » dire à son sujet n'était pas dans ses cordes. Il n'était même pas capable de faire le point sur lui-même de toute manière, comment aurait-il pu faire un résumé édulcoré de sa personne ?

- Cela dit, si tu veux en savoir plus... Il avait prit une bouffée de son joint. Je suis un mufle, je respecte rien sauf moi-même et les femmes à caractère, le sexe, la drogue, et la bonne musique. L'alcool aussi, un alcool pur mérite le respect, tous les alcools sauf le whisky. Je déteste le whisky. Et hm. J'suis plutôt honnête comme gars, comme tu peux le voir.

Il avait eu un léger rire. Non, il n'était pas particulièrement honnête, il était plutôt lucide à son propre sujet en réalité, bien qu'il grossissait le trait. Oh.... Il était probablement légèrement plus défoncé que ce qu'il n'avait cru. Il fallait qu'il retienne à qui il avait acheté cette herbe, elle était bien meilleure que tout ce qu'il avait eu jusque là.

lumos maxima


 
Take me home
Take me home where the restless go
Reckless to the day I rest my bones

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité

avatar


MessageSujet: Re: All is violent, all is Bright (Arzouille la fripouille)   Dim 10 Juin - 1:02

All is violent

and all is bright


Lazare écouta attentivement son nouvel ami... et se rendit compte qu'il n'avait, pour ainsi dire, rien enregistré à ce que celui-ci lui avait juste confié. Désireux de produire bonne impression, et apeuré de louper une bribe des paroles de Zacharia, Lazare s'était tellement concentré sur sa concentration-même, se suppliant de ne rien manquer, qu'il n'en avait, par conséquent, rien retenu. Ou plutôt, toutes les informations délivrées par son acolyte lui étaient rentrées par une oreille inattentive, par excès d'attention. Zacharia avait vaguement évoqué Paris, et Moscou... Du reste, Lazare feint l'application – avant de se raccrocher aux paroles qui le concernaient, lui, et sa condition d'aveugle à mi-temps. A ceci, il ne manquait point d'explications :
- Vous vous imaginez tous que je vois rien. Mais c'est pas vrai. Je vois le monde, et les gens, juste, d'une autre manière que vous. J'ai besoin de l'audition, parce que c'est comme ça que je vois. C'est ma façon de percevoir les choses. Et puis, tu sais, je vois peut-être plus de choses que vous qui avez des bons yeux, parce que vous êtes incapables de les voir comme moi. Y'a plein de choses qui vous passent à côté, parce que vous vous reposez tous sur la vue. Tu sais, y'a une énergie qui circule, comme ça, partout, entre les gens, et les lieux, et dans la vie... Ben je sens cette énergie, en tout cas plus que vous. Les voyants, ils prêtent aucune attention à ce que dit leur ouïe, ou leur équilibre, ou leur odorat... Rien voir, ok, y'a des inconvénients, mais moi, je peux m'imaginer le monde comme je veux, sans les yeux. T'es pas coincé, t'es pas borné à ce que te disent tes yeux, en fait. Et puis, ben, je vois quand même la nuit. C'est un autre délire. Disons que j'ai tellement l'habitude de me débrouiller sans rien voir que j'ai pas besoin de ça, et puis, c'est ma manière de faire. J'arrive bien à me repérer, à force, j'arrive à me faire une idée des espaces avec le son, l'environnement... Vous vous imaginez tous que c'est horrible d'être aveugle. C'est juste moins pratique, mais, tu sais, moi j'aime bien. J'imagine les couleurs, et les visages... Alors... Euh, j'ai besoin de l'obscurité, parce que c'est ma vie. J'aime bien voir le monde sans le voir. Et la nuit éternelle, ça me prive de ça. Mais j'aime bien ma vision du monde que je vois pas. Tu comprends ce que je veux dire ?
Lazare sourit à Zacharia. Il aimait parler de sa condition, souvent mal comprise de ses pairs. Il ne s'en plaignait d'ailleurs jamais, trop content de pouvoir discerner la nuit d'une façon rien qu'à lui. Et parce qu'il était tour à tour voyant et aveugle, il se représentait ce que ces deux états avaient d'avantages ou d'inconvénients ; et si la vue lui apportait d'importants bénéfices, il se sentait tout aussi bien sans elle ; dans le noir, les sensations que lui procurait son corps, pour compenser, s'en voyaient décuplées – un délice pour qui aime les plaisirs sensuels. Pour rien au monde Lazare n'aurait souhaité percevoir bêtement l'univers, comme tout le monde. Lazare aimait sa particularité, puisqu'elle ne le privait de rien qui soit désirable, pour qui sait s'accommoder aux choses.

Quant à sa consommation de cannabis, Lazare pouffa. On le qualifiait rarement de mignon.
- J'avais un peu l'habitude, avant, surtout à New-York. 'Peux pas dire que j'suis un novice, mais ça fait quand même longtemps.
Il se courba à nouveau, en une belle révérence, lorsque Zacharia lui offrit gracieusement de le raccompagner à la boucle. Mis en confiance, Lazare avait presque oublié que l'heure tournât aux dessus de leur tête. Qu'importe ! Ce singulier personnage plaisait à Lazare, en premier lieu parce qu'il n'avait fait aucun cas de son intrusion, et en second lieu puisqu'il semblait faire montre d'une ample générosité. Lazare découvrit quelques instants après, en dernier lieu, pourquoi il faisait si bon ménage avec cet individu : parce qu'ils jouissaient de passions similaires ; l'alcool et les filles. Il regretta simplement que Zacharia ne daigne pas se présenter davantage à lui Toutefois, Lazare approuva vivement à la proposition d'aller boire quelque part. Après tout, n'apprend-t-on pas à connaître les autres autour d'une bouteille ? L'alcool possède cette faculté, cette vertu de lier des amitiés, soient-elles improbables ou douteuses – mais passé quelques verres, même le chat et la souris s'entendent comme larrons en foire.

Le garçon rit aux propos de Zacharia. S'il était un mufle, alors Lazare aussi ! Leurs goûts s'accordaient si bien que le nyctalope claqua une tape amicale sur l'épaule de son comparse. Lazare se tordait les côtes d'avance, en anticipation d'une soirée qui s'annonçait merveilleuse.
- Eh bien écoute, mon pote, je crois qu'on est fait pour s'entendre, annonça-t-il dans une étonnante familiarité – Lazare ne s'embarrassait jamais des circonvolutions. J'aime la musique, et les femmes, et l'alcool, et, enfin, tout ce que t'as cité. La musique, aaah, la musique, on n'en faisait jamais aussi bien qu'à New-York. Des vrais musiciens ! Des mecs qui t'emportent avec leur sax, ouais, t'as les deux pieds plongés dans le piano et la tête en vrac dans la batterie, ah, si t'as déjà vu ça, mon vieux, tu sais de quoi je veux parler. Et avec ça, le meilleur whisky du Kentucky – oh, moi j'ai rien contre le whisky. Et les filles, aaah... (Lazare rêvassa quelques secondes.) Je crois que je les aime toutes ! Elles sont merveilleuses, mais par contre, ah, quelle galère.
Il rit une fois encore, emporté par la frénésie de ses souvenirs, mêlant le jazz et les jupons d'autres époques, d'autres mœurs. Des femmes, Lazare ne se vidait jamais vraiment la tête ; un autre avantage à l'aveuglement était qu'on les trouvait toutes bien plus belles sans les voir.

Le garçon tourna la tête vers celle de Zacharia.
- Tu viens de l'Angleterre, toi, non ? Ta boucle, c'est celle-là ?
Lazare en jugeait par l'accent. Ces derniers mois, plongés dans une unique boucle, lui avaient permis de développer une oreille des différents accents anglais. A ses yeux, toute la langue de de Shakespeare sonnait sur une même fréquence ; il parvenait désormais à en faire osciller la courbe, et distinguait à présent un Syndrigastis venu de Moscou, même doué, d'un véritable Anglais.
- Allez ! brailla Lazare.
D'un coup d'un seul, il se leva dans une bourrasque d'énergie. Grâce aux bienfaits du cannabis, il manqua presque de perdre l'équilibre – mais ce contretemps, loin d'entacher son enthousiasme, l'accrût davantage. Il tendit une main lancée par la bonne volonté à Zacharia.
- Relève-toi, on n'a pas de temps à perdre. J'ai envie de voir Londres.
Les promenades sans but et sans compagnie, les errances, prenaient fin ! Avec un camarade de fortune dégotté sur les chemins, un Anglais, qui plus est, dont la connaissance de la capitale est précieuse – enfin, un ami – la virée pouvait enfin débuter. Avec son guide, Lazare pourrait explorer tout ce qui présentait un intérêt concret pour le visiteur nocturne ; bars, tripots, cabarets, et autres distractions de soirées. Lazare songea que ces plans, loin de contrarier Zacharia, s'harmonisaient même parfaitement avec les siens.
- Si tu connais Londres, je te suis. Et avec la nuit qui tombe, eh ben, je commence même à y voir clair. Je te suis !
Il gloussa un instant, songeant aux endroits fantastiques où son ami pourrait le conduire.
- Tiens, je peux reprendre de ton truc ? demanda-t-il, hilare, tendant les doigts vers son compagnon. Et d'ailleurs, c'est quoi ta particularité ? C'est pas flagrant. Je t'ai dit la mienne, maintenant, ton tour.


Dernière édition par Lazare Delauney le Mar 26 Juin - 22:25, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Arzhealig Z. Leslie
fil d'opium

avatar
☾☾ Miroir :

☾☾ Particularité :
Marionnettiste
☾☾ Bizarrerie :
Fumée euphorisante aux doigts, l’esprit ailleurs.
☾☾ Occupation :
Joue les réels marionnettistes pour une poignée de sourires
☾☾ Myocarde :
Célibataire endurci qui souhaite le rester, amoureux des corps en tout genre du moment qu’ils ne restent pas plus d’une nuit.
☾☾ Missives :
46
☾☾ Trogne & crédit :
Harry Treadaway


MessageSujet: Re: All is violent, all is Bright (Arzouille la fripouille)   Dim 10 Juin - 19:10

All is violent and all is bright [Lazare]




Arzhealig avait levé un sourcil en écoutant Lazare s'emporter un peu sur ses paroles. Il comprenait ce que l'autre lui disait, cependant, il ne se souvenait pas avoir souligné le fait qu'il pensait qu'être aveugle était horrible. Oh, bien évidemment, il n'irait pas jusqu'à prétendre que cela ne le dérangerait pas, il faisait une nette différence entre naître aveugle, et le devenir. Il ne pouvait qu'être d'accord avec Lazare sur fait que les voyants se fiaient trop à leur vision, et que leurs autres sens devenaient secondaires, jusqu'à l’obstruction pour certains. S'il lui arrivait régulièrement d'utiliser son ouïe, il ne pouvait pas prétendre prêter attention à son odorat. Il n'y faisait attention que lorsqu'une dame au parfum particulièrement attrayant passait non loin, ou lorsque quelqu'un fumait non loin de lui, parfois lorsqu'un plat alléchant venait chatouiller ses naseaux de son délicat fumet. Cependant, il n'en avait aucune utilité la plus part du temps. Il n'était pas de ceux qui faisaient attention aux odeurs, si elles n'étaient pas prenantes, elles se faisaient inexistantes à son sens. Il ne s'arrêtait jamais pour humer à plein poumons un parterre de fleurs, il n'avait aucune odeur rappelant à son souvenir quelques faits passés, rien. S'il devait faire attention aux sens, il avait détruit son goût depuis longtemps, en prenant trop de drogues, en fumant plus que de mesure, en buvant jusqu'à plus soif. Ses papilles se faisaient aux abonnés absents et il lui fallait quelque chose avec beaucoup de goût pour qu'elles s'émerveillent. Quant au toucher... Il lui fallu un léger effort pour ne pas rire jaune. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait plus cette faculté, du moins, pas du bout des doigts. Les aveuglent voyaient bien des choses du bout de leurs doigts, ils pouvaient lire, dessiner des visages en les touchant, analyser une texture... Il en serait bien incapable, et si le reste de son corps conservait les sensations, il s'imaginait difficilement se figurer un visage, ou une forme, en collant cette dernière à la peau de son torse. Il devinait toujours du bout de lèvres, il arpentait assez les corps dans le noir pour le savoir, et oui, il goûtait avec le toucher de ses lèvres. Il secoua un peu la tête. La fumée le faisait réfléchir à des choses bien trop philosophiques pour son propre bien, et les paroles de Lazare n'avaient pas aidé.

- Wow, doucement cow-boy. Dit-il en riant, portant son joint à ses lèvres. Je comprends super bien ce que tu dis, et j'ai jamais dit que je pensais que c'était horrible, détend toi. Il disait ça en riant, et avait tapoté l'épaule de Lazare. Mais enfin, t'as répondu à ma question, t'inquiète. T'en aurais moins besoin parce que tu te reposerais plus sur ta vue que sur le reste. Je peux comprendre que ça te manque enfin je veux dire... Quand on a une habitude, c'est jamais cool de la perturber mais eh, tu sais, j'aurais du mal si j'étais comme toi. Il rit. J'ai aucune sensation dans les mains, tu vois un peu avec aussi non ? Genre tu lis le braille ? Ou t'attends qu'il fasse nuit pour bouquiner ? Enfin pour ce que j'en sais, tu lis même pas. Il haussa les épaules. Mais bon, avoue quand même que tu peux t'imaginer plus facilement parce que tu vois quand il fait noir, genre les couleurs ou quoi. Je suppose que les aveugles se font leur propre vision de la chose, mais toi t'as des facilités, je sais pas si tu saisis ce que je veux dire. Il haussa les épaules. C'est des question qu'on va dire existentielles qui reviennent souvent bêtement genre... les aveugles ça rêve ? Ça imagine des choses, ou des formes ? On imagine souvent ça comme des formes de fumée ou quoi, je sais pas décrire. Enfin, tout ça pour dire que j'ai connu une femme, aveugle, tout le temps, pas comme toi. Elle avait besoin de me toucher pour me voir, de me sentir comme tu dis mais eh, moi je pourrais pas. Il fronça les sourcils. Attends, je crois que je me perds dans mes propres paroles, ça avait du sens ce que j'ai dit ?

Il n'était même plus certain que tout cela faisait sens, et qu'il avait été assez délicat pour ne pas blesser Lazare d'une manière ou d'une autre. En soit, cela ne lui faisait ni chaud ni froid, il cherchait simplement à tenir une conversation, peut-être trop intelligente pour lui-même, surtout pour son cerveau embrumé. Il ne cherchait à vexer personne, ne voulait pas que Lazare se sente blessé par ses mots, cependant, ils avaient potentiellement été maladroit dans ses mots. Dans un soupir, il avait prit une nouvelle bouffée de fumée, oh que les interactions sociales pouvaient lui paraître compliquées parfois. Il n'avait pas besoin de grands mots et de grandes conversations lorsqu'il courrait seulement les jupons, ou lorsqu'il était en compagnie de personnes tout aussi ivres que lui. Il avait seulement eut un léger rire aux paroles de l'autre. Ah New York... Il n'avait heureusement jamais mit les pieds à un tel endroit, il aurait sans doute perdu la vie en pareil lieu. Les abus, toujours plus... Lui qui avait réussi par miracle à ne pas sombrer définitivement à Moscou, ne donnait pas cher de sa peau aux États-Unis. Il aurait pu, maintenant, essayer d'y faire un tour, si seulement toutes les boucles n'avaient pas disparu. Il imaginait de grands bâtiments, de grandes personnes qui criaient au lieu de parler, de la prestance à l'excès. En qualité de bon britannique, il avait une légère aversion pour les américains, ils avaient dénaturé la culture en créant la leur sur une base stérile. Oh, il avait conscience que cela remontait à des années maintenant, cependant il avait été éduqué de la sorte, et si sa tolérance était amoindrie par les excès de zèle de sa mère sur ce sujet, il était assez âgé pour s'être fait sa propre idée, et il n'allait pas mentir, les américaines, dans leur coquetterie exacerbée avaient souvent sa préférence.

Arzhealig avait néanmoins éclaté de rire à la question de Lazare. Est-ce que sa nationalité était si visible ? Il avait alors eut un léger sourire en coin, alors qu'il jetait le joint terminé, en allumant un autre sans attendre, il avait comme un manque, d'avoir partagé, il avait l'impression de ne pas avoir eu la dose nécessaire. Cela ne le dérangeait aucunement, cela dit.

- God save the Queen. Dit-il avec un sourire en coin sarcastique. Mais nan, ma boucle c'est pas celle là. Je suis entré dans une boucle avant que celle là n'existe, donc j'ai bougé jusqu'à Edimbourg. Il avait appuyé son dos contre le mur. Après j'ai fait Paris et Moscou, autant te dire que cette boucle c'est pas du tout la mienne. Quand j'étais pas dans une boucle, ouais, j'ai grandi vers ici. Et j'ai vécu dans cette ville pendant un moment, avant... Eh bah avant la guerre quoi. Je connais le vieux Londres en somme.

Puis il s'était tu, surpris par la soudaine énergie de Lazare, qui l'avait néanmoins fait rire. Ce jeune homme l'intéressait, il voyait en lui un reflet de sa propre déchéance, et s'ils arpentaient les rues tous les deux, il y avait fort à parier qu'ils feraient des miracles tous les deux. Il saisit donc la main qui lui était tendue, se levant en s'étirant, dans un claquement d'os et de bois. Il avait quelque peu fait la grimace, il n'appréciait pas lorsque son corps faisait du bruit, surtout lorsque cela était du bois. Cela lui rappelait que s'ils trouvaient quelque proie féminine ici, il serait obligé de se faire plus mufle que jamais. Il ne pouvait retirer ni ses gants ni sa veste, il n'était pas question que quelque donzelle que ce soit voit ses bras de bois, ce serait jouer avec le feu. Il n'y avait que les dames comme eux, qui pouvaient se vanter de l'avoir vu complètement nu. Lazare lui-même devait le sentir, à travers les gants. Ses mains n'avaient pas la moindre souplesse, et pour quiconque y faisait attention, il était évident que sous le cuir, il n'y avait pas de la peau. Il lui était arrivé qu'une personne normale remarque, et avait prétendu qu'il s'agissait d'une prothèse, et qu'il n'aimait pas la montrer. Passer la soirée ensuite à se concentrer pour minimiser ses mouvements et donner l'illusion prothétique lui avait donné une bonne leçon, et il faisait très attention à ne laisser personne remarquer. Personne qui pourrait être intrigué, autrement dit, les humains. Il avait alors simplement tendu le joint à Lazare, à la demande de ce dernier, et avait froncé les sourcils à sa question. Est-ce qu'il lisait dans les pensées aussi ? Non, cela était stupide.

- Je suis un marionnettiste. Dit-il simplement. Je veux dire, c'est le plus simple pour expliquer ce que je fais. J'ai des fils au bout des doigts, que je contrôle. Le souci, c'est que plus je l'utilise, plus je deviens un pantin genre... Il regarda un peu autour de lui, et, assuré que personne ne les voyait, il prit la main de Lazare pour passer le bout de ses doigts sous sa manche, qu'il touche le bois. Yep, la mauvaise nouvelle, c'est que je me couvre de bois. Et je sais pas si ça va s'arrêter un jour, enfin, tu me diras, c'est pas si grave, je bouge toujours aussi bien mais... Tu comprends ce que je te disais quand je te disais que je pourrais pas utiliser le toucher en fait... C'est du bois, j'ai pas de nerfs au bout pour sentir. Il haussa les épaules. Mais bref, j'aime trop utiliser mon pouvoir pour m'en priver, le seul souci c'est qu'au bout d'un moment, ça va limiter la marge de manœuvre avec les femmes. Là je peux toujours faire le mufle et juste garder mes vêtement en haut, si jamais je commence à en avoir un peu trop, je pourrais coucher qu'avec des syndrigastis. Il fit claquer sa langue. Et bordel, la vieillesse ça leur donne un de ces caractère ! Elles sont pas simples chez nous.

Il avait laissé un rire s'échapper avant de reprendre sa marche, si Lazare souhaitait voir Londres, il allait lui montrer ce dont il se souvenait. Il reconnaissait quelques enseignes, et, parcourant les dédales de ruelles, il avait peu à peu retrouvé son chemin, s'arrêtant quelques minutes plus tard devant un vieux bouge un peu miteux.

- La vache, combien de cuites j'ai pu prendre ici ! Il rit en tentant de discerner l'intérieur. Tu veux qu'on teste ?


lumos maxima


 
Take me home
Take me home where the restless go
Reckless to the day I rest my bones

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé



MessageSujet: Re: All is violent, all is Bright (Arzouille la fripouille)   

Revenir en haut Aller en bas
 
All is violent, all is Bright (Arzouille la fripouille)
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» FRIPOUILLE caniche beige 10 ans en novembre (02) ADOPTE
» MARLENE MOIRA HAYWORTH ♦ I used to shine bright like that diamond until that day.
» in this bright future you can't forget your past. ▲ (08/02 - 14:50)
» Il Kwon ▲shine bright like a diamond.
» FRIPOUILLE YORK 3 ANS RESERVE AMIS DE MYRTILLE

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
IMAGINARIAE CURIOSITATES ::  :: Londres :: Les Rues-