AccueilAccueil  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  




Partagez | 
 

 (Thaddeus Gentilis) ▽ Bird Of Prey

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2  Suivant
AuteurMessage
Thaddeus Gentilis

avatar
- Autour amnésique -
❧ Boucle Temporelle : 19 décembre 1873
❧ Particularité : Métarmophose en Autour des Palombes (Accipiter Gentilis) - Le rapace qui devient le gardien. Le chasseur qui se fait protecteur.
❧ Occupations : Gardien du refuge, protecteur des ymbrynes et historien à ses heures perdues.
❧ Miroir :
❧ Missives : 289
❧ Yeux de verre : 72
❧ Crédits : CK


MessageSujet: (Thaddeus Gentilis) ▽ Bird Of Prey   Lun 14 Nov - 10:31

Thaddeus Gentilis

- Show me a hero and i'll write you a tragedy -

❧ Nom : Il ne se sait pas Adenauer, ayant depuis longtemps oublié qui il était. Il préfère ainsi être Gentilis, en référence à l'oiseau dont il prend l'apparence. ❧ Prénom : Thaddeus, mais à une époque, il était pour ses proches Sigmund, qui aujourd'hui n'est plus à ses yeux que des souvenirs flous d'une autre vie.❧ Surnom(s) : Ils ne sont pas réguliers ou quoi et à vrai dire, qu'importe le diminutif qu'on lui donne, il l'apprécie à sa juste valeur. ❧ Age : 30 ans ❧ Lieu et date de naissance : À Breslau, aujourd'hui Worclaw en Pologne, en 1889 ❧ Boucle Temporelle  : Boucle de 1873, avec envie de voyager dans un futur proche ❧ Localisation actuelle  : Edimbourg ❧ Occupation : Gardien du refuge, protecteur des ymbrynes et historien à ses heures perdues. ❧ Statut civil : Célibataire ❧ Je ressemble à : Sebastian Stan
❧ Particularité  : Né dans une famille d'Ymbrymes, il est capable de se changer en Autour des Palombes (Accipiter Gentilis), bien qu'il soit un homme.
❧ Talon d’Achille  : Si il est blessé, Thaddeus se retrouve piégé sous sa forme de rapace et ne pourra la quitter qu'une fois complètement guéri. Mais il doit faire attention à ne pas trop attirer l'oeil des humains, qui pourraient voir dans son plumage, l'envie de le capturer pour se l'accaparer.
----------------------
❧ Ce que je pense des autres Syndrigastis : Ils sont importants et précieux... Autant de vies et de destins à protéger de ceux qui ne veulent que la destruction et la mort. Ils sont mes protégés, des enfants éternels et perdus que je veux garder sous mon aile et dont je veux noircir des pages de leurs histoires. Ils sont tant de contes et de fables dont je veux m'abreuver et de vies si riches qu'elles m'enivrent. Tous ont leur voix au chapitre et que tremblent ceux qui pensent autrement.
❧ Ce que je pense des (autres) Ymbrynes : Elles sont des déesses, ou presque. Elles manipulent ce sur quoi personne n'a d'emprise. De mon oeil peut-être légèrement candide par instant, elles sont celles à qui je dois tant, celles pour qui je ferais tout. Pour elles je mourrais mille fois si ça en vaut la peine. Elles peuvent s'appuyer sur moi et me faire confiance.
❧ Ce que je pense des Humains :  Ils sont fascinants, parfois étranges ou agaçants mais leur ignorance est une charme qu'il est difficile d'ignorer. C'est amusant de les voir depuis une boucle répéter encore et encore les mêmes gestes, au point d'en devenir de petits automates que l'on remonte encore et encore... Devant ce spectacle, je suis comme un enfant mais jamais je ne songe à les rejoindre, n'étant pas encore prêt à vivre avec le conflit qui règne au sein de mon esprit.
Mes petits Secrets
Il boit très peu d'alcool, n'aimant pas les effets que cela peut avoir sur son esprit. À cause de l'armée, il a attrapé cette vilaine manie de fumer et qui malgré la perte de mémoire, lui est resté. C'est un souvenir du corps, dit-il, de sa langue et de ses lèvres qui aiment le goût du tabac roulé. Bien qu'il ait passé de longs moments sous sa forme de rapace lors de sa convalescence, Thaddeus aime parfois changer pour simplement voler au-dessus du refuge, trouvant dans sa forme animal, le réconfort de savoir que rien n'a jamais été réellement brisé. Les nuits sont toujours rudes pour lui. Des décennies ce sont peut-être écoulées mais son corps se souvient des traumatismes du combat et son esprit, encore fragmenté et fragile supporte mal le retour de souvenirs certes flous. Toujours prêt à aider il refuse rarement une main qu'on lui tend et n'ignore jamais les appels à l'aide. Il est celui qui te rattrapera si tu te sens glisser. Écrire l'a aidé à se reconstruire. C'est en notant les histoires des autres qu'il a réussi à comprendre et à admettre que tout était encore possible pour lui, c'est pour ça qu'il prend un tel plaisir à noter tout ce qu'on peut bien lui raconter. Il a toujours sur lui un petit carnet, dans lequel il note ou a noté ce qui lui semble important. C'est presque devenu au fil du temps un gri-gri pour le rassurer. Il aime se considérer comme un conteur d'histoire, ou un témoin de vies et de destins importants. Perdre la mémoire l'a traumatisé et c'est devenu un devoir pour lui de consigner les vies de tout ceux qui le fréquentent, presque par sécurité. Comme si inconsciemment, il voulait éviter aux autres de finir dans sa situation. Il ne se doute pas que l'une de ses soeurs soit en vie, considérant que les femmes ou hommes qu'il voit lors de ses flashs sont sûrement morts, ou du moins, qu'ils l'ont oublié. Passant pas mal de temps à écrire, il n'est pas rare de constater que ses doigts sont tachés d'encre, ce qui faisait dire à l'Ymbryne qui l'a sauvé qu'il ressemblait parfois à un jeune écolier. Il est rare de le voir se mettre réellement en colère, car quand c'est le cas, il prend généralement l'apparence du rapace pour s'exiler le temps de se calmer.  Les jours où il peine à être en forme, il n'est pas rare de le trouver face à une fenêtre, à simplement regarder le temps s'écouler, comme perdu dans ses pensées. Il rumine souvent sa période de convalescence, celle où il a dû se reconstruire et qu'il regrette presque, n'étant plus réellement capable de retourner dans cette boucle temporelle précise.
Mentalité
J'ai dans le sang la fierté et l'arrogance tandis que dans le coeur j'ai la noblesse de l'âme. Je pense me connaître, ou du moins, avoir une vague idée de ce que je suis désormais. Thaddeus, c'est celui qui a un coeur courageux. C'est le téméraire et au fil des années, j'ai commencé à croire que je l'étais et que je le suis toujours. Je suis loin d'être sage et d'être si grand que je le pense. Je reste parfois comme un enfant, à être impulsif et têtu… Mais n'est-ce pas merveilleux ? D'être capable de conserver cette douceur du passé, celle d'être ouvert sur le monde et prêt à accepter tout ce qu'il a à nous offrir ? Je le pense. Ou du moins, je me dis que c'est une vertu, qui contre-balance parfois mon côté irascible. Mais ce qui m'effraie parfois, c'est de penser à l'homme que j'étais avant. À celui qui était peut-être une meilleure personne que je ne le suis aujourd'hui ou qui au contraire a pu être un monstre. Je pense à cette silhouette de carbone qui sans cesse est dans mon ombre et que je tente, parfois en vain, d'attirer à la lumière… J'ai été tenté de le laisser reposer et de l'oublier mais… Il est, par son absence et le mystère qui l'entoure, une part de moi et si il reste pour moi un homme dont je ne plus certain de vouloir connaître le passé, je dois pourtant accepter que je ne suis plus ce que j'ai été un jour. J'ai pu être bon, mauvais, plus ou moins vertueux, j'ai pu aider, aimer, enfanter ou même créer… Mais ça n'a plus d'importance aujourd'hui. J'ai dû faire le deuil et admettre que je suis quelqu'un d'autre désormais. Ce fut long, douloureux et pénible mais aujourd'hui, je sais qui est Thaddeus. Je sais qui je suis et je l'accepte. J'accepte d'être tantôt débrouillard, tantôt rancunier. J'accepte d'être persévérant sans jamais délaisser ceux que je dois protéger. J'accepte d'être un autre homme, et de n'accorder à celui que j'étais avant, que le droit de mémoire. Celui de chercher qui il était et non de lui ressembler.

- Qui se cache derrière ce merveilleux personnage -

Je m'appelle Andréas, j'ai 22 ans, je suis faiseur de rêves et je viens de la belle Isère. J'ai trouvé le forum via une petite coquine et je le trouve BEAU PUNAISE. J'AIME. Pour finir, je dirai : Tendresse & Chocolat.

Spoiler:
 


Dernière édition par Thaddeus Gentilis le Lun 14 Nov - 18:24, édité 8 fois
Revenir en haut Aller en bas
Thaddeus Gentilis

avatar
- Autour amnésique -
❧ Boucle Temporelle : 19 décembre 1873
❧ Particularité : Métarmophose en Autour des Palombes (Accipiter Gentilis) - Le rapace qui devient le gardien. Le chasseur qui se fait protecteur.
❧ Occupations : Gardien du refuge, protecteur des ymbrynes et historien à ses heures perdues.
❧ Miroir :
❧ Missives : 289
❧ Yeux de verre : 72
❧ Crédits : CK


MessageSujet: Re: (Thaddeus Gentilis) ▽ Bird Of Prey   Lun 14 Nov - 10:32

Mon Histoire

- Voyage au bout de la nuit -

J'ai le coeur brisé en cet instant et j'ai dans la gorge une boule que je ne parviens pas à avaler. Aucun fils ne devrait voir ça ou faire ça à sa pauvre mère. Face à elle, je relève le menton et tente de faire le fier, en lui esquissant mon plus beau sourire, tandis que mon père pose sa main sur mon épaule. Je sais que lui est fier de moi mais elle… Je brise son coeur. Pire, je fais de son myocarde des fragments dans lesquels je plante une poignée de verre pilé. Je suis cruel et sûrement le pire des fils à lui arracher des sanglots. J'ai envie de fondre en larmes devant elle. Je ravale tout et me force pourtant à la rassurer. "Je reviendrais mère, je le promets. Père sera là pour veiller sur moi et nous reviendrons tous les deux. Je n'aurais pas le temps de vous manquer… Vous verrez…" Elle ne me croit pas et j'avoue ne pas être convaincant. Mais comment pourrais-je l'être ? J'ai moi-même l'angoisse au ventre et à la voir si déchirée, je n'arrive plus à ignorer le fait que je pourrais ne jamais revenir. Que je pourrais tout perdre à cause d'une balle ou de… Face à elle, je réalise alors le côté éphémère de ma propre existence, et même si je m'étais promis de ne pleurer que devant Magda et Hilda, je fonds en larmes devant elle, comme le gosse que j'ai peut-être toujours été. Ma mère vient me prendre dans ses bras et caresse mes cheveux en me suppliant de ne pas partir. J'aimerais lui dire que oui, je reste avec elle, pour ne pas lui infliger une possible disparition mais c'est trop tard. Ma décision est prise. L'Europe est au bord du chaos et si d'autres vont se battre pour protéger ce qui leur est cher, je ne peux pas faire parti des lâches qui attendent que les autres se sacrifient à leur place. Je dois moi aussi aller combattre, ne serait-ce que pour qu'elles puissent vivre loin du danger. Notre étreinte prend fin et après une dernière caresse tremblante, je lui souris simplement, bien incapable d'avoir ce serait-ce qu'un mot de plus pour elle.

Et je le regrette. Une fois dans les tranchées, à avoir de la boue jusqu'aux genoux, je regrette de ne pas avoir eu une dernière parole pour elle. Claquant à moitié des dents, et avec au bout des doigts une simple cigarette, j'ai l'amertume de celui qui sait qu'il ne reverra pas sa famille, et si père ne cesse jamais de me rassurer en me disant que nous rentrerons, je n'arrive pas à y croire. Quand je vois mes camarades crever de la toux ou les boyaux à l'air à quelques mètres du trou dans lequel on s'embourbe au fil des ondées, je me dis que ma seule chance, c'est de me changer et de déserter. De voler jusqu'à la maison et de ne plus jamais la quitter. J'ai les doigts qui tremblent alors que j'entends une explosion au loin. Ce sera la dernière de la journée. Un peu de terre m'éclabousse et craintivement, je relève les yeux vers le fil barbelé qui est censé nous protéger. À mes lèvres je porte le tabac humide et dégueulasse tandis que j'ai une pensée pour Hilda et Madga. Je tente de me mettre du baume au coeur, en me disant qu'elles sont sûrement en train de jouer dans le jardin, ou à faire tourner en boutique ma mère. Je pense à elles qui doivent pouvoir manger quelque chose de chaud tous les soirs et s'autoriser peut-être un thé dans l'après-midi… Je pense à elles et je me demande ce qu'elles diraient en me voyant avec mon museau plein de boue et de sang,  mes joues creusées par la faim et la fatigue, mes mains gercés… Et dois-je parler de mes cheveux, taillés grossièrement au couteau par mon père pour que je n'attrape pas les parasites qu'on se refile entre soldats la nuit, à dormir les uns contre les autres après avoir descendu un peu d'alcool pour se tenir chaud et passer la nuit sans risquer l'hypothermie. Non, si elles me voyaient… Elles ne me reconnaîtraient pas. Je n'ai plus rien du Sigmund jeune et plein de vie. Je n'ai plus rien de ce jeune homme radieux et parfois taquin qui attirait le regard de certaines demoiselles. Non, depuis, j'ai perdu miné clan et sûrement mon humanité Un silence pesant tombe sur la tranchée et enfin, les gars commencent à faire tourner de l'alcool de prune qu'ils ont réquisitionnés à des paysans du coin. C'est de la merde qui me détruit l'estomac mais au moins, ça me tient chaud, ça me donne l'impression que mon sang est brûlant. Mais bon, si le but c'est simplement de me détruire le corps à l'aide d'un spiritueux, je pourrais boire un peu d'essence et je pense que je serais dans le même état après une gorgée. Aujourd'hui je m'en autorise deux avant d'attraper de quoi écrire. Ma cigarette au coin des lèvres, je commence à rédiger une lettre pour Mère et les filles. Je les rassure, en disant que c'est dur mais que je m'en sors, comme toujours, parce que je ne suis pas ceux qui acceptent la fatalité comme une réalité. J'écris que je suis courageux, et qu'on va la gagner cette guerre. Je parle aussi de mon retour à la maison et du fait qu'avec père, on se porte bien. Je dissimule volontairement les horreurs que je vois au quotidien et après avoir glissé mon mot dans une lettre, je la confie à celui qui s'occupe du courrier, qui sera abattu le lendemain en tentant justement de rejoindre la garnison pour faire parvenir nos missives.

Quatre années. Quatre ans dans la boue et le sang, à naviguer entre les cadavres et presque mort, à écouter les cris d'agonie de certains et le sifflement permanent qu'on doit supporter à cause des explosions des grenades et des obus. Quatre, longues, années à me dire que chaque jour est le dernier et voilà qu'enfin, la guerre arrive à son terme. J'avoue ne pas me soucier de notre défaite ou du reste.. Je suis juste heureux que ça prenne fin. Je ne pense qu'à mon retour à la maison, à ce jour où je pourrais déposer mes maigres possessions sur le pas de la porte et simplement admirer la demeure dans laquelle j'ai grandi. Je pense à ce moment où je pourrais prendre dans mes bras mes deux soeurs, qui ne doivent plus être des enfants depuis… Elles doivent être si grandes et si belles… Hilda doit faire soupirer bien des coeurs et Madga… Elle doit être la rose au milieu des ronces. L'envie de prendre ma forme d'oiseau me tiraille aussi. Étant sur le front, je n'ai pas eu la possibilité de changer pour voler, mon père craignant qu'un soldat ne me prenne pour une cible d'entraînement et ne m'abatte. Mais là, c'est terminé. Je vais rentrer, enfin nous allons rentrer. Je ne pense qu'à ça alors que nous avançons dans la campagne, abandonnant derrière-nous les tranchées et les morts. La boue recouvrira les cadavres et avec mes souvenirs de cette période que je souhaite oublier. J'espère que tout va sombrer dans un coin de ma mémoire et que jamais plus je n'aurais à tuer pour ma vie. J'espère simplement reprendre le cours de ma vie et ne plus avoir à vivre avec les images de mes camarades tombés au combat et de tous ces regards vides que j'ai dû croiser. Je marche aux côtés de mon père et je peine à croiser son regard. Il a vieilli en quatre ans et c'est douloureux à constater. Je ne sais pas si mère arrivera à voir en lui l'homme qu'elle a aimé. Il est devenu si grave, si sombre et lui qui avant avait une belle conversation est désormais un homme qui se retranche dans un silence parfois angoissant. La guerre l'a changé et j'ai moi-même peur de celui que je suis devenu. Angoissé et en proie à des démons qui sont devenus des compagnons au fil des années, je cherche dans mes poches mes dernières cigarettes, dans l'espoir d'en partager une avec mon père. Quelque chose siffle à mon oreille avant qu'un cri ne retentisse, et que le chaos ne nous tombent dessus. Les cris reviennent, les coups de feu aussi. J'entends mon père me hurler de courir, de fuir. Il me pousse, me bouscule alors qu'autour de nous,  s'écroule un à un les membres de notre garnison. "Fuis ! Fuis !" me dit-il sans cesse. Pétrifié je croise son regard c'est uniquement quand il m'attrape par le bras que je reviens à moi. J'accepte l'idée de m'enfuir et de le laisser derrière-moi. Je m'élance mais je n'ai le temps de ne faire que quelques pas avant d'être soufflé par une puissante explosion. J'hurle alors que je sens mon flanc gauche brûler et ma poitrine se poisser de sang. Je heurte violemment le sol et le souffle coupé, je n'ai qu'un dernier regard pour le ciel si sombre. Je tente de garder les yeux ouverts mais c'est vain. Je perds trop de sang, et celui-ci me semble brûlant en comparaison de la boue dans laquelle je suis allongé. Lentement je me transforme et la dernière chose qui traverse mon esprit fatigué, c'est une simple question. Est-ce normal de se sentir n'être personne aux portes de la mort ?

Quand je rouvre les yeux, je vois juste le ciel au-dessus de moi, cette immense étendue grise, dépourvue de nuage et qui pourtant semble se salir de poussière et de fumée au fil des secondes qui passent et des battements affolés et irréguliers de mon coeur. Le bec grand ouvert, le dos dans la boue et les ailes difficilement déployées, j'ai mon râle d'agonie. Un petit cri, sûrement pathétique et dévoré par le chaos qui m'entoure mais, il parait que c'est ainsi qu'on meurt : seul et dans l'indifférence générale. Bien sûr, je tente de bouger, ou du moins mon corps tout entier lutte dans l'espoir de me maintenir en vie, mais je peine à me convaincre que ça va s'arranger. J'ai trop peur pour ça. Bien, bien trop peur. Je crie parce que j'ai pas envie que ce soit la fin, parce que c'est trop tôt et que comme tout  le monde, j'ai envie de survivre. Mais c'est trop tard. Personne ne viendra. Personne ne m'attrapera et ne m'aidera à m'en remettre. J'aurais dû m'y préparer et quatre années dans les tranchées auraient dû suffire… Mais regardez-moi, à tenter de multiplier par mille les secondes dans l'espoir d'avoir le temps de me préparer à l'inévitable. Je tente de me soulever du sol une fois de plus mais je ne fais qu'abimer toujours plus mes plumes couvertes de sang et de suie. Il me faut accepter. Il me faut fermer les yeux, inspirer et affronter ça. Mon souffle se fait plus régulier, les plumes cesse de se soulever et c'est là que je l'entends. Il y a d'abord ses pas sur la terre humide, puis sa voix, douce, chaude, tout autant que le sont ses mains qui délicatement m'enveloppent et me soulèvent. Dans les creux de ses paumes je m'élève alors qu'elle a pour moi les premiers mots que j'ai l'impression d'entendre depuis si longtemps. "Doucement mon beau… Là… Cesse de te battre, le combat est terminé… Tout va bien se passer. Tu as été brave." Nos pupilles se croisent et désormais enroulé dans son écharpe, je ne cherche plus à me débattre, trouvant en cette silhouette élégante, une figure rassurante. Sur moi-même je me recroqueville et accepte la chaleur qu'elle m'offre, sombrant alors dans une demi-inconscience, qui n'est dérangée que par ses mêmes mains qui s'affairent à me soigner. Je sens d'abord qu'elle lave mes plumes avant d'en arracher certaines, puis qu'elle panse mes plaies. Je l'entends me murmurer bien des choses alors qu'elle bande mon corps devenu si fragile. "Il faut du courage pour avoir survécu… C'est si facile d'abandonner, tu sais… Mais toi, tu as lutté. Et tu vas encore te battre, n'est-ce pas ? Tu réapprendras à voler, d'accord ?" Elle esquisse un sourire que je ne comprends pas, tandis qu'elle me soulève une fois de plus pour me glisser dans un berceau de tissu et de coton. Le bout de ses doigts caressent le sommet de mon crâne là où son regard croise le mien. "Je prends ça pour un oui. C'est une promesse entre nous, hein ? Parce que les oiseaux ne sont pas faits pour les cages ou les maisons… Tu ne penses pas ?" Mon instinct me dit que oui, mon corps et mon esprit, eux, disent qu'il est temps pour moi de sombrer enfin.

Je ne sais pas quand je reviens à moi mais elle est là, à mes côtés, comme si elle n'avait jamais bougé. Ses doigts se perdent à nouveau dans mon plumage et avec l'ombre d'un sourire, elle n'a qu'un murmure chaud et délicat. "Tu es particulier toi aussi… J'aurais dû m'en douter. Mais ici tu as le temps, tout le temps nécessaire pour te soigner." Je ne comprends pas de quoi elle me parle, mais j'accepte. J'ai le temps. Alors je ferme à nouveau les yeux. Je laisse une autre journée filer. Peut-être plus. Qu'en sais-je ?

Elle est de nouveau là quand je m'éveille à nouveau. La femme change mes pansements et en me sentant remuer, elle pose son regard maternel sur moi. Un sourire étire ses lèvres fines et elle m'accorde un peu d'espace, le temps de déposer non loin de mon bec de quoi boire et manger. Je tente d'ouvrir les ailes, et piaille faiblement, croassant peut-être comme un corbeau en sentant que ce n'est pas simple d'être vivant et en pleine guérison. La jeune femme rit quelque peu face à mon envie de me défaire des tissus qui m'emprisonnent. Elle m'aide en souriant, me félicitant au passage pour ma combativité. "Tu as envie de vivre, c'est bien. Continue comme ça." Je me retrouve relativement libre et pourtant, je cesse de bouger. J'attends presque, me demandant ce qu'elle fera de moi. Longuement nous nous observons et voyant que je reste immobile, elle porte à mon bec de quoi manger. Timidement, je m'approche et après d'interminables secondes à hésiter, j'accepte ce qu'elle me tend, prenant conscience alors que j'avale de la faim qui tiraillait mon estomac.

Les jours qui suivent, eux, se ressemblent étrangement. Elle est toujours là quand je m'éveille, et elle répète, encore et toujours les mêmes gestes affectueux. Elle défait mes pansements, m'aide à manger et à boire, puis me fait sortir de mon cocon de vieux torchons. Là elle vérifie que je cicatrise bien et si au début je peine à tenir sur mes deux pattes, je finis par être capable de vaguement sautiller, puis d'étendre mes ailes. C'est parfois fatiguant mais je finis par y arriver. Je redeviens vivant et elle à l'air de trouver ça amusant. Bientôt, j'arrive à voleter, et si c'est encore hasardeux, elle est toujours là pour me récupérer. "Contente-toi de viser mes bras, mon grand. Ce sera suffisant. Je pourrais te faire sortir après, revoir le ciel, la forêt… Tu aimerais ?" me dit-elle un jour alors que niché dans ses bras, je me remets d'une chute. Je remue vaguement des ailes et prenant ça pour un oui, elle m'installe sur l'un de ses avant-bras. Je peine à vraiment trouver mon équilibre et si je chancèle, c'est pour mieux planter mes serres dans le tissu épais de sa veste. "Il est temps pour toi de sortir à nouveau, il fait beau, le soleil te fera sûrement du bien." Perché sur son bras, je quitte cette pièce que je connais trop bien et pour la première fois depuis bien longtemps, je découvre d'autres horizons, me laissant porter par sa démarche souple. Nous croisons du monde et si au début je suis nerveux de ses être qui m'admirent ou la questionnent à mon sujet, je finis par me détendre, comprenant qu'ils sont juste curieux. Je perçois des bribes de conversation, mais refuse d'être touché par quelqu'un d'autre qu'elle. "Alors c'est lui, il va mieux ? Quand est-ce qu'il changera ?" Je suis perdu, voir confus. Changer ? Que veulent-ils dire par là ? "Quand il ira mieux… Il faut lui laisser le temps. Il vole à peine." Certains semblent déçus de cette réponse, tandis que je peine à lui trouver un sens. Grâce à elle, je trouve alors le chemin d'un grand jardin, et en sentant le soleil doucement réchauffer mes plumes, je me secoue en émettant un vague cri de satisfaction. Elle rit à nouveau et ainsi, en surveillant les différents êtres qui gravitent autour de nous. Elle m'explique qu'elle est la gardienne de ses lieux et que c'est son rôle de veiller sur eux, puis d'une caresse délicate, elle ajoute que c'est aussi le mien, mais que pour l'instant, je dois d'abord me reposer avant de penser aux autres… "D'être un tout petit peu égoïste le temps de panser tes blessures."

Le temps passe et je m'habitue à cette vie. À celle d'être l'oiseau qui la suit sans cesse. J'accepte le refuge comme ma demeure et j'apprends à me laisser le temps de guérir. Aux côtés des siens, je recommence à voler, à me nourrir et surtout à vivre. J'apprends que si chaque jour semble se répéter, j'ai le droit à une seconde chance. J'ai le droit d'avoir mes rituels, mes envies, mes goûts… Et mon droit de voler librement autour du refuge, à profiter de ce ciel, que je voyais s'obscurcir. Des années passent et je n'en ai même pas conscience. Je vis au jour le jour, remerciant simplement l'Ymbryne de m'avoir tiré de la boue dans laquelle je m'apprêtais à mourir.

Puis vint le jour de la guérison. Celle où enfin libéré de mes douleurs et autres blessures, j'ai repris cette apparence humaine que tous attendaient. Ma chair ayant cicatrisé, je troque alors mes plumes pour une enveloppe charnelle qui m'est inconnue. Perdu, dans le noir et seul dans la pièce qui était désormais mon nid à moi, je me découvre et j'angoisse, n'arrivant pas à reconnaître mon reflet dans le miroir qui me fait face. Un hurlement m'échappe et je réveille la seule personne qui peut m'aider. Recroquevillé dans un coin de la chambre, j'observe sa silhouette se dessiner dans l'encadrement de la porte avant d'entendre sa voix douce. "Ça allait arriver un jour… Ne crains rien… C'est normal… Tu le sais, pas vrai… Non ?" Je tremble, j'entrouvre les lèvres mais ne dis rien. Elle semble hésiter. J'ai peur à nouveau, parce que le regard qu'elle me porte a changé. Tout comme sa voix, qui elle aussi se fait plus inquiète. "Non… Tu ne sais pas… Ou plus… Pas vrai ? Tu as conscience de ce que tu es ? De qui tu es ?" Silence. J'ai l'impression de crever à nouveau, d'avoir dans les poumons de la boue et du sang. Je tousse et sanglote sans pleurer. L'inconnu dans le miroir me fait peur. Les battements de son coeur me font peur. Il me fait peur. Fais-le  fuir ai-je envie d'hurler. Rends-moi mon plumage. Rends-moi mon corps. "Ce n'est rien, mon grand. Ne lutte pas. Ce n'est pas un combat que tu dois mener…" Elle s'approche et s'accroupis pour être à mon niveau, passant alors une main dans mes cheveux. "Tu as le droit de ne pas savoir et d'être effrayé… Mais je suis là, comme je l'ai toujours été. Reviens vers moi et laisse-moi t'expliquer." Je n'hésite pas longtemps avant de me glisser dans ses bras, acceptant son étreinte comme le jour de notre rencontre.

"Tu n'as ni nom, ni passé, mais ce n'est pas grave. Ici tu en as un. Tu es le courageux que j'ai sauvé et qui a lutté pour survivre. Ici, tu es un des nôtres. Alors, Thaddeus je te nomme et apprenti gardien tu seras. Parmi nous, tu te reconstruiras et je serais là pour veiller sur toi. À deux, et tous ensemble, nous t'aiderons à reforger ce que tu étais. Ici, tu guériras, car si les blessures de ton corps sont cicatrisées, celles de ton âme ont encore besoin de temps… Et tu l'as. Tu as tout ce dont tu as besoin ici." C'est ce qu'elle me chuchote ce soir-là, alors qu'elle sèche mes larmes. "C'est comme voler, tu ne penses pas ? Il te suffit de réapprendre." dit-elle en posant le bout de son index sur mon nez. "Mais avant cela, il faut te reposer." Je lève les yeux vers elle et si elle souriait jusque-là, je vois celui-ci s'effacer. "Tu as sûrement des tas de questions mais je ne sais pas si tu es prêt à entendre les réponses." Je n'en sais rien non plus. C'est elle qui devrait me le dire. Elle est tout ce que j'ai et en cet instant, la seule personne qui puisse m'aider. J'ai envie de me raccrocher à sa robe et de la supplier de ne plus jamais me laisser, mais même ça, ça me semble si compliqué. Je me sens gauche dans ce corps et surtout, j'ai peur d'entrouvrir les lèvres, par crainte de découvrir le son de ma propre voix. Elle se recule légèrement et sur le pas de la porte, elle n'a pour moi qu'un dernier sourire. Une fois seul, je me contente de m'allonger sur le lit et de fixer le plafond jusqu'à sombrer, comme assommé par les questions qui tournent dans mon esprit. Qui suis-je ? Où suis-je ? Qui étais-je ? Que suis-je ? Où vais-je ? Suis-je comme les autres ? Ou est-ce que ceci est ce que les autres nommaient le changement ? Je ne sais pas.

Je m'éveille avant l'aube, bien incapable de voler quelques heures de sommeil supplémentaires. Éclairé par la nuit déclinante et le jour à venir, je m'observe dans le miroir et tente d'apprendre qui je suis désormais. Je contemple d'abord mon visage, commençant par mes cheveux bruns qui me tombent vaguement devant les yeux, avant de descendre vers mon front, puis mon nez et mes pupilles d'un bleu gris presque froid. Il vient ensuite mes pommettes saillantes, ma mâchoire carrée, mes joues mal rasées et mes lèvres presque boudeuses en cet instant. Je descends ensuite sur le reste de mon corps, et tout aussi perplexe, je découvre la moindre cicatrice qui le compose, trouvant en ses blessures, des échos d'une vie que je n'ai pas vécue. La petite entaille sur ma hanche droite ne m'évoque rien, tout comme celle sur mon genou gauche. Et c'est frustrant de regarder mon corps tenter de me raconter une histoire que je ne comprends pas. Ça l'est encore plus quand ça devrait être évident. Les dents serrés, je finis par me détourner du miroir, le couvrant alors de mes draps pour ne plus avoir à me voir. Je n'aime pas cet inconnu aux yeux bleus, voilà ce que j'aimerais lui dire quand elle revient vers moi au petit matin pour me proposer de me joindre aux autres pour manger. Je fais non de la tête et je l'entends s'approcher, venant s'asseoir à mes côtés sur le lit.. "Il faut que tu manges… Tu dois entretenir ce corps si tu veux que l'autre se porte bien. C'est un tout tu sais…" Non, justement, je ne sais pas. Je ne comprends pas. Je m'obstine à faire non de la tête et elle abandonne pour aujourd'hui. Elle me dit qu'elle reviendra plus tard dans la journée pour voir si je vais bien. La porte se referme et de nouveau seul, je m'installe à la fenêtre, observant le ciel que j'ai l'impression de redécouvrir. Il semble si différent. Moins bleu, plus gris et surtout presque terne. Du bout des doigts j'essaye d'effacer mon reflet, en vain.

Elle revient effectivement plus tard dans la journée, mais je n'ai pas bougé. Elle tient entre ses mains un maigre repas, de quoi nourrir ma nouvelle carcasse. Elle dépose tout sur ma table de chevet avant de s'approcher, venant poser une main sur mon épaule. "Tu n'arrives pas à t'y faire… Pas vrai ? Je crois que je comprends… Tu es comme un enfant désormais, tu as peur, tu es perdu mais… Tu m'as promis que tu recommencerais à voler… " Nos regards se croisent et elle sourit. Je la trouve belle ainsi. J'hoche de la tête pour la rassurer et c'est là qu'elle se penche vers moi pour déposer sur mon front un baiser. "Alors prends ton repas et ensuite nous nous occuperons de toi." Sous son regard bienveillant, je prends mon premier repas d'être humain et sans même un regard pour elle, je l'écoute m'expliquer ce que je suis selon elle. "Un être particulier, capable de changer. C'est rare mais tu n'es pas seul. Tes parents étaient sûrement comme toi… Et même moi, je te ressemble plus que tu ne le penses. J'ai ce même don, même si mon oiseau est différent. Toi tu es un rapace alors que je suis…" Différente. C'est tout ce que je retiens alors que je mâche un bout de pain. J'avoue qu'elle me perd et que je n'écoute que d'une oreille, le regard perdu dans le vide. Tout ça est trop compliqué. La nourriture devient cendre dans ma bouche et il perle au coin de mes yeux quelques larmes. Le soleil va sûrement se coucher et elle remontera le temps du refuge, comme elle le fait tous les jours… Et peut-être que là… Je pourrais redevenir un oiseau.

Mais le lendemain je suis toujours ça. Humain et confus. Je suis toujours cet homme dont je ne veux pas croiser le regard, cette personne dont le corps ne m'apprend rien et ne m'aide pas à savoir qui je suis. J'enrage et je deviens furieux. J'enrage entre mes dents serrées mais je ne hurle pas. Je me contente de repousser ce qu'elle m'apporte et de fuir le moindre contact. Je pose mes mains sur mes oreilles quand elle tente de me parler et je refuse d'écouter. Ce n'est pas moi, ce n'est pas moi, ai-je envie de lui cracher au visage. Je ne sais pas qui je suis et je ne sais pas ce que je suis. Je ne comprends rien. J'ai peur. Terriblement peur.

L'acceptation vient après la rage et la douleur. Après avoir pleuré et refusé de manger pendant quelques jours, je finis par accepter. Je finis par baisser les bras et comprendre qu'ici, il ne s'agit pas de se battre mais de laisser les choses faire. J'accepte de me nourrir pour commencer, mais pas de sortir. Elle comprend, elle me dit que c'est normal, que le tout est de faire les choses à mon rythme. Avec moi, elle a toute la patience du monde et sans jamais s'énerver, elle me réapprend à me laver tous les jours, à accepter ce corps que je continue de considérer comme un ennemi.  Elle est aussi là pour les nombreux cauchemars que je fais la nuit. Elle est là pour me calmer, pour me dire que c'est bon signe, que mon esprit essaye simplement de se débarrasser de ce qui le hante. "Les plaies doivent d'abord suppurer avant d'être capable de cicatriser… C'est normal. Ça passera…." me dit-elle le soir en me gardant tout contre elle dans l'espoir de me consoler. "Ton esprit veut juste cicatriser." Mais c'est trop douloureux. C'est dur de sentir mon corps se cambrer et presque se déformer face à des douleurs fantômes. C'est insupportable d'avoir l'impression que son corps se rebelle et devienne un bourreau qui sans cesse vous torture sans vous expliquer pourquoi. Ça finit par me rendre fou. Je commence à devenir ombrageux, à montrer les dents sans cesse et à me donner l'impression d'avoir dans les veines de l'encre. Je me sens devenir mauvais et ça ne s'arrange pas quand elle tente de me faire sortir. Je lui résiste mais elle insiste. "Tu ne peux pas rester ainsi éternellement, si seul tu n'arrives pas à guérir, c'est qu'il te faut de l'aide." Je secoue vivement de la tête pour dire que non. "Personne ne te fera du mal dehors, Thaddeus… Nous voulons juste t'aider." Ses doigts se referment délicatement autour de mon poignet tandis que de son autre main, elle vient caresser ma joue. "Les oiseaux sont malheureux dans une cage… Et cette chambre en devient une. Tu m'as promis de recommencer à voler…" Je fronce les sourcils. Elle a raison, mais c'est mon corps la cage, et non la chambre. Je refuse à nouveau. Elle abandonne pour aujourd'hui, mais le lendemain, elle revient, et chaque jour qui suit, elle tente de me faire quitter les quatre murs qui deviennent ma cellule. Il lui faudra presque six mois avant de réussir à me faire sortir.

Et maintenant, je suis encore plus perdu qu'avant. Assis à une table, dans le jardin du refuge, j'observe sans un mot les feuilles qui tombent, encore et toujours des arbres. Je les regarde danser avec le vent sans prononcer un mot. J'en viens même à me demander si j'ai un jour parlé dans ma vie. Les autres résidents m'approchent mais peu reviennent quand ils comprennent que je ne parle pas. Certains sont jeunes et si au début ils veulent absolument que je joue avec eux, ils abandonnent aussi, ne me lançant que des regards en voyant que chaque jour, je reviens m'asseoir dans le parc pour regarder le temps s'écouler. Par moment, l'Ymbryne vient me voir et me pose toujours la même question. "Est-ce le jour où tu voles ?" Non. Pas aujourd'hui. Ni demain, ni la semaine suivante ou le mois qui arrive. Je laisse passer un an, peut-être même deux avant de parler à nouveau. "Est-ce le jour où tu voles ?" me demande-t-elle. "J'aimerais… Juste pour danser avec les feuilles dans le vent." dis-je en murmure rauque. Elle semble surprise alors que je porte une main à ma gorge, presque étonné du timbre de ma voix. Elle est si… Éraillée. Presque désagréable à entendre. Mais elle trouve que c'est merveilleux, elle vient me prendre dans ses bras pour me féliciter. "Tu vois, tu bats des ailes… Le plus dur est fait mon Thaddeus."

J'avance. Je tâtonne comme un enfant dans le noir, mais je mets un pied devant l'autre. Les années passent, un siècle avec et peut-être même plus, mais à chaque seconde qui s'égrène je fais un progrès. Je réapprends à être vivant, à partager avec les autres les merveilles du quotidien, et quand je suis seul, je m'efforce de faire de mon corps un allié. J'accepte les marques et les cicatrices qui courent sur ma peau. J'accepte cette apparence et je finis par la faire mienne. Thaddeus, c'est l'homme dans le miroir et c'est moi. Nous sommes un. Et nous sommes capables de changer. De devenir le rapace magnifique qu'elle a récupéré. Ça aussi, ça revient doucement, cette capacité de changer et de reprendre la forme de l'animal. Et puis, il y a le reste. Écrire, communiquer, comprendre et protéger. Ça prend du temps, c'est long, mais ça me revient. Je prends goût à la lecture et à la découverte de ce passé qui n'est pas le mien. J'écris et je passe du temps avec les autres. Je deviens un grand frère pour certains, un gardien pour d'autre. Je passe de malade à protecteur. Les décennies m'aident à devenir trouver qui je suis. Les questions trouvent des réponses.

Qui étais-je ? Aucune importance.
Qui suis-je ? Thaddeus Gentilis.
Quel est mon but ? Me construire et protéger les autres de ce qui m'est arrivé.

Les feuilles chutent encore et pourtant, je ne me lasse pas de les voir virevolter ainsi. Elles sont d'une certaine manière, un mouvement perpétuel des plus apaisant à observer. Elles font parties d'une routine délicieuse dans laquelle je m'épanouie. Un léger soupir glisse d'entre mes lèvres et sans un mot, je reprends mon écriture, non sans penser aux progrès que j'ai fait depuis mon arrivée. Avant je n'étais personne et aujourd'hui, je suis quelqu'un de sain, ou du moins, de relativement sain. J'ai fait ma paix avec mon corps et j'ai accepté les autres. Et même si parfois, des douleurs reviennent ou des cauchemars me hantent, ils ne sont rien de plus que des désagréments, des fragments que mon esprit tente d'éliminer pour être définitivement serein. Ce sont des flashs, des sensations qui me reviennent mais l'Ymbryne me dit de rester tranquille et de simplement les noter. "Ce sont les souvenirs d'une autre vie. Ils feront peut-être sens un jour… Mais ne les laisse pas te dévorer. Qui tu étais avant ne remets pas en question ce que tu es maintenant Thaddeus." Certes… Mais une part de moi aimerait savoir et connaître celui que j'étais avant. J'ai dû batailler pour en arriver là mais je ne peux m'empêcher de me demander qui était l'homme qui s'est retrouvé ainsi blessé au milieu de nulle part. "Alors il te faut voyager pour ça. Ici, personne ne pourra te dire qui tu es, car en ce refuge, tu es notre Thaddeus." La décision est mienne. Je peux accepter et rester ou partir en quête de mon ancienne identité. Je sais qu'elle ne me retiendra pas mais qu'elle aura le coeur amoché de me voir les quitter, et sans que je ne comprenne pourquoi, ça m'affecte de savoir que je puisse lui faire du mal, comme si je m'en voulais particulièrement. Un an plus tard, je décide de partir, annonçant que j'ai besoin de savoir. Elle me dit comprendre et me fait promettre de lui rapporter les histoires de ceux que je croiserais. J'ai un sourire triste pour elle et une dernière étreinte. "Je n'aurais pas le temps de te manquer, je te le promets."

Trouver une autre boucle fut compliquée mais à force de voyage, je finis par arriver dans celle d'Edimbourg, coincée dans un perpétuel hiver. Je souris en redécouvrant la neige et à mon arrivée, j'ai presque l'impression de rentrer à la maison. Je trouve dans ce refuge le même genre d'individus et si je suis au début l'étranger que l'on veut examiner, je deviens après m'être présenté à l'Ymbryne, Miss Lavinia, un résidant permanent et un nouveau gardien. Parmi eux, j'entame mon travail de mémoire, me liant à d'autres destins tout en cherchant mon passé. Je note les leurs et recherche le mien, qui me revient avec l'effet d'une puissante claque. Car si tout était clair jusqu'à présent, ce sont d'autres souvenirs, plus dérangeants qui remontent. Ceux d'une femme, dont les lèvres juvéniles forment un étrange prénom. "Sigmund." L'homme du passé. Celui que j'ai été à une époque, voilà qu'il remonte, qu'il se décide à pointer le bout de son nez en disant que maintenant que je vais mieux et que j'accepte ce que je suis, voilà qu'il débarque pour foutre en l'air le château de cartes  que j'ai mis des siècles voir des décennies à bâtir, s'écroule par la venue de l'enfant prodigue. Sigmund. Mon nouveau démon. Celui qui tapi quelque part au fond de mon crâne revient gratter les parois de mon être, glissant alors dans mes songes des fragments de sa vie. Je vois deux femmes, ou plutôt deux filles, qui l'appellent, qui viennent chercher ses bras. Puis y'a une danse. Puis la pluie. La boue. Le sang. La poudre. Le reste est confus. J'oublie quand je rouvre les yeux. Sigmund redevient une ombre quand je me réveille, un mauvais cauchemar qui me laisse dans la bouche de la cendre. Il est là. Quelque part au fin fond de ma mémoire, à me murmurer que j'ai eu une famille, avec une ou deux soeurs, je ne suis pas sûr et qu'il est temps selon lui que ma vie redevienne le chaos permanent que semble avoir été la sienne.


Dernière édition par Thaddeus Gentilis le Mar 15 Nov - 18:29, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité


MessageSujet: Re: (Thaddeus Gentilis) ▽ Bird Of Prey   Lun 14 Nov - 10:37

Bienvenue hey

J'espère que je peux tout de même te la souhaiter alors que je ne suis pas encore validée... *se dépêche*

Bon courage pour la rédaction de ta fiche ♥️
Revenir en haut Aller en bas
Margaret Nebulosa

avatar
- Jeune Chouette -
❧ Boucle Temporelle : Edimbourg, 1873
❧ Particularité : Apprentie Ymbryne
❧ Occupations : Lire et jouer du piano.
❧ Missives : 106
❧ Yeux de verre : 30
❧ Crédits : Bazzart


MessageSujet: Re: (Thaddeus Gentilis) ▽ Bird Of Prey   Lun 14 Nov - 10:40

Moi aussi j'ai pas encore écrit une ligne de ma fiche mais...mon darling d'amour avec Sebby en plus!

Que d'émotions!

Vivement qu'on soit validés et que...hasta la vista baby!


On a beau chercher, on ne trouve jamais que soi même.
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité


MessageSujet: Re: (Thaddeus Gentilis) ▽ Bird Of Prey   Lun 14 Nov - 11:10

Allez hop hop hop on va finir les fiches mesdemoiselles naméoh mdr

Bienvenue officiellement du coup, au moins tu fais une heureuse, surtout avant même que le petiot ne soit terminé mdr banana strip blbl Bon courage pour la rédac, je sais que tu es entre de bonnes mains, mais n'hésite pas en cas de question. yy
Revenir en haut Aller en bas
Thaddeus Gentilis

avatar
- Autour amnésique -
❧ Boucle Temporelle : 19 décembre 1873
❧ Particularité : Métarmophose en Autour des Palombes (Accipiter Gentilis) - Le rapace qui devient le gardien. Le chasseur qui se fait protecteur.
❧ Occupations : Gardien du refuge, protecteur des ymbrynes et historien à ses heures perdues.
❧ Miroir :
❧ Missives : 289
❧ Yeux de verre : 72
❧ Crédits : CK


MessageSujet: Re: (Thaddeus Gentilis) ▽ Bird Of Prey   Lun 14 Nov - 13:44

AW MERCI TOUT LE MONDE pliz

Miss Lavina - Merci et courage pour ta fiche aussi <3

Margaret - Alors toi, je vais venir te faire des bisous tout partout dès que je suis validé <3 Tu vas pas pouvoir y échapper. super

Aloysius - Merci et je me doute, si jamais, j'hésiterais pas à te MP histoire de pas faire n'importe quoi. lol
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité


MessageSujet: Re: (Thaddeus Gentilis) ▽ Bird Of Prey   Lun 14 Nov - 15:51

bienvenue <3
j'suis carrément fan de ce scénario plup
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité


MessageSujet: Re: (Thaddeus Gentilis) ▽ Bird Of Prey   Lun 14 Nov - 19:01

Bienvenue parmi nous Thad ! donut
LE FRÈRE DE MAGDA N'EST PAS ROUX. JE CRIE AU SCANDALE. shock Sinon t'es quand même beau. En espérant te croiser prochainement en 41. mdr Bonne chance pour la suite de ta fiche. plup
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité


MessageSujet: Re: (Thaddeus Gentilis) ▽ Bird Of Prey   Lun 14 Nov - 19:50

Bienvenue ! hughy
Jsais pas qui je dois embrassé pour avoir choisi cet avatar, Magda ou toi. yy
En tout cas bon courage pour la rédaction de ta fiche. gurp
Revenir en haut Aller en bas
Thaddeus Gentilis

avatar
- Autour amnésique -
❧ Boucle Temporelle : 19 décembre 1873
❧ Particularité : Métarmophose en Autour des Palombes (Accipiter Gentilis) - Le rapace qui devient le gardien. Le chasseur qui se fait protecteur.
❧ Occupations : Gardien du refuge, protecteur des ymbrynes et historien à ses heures perdues.
❧ Miroir :
❧ Missives : 289
❧ Yeux de verre : 72
❧ Crédits : CK


MessageSujet: Re: (Thaddeus Gentilis) ▽ Bird Of Prey   Lun 14 Nov - 20:00

Désolé, le côté rouquin, c'est que pour elle. shock Moi j'ai que le côté beau garçon. lol

Et pour l'avatar, je dirais que c'était celui du scénario et qu'en plus, j'adore Sebastian Stan, donc voilà quoi. lol

Merci à vous deux pour vos encouragements et au plaisir de vous croiser en RP. plup
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité


MessageSujet: Re: (Thaddeus Gentilis) ▽ Bird Of Prey   Lun 14 Nov - 21:09

MON FRANGIIIIIIIIIIIN huhu



Bon, je te l'ai déjà dit par mp, mais bienvenue parmi nous... et que de perfection, que de perfectiooooooon uuuh

Si tu as le moindre souci, un truc qui coince (c'est possible, ce scénario est un paradoxe temporel à lui-même Arrow ), je suis toute à toi par MP smile

Bonne continuation pour la suite, et les autres, au panier, on s'approche pas de trop près de mon précieux nan yy
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité


MessageSujet: Re: (Thaddeus Gentilis) ▽ Bird Of Prey   Lun 14 Nov - 22:24

Bienvenue officiellement à toi Thaddeus ! brill C'est un très bon style d'écriture que tu as là, et ton choix de scénario est juste excellent. meuh Dans tous les cas j'espère que tu te plairas parmi nous, et je te souhaite une bonne rédaction pour la suite ! keu
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité


MessageSujet: Re: (Thaddeus Gentilis) ▽ Bird Of Prey   Mar 15 Nov - 15:42

Que t'es beauuu sourcil luv Je vais venir t'harceler assurément pour un lien hihi hehe Sinon j'adore ta fiche à date keu Bref, bienvenue et courage pour le restant de ta fiche plup
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité


MessageSujet: Re: (Thaddeus Gentilis) ▽ Bird Of Prey   Mar 15 Nov - 19:04

pour moi c'est impec, j'attends l'aval du patron hihi
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité


MessageSujet: Re: (Thaddeus Gentilis) ▽ Bird Of Prey   Mar 15 Nov - 20:26

han fangirl

C'est suffisant comme aval ?

Cette fiche est perfection. pliz
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé



MessageSujet: Re: (Thaddeus Gentilis) ▽ Bird Of Prey   

Revenir en haut Aller en bas
 
(Thaddeus Gentilis) ▽ Bird Of Prey
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant
 Sujets similaires
-
» [réservée]Le secret du Black bird...
» (03) BLUE ▽ i feel like a flightless bird
» “If you're a bird... I'm a bird...” MIA&SUTTON
» Oh like a bird on the wire, like a drunk in a midnight choir, I have tried in my way to be free
» 2ieme salon normand de la figurine

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Song of the Gears ::  :: Squelettes Anatomiques :: Pièces maitresses-