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 Dernier appel avant l'embarquement ◭ Maxine [Flashback]

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Clarence F. Bannerman

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- Garde tout le monde à l'oeil -
❧ Boucle Temporelle : 22 mars 1941, retourné à une Guerre qu'il crut avoir un jour classé dans son passé.
❧ Particularité : Les paumes de ses mains se sont un jour courbées de deux yeux supplémentaires. Deux paupières qu'il condamne depuis à l'obscurité.
❧ Occupations : Curiosité ou intentions cachées, il remplit les pages de ses dossiers aux couvertures criblées des noms des syndrigastis qu'il rencontre.
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❧ Crédits : © Mad Hattress | Ananas de mes nuits et de mes jours


MessageSujet: Dernier appel avant l'embarquement ◭ Maxine [Flashback]   Sam 3 Déc - 14:34


DERNIER APPEL AVANT L'EMBARQUEMENT

     Il existait, non loin d’Edimbourg, une petite maison fuyant le temps et l’espace. De celles que l’on croit habitées par les acariâtres et les solitaires, eux même rongés par l’obscurité et la poussière. Il semblait qu’aucune autre personne ne puisse souhaiter s’isoler ainsi en hiver, hormis les hommes pour qui la vie en communauté n’était qu’ennuis. Mais cette maison-là habitait une femme bien moins commune que quelques individus au mauvais caractère. Une femme dont Clarence se demandait encore qu’elle intérêt elle trouvait à vivre ici. La neige tombée aux chevilles, il lui fallait mouiller ses souliers pour espérer accéder jusque chez elle sans avoir à traverser la ville. L’impatience l’aurait certainement poussé à déneiger la route qu’il lui fallait emprunter, si cette initiative n’était pas vouée à demeurer vaine. Le cuir de ses chaussures en souffrait chaque fois, mais le froid et la marche furent au fil du temps une habitude à prendre. Peut-être était-ce ce pourquoi il lui fallait partir. Par peur de se satisfaire à vivre ici. Car chaque fois qu’il lui fallait s’y sentir bien, il persistait cette impression de ne pas être chez lui. Il s’étonnait parfois à s’ennuyer du bruit des bombes sur Londres, et de la pluie s’abattant incessamment sur eux. Lorsqu’il se perdait dans ces souvenirs, les mois passés en 1873 ne suffisaient plus à l’empêcher de s’y sentir dépaysé.
     Son départ était proche, sans qu’il n’en sache le jour exact. Il ne prévoyait ni de rester, ni de partir, et la date qui signerait son départ définitif n’avait plus d’importance aux yeux de personne. D’un quotidien à un autre, il n’avait finalement à choisir que l’heure. Il l'avait su proche en même temps que son ennui prenait le dessus. Il tournait en rond depuis des jours, sinon des semaines. Ne sachant plus s’il lui fallait occuper ses journées seul ou auprès des autres. Il lui sembla une fois que ses conversations avec eux tournaient en rond. A l’image du jeune homme qui marchait chaque soir à Edimbourg et jurait la même insulte lorsque son pied glissait sur le bord du trottoir. Celle qui n’en semblait jamais atteinte était Maxine. Ses paroles étaient un flux insensé de pensées en tous genres, et s’il lui fallut reconnaître que certaines venaient à se ressembler, Clarence n’eut jamais la capacité de toutes les assimilées. Cette tâche lui était aussi difficile que de comprendre l’ensemble de son jargon mécanique. Malheureusement pour lui, elle était de ces femmes dont il s’entichait. Une de ces personnes, également, pour qui il prenait le temps de braver la neige.

« Maxine ? »
     Il était paradoxal de savoir Clarence appréhender chaque visite chez Maxine, de peur d’avoir à la déranger dans une de ses inventions, sans qu’il n’éprouve le besoin d’attendre sagement dehors qu’elle daigne le laisser entrer. N’abusant jamais d’une mauvaise habitude, il lui était arrivé de patienter jusqu’à ce qu’elle lui ouvre, par contrainte lorsque la porte était verrouillée. Mais il lui était souvent difficile de se plier à cette bienséance qu’il pensait superflue. Hors circonstances atténuantes, elle viendrait à lui ouvrir la porte et à le laisser entrer. S’il lui fallait jouer, il la saluerait certainement. Mais ces schémas répétés devenaient lassants, et s’il n’avait pas la patience de les perpétrer, il en venait dans la grande majorité des cas à s’en épargner la peine.
     Une fois entré, il essuya au mieux ses pieds en attendant de la voir arriver. Il avait au moins la bonne conscience de respecter une partie de son intimité, s’il lui en restait encore après ses intrusions répétées.
« N’aurais-je pas dû être insensible au froid après tous ces mois passés sous la neige ? »
     L’humour avait la bonne grâce de justifier sa présence sans invitation. Comme l’homme dont la blague pend si fragilement aux bords de ses lèvres qu’il lui faut la partager dans l'urgence. Sa voix s’était ainsi frayé un passage dans les pièces, résonnant dans l’espoir d’atteindre son interlocutrice. Il termina sa plainte plus faiblement, parlant à lui-même à défaut de se savoir écouté.
« Je vais finir par y perdre un pied. »
     Il bougeait douloureusement les orteils à l’intérieur de ses chaussures. Il lui fallait se rassurer de les savoir encore là, comme l’enfant qu’il était avait dû prier pour que la verrue qu’il avait attrapée ne devienne pas la cause d'une amputation. Des bêtises enfantines dont il pouvait rire une fois adulte. Sa mère fût néanmoins si atteintes par ses propres peurs, qu’il garda son habitude à dramatiser chaque douleur bénigne. Il aurait dû s’équiper de chaussures plus adaptées, mais ce choix n’avait été qu’un détail alors qu’il s’imaginait atteindre rapidement la maison de Maxine. Assez vite pour échapper aux premières tombées de neige de la journée. Il n’avait pas prévu à l’avance de lui rendre visite. Mais il sentait naître en lui son besoin de partir, et ne sachant pas s’il aurait la possibilité de la recroiser avant qu’il ne se décide définitivement, il lui avait semblé important de la retrouver une dernière fois. Ne serait-ce que pour mener à bien les rituels précédent ses départs.




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Maxine Thackeray

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❧ Boucle Temporelle : Edimbourgh, 1873
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MessageSujet: Re: Dernier appel avant l'embarquement ◭ Maxine [Flashback]   Dim 4 Déc - 11:06


Certains pensaient qu’il ne fallait pas me déranger lorsque j’étais en train de travailler sur une invention. Bon, en soi ce n’est pas totalement faux, j’allais toujours plus vite si je pouvais consacrer le temps que je souhaitais à mes inventions ; cependant, je ne refusais jamais la visite de mes amis ou de personnes ayant besoin de quelque chose. J’avais beaucoup trop besoin de la présence d’autres personnes autour de moi pour réussir à leur dire non. Les rares fois où cela arrivait était si j’avais une urgence et ne pouvais me permettre des distractions telles que les longues discussions avec Aloysius ou Miss Cynopsitta. Ca arrivait rarement, mais parfois on avait besoin de quelque chose le plus vite possible et c’était mon rôle que de veiller que ce dont nous avions besoin d’un point de vue mécanique soit présent quand on en avait besoin ou presque. Hormis des armes. J’en avais réalisé, pour la libération du Freakshow, mais je n’étais pas fière pour cela. Je préférais oublier que j’en avais un jour réalisé…

Autrement, une interruption n’est jamais refusée, au contraire. CA me permet de faire des pauses, sinon, je peux vite me perdre dans un projet et ne pas voir le temps passer, oubliant même de manger parfois pendant plusieurs heures. Je relevais vivement la tête du mécanisme de je mettais en place en entendant mon nom. Je n’étais pas certaine de qui provenait la voix qui était arrivée jusqu’à moi, mais je n’allais laisser la personne attendre des heures non plus. Je me levais, m’étirant pour dénouer un peu mon pauvre dos qui subissait les heures penchées sur des projets divers et variés, puis fit route vers la porte d’entrée. Contrairement à l’habitude (où je tendais à sortir de chez moi) j’avais enfilé un pantalon, avec une chemise. Cette dernière était un peu trop ample pour moi, une taille pour un homme plus que pour le frêle corps que je porte. Mais je m’en fichais, ce n’était pas fait pour me rendre jolie mais pour être confortable pendant que je travaille.

La seconde phrase leva le doute sur l’identité de mon visiteur : Clarence. Un sourire se plaça naturellement sur mon visage. Clarence faisait partie de ces gens que j’appréciais particulièrement notamment parce qu’il me permettait d’en apprendre plus sur les technologies futures. Mais aussi parce qu’il était un camarade de gants. Ca peut paraître puéril dit comme ça, mais nous devions tous les deux porter des gants pour nous protéger de notre particularité en quelque sorte. Lui, pour cacher la différence qui ferait de lui une cible facile pour les humains, moi, pour ne pas avoir une surcharge émotionnelle quand je touche la moindre rambarde en ville…J’arrive enfin en vue de Clarence, au bout du hall.

"Il y a des personnes qui ne se font jamais au froid mon cher Clarence. Tu ne serais pas le premier."

Je finis de le rejoindre et le prend dans mes bras dans un salut bien loin de celui que je devrais accorder à un homme, selon les convenances. Mais Clarence n’est pas de cette époque et il fut vite clair que tout le protocole qui nous semblait normal lui passait parfois un peu au-dessus de la tête. Alors avec lui j’essayais d’oublier un peu ce protocole ; au final c’était plus facile que je ne m’y attendais.

Je le relâche rapidement, et l’invite à me suivre. Il a froid, je le sais, le mieux est de l’amener se réchauffer près du feu au salon. Je rapproche un fauteuil du feu.

"Assis-toi là, le feu va te réchauffer. Je vais faire un peu de thé je reviens."

Je m’absente quelques minutes, le temps de mettre de l’eau à chauffer pour le thé puis apporte un plateau avec une théière de thé bien chaud et des biscuits.

"Alors Clarence, que me vaut le plaisir d’une visite ?"

Mon sourire n’a pas quitté mes lèvres, et je sers deux tasses avant de m’installer confortablement dans un autre fauteuil.


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Clarence F. Bannerman

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MessageSujet: Re: Dernier appel avant l'embarquement ◭ Maxine [Flashback]   Dim 11 Déc - 16:37


DERNIER APPEL AVANT L'EMBARQUEMENT

     Il lui restait en mémoire un enseignement, une éducation. Des règles de bonne conduite dictées par Thaddeus, empreintes à une bienséance qu’il n’avait jamais eu coutume à son époque. Rien dont il ne pût se parfaire sans effort. Rien, également, qu’il ne put apprendre sans plaisir. Il était un jeu auquel il pût jouer sans fin, et où la maîtrise des règles lui demandaient de se montrer patient. On n’eut à lui taper la main comme sa mère l’avait fait. Elle dont l’éducation remontait à des temps bien trop éloignés. En 1873 Clarence devenait ce savant mélange entre instruction et enseignement, partagé entre l’homme que ses parents avaient créé, et celui que Thaddeus l’incitait à être. Il ne pût être l’un d’eux entièrement, constamment tiré par un bras par celui qu’il feignait d’oublier. Maxine lui demandait d’oublier chacun d’eux dans une étreinte qu’il jugeait peu orthodoxe. Peu importait l’époque dans laquelle il eut pu se trouver, il n’y eut jamais eu pour Clarence d’étreintes promptes à être appréciées. Ses parents lui avaient appris à ne pas les demander, et il finit au travers de leurs regards par les condamner. Elles furent les rares affections nécessaires à la disparition d’un cauchemar d’enfant, à une peur, une tristesse qu’il fallait savoir faire taire. Elles n’eurent sinon été que des épreuves à passer.
     Il lui fallait pourtant apprécier celle de Maxine, sinon par l’affection qu’il ne put lui rendre, par l’anti conformisme qu’il lui reconnaissait. Dans son comportement comme dans ses tenues. Il se nourrissait de son exubérance comme il pût se nourrir de la franchise enjoignant ses mots. Elle devint la réplique de ce qui avait disparu, et il lui fallut reconnaître qu’il lui faudrait se défaire de cette addiction avec difficultés. A défaut de ne pas être l’homme qu’il lui faudrait être, parfait d’un équilibre caractériel lui empêchant de tomber dans l’ennui qui l’enveloppait, il lui fallait s’accrocher aux femmes plus teintées de folies que lui. Pour qui, sans nul doute, il venait à subir une étreinte à laquelle il ne savait comment répondre hormis en se laissant faire.

« Si je fais partie de ces personnes, je me suis sûrement égaré au mauvais endroit. »
     Ses mots effacèrent les traces d’une étreinte, et contribuèrent à faire oublier la gêne qu’il aurait pu éprouver. Il suivit Maxine jusqu’au salon, abandonnant derrière lui son manteau et ses gants. Elle lui offrit de s’asseoir et il ne pût le faire avant qu’elle ne soit partie. Un besoin de prendre ses marques, ou de feindre une timidité empreinte de politesse qu’il n’avait pas. Il eut besoin de profiter de cet instant seul, de se sentir libre de juger le manque d’ordre à sa maison. Comme si sans elle, il pût s’entretenir secrètement avec le silence. S’accorder à croire qu’ils pourraient parler d’elle ensemble. Il était son allié dans une trahison aux pensées sombres, et, loin de se douter de l’importance de leurs échanges, il resta muet à son retour, par peur que ses mots ne mettent en évidence la culpabilité de ces instants passés sans elle.
« Je n’ai pas eu le plaisir de te déranger depuis plusieurs jours. Cela semblait être une raison suffisante. »
     Ses doigts s’emparèrent d’un biscuit, délaissant un thé bien trop chaud. Il n’avait pas plus faim qu’il n’avait envie de parler des décisions qu’il lui fallait prendre. Mais comme il ne pût voir de biscuits sans se servir, il ne pût être avec elle sans penser aux conséquences des choix qu’il ferait. Pour lui, ainsi que pour elle. Car il s’imaginait encore être l’amarre la reliant à ses voyages. Alors que ce cordage menaçait de rompre et de laisser fuir ce qu’elle brûlait de connaître, il se sentait le devoir de l’inviter à prendre le large.
« Je pense rentrer sous peu. Je ne sais pas encore quand exactement, mais j’aimerai ne pas avoir à partir sans te proposer à nouveau de me suivre. »
     Il lui sourit. Une affection muée en un rictus était une arme qu’il lui fallait ne serait-ce que charger. Le biscuit englouti de façon à oublier qu’il était question de gourmandise et non de faim, il joignit ses mains et attendit sa réaction.
« Dois-je à nouveau te convaincre qu’il te faut venir avec moi ? »
     Il savait sa question rhétorique, car il ne pût jamais lui proposer cette offre sans devoir se parer des arguments qu’il lui exposait chaque fois. Il imaginait pouvoir les améliorer avec le temps, assez pour la faire céder à ses attentes.




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Maxine Thackeray

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MessageSujet: Re: Dernier appel avant l'embarquement ◭ Maxine [Flashback]   Mar 13 Déc - 10:09

Un rire m’échappe alors que je vais chercher le thé et les biscuits et je ne peux m’empêcher de me dire que quelque part, il a raison. Perdu dans une époque qui n'est pas la sienne, dans un climat qui ne lui convient pas. Il est vrai que même pour moi, qui vivais dans cette boucle depuis sa création, braver la neige et le froid chaque jour était parfois difficile. Mais pas forcément désagréable. Ce que nous avions vécu tous ensembles, les anciens de la boucle, nous ne l'avions pas demandé. Nous l‘avions subi et, pour certains, payé très chèrement. Cette neige et ce froid nous apportais une certaine paix de l'esprit, à défaut de vraiment nous aider physiquement. Mais si les premières années ont été rudes, avec le temps nous nous sommes équipés. Je nous ai équipé pour une grande partie. Telle était ma tâche dans cette boucle, faire en sorte de rendre le quotidien de mes semblables plus agréable et surtout, plus pratique. Ce qui ne voulait pas dire que tous s'y sentaient très bien. Mais on y travaillait, les Ymbrines, les plus anciens et moi.

Je me secouais dans l’idée de faire quitter ces idées un peu sombres de mon esprit et revint dans le salon avec thé et biscuit comme promis, lui posant une question à laquelle il s'empressa de répondre, et je lui souris plus amplement, prenant une gorgée de thé.

« C'est en effet une bonne raison en soi. »

Et j'aurais voulu le croire de tout mon être, mais malgré le peu de temps (proportionnellement disons) qu’il a passé dans cette boucle, nous en avions passé une bonne partie ensemble, notamment moi qui lui posais mille et une questions et lui qui tentait d'y répondre. Sans pouvoir dire que je le connaissais par cœur et encore moins que je puisse lire ses intentions, j'avais appris à l'observer et à remarquer, un peu. Et quelque chose dans son attitude me disait qu’il y avait plus à sa venue qu'une simple visite de courtoisie. J'attendis donc, un biscuit grignoté sans grande convictions, tasse de thé et sa coupelle dans l'autre main. Puis le couperet tomba. Il allait quitter la boucle. Objectivement, rien de surprenant, il n'est pas du tout de notre époque et si certains s’y font très bien, d'autres ont beaucoup plus de mal et d'autres encore ont le mal du pays. Ou devrais-je dire le mal du temps ? Je ne sais pas mais je m'en fiche bien à cet instant. J'ai un moment d’arrêt, le biscuit figé dans ma mai., et on aurait pu me croire une statue le temps d'une seconde.

Je finis par poser ma tasse et mon biscuit entamé sur le guéridon côté de moi, et joignis mes mains, une imitation de sa posture, pour m’éviter tout débordement d’affection qu'il ne m'était pas correcte de laisser sortir en présence de quelqu’un, encore moins un homme. Le suite de sa phrase me fit sourire, un sourire teinté d'amusement et de tristesse. Evidemment qu’il me proposait de le suivre, encore, toujours. Si on le voulait vraiment, en plissant les yeux très fort et en penchant la tête, on pourrait presque croire à un geste presque romantique. Mais il n'en était rien. Il était un homme aussi curieux que moi. Pas sur les mêmes sujets, mais il connaissait l'importance d'avoir des réponses. Probablement la raison principale pour laquelle il avait supporté mon bavardage et questions incessantes sans, trop, broncher. Et qu'aujourd'hui il me proposait de venir avec lui, assister aux merveilles technologiques d'un futur dont je rêvais et il le savait. Comme d’habitude il se doutait de ma réponse, sans quoi il ne m'aurait pas posé sa dernière question, me tirant un petit rire presque nerveux.

« Clarence…tu sais que je ne peux pas, pas maintenant en tout cas. Ils ont encore besoin de moi ici…C'est tentant, c'est même très tentant, mais si je pars, qui va faire en sorte que tout fonctionne bien ? » je me rapproche un peu de lui, me retrouvant au bord du fauteuil « Mais on pourra s’écrire ? Histoire de rester en contact. »

Mes yeux se firent suppliant, à défaut de le suivre, je pouvais espérer garder un lien avec lui, non ?


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Clarence F. Bannerman

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MessageSujet: Re: Dernier appel avant l'embarquement ◭ Maxine [Flashback]   Sam 17 Déc - 2:27


DERNIER APPEL AVANT L'EMBARQUEMENT

     Il ne sut pourquoi il s’était attaché à cette demande. Elle n’avait été qu’une proposition jetée en l’air lorsqu’ils se connaissaient à peine. Maxine complétait sans le savoir la personne qu’il était. Il n’eut jamais l’intention de la considérer comme un substitue à ses compagnies disparues, et elle fût pourtant celle lui permettant de combler le vide qu’elles avaient laissé. Il comprit, en même temps qu’il s’attachait à ses gestes et à son flux de paroles ininterrompu, que ne plus pouvoir la voir le ramènerait à regretter sa femme, son amie. En lui proposant de "rentrer" avec lui, il repoussait l’échéance du deuil qu’il lui était encore difficile de faire. Il fût certain que ses motivations premières n’avaient pas été louables, et que l’enrichissement qu’elle connaîtrait à étudier les inventions de son époque, n’était qu’un argument finement trouvé pour la faire adhérer à cette idée. Après ça il revint une nouvelle fois, puis une autre, constatant qu’il s’intéressait réellement à son bonheur à elle, et non plus seulement au sien. Il devenait difficile de comprendre son entêtement alors que sa passion pour les inventions dépassait l’entendement. Il devenait difficile d’admettre, que Maxine venait à lui manquer pour la personne qu’elle était, et non pour celles qu’elle remplaçait.
     Si elle ne croyait pas en ses arguments pour la suivre, il ne croyait pas en ceux qu’elle déployait pour justifier de rester là où elle était.
« Que signifie "maintenant" au juste ? »
     Il ne se sentait pas coupable de l’accuser de ses torts, de lui poser incessamment la même question. Pas même alors qu’elle lui proposait une alternative à son refus, se rapprochant de lui comme pour lui faire oublier qu’il perdait à nouveau la partie, son regard lancé comme un filet de pêche sur lui. Un subterfuge qu’il ne pût accepter comme une intention de ne pas le froisser. Il se contenta de l’ignorer et de saisir sa tasse, les sourcils froncés. L’eau lui brûlait le palais et ce fût néanmoins un soulagement de se savoir encore capable de boire comme si rien en lui ne se brisait.
« Je ne peux malgré moi refuser la solution des lettres. »
     L’idée ne l’enchantait pas plus qu’il lui avait toujours été difficile d’écrire. Son écriture balayait des centaines de feuilles et de pages, et personne ne put en reconnaître la poésie. Il apprécierait certainement de lire les siennes, et se plierait à sa volonté de recevoir une réponse de sa part. Il imaginait par avance que ses réponses ne seraient pas aussi plaisantes que celles de Maxine, et il eut peur d’un jour en perdre l’inspiration. Il eut surtout, le goût amer de la défaite alors qu’elle venait pour la première fois de brillamment contourner le problème de la compagnie qu’il recherchait. Il se sentit le besoin de réparer l’erreur qu’il avait pu faire en lui faisant comprendre qu’il n’était question que de lui. Il voulut rajouter, comme l’enfant souhaitant avoir le dernier mot, qu’il lui serait impossible de lui faire parvenir tout ce qu’elle était censée découvrir en 1941. Mais l’envie de rentrer dans ce jeu proche de l’infantilité, à vouloir obtenir gain de cause par des arguments qui finiraient par n’avoir aucun sens, n’était pas aussi forte en lui pour qu’il n’exprime ces vérités.
« Permet moi seulement de te poser une question. » Il se tourna vers elle, assis au bord de son fauteuil comme s’il fût prêt à s’en aller à tout instant. « N’ont-ils pas besoin de toi car tu leur demandes d’avoir besoin de toi ? »
     Telle était la question. Il ne doutait en rien des capacités de Maxine à faciliter le quotidien, sinon la vie des Ymbrines et Syndrigastis de la boucle, et peut-être sa présence serait-elle difficile à remplacer. Il ne pouvait s’empêcher de croire, à raison, qu’ils parviendraient à se passer de l’aide qu’elle leur apportait. Ils n’étaient pas seuls, mais ensemble, et il fût bien trop prétentieux pour Maxine, même s’il eut s’agit que d’amour et de bienveillance, de s’imaginer porter sur ses épaules tout le poids du monde.
« J’ai l’impression que pour toi le temps n’avance pas. Que tu en aies toujours à cette époque où il te fallait prendre tes marques et participer à la mise en place de cette boucle. Le jour reste peut-être le même, mais cela fait plus de cent années que ce temps est révolu. Les Ymbrines sont capables d’assurer le bon fonctionnement de la boucle, elles sont là pour ça. Tu crois avoir le temps, mais j’ai peur que tu ne passes ton existence cloitrée ici pour des raisons qui m’échappent.  »
     Ce qui lui échappait le plus, fût sa dévotion à sa boucle et à ses habitants. Peut-être était-il trop indépendant, peut-être ne l’était-elle pas assez, et ici venait la confrontation entre deux modes de pensées.
« Je n’ai pas envie de te faire la morale.  » Chose qu’il semblait pourtant lui faire, et qui l’agaçait par son implication dans une affaire ne le concernant pas, ou pour des raisons qui ne furent en aucun cas valables. « Je ne désespère seulement pas de te faire partager ma façon de voir les choses. »
     Il inspira profondément, débarrassé du premier round de son plaidoyer. Il continuait de la regarder, lui souriant parce qu’il s’imaginait avoir marqué un point. Parce qu'il n'avait lui-même pas envie de la froisser. Mais ses mots étaient parfois difficiles à réprimer.




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MessageSujet: Re: Dernier appel avant l'embarquement ◭ Maxine [Flashback]   Dim 18 Déc - 0:24

Ce qui commença comme une boutade entre nous, un jeu du chat et de de la souris, s’approfondit jusqu’à atteindre le point culminant auquel nous assistions autant que participions aujourd’hui. Les changements avaient été subtils, si fins et délicats. Je les avais probablement vu, ces frissons précurseur d’une variation, mais bien trop prise à penser que nous ne faisions que jouer, incapable (ou refusant) de vraiment concevoir qu’il puisse un jour réellement repartir de notre boucle, j’en avais ignoré la signification profonde. Qu’il se faisait plus sérieux dans sa demande. Qu’elle en devenait une chose dont on ne riait plus, une chose qu’il fallait considérer avec soin car dans cette simple demande résidait beaucoup plus. Quoi exactement, seul Clarence le savait, mais j’en sentais en cet instant le poids et l’importance bien que refusant de vraiment parler de l’éléphant dans la pièce. Un poids qui m’empêchait de respirer correctement. Je ne voulais pas le blesser, encore moins gâcher cette amitié un peu tordue que nous avions construite au travers de ces années dans la boucle.

Sa question me prit un peu de cours et je dus prendre quelques secondes, me semblant une éternité, pour trouver quoi lui répondre. Le fait que ce ne soit plus un simple jeu entre nous rendait les choses bien plus délicates et on pouvait dire ce que l’on voulait sur mon génie ou sur moi de manière générale, la délicatesse n’a jamais vraiment été mon fort. Il fallait bien le dire. Pourtant, j’allais faire un effort pour ne pas risquer de le faire fuir ou, pire, de faire ne sorte qu’il me déteste. J’aurais dû me réjouir de son acceptation pour une correspondance inter-boucle, mais cette victoire avait un goût d’acide. Je m’efforçais pourtant de lui répondre, me faisant la plus compréhensive possible.

"Eh bien, au moins le temps que je trouve quelqu’un de compétent à qui je pourrais expliquer comment fonctionnent mes inventions et comment les réparer en cas de besoin…"

J’essayais d’estimer un temps de manière plus précise, essayant de lui donner une limite à l’attente qu’il devra malgré tout subir. Mais il me coupa dans mes pensées par sa question. Je me raidis. De quel droit pouvait-il dire une telle chose ?! Enfin, au fond de moi il y a une petite voix, minuscule et timide, qui acquiesce à ses paroles. Il n’a pas tort, dans le fond. Mais ce n’est pas une raison. Je m’enfonçais dans le fauteuil où je me trouvais, m’adossant pleinement contre e dos de celui-ci, tout en gardant les yeux rivés sur Clarence. Comme si ce peu de distance entre nous changerait quoi que ce soit à la discussion en cours. Il reprit, et un de mes pouces arriva à ma bouche, qui mordilla sans relâche l’ongle se trouvant là. Une sale habitude acquise quand j’étais encore qu’une jeune enfant et qui ne m’a jamais quittée. Attitude juvénile s’il en fallait une. Je n’aime pas ce qu’il me dit et pourtant il a raison. Je le sens bien au fond de moi, toujours à inventer, à exploiter, à chercher la moindre faille ou petit soucis de praticité dans cette boucle afin d’y trouver une solution de mon cru, plutôt que de laisser les choses se décanter d’elles-mêmes. La vérité ? Eh bien j’étais terrifiée.

Avant le Freakshow, la boucle, j’étais une véritable aventurière ; parcourant le Royaume-Uni d’une côte à l’autre dans l’espoir d’apporter mon aide. Je ne restais jamais longtemps, mes compétences souvent dénigrées et admirées à mesures égales. Mais j’ai aidé à sortir mes semblables de cet horrible Freakshow, j’y ai perdu une jambe, j’ai cru ma dernière heure arrivée à plusieurs reprise durant cette offensive. Et depuis, c’est comme si mon envie d’aventure m’avait quittée. Pas totalement, ma passion pour les inventions et innovations en tous genres était toujours là, plus présente que jamais, une ancre dans cette peur de l’inconnu qui me bloquait sur place.

"143 ans."

Lâchais-je d’un ton monotone, comme si j’avais déjà passé des heures à rectifier des dizaines et des dizaines de personnes, finissant lassée de cette tâche mais l’accomplissant tout de même. En cet instant, j’ai envie d’être agacée par l’attitude de Clarence, mais en même temps…Je pousse un lourd soupir et me redresse dans mon fauteuil, observant le feu un instant et me levant, allant remuer les braises et rajouter du bois pour l’alimenter. Sans un mot. Que devait-elle répondre à cela ? Se défendre ? Lui mentir ? Lui dire la vérité ? Quel casse-tête. Finalement je me relevais, me tournant à nouveau vers lui, e visage redevenu doux après ce passage d’agacement. Quand je reprends la parole, ma voix est à la limite entre la certitude et le doute le plus total. Je tente de ne pas me montrer accusatrice, mais ce n’est pas aussi simple qu’on le pense.

"Et quelle est-elle, exactement, ta façon de voir les choses ?" je me rassois et termine mon thé, rêvant pourtant de quelque chose de plus fort en cet instant "Nous n’avons pas le même passif Clarence, et je ne peux pas m’attendre à ce que tu comprennes mes raisons, pas sans que je t’en explique les tenants et les aboutissants mais…Ca ne veut pas dire que je ne veux pas." Il fallait qu’il le comprenne bien. C’était important "Tu es quelqu’un que j’apprécie, et je ne te demande pas de m’oublier Clarence, ni de rester, j’ai bien compris que ça n’était pas quelque chose d’envisageable, mais juste…Donnes-moi du temps. Juste un peu de temps."

Ce n’est pas comme si nous en manquions. Je ne saurais pas lui donner un temps précis s’il venait à me poser la question, mais c’est tout ce dont j’avais besoin, un peu de temps. Pour me faire à l’idée de quitter la boucle et ses habitants pour une autre boucle, inconnue ou presque, quand bien même la technologie là-bas me fascine ; curiosité d’autant plus attisée par les réponses que me donnait Clarence depuis quelques années. Pourtant, une peur terrible de l’inconnu me coulait sur place. Il me fallait du temps pour m’en dépêtrer et, peut-être venir dans la boucle où il allait vivre sous peu.

"Mais…Expliques-moi, pourquoi ma venue t’est si précieuse ? Enfin, je veux dire…" je perdais un peu mes mots et je me repris aussi vite que je le pouvais "Enfin je veux dire, ce n’est pas comme si je ne pouvais pas venir te voir presque comme je le veux même si tu pars. Pas que je veuille te pousser vers la sortie, c’est toi qui as pris cette décision de toute façon. Mais les boucles communiquent entre elle, donc si je voulais passer te voir pour quelques temps je peux. Ce n’est pas la fin du monde Clarence."

J’affichais un grand sourire à la fin de ma tirade quelque peu embarrassée par ce flot de paroles qui ne doit plus vouloir dire grand-chose maintenant…


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MessageSujet: Re: Dernier appel avant l'embarquement ◭ Maxine [Flashback]   Ven 23 Déc - 14:07


DERNIER APPEL AVANT L'EMBARQUEMENT

     Il ne maîtrisait pas l’art des disputes, et appréhendait le plus souvent une victoire dans la conviction d’avoir raison. Sa condescende devenait irritante. Rien ne pût néanmoins l’en défaire. Elle était une protection à toute menace. Elle était la solution à ce qu’il savait inévitable. Car s’il lui fallait un jour engager un débat sujet de haine, il en viendrait très vite à prononcer des mots empreints à une vérité bien trop crue pour être partagée. Sa femme avait haït ce comportement de toutes les fibres de son corps. Elle aimait hurler et ne se satisfaisait pas de le faire dans le vide. Il lui fallait s’imposer à lui, s’accrocher trop fort à son bras jusqu’à ce qu’il en ait mal, car seulement à cet instant il daignait lui répondre avec la même violence. Un comportement éphémère qui permettait à Annabeth de se calmer. La violence était un remède qu’il lui fallait utiliser par nécessité. Car si elle ne put se défaire des rancœurs qui suivirent, elle se satisfaisait d’une nouvelle victoire. Celle de lui avoir fait perdre ses moyens à son tour. Ainsi elle n’était plus seule à friser la folie.
     Clarence ne maîtrisait pas l’art des disputes, mais tout en lui semblait les demander. De son éternel besoin de mettre à mal les convictions des autres, à la facilité qu’il avait de se défaire de toute marque d’affection lorsqu’il lui fallait engager une conversation sérieuse. Il était un homme réfléchit, dont le calme aurait pût à tort le rendre sage, et se voyait contre toute attente manquer grossièrement de finesse lorsque celle-ci aurait dû être nécessaire. Maxine continuait de se mouvoir, portant un doigt à sa bouche, une main vers le feu. Elle était comme ces papillons ne sachant où se poser, arpentant sans conscience un monde bien trop grand pour eux. Clarence eut parfois envie de l’arrêter, de tendre une main pour la rattraper. Il aurait préféré la voir se faner sous le poids de ses mots, l’ongle rongé jusqu’au sang et le corps recroquevillé contre le dossier de son fauteuil, plutôt que de la regarder fuir vers une tâche bien moins préoccupante que celle nécessitant de lui répondre. Mais Maxine était ce qu’elle était, et il ne put lui reprocher d’avoir assez de force pour s’extirper des serres qu’il glissait autour d’elle dans l’espoir de la tenir au piège. De ses désirs plus que d’une vérité.

« Ma façon de voir les choses, et elle est bien plus objective que ce qu'elle laisse croire, est que tu as besoin de quitter cette boucle. Qu’il s’agisse de rejoindre celle de 1941 avec moi, ou de partir ailleurs, peu importe. »
     Son objectivité était de loin le bien le plus précieux à sa raison. Ses tenants, d’une bonne foi ayant suffi à justifier son insistance. Il savait pourtant les reproches et les leçons de morales bien trop dangereuses pour lui promettre une victoire, mais le temps entamait depuis peu sa patience.
« Ne crois pas que je n’aimerais pas comprendre les raisons qui te poussent à rester. » Peu importait qu’elles étaient celles auxquelles il ne croyait pas, ou celles qu’elle lui cachait.

     Il lui sourit, cherchant à effacer en elle toute trace de contrariété. Cela ne valait pas la peine de devenir sa rancœur à elle aussi. Rien n’avait jamais valu la peine de devenir l’ennemi de quiconque. Une leçon lui ayant promis plus d’alliances que de confrontations, et qui le protégeait jusqu’à maintenant de guerres qu’il était las à mener.
« Te faire croire qu'il est question de nous et non de toi n'est pas mon intention. Cette discussion n’est jamais qu’un désaccord sur une décision qui au final ne me concerne pas. »
     Ses sourcils se haussèrent à son attention. Il se destituait sournoisement de toutes charges la concernant, car il ne voulut en rien devenir coupable des crimes qu’il put commettre.
« Je ne cherche pas expressément à t’emmener avec moi. Je pense, peut-être à torts, que si tu ne voyages pas accompagnée, tu ne voyageras tout simplement pas. »
     Il but le fond de sa tasse et la déposa sur le plateau qu’elle avait apporté. Il s’accorda une main bandée déposée sur l’accoudoir du fauteuil de Maxine. Un geste porté qu’il eut vite fait de traduire en bonne intention.
« Mais je peux faire l’effort de croire en ta venue prochaine, si cela te rassure. »
     Sa main se retira de son support. Clarence s’adossa contre son dossier. Il pensa un instant rentrer à ses appartements et la laisser derrière lui. La neige et le froid étaient une dissuasion bien trop efficace pour cela. Le feu réchauffant l’intérieur de ses chaussures, et étonnamment la compagnie de Maxine, des raisons suffisantes pour lui faire quitter cette pensée.
« Dans le cas où cela ne se produise pas, nous pourrons effectivement nous envoyer des lettres. »
     Ses joues se creusèrent jusqu’à tuer son sourire, en mémoire à des écrits qu’il n’avait pas encore couché sur papier et qui s’avèreraient bien moins poétiques que leur fonction première.
« Si je t'invite à venir en 1941, c'est aussi pour pallier à mes rares visites. J'imaginais que t'y voir venir serait un bon compromis entre ce que tu te dois de faire, et mon souhait de ne pas avoir à revenir jusqu'ici pour profiter de ta compagnie. »
     Les extrémités de ses doigts persistaient à rester froides, lui rappelant une des raisons l'empêchant de rester à Edimbourg.
« Si je ne venais pas ici à défaut de savoir où aller, certainement y resterais-je plus longtemps. »




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MessageSujet: Re: Dernier appel avant l'embarquement ◭ Maxine [Flashback]   Ven 6 Jan - 22:49


Clarence faisait preuve d’une façon de parler direct et sans détour. Quelque part c’était un avantage, il n’essayait pas de se cacher derrière des formules de politesses et des phrases alambiquées pour dire ce qu’il avait à dire. Mais d’un autre côté, sa franchise un peu brute de décoffrage ne ménageait pas les sensibilités et en cet instant, j’aurais préféré qu’il tourne un peu plus autour du pot. Ou pas. En réalité je ne savais pas ce que je voulais vraiment à cet instant. Car lui demander de se taire serait comme occulter son avis et ce qu’il pouvait avoir à dire. Et lui demander de dire les choses autrement serait comme lui demander d’être quelqu’un d’autre, ce qui était ridicule. Clarence était ainsi, je le savais et habituellement ça ne me dérangeait aucunement, au contraire, ça me changeait de tous ces gens guindés qui forment mon époque de naissance, celle où je vivais encore ici grâce à cette boucle. Aujourd’hui, s’il me déroutait alors que ça n’avait que très rarement été le cas auparavant, c’était peut-être parce qu’il ébranlait de sa franchise brute des choses que je considérais comme acquises. Des convictions et des croyances dont j’avais conscience sans vraiment les accepter. Peut-être parce qu’il me poussait à rejeter mes peurs et qu’il est toujours plus facile de s’accrocher à ses peurs que de les affronter pour s’en débarrasser.

La raison exacte, je ne la saurais peut-être jamais, mais je l’écoutais attentivement, enregistrant ce qu’il passait comme ses arguments en faveur de mon départ pour la boucle de 41, avec lui, évidemment…Ou pas. Si sa curiosité à peine cachée sur mes raisons pour retarder un voyage en 41 me tira un fin sourire, la suite me fit cligner des yeux, un air un peu hébété, face à ses paroles. Là fut ma première grande surprise de la discussion. Ce…Détachement qu’il appliquait à son raisonnement, comme s’il n’avait pas tenté de me convaincre de venir avec lui, plusieurs fois depuis qu’on se connaissait et qu’on avait tissé cette amitié entre nous. Il trouvait des excuses qui ne contredisaient pas ses arguments, mais qui l’excluait presque entièrement de l’équation et ça me laissait…Perplexe. Le fait qu’il rejette plus le sujet sur moi que sur le duo que nous formions (un duo de curieux, lui pour les histoires que les objets pouvaient raconter et moi pour la technologie à laquelle il me donnait accès), me perturbait d’autant plus. Mon visage se colora même du rouge quand il parla de mon manque de motivation à voyager si je me trouvais seule. Une coloration à la fois par embarras parce qu’il n’avait pas tout à fait tort et aussi d’indignation, parce qu’il ne savait pas ce que j’avais fait avant d’atterrir dans cette boucle, tous les voyages que j’avais pu réaliser !

Je fus distraite par ses mouvements, et observa une seconde sa main sur mon accoudoir, hésitant presque à la prendre dans la mienne, mais bien vite, sa main retrouva son fauteuil à lui, et la conversation continua loin de cet interlude. Je voyais bien que l’idée des lettres ne lui plaisait qu’à moitié, mais que pouvions-nous faire d’autre que cela pour rester en contact si je ne venais maintenant avec lui ? Aucun de nous deux n’était télépathe et je doutais que nous trouvions un autre moyen pour se parler à défaut des lettres. Mais il avait le droit de ne pas aimer cette idée, je ne lui en tiendrais pas rigueur, je tentais simplement de rester pragmatique. Son dernier argument avait un poids certain et bien différent des autres, cependant, il y avait toujours une question que me taraudait, alors, comme on pouvait s’en douter, je finis par la poser.

"Clarence, expliques-moi une chose, pourquoi t’exclus-tu de tout raisonnement concernant ce voyage ?"  car c’est bien ce qu’il avait fait, jusque-là. S’exclure émotionnellement de ses arguments "Tu as le droit de vouloir qu’une amie vienne te voir en 1941 tu sais ? C’est humain. Alors pourquoi d’un coup, tu sembles refuser que tu puisses avoir un quelconque impact émotionnel sur cette histoire ?" on sentait de la curiosité dans ma voix, rien d’autre. J’avais quelque peu mis de côté le sujet principal, parce que ça, en cet instant, était plus intéressant pour moi que d’entendre ses arguments pour me convaincre de repartir avec lui en 41. Pourtant, je ne pus m’empêcher d’ajouter, par pure fierté froissée "Et puis tu sais, je suis une grande fille, j’ai voyagé et pas qu’un peu, seule, avant d’arriver dans la boucle. Ce n’est pas comme si c’était une nouvelle expérience pour moi."

Si ça se trouve, je venais de lui donner une échappatoire à ma question précédente, mais si je parlais beaucoup, les histoires de stratégies restaient bien loin de mon esprit pourtant…


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MessageSujet: Re: Dernier appel avant l'embarquement ◭ Maxine [Flashback]   Dim 8 Jan - 13:48


DERNIER APPEL AVANT L'EMBARQUEMENT

     Il n’imaginait pas que des mois plus tard, abrité sous la pluie de Londres, il regretterait de ne pas être là. Lui, l’homme qui en cet instant regrettait seulement de ne pas avoir simplement programmé un départ. La tâche de dire adieu à ses amis était l’une de celles lui incombant malgré lui, et le rituel qu’il eut avec Maxine fût aussi important à accomplir que le simple fait de boucler une valise. Il se rendait pourtant bien compte que son insistance devenait un entêtement difficile à supporter. Il fût certainement la raison du silence soudain de Maxine quant à ses arguments. Elle entendait seulement ce qu’il ne prononçait pas, cherchant à son tour les failles d’un jeu qui n’était pas celui pour lequel il était venu. Il s’était retenu de tout sentimentalisme par choix. Pour elle, pour lui. Les effluves d’amour, les sentiments mièvres, n’eurent jamais été considérés pour lui comme des arguments prompts à être utilisés. Il savait comment l’amour devenait haine, combien le manque venait un jour à se taire. De fait, il ne ressentait plus pour Maxine la même affection qu’au début. Plus que de se sentir gêné à l’idée de partager son intérêt pour elle, il crut maladroit de lui promettre une amitié basée sur les rares visites qu’il eut faites.
« Qu’attends-tu comme réponse, Maxine ? »
     Il acceptait, résigné, d’aborder ce sujet qu’elle semblait demander. Mais il ne put le faire sans en être contraint, et lui répondre par une autre question le montra bien. Clarence n’était pas plus énervé qu’il n’était mal à l’aise. Il fût un mélange des deux, sombre soupe de mauvaise foi. Il se demandait ce qui le poussait à compromettre chacune de ses amitiés. Que ce fût dans ses mensonges, ou dans sa capacité à leur faire croire qu’il ne pût jamais tenir à eux comme ils se l’imaginaient. Ce qu’il se passait avec Maxine, alors que toute cette visite était partie d’une bonne intention. Il ne supporterait pas de devoir dorénavant frapper à sa porte avant d’entrer, se sentir gêné d’avoir à partager un thé pour se réchauffer. Ce, parce qu’il avait engendré leurs désaccords.
« Aurais-tu préféré que je me mette à genoux et te supplies de me rendre visite ? Je crains que cela ne soit pas dans mes cordes. »
     Que cette remarque ne soit pas une nouvelle preuve de son machisme. Bien qu’il n’eut jamais été à genoux devant une femme pour toute autre raison que de la déshabiller. Principalement devant la sienne. Elles ne furent pas aussi nombreuses qu’on put le croire. Cela fût de lui un homme, anatomiquement parlant, et non le porteur d’idéologies prônant sa domination en tant que tel. Il sentit bien, pourtant, que ses mots n’eurent pas l’effet escompté. Pour elle peut-être, mais également pour lui-même. Car les reproches qu’il voulut faire au sentimentalisme, ne furent, à l’écoute de ses mots, qu’une forme d’humiliation portée à l’égard de Maxine. Un geste involontaire, qu’il fût néanmoins trop tard pour effacer. Clarence se mit à s’en inquiéter, craignant d’avoir fauté, et ce fût le cas. Il ne voulut qu’elle le prenne pour de l’agressivité, même s’il fût évident qu’il eut une nouvelle fois manqué de tact.
     Il se redressa, se détachant de son dossier pour lui offrir le semblant d’une proximité.
« Si j’essaye de ne pas utiliser notre amitié comme argument, c’est pour que tu prennes cette décision pour toi et non pour moi. Bien sûr que j’aimerais personnellement recevoir ta visite. »
     Avant qu’elle ne devienne à nouveau un mirage, que le temps l’oblige à revenir la voir avec l’appréhension que quelque chose ait changée depuis son départ. C’était bien trop demandé à leurs vies, de changer, mais sous-estimer les affres du temps aurait été une erreur bien plus grande.
     De peur que cette explication ne suffise pas à lui faire oublier une certaine phrase, il se redressa à nouveau sur le bord de son fauteuil, non sans difficultés, – la place y étant si confortable qu’il put y rester assis des jours entiers – et tendit sa main droite jusqu’à son genoux gauche. Il eut s’agit d’un réflexe plus que d’une volonté à oublier les conventions que Thaddeus lui avait rabâchées. Sa main s’y était posée naturellement, hésitante après coup à y rester.
« J’espère ne pas t’avoir blessée. Ce n’était pas mon intention. Et je ne cherche pas non plus à dire que tu es incapable de te débrouiller seule... »
     Il retira sa main, sourcils soudain froncés.
« J’aimerai quand même savoir pourquoi tu te focalises là-dessus. »




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MessageSujet: Re: Dernier appel avant l'embarquement ◭ Maxine [Flashback]   Dim 15 Jan - 11:42


"Une réponse sincère, peut-être ?"

Dis-je avec une once d’amusement. Presque pas, simplement pour lui faire comprendre que je ne le forçais à rien. Après tout, Clarence avait toujours été quelqu’un qui ne parlait pas tellement de lui, qui gardait jalousement pour lui ce qu’il ressentait, ne montrant que ce qu’il calculait de montrer. Oui, j’avais beau apparaître comme une jeune femme volatile, naviguant d’un sujet à l’autre, bien trop expansive et sensible pour vraiment remarquer ce genre de choses, mais j’étais en réalité bien plus douée pour lire les gens qu’on ne le croit. Loin de pouvoir jouer les psychologues, et surtout, refusant de le faire, je ne pouvais pas prétendre comprendre les raisons qui poussaient Clarence à agir ainsi, mais j’en voyais le résultat. Cependant, si je voulais comprendre (c’était dans ma nature, de vouloir toujours en savoir plus, de vouloir comprendre comment les choses et les gens fonctionnaient), je ne voulais pas l’éloigner par des questions trop intrusives. Pourtant, c’est ce que je risquais de faire en continuant de le pousser dans cette direction, alors je devais faire attention à ce que je faisais, afin de ne pas simplement le faire fuir.

La suite de ses paroles me tira un rire et je levai les yeux au ciel. Bon sang, qu’est-ce qu’il pouvait être borné parfois. Et surtout, il ne semblait pas connaître de juste milieu, ce qui, venant d’une personne comme moi était assez ironique à dire, je l’admettais volontiers. Mais venant de lui, qui avait toujours l’air si mesuré, si attentif à ne jamais trop en dire ou trop en montrer, c’était…presque amusant. Frustrant à un point que vous n’imaginiez même pas, mais amusant néanmoins. Je préférais d’ailleurs me concentrer sur mon sentiment premier, l’amusement, plutôt que de glisser vers la frustration qui finirait, à n’en pas douter, par me faire dire des choses que je finirais par regretter. Son dernier argument tenait la route, comme tous les autres dans le fond, si je voulais être de bonne foi. Et je n’y répondis rien pour le moment, notamment parce qu’il venait de poser sa main sur mn genoux et que je ne m’y attendais pas. Ce n’était pas quelque chose qui se faisait vraiment dans cette époque et encore une fois on me rappela qu’il n’était pas d’ici, lui.

Le fait qu’il s’excuse me rassura un peu. Ou non, pas rassurer, me tira un sourire un peu plus grand alors que je sentais sa main se retirer de mon genoux et j’eu soudain une envie, une idée, pas forcément bonne le connaissant, mais tant pis. Je n’ai jamais été très douée pour résister à mes impulsions. D’un geste rapide, j’attrapai la main qui tentait de retourner à son propriétaire, doucement, délicatement. Saisissant ses doigts entre les miens, je laissais mon autre main se joindre à l’autre et sans aucune pression, tourna la main de Clarence de façon à avoir la palme visible. Tenant presque tendrement sa main dans les miennes, mes pouces effectuant de légères pressions sur les bords de cette dernière, évitant soigneusement le centre du bandage, où je savais se trouvait un œil supplémentaire comme sur son autre main, afin de ne pas lui faire mal. Puis je repris la parole.

"Tu ne sais pas trouver un juste milieu Clarence." Mes yeux ne quittaient pas sa main, continuant mes légers mouvements en rond sur sa main, comme pour l’apaiser "Je ne demande pas que tu fasses quelque chose dont tu n’es pas capable. Et si je me focalise là-dessus, c’est parce que je ne peux m’empêcher d’être inquiète que tu t’effaces de cette façon d’un raisonnement" et c’était vrai "Je ne te demanderais pas plus le pourquoi, mais simplement…Tu peux dire que tu aimerais que je vienne, comme tu viens de le faire, sans que ça ne change mon avis complètement, tu sais. Après tout, tu es devenu, que tu le veuilles ou non, une des raisons qui me pousseraient à venir en 1941. Tu es mon ami Clarence, ne l’oublies pas." Dis-je avec un sourire, mes yeux remontant vers les siens, relâchant enfin sa main. "Je suis désolée si je t’ai mis mal à l’aise, ce n’était pas mon intention, et tu ne m’as pas blessée ; froissée, peut-être un peu, mais ça c’est ma fierté personnelle qui des fois prend un peu trop de place." Dis-je avec un rire "Je te promets de tout faire pour venir en 1941 rapidement, mais pas tout de suite."


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MessageSujet: Re: Dernier appel avant l'embarquement ◭ Maxine [Flashback]   Mer 18 Jan - 14:21


DERNIER APPEL AVANT L'EMBARQUEMENT

     Elle était si différente. Fidèle à elle-même, mais opposée au monde féminin qu’il eut connu. Dans ce dernier se déchaînait une violence dont la frustration en fût la source. La frustration de ne pouvoir obtenir ce qui avait été désiré, demandé. Au creux de cette violence se déformait les traits d’un visage autrefois doux, et ne restait plus que la grimace d’une peine muée en rancœur. Mais Maxine souriait, plus calme qu’il ne l’imaginait. Il se sentit presque bête à l’idée d’avoir pu s’agacer d’une conversation qui n’eut pourtant pas cherché à être l’objet d’un affront. Parce qu’il prit conscience qu’il n’eut personne pour répondre à sa propre impatience, il décida après coup de cesser de rendre ses mots plus tranchants qu’ils n’auraient dû l’être. Las ou soulagé, certainement fût-il la raison des deux.

     Maxine avait rattrapé sa main, le laissant un instant perplexe. Il ne put y avoir de bras rattrapé sans que ce geste ne fût l’œuvre d’une demande à venir. Mais aucun mot n’eut accompagné le sien. Tendres étaient les caresses qu’il ne sût pourquoi méritées. Il eut peur, alors qu’elle exposait l’intérieur de sa main, qu’elle finisse par se saisir de l’extrémité du bandage noué près de son pouce, à l’intérieur d’un enchevêtrement de tissus formant ces couches épaisses l’empêchant parfois de plier correctement les mains. Des gants trop grands, à l’habitude qu’il eut pris de panser ses tares comme s’il fallut encore les dissimuler, tout ne fût que l’accommodation à un secret qu’il n’eut pourtant plus à garder. Ses paumes se dénudaient plus qu’elles ne l’avaient été, effaçant les soupçons d’une déviance mentale pour les remplacer par un simple cas. Par réflexe, pourtant, il replia faiblement ses doigts, prêt à les refermer sur ce qu’elle n’eut pas le droit de dévoiler à sa place. L’étrange anomalie qui le soumit maladroitement à ses violences. Celles réflexes à l’instinct qu’il eut de se protéger. Elles poussaient son cœur à battre dans ses tempes, l’adrénaline embrasant son sang-froid. Maxine marchait sur des plates-bandes n’entrant pas en compte dans leur amitié, aussi non conventionnelle pouvait-elle devenir dans leurs gestes. Elle frôlait l’interdit, ses doigts dessinant des lignes tel un compas qu’il craignait de voir se planter au creux de sa main. Et aussi désagréable fût l’expérience de la savoir frôler la partie de lui-même qu’il gardait égoïstement à sa seule portée, il se sentit étrangement apprécier physiquement l’étau de ses mains, aussi insignifiantes puissent-être la sensation de ses caresses sur la surface de son bandage.
     Il écouta à peine ses mots, immobile et docile, perdu et fatigué. Lorsqu’elle libéra sa main, il la ramena doucement vers lui, là où fût initialement sa place. Il ne ria pas alors qu’elle riait, soudainement étranger à l’enthousiasme qu’elle eut toujours su lui communiquer.
« Ta promesse suffira. »
     Qu’il le crût ou non, il ne pût dire quoi que ce soit de plus sans avoir à débattre sur un nouvel aspect de leurs adages.
« Mais cesse de t’inquiéter pour moi, amis ou non. »
     Il lui sourit. Elle l’eut mérité pour avoir vu ses dernières paroles ignorées, Clarence feignant dans son silence d’abonder en son sens. Il n’y eut en réalité rien qu’il ne put ajouter, même si l’envie de nuancer une partie de ses conclusions le démangeait.
« Ton entêtement me fait défaut, conclut-il. »
     Il l’était aussi, dans sa façon de refuser ses arguments, mais occupait le mauvais côté de leur désaccord, s’il en eut s’agit d’un. Il dû se contenter de son refus, d’une défaite qu’il crut fondée sur l’obstination aveugle de Maxine. Mauvais joueur, sur ce coup-ci.
« Je vais rentrer. »
     Son corps appréhendait le froid comme un ennemi de longue date. Edimbourg quittée, ce ne serait plus le froid qui anesthésierait sa peau, mais la pluie qui glacerait ses os. Comme si l’on put préférer un châtiment à un autre, il continuait de préférer l’humidité de son époque détrempée.
     Il se releva, ne résistant pas à l’envie de reprendre un dernier biscuit.
« Ne crois pas que je fuis. Les au revoir ne devraient pas être plus longs que nécessaires. »
     Les départs et leurs adieux, étaient de ces engagements difficiles à mener correctement. Qu’ils furent de pair avec l’affection ou le respect, ils n’eurent que très peu de façons de se présenter avec perfection. Sa promesse, compensation à un nouveau refus, fût étrangement pour lui le signe qu’il leur fallait en finir là. Avant que les mots ne se perdent et que plus aucune conclusion ne vienne à terminer leur échange.
     Il lui fallut pourtant mener un dernière une expérience, un test réponse à une conversation dont le sérieux leur ressemblait peu. Sa main se tendit une dernière fois vers elle, le bout de ses doigts glissant contre sa mâchoire, son pouce s’appuyant contre sa joue. Il voulut la priver de toutes pensées, espérant y parvenir en un geste. Des rides sillonnèrent son front.
« Pense à me lister ce que tu aimerais que je ramène la prochaine fois. »
     Sa main se retira, réajustant sa manche gauche.
« Au cas où je reviendrais avant que tu ne partes. »
     Que cette précision corrige la méfiance qu’il avait quant à ses promesses.




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Maxine Thackeray

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MessageSujet: Re: Dernier appel avant l'embarquement ◭ Maxine [Flashback]   Mer 25 Jan - 21:30

Son acceptation me tira un nouveau sourire. Ce n’était pas l’idéal pour Clarence et je l’avais bien senti dans l’insistance qu’il avait appliquée à son argumentaire jusque-là. Il aurait voulu que je le suive, que je parte sans préparation. Ou presque. Car il m’avait dit vouloir partir, mais ne m’a pas donné de dates précises pour le départ. Alors que, peut-être, j’aurais eu le temps de me préparer au départ ? Mais les décisions étaient prises et nous ne pouvions réellement revenir en arrière. Alors je fus simplement contente qu’il n’insiste pas plus à ma venue avec lui. Je me connaissais suffisamment pour savoir que lorsqu’il aurait usé toutes mes cartouches, trouver le contrepied de tous mes arguments, j’aurais fini par devenir acide et possiblement méchante sans en avoir vraiment l’envie. Je détestais ne plus savoir quoi répondre, et me pousser dans mes derniers retranchements n’était pas une bonne idée. Vraiment pas. Habituée à devoir me défendre seule face à des hommes et des femmes aux avis et préjugés bien ancré dans leurs cerveaux, je sais faire preuve d’une verve qu’on ne m’imagine pas forcément si on me pousse à bout…Mais rarement avec de bons résultats. Alors si je pouvais éviter de me mettre Clarence à dos, ça ne serait pas plus mal.

"Désolé, mais ça ne va pas être possible, c’est dans ma nature." Dis-je, une lueur joueuse dans les yeux, même si ce que je disais était parfaitement vrai "Mais je ne t’ennuierais plus avec. Je ferais de façon silencieuse."

Ahah, la bonne blague. Je me doutais qu’il ne me croirait pas ; tant pis pour lui. Mais il souriait, ce qui était une bonne chose. Je préférais que l’on se quitte avec des sourires aux lèvres que des sourcils froncés d’agacement ou pires, des cris et des portes qui claquent. Son commentaire sur mon entêtement me tira une mine faussement outrée, la véracité de ce sentiment mise à mal par le sourire amusé qui se trouvait là.

"Regardes qui parle !" Dis-je, d’un ton joueur.

Pendant un instant je crus qu’un silence pas forcément des plus confortable allait s’installer, mais il n’en fut rien ; Clarence fit part de son intention de retourner à ses propres appartements et je hochai la tête. Oui, cela valait probablement mieux. Pour être honnête, je me voyais mal reprendre une conversation normale après celle que nous venions d’avoir. Je me relevai quand il le fit et allait avancer pour l’accompagner vers la porte quand il s’y dirigerait aussi, mais il fit tout autre chose. Hormis son assurance qu’il ne fuyait pas (ce dont je ne doutais pas un instant, ce n’était pas son genre de ce que je savais, certes je pouvais me tromper mais j’en doutais fortement en cet instant), à laquelle je répondis d’un « je sais » et d’un sourire, il passa sa main sur mon visage et je me figeai. Pour tout l’anticonformisme que l’on me connaissait, les années passées sous l’égide d’Ymbrynes laissaient des traces et il était vrai qu’avoir un homme (quel qu’il soit) me toucher ainsi n’était pas une chose habituelle, loin de là. Mes yeux clignèrent une fois, deux fois, comme pour aider mon cerveau à compiler ce geste et je restai religieusement silencieuse, mon cerveau quelque peu perturbé par ce geste pourtant si simple et innocent. Si bien que je n’enregistrai ce qu’il venait de me dire qu’une fois qu’il eut relâché mon visage. Je hochais alors la tête.

"Comptes sur moi."

Je m’éclaircie ensuite la gorge et lui fit signe de me suivre. Arrivé à l’entrée, j’allais pour lui donner ses affaires quand une idée me vint. Lui indiquant de m’attendre un instant, je filai à travers le hall vers mon atelier, y farfouilla quelques instants avant d’en ressortir avec un triomphal « Tada ! » et lui tendit mes trouvailles. Des bottes, mais imperméables.

"Mets ça. Je sais que ça jure affreusement avec ton costume qui te sied tant, MAIS, au moins tu garderas les pieds au sec. C’est une belle avancée, non ?" finis-je avec un grand sourire fier aux lèvres.


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Clarence F. Bannerman

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MessageSujet: Re: Dernier appel avant l'embarquement ◭ Maxine [Flashback]   Jeu 26 Jan - 0:35


DERNIER APPEL AVANT L'EMBARQUEMENT

     Elle était heureuse. Qu’il parte, ou que cette conversation ne touche à sa fin. L’un ne pût aller sans l’autre. Elle n’aurait plus à lui faire entendre raison, lui exposer des arguments redondants et sonnants faux, alors qu’elle-même cherchait à échapper aux siens. Son soulagement s’était malicieusement emparé d’elle, accompagnant chaque sourire, chaque geste. Clarence devint perdant, en ne ressentant rien de plus que le vide de son échec. Il se comblerait avec le temps. Une pilule ne fût jamais longue à avaler, même si difficile à prendre. Le temps était un remède. Sinon à tous ses maux, à la plupart d’entre eux. Il lui rappellerait qu’il l’avait laissée derrière lui, qu’Edimbourg et son siècle ne faisaient plus partie de lui. Il aimait les rejoindre, puis les quitter, jonglant sur deux pieds à défaut de ne savoir sur lequel danser. Cent années ne furent assez longues pour y parvenir. Il fût triste de savoir qu’elle deviendrait un souvenir. A l’image de tout ce qui résidait ici. Il constata cependant, culpabilisant, qu’il aimait s’infliger cette mélancolie. Qu’elle quelle fût. Femme oubliée ou amis perdus. Coups portés ou phrases prononcées. Il ne faisait jamais partie que des 99% d’humains cherchant à se rendre victime de décisions qu’ils furent seuls à prendre. 99%, car il serait irraisonnable de ne pas laisser de place à l’espoir.

« Reste raisonnable. Ne me demande pas de ramener une voiture ou un char, précisait-t-il à son attention. »
     Si elle ne manquait pas d’intelligence ou de logique, son enthousiasme pour ces jouets grandeurs nature fût toutes fois l’objet de ses méfiances. Quand bien même il serait capable de lui ramener tout ce qu’elle désirait, il ne pouvait le faire au risque de voir disparaître une partie de ses arguments lors de sa prochaine invitation.

     Il la suivit jusque dans le hall, récupérant en premier lieux ses gants. Un réflexe amené avec le temps. Il voulut empêcher Maxine de lui donner son manteau mais elle disparut avant qu’il n’ait eu à se battre avec elle. L’attendre devint long. L’épaisseur de son manteau l’étouffait peu à peu, lui faisant presque regretter de ne pas pouvoir retrouver l’extérieur. Et s’il ne partagea pas son enthousiasme lorsqu’elle revint en lui tendant ses bottes, il fit l’effort de lui sourire et d’accepter après une grande hésitation de les porter. Se déchausser, dévoiler son incapacité à accorder ses chaussettes (Quoi que le bordeau fut seulement plus foncé d'une teinte que le grenat. A croire qu'il avait prévu de retirer ses chaussures. Même si les couleurs colorant ses pieds juraient avec la tenue lui valant un compliment.), porter ses chaussures à la main furent un effort surmontable pour lui faire plaisir. Que l’homme qu’il était, en plus de l’ami, se maudisse de se montrer aussi faible devant les désirs d’une femme. Il se résigna à garder pour lui le sarcasme de ses pensées. Que son plaisir s’en tienne à le savoir partir avec ce qu’elle lui avait généreusement offert. Inutile de lui faire remarquer qu’il ne les porterait certainement qu’une fois. Le temps de rentrer, de lui montrer qu’il put les porter. Elles n’avaient pas leur place en 1941, et il était assez borné pour préférer se geler les pieds plutôt que de travers Edimbourg le pantalon froissé dans des bottes.
     Il se contenta d’un "merci". Sobre et suffisant.
     Il ne sut quoi lui souhaiter en partant. Aucun souhait n’eut de valeur appropriée à leur monde. Leurs vies jamais ne changeraient, et ne restait plus qu’à espérer qu’ils ne viendraient pas à s'en lasser. Gangrène qui l’infectait déjà pourtant. Comme il n’eut pas à compromettre la joie qu’elle éprouvait à lui rendre service, il ne fût pas nécessaire de rendre ces aux revoir tristes. Il ouvrit la porte derrière lui, offrant ses derniers mots comme un présent.
« A bientôt Maxine. »
     Comme si les années qui les séparaient chaque fois ne furent que des mois. Mensonge ou promesse, il voulut lui offrir cet espoir. Il lui sourit. Disparut. Fuyant cette fois l’image qu’il eut de lui ne portant plus ses chaussures. Oubliant en fuyant, qu’il ne la reverrait pas avant longtemps[.]




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MessageSujet: Re: Dernier appel avant l'embarquement ◭ Maxine [Flashback]   

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Dernier appel avant l'embarquement ◭ Maxine [Flashback]
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