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 Daysleeper - Thad & Peggy

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Thaddeus Gentilis

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- Autour amnésique -
❧ Boucle Temporelle : 19 décembre 1873
❧ Particularité : Métarmophose en Autour des Palombes (Accipiter Gentilis) - Le rapace qui devient le gardien. Le chasseur qui se fait protecteur.
❧ Occupations : Gardien du refuge, protecteur des ymbrynes et historien à ses heures perdues.
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MessageSujet: Re: Daysleeper - Thad & Peggy   Jeu 9 Mar - 16:04

Daysleeper
Margaret & Thaddeus
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La page désormais retournée, je repousse au loin mes pensées, me concentrant sur la plume qui entre mes doigts attend que je reprenne mes écrits et m'autorise le droit d'inscrire à jamais dans ce carnet, l'existence sûrement fascinante de la jeune femme qui me fait face. Au bout de mes lèvres, le tabac se consume lentement, libérant quelques volutes graciles qui dans l'air dansent et portent avec elles les odeurs subtiles d'épices d'une époque figée dans de la résine, à la manière d'une rose que l'on voudrait à jamais conserver. L'esprit plus tranquille et pendu à ses lèvres, je l'écoute ainsi reprendre, n'haussant qu'un sourcil quand au lieu de répondre à ma question, elle décide de l'ignorer royalement, préférant me conter des évènements qui en plus de me sembler obscurs, ne m'apprennent rien qui ne puisse réellement éclairer ma lanterne. Et pourtant, en silence, je l'écoute, me refusant à l'interrompre de peur de paraître grossier ou une fois de plus trop sec dans mes formulations, me contentant alors de simplement fumer et d'expirer quelques volutes discrètes de tabac. J'esquisse un simple sourire quand elle prend le temps de faire une pause et me demander si perdu je ne suis pas trop dans ses explications sûrement un peu floues pour quelqu'un qui n'a jamais quitté ce siècle qui doit lui paraitre tout droit tiré d'un livre d'histoire.

"Je dois avouer avoir un peu de mal avec certaines choses. Comme cette histoire d'envoyer des hommes dans l'espace… Quel intérêt ? Il n'y a que des étoiles et des planètes fort lointaines. Et surtout comment ? Avec les… Voitures dont vous parlez ? Non ça m'étonnerait, Aloysius m'en a déjà parlé et il disait que c'était pour voyager plus vite qu'à cheval…"
Je mordille pensivement le bout de mon écume, reprenant ensuite, non sans avoir au préalable déposé ma plume au creux de mon carnet. "Mais pour être franc, ce n'est pas tant ce que je vous ai demandé… C'est fascinant à entendre, ne pensez pas le contraire, mais si votre époque semble pleine de surprises, c'est de vous dont j'aimerais entendre parler. De qui vous êtes, d'où vous venez et de ce qui vous pousse tout les matins à vous lever… Vous comprenez ?" Je tente un autre sourire. "Je désire connaître Margaret afin que par la suite, elle soit plus à même de parler de son siècle."

Un peu plus de fumée est expirée de mes lèvres et alors que je laisse mes pensées vagabonder, je songe à l'embarras qui est peut-être le sien à l'idée de s'ouvrir ainsi à un étranger qui vient tout juste de lui reprocher de ne pas porter le moindre corset sous sa robe.

"Ne le prenez pas mal… Je suis simplement curieux des autres, ou peut-être de leurs histoires, à force je ne sais plus. Je n'essaye pas de vous soutirer des informations ou de vous arracher la vérité mais juste d'apprendre à vous connaître afin d'être plus à même de vous offrir l'impression qu'ici, vous aurez toujours quelqu'un sur qui vous appuyer."Il est sûrement présomptueux de penser que je puisse être cette personne à ses yeux, mais je me garde de le lui dire. "Je ne peux vous offrir grand chose malheureusement, à part mon aide, mon soutien et… Les quelques règles de bienséance que m'a inculqué l'Ymbryne qui s'est occupée de moi. Oh d'ailleurs… Avant que je n'oublie." Je commence à fouiller dans les tiroirs de mon bureau, ouvrant un ou deux carnets avant d'en trouver un à la reliure bordeaux et au cuir fin. Je souris et le lui tends du bout des doigts. "C'est pour vous. Il me semble qu'un peu plus tôt, vous parliez du fait que vous aimeriez tenir un journal ? Ou tout du moins d'y consigner ce qui pourrait vous paraitre important… Bref." J'esquisse un rapide geste de la main, lui faisant comprendre que ce n'est pas le plus important. "Il est pour vous, et j'insiste. Donc ne me remerciez pas et ne refusez pas." J'ai un sourire chaleureux, tout en pensant que j'ai pour elle le geste qu'une autre a eu à une époque pour moi, quand j'étais perdu et en quête de réponses.
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Margaret Nebulosa

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❧ Boucle Temporelle : Edimbourg, 1873
❧ Particularité : Apprentie Ymbryne
❧ Occupations : Lire et jouer du piano.
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MessageSujet: Re: Daysleeper - Thad & Peggy   Mar 14 Mar - 21:14


Daysleeper
Thad & Peggy, rencontre matinale autour d'un thé.

Cher Thaddeus, curieux explorateur aux yeux couleur de ciel d'été malgré les nuages qu'on peut y lire... mon guide, ma lumière dans cette époque bien sombre dont j'ai sûrement une image faussée... Thad dont les joues s'enflamment pour une discussion sur les jupons et face à un dessin de soutien gorge. Thad si calme et si maître de lui, si curieux des vies qui ne sont pas les siennes... Me voilà maintenant à lui raconter ma vie, enfin, plus que ma vie, mon époque surtout, ce qu'on fait, comment on vit, toutes ces choses qui doivent lui paraître tellement étranges ou qui doivent clairement relever du miracle ou de la science fiction. En 1873, je pense qu'ils ne s'imaginaient même pas la moitié de ce que le futur leur réserve, en merveilles de technologie, de prouesses, d'innovations et de liberté... Il y a tellement de trucs que je ne sais pas par quoi commencer, et après le soutien gorge, je lance en vrac la Lune, Kennedy et la guerre du Vietnam, essayant de savoir ce qu'il sait déjà, et ce que j'ai à lui apporter. Mais dans un sens, c'est lui qui m'a simplement poussé à parler sans me guider...

Eh bien... je pense que c'était surtout pour se montrer meilleurs que les Russes - oui parce qu'à l'époque les Etats-Unis et la Russie étaient au bord de la guerre - en terme de technologie, et aussi pour prouver que l'être humain avait repoussé les limites de l'espace et pouvait toucher les étoiles... Ils voyagent en fusées, ce sont de longs tubes propulsés par d'énormes machines qui transportent des humains mais aussi des appareils de mesure, des télescopes et autres...

Je suis sur le point de littéralement lui faire un dessin, ayant déjà plus en tête la fusée de Tintin qu'une réplique exacte d'Apollo quand il sort de son silence et glisse entre deux bouffée de tabac bleuté que ce n'est pas vraiment ce qu'il veut savoir. Je croise son regard, l'écoutant avec attention, avant de hocher lentement la tête avec un sourire gêné. Ses paroles sont douces, encourageantes, comme quelqu'un qui a eu l'habitude de les dire et les redire souvent pour les rendre efficaces. Et tout en notant tout ce qu'il me dit, je cherche déjà par où commencer, le début de la pelote de fil qu'est ma vie et que je vais devoir dérouler pour lui, pour qu'il la couche en mots, sur le papier, sagement inscrite sur des pages quadrillées.


Eh bien...

Sauf qu'il ne me laisse pas commencer, peut-être trop perdu dans ses idées à lui, et je le vois ouvrir un tiroir et en sortir un carnet bordeaux qu'il me tend. Je ne comprends pas tout de suite, fronçant légèrement les sourcils. Qu'est-ce qu'il veut? Que j'écrive mon histoire là dedans et que je lui rende une fois plein? Comme des devoirs d'expatriée que j'aurais à faire? Et encore une fois je n'ai même pas à ouvrir la bouche que j'ai déjà la réponse à ma question, et un sourire aussi ému que sincère illumine mes lèvres. Une attention toute simple mais qui représente beaucoup. Il pense à me faire plaisir, et se rappelle de ce que je lui ai dit un peu avant... J'attrape le calepin, faisant courir mes doigts sur le cuir doux et moelleux avant de poser à nouveau les yeux sur lui. Ce cadeau, c'est comme un baiser qu'on fait sur le genou écorché d'un petit pour lui faire oublier sa peine, alors que théoriquement, il ne fait rien du tout. C'est ce qu'il m'accorde, un baiser sur un coude râpé, aussi léger qu'une plume.

Merci Thaddeus... c'est très gentil à vous et oui, je pense que je vais le remplir très vite... il y a tellement de choses à retenir... jusqu'à présent, tout ce que je savais de cette époque c'était grâce aux livres et aux films... maintenant que j'y suis vraiment, c'est pas aussi simple. En attendant c'est une très délicate attention et ça me fait très plaisir...

Je garde le carnet sur mes genoux et commence à jouer avec la lanière qui le ferme, les yeux rivés sur le cuir alors que je commence à parler. Parler de moi.

Je suis née dans une maison qui ressemblait assez à celle-là, dans les années 50. J'y habitais avec mes parents, mon oncle et ma tante, mes frères, mes soeurs et mes cousins. Une sacrée tribu. Nous sommes tous des particuliers, mais mes parents ne voulaient pas vivre dans une boucle, et pas non plus dans une grande ville qui aurait été trop risquée alors ils ont fait un compromis et se sont installés au milieu de la campagne... Pour vivre heureux, comme on dit. Toute ma famille a des particularités, du côté de ma mère c'est le talent des tissus et de la broderie, et du côté de mon père, c'est le plantes. Je suis un peu l'anomalie au milieu de tout ça parce que ma particularité à moi a sauté une génération et me vient de ma grand mère, une ymbryne... Malheureusement je ne l'ai jamais connue alors que j'aurais tellement de questions à lui poser... enfin voilà. Quand mon pouvoir s'est déclaré, mes parents ont décidé qu'il fallait que j'apprenne à le contrôler et le maitriser, et pour ça je devais partir... On a trouvé une boucle toute récente, qui n'avait que quelques années, et j'y suis entrée. Mon ymbryne est géniale, vraiment... elle a commencé à tout m'enseigner mais un soir, alors que je gardais la maison et la boucle, elle est partie au ciné en ville avec toute le monde. Et ils ne sont jamais revenus. La boucle n'a jamais été remontée et a disparue, sans que j'aie de nouvelles d'eux. Je suis là pour ça... pour demander aux ymbrynes de m'aider, ou s'il y avait quelqu'un qui les aurait vus, qu'il saurait quelque chose... Depuis...j'attends... et... c'est dur d'attendre...

Ma voix se brise un peu et je me force à sourire et à inspirer profondément pour chasser mes larmes.

©S a n i e


On a beau chercher, on ne trouve jamais que soi même.
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Thaddeus Gentilis

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MessageSujet: Re: Daysleeper - Thad & Peggy   Ven 17 Mar - 12:45

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Le carnet devient plume entre mes doigts alors qu'elle l'accepte comme le présent qu'il est, se fendant même d'un sourire délicieux qui fait naître en moi une étrange sensation, un sentiment que je ne ressens qu'en compagnie de certains Syndrigastis. Une émotion proche de la nostalgie, qui parfois fait ressurgir un doute qui certaines nuits ne me lâche pas. Une interrogation, qui jamais ne cesse de trouver son chemin dans mon esprit et qui en cet instant, alors que nos regards se croisent, se fait plus pressante que jamais. "Ai-je été un père pour ainsi ressentir un tel besoin de protéger ceux qui sont faibles ? Ai-je un jour bercé dans mes bras mon fils ou ma fille pour que je sente mon coeur défaillir à chaque fois que je tends la main pour quelqu'un qui est dans le besoin ? Ai-je été marié ? Ai-je une famille ? Des descendants ? Quelque chose qui prouve qu'un jour j'ai été là, heureux, amoureux et vivant ?" La tête semble me tourner et désireux de ne point paraitre faible devant celle qui me remercie de cette simple attention, je m'installe plus confortablement dans mon fauteuil, oubliant tabac et écume sur un coin de mon bureau, pour mieux apprécier les longs remerciements dont elle m'abreuve. Gêné et pourtant flatté, il me semble sentir mes joues s'échauffer tandis que je détourne le regard, trouvant un soudain intérêt au feu qui ronronne dans la cheminée à quelques pas de nous. Je pourrais tenter de lui dire que ce n'est rien et que ce n'est pas grand chose, mais je n'ai pas le courage de proférer un tel mensonge. Alors à la place, je me contente d'un léger sourire, puis d'un haussement d'épaule discret, qui s'accompagne d'un début de murmure.

"Ce n'est rien… Vous disiez vouloir en tenir un…" Et il traînait là, dans un mes tiroirs. Je laisse mon silence prendre l'ascendant sur mes paroles, feignant ainsi un air intéressé et poli alors qu'elle commence à me raconter sa vie, débutant par la maison de ses parents, avant de digresser vers sa famille, puis son Ymbryne pour terminer par ses regrets. Tout du long de son discours, j'avoue être balloté entre le flots de mes pensées et de ses paroles, me concentrant autant sur l'un que l'autre, sans jamais être capable de fixer mon attention sur un des deux sujets. Non, perdu avec moi-même, je l'écoute d'une oreille tout en repensant à cet étrange besoin de la protéger qui lentement devient un routine que mon esprit répète mécaniquement et que mon coeur pulse dans mes veines. Elle a un quelque chose qui me ramène à un temps ancien, d'elle il se dégage un charme nostalgique qui agit sur mon esprit comme les rêves le font, réveillant en moi des souvenirs que j'ai beau chasser et qui continuent pourtant de m'échapper. Ils sont là, à me narguer, à distiller dans mes pensées des restes d'impressions et de sensations, mais jamais, ils n'acceptent de se révéler à moi et de me murmurer les secrets que j'aurais besoin de connaître. Ils sont là, comme des fantômes qui refusent de prendre forme, rien de plus que des volutes de fumée qui s'évaporent après une fugace danse. Des choses éphémères qui peut-être n'ont de raison d'exister que parce qu'elles sont voués à être volatiles et profondément intangibles. D'un battement de cils, je chasse tout ça au loin, revient un peu plus à moi et pose mes prunelles sur elle, comprenant alors que j'aurais dû m'exprimer plus tôt au lieu de rester dans ce mutisme qu'elle doit très certainement mal interpréter. J'entrouvre les lèvres et me redresse un peu, tente de me racler la gorge et enfin, j'arrive à bredouiller un semblant de syllabes.

"Apprentie Ymbryne donc." Ça explique certaines choses… J'ai toujours été un peu faible en leur compagnie, ou du moins, du genre à vouloir me mettre à leur service, comme si je tentais de racheter mes fautes et d'atteindre l'absolution du bout de leurs doigts. "À vous entendre… La maison devait être belle et si pleine de vie…" J'ai un sourire presque triste. "Il devait être fascinant de voir vos parents travailler…" Je prends quelques notes rapides, m'autorisant une image sur la danse du tissu. Je pousse un soupir et hésite avant de reprendre, la tête légèrement penchée sur le côté. "J'ai vu bien des particuliers, entendu des tas d'histoires… Et même si ils sont d'une autre boucle, j'ai peut-être croisé l'un d'entre eux ? Il suffit de me dire qui ils étaient… Et peut-être, entre deux pages nous pourrions les retrouver…" Dans ses prunelles je pose les miennes, esquissant au passage un sourire plus amical. "Je sais que ce n'est sûrement rien à vos yeux et que n'étant pas une Ymbryne je ne peux rien faire de plus mais… Quelqu'un m'a peut-être parlé d'eux avant vous et… Je pourrais aider, un peu. Que ce soit à savoir si ils vont bien ou… À faire votre deuil." Je baisse un peu les yeux. "Je suis passé par là moi aussi. J'ai quitté ma boucle, mon Ymbryne, mes Syndrigastis… Et depuis, rien. Pas un mot, pas une lettre, pas une nouvelle. Je ne sais si ils sont en vie ou même heureux. J'ai peur pour eux et au fil des années, comprenant que je ne pourrais jamais rentrer, j'ai accepté de faire mes adieux et d'attendre éventuellement le jour où je pourrais la revoir." Un autre sourire m'échappe alors que j'ai pour mon Ymbryne une pensée tendre qui me ramène à l'époque où dans les bras d'une femme, j'ai été un jour aimé. Pensif, je laisse mes pensées dériver et m'amener jusqu'à cette réflexion que j'ai, pour elle, à voix haute.

"Nebulosa." Je fronce légèrement les sourcils et porte une phalange ou deux à mes lèvres pincées. "C'est une espèce de chouette si je ne me trompe ? Effraie ou hulotte ?" J'ai un léger sourire qui me fait doucement plisser le nez. "J'hésite, en plus d'avoir peur de dire une bêtise et de vous froisser…"
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Margaret Nebulosa

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MessageSujet: Re: Daysleeper - Thad & Peggy   Mar 28 Mar - 21:59


Daysleeper
Thad & Peggy, rencontre matinale autour d'un thé.

Il n'y a pas d'autre bruit autour de nous que le feu qui crépite dans la cheminée et le vent qui souffle dehors en cette matinée froide, encore et toujours. Qui a toujours été froide et qui le sera toujours, jusqu'à la fin de temps même, tant que cette boucle est renouvelée. Et nous là dedans, nous sommes des fourmis piégées dans l'ambre avec l'illusion qu'on vit une vraie vie, qu'on peut contrôler, diriger, mener comme bon nous semble alors qu'au final ce n'est encore et toujours qu'une seule et même journée répétée à l'infini... Mes doigts effleurent rêveusement le cuir souple et moelleux du calepin, vraiment un bel objet dont il m'a fait cadeau. Et je me demande ce que je vais y raconter : juste les particularités de cette époque? Ce dont je dois me souvenir à tout prix? Simplement des faits, des dates et des règles? Ou alors est-ce que je vais suivre son exemple et devenir une gardienne de la mémoire de ceux que j'ai perdus? Rassembler au plus vite ce que je me rappelle d'eux pendant que je m'en souviens encore? Pendant que tout est encore frais? Peut-être... mais je ne sais pas si je saurais trouver les mots justes alors que lui... il a l'habitude. Nous verrons... nous verrons...

Mon sourire s'agrandit et ma gorge se dénoue quand il résume mon don et conclut le résumé que je viens de lui faire de ma maigre existence, dans un autre lieu et un autre temps... Je hoche lentement la tête et de radieux mon sourire se fait plus rêveur quand il continue de parler de la maison. Ma maison... Mais comment faire en sorte qu'il s'imagine vraiment ce que c'était. Comment faire en sorte qu'il puisse s'imaginer les courses poursuites dans le verger, les cours d'astronomie la nuit, où on était tous allongés sur des couvertures pour regarder les étoiles filantes, les batailles de boules de neige et les bals qu'on improvisait? Comment lui raconter le bruit du vent dans les feuilles de printemps et le chant des criquets ou des rossignols à la tombée du jour? Comment lui expliquer les jours de pluie où la maison était pleine de corps avachis dans des positions toutes plus bizarres les unes que les autres, un livre à la main et une tasse de thé dans l'autre? Les pièces de théâtre qu'on montait ou les concours de poésie? Les parties de cartes ou de petits chevaux qui finissaient en rires ou en bataille rangée avec son lot d'insultes et de pièces jetées à travers le salon? Il ne pourrait pas comprendre sans l'avoir vécu... Les mots ne suffiraient pas car ça englobait tellement de choses...

Je... oui c'était presque magique, les roses, les formes qui arrivaient à naître des rubans, du fil et des perles... et voir des fleurs pousser juste quand on les effleure... c'est vrai que c'était beau. Ca l'est toujours... et ils me manquent c'est vrai... Ca a été très dur de partir, surtout que je ne les avais jamais quittés avant ça...

Mes doigts commencent à jouer nerveusement avec les cordons de cuir du carnet alors qu'il parle d'eux, de mes particuliers, ceux qui sont loin, perdus dans ce monde si vaste et je hoche la tête en écoutant sa proposition.

En effet si... vous arriveriez à vous souvenir de quelque chose, de quelqu'un qui vous aurait parlé d'eux ça serait un début de piste formidable... et je... même si je sais bien que c'est quelque chose que je dois envisager, je ne peux pas croire qu'ils puissent être morts, tous. Ils... ils sont juste quelque part et j'espère avoir simplement la réponse à mes questions...et pouvoir les retrouver. C'est ce qu'il faut... Je... ne pourrais pas abandonner les recherches tant que je n'aurais pas la preuve qu'ils sont bien morts. Avant ça, je continuerai à les chercher... et pour que vous vous les imaginiez je vais commencer avec mon ymbryne...

Pendant un bon quart d'heure je lui parle de cette deuxième famille que j'ai rencontrée là bas, dans la vieille maison au toit de chaume. De chacun, de ses habitudes, son caractère, sa ville d'origine, et bien sûr sa particularité. Je lui dis tout ce que j'ai appris de chacun d'entre eux, laissant les informations voler dans la pièce jusqu'à ce qu'il les attrape de sa plume et les couche sur le papier en un délicat crissement de plume. Jusqu'au moment où j'ai tout dit. Enfin le principal, assez pour que quiconque les ait croisés puisse s'en souvenir, et me le dire... sauf que ça n'évoque rien pour lui malheureusement. Alors pour changer le cours de la conversation à défaut d'avoir pu changer celui de ma vie en m'annonçant qu'il avait des informations il me parle de l'oiseau en lequel je me transforme.

Je... je suis une chouette lapone. Celles avec le plumage gris ardoise moucheté de blanc, et aux grands yeux jaunes... Vous voulez que je vous montre?

Et peut-être que me transformer chassera la nostalgie, la peur et l'angoisse que tout mon récit a réveillé en moi.


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Thaddeus Gentilis

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MessageSujet: Re: Daysleeper - Thad & Peggy   Mer 5 Avr - 11:46

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"Lapone donc…"

Le regard un peu plus dans le vide, les phalanges toujours appuyées contre mes lèvres pincées, je semble pensif tandis que dans mon esprit, je dessine le plumage délicat de celle qui me fait face, en venant même jusqu'à réaliser qu'à part dans les ouvrages sur la faune et la flore qui traînent dans mon bureau, je n'ai jamais eu le plaisir de réellement contempler la beauté de ce chasseur nocturne que j'enviais parfois pour la grâce de la silhouette et de son vol que l'on dit encore plus silencieux que le mien. Les prunelles au loin et l'esprit occupé à remuer plus d'une pensée, je me fais mutique et presque à fermé à sa proposition de se changer et d'ainsi me permettre d'admirer son plumage. Sans m'en rendre bien compte, je fronce les sourcils et soupire légèrement, encore obnubilé par les particuliers dont elle m'a tant parlé, et dont les histoires et vies noircissent désormais les pages de ce cahier que je pensais lui consacrer. Et même si j'admets que tous sont une part d'elle, je suis presque déçu de constater qu'en un bon quart d'heure de discussion, elle continue d'être à mes yeux une vague connaissance alors qu'eux sont presque des êtres de chair et de sang qui prennent vie au travers de l'encre et du bout de ma plume. Mais puis-je réellement me désoler de tout ça, quand moi-même, je n'existe qu'au travers des fantômes de mon passé et de ceux que j'ai derrière-moi délaissé pour partir à la recherche de souvenirs que je ne suis plus si sûr désormais de vouloir découvrir ? Puis-je réellement ainsi me désoler de son inquiétude et de son envie de retrouver les siens, quand j'ai été un jour pareil ? Le frisson qui sur mon échine glisse semble me répéter que non à chaque vertèbres qu'il rencontre tandis que toujours perdu au loin, je continue d'ignorer la pauvre Margaret, qui bientôt va se demander si elle n'a pas dit quelque chose de travers.

"Je pourrais tout retaper… 'Me prendrait quelques jours, ou nuits… Dépendra…"

D'entre mes lèvres glissent les pensées que je me répètent à voix basse, dévoilant ainsi à ma pauvre invitée, le tic de l'écrivain qui entre deux volutes de tabac, avoue sans honte passer trop de son temps derrière feuilles et machine à écrire pour malheureusement romancer parfois un peu trop la vie de certains… S'éloignant par instant de la vérité pour avec de plus jolies phrases, retranscrire l'existence de celui ou celle qui a accepté de lui susurrer au creux de l'oreille ses quelques secrets. Il ne s'agit jamais d'invention, mais d'enjolivement par les mots. Au lieu de parler d'une femme que l'on a épousé, je préfère écrire à propos d'un amour discret et sincère qui n'a jamais suscité les flammes de la passion mais plutôt de doux baisers et un anneau en or qui à l'annulaire gauche serait passé. L'aube et le crépuscule deviennent des figures récurrentes tandis que le temps qui passe se fait symphonie… La fiction n'est pas ce qui compte, ni ce qui importe. Les mensonges n'ont pas de place sur le papier… Mais est-il si impensable de vouloir rendre magnifique ce qui est déjà beau ? La question me hante encore, alors que je relis mes écrits que je ne fais lire à très peu, sûrement par crainte de m'attirer la critique trop sévère de ceux qui pourtant ne veulent que du bien. D'un geste de la main je dissipe la fumée du tabac qui meurt au sein de mon écume tandis que je reprends d'une voix plus douce, abandonnant mes réflexions pour retrouver la compagnie de ma pauvre Peggy.

"Excusez-moi… Je fais un bien mauvais hôte…" Je tente un léger sourire alors que je croise à nouveau ses prunelles. "Je dois avouer que je serais honoré d'avoir le plaisir de contempler votre plumage, mais… Pour ne pas être égoïste… Et sûrement parce que cela nous ferait du bien à tout les deux… Pourquoi ne pas aller voler ensemble ? Je pourrais vous montrer plus amplement le domaine et ça vous aidera sûrement à retrouver le sourire…."

Parce que je l'ai vu. J'ai vu cette pointe de tristesse dans ses yeux, cette petite étincelle terne qui m'est bien trop familière. Sans réellement attendre la moindre réponse, je referme mon carnet et me lève, allant jusqu'à ma fenêtre que j'entrouvre légèrement. Un léger frisson fait se contracter quelque peu mes épaules tandis que sur mes lèvres se dessine le souvenir du jeune homme taquin que l'autre devait être à une époque.

"Après vous..."

Je n'ai pour elle qu'un murmure joueur avant de que je n'entame ma métamorphose, faisant de ma chair celle cet autre que je suis tandis que les plumes remplacent ma peau sensible. Mes yeux prennent la teinte de ceux du chasseur et un battement de coeur tout au plus, je deviens le rapace qui par la fenêtre s'échappe et abandonne derrière-lui, autant Peggy que ses vêtements au sol. Sur une branche voisine, d'un arbre pas si lointain, je vais me poser, guettant ainsi la venue ou non de la petite chouette.
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MessageSujet: Re: Daysleeper - Thad & Peggy   Lun 10 Avr - 19:32


Daysleeper
Thad & Peggy, rencontre matinale autour d'un thé.

A mesure que je parle tout me revient en mémoire, même les plus petites choses, les poussières de détail qui maintenant, maintenant qu'ils ne sont plus là me sont encore plus précieux. La plus petite information a son importance, cruciale même, parce que c'est par là que commence l'oubli, perdre les fragments les plus minuscules d'abord, puis les choses de plus en plus essentielles. Là je lui dis tout ce dont je me souviens, me rappelant alors que mes mots s'échappent de mes lèvres tous ces visages curieux et accueillants alors que je suis arrivée, terrorisée par cette nouvelle vie qui allait commencer pour moi, par ce nouveau rôle que j'allais devoir jouer, avec une horde de petits syndrigastis à protéger et à guider, moi qui il n'y avait pas si longtemps encore était seulement la fille de mes parents, celle qui avait quelqu'un à qui demander conseil, des gens plus sages et plus expérimentés. Là... là c'était moi qui allait devoir veiller sur eux, qui allait devoir prendre certaines décisions et j'étais terrorisée. Je revois la maison au bout du chemin de pierres, perdue dans les prairies et non loin d'une forêt, un peu comme à la maison. Le soleil de la boucle était haut et chaud et les arbres explosaient de fleurs colorées et de feuilles d'un vert tendre. Et puis elle, mon ymbryne, celle qui allait remplacer à la fois mes parents, mes frères, mes soeurs, mes oncles et mes cousins. Celle qui allait donner le ton ici, qui allait m'apprendre et tout m'expliquer, répondre aux mille questions qui me trottaient en tête et qui me brûlaient les lèvres. Je me rappelle des discussions qu'on avait toutes les deux dans le salon déserté par les plus jeunes, juste nous deux, avec un verre de whisky, une cigarette, et des vinyles des Doors en fond sonore. Je me rappelle avoir trouvé en elle une meilleure amie, ce que je n'avais encore jamais connu, une confidente qui n'était pas de ma famille, une conseillère, quelqu'un avec qui rire aussi. Beaucoup rire... Tout ça défile devant mes yeux et cette fois, au lieu de m'en rappeler pour essayer de ne pas l'oublier, je me détends, je me dis que grâce à Thaddeus, mon explorateur immobile, mon voyageur aux yeux couleur de ciel, rien ne sera oublie, rien ne sera perdu. La plus petite miette d'eux, de ce dont je me souviens d'eux, de ce qu'ils ont été sera gardée précieusement sur les feuilles d'un de ses beaux carnets en cuir, et aura sa vie propre. Maintenant ma mémoire n'est plus la seule gardienne de ce qu'ils ont été, mais les pages se joignent à moi, en fidèles demoiselles qui n'oublient pas, en gardiennes des souvenirs qu'on les confie. Et à toi aussi mon explorateur... je te confie ces quelques mois qui ont été si précieux pour moi. Je te confie les larmes et les sourires de ceux qui ne sont plus là. Ce qu'ils aiment et ce qu'ils détestent. Leurs surnoms et leurs passions. Je mets tout ça sous ta garde, ô mon fidèle veilleur de souvenirs, car je ne peux pas être seule à me souvenir de tout, ça serait trop risqué. La mémoire peut défaillir, peut me trahir, nous trahir même tous les deux, mais elle est impuissante contre ce qui a été soigneusement écrit et rangé. Alors je te laisse cette tranche de ma vie, et ceux qui la peuplaient pour que tu en fasses bon usage.

Et je souris en le regardant, apaisée, soulagée aussi de sentir que je ne suis plus la seule à devoir me rappeler de tout, et amusée de le voir rêveur après mes révélations. Est-ce que j'aurais réussi à le convaincre de m'aider? Est-ce que je serais arrivée à les rendre aussi réels pour lui qu'ils l'ont été pour moi? Je n'en sais rien et je le laisse tranquille, à observer les nuages de ses pensées passer dans ses beaux yeux avant de finalement sortir de sa torpeur et me regarder vraiment.

Ce n'est pas la peine de tout réécrire... Rien que de savoir qu'ils sont tous dans vos archives, qu'une trace d'eux va rester...c'est déjà très bien. Je...désolée de vous imposer autant de travail c'est juste... j'avais peur d'être la seule à me souvenir d'eux. Là... vous me rassurez... Et c'est gentil...

Est-ce qu'il m'entend? Je ne sais pas. Je sens juste qu'il est loin, très loin, dans un ailleurs qu'il a peut-être déjà vu en vrai mais auquel il accède en rêve pour l'instant. Est-ce qu'il est plongé dans mon histoire? Est-il en train de repenser à mes particuliers? A d'autres dont l'histoire était identique? Aucune idée... ses yeux sont aussi comme un lac dont on ne voit pas le fond même s'il invite à y plonger... Je le laisse, car il a peut-être besoin de se plonger dans ses souvenirs, ou de prendre un moment pour analyser tout ce que je viens de lui dire. J'attends donc, observant les bibelots et les objets qui décorent son bureau massif, regardant le feu crépiter dans la cheminée, avant de le voir soudainement revenir à lui, à moi et au monde même, m'accordant un sourire aussi charmant que désolé.

Ce n'est rien, ça m'arrive aussi... et oui... allons voler un peu, ça me fera du bien... Je n'ai pas l'habitude d'être enfermée aussi longtemps à cause de cette neige alors... une promenade me fera le plus grand bien.

Je feins une révérence quand il me dit de passer la première, me penche pour délacer rapidement mes bottines puis ferme les yeux. Il me faut quelques minutes avant de sentir le frisson habituel qui marque le début de la transformation, puis les chatouillis qui commencent au bout de mes doigts pour remonter jusqu'à mes épaules et ma nuque. Je rapetisse, ma peau se couvre de plumes et rapidement je me retrouve engoncée dans les kilomètres de tissu qui composaient ma tenue, mais qui maintenant m'apparaissent comme une tente immense dont je dois trouver une issue. Je piaille et me tortille un peu avant de voir un peu de lumière au loin. Satanée robe, et satanées épaisseurs qui sont à deux doigts de me faire mourir ensevelie là-dessous. Le col de ma robe. C'est par là que j'apparais, contemplant la pièce sous un angle nouveau de mes yeux maintenant dorés, avant de m'envoler silencieusement pour me percher sur la chaise de son bureau. Mais il n'est pas là. Sa transformation à lui doit être bien plus rapide que la mienne mais qu'importe. Le vent glacé fait frissonner mes plumes mais sous cette forme je ne souffre plus du froid. Au contraire, je brûle de sortir, de voler et d'arpenter ce nouveau monde...

Nouveau vol, nouveau bond sur le rebord de la fenêtre ouverte, faisant pivoter ma tête tout autour de moi avant de remarquer l'autre rapace dans l'arbre. Je crie à nouveau, pour lui faire comprendre que j'arrive, que je suis là avant d'étendre mes ailes et d'un battement rapide, je le rejoins, impatiente d'aller plus loin et plus haut.


©S a n i e


On a beau chercher, on ne trouve jamais que soi même.
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