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 « Complaintes d'un oiseau blessé. » Thadeus. [Flashback]

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MessageSujet: « Complaintes d'un oiseau blessé. » Thadeus. [Flashback]   Dim 4 Déc - 23:49

« Complaintes, d'un oiseau blessé »

Jours ennuyeux. Nuits assassines. Les heures passent, mais ne demeurent pas bien différentes les unes des autres. Les secondes défilent, mais chacune semblent d'un ennui à couper le souffle. Elle se complaît à toiser, à observer le monde, à le découvrir, bien qu'il soit des plus répétitifs.  Elle se plaît à se convaincre que tout est encore possible, alors que dans cette prison dorée, elle est à tout jamais enfermée. Il n'y a probablement aucun mot, pour décrire à quel point l'enferment la contrariait, à quel point sa condition la désarmait. Mais de mauvaise fortune, Zophia se devait de faire bon cœur, et essayait tant bien que mal de tirer avantage de cette situation, d'y trouver un semblant de bonheur. Elle ne pouvait pourtant pas s'empêcher de lui en vouloir. Elle ne pouvait pourtant s'empêcher d'être amère, quant aux décisions de son père. Voulant la protéger d'un monde bien trop hostile, il avait décidé de la condamner à revivre inlassablement ce jour horrible. Ce jour, qu'elle avait dû apprendre à apprécier, malgré l'Enfer de la guerre. L'Homme était d’ôté d'un incroyable instinct de survis, voilà pourquoi depuis toutes ces années, Zophia n'avait point sombré dans la folie.

« Voilà, tu es parfaite maintenant. » Dit-elle, lâchant les cheveux de l'enfant, un large sourire illuminant son visage. La petite la gratifia d'un bisou sur la joue, avant de quitter la pièce, pour aller jouer. Parfois, la blonde enviait les plus jeunes de l'auberge, et elle se demandait ce que pourrait être une éternité d'insouciance. La plupart de ces enfants avaient perdu leurs parents sous les bombardements, et bien que le monde ne leur avait point fait de cadeaux, ils étaient encore là, debout ; si petits, mais si grands à la fois.

La jeune femme soupira longuement, toisant par la fenêtre l'averse qui venait de s’abattre sur la ville. Ce fut hier, en cet instant précis qu'elle l'avait aperçu. Qu'elle avait aperçu ce pauvre petit animal blessé, n'ayant point su déjouer les mauvais desseins du destin. Ce fut sous cette averse glaciale, qu'elle avait trouvé cet autour, inconscient sur le sol, frigorifié, et ce fut tout naturellement que la blonde avait accouru, pour le secourir. Depuis hier, il résidait dans sa chambre, loin de tous les regards indiscrets, du bruit, tel un clandestin. Elle s'était occupée de lui comme une mère ce serait occupée de son enfant, l'ayant nourri et réchauffé, lui ayant même laissé une place dans son lit. Toute la nuit, elle avait veillé sur le son de sa respiration, et ce fut avec joie qu'elle avait pu constater que son état s'était stabilisé. Mais elle remarqua bien assez vite qu'il s'était fait une légère entorse à la pâte, qu'elle avait essayé de soigner avec une atèle de fortune, de sa propre création.
Magda n'appréciait pas particulièrement que l'on recueille des animaux dans son dos, aimant être au courant de tout leurs faits et gestes pour s'assurer au bon fonctionnement de l'auberge. Mais cette fois la situation était différente, celle-ci étant en déplacement. Zophia espérait d'ailleurs que ses journées demeuraient plus amusantes que les siennes, car celle-ci semblait avoir un profond besoin de se détendre. Non pas que Zophia la trouve coincée, mais elle devait admettre qu'elle manquait parfois cruellement de fantaisie. La blonde ne put s'empêcher d'esquisser un sourire à cette pensée, remerciant le ciel que celle-ci n'ait point le don de lire dans les pensées d'autrui.

Il lui fallut une bonne dizaine de minutes, avant de se décider à rejoindre sa chambre, pour prendre des nouvelles de son nouveau compagnon. Comme à son habitude, Zophia chantonna dans les couloirs, sous les aboiements de quelques garnements, qui attestèrent qu'elle chantait comme une véritable casserole ; les jaloux. La blonde haussa les épaules et poussa la porte de sa chambre, visiblement pas prête à assumer ce qui allait suivre. Et pour cause, l'oiseau avait été remplacé par un homme d'au moins un mètre quatre-vingt, qui dormait paisiblement sous ses couvertures. Sans s'en rendre compte, Zophia avait échappé un hurlement, ce qui eu pour don d’ameuter toute l’assistance à l'étage.

« Non, non, non, ce n'est rien, juste une araignée. Vaquez à vos occupations. » Avait-elle dit, essayant tant bien que mal de se redonner une contenance. Son excuse eut l'effet escompté, et tout le monde était redescendu, la prenant probablement pour une dérangée.
Zophia ferma la porte derrière elle, prenant soin de ne pas réveiller l'individu. Il semblait fatigué, épuisé, et son teint légèrement blafard laissait penser que ses dernières journées avaient été épouvantables. Elle fut tentée de le laisser dormir encore quelques instants, mais elle avait des questions à lui poser, et se devait de connaître ses intentions. Zophia s'empara d'un balai, qu'elle utiliserait comme arme, s'il en venait à l'agresser. Le spectacle lui semblait insoutenable de ridicule, mais dans ce cas extrême, elle se devait de faire avec les moyens du bord. Gardant une distance raisonnable, la blonde dirigea le manche de son balai sur la joue de l'impétueux, et appuya légèrement dessus pour le réveiller.
 


Dernière édition par Zophia O'Cleary le Jeu 16 Fév - 13:36, édité 1 fois
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Thaddeus Gentilis

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- Autour amnésique -
❧ Boucle Temporelle : 19 décembre 1873
❧ Particularité : Métarmophose en Autour des Palombes (Accipiter Gentilis) - Le rapace qui devient le gardien. Le chasseur qui se fait protecteur.
❧ Occupations : Gardien du refuge, protecteur des ymbrynes et historien à ses heures perdues.
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MessageSujet: Re: « Complaintes d'un oiseau blessé. » Thadeus. [Flashback]   Mar 6 Déc - 11:16

Complaintes d'un oiseau blessé
Zophia & Thaddeus
I'm gonna live like tomorrow doesn't exist, like it doesn't exist. I'm gonna fly like a bird through the night, feel my tears as they dry



La pluie, la boue, mes plumes froissées, ma patte blessée. Tout recommence. Tout se répète. L'absence n'est pas encore là, mais coincé sous ma forme d'autour, je crains déjà l'instant où j'oublierais à nouveau, perdu dans l'océan de mes vêtements et affaires qui progressivement, face aux assauts de la pluie ne semblent faire qu'un avec la terre humide. Un piaillement bien faible m'échappe et conscient de perdre à nouveau tout espoir, je ferme les yeux, laissant le froid gagner ce combat que je ne voulais pas mener. Un dernier frisson fait frémir mes plumes et enfin, je clos mes paupières, priant pour qu'une fois de plus, deux mains viennent me recueillir. Mais prisonnier de l'inconscience, je ne sens pas les paumes douces et bienveillantes qui me tirent de cet enfer glacé, ni les bras dans lesquels je termine ou le coeur qui bat contre la cage thoracique de celle qui me tient contre sa poitrine. De tout ça, je ne suis pas conscient, bien trop occupé à combattre les angoisses et autres cauchemars qui rampent et peuplent mon esprit tourmenté par les doutes qui me rongent. Un esprit, qui englué dans l'incertain, se poisse de mes craintes et des fêlures que je tente de colmater par les moments que je passe en compagnie de ceux qui pensent que Thaddeus est celui que j'ai toujours été. Comme embourbé dans du goudron, je me laisse glisser dans mes songes obscurs, acceptant entre deux respirations que je ne perçois pas, les visions de mon passé déformé par les monstres qui nichent dans mon inconscient. "Cesse de lutter. C'est terminé." Ses paroles sont déformées, détruites par l'angoisse. Sur ma rétine, tout semble défiler à l'envers, comme si quelqu'un rembobinait mon esprit et mes souvenirs. De ses mains je passe à la terre froide et poissée de sang. "Shhh... C'est bon. Ce n'est plus la peine de lutter." La boue me recouvre, le ciel redevient gris, ses pas s'éloignent et tout devient comme du papier paraffiné qui entre mes doigts se consume. Tout s'étiole et ne devient que cendres, comme c'est toujours le cas en fin de vie. Le brasier devient néant et le bruit, silence.

Pourtant je m'éveille, difficilement certes, mais à la vie je reviens. J'ouvre un oeil, puis deux, avant de sentir la chaleur qui m'entoure et la bienveillance dans le regard de la jeune femme, qui penchée vers moi, s'occupe de me sécher, puis de présenter à mon bec un morceau de pain, sûrement subtilisé pour nourrir la créature troublée qu'elle pense voir en ma personne. Hésitant, car trop empreint d'une désagréable sensation de déjà-vu, je tente de mettre le doigt sur ce qui me chiffonne, au point de refuser les soins et l'attention de celle qui a eu la bonté de me tirer du bourbier dans lequel j'étais empêtré. Mais plus je tente de fouiller dans ma mémoire, plus je me fatigue à trouver cette impression d'avoir oublié quelque chose que je semble avoir envie de ressentir, comme par besoin malsain de confirmer mes craintes les plus viscérales. Je fouille, griffe et blesse mon esprit, dans l'espoir de trouver ce blanc que je cherche tant à combler mais rien. Je sais qui je suis, je sais où je vais et je sais pourquoi je me suis perdu. Thaddeus voulait voyager. Mais voilà, j'ai beau être un oiseau, je n'ai visiblement le potentiel de n'être que le genre qu'on garde en cage et qui ferait mieux de ne plus tenter de s'aventurer hors de son refuge. Je m'ébroue quelque peu, accepte le bout de pain et mange tandis qu'autour de ma patte blessée, elle pose une atèle de fortune qui arrache au rapace que je suis un petit cri de remerciement, ou tout du moins, un son le plus doux possible pour lui faire comprendre que j'apprécie tout le temps qu'elle passe à tenter de me dorloter. Sans rechigner un seul instant, j'accepte la moindre de ses attentions, allant même jusqu'à grandement apprécier la nuit qu'elle m'offre dans son lit.

Lové contre elle, j'accepte cette intimité qu'elle m'offre et cet instant dans ses bras, cette nuit que je passe, à me réchauffer autant au creux de ses bras que de ces draps. Débarrassé de toutes angoisses ou craintes, et peut-être exténué ou lassé de cette situation qui se répète, je sombre dans un sommeil sans un rêve, dans une douce inconscience qui n'est troublée par rien et qui même par son réveil, ne s'interrompt pas. Perdu dans ce besoin de me ressourcer et de me reposer après des jours d'un voyage dur et loin d'être plaisant et doux que je ne le pensais, je me complais dans ce sommeil que rien ne brise ou ne dérange. J'exige ce repos, et ignore même mon propre corps, qui changeant d'apparence, troque les plumes pour la silhouette de l'homme épuisé. Ma peau frissonne, encore sensible de la métamorphose, sous les draps qui jusqu'ici si confortables. Remontant de l'inconscience pour un état de demi-sommeil, j'ai l'impression d'entendre de vague sons. Peut-être une porte qui se ferme, une respiration qui redevient normale, puis plus rien. Le silence revient et mon inconscience avec. Je sombre à nouveau et je m'imagine retrouver dans mes rêves le sourire si fragile de mon Ymbryne, et ses doigts fins, qui à nouveau pourraient se refermer sur mon col ou l'un de mes poignets. Mais jamais de ça ne vient, car dérangé par la pression que l'on effectue sur ma joue, je m'éveille en un sursaut, me redressant vivement avec la fébrilité d'une proie qui craindrait d'être découvert par le prédateur. Désormais assis, le regard presque fou et les lèvres entrouvertes, je pose mes prunelles teintées de terreur sur la jeune femme qui m'observe, balai en main. Les draps glissent jusqu'à mes hanches, mes mains se crispent sur ceux-ci pour les retenir alors que je croise le regard de l'inconnue qui hier soir, semblait pourtant aimer m'avoir entre ses draps. Le souffle court, je suis bien incapable d'aligner le moindre mot tandis que contre ma cage thoracique, qui se soulève au rythme effréné de ma respiration, bat mon coeur. Un frisson dévale mon échine et mutique, j'observe celle que je crains en cet instant. Et finalement, il s'élève d'entre mes lèvres un murmure, presque une plainte, qui témoigne de ma détresse.

"Ne... Ne me faites pas de mal... Je vous en prie."
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MessageSujet: Re: « Complaintes d'un oiseau blessé. » Thadeus. [Flashback]   Lun 26 Déc - 23:31

« Complaintes, d'un oiseau blessé »

À la vue de son regard apeuré, elle se figea, complètement décontenancée. Ce fut instantanément qu'elle baissa son arme, légèrement honteuse, face à son éternelle paranoïa. Une larme s'échappa de son océan, sans qu'elle ne puisse la retenir, sans qu'elle ne puisse la cacher. Cette terreur qu'elle avait lu sur son visage l'avait complètement bouleversé, attristé, d'autant plus qu'elle en demeurait l'objet. Elle n'osait le regarder, ne pouvant plus soutenir ce visage terrorisé. Était-ce-elle, qui l'avait mis dans cet état ? Il avait probablement dû vivre des jours horribles, pour être dans cette détresse dévastatrice, au point qu'il puisse être désarmé face à elle. Sa faiblesse, sa fragilité l'avait touché au plus profond d'elle-même, se voyant en lui, le jour où elle s'était crue condamnée. « Mais je ne compte pas...je..enfin...je suis désolée. » Elle se mordit la lèvre de nervosité. Qu'avait-il à dire, dans ce genre de moment ? Le mal était fait, et elle ne savait nullement comment les sortir tous les deux de ce gourbi sans nom. Zophia ne s'était jamais sentie aussi stupide, et aussi peu fière d'elle-même.

Elle dut prendre une profonde inspiration avant d'ouvrir la bouche, essayant vainement de se redonner une contenance. « Ne vous en faites pas, il n'est pas chargé. » S'essayait-elle à l'humour maintenant ? Le pire dans tout cela, était qu'elle se trouvait à mourir de rire, douce contraste, lorsque l'on savait qu'elle aurait fondu en larmes, il y a de cela quelques secondes ; Zophia, l'excessive Zophia. Dans tous les cas, elle espérait que cela aurait pour don de détendre l'atmosphère, le rassurer sur ses intentions. « Je ne me savais pas si effrayante. » Ajouta-t-elle, un fin sourire se dessinant sur ses lèvres. Elle était consciente de s'enfoncer davantage, et que sa gêne était palpable, mais pourtant elle continuait, c'était plus fort qu'elle. Zophia ignorait ce qui avait poussé l'homme ici, ni ce qui lui était arrivé, n'ayant jamais croisé de métamorphe, mis-à-part les Ymbrynes.

La blonde avait des millions de questions à lui poser, mais il était bien trop faible pour supporter une telle surcharge, pour le moment. Pour l'heure, elle se devait de lui trouver des vêtements propres, et pour ce faire, elle fouillerait dans la garde-robes des jeunes hommes de l'auberge. D'ailleurs, elle mit deux bonnes minutes à se rendre compte qu'il était complètement nu sous les draps, et sans qu'elle ne puisse l'anticiper, le feu lui monta aux joues. « Dieu du ciel...je vais vous chercher de quoi vous habiller. » Balbutia-t-elle, en sortant en trombe de la pièce, ne manquant nullement de se prendre la porte en plein visage. L'homme allait sûrement se poser des questions quant à sa santé mentale, et Zophia serait sûrement la dernière à l'en blâmer, se sachant très peu douée pour les relations humaines. Et pourtant, elle aimait les autres, et elle les passait la plupart du temps bien avant ses propres envies. Son éducation stricte avait fait d'elle une personne peu soucieuse d'elle-même, et paradoxalement, cela lui avait été profitable. Si Zophia ne s'était concentrée que sur sa propre personne pendant toutes ces années, il n'y avait nul doute qu'elle aurait fini par sombrer dans la folie, tant l'enferment la contrariait.

Une fois avoir trouvé ce qu'elle cherchait, elle retourna dans la chambre le plus discrètement possible, pour n'éveiller aucun soupçon. Le regard fuyant, elle posa les vêtements sur la commode, ainsi qu'un bol de soupe prévu pour le dîner de ce soir. Zophia supposait qu'après ce long périple semé d'embûches, il devait probablement mourir de faim. La blonde eut cependant la courtoisie de se retourner afin qu'il puisse se revêtir, et voulant s'épargner une vision qui serait susceptible de la choquer à vie. « Encore désolée de vous avoir fait peur, ce n'était pas du tout mon attention. Mais comprenez que ce genre de situation est assez inhabituelle, surtout quand nous sommes soumis à vivre le même jour éternellement. » C'était une bavarde invétérée, et le pauvre homme allait bien vite s'en rendre compte. « D'où venez-vous ? » S'enquit-elle, ne prenant guère la peine de respirer, ne craignant nullement d'être indiscrète. Venait-il de cette boucle ? Elle en doutait fortement, son esprit y ayant presque virevolté dans les moindres recoins, et ne l'avait jamais croisé sur sa route.

 


Dernière édition par Zophia O'Cleary le Jeu 16 Fév - 13:36, édité 1 fois
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Thaddeus Gentilis

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MessageSujet: Re: « Complaintes d'un oiseau blessé. » Thadeus. [Flashback]   Mar 3 Jan - 14:31

Complaintes d'un oiseau blessé
Zophia & Thaddeus
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Elle pleure. J'ai peur. Nous formons un bien étrange duo. Les doigts crispés autour des draps qui menacent de dévoiler le reste de mon corps dénudé, je l'observe passer par bien des émotions avant de décider d'en rester à la détresse et la culpabilité. Les lèvres entrouvertes, le souffle encore court et le coeur toujours angoissé, je ne peux que la contempler en silence, sans vraiment comprendre ce qui se passe en cet instant dans sa tête. Elle semblait être prête à me faire mal, sûrement parce qu'elle ne pensait pas trouver à la place du rapace le jeune homme décevant que je dois être en cet instant, mais est désormais en proie à une détresse qui fait se serrer mon coeur encore palpitant et secoué par les évènements des derniers jours. Encore frissonnant et presque tremblant, je reste pourtant là, silencieux, à ne pas réagir aux mots qui traversent ses lèvres, comme en un claquement de doigts, j'étais revenu des années en arrière, à cette époque où je peinais à parler et à croiser le regard de quelqu'un… Où angoissé, je préférais me murer au sein de mon esprit et affronter le vide que d'écouter ceux qui tentaient de l'aider. Je bats des cils quand elle s'excuse et je ne dis rien. Presque hébété et encore secoué, je reste de marbre face à elle, à contempler pour mon plus grand désespoir la jeune femme qui lentement, semble se morfondre et s'en vouloir, peut-être de m'avoir ramené avec elle. Un frisson glisse sur ma peau et se fait comme les caresses d'un autre temps, souvenirs d'une personne qui n'est pas là en cet instant, tandis que la jeune femme s'excuse et ose un trait d'humour qui ne m'atteint pas. Une fois de plus je me fais silencieux, peu sensible à ce qui passe en réalité devant moi. L'esprit encore confus, l'angoisse au ventre, tout glisse sur moi comme la pluie le ferait sur les vitres. Je vois, je constate mais je ne ressens rien, ne percevant que ce bourdonnement étrange à mes oreilles et les murmures obscures de mon esprit incohérent. Rien ne fait sens, et c'est peut-être pour ça, que lorsqu'elle se permet une remarque supplémentaire, je me contente de pencher la tête sur le côté et de laisser mon regard se perdre sur sa silhouette que je détaille longuement. Effrayante elle n'en a pas l'air mais en cet instant, elle est celle que je crains. Mes pupilles se posent sur ses mains, aux doigts fins encore crispés sur le balai, et ignorent le sourire qu'elle esquisse. C'est amusant. Nous avons peur tout les deux, et si il est pourtant dans ma nature d'aller vers les autres et de tendre la main pour eux, je reste pourtant, là, à peine couvert de ses draps, à me demander si il ne serait pas mieux que rapace je redevienne. Je prends une grande inspiration mais ne desserre pas les lèvres, préférant en un froissement délicat, remonter les draps sur moi et ainsi couvrir temporairement ma peau désormais fraîche. Sur mon ventre, puis mon torse je fais glisser le linge et me dissimule dessous, provoquant alors la gêne de la jeune femme, qui visiblement prend enfin conscience que dans son lit, se trouve non pas un simple inconnu, mais un homme nu. Gêné pour deux, je baisse les yeux quand elle bredouille et bafouille, les joues rouges, avant de disparaitre et de me laisser seul dans cette chambre presque hostile.

Désormais seul, j'ose plus franchement tirer sur les draps et n'hésite plus à faire le lit pour m'enrouler dans ses couvertures, me couvrant enfin dignement jusqu'aux épaules, restant tout de même assis sur son matelas et adossé à la tête de lit, laissant mon regard se perdre sur cette chambre, à défaut de pouvoir faire autre chose. Sortir d'ici serait une mauvaise idée sur mon état et dieu seul sait sur qui je pourrais tomber… Je ferme les yeux, pousse un soupir et je m'en veux. J'aurais dû être plus prudent, ou du moins, ne pas penser que j'étais prêt à m'aventurer hors de ma boucle… Les minutes passent sans moi, et quand elle revient, je sursaute à moitié, moi qui déjà recommençais à somnoler. Sans un mot, j'observe ce qu'elle dépose et m'offre gracieusement, esquissant alors un semblant de sourire face aux vêtements que du bout des doigts je viens attraper. Je lui jette un coup d'oeil rapide, vérifie qu'elle m'offre une once d'intimité, et pendant qu'elle s'excuse, je m'empresse d'enfiler un dessous digne de ce nom, suivit rapidement par un pantalon, puis ma chemise que je boutonne presque fébrilement alors qu'elle me demande d'où je viens. Mes doigts s'immobilise au détour des boutons de mon col, et alors que je laisse celui-ci entrouvert, dévoilant encore ma gorge et la naissance de mes clavicules, je lui offre enfin une réponse, sous forme de quelques mots prononcés d'un ton doux mais encore réservé.

"Édimbourg…"

Je repousse les draps, souris quelque peu et glisse une main dans mes cheveux afin de discipliner ma crinière brune.

"Vous… Vous pouvez vous retourner… Avec des vêtements, je devrais être moins intimidant… Enfin, j'espère…"

Je tente un sourire, peut-être un peu pathétique et très certainement peu convaincant, mais tant pis. Toujours assis sur son lit désormais défait, je délaisse le bol de soupe qu'elle m'a ramené, en se disant sûrement que j'allais être affamé, mais le coeur n'y étant pas et l'estomac encore secoué, je préfère éviter pour l'instant, sentant de toute façon que j'ai sûrement des réponses à donner ainsi que des questions à poser.

"Je suis désolé…" Je passe ma langue sur mes lèvres avant de baisser la tête et de joindre mes mains, laissant de ce fait s'entrelacer mes doigts en un geste qui trahit ma nervosité. "Je ne pensais pas me changer ainsi dans votre lit… C'était… Enfin… C'était non contrôlé. Je… J'aurais préféré rester à vos yeux un simple oiseau que vous auriez sauvé… Ça aurait sûrement été… Plus plaisant pour vous et moins douloureux." Je frissonne à nouveau, puis soupire doucement. " Je viens de… D'Édimbourg… En 1873… Je… À la base, j'étais venu visiter votre boucle mais… Je ne sais même pas si j'y suis arrivé… Je crois que oui mais… C'est allé si vite… C'est encore confus." Je fronce les sourcils, pince les lèvres et replonge dans un profond mutisme alors que je tente de comprendre ce qui m'est arrivé.


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MessageSujet: Re: « Complaintes d'un oiseau blessé. » Thadeus. [Flashback]   Lun 13 Fév - 21:07

« Complaintes, d'un oiseau blessé »

Il resta de marbre face à sa tentative, et elle n'eut point le cœur à l'en blâmer, car après tout ce fut elle qui avait ouvert les hostilités. Mais elle dût tout de même reconnaître que la situation était des plus inhabituelles, et pour cela, il ne pouvait lui jeter la pierre d'avoir été méfiante.
Consciente que la manière dont l'homme demeurait affublé était des plus inconvenantes, la blonde se décida à descendre lui chercher des effets plus adéquats, ne voulant voir la lune en plein jour. Zophia ne savait guère si elle devait informer quelqu'un de la venue d'un nouveau pensionnaire, mais se décida à garder le silence. Après tout, peut-être qu'il ne pensait point séjourner ici, et de ce fait, elle préféra lui épargner les jacasseries et les regards curieux dont il ferait certainement l'objet. Cette pensée était d'une mauvaise foi à tout rompre, car égoïstement et pour le moment, elle souhaitait le garder pour elle seule, avide d'en connaître davantage sur l'homme tombé du ciel.
Se disant qu'il devait probablement mourir de faim après son long périple, elle lui servit un bol de soupe, espérant qu'il ne la vexe point en le refusant.

Une fois de retour dans la chambre, elle déposa les vêtements sur la commode, et se retourna afin de lui laisser un peu d'intimité. Et ce fut à ce moment que l'interrogatoire commença, n'y tenant décidément plus. Lorsqu'il répondit à son interrogation, Zophia réfléchit un instant, le nom de cet endroit lui disant quelque chose. Peut-être venait-il de la boucle de 1873, ce qui ne l'étonnerait qu'à moitié étant donné que les Ymbrynes avaient pour habitude d'accueillir de nombreux voyageurs. Mais selon elle, et étant donné la conjoncture actuelle, elle présumait que la venue de cet homme à l'auberge ne pouvait être que le fruit du hasard.

« C'est moi qui vous demande pardon, de vous avoir pris pour un sociopathe. » Répondit-elle à ses excuses. La blonde se sentait quelque peu honteuse, d'avoir agi de la sorte, consciente que sa réaction avait été disproportionnée.
Debout et retournée, la jeune femme ne put s'empêcher de bouger ses pieds nerveusement, telle une enfant gênée d'avoir fait une bêtise. Elle était fortement mal à l'aise, et ce demeurait palpable, bien qu'elle essaie de faire miroiter le contraire. Après tout, il fallait bien qu'elle remonte le niveau, et qu'elle l'accueille dans les règles de l'art ; il le méritait sûrement. Les paroles de l'homme furent animées par de multiples saccades, semblant tout aussi perdu qu'elle face à cette situation chaotique. Que devait-elle faire pour le rassurer ? Bien qu'elle aime le monde, Zophia avait toujours eu beaucoup de difficultés pour les relations humaines, tout simplement car elle n'arrivait jamais à garder son sérieux. C'était peut-être pour cela qu'elle adorait autant les enfants, se sentant elle-même parmi eux, sans aucun jugements. « Aider un oiseau blessé était gratifiant en effet, mais sortir un homme de l'Enfer l'est davantage. Ne vous en faites pas, je me suis remise de ce choc émotionnel. Et puis, vous ne me semblez guère  malveillant. » Essaya-t-elle de le rassurer, se doutant qu'être en terre inconnue n'avait rien d'aisé.

La blonde attendit un long instant avant de se retourner, et de faire face à nouveau à l'homme dont elle ne connaissait même pas le prénom. Sa confusion réussit à lui faire de la peine, consciente qu'il n'avait pas encore repris totalement ses esprits. La chute avait été violente, mais elle espérait qu'il se remette rapidement de ses émotions ; elle espérait que le plus dur était derrière lui. « Les derniers jours ont probablement dû être éprouvants, il est normal que vous soyez encore confus. » Elle ne savait de quel droit elle affirmait cela ne le connaissant pas du tout, mais le voyant se terrer de nouveau dans un mutisme sans nom, ce fut ce qu'elle put affirmer de plus judicieux. Mais Zophia finit par se mordre la lèvre inférieure, légèrement confuse de ne savoir que faire de plus pour lui, maudissant son impuissance. « Vous devriez commencé par manger, pour reprendre des forces. Et ne me vexez pas, je l'ai préparé avec amour. » Lui suggéra-t-elle, comme une maman le ferait pour son enfant, esquissant ce qui ressemblait à un sourire amical, se voulant une nouvelle fois rassurante. Mais elle avait raison dans le fond, il se devait de manger après une telle blessure, sinon il n'allait probablement pas tenir debout très longtemps.

Sans crier gare, Zophia se tapa le front, consciente d'avoir oublié les conformités – au combien banales – d'usages. « Oh, que suis-je impolie, je ne me suis même pas présentée. Zophia, pour vous servir ! » Se présenta-t-elle, lui faisait une petite révérence, ne pouvant s'empêcher de faire l'idiote, encore une fois.

 
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Thaddeus Gentilis

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MessageSujet: Re: « Complaintes d'un oiseau blessé. » Thadeus. [Flashback]   Ven 17 Fév - 20:58

Complaintes d'un oiseau blessé
Zophia & Thaddeus
I'm gonna live like tomorrow doesn't exist, like it doesn't exist. I'm gonna fly like a bird through the night, feel my tears as they dry



Perdu dans un monde fait de souvenirs, de doutes et d'angoisses, j'abandonne à la réalité la jeune femme qui condamnée à ne pouvoir lire dans mes pensées, va devoir se contenter d'observer l'être rongé par ses propres démons que je deviens, tandis que non loin de ma personne refroidit un bol de soupe. Une odeur diffuse me parvient mais noyé dans les restes de sensations et les fragments de semi-vérités que je n'arrive pas saisir, tout s'étiole et s'efface sous mes yeux, ne devenant que des informations que mon cerveau ne traite pas et se considère d'étiqueter comme inutiles. Un frisson dévale le long de mon échine osseuse tandis que d'un battement de cils discret, je bats la course silencieuse des secondes qui semblent presque devenir minutes. Une sensation me revient, une caresse étrange semble de nouveau se perdre dans mes cheveux et voilà que de mes cils je chasse à nouveau la poussière. "Reviens." dit-elle au loin, entre les fracas du tonnerre et de la pluie qui devient lourde sur mon plumage. "Reviens-moi." me supplie-t-elle, les yeux embrumées de larmes discrètes qui rêvent déjà de rouler le long de ses joues de porcelaine. "Re…Vi… Ens…" Les syllabes sont détruites par ma mémoire défaillante et déjà au loin, elle se fait dévorer par le mauvais temps et la terre que l'on retourne sans cesse. Sur ma langue je crois goûter du sang et après un léger froncement de sourcils, je reviens enfin à moi, tiré de mes pensées par la voix de mon inconnue qui me fait toujours dos malgré les vêtements que je porte désormais. Sans m'en offusquer, je pose simplement mon regard sa silhouette et m'autorise un léger sourire avant de lui souffler quelques mots.

"Vous me pensez plus malheureux que je ne le suis réellement… Ne me plaignez pas, je ne mérite pas tant."


Devrais-je ? Je ne sais. Je n'aime point être plaint, et si à une époque, il était plaisant d'être choyé, je suis désormais bien plus réservé à l'idée d'être la victime puis le protégé d'une autre femme. Pire, je suis presque réticent au fait même d'être de nouveau une pauvre chose fragile sur laquelle on doit sans cesse veiller… J'ai envie d'être plus qu'une tasse fêlée que l'on doit manipuler avec prudence pour ne pas la voir se briser une fois de plus. Car si une peut avoir le plaisir de passer le bout de ses doigts ou poser ses lèvres sur mes fêlures, j'ai envie d'être pour les autres un être que l'on admire par son envie d'aider et de protéger son prochain… Pas autre chose. L'inconnue se tourne vers moi et enfin nos regards se croisent, m'arrachant de ce fait un timide sourire qui disparait à l'instant même où elle recommence à me dorloter, m'expliquant que je dois être encore éprouvé par les derniers jours que j'ai vécu. J'entrouvre les lèvres pour la contredire, me retenant à l'instant même où je comprends qu'incapable de me souvenir ce qui m'est arrivé, je ne peux qu'être de son avis et écouter mon corps qui encore légèrement tremblant, se souvient lui de ce long voyage que j'ai entamé avant d'échouer sur ce lit désormais défait. Du coin de l'oeil, je l'observe se mordre la lèvre, haussant très légèrement un sourcil en me demandant ce qu'elle va ajouter, sursautant presque alors qu'elle me rappelle qu'elle a fait monter pour moi un bol de soupe.

"Oh."
Je me tourne vers celui-ci et l'attrape d'une main, constatant avec plaisir qu'encore chaud, il parvient à réchauffer ma paume. "Désolé je… Je ne voulais pas vous vexer… Je… J'avais juste… Enfin… Ce n'est pas important…" J'esquisse un sourire peiné avant de porter à mes lèvres le breuvage chaud sur lequel je souffle un peu, humant alors une délicieuse odeur de bouillon de boeuf et de légumes d'hiver. Tout en ignorant la cuillère, je viens boire à même la porcelaine, sirotant une gorgée de la soupe dont la pointe d'amour se fait sentir entre les arômes de navet et de carottes. Comme un enfant, je viens ensuite lécher mes lèvres luisantes de bouillon et alors que je m'apprête à la complimenter sur sa cuisine, voilà qu'elle me surprend d'un geste qui me fait violemment sursauter.

La claque sur son front me fait presque lâcher le bol et alors que je m'agrippe à celui-ci-, c'est un regard incompris que je lui lance là où elle se présente enfin et m'aide à mettre sur sa délicate personne un prénom que je ne suis capable d'articuler qu'après avoir calmé les battements frénétiques de mon coeur.

"En-enchanté… "
Par mesure de précaution je repose le bol sur sa table de chevet, me forçant ensuite à esquisser un piètre sourire. "Ce n'est rien… Vous n'aviez pas de raisons de le faire avant donc, ne vous excusez pas…" Je laisse un léger silence flotter entre nous avant de reprendre, croisant mes doigts entre eux sur mes cuisses, en un geste qui trahi mon inconfort. "Thaddeus Gentilis." Je n'ajoute rien, me contentant de fixer un point au loin, de plus en plus nerveux et l'estomac de plus en plus noué par la faim.

"La soupe est délicieuse…"
J'ai un sourire plus sincère cette fois-ci. "Vraiment… Je ne me sens juste pas vraiment capable de manger quoi que ce soit… Je me sens encore…" Je cherche mes mots et ne les trouvant pas, je finis par simplement changer de sujet, regardant alors l'averse qui étrangement réveille en moi une sensation de crainte que je ne m'explique pas. "Vous n'avez pas retrouvé mes affaires, pas vrai ?" J'ai un soupir. "J'ai une fois de plus tout perdu…" Je pince les lèvres, terriblement déçu d'avoir perdu ce carnet qui m'était si précieux. Celui dans lequel il y avait les restes de celle qui m'a façonné, celui que j'ai promis de toujours garder contre mon coeur.
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MessageSujet: Re: « Complaintes d'un oiseau blessé. » Thadeus. [Flashback]   Sam 18 Fév - 16:17

« Complaintes, d'un oiseau blessé »

Pendant l'espace d'un instant, d'un toisement, elle se demanda où il demeurait. Son regard distant, vitreux, semblant dénué de toute expression, la laissa impuissante, complètement désarmée face à cet homme qui jusqu'à lors, lui était inconnu. Mais une envie de creuser, d'en savoir davantage sur ce qui le torturait frappait en elle, détonnant dans sa poitrine de la plus vicieuse des manières. Mais en digne jeune fille bien élevée, elle ne put se résoudre à le sortir de sa rêverie, respectant son silence, qui se faisait pourtant de plus en plus assassin.

Un sourire amusé se dessina cependant sur ses lèvres, lorsqu'il prit la parole et à celles-ci, elle ne put s'empêcher de rétorquer. « Je n'ai guère pour habitude de plaindre les autres, pour la simple et bonne raison que nous représentons tous, les situations dans lesquelles nous nous mettons. Et puis, c'est ma magnifique personne qui vous a recueilli, donc je dirais que pour finir, vous êtes plutôt chanceux. » Finit-elle sur une note d'humour, espérant que ses paroles ne seraient point mal interprétées, sachant que son côté beaucoup trop entier lui faisait souvent défaut. C'était peut-être pour cela, que ses réels amis se comptaient sur les doigts d'une seule main.
Mais la jeune femme pensait réellement ce qu'elle avançait, et bien qu'elle ressente souvent de la compassion pour ses congénères, jamais elle ne pourrait se permettre de les plaindre, sachant elle-même détester cela. Ce comportement pourrait être apparenté avec de la fierté mal placée, mais qu'importe, selon elle chacun se devait de garder sa fausse pitié pour soi-même, au lieu de la déverser sur les autres. « Et puis nulle personne ne peut se vanter d'avoir un jour dormi dans mes draps. » Zophia se rendit compte de la bêtise de ses paroles qu'au moment où elle les avait sorti, et maintenant, elle ne pouvait tout bonnement plus retourner en arrière. « Ce n'est pas ce que je voulais dire. Enfin si ! Mais ça sonnait bien moins tendancieux, dans mon esprit. » Ajouta-t-elle précipitamment s'enfonçant davantage, essayant bêtement de se redonner une contenance, mais le feu qui venait de lui monter aux joues eut raison de ses vains efforts. Si depuis l'incident du balai il ne la prenait pas encore pour une folle, l'on pouvait dire qu'elle venait à présent de redistribuer les cartes.

Il lui offrit ce qui ressemblait à un sourire, et Zophia l'imita, consciente du lunaire de la situation. Elle ne pourrait probablement jamais se vanter de le connaître, et dans le fond, elle se demandait à qui il pouvait adresser ses joies, ses peines. Il semblait nébuleux, imperceptible, et visiblement il se complaisait dans son éternel mutisme, tellement qu'elle n'osait lui poser davantage de questions de peur d'être trop indiscrète. Comme tout homme, il avait ses blessures, ses bavures, et elle se demandait ce qui avait bien pu se passer dans son monde, pour qu'il ait l'air aussi meurtri. Mais cette fois, elle s'abstint de tout questionnement, de peur de mettre du sel sur des cicatrices enfouies.

Un lourd silence s'installa, tandis que l'impétueuse trouva un soudain intérêt pour ses chaussures, qu'elle trouva en cet instant étrangement attrayante. Au nom du ciel, que l'on m'achève.
Pensant que ce ne pouvait être pire, ce fut en cet instant qu'elle se décida à enchaîner sa nouvelle bourde, manquant de faire attraper à ce pauvre homme une crise cardiaque. La situation était d'un insoutenable de ridicule, et à la vue de son air surpris, Zophia dût faire preuve d'un véritable self-control pour ne guère exploser de rire. Mais elle ne put dissimuler ce sourire moqueur, qui eut pour don de la détendre plus qu'elle ne le demeurait il y a de cela quelques minutes. « Oh mince, je ne voulais pas vous effrayer...pardonnez-moi, je suis parfois un peu trop expressive, même excessive je dirais. » Il fallait effectivement la connaître, pour comprendre qu'elle n'était qu'un piètre boulet sur pattes inoffensif.
Il se présenta sous le prénom de Thaddeus, et elle souffla un faible enchantée à l'entente de celui-ci. Mettre un nom sur ce visage en perdition, le rendit soudainement bien moins impressionnant pour Zophia. Un sourire sincère se dessina sur ses lèvres, tandis qu'il la complimenta sur sa soupe, la prenant cette fois définitivement par les sentiments. Elle n'insista cependant pas, lorsqu'il eut décidé de reposer le breuvage sur la commode, le but n'étant guère qu'il se force à manger.

Mais une nouvelle fois, le bleu de son ciel vira au gris, lorsqu'il la questionna sur ses affaires perdues. Malheureusement, elle n'avait nullement trouvé de vêtements, qu'elle devait probablement avoir confondu avec l’amoncellement de boue qu'avait engendré cette pluie diluvienne. « Je... » Ce fut tout ce qui sortit de ses lèvres, à la vue de ce regard déçu, dévasté, tourné vers cette fenêtre qu'elle n'avait toisé que trop souvent.

Zophia soupira, réfléchit un instant, avant d'ouvrir le tiroir de sa commode. Elle en ressortit un petit carnet, qu'elle se souvenait avoir confisqué à Maggie, une petite de six ans et demi, habitant à l'auberge depuis peu. Elle s'en était servie pour gribouiller quelques dessins, comme toute enfant insouciant, ne prenant nullement conscience de leurs bêtises. Avec le recul nécessaire, peut-être que la petite avait rendu un fière service à Thaddeus. « Maggie a trouvé ceci ce matin, dans le jardin. » Se risqua-t-elle à l'informer, en s'approchant à son tour de la fenêtre. Elle avait un peu honte de ce qu'elle lui présentait, et une nouvelle fois, ses joues s'empourprèrent. « Je suis navrée, il est en piètre état, il est encore mouillé et boueux, et Maggie a dessiné dessus. Mais je suppose que cela doit vous appartenir. » Ajouta-t-elle, en haussant les épaules. Elle ne savait nullement ce que ce carnet pouvait bien contenir, ne l'ayant nullement feuilleté. Mais la blonde ne put se retenir de demander « De quoi s'agit-il ? » Peut-être se montrait-elle cruellement indiscrète, mais qu'importe, il n'aurait qu'à l'envoyer balader, si Zophia se montrait trop désinvolte.

 
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Thaddeus Gentilis

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- Autour amnésique -
❧ Boucle Temporelle : 19 décembre 1873
❧ Particularité : Métarmophose en Autour des Palombes (Accipiter Gentilis) - Le rapace qui devient le gardien. Le chasseur qui se fait protecteur.
❧ Occupations : Gardien du refuge, protecteur des ymbrynes et historien à ses heures perdues.
❧ Miroir :
❧ Missives : 284
❧ Yeux de verre : 71
❧ Crédits : CK


MessageSujet: Re: « Complaintes d'un oiseau blessé. » Thadeus. [Flashback]   Ven 3 Mar - 13:29

Complaintes d'un oiseau blessé
Zophia & Thaddeus
I'm gonna live like tomorrow doesn't exist, like it doesn't exist. I'm gonna fly like a bird through the night, feel my tears as they dry



J'ai un sourire peut-être quand elle évoque ma soit-disante chance quand au fait de terminer dans son lit, et même si elle s'excuse, bredouillant vivement que ce n'était pas un remarque pour paraître déplacée ou tendancieuse, je ne m'en offusque pas, n'ayant tout simplement la tête à être à cheval sur des principes qui m'ont été enseignés pour combler les vides de mon esprit. En cet instant, je ne peux réagir à grand chose, accusant encore la perte de ce qui servait jusque-là à légitimer la personne incertaine que j'étais. Alors qu'elle blague, qu'elle devienne indécente, ça n'a aucune importance. Thaddeus vient de disparaitre une fois de plus, dévoré par la pluie et la boue, laissant sa place à une silhouette au regard triste qui va devoir s'inventer une autre vie pour ne pas dépérir. Et alors qu'elle s'excuse et plonge dans un silence gêné, je suis là, à me dire qu'il va me falloir avancer seul cette fois-ci, à m'interroger sur ce que je vais devoir faire et comment… Mon coeur se serre à l'idée que j'ai pu perdre les dernières traces de sa présence à mes côtés, et désolé de l'avoir ainsi perdue dans l'inconnu, j'ai d'un battement de cils des excuses pour celle qui à une époque glissait ses doigts dans mes cheveux, celle qui me consolait quand les cauchemars venaient et qui d'un baiser sur la tempe les faisait fuir. Celle dont le prénom est tabou aujourd'hui à prononcer et qui pourtant conserve encore aujourd'hui entre ses mains mon coeur. Mais assez de ceci… Je ne veux plus me morfondre ou pleurer une époque que j'ai volontairement quitté. Le carnet est perdu et il me sera dur de ne pas le regretter mais je suis encore là, en vie. Je devrais me réjouir de ça, célébrer mon infortune et remercier celle qui m'a sauvé. Je devrais profiter de cette rencontre et de ce voyage que j'entame. Je devrais vivre et non sans cesse regarder par-dessus mon épaule. J'abandonne la contemplation mélancolique de la fenêtre pour revenir à Zophia, entrouvrant déjà les lèvres pour m'excuser de mon comportement.

"Je m'excuse… Je ne veux pas paraitre…"

Je m'interromps bien rapidement, l'observant fouiller dans un tiroir avec une certaine curiosité, me demandant ce qu'elle peut bien tenter de trouver qui soit si important pour qu'elle désire me le montrer en cet instant. Le temps d'une seconde, je suis presque tenté de poser à nouveau mes doigts sur la  porcelaine encore tiède du bol de soupe mais cette idée presque idiote est balayée par le petit carnet recouvert de boue qu'elle me présente. Je cesse de respirer à l'instant même où mes yeux se pose sur la couverture abimée de celui-ci, comprenant avant même qu'elle ne s'explique qu'il s'agit là de mon carnet. Incapable d'y croire et le coeur en joie, je laisse mon regard faire des allers-retours entre elle et cette part de moi, non sans laisser s'esquisser sur mes lèvres un sourire heureux.

"Je n'arrive pas à y croire…"

Je tends les mains et effleure le carnet du bout de mes doigts, encore indécis sur le rire que je devrais avoir ou les larmes que je devrais verser. La boue désormais sèche s'effrite doucement au contact de mes paumes et alors qu'elle me questionne sur l'importance de ce carnet, j'ai pour elle un léger haussement d'épaules, puis un regard tendre.

"À la fois tout et rien… Pour vous… Ce n'est sûrement qu'un carnet maltraité par l'averse mais à mes yeux…" J'ai un rire discret. "Je ne saurais même pas dire à quel point il m'est précieux. J'en perds mes mots… Excusez-moi…" Je renifle pudiquement et entrouvre le carnet, écoutant la reliure émettre un léger craquement tandis que je découvre les ravages de la pluie et les dessins enfantins de la jeune Maggie. J'ai un autre sourire en déchiffrant sous les coups de crayons, l'écriture délicate de mon Ymbryne. "Thaddeus Gentilis. Gardien au coeur valeureux. Autour protecteur qui cherche sa place alors qu'il l'a auprès de ceux qu'il couve de son regard plein de bonté." Du bout des doigts je caresse sa calligraphie délicate, tournant ensuite une page pour redécouvrir le reste. "Voler entre les feuilles qui tombent. Jouer aux cartes. Danser avec elle."

"Il y a là-dedans les balbutiements de l'être que j'étais à mon réveil…"


Pour elle je n'ai qu'un murmure, refermant alors le carnet que je serre entre mes mains à la manière d'un enfant qui craint de perdre sa couverture préférée.

"Je suis désolé… Ça ne doit vraiment pas avoir le moindre sens pour vous… Je vais finir par sembler fou alors que je suis juste…. " Je fais une pause pour passer une main dans mes cheveux et ensuite me lever pour lui faire face. "Je ne sais comment vous remercier pour ça et tout le reste, je… J'ai une dette envers vous. Je suis votre humble serviteur si pour vous, je peux faire quelque chose… Vous n'avez qu'à le me le dire… Je suis vôtre…"

Après quelques secondes, je réalise la stupidité de mes propos et rougis, me sentant soudainement bien idiot. Je bafouille quelques syllabes et me recule légèrement, changeant de sujet pour ne pas avoir à me justifier.

"Ce carnet est juste… Comme un part de moi-même. Je note dedans, ou plutôt je notais, tout ce que je ne voulais pas oublier, tout ce qui pouvait être important… Et le perdre aurait signifié qu'une fois de plus… Je ne me sois perdu." Je baisse les yeux, presque honteux. "J'ai peur d'oublier, alors… J'ai besoin de me rassurer à l'aide de ceci." dis-je en caressant une dernière fois la couverture souillée de mon carnet.
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