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 o magnum mysterium (august)

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August Hastings

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- Illusionniste mythomane -
Le gros Gus
❧ Boucle Temporelle : 22 mars 1941
❧ Particularité : Insuffle des images mentales à tout un chacun, distord la réalité dans la tête d'un individu
❧ Occupations : Expérimentateur chevronné
❧ Miroir : Va cliquer ailleurs :(
❧ Missives : 198
❧ Yeux de verre : 53
❧ Crédits : Lux Aeterna, Musset, Poe


MessageSujet: o magnum mysterium (august)   Lun 12 Déc - 23:11

August Felix Hastings

- où tout était divin, jusqu'aux douleurs humaines,
où le monde adorait ce qu'il tue aujourd'hui. -

❧ Nom : Hastings, nom typique de la noblesse anglaise. Il paraîtrait d'ailleurs que les ancêtres d'August aient conquis la Saxe, mais si ce fait d'arme reste à prouver, c'est un nom qu'il porte aussi bien que le titre qui l'accompagne. ❧ Prénoms : August, grand, et Felix, chanceux. S'il est possible que ses parents aient choisi son patronyme par la symbolique qu'il dégage, August croit plus volontiers qu'il s'agit là d'un excès de snobisme. ❧ Surnom(s) : Il tolère mal les surnoms, et préférerait qu'on l'appelle Monsieur pour le restant de ses jours. ❧ Age : Sur ses vingt-trois ans depuis belle lurette. Et s'il dispose d'une propension naturelle au mensonge, il ne ment jamais quant à son âge - l'ironie étant qu'on a souvent bien du mal à croire qu'il ait plus de seize ans. ❧ Lieu et date de naissance : Le 11 novembre 1918 à Londres, cette chère ville de Londres qu'il n'a jamais quittée. ❧ Boucle Temporelle  : La boucle de 1941, coincé dans ce jour de printemps où fleurissent les bombes. ❧ Localisation actuelle  : Toujours dans la boucle de 1941. Les temps de la guerre sont ce qu'ils sont, assurément, et bien des jours meilleurs s'offrent à lui ; mais malgré l'inconfort de la situation, il n'a pas bien envie de sortir de sa véritable époque - n'est-on jamais mieux autre part que chez soi, lorsqu'on est garant de survivre à la guerre ? ❧ Occupation : Il y a cette jeune femme à laquelle il s'est attachée, et dont il rend la mort doucereuse tous les jours. Il s'infiltre dans son esprit et lui fait voir des merveilles, puis la laisse s'endormir avec le sourire. ❧ Statut civil : Célibataire. A vingt ans et sous les bombardements, on a autre chose en tête que les amourettes. ❧ Je ressemble à : Thomas Brodie-Sangster.
❧ Particularité  : August manie de mieux en mieux l'art de l'illusion ; il lui est possible de rentrer dans la tête d'un individu pour lui faire voir ce que bon lui semble. Si la réalité n'est qu'une question de perception, August peut la modifier à loisir - ainsi peut-il faire voyager ou enfermer sa victime dans son propre esprit, sans réel moyen pour elle de distinguer les illusions d'August de la réalité. Ainsi, les sensations accompagnent les fantasmes imaginaires : s'il vous plonge dans un désert, vous en ressentiriez la chaleur comme si vous y étiez. Il est l'architecte des sens, le maître de la conscience - régulièrement, il s'amuse à changer certains détails de la réalité à ses interlocuteurs sans leur laisser entendre, et utilise son don plus qu'il ne le laisse voir.
❧ Talon d’Achille  : Son don fait de lui une personne à laquelle on ne peut que modérément accorder sa confiance - à quel moment est-on sûr que ce qu'on voit auprès de lui est bien réel ? De plus, lorsqu'il déploie beaucoup son pouvoir pour modifier en profondeur son environnement à un individu, il s'épuise très rapidement ; il doit penser chaque détail de ses mises-en-scène, dans lesquelles il est lui-même "projeté" - l'illusion qu'il crée chez un individu est également partagée par lui-même. Il est donc victime de ses propres illusions - la réalité telle qu'elle lui apparaît est toujours relative. A force d'user d'illusions, il peut lui devenir difficile de faire la part des choses ; dès que son imagination fertile se met en route et dérive, certains détails de la réalité se modifient à son insu et l'empêchent de garder un réel contrôle.
----------------------
❧ Ce que je pense des autres Syndrigastis : August n'a jamais été véritablement accepté parmi une communauté - la faute à sa particularité ou à son caractère ? et qu'il s'agisse de Syndrigastis ou d'êtres humains normaux, le garçon voit tout le monde de la même manière ; une masse à laquelle il n'arrive pas à s'intégrer et de laquelle il n'attend rien.
August se sent tout de même mieux auprès d'autres Syndrigastis qu'auprès d'hommes ordinaires - dans sa boucle temporelle, à défaut d'être compris, August n'est pas jugé.
❧ Ce que je pense des (autres) Ymbrynes : Il s'agit pour August d'une autorité qu'il a appris à respecter, ni plus ni moins. La plupart se montre affable avec lui et il apprécie rester caché sous leur protection. Les Ymbrynes lui ont offert la vie la plus décente à laquelle il pouvait prétendre - pour autant, il ne les hisse pas sur un piédestal.
❧ Ce que je pense des Humains : Les Humains n'ont jamais accepté qui il était. Mais August s'en moque - il sait des choses tellement plus intéressantes que les Hommes ne sauront jamais qu'il se sent quelque peu supérieur à eux, mais sans méchanceté. Au contraire, August s'amuse beaucoup des Humains dès qu'il en a l'occasion ; c'est bien avec eux qu'on fait les meilleurs tours de magie, c'est eux qui ont des yeux d'enfant, malgré la guerre - c'est eux qui ont cette indicible côté attachant en eux, petit peuple qui se charge du monde en croyant tout savoir - et il n'est pas rare que, discrètement, August se mêle à leur vie pour leur faire voir de jolies couleurs.
Mes petits Secrets
Il joue du piano dès qu'il en a l'occasion et n'est pas mauvais du tout. Il a trouvé dans son quartier un vieux piano à queue dans une bâtisse abandonnée et presque cachée des yeux du monde tant elle est délabrée ; il y manque quelques touches et le bois est écaillé. Il est désaccordé et il jurerait n'être pas seul dans la maison lorsqu'il y va, mais ces quelques contraintes ne sauraient l'empêcher de s'adonner à cet art qu'il aime tant. Il apprend par cœur des pages entières de poésie. Quitte à avoir l'éternité devant lui, autant devenir une encyclopédie vivante et connaître sur le bout des doigts la littérature belle et noble. August ment comme il respire. Mais il a cette faculté extraordinaire à raconter ses fables plus ou moins vraisemblables avec le plus grand sérieux et parviendrait à faire douter le plus sceptique des individus ; sa force de persuasion est telle qu'il parviendrait à faire croire à n'importe quel anglais que la Reine est en fait un Roi - et August semble y croire tellement qu'on se demande s'il ment consciemment ou s'il est le premier berné par ses illusions. Il sort assez rarement de sa bulle et il n'a pas aisé d'avoir une conversation sensée avec lui. Nul ne sait vraiment s'il s'agit d'un genre qu'il se donne ou d'un réel trait de caractère, mais August a toujours tendance à répondre à côté de la plaque - et avec le sourire. Il adore les humains pour ce qu'ils sont en tant qu'ignorants - se jouer d'eux est tellement simple ! August les aide bien souvent, quand il en a l'occasion. Ou à défaut, s'il ne les aide pas, il se mêle bien volontiers à eux quand même. Il est un amoureux des sciences, de la vie, de la vérité et, parfois, de la réalité. Il est en recherche d'un tout, de l'origine de la vie et il tente de répondre aux grandes questions, en vain. Il craint de pourchasser un objectif qu'il pense impossible à atteindre, mais mieux vaut mourir dans la certitude d'avoir avancé que dans un  triste statisme. Il ne connait pas avec certitude toutes les limites de sa particularité - ou alors, il sent qu'il peut les repousser de plus en plus. August se teste donc régulièrement et apprivoise petit à petit un don qui a eu souvent fait de l'effrayer. August est complètement féru de psychologie. Il s'intéresse plus que tout aux mécaniques de la pensée humaine, et il se trouve qu'il a dans les mains de quoi balayer un large spectre de l'esprit ; il lui suffit d'une bonne âme qui tomberait dans le panneau, il suffit de modifier son entière perception des choses et d'admirer ses réactions face à la beauté, ou à la douleur, ou à la peur, ou n'importe quoi qui lui passerait par l'esprit. Il s'est donc mis en tête de tester sa particularité sur des humains normaux depuis quelques temps. Chaque jour, il retourne voir les mêmes hommes à des heures différentes ; et s'il se présente toujours comme le même, il essaye d'en apprendre plus sur eux chaque jour sans que ceux-ci puissent se rendre compte que le garçon qui les aborde connaît déjà une bonne partie de leur vie. En ayant une parfaite connaissance de leur vie, August ajuste ses illusions en fonction des personnalités. Pour autant, il ne s'estime pas immoral : heureux les imbéciles, et ces cobayes n'ont pas idée de leur condition. Comment pourrait-elle les affecter ? Et puis demain, ils auront oublié. Il lui arrive souvent de mélanger rêve, illusion et réalité. Il ne sait jamais avec une complète certitude dans lequel de ces trois mondes il se trouve et n'a aucun moyen de vérifier avec assurance. 
Mentalité
August est un personnage difficile à saisir avec lequel il est rare de savoir sur quel pied danser. Il a presque l'habitude de répondre aux questions qu'on lui pose par énigmes, ou d'une façon nébuleuse - il est et a toujours l'air bien au-delà des réalités, sans qu'on puisse comprendre aisément s'il a conscience de vivre sur une autre planète ou s'il se moque simplement du contact humain.
Il parle rarement pour ne rien dire, et préfère le silence au bruit permanent. A cause de cela, il est difficile pour la plupart des gens de comprendre August, mais August ne cherche pas à être compris. Il préfère son monde fait de rêves, d'art et de lettres, de sciences et d'humanité - il n'y a rien qui vaille mieux pour le garçon que la connaissance absolue (aussi sa quête de savoir le pousse d'une certaine façon à l'isolement et au silence).
Mais la solitude ne lui pèse pas du tout - il a fini par s'y faire - et qui peut se sentir seul un livre à la main ? Certains le diront pédant, d'autres dirons qu'il se suffit à lui-même, mais il est difficile de lui en vouloir pour cet excès de prétention : il n'en reste pas moins affable avec ceux qui croisent sa route, et se trouve toujours prêt à aider s'il est en mesure de faire quelque chose. August est un garçon docile et souriant qui ne pose pas de réel problème en dehors d'un don qui le dépasse un peu.

Mais sous ses airs gentillets, August est assez loin de l'image du garçon poli et serviable. Il fabule sans cesse et raconte des tas d'histoires rocambolesques à qui veut les entendre en ne tenant pas compte le moins du monde d'une certaine cohérence entre ses mensonges ; il sait que le monde sait qu'il déforme la réalité - et qui pourrait être choqué qu'August soit un menteur dans ses propos, dès lors qu'il peut faire mentir la réalité ?
Si raconter des histoires fait partie de ses passes-temps favoris, il sait aussi faire en sorte d'être crédible et sait tout à fait dissimuler une information quand la situation l'exige. Il est d'ailleurs assez calé en psychologie, et par conséquent, fait un bon manipulateur.
De façon générale, August tend à ne servir que ses intérêts - ce qui ne veut pas dire qu'il n'est pas serviable - ainsi, il n'ira pas s'engager dans une situation ou se mettre en danger. Il lui est difficile de prendre parti et de se dévouer à une cause (à l'exception de la cause scientifique, mais, eh, ça n'est pas pareil). August est d'une neutralité sans appel et s'estime tout à fait objectif et impartial. Il est extrêmement difficile de le rallier à sa cause, même s'il partage les mêmes idées : il préfère de loin faire sa vie dans son coin, loin du nid à problème que représente les gens.

Ne pas se mêler aux autres, tel est son crédo - or, nul ne sait si August est conscient que son stade frôle presque la pathologie, que son don n'aide pas à arranger.
August, en effet, garde absolument tout pour lui et refuse de voir ses problèmes en face - quels problèmes ? Il a aussi bien du mal à accepter le changement quel qu'il soit. Si son époque n'est certainement pas la plus agréable à vivre, il y reste en partie parce qu'il l'a toujours connue et qu'il ne désire pas en connaître une autre. Il serait mentir que de dire qu'il n'a pas essayé d'aller ailleurs, mais il n'est jamais resté plus de quelques jours dans une autre époque - il s'y sent oppressé, dérangé, meurtri, les choses ne sont pas ce qu'elles devraient être, et il se sent comme un intrus dans une période à laquelle il n'appartient pas.
August est une personne raffinée qu'il ne faut pas brusquer mais avec laquelle il faut toujours faire preuve de délicatesse. Assez imprévisible, il peut se braquer rapidement si les choses ne vont pas dans son sens et s'il est obligé d'abandonner le personnage vague et énigmatique qu'il incarne. Or, si August se renferme sur lui-même, il y a peu de chances de pouvoir rattraper les dégâts avec lui : non qu'il soit rancunier, mais il a bien du mal à douter de lui dans des proportions raisonnables sans que son mental n'en prenne un coup - or, si August ne tolère pas une chose, c'est l'échec.

Ainsi, si August est tout à fait égocentrique voire égoïste, il ne faut pas y voir de trace de mesquinerie. August n'est ni bon ni mauvais, il se contente d'être, ce qui lui apparaît bien suffisant.
Qu'importe qu'on dise de lui qu'il est cinglé ou qu'il n'a pas d'amis, il est parfaitement conscient d'avoir du mal à comprendre les sentiments au sens où les autres l'entendent : ça n'est pas qu'August ne ressente rien, au contraire. Il est capable de faire preuve de l'empathie la plus formidable qui soit - c'est juste qu'il ne les laisse strictement jamais dicter sa conscience, parce que sa conscience est tout pour August.

- Qui se cache derrière ce merveilleux personnage -

Je m'appelle metacrisp, j'ai 21 ans, je suis en licence de musicologie et je viens de Lorraine. J'ai trouvé le forum via Bazzart ou PRD et je le trouve ravissant ! Pour finir, je dirai : vagin d'hippopotame :/ .

Spoiler:
 



I became insane with long intervals of horrible sanity.


Spoiler:
 


Dernière édition par August Hastings le Mar 20 Déc - 1:14, édité 10 fois
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August Hastings

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MessageSujet: Re: o magnum mysterium (august)   Lun 12 Déc - 23:12

Mon Histoire

- I became insane with long intervals of horrible sanity. -


1923

La chambre est silencieuse et plongée dans le noir. Pourtant, tu discernes des ombres mouvantes, tu vois les projections des branches sur le mur s'approcher de ton lit, menaçantes, et tu les vois s'enserrer autour de ta gorge.
Tu déglutis, tu ouvres des petits yeux glacés d'effroi, tu les refermes, et tu ne sais pas ce qui est pire ; le bruit du vent qui rage à l'extérieur ou le bruit de la respiration qui provient de sous ton lit ?

Tu hésites depuis de longues minutes : tu veux filer chercher de l'aide, mais tu as peur de mettre pied à terre - il pourrait t'attraper avec ses tentacules, il pourrait te tuer - et crier n'est pas une option. On ne viendra pas t'aider, on pensera que tu as encore fait un cauchemar ; c'est leur solution à tes problèmes, ça. Tu fais des cauchemars. C'est une période, qu'ils disent. C'est parce que tu grandis, et qu'on te parle beaucoup de la guerre qui a eu lieu il y a quelques années. Apparemment, les médecins disent que ça te monte au cerveau parce que tu es un garçon et que tous les garçons pensent à la guerre, mais rien de grave, ça va passer.
Ils ignorent que tes cauchemars sont réels, et de plus en plus fréquents.

Tu n'en peux plus, il faut que tu sortes de ce lit qui t'étouffe, parce que tu sais que si tu y restes, tu vas mourir, ils vont te tuer.
Tu grimaces, August, et tu prends ton courage à deux mains, tu poses tes pieds nus à terre et tu sors en trombe de ta chambre piégée aux lambris de chêne pour foncer vers celle de tes parents :
« Il y a quelque chose sous mon lit. »
Tu entends ton père grogner, c'est lui que tu vas voir, puisque ta mère ne te prend pas au sérieux.
« C'est rien.
- Je te jure.
- Mais c'est rien, c'est un mauvais rêve.
- Viens voir ! »
Ton père soupire, il se lève péniblement : il sait que c'est la seule façon de se débarrasser de toi s'il veut dormir.

Il allume la lumière de ta chambre.
« Voilà. Rien du tout.
- T'as pas regardé sous le lit. » Ton père s'exécute, et ne trouve rien. Comme d'habitude. Mais toi, tu sais ce que tu as vu, ce que tu as entendu. Il n'y a que la gouvernante qui te croit, cette jeune femme particulière qui ne te rassure pas ; elle est étrange, parle bas et semble cacher des choses.
Il est dommage que ton seul allié te fasse peur.

1925

Ton monde est influencé par tes lectures. Il change avec elles, il évolue à chaque page que tu tournes, posé sur le grand fauteuil de la bibliothèque familiale. Tu as l'air ridicule sur ce siège, d'ailleurs, on dirait que l'échelle n'est pas respectée et tu as l'air d'un nain au pays des géants.
Dans cette même pièce, tu as vu passer des lapins blancs, des crocodiles, des montgolfières, des chevaux, des indiens, une fée, un lion, tu t'es senti Sherlock Holmes et Mary Poppins, Peter Pan et Tom Pouce, Énée et Ulysse - tu fais des châteaux avec les cartes et des montagnes avec les livres, tu fais le tour du monde avec ton train électrique, ton imagination te permet tout - tu crois que rien ne t'es impossible, mais c'est parce que tu es jeune et que tu ne sais pas si tu es vivant.
Tu as compris que tu n'étais pas comme tout le monde. Tu es seul à voir certaines choses, et tu ne t'expliques pas tout. Tu es perdu et seul, la gouvernante garde un œil mauvais sur toi, alors tu te réfugies dans les pages, parce qu'elles ne te jugent pas, elles te croient toujours et te montrent des univers inconnus.

Tu es sur le rebord de la fenêtre, tu regardes passer les oiseaux. Ils sont agités, aujourd'hui, ils volent par nuées dans le ciel nuageux. A moins qu'il ne s'agisse que d'un rêve ?
Tu te figes quand tu entends un livre tomber d'une étagère, puis te retournes d'un coup.
« Il y a quelqu'un ? est tout ce que tu peux prononcer timidement.
Tu entends des bruits de pas à la porte. Ta mère passe dans l'embrasure.
- A qui tu parles ?
- Un livre vient de tomber. Je ne sais pas comment.
Tu la sens balayer la pièce du regard.
- Où ça ?
Tu désignes l'endroit de la tête.
- Il n'y a rien par terre.
- Mais si, regarde.
- ...
- Regarde !
Tu la sens excédée, ou dépassée, ou triste, tu ne saurais trop dire. Elle a l'habitude de tes excentricités, elle t'as déjà emmenée voir un bon nombre de médecins, et pourtant elle semble de plus en plus au bout du rouleau.
Mais toi aussi, t'as beau être un gosse, t'en as marre de te dire que c'est un truc qui cloche chez toi. C'est les autres qui sont aveugles, toi t'es pas dingue. T'es surtout en colère.
- August, tu commen-
- MAIS REGARDE LA ! » Et alors que tu points l'angle de la pièce où s'est écrasé ce fichu bouquin, des dizaines de livres se mettent à s'éjecter des étagères bien rangées et se répandent au sol dans un effroyable bruissement de pages.
Tout un pan de mur se vide de ses ouvrages un à un, et tu es pétrifié par ce spectacle - tout comme ta mère.
Elle voit ce que tu vois.


Tu la dévisages un instant et soudainement, ta vision se trouble. Tu te sens faible, tu pars. Tu meurs ? Ou tu vis ? T'en sais rien. Et c'est con, pour une fois que tu crois ce que tu vois, tu t'effondres.

T'entends ton nom au loin. August, August, c'est une femme qui t'appelle, tu reconnais le timbre de ta mère, puis tu la discernes petit à petit. Elle est livide, tu l'es probablement aussi. Et autour de toi, il n'y pas un livre qui traîne au sol.
Tu n'oses pas lui demander ce qui s'est passé. T'as pas envie de le savoir, on va te traiter de menteur, mais c'est elle qui prend la parole avant que t'aies pu dire quoi que ce soit :
« Qu'est-ce qui s'est passé August ?
- C'est la réalité. »

1928

Les soldats de plomb sur ton bureau font une bonne distraction. Comme tous les enfants, tu les aimes - parfois, tu les regardes se battre sans les faire bouger de toi-même ; il s'animent et se meuvent au gré de tes envies.
Tu fais la même chose avec tout ce que tu peux. Des plantes, des crayons, des ombres, des animaux, et il n'est pas rare que tu causes tout seul avec les visions de ton esprit.

Ton père te croit profondément malade, ta mère t'évite dès qu'elle peut. Il arrive, parfois, qu'ils rencontrent des phénomènes étranges auquel ils te savent inexorablement mêlé ; il tout va à l'encontre même de la raison, et tes parents ont assez d'un fils qui perd la tête sans commencer à devenir fous eux-mêmes.

La gouvernante, Octavia, cette femme froide et antipathique t'as expliqué beaucoup de choses. Elle est comme toi, cette dame, elle a compris ce qui ne fonctionnait pas avec ta personne. Elle t'as regardé droit dans les yeux, et elle t'as dit des mots que tu n'oublieras jamais :
« C'est les autres qui ont tort. »
Ces mots, tu les as notés dans un carnet que tu gardes sous ton oreiller : tu es sûr que tu sortiras ces quelques paroles à tes enfants. Tu les trouves puissant, ils te rassurent.
Octavia peut manier les ombres à volonté.
Tu sais qu'elle te surveille.

1932

Tu fais un sourire au psychiatre devant toi. Il te connaît bien, ça fait des années qu'il te suit, quoiqu'il te voit moins souvent ces derniers temps.
Tu aimes bien cet homme, il te diagnostique un tas de maladies qui viennent de son grand livre des troubles mentaux (probablement ce qu'il lit le soir avant de se coucher), mais il est l'un des seuls à t'adresser la parole comme à un être humain normal (bien que tu saches au fond de toi que tu es tout sauf normal).
En fait, c'est presque le seul être humain à t'adresser la parole.

Ça fait des années que tu ne fréquentes plus l'école, c'est ta mère qui te faisait cours alors qu'elle te prenait pour un dingue. Depuis quelques temps, maintenant, c'est ton père qui s'en charge. Il t'apprend l'algèbre et la physique, la biologie et la chimie. Tu aimes les cours avec lui.
Tes parents ont toujours refusé de te placer en hôpital malgré les recommandations des médecins, mais c'est tout comme : tu sors de ton manoir peut-être une fois par an, à l'exception des visites mensuelles que tu rends à ton psychiatre.
Il s'agit de rendez-vous de la plus haute importance pour les adultes, mais pour toi, il s'agit plutôt d'une visite de courtoisie :
« Tu as toujours des hallucinations ?
- Non monsieur.
- Tu prends bien tes médicaments n'est-ce pas ?
- Ils sont délicieux.
- Est-ce que tu sors un peu plus de temps en temps ?
- Ça dépend des limites.
- Quelles limites ?
- J'ai une grande maison.
- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
- Non, je ne sors pas.
- Tu vas finir claustrophobe.
- Je suis déjà schizophrène, paranoïaque, autiste, agoraphobe et bipolaire avec quelques troubles de la personnalité, ça ne changera pas grand chose hein ?
- Tu n'es pas bipolaire.
- Vous aimez bien les mots monsieur, moi aussi, c'est dommage qu'on n'apprécie pas le même genre.
- J'aime la littérature aussi.
- Les fous ne font pas de littérature.
- Ils font la meilleure.
- Ils ne peuvent pas en être capables.
- Ils ont une vision différente.
- Monsieur ?
- Hm ?
- Qu'est-ce que la réalité ?
- Eh bien ce qui n'est pas fictif.
- Je vois. Et comment être sûr que je suis réel ?
- Tu as encore des hallucinations ?
- Non monsieur.
- Alors tu es réel.
- Et si je vous disais que je ne le suis probablement pas ?
- Tu es doté de beaucoup d'humour.
- Assurément monsieur.
- Tu devrais sortir un peu.
- Message reçu. »
Tu aimes bien cet homme, c'est sûr. Il est persuadé de te comprendre alors qu'au mieux, il explore certaines facettes de ton être que tu as construites de toutes pièces pour lui. Plus il pense te saisir, et plus il s'éloigne de la vérité.
Il t'amuse, tu l'aimes bien, et tu l'égares - mais il est ton garde-fou, c'est grâce à lui qu'on te laisse tranquille.

1937

Les temps sont doux, le printemps s'installe. La brise d'avril s'infiltre par ta fenêtre ouverte et fait s'envoler les papiers posés sur ton bureau. Tu souris, tu te lèves, mais jamais tu ne fermeras cette fenêtre, dût-elle faire s'effondrer ta demeure.
Tu esquisses quelques pas de danse - la valse qui émane du gramophone te met en joie.
Tu as envie de liberté.

Ça fait quelques mois, maintenant, que tu te hasardes hors de chez toi. Tu vas dans un pub pour acheter une bière que tu ne boiras pas, tu vas chez un fleuriste pour embellir ton domicile de fleurs bientôt fanées, tu vas acheter des cigarettes que tu ne fumeras pas, un journal que tu n'ouvriras pas, et parfois tu discutes avec des filles qui ne t'intéressent pas.
Mais tu vis.
Tu as le sentiment que tu as manqué à ta propre vie jusque là. Tu as l'impression de découvrir le monde comme un enfant, à dix-sept ans. Tu n'avais qu'une vague idée ce qu'on pouvait faire à l'extérieur, cette région hostile qui ne veut pas de toi. Et tu la découvres tous les jours un peu plus, tu découvres les hommes. A bien des égards, tu découvres la vie. Tu ne sais du monde que ce que tu en as lu.

Tu es souriant, comme à l'accoutumée, et tu t'aventures en plein cœur de Londres. Tu veux être bousculé par la foule - ça te fait tourner la tête comme cette valse, ça te rend, quoi, disons heureux.
Tu écoutes quelques musiciens dans la rue. Un orgue de barbarie et un violon, un caisse posée devant eux dans laquelle tu déposes tout l'argent que tu as sur toi. L'organiste te remercie d'un signe de tête expressif.

Tu les regardes, et tu fais quelques pas qu'une fille de ton âge, aussi heureuse que toi, vient à son tour déposer quelques sous aux musiciens.
Tu es sensible à la générosité, et tu as envie de t'amuser :
« L'organiste a une jambe de bois, tu lui murmures. Elle ignore que ça n'est pas vrai et que tu te joues d'elle, mais tu ne fais qu'orienter son regard sur la réalité - à vrai dire cet homme a même l'air particulièrement vigoureux.
- Oh, vous croyez que c'est un vétéran de la guerre ?
- Oui.
- Vous le connaissez ?
- En quelque sorte. Ça fait des années que je le cherche. Lui et moi avons vogué sur les sept mers ensemble alors que je n'étais qu'un enfant. Je me souviens, il me demandait souvent de hisser les voiles, même si ça n'était que pour me donner confiance en moi - vous savez combien pèsent les cordages avec le poids de l'eau qui s'y ajoute ? Je n'avais aucune chance, et pourtant, nous sommes déjà allés aux Indes, là où le soleil se détache sur l'or des parures des éléphants et où le Gange est inondé des couleurs du monde. J'ai vu du pays, oui madame, et maintenant nous voilà à Londres.
La fille est bouche-bée, tes mensonges l'impressionnent.
- Mais vous n'avez pas l'air d'un marin.
- Nous nous sommes séparés dans une tempête. Notre vaisseau a sombré, et lui avec. Je pensais ne jamais le revoir. J'ai fait ma vie de mon côté, j'ai été retrouvé et me voilà. Je ne navigue plus depuis longtemps.
- Comme c'est curieux ! Le monde est si petit.
- Le monde est un manège ; il tourne sur lui-même. » Tu lui souris, et alors qu'elle te pose des questions, tu ne réponds plus que par de vagues hochements de tête.
Tu as envie de faire le bonheur de cette fille et en même temps, tu as envie de t'éclipser poliment ; alors, pour détourner son attention, tu fais en sorte qu'une colombe se pose sur sa main. Elle sursaute, s'émerveille et se fend d'un grand sourire. Dès qu'elle relève les yeux pour te montrer l'animal qu'elle imagine, tu as disparu.
Tu es un peu plus loin, et tu gardes en tête l'image de cette fille en plein cœur de Londres devant deux musiciens, ravissante dans sa robe et ses cheveux blonds, une colombe qu'elle seule peut voir sur la main.

1939

Tu lis, encore, toujours, les pages sont tes seules amies. Tu écoutes la cinquième symphonie de Malher au rythme des vers de Lord Byron, quand l'orchestre s'arrête d'un coup.
Ton père a retiré le disque du gramophone et tu t'apprêtes à faire une remarque que tu aperçois son visage autoritaire qui te dissuade d'émettre le moindre son :
« Va chercher ta mère August. Dépêche-toi. »
Ton cœur se met à battre plus vite qu'à l'accoutumée. Tu peux dire au visage et au ton de ton père qu'il se passe quelque chose qui vous dépasse, et tu obtempères sans mot dire.
Ta mère a l'air aussi inquiète que toi quand vous rejoignez le chef de famille dans le grand salon du premier étage ; t'as bien une vague idée de ce qui se trame, ça jacte un peu dans tous les coins de Londres et on flaire de plus en plus les événements à venir.

Ton père est penché sur le poste de radio et vous vous installez sur les fauteuils tapissés, jusqu'à ce que le grésillement fasse place à une voix nasillarde.
La radio est formelle : c'est la guerre ! On apprend que l'Allemagne a envahi la Pologne, et que la France rejoint le Royaume-Uni dans la déclaration de guerre.
Ton cœur se crispe et tu n'arrives pas encore à imaginer ce qui t'attend - ce qui vous attend. Tout ce à quoi tu peux songer, c'est un désastre. Il te semble même voir une bombe exploser par la fenêtre, au loin - mais non, ça n'est pas le moment d'halluciner et tu fermes les yeux pour cacher cette image.

« On doit partir d'ici.
- Ne dis pas de bêtises, répond ton père d'une voix sans appel.
- Mais on pourrait partir. On pourrait aller aux Etats-Unis, on serait tranquilles là-bas.
- On n'ira nulle part.
- Pourquoi ?
- Parce que c'est ma maison, que j'y tiens, et que ma vie est ici. Tu comprends ?
- Je ne comprends pas pourquoi tu désires être au cœur d'une guerre. C'est l'Allemagne, Hitler est effrayant. Il pourrait très bien larguer une bombe sur ta maison adorée, avec nous à l'intérieur.
- On ne change pas de pays comme ça. Tais-toi, maintenant, c'est la dernière fois que je te le demande.

Tu fais la grimace et tu te tais. Tu sais qu'il y a des autorités qu'il ne vaut mieux pas contrarier et ton père en fait partie. Alors tu restes dans tes pensées, sur ton fauteuil, les jambes croisées. Tu observes ton père dans son coin, il réfléchit à cent à l'heure, et toi tu sens de plus en plus mal.
Tu as mal au crâne, et tu ne peux t'empêcher de songer à des horreurs ; en vérité, tu redoutes énormément une guerre. L'Europe en parle depuis longtemps, mais tu ne veux pas vivre ça : tu détestes le changement autant que l'ignorance et tu refuses d'avoir à mourir pour ton pays. Tu refuses de mourir, tout simplement - ta vie te fait peur, et la mort encore plus.

Tu sens ton cœur battre à tes tempes et un poids dans ta poitrine, tu vois tes mains couvertes de cendres et de sang - pourquoi tes mains sont-elles ensanglantées ? Apeuré, tu constates un trou dans ton ventre, déchiré par une balle ou un obus.
Tu détournes les yeux aussi vite que possible. Ça n'est pas réel. Pourtant, tu sens la douleur arriver petit à petit. Elle non plus n'est pas réelle.
Tu te sens céder doucement à la panique et te caches les yeux de tes mains faussement ensanglantées, ce qui finit inévitablement par attirer l'attention de tes parents, qui regardent avec horreur le spectacle de leur fils mutilé alors que ton père se précipite à tes côtés.
« C'est pas réel... » Tu murmures tout seul dans un gémissement, tu voudrais bien avertir tes parents qu'ils sont piégés de ta particularité mais ils n'ont toujours pas compris, ou ils refusent de comprendre, tu l'ignores. Si tu as appris une chose sur les hommes, c'est que le sens qu'ils remettent le moins en cause est la vue, en sachant qu'il s'agit peut-être du moins fiable d'entre eux.

Tu as mal, tu tentes d'ignorer une douleur que tu sais fictive, et alors que tu regardes péniblement ton père, tu es saisi du plus grand effroi quand tu constates qu'il manque sa jambe à ton géniteur.
Il paraît que ton grand-père est mort de cette façon en 1917.

Qu'importe les cris que tu entends, tu bouscules ton père et t'extirpes du salon en titubant, tremblant et saignant. C'est pas réel. Tu pousses l'un des lourds battants de chêne et referme la porte derrière toi aussi vite que possible - les cris s'arrêtent, tes parents sont saufs, et toi tu te retrouves nez-à-nez avec ta gouvernante.
« Aidez-moi. » Tu la supplies, tu t'effondres. T'as souvent cru que t'arrivais à contrôler ton don, et ça va de mieux en mieux, mais parfois, ça dérape. T'as encore mal, tu vois encore du sang partout, mais bientôt tes illusions s'effacent, remplacées par une vive douleur qui te pique la joue lorsque la vieille dame te colle une baffe digne de ce nom.

Tu reprends tes esprits peu à peu, tu te redresses, tu entends bouger dans la pièce d'à côté. Tu te laisses quelques secondes pour reprendre ton calme, ton souffle, et tes esprits.
« Ils sont morts de peur.
- Je sais.
- C'est la guerre, Octavia. J'ai une image angoissante de la chose.
- Je sais.
- Ils ont peur de moi.
- Votre mère seulement.
- Je devrais partir.
- Pas encore, monsieur. Vous devriez attendre un peu.
- Mais je ne peux pas rester avec eux.
- Où comptez-vous aller ?
- Je ne sais pas.
- Restez dans votre chambre. Ils vont mettre ce qu'ils ont vu sur le coup de l'émotion de la déclaration de guerre.
- Vous savez beaucoup plus de choses que moi, n'est-ce pas ?
- Vous en doutiez encore ? Filez maintenant, je vais leur parler. »

Tu ne comprends pas Octavia, mais elle te comprend. Elle est comme toi, et pourtant, tu ne vois pas en elle la moindre bienveillance. Elle t'aide, mais sans la spontanéité qu'on pourrait attendre de la part d'une main tendue. Elle ne t'aime pas.
Et toi et ton naturel méfiant lui faites une confiance aveugle.

1941

Ça fait quelques temps que tu es parti de chez toi. La situation n'était plus tenable.
Tu jouais un Nocturne de Chopin quand une aile de ton manoir s'est effondrée sous les bombardements. La bibliothèque a été détruite. C'est à ce moment que tu as su que tu devais t'en aller, parce que tu as ressenti un désespoir comme jamais auparavant - tu as compris que cette bibliothèque était la seule chose à te maintenir encore dans un état de salubrité correcte dans cette maison où tout semblait te porter préjudice.
Tu n'en pouvais plus d'entendre les bombes (ou de les attendre ?), ta particularité s'est faite de plus en plus instable sous ton état de peur permanent, tes parents se méfiaient de toi comme si tu faisais partie de l'Axe, et, merde, ta bibliothèque, ton refuge, ton sanctuaire, il n'en reste de-ci de-là que des pages carbonisées au gré des éclats de l'ancienne baie vitrée.

Tu es parti de chez toi sans faire de vague. Tu as dit à tes parents que tu t'en allais. Tu refuses d'admettre que tu as vu un certain soulagement dans les yeux de ta mère.
Octavia a été d'accord avec ta décision. Si elle ne l'avait pas été, tu serais resté.
Alors tu as fait ta valise. Tu as pris avec toi quelques vêtements, quelques partitions et quelques livres, ceux que tu as pu sauver de ta bibliothèque en ruines.
Et elle t'as emmené dans un endroit secret, rempli de gens comme toi.

Tu as eu beaucoup de mal à t'y faire. Tu n'aimes pas être brusqué, pas plus que tu n'aimes sortir de chez toi par les temps qui courent. Tu as trop de mal à te faire au changement. Tu n'es pas adaptable.
Tu ne parviens pas à te faire à la guerre, elle t'enserre toujours le cœur. Tu as vu plus de cadavres que tu n'aurais dû en voir en toute ta vie - et encore, tu n'es pas trop mal loti.
Octavia t'as demandé de ne pas mourir, de faire attention à toi, et elle t'as laissé. Elle t'a dit qu'elle repasserait, peut-être.
Et tu t'es retrouvé seul et abandonné.

22 mars 1941

C'est la seizième fois que tu revis le 22 mars 1941. Au début, tu as cru devenir complètement dingue, tu t'es dis que ça y est, c'était foutu, qu'on t'avait balancé un gaz sur la tronche assez puissant pour surplomber tes hallucinations - et pendant un moment, tu t'es surpris à trouver la technologie nazie prodigieuse.

Au bout d'une semaine, tu as finalement fini par accepter cet état de faits : tu seras coincé dans une même journée pour le restant de tes jours. Soit.
Les autres Syndrigastis t'acceptent peu à peu, tu parles à certains d'entre eux. Et le jour, tu explores progressivement. Tu ne veux pas mourir, et tu as décidé de ne t'aventurer dans une zone que lorsque tu sais à quelle heure se déroulent les événements majeurs qui y ont lieu.
Tu t'amuses avec la temporalité. Chaque jour est identique, et pourtant tu aimes constater à quel point votre petit groupe influe sur le déroulement de la journée.

Tu as trouvé un piano dans la ville en ruines. Tu y vas régulièrement, ça te détend, et tu es persuadé que quelqu'un t'y entend toujours jouer.
Aujourd'hui, tu décides de modifier quelque peu ton trajet pour aller dans ce qui était une ancienne salle de spectacles pour retrouver ton piano - et tu contournes le bâtiment pour vérifier que personne ne s'y introduise par une éventuelle porte de derrière.

Tu marches au milieu des décombres. La désolation est partout et tout te semble irréel ; il y a quelques mois, tu marchais ici sur une allée fleurie dont il ne reste plus que des cendres.
Tu te figes soudain. Tu as entendu un bruit, mais tu n'en es pas sûr. Tu aurais cru entendre un genre de plainte silencieuse - tu connais ce bruit, c'est le bruit de l'agonie, un râle qui te prend aux tripes.
Tu te retournes vivement, et pourtant, tu ne vois rien aux alentours.  

Tu décides de continuer ta route, quand tu remarques un tas de couvertures que tu n'avais pas vu auparavant, à moitié caché sous les gravats du bâtiment. Tu entends un toussotement et tu vois bouger le tas de laine rapiécé.
Tu pourrais très bien continuer ta route, August, mais tu n'es pas indifférent à la souffrance et tu es tout à fait le genre à te mêler des affaires d'autrui. Et puis, tu ne voudrais pas avoir la mort de quelqu'un sur la conscience.

Tu as peur de ce que tu vas trouver sous les couvertures, et pourtant, attiré par un tu-ne-sais-quoi d'étrange et de fascinant (curiosité morbide ?), tu ne peux t'empêcher, doucement, de te pencher par dessus le tas de couvertures pour y distinguer l'origine de ce bruit lointain.
Ta main tremblante s'approche et tu y découvres une jeune femme, pâle, mal-nourrie, et seule, si seule que ton cœur se déchire.

Ta vision se trouble un instant, t'es pas sûr de ce qui se passe mais t'es certain que cette femme n'en a plus pour longtemps.
Elle te ressemble, d'un certain côté, et tu sais, sans que tu puisses t'expliquer pourquoi, tu sais qu'elle est ton alter ego, tu sens que vous êtes inexorablement liés et tu regrettes de ne pas l'avoir connue avant, alors que la vie ne la quittait pas au fur et à mesure des secondes. Il y a quelque chose qui passe entre vous alors tu la regardes mourir, et elle plante ses yeux dans les tiens sans rien dire alors qu'elle expire une dernière fois. Puis elle ferme les paupières et semble s'endormir en souffrance - à l'exception près que son sommeil est de marbre et qu'elle ne se réveillera pas, une grimace à jamais figée sur le visage de porcelaine.

Tu te sens vide, August, le cadavre de cette inconnue dans les bras. Elle est morte, en silence, tu es le dernier visage qu'elle ait vu et sans savoir pourquoi, sa mort, si seule, si triste, te touche autant que si tes propres parents avaient été à sa place.
Ce jour là, tu ne joueras rien d'autre qu'une Marche Funèbre.

22 mars 1941

Peu de temps après ces événements, tu t'es senti comme investi d'une mission divine ; il était de ton devoir d'alléger les souffrances de cette jeune femme.
Et avec une régularité mécanique, tu as fini par te rendre tous les jours auprès d'elle pour lui rendre la mort moins pénible ; cette femme est devenu ton repentir, ton expiation quotidienne : tu tisses auprès d'elle des fils d'or et de soie, tu fais fleurir des orchidées sur ses couvertures, tu l'emmènes là où il fait beau, tu la reposes dans le lit d'un prince, tu l'envoies au pays des rêves.
Sa mort est différente à tous les 22 mars, mais toujours dans la poésie - et elle s'endort avec le sourire aux lèvres.

Elle te prend pour un ange, tu le sais, elle croit tous les jours que tu l'emmènes vers une autre destination au delà de la vie - tu aimerais bien faire le voyage avec elle, parfois, tu te sentirais comme le passeur du Styx.

C'est ça, ton occupation quotidienne, August, tu fais mourir les gens en douceur.



I became insane with long intervals of horrible sanity.


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Dernière édition par August Hastings le Mer 21 Déc - 15:32, édité 16 fois
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MessageSujet: Re: o magnum mysterium (august)   Lun 12 Déc - 23:43

Umbre c'est toi ? shock shock shock
Un petit avec un esprit paumé, je sens qu'il va bien s'entendre avec Galahad celui-là mdr Bref bienvenue et en cas de question, faut crier strip blbl poele
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Clarence F. Bannerman

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MessageSujet: Re: o magnum mysterium (august)   Lun 12 Déc - 23:55

Bienvenue sur le forum petit champi sur pattes keu



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MessageSujet: Re: o magnum mysterium (august)   Mar 13 Déc - 9:15

Bienvenue sur le forum et bon courage pour la fiche ! meuh
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MessageSujet: Re: o magnum mysterium (august)   Mar 13 Déc - 10:30

Bienvenue! Bon courage pour la suite de ta fiche keur
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August Hastings

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MessageSujet: Re: o magnum mysterium (august)   Mer 21 Déc - 15:36

Merci en retard. hihi



I became insane with long intervals of horrible sanity.


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Margaret Nebulosa

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MessageSujet: Re: o magnum mysterium (august)   Mer 21 Déc - 15:58

Je viens à la bourre mais wow! Super idée de perso, d'avatar, et Musset dans le profil, que demande le peuple!

Bon courage pour ta validation et au plaisir de te croiser!


On a beau chercher, on ne trouve jamais que soi même.
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MessageSujet: Re: o magnum mysterium (august)   Mer 21 Déc - 18:28

Une nouvelle pièce !

- Il est de nôtres -

Même si j'ai mis un temps fou à la lire et que j'ai mis des miettes de gâteaux partout dans mon lit, ton histoire m'a émue ;; Je te valide direct parce que tout est beau et bien écrit, tout me semble nickel. August est un adorable petit fdp brill

Félicitation ! Maintenant que vous êtes validé, vous pouvez passer à l'étape suivante et bien entendu aller rp ! Vous pouvez créer votre Fiche de liens & topics, référencer une Occupation si vous en possédez une utile à une boucle et n'oubliez pas de référencer votre boucle dès que vous voyagez. Il ne faut pas avoir peur de poster des Questions/Suggestions, le staff est à votre disposition. Vous pouvez également aider le forum à se faire connaître ici. Enfin, amusez-vous !
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August Hastings

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MessageSujet: Re: o magnum mysterium (august)   Mer 21 Déc - 18:33

Oh merci beaucoup. meuh

Ah Maggie contente qu'on rende à Musset ce qui est à Musset. han



I became insane with long intervals of horrible sanity.


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o magnum mysterium (august)
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