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 Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne (Eustache)

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August Hastings

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- Illusionniste mythomane -
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❧ Boucle Temporelle : 22 mars 1941
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MessageSujet: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne (Eustache)   Lun 26 Déc - 23:10

Qu'il vienne, qu'il vienne,
Le temps dont on s'éprenne.

- Eustache & August -

Outre ton enfermement en pleine guerre mondiale, August, tu fais face à la plus grande frustration que tu n'aies jamais connue et à laquelle tu ne vois aucune échappatoire : tu es un rat de bibliothèque qui tombe amoureux d'un résumé plus facilement que ne tombe la pluie.
Certains voient en ta passion du langage une qualité indéniable et tu ne saurais faire preuve d'un avis contraire - mais le destin t'as condamné à errer éternellement au 22 mars 1941.
S'il t'était on ne peut plus simple de te rendre à la bibliothèque familiale, il ne s'agit plus du même effort à fournir pour satisfaire ta soif de lecture (bien que tu sois insatiable) - dès lors que tu as réussi à emprunter un livre, il te faut en lire le plus possible d'un seul coup ; le temps, dans un grand paradoxe, t'es compté, car tu sais que le lendemain il te faudra aller récupérer ton livre à l'endroit précis où tu l'as trouvé.
Cette maudite boucle t'interdit de garder chez toi un objet qui ne s'y trouvait pas au matin du 22 mars.

Les premiers jours, tu as pesté, tempêté, et tu as manqué de faire part de ta colère à une Ymbryne - et lentement, tu t'es mis à accepter cet état de faits auquel tu ne pourrais rien changer.
Tu t'es juré, d'ailleurs, que si tu en venais à rejoindre une nouvelle boucle, tu prendrais sous ton aile plus de livres que de vêtements.

Aujourd'hui, tu es d'humeur maussade. Il te faut traverser des rues entières pour mettre la main sur cet exemplaire des Aventures d'Arthur Gordon Pym que tu as emprunté à une connaissance qui, tu en es sûr, t'apprécie bien plus que réciproquement - et tu n'as pas le cœur à affronter des heures de discussion futile pour achever un livre que tu as déjà lu deux fois (même si ta dernière lecture du roman de Poe remonte à une vingtaine d'années et que la fin t'apparaît très floue), d'où ta frustration : au lieu d'affronter seulement deux fois cette demoiselle, à l'emprunt et à la restitution du livre, tu es contraint d'y faire nombre allers et retours jusqu'à en avoir achevé la lecture, ce qui, en soi, ne te demanderait pas plus de deux jours avec un bon rythme, mais enfin, aujourd'hui, tu n'es pas prêt à converser des chats faméliques du quartier et de la pénurie de bas. Tu es déjà au courant que l'Angleterre est en guerre.

Tu te sens aussi gris que le ciel en quittant ton logement. Comme tu n'as pas envie d'aller quérir ton roman, tu ne sais pas quoi faire.
Alors, assis sur un bloc éclaté de ce qu'il reste d'une façade, tu décides de pallier à la tristesse ambiante et dégages le ciel de tout nuage ; tu t'accordes un véritable jour de printemps, une nature aussi paisible que colorée parmi les ruines, et tu ornes chaque particule de poussière d'un brin d'herbe ou d'une orchidée. Les pavés ne deviennent plus que des tâches de couleur perdues dans une prairie exotique et paradisiaque cachée en périphérie de Londres.

Tu sens ton soleil fictif réchauffer ta peau blême, privée d'ultraviolets, et retires même ta veste de velours que tu installes sur ce qui est devenu un banc de bois vernis. Bercé par tes rêves éveillés, tu fermes les yeux de bien-être.
Tu as l'habitude du regard déplacé des gens à ton égard ; ils te dévisagent, car tu souris, nimbé dans ta lumière fictive, tu es en chemise comme si le froid de mars n'avait aucune emprise sur toi, et tu sembles tout à fait à ton aise parmi les ruines ; s'ils te prennent pour un garçon à qui la guerre a fait perdre la raison, ils ignorent que tu es dans un Londres débarrassé d'humanité où la nature luxuriante a repris ses droits.

Tu restes immobile dans cette position une heure, peut-être. Tu te récites des poèmes et souris aux passants incapables de comprendre ta figure hébétée - parfois, principalement avec des enfants, tu partages ta vision du monde avec autrui et les vois repartir avec la même expression que tu arbores.
Et tu souris plus encore quand tu vois une silhouette qui t'es parfaitement familière émerger d'une cascade de lierre ; c'est Eustache qui approche.
Tu l'apprécies et tu sais que tu auras toujours cette place dans son cœur de première apparition ; toi qui ne savais pas quoi faire, il semblerait que tu aies trouvé comment remplir quelques heures de ta journée.


Titre : Arthur Rimbaud



I became insane with long intervals of horrible sanity.


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Dernière édition par August Hastings le Sam 7 Jan - 22:41, édité 1 fois
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Eustache W. Heddington

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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne (Eustache)   Mar 27 Déc - 10:08

Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne

- Eustache et August -

C'est comme si c'était hier. Tu revoies encore Mère te faire un signe de main en guise d'Adieu. Elle est triste. Toi, au fil des ans tu ne ressens plus rien, bien que cette exacte image persiste à te rester en mémoire. Elle est nimbée par une odeur salée, celle des larmes. Mais c'est tout. Il ne te reste plus que cela. Tu ne te souviens même plus exactement de son visage. Parait-il qu'elle avait les même traits de visages que toi. Soit. Mais tu ne sais plus bien exactement à quoi tu ressembles. La guerre efface les visages. Voilà des années que le tien s'est évaporé.

La boucle devient si prévisible au fil du temps. A ce moment précis un enfant rigole, un oiseau tombe de son nid, un chat gratte à la porte de la demeure abandonnée de ses propriétaires.
Tu glisses au coeur de cette boucle, insaisissable. Tu n'aimes pas le temps qu'il y fait. Toujours cette grisaille atroce. Toujours cette fraîcheur et cette bruine matinale alors que les bombes fleurissent à quelques mètres de ce t étrange cocon. Tu tuerais pour voir pleuvoir la neige. C'est le chien qui voudrait ça. Il aimerait courir dans la neige. Toi t'aimerais juste pouvoir t'habiller correctement. Voilà que tu te balades avec une veste trouée, une chemise passablement blanche sur laquelle se sont échouées quelques cendres des nombreuses cigarettes que tu as pu porté à tes lèvres en ces quelques années. Fumer. Tu as besoin de fumer.

Il reste encore quelques heures avant que le moment fatidique du renouvellement de la boucle ne retentisse. Tu as du temps à tuer. Qu'elle drôle d'idée, tuer le temps, surtout quand le temps ne peut te tuer. Si belle chose que de conserver son apparence adolescente, fragile malgré l'écoulement du temps. Qu'elle idée singulière que de vieillir dans le corps d'un jeune homme. L'âme est vieillie, pétrie par le temps alors que le corps, lui, reste inchangé par les années passées. Elles glissent à la manière de la rosée sur les pétales d'une rose éternelle. Toujours est-il que le monde extérieur a évolué en dehors de cette boucle, qu'il a continué, lui, a subir les ravages du temps et que toi, tu en es l'observateur embusqué. Parfois tu aimerais ça, sortir de la boucle. Mais à quoi bon ?

Tu finis par te lever du matelas qui te sert de lit pour sortir et les odeurs forment un tintamarre désagréable. C'est l'odeur d'un monde qui se déchire, c'est l'odeur d'une plaie sanguinolente. Peu importe la guerre. Après tout tu sais que le monde y a survécu, que vous avez gagné. Tu n'y portes plus attention. Alors tu te mets à chercher des cigarettes. Les soldats en sèment parfois. Auraient-ils peur de se perdre ? T'aurais jamais l'idée de semer des cigarettes sur ton passage, non, grand Dieu, elles sont bien trop précieuses. T'as envie de te dégourdir les pattes. Plus tard. Au renouvellement de la boucle. En voilà, juste là, en évidence posées sur une murette. Toujours à la même place, tous les jours. Wonderful. Tu en coinces une entre tes lèvres et tu continues t'avancer. Le temps serait presque agréable aujourd'hui. Tu regardes les gens défiler. Ils se ressemblent tous au fur et à mesure des années. Tu reconnais un gamin qui un jour, te voyant en chien parcourir la ville en ruine, a flatté allègrement ton encolure. Il était gentil et sentait bon le miel et la douceur du printemps. L'innocence à l'état pur. Il semble heureux aujourd'hui. Qu'elle drôle d'idée d'être heureux en pleine guerre. Stupide gamin. Tu souris en tirant un peu plus sur ta cigarette, laissant échapper un peu de fumée par la même occasion. Tu suis du regard sa trajectoire. Ton regarde butte littéralement sur un visage familier. Vraiment familier. August. Tu comprends un peu mieux l'expression béate du gamin.

« Bien le bonjour à toi, faiseur de rêves ». Tu te glisses près de lui. La même odeur. Familière. Agréable. Réconfortante. Tu inspires profondément, ferme les yeux quelques secondes et savoure la brise légère qui caresse ta peau frêle. Ça t'arrache un frisson. « Tu joues avec les enfants maintenant ? » Tu ouvres à nouveau les yeux pour les poser sur lui. Il semble si jeune. Lui aussi a perdu son visage et derrière ce masque se cache un vieillard, comme c'est le cas pour toi. Vous avez vieilli ensemble. « Que vois-tu ? ». Ces mots s'échappent de tes lèvres. Tu es curieux, au fond de toi, bien que tu ne comprennes que très peu l'étendue de son don. Tu n'es qu'un simple chien après tout. Tu tires à nouveau sur une cigarette bientôt entièrement consumée. Elles se finissent toujours trop vite. Tu te presses doucement contre le jeune homme. « T'as pas froid ? Il gèle ce matin ». Ta température corporelle est sans doute quelque peu plus élevée que la moyenne. Les huskies aiment le froid. Ils sont performant quand le froid les saisit. « Tu ne voudrais pas ma veste ? »


Au clair de la lune,mon ami Pierrot,filons, en costume présider là-haut ! Ma cervelle est morte. Que le Christ l'emporte ! Béons à la lune, la bouche en zéro.

woufwouf

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August Hastings

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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne (Eustache)   Mar 27 Déc - 16:59

Qu'il vienne, qu'il vienne,
Le temps dont on s'éprenne.

- Eustache & August -

Tu réponds à la salutation de ton ami avec un poli hochement de tête. Tu évites de parler dès qu'il t'es possible de garder le silence.
Tu te décales quelque peu sur ton banc invisible pour le laisser s'installer à tes côtés. Sa présence opère sur toi quelque chose de rassurant, tu ignores pourquoi, probablement parce qu'il est plus aisé de faire confiance à un chien qu'à un homme. Tu sais à quoi t'en tenir avec les bêtes, elles ne connaissent pas l'avidité.

« Tu joues avec les enfants maintenant ? te demande ton ami.
- Modifie sa réalité à un enfant, en résulteront des paillettes dans les yeux. Adonne-toi à la même chose avec un adulte, il ne va faire qu'angoisser et chercher à comprendre rationnellement ce qui ne s'explique pas rationnellement. Tu connais la différence entre un enfant et un adulte ? (Tu souris et fixes ton ami dans les yeux.) Un adulte a tellement peur qu'il en devient incapable de discerner les couleurs. »
Tu ne parles pas beaucoup, August, mais dès lors que tu ouvres la bouche, tu ne peux t'empêcher de mentir ou de tenir quelque discours philosophique qui te confère le monopole de la parole. Tu profites d'ailleurs de la présence d'Eustache : tu sais qu'il t'écoute.
Tu laisses flotter dans ton air tiède quelques secondes de silence, et ajoutes, presque à demi-mot :
« Il n'y a que les enfants qui apprécient ce que je fais. » Nouveau sourire, bien qu'on pourrait sentir dans cette phrase une touche de mélancolie en tendant bien l'oreille.
Tu songes presque à lui faire une démonstration sur le premier passant, mais tu y renonces aussi sec - tu ne te sens pas de faire paniquer un homme pour ton bon plaisir.

Et dès lors qu'il te demande ce que tu vois, tes lèvres s'étirent plus encore qu'elles ne l'étaient ; il s'agit sans conteste de ta question préférée, que tu interprètes systématiquement comme une demande de la part de ton interlocuteur de te rejoindre dans tes illusions. Tu ne lui réponds pas, tu te contentes de laisser voguer tes pensées sous les rayons du soleil - ou plutôt, tu ne lui réponds pas avec des mots. Mais progressivement, Eustache voit ses chevilles chatouillées par quelques brins d'herbe sauvage émergeant du désert de poussière de Londres ; il voit fleurir les bâtiments sous une douce lumière qu'il serait plus familière de croiser au début du mois de mai ; il voit l'horizon se dégager et le soleil flotter dans un ciel pastel ; il voit les ruines se sublimer de nature sous le chant de quelques oiseaux.

Ainsi, alors que tu emmènes Eustache dans ton printemps, sa proposition de te prêter sa veste semble soudainement hors-propos, quoiqu'il ne fasse pas très chaud pour autant et toi aussi te resserres volontiers à ton ami.
Son contact, tu ne l'aimais pas alors que vous vous fréquentiez depuis quelques jours à peine. Tu es vite devenu un point de repère pour lui, tu le sais, et petit à petit, tu en es venu à accepter sa présence que tu jugeais alors envahissante. Tu as accepté Eustache dans son entièreté, sans jugement, parce qu'il faisait preuve de patience avec toi, et il est depuis de nombreuses années que tu ne parviens pas à compter un allié dans une boucle sans fin.

« Qu'est-ce qui t'amène ici ? (Tu emploies le ton des banalités annonceur de mensonges à venir.) Je me baladais lorsque je me suis foulé la cheville sur une tuile. Forcément, tu sais... Avec l'herbe partout, il est difficile de savoir exactement où on met les pieds. C'est un véritable calvaire, il faudrait songer à tondre. »
Nouveau sourire. Tu proposerais bien à Eustache de se rendre avec toi chez Mrs Faucett, la femme entre deux âges disposant de l'exemplaire de Poe, hélas, tu crains ne pas lui faire de cadeau par cette demande audacieuse.



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Eustache W. Heddington

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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne (Eustache)   Lun 2 Jan - 15:34

Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne

- Eustache et August -

Tu connais August depuis de nombreuses années désormais. Il est l'égal de ton frère, prenant chaque année de l'âge à tes côtés. Est-ce trop exagéré que dire qu'il est aujourd'hui ta seule famille ? Surement pas. Il est ta seule famille, c'est une certitude. Ton sang s'est évaporé sous les bombes en ce jour fatidique dans lequel tu es coincé à jamais. Ils ne te manquent pas. Mère oui, elle te manque. Son odeur sucrée te manque. Elle sentait le printemps éternel. Elle rayonnait comme une fleur à peine ouverte sous l'influence de la sève tourbillonnante une matinée de printemps.

Il est aussi l'un de tes rares amis.

Sa chaleur t'envahit brusquement. C'est comme un coup de fouet. Il n'est plus dans la boucle, il en est très loin. Toi aussi t'aimerais en être loin. « Modifie sa réalité à un enfant, en résulteront des paillettes dans les yeux. Adonne-toi à la même chose avec un adulte, il ne va faire qu'angoisser et chercher à comprendre rationnellement ce qui ne s'explique pas rationnellement. Tu connais la différence entre un enfant et un adulte ? Un adulte a tellement peur qu'il en devient incapable de discerner les couleurs. » Idée intéressante. Un enfant sera plus facilement enclin à voir son univers changer qu'un adulte. On perd de son innocence en grandissant. On se veut trop rationnel. Toi le premier. Pourtant avec August tu fais des efforts. Tu ne comprends pas comment son don marche mais tu lui fais confiance, tu le crois. Parfois tu te vois en lui, dans sa candeur idéale. Son regard néanmoins te transperce. Tu sais qu'il te parle. Il te parle à toi, à tout ce que tu es. Tu esquisses un léger sourire. « On se raccroche à la seule réalité qu'on connaît, parfois. Moi c'est les odeurs. Je ne me fie qu'aux odeurs (tu hoches la tête, déterminé) »  Facile à dire et idée bien sotte sachant que tu es coincé dans une boucle atemporelle. Tu ne connais que cette réalité là. Mais il en existe bien d'autres et tu en as conscience depuis que tu vis ici. Voilà pourquoi tu veux bien croire August aussi. Tu sais qu'une seule réalité n'existe pas. Elles sont une infinité. Autant de réalité qu'il y a d'hommes. Tu aimes sa vision du monde. Tout semble beaucoup plus simple à travers son regard.

« Il n'y a que les enfants qui apprécient ce que je fais. »
Tu vois son sourire. Tu grimaces. T'as un peu de mal à y croire. Certes les adultes n'apprécient que très rarement d'être perturbés, mais tout de même. « Moi j'apprécie, ne crois pas le contraire ». Et c'était la vérité pure. Tu sais pas mentir. Tout du moins, ici, mentir ne te serait d'aucun profit. Mais au fond, toi t'es qu'un gamin. T'as pas beaucoup grandi. C'est assez complexe de grandir dans un monde où tout le monde reste si jeune.

Il n'a fallu que quelques secondes pour que le soleil brûle ta peau. Tu sens la chaleur envahir chaque membre de ton corps endolorit par le froid. Tu sens l'herbe sous la plante de tes pieds. Tu frémis de plaisir. Le chien aimerait courir. Un couinement s'échappe de tes lèvres. Tu regardes tout autour de toi et tu ne vois que la douceur du printemps. Tu fermes les yeux un instant. Tout semble si irréel. C'est impossible que ça ne soit vrai et pourtant tu sens la chaleur, la fraicheur de l'herbe contre tes mollets. Tu donnerais tout pour ressentir ça pour de vrai. Encore. A nouveau. Tu aimerais sentir la neige. Au fond c'est ça que t'aimerais. Sentir la neige. Courir dans la neige.

Mais tu restes rationnel. La veste. Il fait bien trop chaud pour la porter encore. Tes pattes te démangent. Ca te donne envie d'aller courir.

« Qu'est-ce qui t'amène ici ? Je me baladais lorsque je me suis foulé la cheville sur une tuile. Forcément, tu sais... Avec l'herbe partout, il est difficile de savoir exactement où on met les pieds. C'est un véritable calvaire, il faudrait songer à tondre. » Tu ne peux t'empêcher de rire légèrement, voyant la position de ses pieds. Non il n'a pas mal. Tu pinces tes lèvres. « My dear, tu aurais mal à la cheville tu ne poserais même pas le pied au sol, penses-tu. » Tu ris doucement en te pressant à nouveau contre lui. Sa chaleur t'envahit à nouveau. « Je m'ennuyais dans ma triste maison et j'avais envie de sortir. Le chien a envie de courir. J'ai envie de neige » Tu esquisses un léger sourire. « Ca t'arrive pas des fois de faire tomber la neige ? » Tu le regardes avec des yeux ronds et brillants. Le chien en toi jappe. « A dire vrai je n'ai fais que te voir, là, seul et ta simple présence m'a attirée. Que veux-tu, tu es la péripétie de cette journée qui se répète inlassablement, c'est attractif».Un sourire et tu détournes le regard pour admirer à nouveau les passants, laissant le soleil d'August réchauffer ton être tout entier. Eux, pauvres mortels, sont bien loin de ses hautes sphères imagianires. « Merci, tu souffles doucement en fermant à nouveau les yeux, c'est pas désagréable ce soleil. Mais, toi, que faisais-tu mon cher?»  


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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne (Eustache)   Dim 8 Jan - 1:48

Qu'il vienne, qu'il vienne,
Le temps dont on s'éprenne.

- Eustache & August -

La réalité. Tu adores t'embarquer dans des conversations sur ce simple principe, évident aux yeux du monde sauf aux tiens. Tu aimes ce concept plus que n'importe lequel, car tu sais y être imperméable et ceci même contre ton gré - la réalité a bien peu d'emprise sur toi à un point tel où tu t'es mis à douter de son existence même.
Tu hoches la tête en signe d'approbation à l'encontre de ton ami. Il est tout à fait naturel qu'il ne fasse confiance qu'aux odeurs, et pourtant, comme pour lui montrer qu'il est là en tort, tu imagines sans rien dire une odeur de muguet, parfaitement fondue dans l'air ambiant de ton printemps. Eustache doit la sentir mieux que toi, c'est certain, et pourtant, cette odeur qui flotte dans l'air comme le sourire satisfait sur ton visage est d'une irréalité indubitable.
Mais Eustache, qu'en sait-il ?

En attendant, tu sens une vague de chaleur t'inonder quand il t'annonce aimer tes illusions (et tu est presque sûr qu'elle n'est pas à imputer à ton soleil factice). Ce compliment te ravit, bien que tu saches déjà quelles sont les positions de ton ami vis-à-vis de ta particularité - son affection tombe tellement sous le sens à tes yeux que tu n'as pour ainsi dire jamais douté de son appréciation.
Et pourtant, apprécierait-il tes illusions s'il ne te connaissait pas et n'en était qu'une énième victime ?
- C'est parce que tu connais ma particularité, réponds-tu sans ajouter un mot.
Tu ne veux pas t'épancher sur le sujet, mais force t'es d'admettre que ton don t'as attiré par le passé quelques ennuis non négligeables à cause de la crainte nourrie par l'ignorance - et tu te rends compte pour la première fois depuis que tu connais Eustache qu'il en sait très peu sur ton compte, entre les mensonges et les non-dits.
Tu songes qu'il faudra te confier à lui un jour.

Pour l'instant, tu te contentes de partager son rire léger et rassurant lorsqu'il met le doigt sur ton mensonge - il a l'habitude de tes excentriques fabulations et tu apprécies le fait qu'il ne s'en formalise pas. Finalement, tu ne mens pas tant pour préserver du monde extérieur d'obscurs secrets que pour faire voyager ta féconde imagination (et celle d'autrui par la même) - et parce que rien n'est plus réel qu'une histoire racontée dès lors que l'on y croit.

« Je m'ennuyais dans ma triste maison et j'avais envie de sortir. Le chien a envie de courir. J'ai envie de neige. Ça t'arrive pas des fois de faire tomber la neige ? » Tu le regardes en coin, les yeux scrutateurs et amusés. C'est une demande qu'il te fait là, sans le moindre doute. Le husky sommeillant en lui galope à l'intérieur de son cœur et tu te resserres contre lui en fixant les quelques nuages éparses dans ton ciel azur - et tu l'imagines à nouveau empli de cette couche de coton grise dégorgeant du trop-plein d'eau. (Cette pensée ne te réjouit pas, c'est que tu es bien à la douce chaleur printanière.)
La neige, tu n'en as pas envie maintenant. Encore cinq minutes, te répètes-tu. Encore cinq minutes de soleil, c'est tout. Et comme tu n'as pas envie de faire languir Eustache, tu réponds la première chose qui te passe par la tête, comme à ta singulière habitude :
« Ça n'était peut-être pas une tuile, maintenant que j'y songe. J'ai du glisser. » Un sourire nébuleux est encore suspendu sur tes lèvres.

Un silence, durant lequel tu fermes les paupières pour mieux en apprécier la saveur - c'est que le silence dans l'amitié est une denrée si rare que tu te fais un point d'honneur d'en chérir la moindre seconde comme un trésor inestimable.
Et c'est la voix claire d'Eustache qui te ramène un peu plus sur terre :
« Mais, toi, que faisais-tu mon cher ?
- Eh bien, commences-tu alors que tu t'écartes quelque peu de lui afin de remettre ta veste cintrée, lui laissant tout loisir de penser que tu t'en vas, il s'avère que le mois de mars est éternellement trop pluvieux. Je suis venu pour, disons, donner une atmosphère de janvier. » Un large sourire bienveillant éclaire ton visage alors que ton ami devine où tu veux en venir.

Tu te laisses porter par la mélodie de ton imaginaire et peu à peu, les fleurs se fanent, l'herbe se raidit, le ciel se pare d'une blancheur presque aveuglante et, en une scène surréaliste, une couche de neige vient gonfler Londres sous un manteau frigorifié.
En quelques minutes, le paysage de printemps se transforme en une immensité immaculée. Tu lèves les yeux vers le ciel. D'épais flocons saupoudrent délicatement la ville ensevelie et se logent dans vos cheveux.
On pourrait presque entendre au loin les cloches et les cantiques, on se croirait dans un conte d’Andersen ; de la fumée s'échappe de ce qu'il reste des cheminées de la ville, de la buée s'attache aux carreaux des fenêtres et les passants se parent progressivement d'écharpes moelleuses - Londres est à présent plongée sous ton fictif tapis de neige.

Toi, désormais, tu frissonnes et te rapproches d'Eustache pour préserver la chaleur qu'il te reste de ton printemps désormais évanoui ; tu ne t'attendais pas à devoir affronter l'hiver (bien que ton hiver à toi soit aussi doux que possible) et ne disposes pas de vêtements suffisamment chauds. Oh, tu pourrais bien sûr les rendre plus épais en un battement de cils, mais il s'avère que tu préfères te lover contre ton ami.
« Le chien peut aller courir s'il veut, maintenant. »



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Eustache W. Heddington

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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne (Eustache)   Jeu 12 Jan - 21:58

Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne

- Eustache et August -

Toi cher Eustache tu n'as jamais été un penseur. Non, tu es instinctif. C'est l'animal en toi qui ne supporte pas être cérébral. Non. Tu obéis à une réalité bien différentes. Ce ne sont que de simples pulsions. Comme une vague générale de chaleur, qui se saisit de la moindre pulsation de ton coeur. Elles se logent à travers chaque artère et à chaque pulsation elles envahissent ton corps. Boom boom. Elles chatouillent la moindre parcelle de peau, elles te brûlent les phalanges et font frémir l'échine de ton dos. T'es un bon chien. Fidèle. Serviable. Docile. Mais l'animalité en toi te vient avant tout de ton humanité. Chien parmi les hommes, homme parmi les chiens. Cet entre-deux se confond. Il y a bien longtemps que tu ne cherches plus de juste milieu. L'as-tu cherché ne serait-ce qu'une fois ?
Surement pas. Tu aimes être un animal.

L'odeur du muguet. Ton regard balaye l'espace. Tu ne vois que la désolation d'une Angleterre en ruines agrémentée de la vision d'August. Tu cherches le muguet, fleur devenue si rare que tu te demandes encore comment tu peux te souvenir de l'odeur. C'est très précis. Tu la sens t'envahir. Tu sens le coup sur le bout de ta langue. Tu percevrais presque la douceur des pétales sous tes doigts rugueux. La mémoire est une chose étrange. Tu sais qu'il y a bien longtemps que tu n'as pas croisé une de ces fleurs et pourtant c'est comme si tu l'avais encore sous les yeux, sous la main. Tu souris légèrement, visiblement impressionné. Jaloux, peut-être, aussi, de pouvoir à ce point jouer avec le monde.

« C'est parce que tu connais ma particularité ». Tu fronces les sourcils. Il est vrai que tu ne t'es jamais posé la question sur la nature profonde de son don. Tu t'y es habitué, fasciné plus qu'effrayé. C'est la jalousie, l'envie, qui a fait qu'elle t'a paru si attractive. Tu ne sais pas grand-chose du jeune homme devenu vieux. Vous êtes deux vieilles âmes, deux solitudes aux histories éparses et dont pourtant un chemin commun est parvenu à vous rapprocher. « Il est certain que la connaissance de ta particularité joue dans le fait que je sois à l'aise avec tout cela. Pourtant je l'aurais toujours été, je suppose. Je suis plus impressionné qu'autre chose. Pause. Regard sur l'horizon. Une particularité, quelle qu'elle soit est toujours plus ou moins complexe à porter je suppose. Crois-tu que cela soit facile d'expliquer à ton entourage, pourquoi tu te retrouves soudainement nu face à eux quand ils sont persuadés d'avoir vu un chien ? »  

Cela ne t'es jamais particulièrement arrivé d'être confronté à une telle situation mais tu vois dans le regard des gens leur incompréhension. Parfois la peur. Tu n'es pas comme eux. Tu es double. Et la dualité est bien souvent signe de maléfice.

Tu souris à sa remarque. Ce petit homme est singulier. Tu as presque peur de louper la moindre parcelle de singularité. Tu as peur de ne pas tout saisir. Cela glisse sur toi et pourtant les mots raisonnent. Tout semble mystérieux, gage d'un symbolisme étouffé qui n'est destiné qu'à toi. Il faut déchiffrer et comprendre, apprécier, savourer ce gage de confiance. Parce que la vérité essentielle était bien là, dans la confiance que le jeune homme t'accordait, comme toi tu avais déposé entre ses mains ton entière dévotion. Tu n'as que peu d'amis mais le peu que tu as se partage une part de toi.

Tu l'observes faire, étrange manège qui semble machinal. Il remet sa veste et tu crains un instant qu'il en profite pour filer. Une démangeaison dans la main. Saisir sa main, son bras, lui souffler que non, tu ne veux pas être seul. Que tu veux rester là, avec lui, dans son monde plutôt que dans le vôtre, si sombre. Tu veux revoir le soleil, juste pour en percevoir l'ardeur solaire contre ta peau.

Janvier. Tu frissonnes et un couinement s'échappe de tes lèvres. Tu sens l'atmosphère se rafraîchir mais ce n'est pas dérangeant, c'est agréable. Ton plaisir est vif et ton regard balaye émerveillé la blancheur de ce cocon imagé pour vous contenir tout deux. Tu sens le corps frémissant de ton ami se presser contre le tiens. Toi tu bouillonnes. Les vêtements sont de trop et tu voudrais sentir le froid brûler ta peau. L'impatiente et la joie mêlée. Tu saisies rapidement sa main et les mots te manquent que déjà tu laisses le chien prendre sa place. Il peut. Il a le droit. Bientôt les vêtements s'éparpillent au sol et ton ami reste assis seul sur la brique bien triste d'un monde bien trop réel. Tu te mets à aboyer joyeusement en bondissant en cercle, tentant désespéramment de  saisir dans ta gueule de ces petits flocons imaginaires. Tu aboies d'exaltation. La neige. Il y a si longtemps que tu n'avais pas vu ça. Tu cours à nouveau vers August, lui sautant au visage et lapant goulûment son visage. Merci, merci ! Les mots dépassent ta pensée et ne s'échappe de ta gueule que des couinements de plaisir. Tu cherches ta main, tu frottes ta tête contre lui. Mais bien vite tu retournes jouer avec la neige, y courir après, bondir et aboyer.

L'idée même que tout ceci n'était qu'une illusion ne te venait même pas à l'esprit. C'était bien réel. Entre vous. C'était votre secret. Tu portes ton regard sur la valse lascive des flocons de neige, tournoyants au dessus de vous et se déposant avec douceur sur le sol blanchit. Tu te rapproches à nouveau de ton ami et te loves à nouveau contre lui. Un léger couinement mi-humain mi-animal vaut comme un remerciement. Tu ne veux pas retrouver ta peau humaine, ce carcan insensible à la neige. Alors tu poses ta tête sur les genoux du jeune homme et regarde la neige tomber. C'est la plus belle chose qui t'es été donné de voir. La pure jouissance d'un événement inattendu et pourtant si souvent espéré.

Tu fermes les yeux et laisses la fraîcheur t'envahir, ton pelage épais te protégeant de la brûlure du froid, protégeant par la même ton ami.

August tu es magique.
 


Au clair de la lune,mon ami Pierrot,filons, en costume présider là-haut ! Ma cervelle est morte. Que le Christ l'emporte ! Béons à la lune, la bouche en zéro.

woufwouf

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August Hastings

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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne (Eustache)   Mar 24 Jan - 18:18

Qu'il vienne, qu'il vienne,
Le temps dont on s'éprenne.

- Eustache & August -



Tu hoches la tête en signe d'approbation. Une particularité relevait suivant les cas du don ou de la malédiction (et tu te classes sans hésiter parmi les chanceux) mais constituait en tous les cas un fardeau, oserais-tu dire, au moins à certains moments une forme de poids. Toi-même a connu ton lot d'heures peu glorieuses et ne t'aviserais pourtant pas de te plaindre, oh, non : tu ne sais si tes illusions t'aident à supporter le monde réel ou si le monde réel t'empêche de sombrer dans tes illusions, mais quoi qu'il en soit, tu sais intimement faire partie du bon penchant de la balance des particularités - il t'aurait moins ravi de te trouver affublé d'yeux dans les mains, songes-tu.

En revanche, il ne t'es jamais, au grand jamais arrivé de te retrouver nu dans de telles circonstances, et un rire s'échappe de tes lèvres avant que tu aies pu le rattraper. Oh, bien sûr, il ne s'agit pas de moquer ton ami, mais parfois, tu crois que le rire est le parfait exutoire ; tu préfères balayer les soucis d'un éclat de voix plutôt que de t'y confronter le nez dans la fange. Tu es comme ça, August, inchangeable, tu passes ta vie à draper de fantaisie ce qui t'entoure, et cela t'amuse.
Toutefois, soucieux de paraître peu courtois ou peu compatissant, tu noies ta joie non-appropriée sous des murmures emplis de « Non, non, bien sûr, cela n'est pas facile, assurément, non, oui, bien sûr... », mots dilués dans le grave de ta voix sous tes airs guillerets. Le sourire qui illumine ton visage est irrépressible et tu te sens bien alors que des paillettes blanches tourbillonnent dans un air qui appartient à une autre saison.

Serré contre lui, tu sens qu'Eustache bouillonne. Tu jurerais que les battements de son cœur s'accélèrent et que sa température corporelle croît à chaque instant ; et brusquement, ton ami se laisse happer par le husky qui s'y tient en lieu et place. Ce dernier ne reste d'ailleurs pas une seconde à tes côtés, et dans une effervescence d'excitation, de joie, de vigueur et, paradoxalement, de jeunesse, l'animal se laisse aller à ses instincts, court comme un pauvre diable et s'amuse de ta neige fictive.
Tu regardes la scène, souriant et presque las, comme un vieillard assis sur le banc d'un parc contemple au loin ses petits-enfants gambadant autour du toboggan. Tu aimerais faire preuve d'autant d'énergie - tu crains hélas que la vieillesse ne t'ait fatigué dans ta vingtaine, quoique tu aies toujours été paisible. Alors tu te contentes seulement d'admirer l'énergie dès lors qu'elle s'offre à tes yeux comme Eustache en fait montre.

L'hiver fait surgir en toi sa douce mélancolie, et tu te laisses porter sous la valse des flocons. Tu t'enivres du froid, tu ne penses à rien d'autre qu'à lui, posé, si seul, sur ton banc inexistant. Tu n'es plus qu'un savant mélange d'amertume et de sérénité, tu ne sais trop comment embrasser ces sentiments en toi, perdu dans cette poussière brillante qui s'intensifie, virevolte autour de vous avec plus de vie que tu n'en as toi-même, August, et que vous seuls voyez, isolés de l'extérieur.
Le monde est étrange, ou tu y es étranger. Mais quelque part, tu sens que vous n'évoluez pas sur le même plan. Tu ne t'y sens plus à ta place, même auprès des autres Particuliers. Pourtant, tu n'y vois pas là la fin de ton monde - et à travers le brouillard des flocons, tu y distingues les contours d'un autre, tout à ton sourire fort de nostalgie.

Tu accueilles ton ami canin avec joie lorsqu'il vient te remercier sous sa forme animale, te dégages, amusé, de ses baisers trop mouillés, et le flattes de l'encolure jusqu'aux épaules puissantes, laissant glisser tes doigts gantés au travers de sa fourrure épaisse. Tu l'apprécies tout autant sous cette forme : c'est différent, c'est plus paisible. Plus silencieux, aussi, ce qui ne serait pas pour te déplaire, et alors qu'il repart se défouler les pattes, tu plies consciencieusement ses vêtements en une pile impeccable que tu places sur tes genoux. Et dès lors que le husky se lasse de la neige, tu restes assis à ses côtés (ou lui aux tiens) longtemps avant de te décider à émettre le moindre son.

C'est que la mélancolie peine à te quitter depuis quelques jours. Voilà qu'on a t'a fichu la paix pendant des décennies et que, d'un coup, la fortune revoit son champ des possibles et te contrarie sans relâche. Tu dois réagir, et alors que tu prends tout ton courage pour formuler ta demande, ta main se resserre sur le manteau de fourrure :
« Eustache, dis... Tu voudrais bien voyager avec moi ? » Tu ne sais trop comment proposer cela à ton ami et évites même de le regarder.
Voyager n'a jamais été ton genre. Mais voilà, au bout d'un siècle à errer dans le même espace, tu te dis qu'un aller-retour vers d'autres horizons te ferait le plus grand bien. Londres te fait asphyxier.

Tu ne sais pas comment justifier cette soudaine envie et n'as pas le loisir de raconter tout le cheminement intellectuel qui te pousse à désirer un autre monde que le tien. Tu ajoutes :
« Il y a une boucle, dans le passé, tu sais, j'y suis déjà allé.
Tu lui racontes tout sur le ton des banalités. Tu y a fait un saut, bref il est vrai, mais un saut malgré tout ; tu y serais peut-être resté si tu t'y étais senti à ton aise, seulement, toute cette neige t'as désespéré et tu as fini par te sentir en manque de ton Londres natal.
- 1873. 19 décembre. De la neige partout, si c'est un argument... (Tu laisses un rire courir sur tes lèvres.) Juste une courte période, je ne sais pas encore combien de temps. J'ai comme... Comme besoin de vacances. » Tu hausses les épaules et souris au chien.

Ce que tu ne lui dis pas, en revanche, c'est que tu crains d'y aller seul. Oh, tu ne redoutes pas qu'on te fasse le moindre mal, non, ça n'est pas cela, mais tu auras désespérément besoin d'un repaire si tu tiens à y rester plus de deux jours et Eustache serait la personne idéale. Tu lui fais plus confiance qu'à quiconque et espères que ta demande sera entendue. De toute façon, tu ne poseras cette incongrue question à personne d'autre.



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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne (Eustache)   Jeu 26 Jan - 18:57

Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne

- Eustache et August -

Quelques flocons se frayent un chemin dans l'épaisseur de tes poils et tu sens ton corps entier parcourut par un frisson d'excitation. Tu n'as pas vu la neige depuis si longtemps. Cela fait bien des années que tu te heurtes à la grisaille maussade de la Boucle. Elle donne à cet espace une dimension particulièrement mélancolique. C'est un temps propice à la tristesse, à la nonchalance et au repli sur soi. Et c'est ce qui se passe, effectivement, quand tu es seul. Ce sont ces moments là en particulier qui font peser sur toi la lourdeur de la Boucle. Elle devient une prison, face à laquelle aucun échappatoire ne semble possible. Tu y es retenu. Pourtant c'est avant tout ton choix. Tu y es parce que c'est ce que tu souhaitais à un moment particulier de ta vie. Cet instant précis où tu as pénétré la boucle semble perdue dans le flot des années. C'est un instant vague, dont seules quelques odeurs et quelques sons ont persisté. Ils sont encore si distincts, là, quelque part dans ton esprit, et ils paraissent si lointain, comme surgissant d'une autre vie, d'une autre réalité. Tu as quitté tes parents à l'instant précis où tu es entré dans la boucle. C'est ce qu'ils voulaient, c'est que tu voulais, au fond, dans le temps.

Parfois tu regrettes que le temps ne t'atteignent pas. Les années passent et ton reflet ne change aucunement. C'est triste en soi. Ne pas se découvrir un nouveau visage tous les jours, de nouveaux traits. Voir ici et là les marques du temps. Ton visage est parfaitement intact. Seul le chien semble avoir affronté le temps. Son poil s'est éclaircit peu à peu au fil des années. Il ne ressemble plus à un jeune chiot mais il est encore vigoureux. Il bondit en aboyant après la neige. Au fond lui aussi espère qu'elle soit réelle. Il aimerait tellement qu'elle soit réelle. Si bien que pour lui elle le devient. Tu sens la fraicheur de l'air. C'est la vérité, la réalité. Tu es bien là, sous cette nappe de neige naissante. Tu sens même le vent qui caresse ta fourrure.

Ta tête se pose sur les cuisses de ton ami. Sa chaleur corporelle s'avère contradictoire à la fraîcheur du cocon imaginaire dans lequel tu es plongé, mais elle te satisfait. Cette contradiction élémentaire résume avant tout ta propre nature contradictoire. Comment peut-on à la fois être homme et animal ?

Alors que tes yeux sont clos, la voix de ton ami brise le silence apaisant d'une chute de neige. Tu sens sa main contre ton collier de poils, tu sens son angoisse à travers ce contact affectif. «  Eustache, dis… Tu voudrais bien voyager avec moi ? ». Tu lèves les yeux sur August dont la voix si incertaine te frappe au coeur. Sa voix semble trembler sous l'émotion, tu sens ses cordes vocales se tendre, tremblées. Tu te presses à nouveau contre lui. Tu n'as jamais vraiment envisager de voyager, tu l'envisages rarement. Tu as peut-être trop peur de voyager seul. Se pourrait-il que tu sois atteint du syndrome de Stockholm ?

« Il y a une boucle, dans le passé, tu sais, j'y suis déjà allé. 1873. 19 décembre. De la neige partout, si c'est un argument… Juste une courte période, je ne sais pas encore combien de temps. J'ai comme... Comme besoin de vacances. » Un léger rire échappe ses lèvres mais tu sens le battement de son coeur au contact de vos deux peaux. Tu sens qu'il n'est pas serein. Au mot de neige tu jappes et remues la queue. Tu te lèves, frottes doucement ta tête contre lui pour t'éloigner soudainement de lui. Il ne te suffit que de quelques secondes pour reprendre forme humaine et pour revenir à ses côtés. Tu sens le regard curieux de certains passants. Tu oublies ta nudité et une fois revenu près de lui, c'est tout naturellement que tu récupères tes vêtements pour les enfiler de nouveaux. Tu trembles de froid, alors, une fois assis, tu cherches à capter la chaleur corporelle d'August.

« J'espère que tu sauras m'excuser de cette tenue si peu appropriée, mais il est vrai que je ne peux pas librement parler sous ma forme canine »
Un léger rire s'échappe de tes lèvres. Ta voix est tremblante, hésitante. Parler ne te semble plus si familier face aux aboiements. Aboyer est sûrement ce que tu aimes le plus en étant sous ta forme canine. C'est si facile de communiquer de la sorte. « Toujours est-il que je serais ravi de voyager à tes côtés » Mais tout comme ton ami semble conserver un voile de mystère sur son envie soudaine de s'échapper, tu conserves pour toi le fait que tu piaffes d'ennui dans ce Londres grisâtre. « Ta simple présence, la neige étant tout de même un excellent argument, me comble à elle seule ». Tu souffles ces paroles timidement, échappant au regard de ton ami. « Je serais ravi de découvrir d'autres horizons à tes côtés ». Tu saisis timidement son bras et tu te serres un peu plus contre lui. « Mais je pense coller très peu à l'univers de cette boucle. Tout du moins, je ne me vois pas moi, en étant qui je suis au milieu d'une société tout à fait différente. Mais j'ai ouï dire qu'on y rencontrait de nombreux métamorphes, cela peut être intéressant. » Tu ris déjà à imaginer ta petite personne dans une temporalité totalement différente. Même en étant dans celle-ci, tu sens que tu n'y es que très peu adapté. «  Je n'ai qu'une hâte, me heurter à des esprits et à une culture guindée, tout nu, comme je viens de le faire à l'instant » Tu te mets à rire à nouveau. Pas que la nudité te gêne, bien au contraire. Ce sont bien souvent les autres qui sont gênés face à elle.

« Quand souhaiterais-tu partir ? »

Au fond, tu n'auras que très peu de regrets. Quitter la Boucle c'est avant tout quitter cette routine à laquelle tu souhaites inlassablement échapper.

 


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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne (Eustache)   Jeu 9 Fév - 0:29

Qu'il vienne, qu'il vienne,
Le temps dont on s'éprenne.

- Eustache & August -

Il est curieux d'entretenir un dialogue avec un chien dans la mesure où ledit chien est, précisément, un chien. C'est ce que pensent les passants filant à toute allure devant vous, l’œil méfiant ou moqueur. Toi, tu ne vois aucun désagrément à parler à un chien lorsqu'il se révèle en réalité être un ami humain – encore que cette condition n'est finalement même pas nécessaire à te faire bavarder avec quelque « vrai » chien trouvé sur un trottoir. Le regard des autres t'indiffère, quelle que soit la manière dont il se pose sur toi ; tu es trop dans ton monde pour qu'il t'en arrache – à peine remarques-tu ta propre existence.
Mais ces mêmes âmes que sont ces ombres de la rue voient leur curiosité satisfaite – non, plus, transcendée ! - lorsque, clou du spectacle (ou de l'outrage), Eustache reprend brusquement forme humaine. Dans votre Quartier des Portes, heureusement, vous êtes à l'abri de la mesquinerie du monde extérieur ; chacun ici a sa petite différence, son quelque chose rien qu'à lui, d'unique et d'indéfinissable qui tisse ce lien étrange entre les individus, gage de fraternité ou cause de mépris, mais un lien si prodigieux que plus personne ne s'étonne de rien – ou plutôt, on salue l'étonnement, bon ou mauvais, dont celui à la valeur contestable que constitue le changement de forme de ton ami. Que quelqu'un donne naissance à du feu, qu'on puisse changer la météo d'un claquement de doigts ou qu'un individu s'amuse à traverser les murs, soit : mais ton époque est ce qu'elle est, et tout Syndrigastis que soient les passants, la nudité, ça n'est pas pareil, non, voyons, en témoignent ces mille yeux scrutateurs ouverts d'effroi.

Toi, tu n'en t'en offusques guère, et te contentes de tourner la tête. Ce n'est pas la première fois que vous êtes confrontés à ce cas de figure et tu réagis comme à chaque fois ; tu lèves le nez en l'air, sifflotant presque, et tout d'un coup tu trouves cette nouvelle parcelle de ciel azur taché de gros disques blancs tout à fait à ton goût et plus personne ne se trouve à côté de toi – tu es seul sur ton banc, et plus tard, lorsque sa condition le lui permettra, tu retrouveras ton cher interlocuteur pour une discussion digne de ce nom. Tu lui laisses son intimité et gardes ta pudeur, souriant innocemment à qui te vole un regard.
La présence de ton ami ne se manifeste à toi qu'en même temps que le son de sa voix, presque gutturale et rauque comme les aboiements des chiens. Tu l’accueilles avec le même sourire que si tu le retrouvais après une longue période.

Tu souris d'autant plus qu'il accepte sans aucun mal ta proposition. Toi qui pensais essuyer un refus, te voilà soudain lesté d'un poids imaginaire ; maintenant que le verdict est tombé, il t'apparaît assez limpide qu'Eustache n'aurait pas décliné ton invitation. Voilà des décennies que vous partagez vos découvertes, envies, idées, vous avez eu votre lot de discussions sur l'oreiller, d'expériences, de rires, de pleurs, vous avez regardé les étoiles, la pluie, le soleil – plus qu'il n'en faut pour tout une vie – et Eustache fait partie de ta vie, naturellement, au point que tu ne te verrais pas voyager sans lui à tes côtés (du moins sa présence te permettra de dissiper l'angoisse de l'inconnu).

Voilà que ton bras est happé sous le sien, délicatement, comme si tes membres étaient de dentelle. Tu te resserres contre lui, désireux de le rassurer comme tu peux, et souris tristement, aussi, car les paroles que tu t'apprêtes à prononcer sont cruelles de vérité :
« Si on ne colle pas à l'univers, on s'en ira. Mais c'est pour ça que nous sommes dans des boucles ; parce qu'on ne convient pas à l'univers. J'ignore si nous étions prévus dans l'ordre naturel des choses. Dans tous les cas, le monde n'est pas pour nous. Il n'y a que les boucles, qu'importe les époques. » Tu hausses les épaules, impuissant. Ces boucles sont vos refuges, qu'elles soient aux vingtième ou au dix-neuvième siècles. Si vous n'aimez pas l'atmosphère de 1873, qu'importe : vous reviendrez dans votre Londres bombardé, et tout rentrera dans l'ordre. Mais le besoin de voyager se fait tous les jours plus fort, plus impétueux.
Puis finalement, tu ris, un peu, tu laisses la mélodie de ta voix se déverser dans l'air frigorifié. Vous partirez quand vous voudrez. N'avez-vous pas tout le temps dont il est possible de disposer ? N'avez-vous déjà pas vécu plus que ce que vous ne devriez ?
« On ira... On ira quand on le voudra. Quand on sentira le moment venu, on fera une valise et on ira. Je ne sais pas quand, quand tu veux ? Dans les jours qui arrivent, demain, bientôt, je ne sais pas. » Tu lui adresses une moue songeuse. La date t'importe peu, c'est la route.

Quelque part dans le ciel, les flocons se fanent peu à peu. Le climat retrouve sa morosité typique du 21 mars 1941 et seules subsistent quelques tâches de verdure éparses, disséminées en des endroits incongrus : voilà qu'une touffe d'herbe pousse au dessus de ce qui fût un toit en face de vous, qu'un rosier en fleur adoucit les aspérités du chemin et que du lierre s'entortille autour de votre banc factice. Tu bâilles – tu as passé ta journée à utiliser ta particularité et te sens presque vaciller après avoir maculé Londres de neige. Tu clignes rapidement des paupières et reposes ta tête sur l'épaule d'Eustache ; il connaît bien les limites de ta particularité et sait la gymnastique mentale que te demande la conception de paysages si différents de la réalité (cela fait tout de même quelques heures maintenant que tu t'en es bien trop éloigné et tu es par trop conscient qu'il est aisé de s'égarer définitivement de son chemin). Tu relèves des yeux subtilement soulignés de taupe vers ton ami – c'est que tu es désolé pour la neige dont tu le prives si soudainement. Alors, pour compenser, tu prends sa main et déposes au creux de sa paume la dernière boule de neige que tu puisses sauver de tes illusions éreintées :
« Désolé. Il faut que j'arrête un peu, dis-tu en haussant les épaules. Mais plus tard, ça ira, je te referais de la neige si tu veux. » Tu te laisses aller contre lui, encore, profitant de tes limites pour t'installer presque à ton aise contre ton ami. C'est que ta tête se cale étonnamment bien contre le creux de sa clavicule, tu serais bête de ne pas en profiter.



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Dernière édition par August Hastings le Mer 15 Fév - 20:28, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne (Eustache)   Mar 14 Fév - 23:07

Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne

- Eustache et August -

La nudité est parfois tellement plus agréable que le carcan vestimentaire que tu t'infliges jour après jour. Qui plus est, les conditions dans lesquelles est plongée la boucle n'assure pas nécessairement un ratio suffisant de vêtements convenables. Tu envies les autres boucles. Au moins leurs habitants peuvent vivre décemment dans des vêtements non troués ou visiblement bien trop usés. Tu as toujours été bien trop à l'aise avec ton corps, voilà sûrement pourquoi tu en as fais commerce. Quel meilleur métier que celui dans lequel on peut jouir de ce avec quoi on est le plus à l'aise au monde. Parfois une voix te murmure que tu es trop vieux pour ce genre de choses, que tu ne devrais sûrement pas ou plus faire ça. Non tu n'aurais jamais dû te lancer, mais c'était il y a si longtemps qu'aujourd'hui tu ne saurais t'en défaire. C'est comme une bonne cigarette. S'en griller une, c'est toujours comme se sentir vivant à nouveau. Ou alors c'est se sentir moins vieux, indépendant, confiant.

Tu te grillerais bien une cigarette. Mais tu doutes que ton cher compagnon ait un paquet de blondes dans une de ses poches. Son sourire fait chaud à voir. C'est un belle image. Elle n'est pas ancrée de mélancolie, contrairement à tout l'univers ambiant. Parfois tu te demandes si il existe encore réellement des êtres vivants au sein de la boucle ou si chacun sombre dans une routine stupide. Non August n'est pas de ceux-là. Et tant mieux. Il ne semble pas non plus émettre le moindre jugement en voyant que tu évolues désormais dans ton plus simple apparat. Qu'importe, vous êtes tout deux fils d'Adam, vous êtes tout deux forgés dans le même matériau. Pendant que tu te penches pour récupérer les vêtements savamment pliés près de lui, il détourne prudemment le regard, te laissant face à ta propre intimité.

Voyager a toujours été l'un de tes rêves depuis ton arrivée dans la boucle. Tu aimerais voir d'autres horizons et voir un autre paysage que cette pauvre vielle Londres brûlée par les bombes.

« Si on ne colle pas à l'univers, on s'en ira. Mais c'est pour ça que nous sommes dans des boucles ; parce qu'on ne convient pas à l'univers. J'ignore si nous étions prévus dans l'ordre naturel des choses. Dans tous les cas, le monde n'est pas pour nous. Il n'y a que les boucles, qu'importe les époques. »

Tu hoches la tête, soudainement soufflé par la maturité du jeune homme que tu as en face de toi. Tu prends un sacré coup. Comme si après toutes ses années, tu oublies que vous n'êtes plus partie intégrale du monde mais bien dans un entre-deux. Pas tout à fait mort, pas tout à fait vivant. Les limbes, diraient les êtres vivants. Pourtant rien d'effrayant à vivre ici, non loin de là. C'est un cocon confortable et tout autre lieu de vie apparaîtrait comme austère et hostile. Surtout sans une compagnie comme celle d'August. A croire qu'il te faudrait constamment un être de sa trempe pour être à l'aise, toi-même, ou tout bonnement pour t'ouvrir les yeux sur certaines réalités du monde, de votre monde, que tu n'envisages que très peu, voir pas du tout.

« Toujours est-il que nous serrons ensembles et voilà ce qui m'importe le plus. Crois-tu que l'univers ait fait en sorte que nos destins se croisent ou qu'il s'agit là encore d'un pur hasard ? »

Question si peu innocente. Après tout, tu apprécies grandement cet être qui semble entre tes bras si fragile. Tu aurais peur de faire un mouvement de côté et briser en mille morceaux ce petit homme. Ce n'est pourtant qu'une apparence. C'est ce visage, si doux, si enfantin. Le tien doit être semblable. Des traits qui paraissent encore jeunes, frais, et immaculé de toute histoire. Ton corps, par exemple, dit tout le contraire et ce sont des cicatrices éparses qui rappellent à celui qui veut bien les voir, quel a été ton destin et l'histoire qui a été la tienne.

« On ira... On ira quand on le voudra. Quand on sentira le moment venu, on fera une valise et on ira. Je ne sais pas quand, quand tu veux ? Dans les jours qui arrivent, demain, bientôt, je ne sais pas. »

Tu hoches à nouveau la tête. A vrai dire, peu importe à qu'elle heure sonnera le départ. Tu n'as absolument rien à cacher ni rien à espérer de ce monde dans lequel vous évoluez. Il n'y a rien qui t'en retient, sauf peut-être une certaine crainte de l'inconnue. Qui n'aurait pas peur de l'inconnu après avoir passé autant de temps au même endroit. Partir en compagnie d'August était tout de même plus encourageant que partir seul. Va savoir, tu aurais pu te perdre bêtement, et oublier de rejoindre une boucle, et mourir. Tout simplement.

« Fort bien, toujours est-il qu'il faudra que tu me tiennes au courant, je n'aurais pas envie que tu t'échappes sans moi... »

Un léger rire. Gêné. Tu détournes le regard, grattant ton menton pour détourner ta propre attention. Même si tu n'es pas du genre à dire ce genre de choses, il s'agit là de la plus pure vérité. Tu prends sur ta fierté pour l'admettre. Tu serais probablement déçu si le jeune homme décidé soudainement de s'offrir une virée en solitaire. Tu comprendrais, soit, puisque tu serais le premier à en faire de même, préférant parfois ta propre compagnie, à celle d'autres individus.

Les flocons disparaissent peu à peu et tu sens la fatigue de ton jeune ami qui prend un peu plus appui sur ton épaule. Il semble épuisé et apaisé. Tout comme toi. Bien que tu aurais encore besoin de courir, encore et encore, jusqu'à ne plus avoir de souffle. La seule présence d'August suffit à te couper le souffle, en un sens, de par ses talents incroyables. Tu aimerais être capable de telles prouesses.

« Désolé. Il faut que j'arrête un peu. Mais plus tard, ça ira, je te referais de la neige si tu veux. »

Ta main vient doucement caresser sa joue. La chaleur de son corps envahit la paume de ta main et c'est comme une légère décharge qui s'enclenche et se déverse à l'intérieur de tout ton corps.

« J'ai absolument tout mon temps tu sais. Qui plus est, nous sommes contraint à vivre ici encore un petit moment, autant jouir de tes talents si rares... »

Tu redresses une de ses mèches de cheveux.

« Le mien n'a pas grand-chose à t'offrir, je suis désolé... »

Ta voix se teinte légèrement de regrets. Tu n'as jamais particulièrement apprécier ta particularité mais toujours est-il que tu es coincé avec elle. Elle est un encombrant jumeau. Tu aimerais pouvoir t'en défaire, parfois, le mettre à distance.

« Je n'ai que mon humble personne à mettre à ta disposition »


Une dernière parole, soufflée, susurrée avant que tes paupières se closent et que tu te serres à nouveau contre lui, inspirant et expirant calmement. Sa présence est si apaisante. Comment ne pas profiter de la moindre seconde ?
 


Au clair de la lune,mon ami Pierrot,filons, en costume présider là-haut ! Ma cervelle est morte. Que le Christ l'emporte ! Béons à la lune, la bouche en zéro.

woufwouf

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August Hastings

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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne (Eustache)   Mer 15 Fév - 22:01

Qu'il vienne, qu'il vienne,
Le temps dont on s'éprenne.

- Eustache & August -

Le destin. L'univers. Ces questions te fascinent, plus encore que la magie et les anges. Tes fabulations sont tes merveilles, à petite échelle, mais des fabulations malgré tout – rien de ce que tu vis n'est réel ni n'a de sens. L'univers, en revanche, correspond à une vérité inéluctable méconnue des Hommes et des Syndrigastis ; ce sont là les vraies interrogations, celles qui te tirent de tes rêves ambulants et de tes mensonges permanents. La métaphysique t'attire dans ses bras sombres et langoureux, se prélassant dans une vérité que tu ne pourras même jamais effleurer. Le destin, si tu te cantonnes à cette notion, est-il seulement susceptible d'exister ? Tu ne peux prétendre y croire dur comme fer : pourtant, tu serais bien fermé d'esprit de rejeter cette hypothèse, témoin que tu es d'événements particuliers dont vous êtes les auteurs et que, au grand jamais, ne soupçonnerait un esprit humain – dans la mesure où leurs sens sont inaptes à vous percevoir, pourquoi, toi, August Hastings, serait à même de constater une force telle que le destin ?

Oh, tu n'es pas naïf, mais tu es rêveur, c'est bien toute la différence. Tu ne pourrais répondre avec certitude à ton ami – mais là n'est probablement pas le but de sa question.
« Les forces de l'univers sont bien étranges pour les infimes observateurs que nous sommes. Si je connaissais les lois de ce monde...
Une étrange nostalgie se saisit de toi, frustration, peut-être, de n'être pas né le crâne fourré du saint Savoir dont tu cherches à t'emplir. Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine, songes-tu – or, il ne te reste plus qu'à emplir ton cerveau délicieusement raffiné, et sans la contrainte du temps, tu serais presque un homme accompli... Tiens, il te prend l'envie d'étudier la physique. Mécanique, quantique, astrophysique, tout t'intéresse ; tu serais prêt à envisager la théologie sous un regard neuf, maintenant, sous votre banc enneigé. Hélas, les ressources te manquent...
- Le destin y est pour quelque chose, sans doute. Le hasard... Je ne saurais dire. » Ta voix est presque enjouée, on dirait un enfant fier de son ignorance – quoique fier n'est pas le terme, disons que tu sais apprécier à sa juste valeur le manque de réponses face aux Grandes Questions. Que serait la vie sans mystère ? Bien peu de choses.

Plus tard dans votre conversation, tu ne remarques pas les inflexions gênées de ton partenaire. Oh, non, tu ne saurais percevoir la moindre situation gênante dans votre échange – connais-tu seulement ce sentiment ? Il t'es, peut-être, foncièrement étranger ; tu ne pourrais te souvenir de la dernière fois où tu as été saisi par la gêne. Tu es comme tu es, après tout, et en aucun cas tu ne te fais honte, oh, certainement pas. Et pourquoi ton ami devrait-il l'être ? Sous quel prétexte ? Cette question n'effleure même pas ton esprit – et il s'avère que tu es bien piètre dans l'art de l'empathie, conséquence liée, pour sûr, à ta particularité qui t'isole hermétiquement du monde extérieur. Ta réponse coule comme la plus simple évidence, à l'instar de ton rire qui s'échappe quant à cette absurde question :
« Bien sûr que non. J'ai besoin de toi. » Tu te presses davantage contre lui : son odeur t'es agréable. Tu y discernes la fraîcheur de ta neige factice, celle de la poussière des ruines ambiantes et l'autre du vent d'hiver, savant mélange doux à tes narines et dont tu profites pour emplir tes poumons.

Puis, inexorablement, les flocons se tassent, se raréfient ; voilà l'aube du printemps qui revient, entraînant avec elle le gris d'une morose et infinie journée, teintée d'accents et de couleurs augustes. La réalité est plus tangible, quoique altérée par endroits, vision typique de ta personne niant la vérité comme elle se présente.
Tu fatigues. Voilà des années que tu t'entraînes à prolonger tes visions le plus possible ; la rupture, toutefois, finit sans cesse par te rattraper. C'est que tu poursuis des chimères, mais à chaque jour, tu crois en saisir la queue avant qu'elle ne te file entre les doigts : Eustache l'a dit, vous avez tout votre temps. Arrivera bien le jour où, ces chimères, tu les apprivoiseras... En attendant, si la fatigue t'ouvre ses bras accueillants, tu t'empêches d'y succomber et luttes contre cette facilité déconcertante qu'il serait de leur céder – mais une décharge te parcourt dès lors que ton ami caresse ta joue.

Tu crois rêver, un instant. Mais voilà, ce mouvement, s'il ne t'es pas désagréable, au contraire, te fait sursauter parce que, tout à ta fatigue égoïste, tu ne t'y attendais pas. Eustache est, pour ainsi dire, le seul être humain avec lequel tu arrives à te montrer quelque peu, légèrement, tactile. Toucher quelqu'un ne fait pas partie de tes pratiques habituelles – au contraire, tu évites le contact, non par crainte ou par dégoût, mais par habitude. Tu es un solitaire peu coutumier du contact ; une peau contre la tienne te fait tressaillir, et si personne ne t'as réellement touché en un siècle, tu n'y es pas pour rien. Voilà, tu fuis le contact. Oh, ça n'est pas comme si tu n'avais jamais essayé, mais voilà : tu es mal-à-l'aise, tu n'es pas dans ton élément, et l'imprévisibilité te dérange – quoi de pire que de n'être plus maître de son propre corps ?
Eustache, tu l'as rapidement remarqué au début de votre relation, n'entretient pas cette barrière physique (et un brin psychologique) avec le monde, ce mur infranchissable de froid et de solitude. Il est ton inverse, et au fil des ans, à force d'amitié et de persévérance, de patience et d'essais, t'a observé assez longtemps pour savoir s'y prendre avec toi. Des pincettes, il lui en a fallu – il lui en faut toujours – mais au moins tu n'es plus réfractaire à la moindre accolade.
Celle-ci, en revanche, t'électrifie la colonne vertébrale. Voilà qu'il touche ta joue, puis tes cheveux, mais si tu n'y vois aucune connotation, à des kilomètres de ces vagues considérations d'amour ou de désir, tes poils se hérissent suite à la réflexion qu'Eustache, tout comme toi, est un garçon. Or, il n'y aurait qu'une femme pour te toucher la joue...

Tu redresses la tête, prétextant écouter plus avant ses paroles pour fuir, en quelque sorte, ces mains curieuses, et tu es paradoxalement peu conscient de ce que vient de dire ton compagnon, tout aux palpitations de ton cœur qui s'embrase. Tu n'en as perçu que les derniers mots, « tes talents si rares », mais voilà, ils te réchauffent les joues et les mains, teintant d'un rose pâle ta peau d'albâtre. Puis les paroles suivantes éclairent les mots que tu n'as pas saisis, et te navrent par le ton que ton ami emploie. Ton don est précieux, il est ta richesse la plus belle et la plus fantastique, il est vrai, mais toi, tu aimes ce husky dans la neige.
Toujours troublé par ces mains qui se sont posées sur ton visage et que tu sens encore malgré leur absence, tu bredouilles :
« Mais... Tu...
Tu souffles, tu ne sais pas quoi dire.
- C'est déjà beaucoup. Et je suis ravi qu'il en soit ainsi. » Tu tentes un sourire, et détailles, si près de toi, ce visage incapable de vieillir. Qu'il est lisse, et beau, et si proche du tien ! Ton intonation se fait ensuite plus grave, plus sérieuse :
« Ne t'excuse pas d'être toi-même. » Ton regard dévie sur les mains de ton ami, que tu ne comprends pas – plus – et de ses mains, dérive sur ses joues, sa bouche, ses yeux. La proximité te fait un drôle d'effet, toujours, et ce même quand un ami proche tente de traverser cette muraille d'acier que tu ériges entre toi et les autres, protégé que tu es dans ta tour d'ivoire que personne ne peut escalader.



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Dernière édition par August Hastings le Mar 21 Fév - 2:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne (Eustache)   Sam 18 Fév - 19:30

Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne

- Eustache et August -

Tu as toujours été on ne peut plus rationnel, terre-à-terre dirais-tu. Tu n'as jamais cru en une quelconque force supérieure, divine ou non. Tu te confrontes à la matérialité de ta vie et à tout ce qu'il peut y avoir de fondamentalement ancré dans la réalité. Tu ne te fies pas aux songes, tu ne leur fais pas confiance. Tu n'aimes pas cette sensation de réalisme saisissant, qui t'empêche pourtant de voir la réalité derrière le mirage. Ce que tu n'aimes pas, avant tout, c'est te faire berner. Tu n'apprécies pas tomber dans les pièges d'un ensorceleur. Surtout quand tu ne peux pas en voir les ficelles, que tu ne peux pas voir comment te sortir de ses filets. Paradoxalement, la seule personne que tu laisses libre de t'abuser est le même individu qui se trouve à côté dans l'instant. August. August a toujours eu plus ou moins ta confiance, vis à vis de sa particularité. Peut-être parce que tu as toujours eu la sensation qu''il n'était pas un vil manipulateur, tortionnaire chronique de la réalité mais bien plus un rêveur éperdu d'une magie insaisissable.

Tu ne sais pas si, toi, tu aurais eu le même comportement avec ce genre de don. Tu en aurais très certainement abusé, te perdant par la même dans l'abyssale réalité troublée, préférant sûrement tes illusions à la réalité. Peut-être est-il traversé d'un sentiment semblable ? Qui ne le serrait pas, en ayant en soi le don de faire disparaître une dimension désagréable au profit d'une autre plus favorable.

« Les forces de l'univers sont bien étranges pour les infimes observateurs que nous sommes. Si je connaissais les lois de ce monde… Son visage est soudainement traversé par une pensée toute autre qui interrompt le fil de sa phrase. Il est fascinant de voir soudainement ses traits changer, puis voir à nouveau s'illuminer le visage d'un être revenu à la raison en un instant. Fascinante que l'observation d'un visage.
- Le destin y est pour quelque chose, sans doute. Le hasard... Je ne saurais dire. »

« Crois-tu qu'il existe entre les deux une profonde différence ? Je veux dire, le destin n'est-il pas lui aussi fait de hasard ? Et le hasard, n'est-il pas aussi quelque peu infléchit par une sorte de nécessité absolue ? »

Finalement tu ne comprends pas grand-chose à ta propre question. Ton instinct canin te pousse à grogner légèrement d'incompréhension avant de totalement oublier le comment du pourquoi de ton propos. Voilà une réflexion bien trop complexe pour un simple d'esprit.

« Bien sur que non. J'ai besoin de toi. »

Tu ne peux t'empêcher de sourire, d'autant plus que le séduisant jeune homme se love un peu plus contre ton torse si peu musclé.

« J'y compte bien mon cher August, je sais me rendre désirable. »

Toujours est-il que la réponse contraire aurait pu profondément de blesser. Tu tiens beaucoup à ce jeune homme. Depuis bien longtemps. Il est d'ailleurs l'une des rares personnes à qui tu accordes un tant soit peu d'importance. Il est ce petit être fragile entre tes bras maigrelets.

Ta main rencontre sa joue avec douceur et tendresse. Geste éminemment maternel. Naturel. Spontané. Tu ne songes pas nécessairement aux conséquences, agissant machinalement, comme si il s'agissait là d'une extension de ton propre corps, agissant avec lui comme tu agirais avec n'importe quel être cher. C'est ce besoin de contact, constant. C'est le chien qui veut ça. Il veut ressentir le contact d'autrui, donner de l'affection. Tu mets ça sur son compte. Tu sens la surprise d'August au bout de tes doigts fins. Tu ne sens pourtant pas sa gêne, peut-être même son dégoût, son déplaisir à ce contact. Tu ignores parfaitement ce sentiment d'incongruité, comment pourrais-tu le connaître alors que depuis toujours tu te joues du corps des autres et du tiens ? Comment pourrais-tu comprendre une telle réaction alors que tes propres attirances ont toujours été très claires et limpides, presque naturelles. Tu sens néanmoins son coeur battre un peu plus, s'emballer, soudainement surprit par lui-même, sûrement. Tu le regardes le jeune homme se redresser, serrant rapidement tes mains l'une contre l'autre. Tu aimerais fatalement n'avoir jamais osé ce léger écart. Non, tu ne regrettes pas. Pourquoi regretterais-tu ? Ne fuis pas. Murmure perdu, conversation privée entre toi-même et ta conscience. Non ne pars pas, je t'en pris. Mais c'est ce visage, ce visage si près du tiens et ce coeur qui s'emballe. Tes mains sont terriblement moites. L'instant est suspendue. « Mais … Tu... » Des mots perdus, évaporés dans cect instant. Tu sens son regard épié le moindre détail de ton visage. Tu déglutis légèrement, détournant quelques secondes le regard. Pourtant tu ne supportes pas l'idée d'avoir le regard dévié du sien. Tu aimerais y lire ses pensées, ce qu'il envisage.

« Ne t'excuses pas d'être toi-même. »

Cette phrase semble soudainement emprunter plusieurs chemins. Ne t'excuses pas de n'être qu'un chien. Il apprécie ce chien. Ne t'excuse pas d'avoir les attirances que tu as. Ne t'excuses pas d'avoir peur du noir, d'aimer la neige à s'en damner, d'être encore un gamin, d'être stupide. Ne t'excuses pas parce que tu es ce qu'il semble avoir besoin. C'est ce qu'il veut que tu sois. Sûrement. Tout du moins c'est ce que tu comprends, alors que son souffle caresse ton visage. Si peu de distance… Ses lèvres appellent ardemment les tiennes. Tu détournes le regard, tu te recules, brisant ce souffle partagé. Ne pas gâcher d'amitié si précieuse.

« Je vieillis, je commence à être lasser de vivre avec moi-même, que veux-tu. Je n'ai pas besoin changé depuis que je suis ici. »

Tu souris très légèrement.

« Peut-être suis-je un peu moins stupide, je pense au moins avoir appris quelques choses. »


Tu te détaches doucement d'August, sentant à nouveau la moiteur de tes paumes. Tu te racles la gorge en tentant de faire passer cet étrange instant de gêne. Pourtant ce baiser… Ces lèvres… Elles appelaient au péché. Elles criaient à la communion de deux êtres, de deux âmes. Jamais tu n'avais si difficilement résister. Mais il le fallait. Le contraire serait probablement fatal.

« Qui étais-tu réellement dans le monde, avant qu'il ne se stoppe ? »

Changer de sujet était sûrement le meilleur moyen de faire passer cette pulsion. Le froid caresse ton visage et fait rougir tes pommettes, déjà visiblement affectée par ce rapprochement si soudain. Tu ne souhaites pour autant pas rompre le contact avec lui. Ton épaule est toujours fermement appuyée contre la sienne. Ne pas se séparer, ne pas couper le lien. Saurais-tu seulement le supporter ?
 
 


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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne (Eustache)   Ven 24 Fév - 15:32

Qu'il vienne, qu'il vienne,
Le temps dont on s'éprenne.

- Eustache & August -

Le destin, le hasard – tout devient éminemment confus. Ou plutôt, rien ne s'éclaire ; de spéculations en spéculations, la vérité s'éloigne de vous probablement plus que vous ne la touchez du doigt. C'est à peine si vous pouvez l'apercevoir, perdue qu'elle est au fond des méandres du monde. On pourrait creuser un trou si grand qu'il atteindrait le centre de la Terre que la vérité se faufilerait au-delà des forets pour rejoindre l'univers, et personne n'aurait compris quoi que ce soit à ces vastes questions, et les mystères resteraient des mystères.
A la question d'Eustache se heurte un complaisant silence, dans lequel tu te prélasses avec un sourire vague à destination du vide. Ces considérations de hasard et de destin t'outrepassent et tu y trouves là une source de satisfaction toute personnelle. Les songes engendrés par ces fabuleuses interrogations métaphysiques sont ceux qui t'affectent le plus, peut-être, et comme tu n'as rien à rajouter, tu ne dis rien.

Et puis, la proximité t'étreint. Elle te cajole à travers les bras d'Eustache, tu es contre lui, si contre lui que tu peux sentir les battements de son cœur... Tout à ses émois, le temps se fige un instant. Serait-ce une Ymbryne qui se joue de vous, tapie dans l'ombre d'une ruine insidieuse ? Il te semble que la poussière dans l'air freine sa course jusqu'à s'immobiliser, et que le vent même s'arrête, pour un instant, pour vous, de souffler dans vos cheveux.
Quelles idées saugrenues te traversent l'esprit !
Un battement de cil plus tard, toute ta confusion s'évapore en même temps que s'installe une gêne palpable. Tu tentes de n'y prêter aucune attention, peu conscient de ce à quoi est dû cet embarras. Eustache détourne la tête, s'éloigne de toi. Pour autant, tu ne cesses pas de le fixer, comme si les détails de sa peau allaient te dévoiler les secrets que tu cherches à percer...

La gêne, heureusement, ne dure pas. Dès lors que ton ami ouvre la bouche, c'est à peine si tu gardes un souvenir du trouble qui t'as enserré un instant auparavant ; mais c'est que les mots d'Eustache te touchent si fort ! Ils pénètrent ta chair et tu trésailles de nostalgie – c'est que tu comprends si bien son ressenti ! Il est, en effet, difficile de vivre avec soi-même pendant un siècle – qui n'est autre que le premier d'une longue série ! Tu n'as, toi non plus, pas changé autant que l'exigerait une existence si étendue. Mais quelle place est dont réservée au changement, dans un monde où même les jours ne s'écoulent plus guère ? Même vos corps restent inlassablement inchangés depuis l'aube de vos vingt ans, à l'abri des affres du temps. Apprendre, voilà tout ce qu'il vous reste. Vous ne pouvez rien faire avancer que votre esprit et vos cheminements intellectuels. Tu compatis trop bien avec Eustache, tu partages, à bien des égards, son ressenti.
« Je crois qu'il est temps de voyager, dans ce cas. » Tu souris alors que ton ami s'éloigne, un peu, de toi. Ce mouvement de recul t'apaise, ou te contrarie, tu ne saurais trop le dire, flottant entre la limite du soulagement et de la contrariété.

Tu n'y penses plus – tu ne veux plus y penser, et la question suivante te désarçonne (au moins a-t-elle pour effet de t'arracher à tes réflexions tactiles). Qui étais-tu, August Hastings ? Il t'es bien ardu de procéder à une quelconque introspection. Tu peux émettre bien des hypothèses pertinentes sur ceux qui t'entourent, mais dès lors qu'il s'agit de toi, tu ne saurais te décrire en bonne et due forme.
Et puis cet adverbe, réellement, il te contraint à l'honnêteté. Mais Eustache n'a-t-il pas saisi que tu n'as jamais vécu dans la réalité d'autrui, plongé que tu es dans ta version du monde alternative ?
« J'étais... Je ne sais pas. Je n'ai pas non plus changé depuis ce temps là. J'étais un lecteur éperdu, je crois. » Tu hausses les épaules en souriant. Tu te faisais, plus tôt, la remarque qu'Eustache en savait bien peu à ton sujet – ta réponse nébuleuse n'est probablement pas pour l'aider. Mais tu ne sais pas quoi dire sur ton propre compte, persuadé de n'avoir rien à raconter quant à la vérité sur ton vécu. C'est que tu n'es sorti qu'à peine trois fois de Londres en un siècle d'existence. Ta vie, à proprement parler, ressasse une même journée, une même ville, des mêmes actions. Que peut-il te rester à raconter, sinon en enjolivant la vérité de tes fabuleux mensonges ?
Eustache n'aura pas ses réponses aujourd'hui. Ni demain. Mais un jour viendra, sûrement, où il percevra si bien toute la dimension de ton être qu'il s'en trouvera contenté, et toi, nu devant ton existence.

Tu soupires, doucement, les yeux dirigés vers le ciel. Quelques fins flocons de neige, éparses, se remettent à tomber.



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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne (Eustache)   

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