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 L'hiver s'est égaré, et avec lui nous nous en sommes allés ◭ Zophia [DÉFI I]

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Clarence F. Bannerman

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- Garde tout le monde à l'oeil -
❧ Boucle Temporelle : 22 mars 1941, retourné à une Guerre qu'il crut avoir un jour classé dans son passé.
❧ Particularité : Les paumes de ses mains se sont un jour courbées de deux yeux supplémentaires. Deux paupières qu'il condamne depuis à l'obscurité.
❧ Occupations : Curiosité ou intentions cachées, il remplit les pages de ses dossiers aux couvertures criblées des noms des syndrigastis qu'il rencontre.
❧ Miroir :
❧ Missives : 426
❧ Yeux de verre : 91
❧ Crédits : © Mad Hattress | Ananas de mes nuits et de mes jours


MessageSujet: L'hiver s'est égaré, et avec lui nous nous en sommes allés ◭ Zophia [DÉFI I]   Mer 4 Jan - 10:44


L'HIVER S'EST ÉGARÉ, ET AVEC LUI NOUS NOUS EN SOMMES ALLÉS

     Londres était perdue dans un printemps sombre et délavé lorsque l’hiver arriva. Il fût une poudre aux yeux dont l’on ne pût détacher le regard. Une magie donnée à ceux qui y croient. Les bruits de couloirs redoutaient ce changement, le Londres du 22 mars 1941 n’ayant jamais eu attrait à être distrayant. Mais ce qui apparaissait comme une menace ne fût jamais que le fruit d’une prétention leur permettant de fuir un instant le bruit des bombes. La fête foraine, une boule à neige sous laquelle ils pouvaient s’abriter le temps d’une nuit. Clarence lui-même s’était pris au jeu de ce souvenir d’antan. Il fût comme chacun intrigué. Les stands lui rappelaient les jeux de cerceaux et de carabines, la fierté d’une victoire qu’il eut prise à son frère. Les langues se glissaient sur les lèvres, attrapant le sucre qui flottait dans l’air. Il ne reconnu pas le mal de ressentir à nouveau une sensation oubliée. Une forme de plaisir innocent, d’émerveillement. Tout ne pouvait bien être qu’un rêve, il se promettait de s’en souvenir à son réveil.
     La commissure droite de sa lèvre était anormalement haute, reflet d’un sourire qu’il n’avait plus eu à arborer solitairement depuis longtemps. Il ne pût dire s’il eut s’agit de l'enfant qu'il avait été, si empressé de ressortir qu’il déformait à lui seul les expressions de son visage. Ou si ce fût lui, le vieillard aux cent années décomptées, retrouvant la nostalgie du temps passé. Le froid étreignait son corps comme il aimait le faire lorsqu’il était à Edimbourg. Il avait ciré et imperméabilisé ses chaussures après son voyage retour, mais celui-ci continuait de traverser une chaussette trop fine.  Il savait trouver les failles bien plus que Clarence ne savait les éviter. Cette fois-ci aucun feu ne lui permettrait de se réchauffer, et alors qu’il laissait la seule trace de ses pas dans la neige, il en venait à regretter la présence de certains amis qu’il avait quittés en même temps qu’il tournait le dos à l’Ecosse du XIXème Siècle. Il s’en voulait de ne pas se sentir à sa place là où était la leur. Ce ne fût pas seulement la cause d’un froid mordant. Il eut été question, également, de lieu et de temps. L’Ecosse était belle, mais l’air qu’il y respirait ne ressemblait pas au sien. Quant à l’époque, s’il eut pris plaisir à s’y adapter, elle continuait d’être celle devant laquelle tirer la langue lorsqu’il était jeune. Elle lui rappelait les plaintes de ses grands-parents quant aux changements auxquels ils devaient faire face. Elle était un mauvais goût que l’évolution balayait d’un revers de main, grandement aidé par les guerres qui survinrent. Mais ces pensées cherchant à l’excuser de ne pas choisir ses amitiés, le rendaient malgré lui aussi obstiné que ses grands-parents l’avaient été. Inutile dès lors de les blâmer pour ne pas avoir su s’adapter.

     Des attroupements s’étaient formés sur la fête foraine alors qu’il traversait les stands les plus appréciés. Il s’y était arrêté quelques fois, lui-même impressionné par certains exploits. Des syndrigastis tentaient d’utiliser leurs particularités pour gagner, sans qu’il n’y ait jamais d’enjeux sinon celui de s’amuser. Une course vaine pour prouver sa force et son adresse, alors qu’elles ne purent être récompensées que par de piètres lots exhibés tels des trophées. Le processus était tout aussi pathétique à ses yeux que ridicule. Il fût pourtant proche de se laisser tenter par l’expérience. Il s’était approché assez prêt d’un stand pour que l’on remarque sa présence, mais une fois arrivé dans la mêlé, son regard s’était porté ailleurs. Vers une tente sombre à quelques mètres de là. Il y voyait la silhouette de Zophia. Elle était seule, cheveux blonds se mêlant à la neige, son visage ne lui appartenant pas. Il n’avait aucune raison d’aller la voir. Leurs conversations n’avaient jamais été des plus intimes, drapées de pudeur. Elles étaient une entente silencieuse sous-entendant la méfiance qu’il eut à son égard. Il avait pris l’habitude de la surveiller, craignant ses capacités. Se convaincre qu’il lui fallait le faire alimentait sa paranoïa, rendait son comportement rituel. Si bien que lorsqu’elle entra dans la tente, il se sentit le besoin de la suivre. L’enseigne de l’attraction, exhibition de capitales ornementées et peintes, lui promettait un labyrinthe des plus titanesques, ce que son esprit étriqué ne vit que comme de la publicité mensongère. Qui pût se perdre dans une tente dont il pouvait voir le fond ?
     Il pénétra à l’intérieur, appréhendant de se retrouver au cœur d’une attraction qu’il était trop vieux pour expérimenter. Mais ce qui aurait dû avoir la forme d’une tente aménagée devint un chemin à ciel ouvert. Une nouvelle ère glaciaire lui arrachant un frisson. Zophia était là, sa présence le démasquant d’une tentative pour la suivre discrètement. Un soupire lui échappa.
« Je devrais arrêter d’être sur ton dos, je te l’accorde. »
     Il répondait à une question qui n’eut été posée. Lui offrir son inquiétude pour elle protégeait l’intention qu’il put avoir de lui nuire. Même si la vérité ne fût jamais aussi sombre.
     Il passa une main sur son visage, espérant d’une pression pouvoir voir plus loin que l’illusion qu’on leur servait à présent. Il n’avait plus réellement envie de la suivre dans cette attraction. Il se recula d’un pas grossièrement enjambé, pensant peut-être pouvoir retourner en arrière, se retrouver à nouveau là où la fête battait son plein. Rien ici ne l’amusait autant. L’obscurité devenait menaçante, et le labyrinthe bien plus grand qu’il ne l’avait prévu. Mais un pas en arrière ne suffit pas à l’en ramener.
« Qu’est-ce que… Y’avait-il une carte à prendre avant d’entrer ? N’importe quoi que j’aurais omis de remarquer ? »




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MessageSujet: Re: L'hiver s'est égaré, et avec lui nous nous en sommes allés ◭ Zophia [DÉFI I]   Ven 6 Jan - 23:57

« L'hiver s'est égaré »

La ville de Londres s'était perdue sous un magnifique manteau blanc, l'hiver semblant s'y être abattu de la plus douce des manières. Elle se plaisait à toiser, à regarder cette poudreuse tombée du ciel, et s'écraser sur le sol pour disparaître parmi ce tapis blanchâtre, recouvrant les rues de ce qui demeurait son éternité. Un sourire enfantin se dessina sur ses lèvres, à la vue des diverses attractions emplir le terrain, ainsi que la joie innocente, l'émerveillement des habitants. Il n'y avait que peu de divertissements dans la boucle du 22 mars 1941, que la plupart du temps, elle s'y ennuyait à mourir. Tellement, qu'elle s'adonnait parfois à des actions pas très légales, pour tuer ces incessantes journées au combien répétitives. Mais ce fut cependant avec une certaine nostalgie, qu'elle toisait le monde, lui rappelant sa plus belle vie. Son père aurait probablement adoré ce cadre idyllique, merveilleux, de quiétude naïve mais au combien plaisante et réjouissante. La blonde se souvenait de la première fois qu'il l'avait emmené à la fête foraine, à l'époque elle ne devait pas avoir plus de huit ans, et elle avait mangé de la barbe à papa jusqu'à en vomir. Mais pourtant, ce jour était de loin l'un des plus beaux de sa longue et froide existence. Bien qu'elle essaye de s'en empêcher pour ne point sombrer dans la folie, elle ne pouvait s'empêcher de penser à lui, et de se demander, si sa vie avait été tel qu'il l'avait souhaité. Dans son fort intérieur, elle espérait qu'il n'ait point succombé à cette guerre dévastatrice, sous les bombardements incessants des bourreaux. Elle préférait l'imaginer s'être remarié, avoir des enfants, se construire une nouvelle vie imparfaite, mais une vie tout de même. Ainsi, la jeune femme n'aurait aucun mal à lui en vouloir, de l'avoir aussi délibérément laisser tomber.

Zophia secoua la tête de gauche à droite, comme pour chasser ces pensées destructrices de son être, préférant profiter de la magie du moment. Après tout, à quoi bon ressasser les erreurs, les actes manqués du passé ? Avec le temps, la blonde avait appris à vivre dans le présent, qui était déjà un vrai casse-tête selon elle. À cette pensée, elle ne put s'empêcher d'arborer un sourire amusé, qu'elle seule réussissait à comprendre, étant donné les regards interrogateurs que l'on lui lançait.

Zophia se dirigea vers un stand en sautillant de joie, telle la gamine qu'elle avait toujours été. Tout comme une enfant, un rien réussissait à l'émerveiller, et c'était peut-être pour cela, qu'elle arrivait à trouver du bon dans toutes les situations, même les plus chaotiques. Son océan se posa sur la vitrine de bonbons qui semblaient visiblement lui faire de l’œil, à croire que ses expériences passées ne lui avaient définitivement pas servi de leçon. Elle repartit avec un petit sac rempli de bonbons en forme de cœur, qu'elle terminerait probablement avec les enfants de l'auberge, loin des regards accusateurs des Ymbrynes. Reprenant son ascension afin de visiter le reste des stands, son regard s'arrêta un instant sur une personne qu'elle ne connaissait que trop ; Clarence. Dans un élan de spontanéité incontrôlé, elle faillit lui faire un signe, pour lui demander de venir la rejoindre, mais se ravisa bien assez vite.  Fais comme si il n'était pas là, Zophia. Tu peux le faire, mais ce fut cause perdue. Ce fut cause perdue, parce-qu'elle sentait son regard percer sur son dos, comme s'il lisait en elle actuellement. Ce fut donc de manière instinctive, qu'elle entra dans le premier chapiteau venu, et ainsi, échappa à toute tentation d'aller converser. Il n'allait tout de même pas encore la suivre ?

Elle ne put expliquer ce qui se passa, lorsqu'elle pénétra dans la tente. Son regard se perdit dans ce labyrinthe de neige, et ce vent glacial qui la figea sur le champ. La blonde voulut rebrousser chemin, trouvant cette attraction tout bonnement effrayante, mais il ne semblait plus y avoir de porte de sortie, que de la poudreuse à perte de vu. Son cœur battait à tout rompre, sa respiration demeurait entrecoupée, ne voulant qu'une seule chose en cet instant, sortir de cet endroit dont elle était maintenant prisonnière. Pour cela, elle savait qu'il lui faudrait avancer, pour essayer de trouver un fond à ce désert arctique.

Cependant, elle sursauta à l'entente d'une voix qui lui demeurait plus que familière. Elle se retourna, et à la vue de Clarence, elle fut légèrement mélangée entre soulagement et exaspération. À l'entente de ses paroles, Zophia se retint de toute ses forces pour ne pas lever les yeux au ciel, et ainsi ne brillait que par son insolence, mais elle ne put s'empêcher de rétorquer. « Effectivement, tu devrais, d'autant plus que tu n'es pas très discret. » Répondit-elle, plus froidement qu'elle ne l'aurait souhaité. Comment devait-elle agir, à présent qu'elle savait qu'il se méfiait d'elle ? Quand elle savait que l'homme, qu'elle avait considérée comme un père l'espionnait, maquillant cela par tous les moyens ? Bien qu'elle ait essayé de se faire une raison, et que nulle personne ne pourrait un jour remplacer son père, elle ne pouvait s'empêcher d'être blessée, de lui en vouloir plus que nécessaire. Mais pourtant, elle se détestait davantage, de ne pouvoir le haïr comme elle le voudrait. Car après tout, nous ne pouvions éprouver une telle colère, que pour les personnes que nous aimions profondément. « Je crains bien que nous sommes définitivement perdus. » Lâcha-t-elle, pour toute réponse, avant d'avancer vers le Nord, se disant qu'en cherchant davantage, ils finiraient bien par trouver la sortie de ce maudit labyrinthe. « Heureusement que j'ai apporté des vivres. » Lâcha-t-elle sur le ton de l'humour, en lui montrant son paquet de bonbons, ne se laissant tout bonnement pas démontée. « Le but du jeu est sûrement de trouver la sortie, ça doit pas être bien compliqué. » Finit-elle par dire, sentant qu'au son de sa voix, elle ne croyait pas du tout en ce qu'elle disait.

 


Dernière édition par Zophia O'Cleary le Jeu 16 Fév - 12:38, édité 1 fois
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Clarence F. Bannerman

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MessageSujet: Re: L'hiver s'est égaré, et avec lui nous nous en sommes allés ◭ Zophia [DÉFI I]   Lun 9 Jan - 23:11


L'HIVER S'EST ÉGARÉ, ET AVEC LUI NOUS NOUS EN SOMMES ALLÉS

« Zophia. »
     Elle était froide, glaciale, inhospitalière. Bien malgré elle, car il ne put sourire sincèrement devant la fierté qu’était son butin coloré. Elle fût l’hiver lui-même, tendant à engourdir ses mots avant qu’ils n’aient pu se faire un chemin jusqu’à elle. Il la rattrapa, pieds endoloris creusant la neige, accélérant le pas par peur de la perdre une nouvelle fois.
« Cesse d’être en colère. »
     Cette requête, il y tenait. Bien plus depuis qu’elle avait changé. Il avait su lui pardonner une gifle qu’il niait mériter. L’incident de leur rencontre n’était jamais qu’un malentendu qu’il put lui aussi se faire pardonner. Il ne sût pourquoi il eut longtemps reçu son sourire, avant de devoir accepter qu’elle ait changé d’avis sur lui. Il y avait participé, en ne lui ayant jamais donné autant qu’elle en attendait. Quel que fût ce qu’elle eut toujours cherché auprès de lui. Il n’avait pas la force d’en faire une alliée, encombré malgré lui par des personnes qu’il eut déjà du mal à gérer. Elle n’avait pourtant jamais tenu à obtenir cette place à ses côtés, ne mentionnant jamais ses recherches alors qu’elles durent l’intéresser, sinon pourquoi lui parler ? Il ne comprenait pas ce qu’elle trouvait à rester avec lui, excepté devenir une présence intempestive pouvant lui nuire.
     Il se mit à soupirer, observant le labyrinthe. Il s’était résigné à le traverser, parce qu’elle eut été déterminée à le faire. D’une main il s’agrippa à la branche d’un arbre, se demandant un instant s’il put se sortir de cette illusion par simple volonté. Elle ne pût être autrement qu’une illusion, un imaginaire prétentieux qu’il aurait préféré avoir choisi d’expérimenter plutôt que d'y avoir été jeté. Il appréhendait ce changement comme il eut appréhendé de se retrouver un soir hors de la boucle. Le temps jouait des tours et à présent l’espace. La branche était réelle, rugueuse contre son gant. Le froid l'était encore, pigmentant l’ossature de ses joues. Il baissa les yeux sur la neige au sol, jeune et lisse, comme balayée et tassée avant qu’ils n’arrivent. Il n’y eut aucune trace de vie dans ce labyrinthe, ni empreinte ni échos de voix pour les rassurer d'une présence. Il semblait pourtant qu’on les eut attendus, éclairant leur chemin comme s’ils furent surveillés. Une pensée digne des tendances paranoïaques que put avoir Clarence. Il ne voulut considérer Zophia comme une alliée, et il fût pourtant rassuré de l’avoir à ses côtés. Elle était assez grande pour marcher seule, assez confiante pour lui tourner le dos sans raison.
« Par ailleurs pourquoi l’es-tu ? »
     Qu’il sache une fois pour toutes ce qu’elle lui reprochait. Ce qui justifiait de se montrer aussi froide qu’elle pouvait l'être, malgré la sympathie qu’elle eut à combler avec de l’humour. Il ne put s’agir que de colère, les reproches en étaient une. Il la sentait brûler en elle, dans ses mots aussi glacials puissent-ils être. Il baissa les yeux sur ses "vivres" dont elle se félicitait, se demandant si elle ne fût pas tout simplement une enfant à considérer comme tel. Elle ne serait pas la première à s’être retrouvée du côté de la barrière qu’il entretenait. Celle le protégeant d’ennemis qu’il n’eut choisis. Il put faire tous les efforts du monde pour n’être jamais l’objet d’un désaccord, il ne pouvait échapper à ceux le liant aux personnes avec lesquelles il ne put s’accorder. Il pensait malgré lui Zophia manipulable, assez pour qu’elle ne s’arrête pas sur ses regards perdus. Il se trompait.
« Je crois n’avoir jamais été dans un labyrinthe à échelle humaine. Doit-on trouver un plan ou des indices ? »
     Il changeait de sujet, car le jeu dans lequel ils furent menés l’inquiétait. L’éclairage leur permettait de voir leurs pas, mais jamais ne compromettait ce qui fût placé plus loin. Des virages, des impasses. Une succession de choix qu’ils ne purent prendre sans incertitude. Ils arrivèrent rapidement à la première intersection, Clarence s’y arrêtant avec hésitation. Il ne comprit pas, l’intérêt d’un jeu où il n’y eut rien à faire hormis se perdre. Aucune indication, aucun plan. Ce ne fût jamais qu’une farce vendue sous la forme d’une attraction.




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MessageSujet: Re: L'hiver s'est égaré, et avec lui nous nous en sommes allés ◭ Zophia [DÉFI I]   Sam 11 Fév - 16:10

« L'hiver s'est égaré »

« Je ne suis point en colère. » Cette affirmation avait été jetée bien trop précipitamment, pour être sincère, et elle se savait bien piètre menteuse. Mais qu'importe, dans le fond n'était-elle pas ce qu'elle désirait ? Peut-être que cette situation n'avait que trop durée pour la jeune femme, et que pour une fois, elle ne savait faire comme si de rien n'était. Mais elle doutait hélas fortement que le moment soit propice à une discussion incendiaire, et se décida d'attendre qu'ils soient rentrés ; s'ils y arrivaient. Zophia en avait plus qu'assez d'avoir froid, son séjour dans la boucle de 1873 l'ayant définitivement vacciné, bien que cette fois elle soit vêtue en conséquence.
De la neige. De la neige à perte de vu, bien que celle-ci soit limitée par une lumière étrangement moqueuse qui semblait suivre chacun de leurs pas décidés.
Son océan se pose un instant sur son compagnon d'infortune, et elle ne peut s'empêcher d'arborer un sourire amusé, face à son éternel sérieux. Zophia ne savait nullement si l'affection qu'elle lui avait toujours porté pourrait changer un jour. Elle ne savait si elle pourrait un jour faire définitivement une croix sur lui. Elle ne savait comment elle réagirait si cette vérité qu'elle redoutait tant éclatait. S'il s'avérait qu'il l'espionnait, elle ignorait si elle pourrait le supporter. C'était donc pour cela que, pour le moment elle se complaisait dans son ignorance. Cette ignorance qui la laissait penser que Clarence était l'ami sincère qu'elle avait toujours imaginé. Mais le rêve serait bientôt teinté d'une réalité glacée, qu'elle s'arrangeait de devoir repousser dans l'instante.

Ses chaussures s'enfoncèrent dans cette neige glaciale au fur et à mesure de leur ascension, et Zophia peina à dissimuler son inquiétude, constatant qu'il ne semblait point y avoir de bout. La blonde détestait tout simplement se sentir impuissante face à une situation, et en digne maniaque du contrôle, elle détestait de devoir déroger à ses plans de la journée. Mais le point positif, était qu'elle ne demeurait pas seule, et qu'ils étaient tous deux tout aussi perdus l'un que que l'autre, une pensée qui débordait d'égoïsme humain. Sans plus de cérémonie, Zophia tapa dans son paquet de bonbons, consciente des effets néfastes que pouvaient avoir le sucre sur elle. Mais c'était plus fort qu'elle, et puis, ne dit-on pas que les sucreries étaient l'un des meilleurs remèdes contre le stresse ? Ou bien, était-ce tout simplement elle qui venait d'inventer cette loi ? Peu-importe.
Le chemin se faisait en silence, ce qui dans son cas relevait d'un défi impérieux. Elle dût faire preuve d'un véritable self-control pour ne pas ouvrir la bouche, et lui parler de tout et de rien, de lui rabâcher les oreilles de futilités dont-il n'avait probablement que faire. Dans le fond, c'était ce que demeurait la nature de leur relation, elle parlait, et il écoutait ; ou faisait semblant d'écouter. Mais Zophia ne l'en blâmerait pas, se connaissant parfaitement comme un véritable moulin à parole, et comme tout le monde de son entourage, il filtrait.

Mais par bonheur, ce fut lui qui rompit ce silence de glace, qui était sur le point de la rendre complètement folle. Son soulagement fut telle, qu'elle ne put s'empêcher de lui adresser un regard ampli de reconnaissance qu'il ne comprendrait probablement pas. « Je pense que s'il y en avait, nous les aurions déjà trouvés. » Son ton était morne, inquiet, son regard se perdant derrière, qui n'existait maintenant plus. Elle regarda au loin, et ne remarqua aucune forme humaine susceptible de les secourir. « Je pense que cette attraction a été créée dans le but de nous effrayer, mais j'ose espérer que toutes les bonnes choses ont une fin. » Un sourire nerveux se dessina sur ses lèvres, consciente qu'elle finirait par hurler, si ce manège ne prenait pas fin rapidement. Clarence n'en menait pas large, et malgré le peu d'expression qui émanait de son visage, une once d'inquiétude s'y lisait. Mais ils n'avaient d'autres choix que de continuer à avancer, afin de trouver la maudite sortie de cette attraction débile.
Ses pas tourmentés se firent de plus en plus lents, de moins en moins décidés, le monde lui paraissant de plus en plus grand. Son océan se posa sur l'homme à côté d'elle, s'éloignant davantage sous son regard inquiet ; c'était un grand monsieur. La blonde regarda le paysage, comme s'il lui était inconnu, et admira ce ciel et cette poudreuse caresser le bout de son nez. Un rire mutin s'échappa de sa gorge, tandis qu'elle essaya tant bien que mal de rattraper l'homme, se jetant sur le sol en lui attrapant une jambe. « On fait un bonhomme de neize ? » La voilà revenue à l'âge de ses quatre années.

 
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MessageSujet: Re: L'hiver s'est égaré, et avec lui nous nous en sommes allés ◭ Zophia [DÉFI I]   Jeu 16 Fév - 14:20


L'HIVER S'EST ÉGARÉ, ET AVEC LUI NOUS NOUS EN SOMMES ALLÉS

     Qu’il crut ou non en sa réponse, il n’eut d’autre choix que de l’accepter. Il préférait la voir fuir une confrontation qu’en être l’objet. Se tenir à ses côtés revenait à marcher sur un fil en espérant ne pas glisser dans le vide. Tomber. Car rien ne fût moins brutal que de s’écraser au sol après avoir tenté de tenir l’équilibre en hauteur. Il aurait roulé des yeux en l’entendant s’il ne s’était pas trop attaché à son apparence. Qu’elle le regarde ou non, son agacement dût être une chose gardée pour lui seul. Il se contenta à défaut de pincer l’intérieur de sa joue entre ses molaires. Faire taire tout ce qu’il savait prompt à dénoncer le mensonge qu’elle lui servait en réponse. Cela aurait peut-être aidé à les réchauffer. De s’époumoner à se dire leurs quatre vérités, les gestes lancés à l’Italienne pour balayer les mots qu’ils purent recevoir l’un de l’autre. Leurs doigts n’auraient pas été aussi froids, le silence moins glacial. Ils auraient cessé de se sentir menacés par ce qu'ils n'eurent pas dit. Pauvres entêtés qu’ils furent ainsi.

     Il vit son inquiétude comme un reflet à la sienne. Il aurait dû être celui ouvrant la marche, trouvant des solutions. Compter sur elle pour comprendre et lui poser des questions lui ressemblait peu. Il était aveuglé par la tension maintenue entre eux, ayant oublié qu’ils purent être perdus. Ce ne fût jamais autour d’eux que des arbres et de la poudreuse. Effrayants car ils n’eurent jamais dû être ici, et que le chemin qu’ils ouvraient fût une invitation forcée au jeu qu’ils proposaient. Il réfléchit, comme s’il eut assez de temps pour le faire, avant de simplement lui répondre avec la promesse qu’ils en sortiraient :
« Il y a bien plus effrayant dans nos vies qu’un simple labyrinthe. » Relents de chairs brûlées, les éternelles mêmes horreurs que les continents faisaient germés à l’image d’un champ de blé ensanglanté. Se réveiller hors de leurs boucles, ou simplement devoir vive éternellement accompagnés par les conséquences des choix qu’ils purent faire. « La sortie ne doit pas être si difficile à rejoindre. »
     Il voulut, en réponse à ses souvenirs, lui demander si elle aussi avait été égarée. Mais l’ombre de Zophia avait disparue. Elle aurait dû être une présence restée près de lui, et il se sentit soudain seul pilier face au vent. Il ralentit, prêt à retrouver son regard lorsque l’enfant l’ayant remplacée se jeta à ses pieds. Elle fût devenue une chose si frêle qu’il eut peur d’avoir à la briser en s’autorisant un mouvement. Il était trop grand, alors qu’elle semblait prête à se faire engloutir sous la neige. Il l’attrapa par un bras et la releva, obligé de se baisser pour l’atteindre.
« Qu’as-tu fait ? »
     Il la sût elle. Dans la couleur de ses yeux, la forme de son nez. Elle n’était plus qu’ignorance et insouciance ; l’image si menaçante d’une enfant qu’il se sentit un instant désemparé. Il continuait de la maintenir par le bras, ne sachant comme la gérer autrement. A croire qu’elle s’envolerait une fois lâchée, et il ne pourrait avec bonne conscience pas la laisser lui échapper. La nature lui avait refusé d’être père, et il crut comprendre les raisons de cette décision. Sa main libre vint essuyer son front, laissant derrière elle la brûlure d’un gant trop froid.
« Bien… » Ses yeux se posèrent sur l’enfant. « On va en faire un, mais il faut que l’on retrouve le village des bonhommes de neige avant. Sinon le pauvre sera tout seul. »
     Un sourire pour la rassurer, et il crut son histoire convaincante. Il glissa la main jusqu’au poignet de l’enfant et le tint vers lui pour qu’elle le suive.
« Aller viens. »
     Ils n’avanceraient jamais, pas à cette allure. Zophia passait plus de temps à braver la neige qu’à marcher selon la définition du dictionnaire, et il eut l’impression de la brutaliser en lui tirant le bras. Perdant patience, il la saisit à deux mains et la souleva du sol. Tenir une enfant le rendait maladroit. Maintenue quelques secondes dans l’air il sembla en faire une offrande au ciel. Il fallut la tenir contre lui, et il mit un temps à trouver comment. Contre sa taille, assise sur son bras. Un poids de plus à porter. La Zophia boudeuse et froide lui manquait. Son bras s’engourdissait à mesure qu’il marchait, et l’enfant qu’il tenait devint de plus en plus difficile à garder contre lui. Elle devenait lourde, si bien qu’il la tint à l'aide de ses deux mains. Une mesure prise qui ne suffit pas. Une fois déposée au sol, il se mit à arborer un air renfrogné. Celui d’un adolescent sachant à peine comment se comporter. Ses mains étaient frêles, elles aussi, le corps fin et fantomatique. Il fût lui-même, lorsqu'il eut 13 ans.
« Ce n'est pas à moi de faire ça. Tu n’es qu’une égoïste. Une pimbêche. »
     Que la vraie Zophia se réveille en l’entendant, car il se sentit pris au piège de ce qu’elle laissait derrière elle. Deux enfants dont l'une incapable de marcher correctement. Il regardait autour de lui et rien ne put l’aider à en sortir. Personne à qui parler, et il devenait bien trop jeune lui aussi pour se sentir capable de se débrouiller seul. Il se saisit d’une poignée de neige, la sculptant dans ses gants par réflexe. Il était adolescent, mais la neige eut encore cet effet sur lui.
« Hé, Zophia ! Attention à toi ! »
     La boule de neige fût projetée sur elle à la même allure qu’une balle de baseball. Bien sûr il la toucha. Au visage, telle une gifle froide portée de loin. Assez fort pour lui faire perdre l’équilibre. Le sourire de Clarence se crispa. Il revint inquiet vers elle, gardant pour lui la fierté déplacée qu’il ressentait devant ce tir ciblé parfaitement, même s’il n’avait jamais visé que son épaule.
« C’est amusant comme jeu, tu ne trouves pas ? »
     Il sourit pour le faire croire, la félicitant de l’avoir aussi bien rattrapée, s'imaginant qu'elle put se rendre compte de rien.




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MessageSujet: Re: L'hiver s'est égaré, et avec lui nous nous en sommes allés ◭ Zophia [DÉFI I]   Ven 17 Fév - 22:15

« L'hiver s'est égaré »

Cette plénitude longtemps oubliée. Cette insouciance, bien trop vite arrachée. Ce fut comme si l'espace d'un instant, on lui donnait une seconde chance ; un jour de paix. Mais dans les méandres de son inconscient, elle se demandait par quelle malédiction elle se retrouvait coincée sous la forme d'une enfant. Pensée qui fut bien rapidement écartée, celle-ci prenant le dessus sur sa raison. Cette envie de s'amuser, de jouer dans la neige fut bien trop forte, qu'elle finit par y céder. Ce fut donc sans aucune appréhension, sans aucune méfiance, qu'elle s'était jetée aux pieds de cet homme, lui semant de faire un bonhomme de neige avec elle. Son père lui avait toujours ordonné de ne jamais importuner les inconnus, de ne faire confiance en personne, mais la petite fille qu'elle demeurait ne l'avait jamais écouté, animée par l'inconscience. C'était d'ailleurs ce qui avait toujours manqué dans ce monde, selon Zophia. Le genre humain avait tendance à se méfier, pour tout et rien, ce qui à la longue, avait fait d'eux des êtres craintifs, se complaisant dans leur solitude. Après tout, nous aurions confiance aux autres, si nous-même, nous en étions digne.

Corps contre sol, ce fut le monsieur qui la releva de son lit neigeux, la toisant comme s'il s'attendait à voir une autre personne. La petite sourit, ayant pour habitude de s'amuser des situations les plus banales. « Où est mon papa ? » Elle s'enquit, ignorant encore les mauvais desseins de ce destin, prêt à tout ruiner sur leur passage. Son océan se pose sur l'espace, cette immensité neigeuse, et cet homme qu'elle ne se souvient guère avoir rencontré un jour. Mais à cet âge, il n'était guère aisé d'accrocher une identité sur les personnes, les enfants étant bien trop obnubilés par le monde qui les entourait, plutôt que par le genre humain. Cela n'empêchait nullement qu'elle l'apprécie déjà, sans raison apparente. Et puis, ne dit-on guère que la vérité sortait toujours de la bouche des enfants ? Dans son regard, la petite Zophia ne voyait aucun soupçon de malveillance, rien qui ne pourrait trahir sa confiance. Ce fut pour cela, qu'elle ne cilla guère lorsqu'il la releva maladroitement, semblant perdu par ce petit être, qui n'aurait probablement jamais fait de mal à une mouche. « Z'ai manzé trop de bonbons. » Avoua-t-elle contrite, sachant qu'elle se ferait grondée, si cela venait aux oreilles de son papa. Mais pourtant, elle tenait encore fermement son trésor dans sa main, nullement prête à s'en débarrasser.
Zophia sautilla comme une gamine, à l'entente de ses paroles, impatiente de se rendre au village des bonhommes de neige, espérant aussi y rencontrer le papa Noël. De ce fait, elle lui demanderait pourquoi elle n'avait jamais eu cette poupée dont-elle avait toujours rêvé, persuadée d'avoir été assez sage.

Ce fut le cœur en fête, qu'elle suivit le monsieur, certaine de devoir accomplir une mission des plus importantes. Mais ses petits pas les ralentissaient, et pour dire vrai, la petite n'y mettait pas réellement du sien, ne voulant plus marcher. Prête à faire un gros caprice, elle fut stoppée dans son élan, par l'homme qui la souleva du sol, semblant avoir lu dans ses pensées. Un sourire satisfait se dessina sur ses lèvres, tandis qu'il essayait tant bien que mal de trouver une bonne prise. Il la secoua dans les sens, et la blonde ne put s'empêcher d'échapper un rire enfantin, tout en faisant des bruitages étranges avec ses lèvres. « Vrouuuuuuuuuuum, ze suis un avion. » Pour ne pas arranger les choses, elle se tortillait aussi dans tous les sens, écartant ses bras pour illustrer les ailes de son avion imaginaire. La situation était d'un incongru à couper le souffle, et si elle était elle-même, Zophia se serait probablement moquée de Clarence, le sachant peu doué avec les enfants. Mais cette fois, il avait le mérite d'essayer, et peut-être qu'inconsciemment, cela voulait dire qu'il tenait au moins un peu à elle.

Mais ses pas, assurés il y avait de cela quelques secondes, ralentirent à leur tour, et ce fut avec horreur que la petite constata que son sauveur l'eut posé sur le sol. Son regard se posa sur le gentil monsieur, qui semblait avoir été remplacé par un petit garçon bougon, qui baragouina des paroles incompréhensibles pour la petite fille qu'elle était. Ce fut donc tout naturellement qu'elle le questionna « C'est quoi une pimbaisse ? » Essaya-t-elle d'articuler, bien qu'elle ait beaucoup de mal avec les sons en « che ». Zophia se demanda un instant pourquoi le jeune garçon boudait, et se demanda si elle en était l'objet. Mais elle ne s'en formalisa pas, et se décida une nouvelle fois à regarder la neige tomber.

Son père ne l'avait jamais laissé sortir jouer dans la neige, de peur qu'elle attrape froid, et ne pouvant se permettre de dépenser pour des frais médicaux exorbitants. Donc, depuis toujours, elle s'était simplement contentée de la regarder tomber par sa fenêtre, se demandant quelle sensation cela pouvait-il faire de sentir la neige sur son visage. C'était tout simplement divin, et émerveillée, elle ne s'attendit nullement à ce qui allait suivre. À l'entente de son prénom, Zophia se tourna vers son compagnon d'infortune, et elle n'eut à peine le temps de rétorquer, qu'une boule de neige vint s'écraser violemment sur son visage. Le choc la fit tomber à la renverse, et elle en ressentit une légère douleur sur le nez. Quand la petite se redressa prête à pleurer toutes les larmes de son corps, le brun accourut auprès d'elle, la congratulant pour sa bonne réception. Les présumés larmes, furent remplacées par un sourire victorieux, trouvant paradoxalement un charme à ce jeu dangereux. Mais en digne revancharde, elle décida que cette action abjecte ne pouvait être impunie, et de ce fait, elle attendit qu'il ait le dos tourné pour prendre son élan et se jeter sur lui. À son tour, il se retrouva face contre sol, et elle prit un malin plaisir à enfoncer son visage dans la neige, sous ses éclats de rire incessants. « On dirait une autrusse !  » Se moqua-t-elle, visiblement très fière de son coup. Ce qui était certain, était qu'elle se souviendrait à jamais de ce moment passé, heureuse de déroger aux règles de son père, bien trop protecteur.

Zophia finit par se redresser, non sans s'appuyer sur le dos de son ami avec la délicatesse d'un éléphant. Attendant qu'il se relève de sa chute, la petite le regarda, et d'un air savant elle s'enquit  « Dis, tu penses qu'on va rencontrer des animals ? » Sa voix n'était qu'un souffle, un murmure, de peur de réveiller les ours blancs qui n'hésiteraient probablement pas à les dévorer tout cru.
Mais ses résolutions tombèrent à l'eau, à mesure qu'elle semblait avoir une toute autre idée. « Shat ! C'est toi qui est, c'est toi qui est ! » Hurla-t-elle, en touchant le brun de sa main, avant de courir dans la neige, le plus rapidement que ses petites jambes le pouvaient. Zophia s'étala plusieurs fois sur le sol poudreux, mais ne se laissa pas démonter pour autant, riant à gorge déployée comme l'enfant qu'elle avait cessé d'être il y a de cela bien longtemps.

Ses pas ralentirent cependant, à mesure qu'elle commençait à reprendre ses esprits. Soudainement, tout le poids du monde semblait s'être abattu sur ses épaules, et elle se stoppa net dans sa course folle.
Apeurée, elle se retourna, toisant derrière elle. « Clarence ! » Appela-t-elle, tremblante, complètement décontenancée. Elle se décida à faire machine arrière, et à rebrousser chemin, peut-être le retrouverait-elle comme cela ? Elle se demandait par quel démon, elle s'était enfuie de la sorte, ni dans quel but ; elle ne comprenait pas. Des souvenirs lui revinrent par bribes d'instants, mais elle ne voulut croire en ce que son esprit lui spéculait, celui-ci lui ayant beaucoup trop de fois joué des tours. « Clarence, ce n'est pas drôle ! Où te caches-tu ? » S'il lui était arrivé quelque-chose ? Elle ne se le pardonnerait probablement jamais. À ce moment là, toute colère, toute rancune semblaient avoir disparu. Tout ce qu'elle désirait en ce moment, c'était le revoir sain et sauf, et ainsi, pouvoir lui faire la tête en toute tranquillité.

Ses jambes la trahirent de nouveau, tandis qu'elle essayait par tous les moyens de mettre un pas devant l'autre. Son arthrose se montrait de plus en plus violente, le froid lui tiraillait cruellement les os, tellement qu'elle fut obligée de faire une pause, regrettant sa canne, qu'elle devait probablement avoir perdu.
Clarence. Ce prénom lui semblait inconnu, résonnait en elle, comme un terrible chant d'affliction, ses souvenirs lui faisant défaut. L'ennemi ne serait point le froid, mais bel et bien son esprit, qu'elle perdait davantage au fil des minutes. Où était-elle ? La vieille dame qu'elle était à présent, n'avait plus la force de continuer davantage, voulait lâcher prise. Elle fredonna un vieil air de Strauss, pour se donner du courage, et affronter ce périple, que demeurait désormais son existence.

 
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Clarence F. Bannerman

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- Garde tout le monde à l'oeil -
❧ Boucle Temporelle : 22 mars 1941, retourné à une Guerre qu'il crut avoir un jour classé dans son passé.
❧ Particularité : Les paumes de ses mains se sont un jour courbées de deux yeux supplémentaires. Deux paupières qu'il condamne depuis à l'obscurité.
❧ Occupations : Curiosité ou intentions cachées, il remplit les pages de ses dossiers aux couvertures criblées des noms des syndrigastis qu'il rencontre.
❧ Miroir :
❧ Missives : 426
❧ Yeux de verre : 91
❧ Crédits : © Mad Hattress | Ananas de mes nuits et de mes jours


MessageSujet: Re: L'hiver s'est égaré, et avec lui nous nous en sommes allés ◭ Zophia [DÉFI I]   Mer 8 Mar - 17:10


L'HIVER S'EST ÉGARÉ, ET AVEC LUI NOUS NOUS EN SOMMES ALLÉS

     La neige avait un goût abject. Elle voulut résister à la chaleur de son palais, se recroqueviller sur elle-même jusqu’à devenir cette forme pâteuse difficile à avaler. Elle voulut l’étouffer, noyant sa gorge et ses narines de poussière cristallisée. Clarence se mit à tousser, ingurgitant un peu plus de froid à chaque inspiration. Sa toux insufflait sa liberté à la neige, jetée sur le sol comme le poison qu’elle put être. Elle l’avait un instant enveloppé, caressant le cuir de ses mains, glissant dans le creux de ses vêtements pour l’avoir entièrement à elle. Son corps s’était épris d’elle le temps d’un instant, anesthésié et envoûté par ce froid qu’il crut reconnaître comme la chaleur d’une étreinte. Bien avant que ses chevilles ne se découvrent, et qu’il ne se mette à frissonner, le dos douloureusement écrasé sous le poids de son assaillante. Elle put être frêle, rester le lointain souvenir d’une innocence qu’il aurait aimé un jour pouvoir voir grandir, elle était la particule d’un monde qu’il ne maîtrisait pas. L’adulte qu’il eut été avait eu la force de la soulever ; la protéger comme l’ordre des choses lui impliquait de le faire. L’enfant qu’il fût lui-même sentit le poids de cette responsabilité trop difficile à porter. Il voulut devenir grand, sentant son cœur bien trop jeune cherché à battre comme celui d’un adulte, oubliant presque qu’il en eut été un lui aussi. Ce corps était une prison dont l’enfance cherchait à le rendre fou. L’estomac lié et les bras encore plantés dans la neige, il se mit à crier.
« Zophia ! »
     Sa colère était vaine, un murmure tué par l’innocence de cette enfant. Il se redressa et balaya les restes de neige parsèment ses vêtements, bien trop humides maintenant, pour espérer le réchauffer. Le comportement d’un adulte, dans le corps bien trop étroit de son passé.
« Ça fait longtemps qu’ils doivent être part… Zophia revient ! »
     Il n’eut pas la force de lui courir après, les pieds gelés à l’intérieur de ses chaussures alors qu’il pensait avoir réussi à les imperméabiliser. La neige s’y était logée sans son aide, fondant sur le tissu de ses chaussettes pour glacer sa peau.
« Attends ! Ne vas pas trop loin ! »
     Il y’eut en lui, la confrontation entre l’homme que ces années avaient modelé, et l’enfant à l’insouciance préservée. Il eut suivi sa course, à son rythme, accablé par sa jeunesse menaçante ; persuadé qu’il finirait pas la retrouver. Elle ne pourrait se perdre, se répétait-il, craignant alors que la trace fraîche des pas qu’il suivait devenait trouble, qu’il fût celui que l’on eut perdu. L’immensité blanche devenait peu à peu le halo d’une toile sans courbe ni ombre. La neige tombante, l’image pixelisée d’un mouvement. Il s’était tenu droit et haut tant d’années. Son regard s’était porté par-delà même ce qu’il fût autorisé à voir, le dos fièrement tendu sans peur d’ériger son corps vers le ciel. Se tenir droit s’apprenait, et s’il fût à cet instant l’humble élève cherchant à retrouver la courbe creusée de son échine, il sentit sa souplesse se fragiliser, ses os agencés de façon bancale pour le faire plier. Il n’entendit aucun des appels de Zophia. Les mots furent des bruits éclatés, le sifflement sans variation du seul silence qu’il put entendre. Il devina après quelques minutes sa silhouette. Bien trop grande de ce qu’elle aurait dû être. Bien trop loin que ce qu’elle laissait penser. Ou ce furent les pas de Clarence, creusant la neige avec tant de difficultés qu’il put à peine avancé. Il fermait les yeux le temps de quelques pas, pensant les rouvrir près d’elle. Mais elle fût loin. Si loin.
« Zophia, est-ce toi ? »
     Sa bouche était pâteuse, l’odeur de la vieillesse accrochée à lui. Il se sut jeune, ignorant les appels de ses jambes devenues fragiles. Ignorant les spasmes de sa respiration après sa course. Il voulut seulement la rejoindre, écraser son regard sur le sien et respirer. Sa peau s’était tâchée, ses cheveux devenus gris comme la cendre. Reconnaître dans les traits d’un visage bourriné par le temps, le dessin vieillit d’une femme née sous la main d’un homme le fît sourire, rire. Nerveusement, car le soulagement de la voir fût bien plus fort que l’envie qu’il eut de se moquer d’elle.
« Tu sembles affreusement fatiguée. »
     Des mots bien trop longs. Clarence se mit à cracher ses poumons, sentant l’air venir brûler sa gorge.
« Exc… » Un dernier raclement de gorge lui promettant la liberté de ses phrases. « Excuses-moi. »
Il était immobile devant elle, les bras ballants et le corps luttant silencieusement contre le froid.
« Plus jamais je ne te suivrais. »
     Un rire, une expectoration. Ne plus respirer pour pouvoir rouvrir la bouche sans cracher. Fermer les yeux pour ne pas voir son reflet dans les yeux de Zophia.
« Que tout cela cesse. Je t’offrirai même une boisson chaude si nous sortons de cet Enfer. »

     Ils avancèrent ensemble. A l’allure d’un chameau à trois pattes bravant les vents du désert. Jusqu’à ce que le tapis immaculé et vierge qu’ils crurent fouler, ne les ramène devant le paquet de confiseries que Zophia eut un jour tenu entre ses doigts.




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L'hiver s'est égaré, et avec lui nous nous en sommes allés ◭ Zophia [DÉFI I]
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