AccueilAccueil  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  




Partagez | 
 

 Un dernier verre avant la guerre ◊ Gustave

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2
AuteurMessage
Gustave Barthélemy

avatar
- antipoison débauché -
❧ Boucle Temporelle : 2016
❧ Particularité : Peut aspirer le venin d'une plaie, ou d'une personne empoisonnée.
❧ Miroir :
❧ Missives : 56
❧ Yeux de verre : 20
❧ Crédits : UC


MessageSujet: Re: Un dernier verre avant la guerre ◊ Gustave   Sam 17 Juin - 18:22


Un dernier verre avant la guerre

En la regardant descendre son cocktail, je me demande si c'est la première fois qu'elle fait ça. Elle n'a pas l'air de tenir autant l'alcool que moi, ou tout du moins, elle a l'air moins habituée à boire autant que moi. Mais c'est vrai que sur elle, je ne sais pas grand chose. Quelques miettes qu'elle laisse trainer derrière elle comme le Petit Poucet, sauf que dans son cas c'est pas pour laisser une piste et retrouver son chemin non. Elle les laisse échapper sans y faire attention, comme quelqu'un qui a une poche percée et qui perd des choses sans s'en apercevoir. Sauf je suis comme les oiseaux qui mangent les miettes. Je ramasse chacun de ses petits indices, aussi légers soient-ils et je les range soigneusement dans une petite boite avec son nom dessus. Et pourtant malgré les années elle est quasiment vide. Je sais qu'elle vient de loin et qu'elle a voyagé. je sais qu'elle a peur de se lier et elle aime n'avoir d'attache avec personne ou avec aucun endroit. Elle est rancunière et impulsive mais drôle et aventureuse. Si peu de choses quand j'y pense, malgré le fait qu'on se voie souvent. Tout est caché avec elle, et c'est presque par maladresse que quelques petites choses sont venues jusqu'à moi. Pourtant malgré ça j'aime sa compagnie et j'aime le temps passé avec elle, car y'en a pas beaucoup qui m'offrent ce genre de moments, à part Morgan, et j'ai besoin de ma dose de folie, comme si les quarante ans que j'ai passés ici n'ont pas suffi à me guérir de la rigueur de mon éducation de début de siècle.

Mère aurait tellement détesté, nous voir nous faufiler dans un bar désert, et me faire servir à boire par une femme du peuple, quel scandale. Moi ça me fait rire. Et je profite de son cocktail affreux, de ce troquet vide, et de ce beau souvenir qu'elle m'offre. Elle met quelques secondes à réaliser que je suis descendu du bar, que je l'ai abandonnée pour voguer vers d'autres cieux, à savoir le jukebox, que je tente de charmer du mieux que je peux de mes doigts maladroits et engourdis par l'alcool. De la daube, de la daube...les chansons défilent, éliminées au bout de quelques notes à peine, avant de reconnaître la perle au milieu des huitres, le lys au milieu des épines. Bowie. La démarche lourde et vacillante, je reviens quand même vers elle, m'en foutant complètement qu'elle me trouve ridicule. On est que tous les deux, et on est là pour s'amuser après tout. Je ris en la voyant se cacher les yeux, comme une gamine, mais j'entends aussi son rire, celui d'une petite fille qui s'amuse sans penser à rien. Alors je donne tout, me déhanchant alors que je reviens vers elle, et glissant et tanguant sur le parquet, et lançant entre deux lignes de David.

Je mets l'ambiance. Et la musique, on s'en fout si quelqu'un l'entend. Le plus important c'est qu'on fasse la fête non?

Je ris plus fort en l'entendant me demander combien j'ai de mains alors que je suis près d'elle, et secoue la tête.

Eh bien jeune fille, on sait plus tenir son alcool? Tsss les jeunes d'aujourd'hui...

Je l'attire contre moi, l'entraînant pour une danse qui se veut simplement ridicule et amusante, la retenant de tomber quand elle heurte une chaise sagement rangée sur une table, et l'emmenant plus près du juke box, là où c'est dégagé, et moins dangereux. Je ris à nouveau, d'un rire lent alors qu'elle reconnait enfin Bowie, vu qu'on est déjà au milieu de la chanson, et je la garde contre moi, la guidant doucement, incapable de me lancer dans quelque chose de plus élaboré. Il fut un temps où je pouvais danser une mazurka ou une valse à trois temps impeccable en étant éméché, mais ce temps là est loin. Tout le monde danse bourré ici, de toute façon. Mais de nous deux je suis clairement le plus doué, elle se contente d'un coup de se mettre à sauter partout, et heureusement le coup qu'elle me donne au menton m'a plus surpris que blessé.

Eh doucement, tu vas finir par me tuer!

Je ris encore, la ramenant un peu plus près pour éviter qu'elle me tue et je la sens se calmer petit à petit, accepter mon rythme et se laisser faire, s'abandonnant en posant son menton sur mon épaule. Seule la musique flotte dans l'air alors qu'on bouge lentement, tentant d'être sur le rythme. J'aime l'odeur de ses cheveux... et puis tout d'un coup elle brise le silence, et sa réponse me fait éclater de rire, sans la lâcher pour autant.

Bien sûr que je pourrais te sauver. Tant que t'es encore en vie je peux quelque chose pour toi... Mais plus ton état est grave, plus ça va être dur pour moi de me remettre après t'avoir soigné. Tu comprends?

Le vieux jukebox enchaîne ensuite sur du Cure, Friday I'm In Love et je recommence à me dandiner, la faisant tournoyer devant moi.


EXORDIUM.


Revenir en haut Aller en bas
Mabel P. Herrera

avatar
- carte du Maraudeur -
❧ Boucle Temporelle : 20 juin 2016 désormais. Elle vécut un temps en 1941, mais les moteurs des avions ronronnaient trop fort à son oreille.
❧ Particularité : Géolocalisation
❧ Occupations : Géotraceuse aux projets bien trop nombreux.
❧ Miroir :
❧ Missives : 130
❧ Yeux de verre : 26
❧ Crédits : © Paon


MessageSujet: Re: Un dernier verre avant la guerre ◊ Gustave   Dim 25 Juin - 22:10


Un dernier verre avant la guerre

     Elle était prête à défendre sa question, sérieuse et légitime dans ce monde n’appartenant qu’à elle. Bien sûr cela l’amusait, de corrompre la solennité d’un don pour le plaisir de ses idées, mais le rire de Gustave l’avait dérangée. Elle se mit à sourire bêtement devant son fou rire prit, les dents dévoilées timidement tandis qu’elle attendait sa réponse. Gueule ouverte comme un loup, il s’était éprit de la manie comme chacun aimait le faire. Comme il fût amusant de la voir perdre la tête, et elle put encore là accuser l’alcool. Ils aimaient la partie d’elle qu’ils préféraient, aux jugements de leurs goûts et attentes, mais elle ne pouvait rester éternellement la même. Gustave lui-même sembla plus tôt vouloir fuir. Son rire valait alors mieux que son visage fendu par déception, bien qu’elle se mit par trop de conscience à s’en attrister autant qu’à la craindre. Elle détailla la ligne symétrique de ses dents jusqu’à sentir le danger d’une morsure s’imprégner sur son corps. Une douleur électrisante, caressant après coup sa chair de tendresse. Elle craignait soudainement de l’amuser et ses doigts s’enfoncèrent d’une légère pression contre le bras de Gustave, espérant contrôler les battements qui s’étaient accélérés dans son cœur. Une tentative vaine pour le brider, alors que la pression de quelques doigts fragiles n’avait jamais réussis à éteindre un rire. Sa réponse l’avait faite pour elle, écrasant le souffle d’un rire pour libérer les mots qu’elle attendait. Leur solennité la fit doucement rire, comme leur forme devenue rassurante sans qu’elle ne lui ait demandé. Puis il utilisa ce « Tu comprends ? » comme si elle fût une nouvelle fois aussi stupide que ses questions. Son cœur se mit à battre à découvert, désemparé le temps d’une seconde alors qu’on cherchait à l’infantiliser. Elle savait ses propres pensées ridicules, atteinte trop facilement par des mots qui ne furent jamais pensés comme des armes. Il était illogique, toujours, de s’arrêter sur ce qu’elle crut entendre et non sur ce qui lui fût réellement reprocher. Elle avait le sang chaud et parfois devenait-il aussi froid que la mer d’Irlande.
« Oui. », répondit-elle fermement.
     Grande, adulte, à l’intérieur d’une expression qu’elle lui avait fermé. Elle se laissa guider dans la danse qu’il se mit à créer, bientôt euphorique de ce mouvement sur lequel tanguer un peu plus. Un, deux puis trois tours, avant qu’elle n’agrippe de sa main libre le bras de Gustave pour l’arrêter. Hors d’haleine, elle avait oublié de respirer. Elle rit un peu, ramenant la musique là où elle ne l’entendait plus et sentit ses inspirations relevé sereinement sa poitrine.
« Arrête j’ai le tournis. C’est un coup à te prendre un nouveau bras dans le visage. »
     Elle fit la moue, détachée après ses mots de lui et à nouveau flottant dans un univers sans repères. La pièce était tiède et tout autant bien trop chaude, comme une fenêtre ouverte sur un monde sans oxygène, les poumons avares de l’air qu’ils n’attrapaient pas. Elle recula contre le jukebox, sentit la fraîcheur du bois s’imprimer dans son dos. Les lumières traversèrent l’extrémité de ses ongles, le plastique chaud contre la paume de main qu’elle y avait plaqué. Elle rit, encore, bêtement devant le rayon vert teintant ses doigts et sous les secousses frappant en rythme dans son dos et contre son bras. Un amusement très vite étouffé, son corps paisiblement installé à la place qu’elle semblait avoir cherché pour se calmer.
« Camille a-t-il déjà tué quelqu’un ? »
     Elle avait levé les yeux vers lui, craignant sa question car elle fût moins stupide. La musique failli la couvrir, et il sembla que dans cette espérance laissée au hasard, elle ne l’eut pas faite. Mabel haussa alors les épaules, cherchant à s’innocenter de ce qui put parfois ne pas la regarder. Seulement cette question se réveillait parfois; depuis qu’elle connaissait le frère de Gustave. Bien avant lui et ils n’eurent jamais été assez proches pour que ces vérités lui soient révélées. Pas même assez proches pour qu’elle ait osé les lui poser. Connaître Gustave le lui avait rappelé, et elle se l’accordait pourtant longtemps après. Camille disparaissait à mesure qu’elle passait du temps avec lui, au début un repère pour savoir qui Gustave pouvait être, et maintenant simplement un fait dont elle se souciait peu lorsqu’elle dansait dans les bras de son frère. Même cette question ne le concernait plus, creusait la réponse d’une autre appartenant à Gustave. Elle glissa une main dans son dos pour régler le son de la musique, un sourire réticent aux lèvres pour qu’il daigne accepter les questions déplacées d’une amie trop alcoolisée.
« C’est juste que je trouve étrange que tu ne sois pas là-bas pour l’éviter. »
     Il se plaisait ici, elle le savait. Cette façon qu’il avait de s’accaparer toutes les différences de cette époque, de danser et boire comme le faisaient les gens heureux. Elle, se plaisait avec lui, et crut soudain pouvoir le perdre en lui ayant posé ses questions. Comme s’il allait courir en 1941 et la laisser ici aux frontières d’une boucle qu’elle avait fuie. Elle fût pourtant celle qui laissait leurs instants ensemble se parsemer, accusant sa maladie ou le temps passé trop vite. Elle revenait toujours, se sentit à présent le besoin de le retenir.
« Enfin il s'en sort. Et puis je te vois mal en 1941. Ils écoutent de la mauvaise musique et mangent des conserves. La nuit est effrayante; il pleut... »




Cercle Polaire.
I'm the girl who is lost in space, the girl who is disappearing always, forever fading away and receding farther and farther into the background. E.W
Revenir en haut Aller en bas
 
Un dernier verre avant la guerre ◊ Gustave
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2
 Sujets similaires
-
» Le dernier verre pour la route
» [Privé] Soins avant la guerre
» Un dernier verre [PV Meneldil]
» Aelred Aodan Flaherty # "Vous voulez un whisky ?" "Juste deux doigts." "Vous ne voulez pas un whisky d'abord ?"
» Le Dernier Bar avant la Fin du Monde

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Song of the Gears ::  :: Castletown-