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 Duplicité & Dualité sont sur un bateau

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MessageSujet: Duplicité & Dualité sont sur un bateau   Lun 9 Jan - 9:44


Un bruit de verre fracasse le silence relatif de cet après-midi au manoir. Ce n’est pas la première fois que les crises d’une diva en manque d’attention se font entendre dans la boucle de 1873. Katsyarina n’aime personne mais elle n’apprécie pas qu’on lui rende la pareille. Ses traits parfaits, du moins à son avis, se crispent dans une singerie de tristesse. Elle s’affale sur le fauteuil en imitant à merveille les larmes sincères d’un cœur pur et virginal. Comme cela fait longtemps que ça n’est plus le cas, elle a l’impression de manquer un peu de pratique. Le bruit du  sanglot lui paraît trop aiguë et enfantin. Elle se morigène  de ne plus être une aussi bonne actrice. Derrière la porte, on entend des bribes de mots et d’expression. Des « trop vieille et moche », des « actrices au rabais » et des « hommes inconstants ». Les autres habitants du manoir ne se préoccupent pas tant que cela des attitudes et des caprices de la femme. C’est devenu une attraction comme une autre dans ce carnaval de fous. Certains haussent les épaules en passant devant la porte. La russe qui n’a pas les oreilles dans sa poche les écoutent comme une chatte qui guetterait l’arrivée de ses petits. Un pas plus hésitant s’arrête enfin devant sa porte. Il est là ! Elle se redresse puis prenant bien soin de montrer que de l’eau salée a dénaturé son beau visage, les yeux encore humides, elle ouvre la porte à un cognement timide mais régulier.

« Ah te voilà ! » clame-t-elle comme si elle récitait un monologue d’Antigone. « Je ne t’espérais plus ! » Sa main se pose nonchalamment sur son front alors qu’elle commence à se plaindre de sa condition. « Je pensais que tu en avais trouvé une plus intéressante. » Elle s’interrompt et son regard froid et pénétrant observe la petite chose fragile qui lui fait face. Ce gosse est de ceux qu’elle déguste au petit déjeuner sur son toast. Tsarine s’approche de lui l’air suspicieux et froid. Cette expression bien que volontairement grossie reste probablement plus proche de la réalité de ce caractère intrépide et violent qui brise ce qu’il ne peut soumettre à sa volonté. «  Plus jeune aussi. Je savais que tu me trouvais déjà passée de date. » Soupire-t-elle. En arrivant dans la boucle, elle avait eue peur un moment de ne plus avoir l’occasion de jouer la comédie mais elle avait été bien vite détrompée par toutes les nuances de naïveté et de candeur qu’on pouvait trouver pour se distraire en cet endroit. Lestement, elle se met dos à lui puis d’un air éploré, va s’alanguir sur l’ottoman qui orne sa chambre. Fermant les yeux, elle posa un bras blanc sur ses yeux pour les couvrir. Cet effet dramatique marchera lui. Elle avait le chic pour reconnaître un être facilement manipulable, un de ceux qui lui apporterait un amour inconditionnel plein de fraîcheur et de bons sentiments. Or hier, son petit fan n’avait pas daigné assisté à sa représentation de chant. Elle l’avait prévenu pourtant. C’était intolérable et ça méritait réparation.
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MessageSujet: Re: Duplicité & Dualité sont sur un bateau   Ven 13 Jan - 22:55

… et Dualité tomba à l'eau.
Il se sait fautif, dans cette histoire, que c'est lui le coupable, celui-ci qui poussa son frère par-dessus bord, celui-là même qui jeta son corps par-delà le bastingage, poids mort en partance directe pour le fond de l'inconscience. C'était nécessaire. Douloureux, comme toujours, mais obligatoire, et Left apprenait peu à peu à cesser de regretter de pareils décisions ; il se dit que s'il se montre incapable de supporter la culpabilité qui lui ronge les sangs chacun fois qu'il use de son don de cette manière, il n'a qu'à cesser de le faire. Que s'il n'est pas assez solide pour endurer sa propre honte, il ne lui reste qu'à arrêter de se l'infliger. Or, il ne peut s'en empêcher. Cela le démange, tel un arc électrique au-dessus de son crâne, un frisson ardent le long de son échine. Et puis, s'il ne s'y était pas résolu cette fois-ci, il n'en serait pas ici à cet instant, le dos droit, le regard vacillant, les doigts fébriles, face à cette porte qu'il ignore trop comment ouvrir. D'un geste sec et empressé, telle une tempête prête à s'engouffrer dans le logis ? À reculons, incertain de la façon dont il devrait s'introduire ? Ou avec une sérénité toute feinte, une maîtrise de soi qu'il ne possède à l'évidence pas, et qui le condamne à se tenir vaille que vaille devant le battant de bois poli, réajustant pour la centième fois le pli de son veston. Il serait presque tenté de faire demi-tour tant le trac le paralyse, les chuchotis affleurant dans les couloirs sur son passage ayant achevé de l'embarrasser. Nul doute, il ne s'est pas trompé de chambre.

Son col l'irrite en dépit du fait qu'il l'a desserré au moins trois fois depuis qu'il a franchi les grilles du Refuge – réflexe sophrologique ou conjuration du mauvais sort qui plane sur ses intentions ? Il ne saurait dire. Voilà bien longtemps qu'il ne s'est pas rendu en 1873 ; il a l'impression de jurer dans le paysage enneigé de cette fin de siècle, d'être décalé. Et il l'est, assurément. La première et dernière fois qu'il avait arpenté ce vaste manoir aux allures de donjon, Right était à ses côtés et l'atmosphère, bien qu'aussi surannée qu'aujourd'hui, ne lui avait guère paru si angoissante. Mais les circonstances de son retour, de même que les motifs qui l'avaient entraîné à cet endroit précis du vieil Édimbourg, ne sont sans doute pas étrangers à son inquiétude actuelle. Après tout, il devine qu'il se fera taper sur les doigts – enfin, dans la mesure où la belle dame sans merci qui l'attend de l'autre côté du mur sera disposée à le sanctionner –  quoi qu'il fasse ou dise pour se justifier. Il est en retard. Non, pas en retard, pire. Il n'a pas répondu à son invitation. Ne s'est pas présenté à elle, duchesse en manque de visiteurs, lorsqu'elle lui en avait fait la demande. Intolérable offense faite à son autorité royale. Elle doit lui en vouloir. C'est certain. Ce n'est pourtant pas entièrement de sa responsabilité s'il s'est perdu en route, anxieux à l'idée d'effectuer un voyage seul, en cachette, avec la crainte chevillée au torse d'être découvert par celui qu'il y dissimulait. Right n'aurait pas approuvé ce périple. Non pour le voyage en soi – ça, il l'aurait accueilli avec joie – mais pour sa justification. Et à en écouter les commérages des particuliers autour de lui, Left comprend que son jumeau n'est pas l'unique créature à déprécier la madone qu'il s'apprête à rencontrer.

Celle-ci ne tarde d'ailleurs à lui ouvrir, même s'il aurait parié qu'elle l'a laissé volontiers poireauter sur le palier pour lui faire sentir d'avance son humeur. Petit caprice qui lui tire pourtant un sourire intérieur, et qui se fane aussitôt dès qu'elle lui fait part de ses réflexions. Un air chagrin vient frôler les cils du jeune homme, bientôt cristallisé sous le regard hautain de l'impératrice ; il n'a même pas le temps de lui donner tort et de s'expliquer qu'elle s'enfuit jusqu'à son sofa, princesse orientale en proie aux affres d'une jalousie toute artificielle. Ce n'est qu'un jeu de sa part, il en a conscience, et c'est bien pour cela qu'il s'y laisse piéger.
« Non, c'est faux ! » jappe-t-il, un élan panique dans la gorge, tandis qu'il se lance à sa poursuite jusqu'à mettre un genou à terre devant elle pour se placer à sa hauteur.
À sa boutonnière tressaille un brin de bruyère. Son front s'abaisse soudain, gêné. Il ignore comment réparer l'affront qui semble la consumer. Une flatterie ? Elle est de ces femmes qui font mine de se pâmer pour un compliment et giflent quiconque les prendrait pour des coquettes sans cervelle. Mauvaise idée. Un cadeau ? Il n'a pas pensé à en apporter. Des fleurs ? Hormis celles ornant son habit, il n'en possède pas – c'est l'hiver éternel, ici, et offrir des hellébores seraient d'un goût douteux. Tant pis. Il fera avec les moyens du bord – un triste et simple cœur en guise d'offrande : le sien.
« Vous êtes belle, n'en doutez pas. Je... » Ah, que c'est embarrassant à avouer. C'est la vérité, néanmoins, mais saura-t-elle s'en satisfaire ? « Je me suis juste égaré en venant... Cela fait longtemps, vous comprenez. Dites-moi ce que je peux faire pour être pardonné ! »
Ou, en des termes plus appropriés : ordonne et j'obéirai. Un axiome qu'elle connaît trop bien, pour en être l'unique investigatrice.
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MessageSujet: Re: Duplicité & Dualité sont sur un bateau   Mar 17 Jan - 12:10

Il ne reste plus qu’à en faire un rondeau.
Elle ébauche un sourire cruel à le voir se dandiner et minauder ainsi. Pourtant, elle pensait avoir le monopole en ce domaine. Son regard perçant se jette sur lui pour le détailler de haut en bas. Le but est bien évidemment de le mettre mal à l’aise, de lui faire comprendre qu’il a été trop loin. Que croit-il ce malotru ? Qu’il peut désobéir ainsi à sa Reine ? Il n’a pas froid aux yeux d’avoir telles pensées l’impertinent. Son expression se plisse pour marquer le mécontentement. Tout est calculé, elle veut juste lui montrer que ça l’a touchée mais pas nécessairement autant qu’il croit. Juste la bonne quantité pour provoquer la culpabilité. Son regard d’acier couplé à sa beauté froide lui confère ce charme écrasant et douloureux. « Sais-tu seulement combien de fois on m’a dit que j’étais belle ? Crois-tu sincèrement que tes mots sonnent comme autre chose qu’une insulte ? Belle ? C’est ce que tu as de plus original sous le coude ? » demande-t-elle avec emphase à brûle-pourpoint. Katsyarina ne voulait pas seulement être belle. C’était un jeu d’enfant ça, une fois qu’on savait tirer parti de ses charmes et s’habiller comme il faut. La femme impétueuse voulait que chaque homme trouve un compliment particulier pour elle. Curieuse manière de penser pour une éternelle capricieuse qui clamait à qui voulait bien l’entendre comme elle haïssait ce genre perfide et menteur. Ha, la douce ironie de l’entendre proférer de tels mots, elle dont la fourberie n’avait d’égal que le venin qu’elle crachait à tout moment. Lestement, avec grâce, elle a posé son bras sur le fauteuil, son visage s’incline contre sa main sans s’y poser totalement. Une expression de joie féroce se dévoiler sur les babines de la chasseuse qui va pour s’emparer de sa proie. Car il a mordu. Il mord toujours. C’est presque trop facile.

« Je suis prête à croire que tu te sois égaré. Sans doute cela est-il même plus vrai métaphoriquement encore. » Son ton impérieux rappelle celui du roi qui veut qu’on exécute un message qui annonce une mauvaise nouvelle. Elle semble être à tout moment prête à énoncer un fatal commandement. Qu’on lui coupe la tête. « Le pardon, est-ce là tout ce que tu désires ? Comment peux-tu être si obnubilé par ta petite personne ? C’est pour te sentir mieux que tu parais devant moi ? Je ne puis tolérer d’être traitée ainsi. Si c’est le pardon que tu désires, va donc le quémander auprès d’un prêtre dans une église ! » La femme ne pardonnait pas facilement. D’ailleurs, elle n’avait pas souvenir de précédents dans le domaine d’ailleurs. Sans doute était-ce aussi car la plupart du temps, elle se moquait éperdument des « outrages » qu’elle inventait. « Il va falloir me prouver par toi-même que tu peux me contenter. Ou bien veux-tu simplement meurtrir à jamais le cœur d’une femme ? Ce n’est pas étonnant que je commence à devenir laide après tous ces outrages que je dois endurer. »
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MessageSujet: Re: Duplicité & Dualité sont sur un bateau   Mar 24 Jan - 17:45

Oh, le bruit de son sourire.
Ce bruit qui se brise comme un éclat de verre et lui transperce la poitrine. S'il est un air pour lequel il donnerait tout Rossini, tout Mozart et tout Weber, c'est sans aucun doute celui-ci – le minois glacial et doux d'une tsarine capricieuse. De son impératrice, puisqu'il lui en fallait une, et pas n'importe laquelle s'il vous plaît. De toutes les femmes, il eut fallu qu'il jette son dévolu sur celle-là, alors son frère a des raisons de gronder et tempêter dès qu'il entend ce nom, plus sophistiqué qu'un thé russe et cependant plus polaire que les confins sibériens ; n'aurait-il pas pu choisir une enfant de son âge, une fleur des prés, une amourette délicate et sauvage, plutôt que cette sculpture de marbre et d'hermine, ensorcelante en ses habits royaux, qui lui écraserait le cœur entre ses ongles parfaits ? Mais c'est que Left a conscience de cela. Il a conscience que tout ce qu'il pourra dire ou faire ne sera jamais assez beau, jamais assez bien pour satisfaire la duchesse, et que persister dans sa cour équivaut à persister dans l'erreur et le désenchantement. Qu'importe, pourtant. Ce n'est guère sa bénédiction qu'il recherche, pas davantage que de la voir lui tomber dans les bras – peut-être un chouïa, certes, si peu néanmoins face à l'émotion qui l'étreint en sa présence.
Parce qu'elle se joue de lui en permanence, parce qu'elle teste ses limites, ses courbes et ses tranchants, parce qu'elle ne lui laisse aucune avance dans cette éternelle conquête, elle se montre d'une redoutable intelligence. Et c'est précisément ce qui fascine le garçon. À quel point peut-on être fourbe, perfide, et cependant exhiber une telle confiance, donner l'impression de maîtriser l'univers d'un battement de cil, d'une caresse involontaire ? Katsyarina est un mystère. Une fascinante sylphide. Sa crainte et son obsession.

Belle – une insulte pour elle. On en aurait composé une chanson qu'elle l'aurait jugée abjecte. Bien entendu, c'est d'un commun, belle, tout est beau à qui sait regarder, tout est merveilleux au regard de l'enfant, et Left camoufle en baissant les yeux la honte que lui procure ce commentaire. Il aurait dû se douter qu'elle repousserait ses maladresses ainsi que d'une libellule déposée sur sa main et que la charmer exigerait de lui plus d'efforts. Toutefois ils viennent à peine de se retrouver ; il lui reste du temps pour se rattraper. Bientôt il redresse le menton, plonge les opales de ses iris dans ceux, raffinés, de la conteuse, tout en se retenant néanmoins de lui imposer ces remous troublés – sans cesse fuient les eaux pâles, va et vient le ressac de sa vision, s'accrochant de çà de là, agrippant un reflet d'ébène dans ses cheveux, une lueur diaphane sur son épaule, le pli velouté de ses jupons. Il s'égare encore. C'est le terme, oui, s'égarer. Car il ne prend pas gare au danger qui rôde si près, si près qu'il pourrait s'en saisir en tendant le bras, puis attirer à lui cette panthère farouche. Il lui suffirait d'inverser les rôles, de se faire prédateur et non plus proie, de chasser la chasseresse et de la surprendre à l'instar d'Actéon. Pour ensuite finir changé en cerf et dévoré par les chiens. Une fin si atroce en vaudrait presque la peine. Presque.
« Jamais ! Je me défends de vouloir une telle chose ! » réplique-t-il enfin à ses dernières paroles avant de se redresser d'un bond. « Et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir... Une hésitation. Comment dit-on cela déjà ? Ah oui. ...pour exaucer vos désirs. » C'est un soupçon pompeux, mais cela fera l'affaire. Ce ne sont que des mots, au fond. L'essentiel passe par le corps. Ce langage dépourvu de vocabulaire, cette pure expression par les os et la chair, par la houle du sang et le frémissement des nerfs. N'importe qui n'y est pas forcément sensible, par ailleurs. Ce média-là peut même paraître grossier, hideux ou animal à plus d'une personne.
« Je ne suis venu que pour vous. Rien d'autre partout ailleurs ne m'appelle comme vous le faites. Ni la lumière de l'aube sur les cristaux de neige, ni l'or du soir tombant, ni le silence magnifique des nuits ne valent un moment en votre compagnie. Si vous acceptez que je vous le prouve, vous ne le regretterez pas. Mettez-moi au défi. »
Qu'on se le dise, le meilleur des poètes est fondamentalement le pire des menteurs. Surtout lorsqu'il possède cette fièvre innocente au fond de la rétine, ce brasier naïf sur le bout de la langue, et qu'il les offre tous deux à celle qui pourrait, d'un geste, en éteindre les flammes ou en raviver les foudres.
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MessageSujet: Re: Duplicité & Dualité sont sur un bateau   Mer 8 Mar - 11:27

Pourquoi elle continue encore et toujours de provoquer ? Elle devait admettre qu’elle n’en avait jamais eu la moindre idée. C’était ainsi qu’elle avait toujours fonctionné. Elle voulait pousser les autres dans leur retranchement pour voir ce qu’ils avaient dans le ventre. Cela lui permettait également de se distraire de manière excessivement saine. La diva ne l’admettra jamais mais elle est fascinée par cet être bifide. Un humain en deux est nécessairement plus intéressant. La femme veut rencontrer l’autre, le faire sortir de sa tanière. Cette idée a le don de la ravir instantanément.  En voilà une demande intéressante à soumettre à l’impudent. Nul doute qu’il serait retourné par la suggestion. Elle n’en démordrait pas cependant. Ce que Katsyarina veut, dieu le veut. Les mots lui semblent ternes, vides de sens, ce sont ceux d’un enfant qui ne sait pas quoi dire pour se faire pardonner. Il est comme ça Left, à penser qu’il va sauver le monde avec ses grands yeux et ses beaux sentiments. Une part d’elle en reste surprise, une autre le regarde avec hauteur et suffisance. Elle le tourne en ridicule parce qu’elle le jalouse d’un côté et parce qu’elle lui en veut de l’autre. Ses doigts jouent sur le rebord de l’accoudoir alors qu’elle semble plongée dans ses pensées gratifiant l’homme d’un long, très long, silence.  Elle sourit malgré tout, sibylline. Ceux qui diraient mystiques ou mystérieux ne savent pas que c’est simplement le mot faux qui convient le mieux. Lorsqu’on est une femme du monde, on s’habitue à passer pour ce qu’on n’est pas nécessairement. Ses doigts glissent pour caresser le fauteuil alors qu’elle finit par se pencher près de lui demandant d’une fois féline. «  J’accepte que tu me le prouves. » Souriant, conquérante et comme toujours sûre de sa victoire totale, elle se coule jusqu’à lui pour réduire la distance entre eux. D’un geste doux et langoureux, elle passe une main sur ce visage jeune et doux. Ah, comme elle aimerait le gifler pour l’outrecuidance de sa beauté.

Ses lèvres écarlates se penchent contre son oreille. Le souffle chaud et sec de la femme se perd dans le tympan du jeune homme. « Je veux voir l’autre. » répond-elle. « Je veux qu’il me présente ses excuses car c’est tout autant sa faute. »  Les corolles rouge sang se courbent un peu plus en une expression de provocation puis s’approche pour commettre un énième meurtre. Elles fondent sur la joue de l’innocent pour se contenter de glisser dessus comme un oiseau effleurant l’eau. Ses mains longues et pâles comme la mort  emprisonnent maintenant les siennes. Elles redressent leurs mains à hauteur de poitrine alors que son regard se fait presque amoureux. « Rien ne me ferait plus plaisir » souffle-t-elle comme une jeune débutant le soir de sa première représentation. Ses mains se resserrent avec empressement contre les siennes alors qu’elle lâchait sa supplique. Lorsqu’elle était encore atteinte de la maladie de la jeunesse, cela lui conférait un air si fragile et si enfantin qu’elle ne se souvenait pas qu’on lui ait déjà refuser ce qu’elle demandait avec tant de douceur. Avec ses années supplémentaires, elle n’aurait su dire avec certitude ce à quoi elle ressemblait. Oh bien évidemment elle se contemplait dans le miroir pendant de longues minutes afin de parfaire l’illusion de jeunesse mais la femme ne se mirait plus. Elle évitait son propre regard effrayée à l’idée de constater une nouvelle ride. Pourtant telle une enfant devant une scène terrifiante, elle écartait parfois les doigts pour observer avec horreur à quel point la décadence la rattrapait lentement.
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