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 When paintings fade ~ Ft. Mabel

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M. Helena Bishop

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- peintre sanguine -
❧ Boucle Temporelle : Un petit village en 2016, quel curieux endroit.
❧ Particularité : Contrôle du Sang ~ Marie Helena peut contrôler le sang, comme s'il prenait vie, pouvant donc le faire se mouvoir ou durcir. Dans le cas de son propre sang, elle peut même ralentir son débit dans ses veines. Mais pour le reste, le liquide doit se trouver à l'air libre.
❧ Occupations : La peinture, mais avec un médium particulier
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MessageSujet: When paintings fade ~ Ft. Mabel   Dim 15 Jan - 2:06

When paintings fade

- my soul fades away -

Elle jeta un énième coup d’œil à son plus récent chef-d'oeuvre. Il représentait une ballerine, fine, grande, élancée. Marie avait, petite, rêvée de danser. Elle voulait cette grâce et cette élégance qui caractérisait ces danseuses. Mais Helena était petite, alors que les femmes qu'elle enviait la dépassaient toutes d'au moins une tête. C'était un rêve du passé, mais il restait l'une de ses sources d'inspiration. Elle aimait imaginer ces ballerines danser sur des airs divers, pirouetter et sauter dans une chorégraphie délicate. Soupirant, Marie déposa la toile avec les autres.

Elle les avait toutes réunies sur le plancher devant elle. Toutes les toiles qu'elle avait peintes. Enfin, presque toutes. Elle en avait éliminé quelques-unes de sa sélection, préférant garder les plus récentes. Elle ne peignait pas depuis si longtemps; elle n'avait pas commencé dès qu'elle avait rejoint la boucle. Elle avait essayé la danse, mais ne s'était trouvé aucun professeur. Elle s'était pendant un temps amusée à embêter les gens, mais il lui restait encore bien trop de temps à tuer. Elle avait découvert la peinture traditionnelle grâce à un autre Syndrigastis et avait choisi une technique différente par la suite. Elle avait fait ce choix après s'être amusée un peu à expérimenter diverses choses avec sa particularité. Il fallait avouer que le résultat était, comment dire... unique.

Helena se saisit d'une boîte, où elle plaça ses toiles avec précaution, s'assurant de les protéger adéquatement avant de les y déposer. Elle alla chercher ses affiches, les compta pour s'assurer qu'elle en avait suffisamment, puis parti les installer un peu partout dans le quartier des portes en chantonnant.

Les affiches annonçaient une exposition. Les dessins étaient faits au crayon de couleur et représentaient l'une des toiles de Marie, celle qu'elle contemplait un peu plus tôt. Le titre de l'exposition, toutefois, était écrit avec du sang, que l'artiste avait précautionneusement vernis pour éviter les odeurs. Elle avait beau peindre avec son sang et être fan de ce qui était gore, elle avait un nez fonctionnel et ne supportait pas vraiment les odeurs désagréables. Comme celle du sang séché.

« Parfait. »

Elle alla chercher le carton dans sa chambre, pour se diriger vers la petite pièce où devait avoir lieu l'exposition. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour placer les toiles. Lorsqu'elle eut vidé la boîte, Helena se posta près de la porte, à demi assise sur une table. Elle ne croyait pas tellement que des gens se présenteraient, mais au moins, en attendant de voir si les affiches attireraient quelques personnes, elle pouvait admirer ses tableaux.
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Mabel P. Herrera

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❧ Boucle Temporelle : 20 juin 2016 désormais. Elle vécut un temps en 1941, mais les moteurs des avions ronronnaient trop fort à son oreille.
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MessageSujet: Re: When paintings fade ~ Ft. Mabel   Lun 16 Jan - 0:18


When paintings fade

      Instant de gloire. Elle crut être ivre de la pluie ce jour-là, l’aimant comme elle ne l’eut jamais aimée. Il lui sembla qu’un parapluie suffirait à l’en protéger. Mais un parapluie ne protégeait pas de la guerre. Son grand-oncle Wallace le lui avait confisqué, se plaçant devant la porte avec fébrilité. Sa virilité s’était envolée avec le fantasme d’une enfant à qui l’on avait conté ses exploits. Ne restait plus à présent que ses yeux suppliants, redoutant la colère d’une femme n’en étant pas réellement une.
« Bien ! »
     Elle n’avait pas cette rage habituelle dans son regard, et se retirait déjà de la bataille.
« Bien ?, répondit-il, encore surpris de ne pas avoir à se battre avec elle.
- Tu ne veux pas que je sorte ? Bien. »
     Il cherchait à déceler l’affront que masquait cette trêve, bien trop inattendue pour qu’il l’imagine sincère. Il craignait de la voir passer par une fenêtre, sinon un conduit. N’importe quel chemin qu’elle pourrait emprunter, peu importait l’espace dans lequel elle devrait se contorsionner. Mais dans son regard ne brillait que la flamme d’une idée nouvelle. Le plaisir si enivrant de se savoir devenir reine, que ses pupilles se dilatèrent. Elle n’aurait pas besoin de lui, comme de son approbation. Mais cette mission qu’il imaginait sienne, tendait à rendre les siennes difficiles à accomplir.
« Arrête de me regarder comme ça. Je ne sortirai pas, alors inutile de me suivre toute la journée avec cet air désemparé. »
     Aussi consciente de son état, qu’inconsciente de ce qu’il adviendrait d’elle. Comme l’homme ivre cherchant à se convaincre qu’il put marcher droit. Elle se contenta de disparaître, échappant au joug d’un chaperon osant à peine poser la main sur elle.

     Les couloirs lui semblèrent sombres ce jour-là. Ils l’enveloppaient dans leur tristesse, cherchant à étouffer l’euphorie qui eut grandi en elle. Mais elle ne put se laisser arrêter, accélérant le pas en espérant y échapper. Des affiches avaient été placardées dans les quartiers, vantant les mérites d’un loisir créatif morbide, arrêtant sa course contre l’obscurité. Mabel ne sut s’il s’agissait là d’une toile ou d’un dessin. Elles avaient été confectionnées avec soin et elle venait salement poser ses doigts sur ce qui ressemblait à du sang coagulé. La ballerine lui rappelait un croquis grossièrement dessiné. Elle eut été, dans ses traits francs et violents, d’une grâce qu’elle ne sut comprendre. Ses jambes et ses bras s’étiraient jusqu’à courber sa silhouette longiligne. En glissant son indexe sur ses courbes, Mabel crut pouvoir sentir ses côtes rouler sous ses phalanges. Elle n’était pas l’artiste qu’elle aurait aimé être, peignant des fresques qui purent être celles d’un enfant. Ils l’avaient obligée à peindre à l’hôpital, comme une activité qui dû la soigner. Certains patients peignaient pourtant depuis longtemps, et ils n’eurent jamais quitté leurs chambres. Ils furent des enfants, ensemble, écoutant les compliments d’infirmières payées pour apprécier leur fibres artistiques, qu’il s’agisse d’un portrait à la Modigliani, ou de coups de pinceaux étendus aléatoirement sur la toile. Leur comportement avait un temps mis Mabel hors d’elle. Las de ces compliments jetés sans fondements, elle s’était employée à bâcler son travail et à dessiner des ronds qu’elle eut nommés des fruits. Des ronds bruns pour les kiwis, des ronds orangés pour les abricots. Des points noirs pour les raisins, et des points verts pour leurs cousins. Personne n’eut décelé le mépris qui eut traversé son "art". Le dos rond et les épaules rentrées, elle n’eut pas plus l'air folle qu'une autre.
     Elle s’était dirigée jusqu’à l’exposition. Elle s’attendait à y voir du monde, comme l’on put s’y attendre lors d’un vernissage New Yorkais. Mais le silence la suivait, lui laissant craindre qu’il n’y ait rien de plus à voir qu’une nouvelle pièce plongée dans le noir. Il y’eut une porte ouverte, l’ombre imposante d’une silhouette. L’odeur du vernis s’échappait de la pièce et avec elle celle d’un parfum étranger.
« Hey ! »
     Les pieds toujours ancrés devant le palier de la porte, elle saluait avec hésitation la femme se tenant devant elle. Elle eut envie de la craindre, impressionnée par ce personnage né dans l’ombre. Ses cheveux s’en nourrissaient, tandis que ses yeux se posaient sans peur sur elle. Mabel baissa les siens par réflexe, perdant momentanément l’usage de la parole. Elle ravala les mots qu’elle eut envie de dire, expirant le peu d’air chaud qui lui restait encore. Son sourire réapparut, plus fébrile cette fois-ci. Ses jambes ne pouvaient rester en place, et très vites elles s’engagèrent dans la salle.
« Ce sont vos peintures ? »
     Sans attendre de réponse, Mabel se dirigea vers les toiles. Elle reconnut leurs mouvements secs et tendres, voulant une nouvelle fois pouvoir sentir les courbes de ces images sous ses doigts. Elle n’en avait pas le droit, et cette interdiction empreinte à sa bonne conduite la frustrait.
« Elles sont magnifiques… »
     Elle oubliait, en même temps qu’elle découvrait l’enchevêtrement des lignes écrites sur le tableau devant elle, la femme qui fût à l’origine de ces œuvres. Celle qui dans l’entrée, appartenait à l'obscurité.
« Je peins moi aussi, mais... Quelle peinture vous utilisez ? J'aimerais avoir les mêmes dégradés. Les lignes son tellement nettes. »
     Seule sa voix résonnait dans la pièce, incapable de laisser une place à celle du public absent.
« J’arrive à la fin de votre exposition ? Je pensais qu’elle se déroulait à cette heure. »
     Elle recueillit une feuille froissée dans la poche de sa robe.
« C’est bien ce que vous avez marqué. »
     D’un geste elle tendit le papier déplié, le vestige d’une affiche qu’elle eut arraché au mur.





Cercle Polaire.
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M. Helena Bishop

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MessageSujet: Re: When paintings fade ~ Ft. Mabel   Dim 22 Jan - 5:19

When paintings fade

- my soul fades away -

Outre la toile de la ballerine, Marie avait une préférence pour certaines de ses œuvres. L'une d'elles était le portrait d'un homme qu'elle avait côtoyé au cirque. Bien sûr, il s'agissait surtout d'une silhouette; elle avait peint le portrait alors qu'elle découvrait la peinture. Du moins, la peinture avec sa particularité. Ainsi, au moment où elle avait peint cette toile, elle ne maîtrisait pas assez la technique pour faire un portrait plus détaillé qu'une silhouette. Bref, cet homme qu'elle avait connu au cirque travaillait comme acrobate. C'était un asiatique qui possédait une force et une sagesse imposant le respect. Il était maître de plusieurs formes d'arts martiaux, et cela avait toujours impressionné Marie.

Bien entendu, sur la toile, peint en rouge, il était un peu difficile de distinguer des traits distincts. Mais on pouvait voir la forme de son front, de son menton, et un bout du bâton de bambou qui constituait l'une de ses armes favorites.

Le regard de Helena se posa sur une toile représentant une vieille maison. C'était l'endroit où elle avait vécu, petite. Ça ne lui rappelait pas tout à fait des bons souvenirs, mais l'endroit l'avait profondément marquée. Assez pour qu'elle le reproduise en peinture.

Les autres toiles, quant à elles, représentaient divers animaux, lieux, personnes. Bishop n'avait pas de sujet de prédilection; elle peignait ce qui l'inspirait sur le moment.

Perdue dans la contemplation de ses peintures, Marie ne remarqua pas tout de suite qu'une jeune femme venait d'entrer dans la pièce. Enfin, elle entendit quelqu'un la saluer, mais il lui fallu un moment pour revenir à la réalité. Elle observa doucement la jeune femme, alors que, sans attendre de réponse, celle-ci lui demanda s'il s'agissait de ses œuvres. Marie hocha la tête, un demi sourire étirant ses lèvres. Elle était heureuse que quelqu'un soit venu. Son sourire s'élargit lorsqu'elle entendit le compliment. Compliment qui lui fit tout à fait plaisir.

« Je peins moi aussi, mais... Quelle peinture vous utilisez ? J'aimerais avoir les mêmes dégradés. Les lignes son tellement nettes. »

Bishop n'eut pas l'occasion de lui répondre, puisque la visiteuse enchaîna avec une autre question. Hell sortit de l'ombre, le regard posé sur la jeune femme qui observait les toiles.

« Non, vous n'arrivez pas à la fin. Vous êtes tout à fait dans les heures. »

Le timbre de sa voix était plutôt grave. De cette voix émanait une sorte de chaleur et, à la fois, comme une étrange dureté. Un peu comme les lignes qu'elle peignait. C'était presque une voix normale, mais pas tout à fait. C'est que l'humeur de Marie s'était quelque peu modifiée; l'art, sous toutes ses formes, avait souvent cet effet sur elle.

« La vérité, c'est que je n'utilise ni peinture, ni pinceau. Autrement, les lignes ne serait pas si nettes et les formes ne seraient pas si précises... C'est plus facile de dessiner directement avec son esprit, que de transmettre à sa main ce que l'on a en tête. »

Elle offrit un autre sourire à l'inconnue.

« Du moins, dans mon cas. »

Elle prit place sur le coin de l'une des tables, près de la toile de la ballerine. Elle la prit dans ses mains et la caressa du bout du doigt, prenant garde toutefois de ne pas l'abîmer de ses longs ongles. Puis elle regarda la visiteuse.

« D'ailleurs, toutes mes toiles sont soigneusement vernies, pour éviter les odeurs... »

Marie déposa la toile à sa place.

« Je peux vous montrer, ou vous expliquez, si vous le souhaitez. »

Une étrange lueur brillait dans ses yeux, à mi-chemin entre l'excitation et l'émerveillement. Sans toutefois qu'on puisse dire ce que ce regard avait de subtilement malaisant.

« malaisant »:
 
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Mabel P. Herrera

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MessageSujet: Re: When paintings fade ~ Ft. Mabel   Mer 25 Jan - 0:01


When paintings fade

     Dans cet univers dépourvu de mères, il fallait apprendre à substituer leur présence par un panel d’affections manquant avec elles. Enfant ayant grandi, elle n’eut plus le droit aux étreintes longtemps recherchées. Les bras s’offrant à elle étaient rares ; difficiles pour la plupart, à supporter contre elle. Les torses étaient plats, demandant une forme d’affection qu’elle n’attendait pas. Les autres, courbés et ronds, n’avaient rarement plus à offrir que ce qu’elle demandait. Sexualité, amour ou maternité. Elle ne sut ce qui remplacerait le dernier. L’un était fade et l’autre difficile à atteindre. Ne restait plus à s’éprendre que de la futilité d’une admiration. Celle qu’elle put avoir pour une peintre aux tableaux sombres. Vifs et rougeoyants, comme l’orée des paysages de son enfance, mais tout à la fois obscurs et sanglants. Tous la fascinaient. Visages, corps ou paysages. Ils étaient des brins de vie mornes créés de toutes pièces. Un monde né dans l’esprit d’une femme et auquel elle put appartenir en restant là à le contempler. Et elle fût à l’heure pour ça.
     Son regard s’échappa vers l’extérieur. Là où les silhouettes auraient dû se bousculer pour les rejoindre. Art incompris ou jugé sans intérêt, cette exposition lui rappela tristement les œuvres exposées intimement à l’hôpital. On voulut faire étalage du talent dont ils furent capables, de la variété des activités proposées pour leur faire oublier qu’ils étaient en cages. Les toiles et les jeux rassuraient les visiteurs, amoindrissant leur pitié, soignant leur culpabilité. Pour avoir pris la décision d’enfermer l’un de leurs parents dans un lieu maculé de blanc et sentant le désinfectant. Mabel se sentit peinée. Non pas pour un souvenir qui fût en contrepartie celui d’un séjour apprécié, mais pour le manque d’intérêt que pouvait susciter le travail de cette peintre. Sourire exagéré aux lèvres et tête pitoyablement penchée sur le côté, elle se mit à l’écouter avec un intérêt à peine exagéré.
« Les odeurs ? »
     Ses inspirations se firent plus poussées, cherchant à attraper ce qui fût dissimulé. Elle observa la ballerine sur la toile tenue par la peintre. Eclaboussures contrôlées, aussi gracieuse qu’elle l’eut imaginée sur le papier froissé dans ses mains. Maniée délicatement par les doigts de son artiste, elle était comme une enfant bercée par sa mère. Instant tendre que Mabel eut volé de son regard, et qui en même temps qu’il l’attendrit, la rendit gênée devant l’illusion de cette intimité. Elle se mit à hocher la tête devant sa proposition, le regard timidement porté dans le sien. Cet échange innocent lui laissait l’amertume de s’être rendue crédule et impressionnable. Celle, de n’être à nouveau qu’une enfant indomptable. Ses doigts aussi sentirent le besoin de se déposer sur les toiles, de s’approprier ce qui ne lui appartenait pas. Ils se liaient entre eux à défaut de ne pouvoir caresser d’autres surfaces. Maintenus en laisse par sa volonté, et devenant peu à peu la source de son hystérie. Elle eut besoin de se montrer sage. Tel fût le mot exact de ce comportement difficile à avoir.
« Qu’est ce qui est le mieux ? Je veux bien que vous me montriez. J'ai peur de ne pas avoir assez de vocabulaire pour comprendre vos explications. Déjà que j'ai du mal à visualiser ce que vous cherchez à m'expliquer. »
     Ses explications l’avaient intriguée. Elle les avait écoutées attentivement, secouant lentement la tête de haut en bas, sans comprendre un instant de quoi il eut été question. De la peinture sans peinture ni pinceaux. Une substance odorante étalée pour devenir images. Qu’il eut s’agit d’un composte alimentaire différents de ceux utilisés de façon ancestrale pour la fabrication de peinture, ou de matière fécale poétisée dans l’art, elle ne put s’empêcher, après des minutes à brider ses pulsions, par finalement récupérer la toile de la ballerine entre ses mains et y faire glisser son doigt. L’adrénaline dégagée par son corps eut l’effet de quelques frissons lui parcourant l’échine jusqu’à atteindre le creux de sa poitrine. Elle sentit les lignes sous ses doigts, aussi douces et subtiles qu’elle l’eut imaginé. Sensations délicatement et tout à la fois trop brutalement découvertes.
« C’était plus fort que moi. »
     Rien ne la pardonnerait de cette pulsion animale car incontrôlée. Pas même un regard désolé porté. Le tableau toujours logé dans ses bras, elle se mit à fixer la peintre du regard.
« Vais-je brûler en Enfer ? »
     Dieu seul le savait.




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M. Helena Bishop

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MessageSujet: Re: When paintings fade ~ Ft. Mabel   Jeu 2 Fév - 19:29

When paintings fade

- my soul fades away -

Le premier questionnement de la visiteuse fit sourire Marie. Oui, les odeurs. Le sang séché ne sentait pas particulièrement bon, et si elle se fichait éperdument d'importuner les autres, Marie ne voulait pas se torturer elle-même en omettant de vernir ses tableaux. Mais cette interrogation laissa également croire à l'artiste que la demoiselle ne saisissait pas tout à fait ce qui était sous-entendu dans ses paroles. Et en fait, Marie avait raison. La jeune femme en face d'elle enchaîna en lui avoua ne pas tout à fait comprendre les explications. D'un autre côté, si peu de gens peignaient avec leur sang; il ne fallait pas lui en vouloir de ne pas pouvoir s'imaginer peindre sans peinture ni pinceaux.

Il ne fallait toutefois pas se cacher qu'au fond, Helena ne souhaitait rien d'autre que de montrer sa technique à la jeune femme. Bishop afficha donc un air dangereusement ravi. Elle alla lui proposer de lui faire une démonstration, mais la visiteuse s'approcha de la toile de la ballerine, qu'elle caressa du bout du doigts. Le tableau toujours en mains, l'inconnue fixa Helena.

« Vais-je brûler en Enfer ? »

Hell découvrit légèrement ses dents en souriant. Elle s'approcha lentement de la visiteuse de sa démarche à la fois féline et brusque.

« Tous les jours, nous brûlons dans notre propre Enfer en vivant sur cette Terre. »

Hell ne le savait que trop bien. Mais elle savait aussi qu'elle avait été, et continuait d'être, l'enfer de plusieurs. Peut-être même qu'elle et ses peintures deviendraient une part de l'enfer de la visiteuse. Après tout, l'enfer se définit en fonction de la tolérance de chacun.

« Ça ne me dérange pas que vous touchiez mes toiles; autrement je les aurais mises derrière une vitre. Et j'ai confiance que vous n'allez pas les abîmer. »

Même si la visiteuse semblait apprécier les toiles, Marie sentit qu'elle serait mal à l'aise de découvrir avec quoi elles étaient peintes. Mais Helena ne se sentait pas mal à l'aise de rendre l'inconnue inconfortable. Après tout, cette dernière voulait simplement savoir. Qui Bishop était-elle pour lui cacher quoi que ce soit?

« Je serais ravie de vous montrer. Mais peut-être qu'ici n'est pas tout à fait approprié comme endroit. Je n'ai pas de toile vierge avec moi dans cette pièce, et de toute manière, je ne crois pas que mon exposition attire réellement plus de gens. »

Helena indiqua doucement la porte d'un signe de tête, offrant un nouveau sourire à l'inconnue.

« Je vous inviterais donc dans mon atelier, si vous le voulez bien. »

Elle fixa la jeune femme d'un étrange regard pendant quelques secondes. Puis elle se tourna en direction de la porte, ayant déjà en tête le chemin à emprunter dans les couloirs pour retourner à son atelier. Mais avant d'avancer, attendant toujours la réponse de la visiteuse, elle tourna à nouveau légèrement la tête vers cette dernière.

« Je m'excuse si cela vous semble intrusif, mais y a-t-il un nom avec lequel je puisse m'adresser à vous? »
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MessageSujet: Re: When paintings fade ~ Ft. Mabel   Mar 7 Fév - 16:04


When paintings fade

     Son appréhension fût faite de griffes. Longues et tranchantes, elles s’agrippaient à ses entrailles comme les racines des pacaniers s’accrochaient à la terre. De cette sentence qu’elle acceptait en sacrifice à sa déraison, elle n’eut que le silence d’un pardon. Et ces mots, cultivant son désespoir. "Tous les jours, nous brûlons dans notre propre Enfer en vivant sur cette Terre."  
     Était-ce du pessimisme ? Du réalisme ? Tous ceux voulant faire usage du dernier n’étaient jamais qu’à l’image du premier. Que le poétisme de cet Enfer, devienne le poétisme de son défaitisme. Que ces parasites verbaux appelant sa dépression, ne disparaissent. Mabel aima cette phrase pourtant, même si elle ne pût accepter d'y croire, par espoir. Elle était bien formulée et peu savaient parler. Les citadins aux longues années d’études, les politiciens. Les artistes et la partie du monde attendant plus de la vie. Elle eut envie de lui exprimer ce sentiment. Celui sans nom et sans cause, qui lui faisait aimer ses mots. Mais comme si sa phrase dû se retrouver en suspens, conclusion à une pensée dont le temps fût écoulé, elle se tût. La raison aussi, d’une timidité qu’elle se connaissait peu. Impressionnée, peut-être, par cette femme s’étant avancée vers elle. Prestance sombre et sans nom. Ses mots étaient plus doux qu’ils auraient dû l’être prononcés par cette voix. Moins effrayants que ce que le personnage laissait croire. Elle était un de ces protagonistes dans les pièces de théâtres. De ceux n’existants que sur scène. Sans décors et lumières ils redevenaient les mensonges d’une histoire. Plongés dans la foule, ils ne seraient plus que des fous. Peu de temps qu’elle était là, et Mabel crut chaque fois devoir reconnaître les autres comme ceux déguisés. Alors que ce fût elle qui portait mal sa robe. Cette époque était bien trop vieille, ou Mabel bien trop jeune. Il n’y eut de juste milieu dans ces mondes où le temps avait élu refuge.
     La femme l’avait invitée dans son atelier et elle accepta ; frappée soudain, par le fait qu’elle-même n’eut aucun nom à lui donner.
« Oh non, c’est moi qui m’excuse de ne pas m’être présentée, répondit-elle, prise au dépourvu de son impolitesse. Mabel ! » Elle tendit la main, croyant que les poignées de mains furent de circonstances. Comme elles ne l’étaient pas, elle se ravisa. « Ou dois-je me présenter avec mon nom complet ? Mabel Herrera, sourit-elle. »
     Difficile de croire qu’elle put être intimidée, lorsque ses pensées absurdes prenaient le dessus sur celles la terrifiant, et que ses mots, enthousiastes et enjoués, laissaient oublier qu’elle fut tétanisée quelques minutes plus tôt par la femme à qui elle avait tendu la main.
     Sur le chemin, elle se mit à réfléchir.
« Je n’ai jamais vu d’expositions, ni rencontré d’artistes mais… » La télévision avait pallié à ces expériences. « Pour partager votre travail, vous ne devriez pas donner le choix aux autres de le voir ou non. Exposez vos tableaux dans un lieu de passage, là où ils seraient obligés de les voir. Dans un couloir fréquenté, ou dans la grande Maison ! »
     La Maison de Maître en réalité. Même si personne ne se souciait de la savoir s’être trompée.
« Des artistes se sont faits connaître comme ça à mon époque. En exposant leur travail au public. Dans les rues, sur les places, les murs. Comme Basquiat ! »
     Fredericksburg, dans le Comté de Gillespsie, n’était pas une ville artistique. Les rues avaient vieilli sans fioritures, les façades toujours construites en vieilles briques. Le quartier français de la Nouvelle Orléans, en moins français, en plus texan. Tous ces visages qu’elle reconnaissait comme ceux d’artistes, furent pixelisées ou imprimés sur papier glacé. Tout comme les villes ou les paysages nordiques. Sa mère avait voyagé plusieurs fois, et elle se souvenait de chaque photo développée comme les cendres de son propre voyage.
« Si vous avez assez confiance en moi pour ne pas abîmer vos toiles, ayez confiance que mes idées sont bonnes à prendre ! »
     Petite campagnarde à la malice déterrée. A croire que les heures passées devant la télé ne rendaient pas si bête.
« Je pourrais vous aider à le faire ! Si vous êtes d’accord. »




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Dernière édition par Mabel P. Herrera le Sam 18 Fév - 1:22, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: When paintings fade ~ Ft. Mabel   Mar 14 Fév - 4:03

When paintings fade

- my soul fades away -

Le sourire de Marie Helena s'adoucit. Mabel. Elle aima le prénom de la jeune femme. Ce n'était pas, il faut le dire, un nom qu'elle avait entendu souvent. À son sens, il n'était pas nécessaire que Mabel lui donne son nom complet, mais elle ne l'empêcha pas non plus de le faire. Helena n'était pas particulièrement du genre à serrer la main aux gens, puisqu'ils dédaignaient habituellement son contact. Elle ignorait si cela était dû à la froideur de sa peau ou à la longueur de ses ongles, mais elle avait prit l'habitude de se contenter d'un sourire ou d'un signe de tête. Oh, pas qu'elle se soucie réellement du confort des gens, mais il était quelque peu frustrant de voir une main hésiter longuement avant de serrer la sienne.

« Joli nom. »

Helena murmura ces mots pour elle-même. Il ne lui vint pas à l'esprit de se présenter à son tour. Elle se retourna ensuite, se mettant en route vers son atelier. Sa robe lourde traînait sur le plancher, l'ourlet étant donc un peu sale, mais cette usure et cette poussière ne la dérangeait pas trop. C'était l'inconvénient de porter ce genre de vêtements, et elle s'y était accoutumée.

Helena n'avait même pas prit la peine de fermer la porte de la pièce où elle exposait ses œuvres. D'une façon ou d'une autre, elle savait que personne d'autre ne viendrait visiter l'exposition. Ça lui importait peu: cette jeune femme, Mabel, avait démontré un intérêt pour ses toiles, et ça lui était suffisant.

Elle était silencieuse alors qu'elle montrait le chemin vers son atelier. Quelque peu perdue dans ses pensées, elle réfléchissait encore à cette époque où elle travaillait dans un cirque. Époque plus rude que douce, mais dont elle conservait tout de même une certaine nostalgie. Cependant, Helena ne se perdit pas longtemps dans ses réflexions, puisque Mabel prit la parole. Elle affirma à Marie Helena que celle-ci devait exposer ses œuvres au vu et au su de tous, pour qu'il soient obligés de les voir et des les observer. Elle lui dit que les couloirs ou que la maison principale seraient de bons endroits pour afficher ses peintures.

« Si vous avez assez confiance en moi pour ne pas abîmer vos toiles, ayez confiance que mes idées sont bonnes à prendre ! »

Hell avait confiance parce qu'elle avait senti que Mabel s'intéressait à ses toiles. Elle n'était pas certaine d'avoir confiance en le reste du monde si elle les affichait, parce qu'en général quand on est choqué par quelque chose, on tend vers la destruction plutôt que vers le questionnement. Et même si Marie ne prêtait en général pas attention aux opinions négatives, elle n'avait pas envie que son travail ne soit détruit par une quelconque personne offensée.

« Je pourrais vous aider à le faire ! Si vous êtes d’accord. »

Helena ne s'attendait pas à une telle proposition. Elle s'arrêta, d'une part parce qu'elles étaient arrivées à son atelier et d'autre part parce qu'elle était surprise par les propos de Mabel. Elle invita d'un signe de tête la jeune femme à la suivre dans son atelier, les lèvres légèrement entrouvertes, signe de son étonnement.

La pièce était relativement sombre. Il y avait un peu partout des toiles vides, quelques peintures que Marie n'avait pas voulu exposer, et une étrange boîte de bois, délicatement ouvragée, posée sur une table. Il y avait également, près de la boîte, une plaque de cuivre sur laquelle son nom était gravé en lettre fines: Marie Helena Bishop. Près de la table se trouvaient deux chaises. Elle alla prendre place sur l'une d'elle, invitant Mabel à faire de même.

« Veuillez me pardonner pour le désordre, il est plus facile pour moi d'être créative ainsi que lorsque les choses sont trop méthodiquement rangées. »

Marie inclina la tête sur le côté, fixant Mabel dans les yeux.

« Avez-vous souvent visité des expositions de peinture? »

Helena redressa quelque peu la tête.

« Je dois vous avouer que je n'y avais jamais vraiment pensé. Il est bien certain qu'ils seraient obligés de regarder mes tableaux, mais j'ai bien peur qu'eux n'aient pas le même respect pour mon art que ce que vous avez démontré. »

Marie promena son regard dans la pièce. Elle se demanda un instant si Mabel allait avoir le réflexe de chercher la peinture et les pinceaux, même si Helena lui avait dit qu'elle n'en utilisait pas.

« Il est sûr, toutefois, que j'apprécierais de l'aide si j'envisageais ce genre d'exposition la prochaine fois. Mais il me faudra avant peindre de nouveaux tableaux. J'aime avoir de nouvelles œuvres à présenter, et ce n'est pas comme si le matériel me manquait. »

Helena reporta son regard sur la jeune femme. Un coin de sa bouche se releva dans un demi-sourire mystérieux.

« Ou alors, comme si je manquais d'inspiration, souffla-t-elle. »
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Mabel P. Herrera

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MessageSujet: Re: When paintings fade ~ Ft. Mabel   Lun 20 Fév - 21:50


When paintings fade

     L’obscurité se voulait être une cage, lorsque l’on avait depuis toujours été nourrie par le soleil. Depuis qu’elle avait rejoint la boucle, Mabel sentait sa peau se ternir sous les ombres. Elle était pâle, blé privé du jour, et ne voyait plus dans son reflet qu’une de ces nordistes aux visages gris. Elle reprochait à Wallace de s’être anglicisé, d’être devenu un étranger, comprenant après coup que ce mal l’ayant métamorphosé, s’attaquait maintenant à elle. Elle craignait de perdre son accent, l’expression de ses gestes, et plus encore d’avoir le goût de la cendre humide imprégné sur elle. Elle voulut recouvrer le soleil comme l’on cherche l’eau dans le désert, et n’eut à trouver qu’un camaïeu de gris. L’Atelier en était une nuance plus sombre, à l’image de son artiste. Elle n’avait aucune envie d’y entrer, s’encombrer d’une nouvelle couche d’obscurité. Mais parce qu’elle s’y était engagée, elle vint s’asseoir sur la chaise lui étant désignée. Son sourire s’adressa aux premiers mots de la peintre. Peu importait le désordre d’une pièce. Elle n’avait elle-même jamais réellement su s’en défaire. La seule menace de cet atelier fût son obscurité, et si elle put comprendre que certains puissent l’aimer, elle continuait de penser qu’à la lumière, ses toiles auraient été sublimées. Leurs détails en seraient dévoilés, tandis que les grains de peinture cisailleraient les lignes pourpres de réalité. Sur des murs blancs réfléchissant la lumière, elles garderaient leur aspect sanglant. Plus poignantes cette fois, car il n’y eut rien de plus viscéral que le vide - Que le rouge, ne serait jamais aussi vif.
« Des murs blancs… Il faudrait des murs blancs. On pourrait repeindre la pièce que vous aurez choisie. Tout est si vieillot ici. Avec des lumières adaptées on aura l’impression que le jour s’est à nouveau levé. »
     Elle avait été tenue silencieuse par ses pensées, et aucune d’elles lui permis pourtant de réellement écouter ce que la femme lui dit ensuite. Sa voix était un son parasite lui rappelant qu’elle venait de se perdre. Mais il n’y eut rien qui n’eut attrait en cet instant, à l’usine que fût sa créativité. Elle s’appropriait ses toiles en secret, l’exposition pour laquelle elle voulut apporter son aide. Sa tête ne fût jamais faite que de ses idées, et elle-même eut du mal à les contrôler. Elles fusaient, bruit impossible à faire taire ; programmaient sans volonté de sa part, ses projets les plus grandioses. On eut oublié qu’elle fût enfant, l’adepte des jeux mécaniques. Ceux ne demandant aucun talent artistique, même si ses peintures et ateliers d’aujourd’hui ne pouvaient la rendre ‘talentueuse’.

« Les tableaux on peut les surveiller, ce n’est pas un problème. »
     Elle eut l’air de savoir de quoi elle parlait, les mots assurés sans jamais n’avoir l’étoffe d’une femme d’affaires. Les jupes crayons se seraient accrochées à ses fesses tel un adhésif, qu’elle n’aurait jamais marché comme l’une de ces femmes aux agendas remplis.
« Je suis désolé, je n’ai jamais vu d’expositions non… »
     Elle eut déjà répondu à cette question, et sentait le poids de ses mots décrédibiliser ses idées, rendre sa présence ici illégitime. Elle voulait pouvoir obtenir cette place pourtant, peu importait qu’elle soit dans l’ombre. S’imposer, comme elle l’eut toujours fait. Elle put être invitée, viendrait ce jour où sa présence ne serait plus demandée ; désirée.
« Mais j’en ai vu à distance. Je viens de 2014. On a appris à ne plus se déplacer, et les gens pompeux ne sont plus les seuls à pouvoir aller dans des galeries. »
     Autant comprendre les citadins, New Yorkais et Californiens. Cette menace venue d’ailleurs et côtoyée de bien trop près. Mabel ne supportait aucune de leurs manières. Leurs chaussures sans poussière ; leurs vêtements repassés. Leurs regards, portés vers l’horizon qu’ils ne purent voir, et la certitude qu’ils eurent à considérer les états du sud comme une terre dénuée de civilité. Elle n’eut rien à leur envier. Elle avait le ciel, veillant de son immensité la plus palpable là où l’Ouest commençait.

« Peu importe. Vous deviez me montrer votre technique ? »
     Il était difficile de rester assise sur une chaise, lorsque son corps entier demandait à s’animer. Ses pieds tapotaient le sol frénétiquement, ses doigts jouant entre eux sur ses genoux. Son corps entier tremblait sous ses mouvements, et elle n’eut rien d’autre pour les faire taire que de parler.
« C’est plutôt propre pour un atelier. Je veux dire, il n’y a rien qui traîne. Vous peignez avec votre corps ? – Dieu qu’elle ne se retrouve pas nue à reproduire le travail d’Yves Klein – Vos… ongles ? » Serres acérées comme celles d’un rapace, elles ne purent jamais être de celles dont on réclamait les caresses.
     Son impatience se devinait. Elle glissait l’une de ses mains dans ses cheveux noués, décoiffant ce qui fût jusque-là coiffé. Son doigt se posa finalement sur la boite devant elles.
« Et ça ? C'est votre nom dessus ? »
     Parce que jusque là, elle ne lui eut pas dit.




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MessageSujet: Re: When paintings fade ~ Ft. Mabel   Mer 1 Mar - 23:05

When paintings fade

- my soul fades away -

C'est d'une oreille quelque peu distraite que Marie écouta les commentaires de Mabel à propos de la pièce dans laquelle elles se trouvaient et à propos d'une possible exposition. Helena avait du mal à concevoir que quiconque soit vraiment intéressé à observer ses œuvres dans un lieu public...

Puis, Mabel demanda à Marie si elle ne devrait pas lui montrer comment elle peignait. La dame acquiesça, les lèvres légèrement étirées. Elle alla se lever pour prendre une toile, mais une autre question de son invitée l'interrompit dans son geste.

«  Et ça ? C'est votre nom dessus ? »

Quelle sotte! Elle avait complètement oublié de se présenter à son tour. Ses sourcils se relevèrent, dans un mélange de surprise et d'hébétude.

« Oh, pardonnez-moi de ne pas m'être présentée à mon tour. Oui, il s'agit bien de mon nom. »

Elle porta un regard caressant sur la boîte, dont elle pouvait sentir l'odeur riche sans effort. Elle ne savait que trop bien ce qui se cachait à l'intérieur.

« Je veux bien vous montrer, mais je dois vous avertir: ma technique est quelque peu... particulière. »

Helena se leva, alla chercher une toile, sur laquelle elle souffla légèrement, puis revint prendre place sur sa chaise, la toile délicatement posée sur ses genoux.

Puis, avec une lenteur et une délicatesse infinie, elle ouvrit la boîte ouvragée. À l'intérieur reposaient des lames variées, scintillantes et argentés, des petites dagues, de petits rasoirs et de petits couteaux dont elle prenait grand soin.

Elle laissa glisser son doigt sur ses précieux outils, avant d'en sélectionner un qu'elle affectionnait particulièrement. C'était une lame fine, un couteau de barbier, dont le manche était magnifiquement décoré de fleurs et de fresques délicates. Elle déplia son arme, concentrée sur ce qu'elle faisait. Un peu plus et c'était comme si Marie se retrouvait complètement seule dans son atelier. Un frisson la parcourue. Elle porta ses doigts à ses lèvres, pour intimer le silence à Mabel. Elle déplia le rasoir, l'approcha de son poignet, puis, toujours avec lenteur, fendit sa chair.

Helena regarda presque amoureusement le sang jaillir de la blessure, puis couler le long de son bras, inexorablement, jusqu'à tomber goutte à goutte sur la toile. Déposant la lame sur sa table, l'artiste fit pivoter son bras, appuyant légèrement sur la blessure pour que le liquide rubis soit, sur la toile, suffisamment abondant pour peindre. N'ayant pas vraiment réfléchi à ce qu'elle peindrait, Marie manipula le sang pour qu'il dessine les contours de la lame qu'elle venait tout juste de déposer. Elle ne prit pas la peine d'ajouter des détails, pour ne pas ennuyer son invitée qui aurait alors dû attendre qu'elle eût terminé la toile.

Marie leva les yeux vers Mabel, un sourire trop amical pendu aux lèvres.

« C'est ainsi que je peins. »
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MessageSujet: Re: When paintings fade ~ Ft. Mabel   Sam 18 Mar - 13:09


When paintings fade

     Elle devint docile sous ses consignes. Bien trop facilement alors que son corps la submergeait de son besoin de vivre. Genoux liés et poings serrés, pour tenir en cage ce qui en elle cherchait à s’évader. Tout eu attrait à s’émerveiller. De cette boite secrètement fermée devant elle, a cet atelier qu’elle imaginait spectateur et acteur des créations d’Helena. Et en silence, sous l’ordre d’un doigt posé délicatement contre les lèvres de l’artiste, elle put disparaître et n’être que le dégoût invisible de ce qui se dévoilait devant elle. Le sang pleurait avec sarcasmes contre la peau immaculée de son poignet. Il glissait, s’égouttait, s’accrochait à la toile, contraint de suivre les lignes qui lui furent dictées. Ses traces sanglantes étaient les blessures creusant le papier en entailles ouvertes ; les souffrances nécessaires à son art. Mabel pour la première fois, n’eut d’autre envie que de rester immobile, les phalanges devenues blanches après avoir été serrées trop longtemps. Lorsqu’elle prit le temps de poser les yeux sur Helena, elle se sentit disparaître derrière le plaisir déformant ses rétines. Deux billes sombres dans lesquelles se reflétaient les contours de sa toile. Ses pupilles se rétractèrent subitement, pointant leurs centres sur celles de Mabel d’une fierté assumée. Mabel répondit à son sourire par un autre, plus réservé et hésitant. Il y’eut le bruit d’un soupire traversant ses lèvres avant ses mots. Un claquement sourd invitant sa langue à briser son silence.
« C’est… Original. »
     Elle écrasa ses pieds au sol, râpant d’une friction la poussière s’y étant déposée. Elle sentait son corps s’envahir à nouveau de spasmes, gratter l’intérieur de ses chevilles pour l’amener à se lever. Et elle résista, mimant par battements de pieds, le rythme d’une chanson oubliée.
« Vous maîtrisez l’ensemble des liquides ? Car pourquoi utiliser du sang ? Votre sang… »
     Elle ne pût, en dépit de ses propres tares, dénier à déceler celles de cette femme. Elle n’eut jamais souhaité pouvoir juger facilement, et s’exerça à pouvoir comprendre et apprécier ce qui pût plaire à Helena. Car elle continua d’aimer ses toiles, de deviner les visages et les formes s’y étant déposées. Elle continua de se fasciner pour cette femme, éprise du mystère qu’elle sut savamment entretenir. Elle revint caresser la toile de ses yeux. Elle se surprenait à apprécier la légèreté de ses dessins après s’être répugnée de ce sang qu’elle gâchait à faire couler. Des gouttes de vie tombées maladroitement derrière elle. Elles eurent dans leur beauté, l’aspect de ce qui fût souhaité ; et devinrent sous la lumière de leurs vérités, à raison de quelques pas marchés à reculons, les surfaces sur lesquelles s’était raccrochée l’agonie.
« J’avoue ne pas être autant emballée par le sang, même si votre technique m’impressionne réellement. J’aimerais pouvoir dessiner sans geste et aussi facilement. Ne croyez pas que j’insinue que tout le monde peut le faire. Au contraire ! »
     Elle aimait sa particularité, enviait rarement celles des autres. On la félicitait enfant de savoir retrouver les objets et les personnes, lui apprenant dans les sourires et flatteries à aimer ce qu’elle était. A défaut de ne savoir être intelligente et studieuse, pure de toutes déviances, elle se plût à être hors normes, dans cette capacité que l’on eut nommé un « don ». Elle se plut à avoir sa place dans cette boucle, aussi écrasante pouvait-elle devenir lorsque Mabel observait tristement la pluie battre contre les toiles bancales des toits et le verre des vitres.
« Je pourrais suivre votre travail ? Voir vos nouvelles toiles si l’idée ne vous dérange pas ? »




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MessageSujet: Re: When paintings fade ~ Ft. Mabel   Mar 28 Mar - 16:41

When paintings fade

- my soul fades away -

Le sourire que Mabel retourna à Helena sembla plus fade à cette dernière, comme terni, à la limite de l'hésitation. Mais Helena ne s'en soucia guère; elle ne décela pas tout à fait le malaise derrière ce sourire fané. Elle entendit le soupir de son invitée, qui précéda quelques mots. Original. Marie reçut ces paroles comme un compliment. Sa perception était probablement biaisée par sa dépendance au sang et à l'automutilation... Distorsion cognitive, ça vous dit quelque chose?

Marie remarqua que les pieds de Mabel s'étaient mis à danser sur le sol poussiéreux. Elle porta une oreille distraite au rythme, toujours concentrée sur ce qu'elle faisait et sur les propos de la jeune fille.

« Vous maîtrisez l’ensemble des liquides ? Car pourquoi utiliser du sang ? Votre sang… »

Hypnotisée par son travail, Helena ne répondit pas tout de suite. Elle avait décidé, finalement, d'ajouter des détails, puisque Mabel avait repris la parole. L'invitée enchaîna, exprimant des sentiments apparemment mitigés face à la technique de l'artiste. Helena aussi aimait sa technique. Elle l'aimait presque d'amour: il était tellement plus facile pour elle d'utiliser sa particularité plutôt que de peindre de ses doigts et de ses mains.

Puis, Mabel demanda à l'artiste si elle allait pouvoir suivre son travail. La question enchanta tout à fait Helena. Elle retrouva dans cette question l'enthousiasme que son invitée lui avait démontré plus tôt.

« Oui, bien sûr! Je vous tiendrai au courant, si vous le souhaitez, il me fera plaisir de le faire. »

Elle termina les détails de sa peinture, qu'elle déposa finalement. Elle tourna son corps vers Mabel, pour répondre à son interrogation initiale.

« Non, je ne maîtrise que le sang. Autrement, je jouerais fort probablement avec les couleurs dans mes œuvres. En fait, au départ, je croyais n'être en mesure que d'accélérer ou ralentir son rythme dans mon propre corps. Puis, j'ai découvert que je pouvais l'utiliser pour peindre. Je n'ai pas non plus envie de saigner qui ou quoi que ce soit simplement pour peindre, je me prends donc pour ma propre victime. »

Elle se leva, faisant quelques pas vers Mabel. Elle tendit une main vers elle, puis la posa délicatement sur son épaule.

« Peu de gens me disent ce genre de choses. La plupart son effrayés, voire totalement dégoûtés par ma particularité. Remarquez, je ne me soucie plus depuis longtemps des mauvaises langues. J'ai appris à m'aimer moi-même, à m'apprécier, et donc à ne plus avoir besoin d'écouter les jugements. Je crois que tout le monde est unique et qu'il faut embrasser notre unicité. »

Elle se pencha par-dessus l'épaule de Mabel, pour lui chuchoter quelque chose à l'oreille.

« Je sais que je ne suis pas très saine d'esprit. Mais ça ne me fait pas peur. Je préfère l'assumer que d'essayer de le cacher. Et surtout, j'ai appris que plus on tente de refouler quelque chose, plus violemment cette chose refera surface. »

Helena se redressa, retira sa main de l'épaule de Mabel, puis retourna s'asseoir.
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MessageSujet: Re: When paintings fade ~ Ft. Mabel   Jeu 30 Mar - 17:45


When paintings fade

     Quel étrange don donné que celui de contrôler le sang. Il était un fardeau sombre que seule Helena aurait pu porter. Ses cheveux étaient des toiles de soie tissées au-dessus de sa tête. Ses robes aux premiers abords faits de chiffons teints en noir. Elle put effrayer, et Mabel sentait encore ses gestes se mesurer devant cette femme à l’aspect carnassier. Impressionnée, alors qu’elle n’avait jamais réellement été intimidée. Comme une enfant, elle laissait ses seuls monstres gagnés sa peur, et Helena en eut en sens les couleurs. Elle fût pourtant une femme, de celles que Mabel aimait. Impressionnante, dans cette façon qu’elles eurent toutes à regarder la vie. Elles étaient des réussites, ouvrant le pas à l’admiration et l’affection. Et si Helena n’en reçu qu’une sur les deux, Mabel se sentit quelque part prête à l’apprécier. Elle avait cette grâce lorsqu’elle peignait, une douceur prélevée sur une matière brute. Ses gestes devenaient délicats, et lui rappelaient ceux de sa tante lorsque d’une jambe relevée sur son rocking-chair, elle se mettait à lire, une tasse de café noir tenue entre ses doigts. Elles étaient des femmes que Mabel ne serait pas. Car dans ses gestes depuis longtemps, il n’y eut plus de grâce. Elle aurait aimé savoir porter les robes ; savoir se tenir comme une vraie dame. Mais son visage ne faisait que grimacer, son corps constamment courbé d’une façon étrange. Et cette différence devenait d’autant plus palpable qu’aucun soutien-gorge n’eut encore été brûlé dans les rues. Elle était assumée et se sentait bête parfois. Incapable dans cette patience qu’elle n’avait pas, à devenir l’une de ces femmes brillant dans son regard.

     La main d’Helena était froide. Elle la sentait glacer sa peau sous le tissu de son vêtement. A moins que le frisson qui vint parcourir son échine ne soit la seule réponse de son corps à la peur. Et si tel fût le cas, comment aurait-elle pu apprécier la simple caresse d’une main déposée sur elle ?
« C’est possible… Même si ça ne s’applique pas à tout. »
     Elle se sentit devenir minuscule, écrasée contre l’immensité du monde qu’elle dû regarder tête levée. Le monde avait grandi en une seule phrase et toutes ses questions devinrent l’objet de la solitude qu’elle se menait. Dans son regard l’incompréhension, ou la tristesse. L’une des deux prit le dessus sur l’autre et elle ne sache laquelle.
« Il y’en a que ça arrange bien de se convaincre qu'ils n'ont pas le choix d’être ce qu’ils sont ou ne sont pas. »
     Des incapables, qu’elle continuait dans son silence et sa docilité à aimer. Ils lui manquaient, plus encore que toute autre chose. Car parfois elle venait à se demander s’ils purent lui offrir une vie différente ; meilleure, alors qu’elle eut semblé toujours aimé la sienne. Elle ne pût pleurer ce qui jamais ne lui avait été accordé, et quelque chose pourtant en elle semblait avoir été arraché. Une question sans réponse, effacée lourdement derrière un rire qu’elle sentit consoler ses propres doutes.
« Je ne sais pas si je suis unique mais c’est certain que je ne suis pas totalement conforme. »
     Elle finit par se redresser, poussée d’un élan par ses jambes. Celles même qu’elle eut peine à contrôler.
« Je trouve dommage que vous ne récoltiez pas plus de succès. Même si ça vous ait égal c’est toujours rassurant de rencontrer des personnes appréciant ce qu’on a pu faire avec le cœur. Peut-être que vous n’êtes pas dans la bonne boucle… Peindre du sang alors que des litres en sont versés chaque jour. »
     Pour la première fois elle prit conscience de ce qui continuait de sévir derrière ces murs. L’Europe était laide et ses guerres lui appartenaient. Longues d’années et lointaines dans le passé, Mabel refoulait ce qui put appartenir à l’histoire de son humanité. Et ce qu’elle vit jusqu’ici comme un tableau forcé de raconter la même histoire éternellement, elle eut une pensée pour toutes les personnes qui en ce jour trouveraient la mort. Éternellement dans l’écho de ce 22 mars 1941. Elle crut à peine en leur existence, car rien de ce qu’elle ferait ne changerait l’histoire. Mais la souffrance d’une balle semblait rester la même.
« Dans le futur les gens adoreraient vos travaux j’en suis certaine. C’est peut-être parce que j’y viens que je parviens à les aimer. »
     Elle regrettait tant qu’il n’y eut aucune boucle présente pour la rapprocher de ce temps qu’elle aimait. La télévision lui manquait. La joie aussi. Une époque entière résumée en quelques détails qu’elle peinait encore à se savoir séparée.
« Et il y a toutes sortes de colorants en 2013. On peut même faire des gâteaux roses ou bleus. Peut-être que vous y trouveriez un moyen de modifier la couleur de votre sang. Ne serait-ce qu’en violet ou en orange. En noir. »




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MessageSujet: Re: When paintings fade ~ Ft. Mabel   Jeu 4 Mai - 19:38

When paintings fade

- my soul fades away -

La chaise était devenue froide, mais l'artiste ne le remarqua pas tellement. Les différents étages de tissus de sa robe la protégeaient de ce froid. Sa silhouette frêle était simplement posée sur la chaise, presque avec nonchalance. Elle eût l'impression, en entendant parler sa visiteuse, que celle-ci souffrait en silence. Helena sentit comme une pointe, très légère, d'amertume dans les paroles de Mabel. Comme une sorte de regret, ressenti après avoir admis une défaite sur laquelle nous n'avons aucun pouvoir.

Mais Helena sourit, lorsque Mabel lui dit qu'elle n'était pas conforme. Elle aimait que les gens s'en rendent compte et qu'ils le disent, tel que la jeune femme venait de le faire. La peintre voulut ajouter quelque chose, mais Mabel poursuivit sur un autre sujet.

Helena fut touchée par les paroles de la jeune femme. Quelque part au fond d'elle, Marie espérait que des gens apprécient son art. Même si, en effet, il n'était peut-être pas approprié de peindre avec du sang en temps de guerre. Il fallait avouer que l'artiste n'y avait jamais accordé de temps de réflexion. Elle avait rejoint cette boucle sans trop se poser de questions, peignant,, encore une fois, sans se demander s'il était approprié de le faire. Elle utilisait simplement sa particularité, et peindre lui permettait à la fois de faire taire les pulsions douloureuses dues à sa dépendance à la mutilation de sa propre chair et de s'exprimer.

Elle resta silencieuse, promenant encore une fois son regard sur son atelier et les quelques peintures qui n'étaient pas exposées dans l'autre pièce. Mabel lui parla de ce futur dont elle venait. Helena fut intriguée par les colorants. Elle avait du mal à imaginer qu'elle puisse colorer son sang pour obtenir des tons plus foncés, du noir, voir des teintes plus violacées.

« Le futur... J'aimerais bien essayer, un jour. De colorer mon sang, je veux dire. »

Elle leva les yeux, pensive.

« S'il y a un jour une boucle où ce genre de chose est possible... »

Elle glissa une main dans ses cheveux, pour replacer une épaisse mèche brune derrière son oreille.

« Je crois que j'irais. J'aimerais voir autre chose et vivre autre chose que ce perpétuel chaos. J'aime le chaos, mais je me lasse de celui-ci; il use. Il use l'envie, il use les idées, il use le souffle du vent et le mien. »

Helena inclina la tête, la déposant délicatement dans sa main.

« Cela dit, je sais que nous sommes tous, d'une manière, impuissants. Impuissants à vivre dans cette boucle, et face à ce qui s'y déroule sans cesse chaque jour, au même moment, au même endroit, qui trouve toujours le même dénouement. »

L'artiste adressa un autre sourire à Mabel.

« La seule chose, ici, qui puisse vraiment changer, c'est nous-même. Soyez fière de qui vous êtes. Soyez fière de ce que vous êtes. »
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MessageSujet: Re: When paintings fade ~ Ft. Mabel   Mar 23 Mai - 17:19


When paintings fade

     Mabel se sentit devenir une imposture. Dans la façon qu’elle eut de comparer cette époque à une prison, de s’y sentir prisonnière alors qu’elle fût la seule à pouvoir en sortir. Elle se créait ses propres chaînes, acceptait le fardeau des autres comme le sien, et savait au fond d’elle que sa peine ne vaudrait jamais la perpétuité des autres. Elle n’était pas aussi impuissante que cette femme regrettait l’être, comme elle n’était pas le « nous » que ses phrases impliquaient. Elle était une âme envoyée là, docilement présente car elle ne sut aller autre part qu’aux destinations qui lui furent dictées. Sa fougue n’avait de limite que sa soumission, et ainsi devenait-elle la couche superficielle de caractère lui restant. Une contrainte de plus pour la personne qui dû nourrir l’enfant qu’elle était restée. Son éducation fût à refaire, depuis le première jour de sa naissance lorsque le sein d’une mère se refusa à donner du lait. Cela arrivait, et tout enfant allaité au biberon ne devenait pas bon à enfermer. Mais quelque chose s’était brisé, avant même qu’elle ne naisse. Lorsque sa mère pleurait sur les rivières tracées sur ses hanches, et que les cicatrices de sa peau devinrent la cause de sa rancune contre l’enfant qu’elle avait cédé à faire naître. Elle lui refusait une place avant même qu’il ne la tienne, et ce même enfant se retrouvait là à ne savoir comment justifier sa tristesse et sa haine.
« Je dois vous avouer… Je pourrais en partir. »
     Elle ne sut pourquoi cette confession. Elle était un mal de plus devant la mélancolie d’Helena. Une arme pointée sur elle-même contre les opinions qu’elle se crut interdit d’avoir. Elle demandait pardon sans grande sincérité, par besoin de savoir que tout ce qu’elle eut commis ne fût pas grave. Car il lui manquait depuis longtemps, la voix d’une femme bien plus mûre pour lui faire croire en son existence. Mais ce secret qu’elle pensait garder, tous devaient déjà le connaître. En connaissant son époque comme la dernière, et en sachant sa particularité inoffensive.
« Comme vous l’auriez pu il y’a longtemps. »
     Cette pensée vint apaiser sa culpabilité, la soumettre à la curiosité. Tous eurent trop attendus, pour des raisons qu’ils crurent bonnes, et peut-être furent-ils les seuls à blâmer pour leur attente.
« Mon attention n’est pas de vous juger mais, j’en prends conscience. »
     Ses jambes se calmèrent, cessant machinalement de gratter leurs pieds au sol. Elle s’appuya contre la table, bras tendus contre le rebord.
« J’espère qu’ils créeront une boucle plus accueillante. Si je dois retrouver le présent avant, je vous promets de vous ramener des colorants. »
     Elle se mit à rire, car cette chimie précieuse fût bien plus futile à ses yeux. Qu’elle détestait garder les doigts tâchés de bleu des jours après s’en être servis, et qu’imaginer Helena recevoir le même sort l’amusa. Il lui faudrait avant trouver le courage de retrouver le présent, et celui de retourner dans ce qu’elle fût l’une des seules à nommer « passé ».
« Si vous pensez bien à me montrer vos nouveaux tableaux, j'insiste sur ce point ! » Son indexe se leva, pris d'une confiance qu'elle se permettait peu à peu à avoir.




Cercle Polaire.
I'm the girl who is lost in space, the girl who is disappearing always, forever fading away and receding farther and farther into the background. E.W


Dernière édition par Mabel P. Herrera le Mar 18 Juil - 14:25, édité 1 fois
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M. Helena Bishop

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- peintre sanguine -
❧ Boucle Temporelle : Un petit village en 2016, quel curieux endroit.
❧ Particularité : Contrôle du Sang ~ Marie Helena peut contrôler le sang, comme s'il prenait vie, pouvant donc le faire se mouvoir ou durcir. Dans le cas de son propre sang, elle peut même ralentir son débit dans ses veines. Mais pour le reste, le liquide doit se trouver à l'air libre.
❧ Occupations : La peinture, mais avec un médium particulier
❧ Miroir :
❧ Missives : 132
❧ Yeux de verre : 15
❧ Crédits : Photo originale: Tumblr Avatar: Moi-même


MessageSujet: Re: When paintings fade ~ Ft. Mabel   Ven 30 Juin - 21:54

When paintings fade

- my soul fades away -

Partir... Helena y avait songé. Oui, elle s'était déjà dit qu'elle n'avait qu'à quitter cette boucle. Mais pour aller où? Ce n'était pas tant son manque de volonté qui la retenait en 1941, prise au cœur d'une guerre qui n'était pas la sienne. Elle n'était pas impuissante parce qu'elle se croyait forcée de rester, elle l'était car elle ne saurait pas où aller, eût-elle quitté son refuge. Marie ne pouvait se résoudre à rejoindre le présent, à offrir son corps aux ravages du temps à nouveau. Et elle ne pouvait s'imaginer dans les autres boucles. Elle n'y arrivait pas. Elle craignait de s'y sentir plus prisonnière encore qu'elle ne l'était déjà. Puis, elle ne pouvait pas s'empêcher de se réconforter de ce qu'elle connaissait, bien qu'elle en fût lasse. Elle aimait, quelque part, cette période, qui se rapprochait tellement de sa personnalité brisée, de son mental plus ou moins intact, bien qu'elle ne se résolve pas à se l'avouer. C'était là son impuissance: vouloir partir sans savoir où aller, et, quelque part, avoir quand même envie de rester.

Helena ne se sentie pas brusquée par la remarque de Mabel. Elle se savait la seule fautive, prisonnière d'elle même plus, peut-être, que de la boucle. En même temps, il ne fallait pas chercher à la comprendre, puisqu'elle-même ne se comprenait pas toujours. Une âme brisée peut parfois ne chercher qu'une chose: se complaire dans son malheur, dans sa noirceur, dans sa douleur. S'en plaindre sans vraiment vouloir s'en sortir. Il ne fallait pas chercher très loin pour réaliser qu'une femme qui prend plaisir à s'ouvrir les veines préfère se laisser moisir dans un endroit qui la repousse et l'appelle à la fois, plutôt que de chercher à voir s'il existe un ailleurs qui soit meilleur.

« Vous auriez pu partir. J'aurais pu partir. »

L'artiste sourit. Son expression se voulait tendre, chaleureuse, compatissante. Mais il y avait quelque chose d'autre dans son regard, qui traduisait en quelque sorte cette incohérence intérieure, le oui et le non qui se confondaient, s'excusaient dans ses pensées, dans ses réflexions. Une lueur de folie aussi, peut-être.

« Mais je n'en ai pas été capable, et je crois que je ne le suis toujours pas. »

Elle inclina la tête sur le côté, sa voix se faisant plus rauque, plus grave, étrange.

« Je suis prisonnière de mon chaos, et il n'y a que cette boucle qui soit apte à en être la demeure. Autant j'aimerais la fuir, autant je ne peux m'y résoudre. Autant j'en suis lasse, autant elle est gravée en moi comme au fer rouge dans ma chair. »

Helena ramena ses yeux sur Mabel, sans vraiment la regarder, fixant un point qu'elle ne pouvait voir

« Étrange comme on peut parfois dépendre de ce qui nous use, sans s'en rendre compte. Je ne suis pas prête à dire que j'en ai besoin. Mais une chose est sûre, je ne peux partir maintenant. J'aurais manqué ma chance, si je l'avais eue, et je ne vois pas d'opportunité de vrai changement pour l'instant... »

Ses yeux se plantèrent dans ceux de Mabel.

« Malgré tout, il me semble que même si une boucle se crée, une boucle dans le futur, et que j'y emménage, il est peut probable que je change à ce point... »

Un étrange sourire étira le coin de ses lèvres. Helena ne se voulut pas inquiétante, ni même étrange, mais elle voulait dire ce qu'elle avait sur la conscience.

« Bien sûr, je crois au changement. Je crois que l'on doit être fier de ce que l'on est et de ce que l'on devient. Mais je crois aussi que l'on finit tous par être prisonnier de sois-même, un jour ou l'autre, même après s'être affranchi. Comme les jours dans cette boucle, le cycle recommence, inlassablement. »
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