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 « Frictions » ❧ Ft. Katsyarina

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MessageSujet: « Frictions » ❧ Ft. Katsyarina   Jeu 19 Jan - 0:04

Frictions

- There's a look on your face I would like to knock out -

Un frisson délicieux parcourt mon échine sous le contraste de températures. Les plumes s'envolent, disparaissent, ne laissent que la chaire frigorifiée par le gèle, le corps se déplie, orteils épousant le bois lisse du plancher, alors que les derniers crépitements d'un feu en train de s’éteindre chantent dans la cheminée. La fenêtre est refermée soigneusement avant d'enfiler les vêtements abandonnés le matin même, gisant sur le sol tout en attendant qu'on les ramasse. Les pas sont maladroits, retrouvant la fonction de marche afin d'alimenter le feu qui se mourait. Un peu de chaleur ne ferait certainement pas de mal.

Un long soupir se glisse, regrettant déjà les plaines et leur appel, les quelques scènes répétées encore et toujours à quelque jour d'un Noël qui ne viendrait jamais dans les rues d'Edimbourg. Un jour, j'allais finir par me faire attraper par le froid mordant, par ses doigts crochus capables de m'enfermer dans la glace, oiseau du printemps et des belles saisons qui se joue encore et toujours de l'hiver éternel, de cette neige incessante, de cette brise nordique qui se glisse dans mes plumes, malgré sa fragilité. Peu importe, cela ne m'empêcherait pas de voler, même si cela signifie contempler les mêmes étendues de poudreuse indéfiniment. A peine revenu de mille-neuf-cent-quarante-et-un que la brise printanière me manquait déjà, faisant remonter l'instinct second, l'envie de me laisser porter vers la chaleur du sud. Ce n'était pas le moment, pas alors que j'avais ce sentiment que Lavinia avait besoin de moi, pas alors que les choses semblaient aller mieux.

Un carnet à la couverture de cuir est ouvert, apposant une heure exacte de départ, d'arrivée, la distance, montre à gousset en main. Un rituel qui en devient presque un trouble obsessionnel, ne comptant plus le nombre de pages noircies depuis presque un siècle et demi à contempler la boucle se renouveler sans fin, à sillonner les airs figés de plusieurs temps. Les pages s'accumulent, s'entassent dans une bibliothèque qui vomit, pas une seule localisation géographique ne semble y avoir échappée, la moindre parcelle de terre ayant été survolée.

Je sursaute presque alors que le silence est interrompu par des coups à la porte, relevant la tête, hésitant. Je n'ai pas envie qu'on m’interrompe dans le silence aujourd'hui, qu'on brise le calme de mes appartements, de mon coin de grenier et nid douillet. Je réajuste la chemise que j'avais précédemment enfilé à la hâte, glissant une main dans mes mèches sombres probablement encore éparpillées, n'ayant pas vraiment prêté d'attention à la question de l'apparence, bien loin de mon manteau de plumes rangées à la perfection. Probablement Catriona qui vient chercher un peu de ma compagnie alors que le Ara de Spix s'occupe des plus jeunes.

La porte s'ouvre et voilà que je me retrouve face à la chanteuse dont l'orgueil m’insupportais, m'attendant à tout le monde, sauf à sa présence devant ma porte, donnant un tableau étrange qui me ferait froncer instantanément les sourcils. Au lieu de ça, je me contente d'un semi-sourire forcé, pure et simple courtoisie alors que je lui fais signe d'entrer. « Bonjour Katsyarina » Salutation sur un ton un brin trop formel, ne sachant pas vraiment à quoi m'attendre mais appréhendant la chose, doutant qu'elle veuille juste partager une tasse de thé ou quoi que ce soit d'autre. La russe faisait partie de cette catégorie de Syndrigastis que je préférais éviter et contourner aux mieux malgré ses talents, personnalité beaucoup trop explosive qui ne ferait que provoquer une guerre nucléaire, un être que je préférai de loin observer d'un œil d'hirondelle discrète et en silence, n'ayant pas la moindre once de confiance en elle que pour tenter de m'en faire une alliée, m'en tenant aux formes et conventions de bases. Je pose une bouilloire d'eau sur le feu plus par réflexe en cas de visite qu'autre chose, l'invitant à prendre place sur la chaise abandonnée il y a quelques secondes à peine alors que le carnet est rangé avec les autres. Je me contente de m'adosser à la cheminée, bras croisés sur le torse alors qu'un sourcil se hausse. « Quel bon vent vous amène ? » Je préfère conserver les formes, ne pas frôler de suite un risque d'explosion imminente. Je peux m'attendre à tout avec elle.
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MessageSujet: Re: « Frictions » ❧ Ft. Katsyarina   Mer 25 Jan - 14:03


L’ignorance tuait Katsyarina plus sûrement qu’un millier d’épines ne l’aurait fait. Aloysius, quel nom extravagant, semblait être décidé à lui infliger une mort terriblement lente vexante et douloureuse. La femme n’aimait pas qu’on ne soit pas sensible à ses charmes. Simplement parce qu’elle n’y était sans doute pas habituée. La russe avait appris il y a bien longtemps que même la haine d’un homme pouvait signifier un amour ou un trouble quelconque. Lui cependant, ne lui donnait tout simplement aucune prise. Il se contentait de glisser sur le rail invisible de l’indifférence. La diva ne pouvait simplement pas tolérer ce genre de comportements. C’était trop différent de ce à quoi on l’avait habituée. Il fallait, c’était presque vital, trouver une justification, une explication.  Cela tombait à merveille, cet après-midi, elle ne serait pas occupée. Privilège de princesse, elle avait simplement décidé de n’accorder d’entrevues à personne. Ceux qui avaient de l’intérêt pour elle constituaient une moins bonne distraction que ceux qui feignait un profond désintérêt. Pour la jeune femme, personne ne pouvait simplement n’avoir ni réaction ni intérêt pour elle. Son ego lui dictait que, parce que c’était tout bonnement impossible, il devait y avoir une meilleure explication. Elle comptait bien la découvrir.

Si elle avait du être honnête pourtant, elle aurait admis que la personne en elle-même ne l’intéressait pas plus que cela. Il était rare que les gens soient dignes d’intérêt à son sens. Rares étaient ceux qui trouvaient grâce à ses yeux. D’autant plus que la plupart du temps, elle finissait par détester ceux dont la valeur dépassait la sienne et par les nier en tant qu’êtres humains. Elle était comme ça, la danseuse, à ne pas supporter la concurrence, à vouloir la réduire à néant et l’anéantir. Elle se souvint  de la fois où elle avait été voir sa rivale Marie. Avait-elle obtenu le rôle de sa vie ? Les rumeurs devaient courir bon train sur sa disparition. Sa vie parisienne lui manquait cruellement mais il n’était pas envisageable d’y retourner tant qu’elle ne maîtriserait pas son don. Elle commençait à comprendre à regret que ça risquait de prendre des années. Tout le monde l’aurait oublié d’ici là. La célébrité est éphémère et demande un travail quotidien. Il semblait évident à la jeune femme qu’elle allait tomber dans l’oubli. Hors de question du coup de tomber dans l’oubli ici. Ça devait être le lieu de sa renaissance et personne ne devait l’ignorer. Si elle avait été plus honnête, elle aurait admis qu’elle avait peur tout simplement. Elle n’avait pas la sensation d’être si importante que cela. Oh bien sûr, il y avait de ces gens qui l’aimaient et qui l’admiraient mais combien en avait-elle aimé elle ? Combien avait réellement compté ? Elle n’en voyait que bien peu.

« Bonjour Aloysius » répond-t-elle un peu sur la défensive. Elle ressent l’austérité de son ton avec une ardeur qui lui donne directement dans la bouche un goût de venin. Comme toujours son expression est purement galvaudée. Katsyarina joue la comédie depuis suffisamment longtemps pour reconnaître une personne qui ne se montre pas franche avec elle. Elle retient de justesse un sourcil incertain quand il évoque ne serait-ce que l’idée que la voir est une bonne surprise. Elle se contente de sourire poliment et de répondre docilement. « Le plaisir est évidemment pour moi ». Cependant, cette expression est utilisée avec la froideur causée par l’habitude et l’automatisme d’une telle réponse. Ses mains se posent sur les accoudoirs alors que ses doigts jouent de manière arachnéenne sur le support de bois. C’est le moment de la confrontation. Un court instant avant son esprit se vide et elle hésite sur comment expliquer le pourquoi de sa venue. « Je ne voulais pas vous importuner inutilement Aloysius. Croyez bien que je suis la première embarrassée de venir vous déranger pour un motif si enfantin. » Elle baisse les yeux avec une fausse candeur, se mord légèrement l’intérieur de la lèvre pour bien montrer que c’est difficile pur elle de faire cette confession. Elle n’arrive pas toujours à rougir sur commande alors elle espère que le léger  fard à joue qu’elle a mis suffira à donner cette impression. « Je me sens terriblement triste depuis quelques temps. J’ai du mal à dormir la nuit. » Ce qui pour le coup était la stricte vérité. Essayer de trouver le sommeil quand les cauchemars des autres vous y poursuivent n’a rien de particulièrement facile. « Je suis véritablement contrariée. » Tout est affaire de pondération et d’équilibre dans la vie alors elle redresse enfin les yeux pour transpercer les siens. Malgré tout, elle tente  de garder un regard doux et innocent. Après tout, la diva veut se faire passer pour la victime dans cette histoire. « Pourquoi vous ne venez jamais à aucune de mes représentations ? Suis-je donc si mauvaise que vous ne puissiez souffrir ma voix ? Suis-je donc si laide que vous ne puissiez supporter ma vue ? J’aimerais le comprendre. Ces questions m’accablent et me tuent. » Elle a fini dans un murmure. Le ton de la confidence mêlée à celui de la gêne lui paraissait le mieux indiqué. Il ne restait plus qu’à récolter les fruits de sa prestation.
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MessageSujet: Re: « Frictions » ❧ Ft. Katsyarina   Mer 1 Fév - 13:34

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- There's a look on your face I would like to knock out -

Les premiers mots s'élèvent et suffisent amplement à me maintenir sur mes gardes. Un sourcil se hausse d'instinct, ne plongeant certainement pas dans le tableau qui tente de se mettre en place. De la comédie, du jeu emprunt d'hypocrisie et qui empeste à des kilomètres à la ronde et pourtant, j'avais été le premier à donner le ton pour ne pas élever les tentions. "Motif enfantin". Les mots raisonnent alors que je m'attends à tout et n'importe quoi. Mes doigts se penchent sur le service à thé alors que la bouilloire commence à siffler, continuant de décortiquer ses paroles avec attention tandis que la boisson est servie dans les règles de l'art. Elle faisait incontestablement partie de ce genre de personne où chaque mot comptait pour mieux la garder à l’œil, de plus en plus sceptique par ce qui sonnait comme une demande d'aide. Certes, avec les plus jeunes, j'avais l'habitude des requêtes inquiètes, de ce besoin de réconfort lorsque le monde extérieur commençait à devenir lointain, les accueillant toujours sous mes ailes parfois un brin trop paternelles, mais en ce qui concernait la chanteuse, cela ne sonnait certainement pas pareil.

Je retiens un rire alors que la véritable raison tombe. Était-elle sérieuse ? Au vu de sa tête, quoi que peut-être une nouvelle comédie, elle semblait l'être. Je parviens pourtant à rester de marbre, contenant mon hilarité face à ces confidences. Se torturer à ce point pour mon simple manque de présence, reconnaissant bien la diva en elle qui se comportait comme un enfant constamment en demande d'attention et d'éloges et de ce besoin d'avoir la gente masculine à ses pieds. Certes, elle m’indifférait en tant que femme, comme la plupart, comportement primal et lié à ma seconde nature qui dictait la marche à suivre, incapable de succomber au charme de plusieurs individus. Enfin quand bien même elle ne m'insupporterai pas par son attitude de princesse pourrie gâtée. Peut-être qu'en fin de compte elle n'était pas si différente des plus jeunes d'une certaine manière.

Une tasse se glisse en sa direction accompagné d'un sourire qui se voulait sincère, définitivement amusé par son imprévisibilité. « Détrompez-vous, je vous ai déjà observé et entendue, vous avez incontestablement du talent. » Ce qui était vrai, bien que probablement pas sous la forme attendue, posé sur le haut d'une poutre apparente au dessus des autres spectateurs. Bien entendu le genre de détails qu'elle ne connaissait pas vraiment, n'osant pas imaginer ce que ses doigts colériques pourraient faire d'un oiseau d'une vingtaine de grammes à peine, une particularité tant aimée qui n'était autre que ma plus grande faiblesse physique malgré la rapidité du vol. Elle avait du talent, c'était aussi incontestable, peut-être que nous aurions pu faire un duo sur scène si les choses avaient été différentes, si son attitude ne me rendait pas si irritable.

Longue gorgée de thé, savourant un instant son écoulement chaleureux. « Vous ne devriez pas vous torturer à ce point pour mes absences, mes tâches quotidiennes me prennent beaucoup de temps lorsque je ne suis pas en voyage. » Ce qui n'était pas faux non plus, partagé entre les rondes en survolant les alentours en quête d'une quelconque anomalie lorsque je n'étais pas en train d'enseigner la géographie ou avec un môme dans les pattes, à devoir garder un œil dessus pour qu'il ne commette pas de bêtise. « Ne soyez pas non plus si sévère avec vous-même, les jeunes vous apprécient et vous prennent comme modèle, n'est-ce pas le plus important ? Leur donner des rêves d'avenir ? » Peut-être valait-il mieux continuer à la caresser dans le sens du poil, sait-on jamais qu'elle se torture réellement l'esprit après tout, je ne pouvais être sûr de rien.
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