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 Canine ◭ Ft. Eustache

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Clarence F. Bannerman

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- Garde tout le monde à l'oeil -
❧ Boucle Temporelle : 22 mars 1941, retourné à une Guerre qu'il crut avoir un jour classé dans son passé.
❧ Particularité : Les paumes de ses mains se sont un jour courbées de deux yeux supplémentaires. Deux paupières qu'il condamne depuis à l'obscurité.
❧ Occupations : Curiosité ou intentions cachées, il remplit les pages de ses dossiers aux couvertures criblées des noms des syndrigastis qu'il rencontre.
❧ Miroir :
❧ Missives : 428
❧ Yeux de verre : 91
❧ Crédits : © Mad Hattress | Ananas de mes nuits et de mes jours


MessageSujet: Canine ◭ Ft. Eustache   Mer 1 Fév - 15:18


Canine
EUSTACHE & CLARENCE

     Belle était Londres, même sous les bombes. Certes atrophiée et souffrante, ses murs s’effritant comme la lèpre s’attaquait à la chair. Dans les rues désertes, il se sentait devenir le porteur d’un message. Celui qu’il leur fallait garder espoir. Que la victoire à laquelle ils croyaient, viendrait. Mais comme il n’y eut que des regards baissés et des devantures abandonnées, il n’eut personne pour l’entendre s’exprimer. Il devenait un fantôme, pas prudent mais démarche confiante. Pas rapide sans que sa course ne soit une fuite. Il semblait marcher à contre-courant, alors qu’un homme soudain, était passé devant lui. Etrange balade qu’était celle qu’il entreprenait. Son excursion hors du quartier des portes était de celles que l’on programmait par besoin de changer de port, de voir le Nord différemment. Il fût un temps où il revenait encore dans ces rues, prenant peu à peu conscience que ce monde était son Enfer à Huit Clos. Sa libre interprétation de Sartre, sans jamais savoir si ce fût lui qui côtoyait l’Enfer, ou ces humains qui jamais n’existeraient. Car ils furent tout autant perdus dans cette dimension que lui, milieu indéfini et homogène où jamais ne se dérouleraient les événements naturels et l’existence humaine.

     La réalité, ou ce qu’elle n’était pas, frappait comme un poing heurterait son estomac, le retournerait comme l’on pétrirait une pâte. Elle était douloureuse, tristement consciencieuse. Il avait pu s’occuper à retourner les pages de brouillons dont l’encre séchait depuis des années, sans toutefois oublié qu'il lui fallait rentrer "chez lui". Enfant mélancolique de sa maison d’enfance, il revenait sur ses pas à Londres comme l’homme qu’il avait été l’avait fait avant lui. Il avait retrouvé l’appartement qu’il eut loué avant la guerre. Celui où il avait un temps vécu avec sa femme, impatient de la retrouver une fois la nuit tombée et le travail terminé. Ce même appartement, qu’ils avaient déserté pour se protéger en 1939, remettant leurs vies aux terres les plus reculées de Manchester. Il eut été vide alors, cible de la guerre dès lors que le roi George l’eut déclarée. Mais il fût encore, sans Annabeth et les cadres photos, le seul endroit où il aimait vivre. Dans la solitude cette fois, avec la sensation qu’il n’y eut plus que son devoir. Très vite Clarence ne travaillerait plus à Londres, mais continuerait encore de revenir se réfugier dans cet appartement abandonné. Car, il n’eut jamais le temps de le décorer. Il eut été ironique de quitter Londres en craignant les missiles aériens, sans que jamais l’un d’eux ne s’abatte sur l’appartement qui était sien. Le leur, s’il voulut considérer qu’Annabeth eut détenu son argent plus qu’elle ne l’ait utilisé. Mais il fût plus ironique encore, qu’aucun de ses pas ne l’ai mené à la mort. Comme s’il fût porté par la chance ou la protection divine en laquelle il croyait mal. Comme l’imbécile heureux ayant trop bu saurait traverser une corde tendue au-dessus de la Tamise. Et ce fût peut-être la raison de cette bénédiction ; l’inconscience qu’il eut de croire qu’il put aller dans le viseur d’un allemand, sans que la balle tirée ne puisse le toucher.
     Toutes ces foutaises appartenaient au passé. Il eut goûté depuis longtemps à la victoire, eut quitté en 1945 l’appartement dans lequel il aimait s’isoler à Londres. Un jouet retrouvé dans la boucle, pas dans le passé lui permettant de le ramener à ses caprices d’homme torturé. Perturbé plus que torturé. Le terme rendait mieux sur le papier.
     Alors qu’il s’y rendait, apprêté comme s’il devait se rendre à un rendez-vous, dans la mesure où ses vêtements n’eurent pas l’air d’avoir vécus trop longtemps, il reconnut la silhouette d’un chien. Son chien. Compagnie ponctuelle pouvant garder le secret de son gagaïsme. Il n’avait jamais eu d’animaux, et son initiation tardive à la découverte du monde animalier avait éveillé en lui l’émerveillement qu’un enfant de 9 ans aurait pu avoir en voyant une girafe pour la première fois. Il se mit à siffler, cherchant l’attention du chien en tentant au mieux de ne pas se faire remarquer. Les rues nues n’étaient jamais aussi tranquilles qu’on aurait pu l’imaginer.
« Viens, soufflait-il avec insistance. Viens voir là. »
     Ses mains gantées claquaient sur ses cuisses. Son manteau étouffait leur son mais il n’eut jamais voulu qu’attirer son attention. Il s’approcha de lui, s’accroupit au sol en vérifiant que la rue était vide. Le silence était une attente qu’il redoutait comme une présence. Sa main glissa sur la tête du chien, s’accrochant avec la suivante à ses oreilles pour les masser.
« Ça va mon chien ? Comment es-tu arrivé jusque-là ? »
     Il cherchait les réponses dans ses yeux, sans savoir lequel serait porteur de vérité. Il se sentait devenir stupide entendant sa seule voix, mais elle ne fût là que pour maintenir l’attention du chien. La main lui gratifiant le flanc comme s’il eut s’agit d’un cheval, il se redressa en demandant avec entrain.
« Tu veux venir faire une balade ? J’aurai peut-être quelque chose pour toi là où l’on va. »
     Phrases bien trop complexes pour un chien, il tendit le bras devant lui en simulant tenir une friandise dans sa main, l’invitant par ce geste à le suivre, même si lui faire miroiter un dîner eut été tricher.




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Eustache W. Heddington

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- Husky Docile -
❧ Boucle Temporelle : Londres 1941
❧ Particularité : Se métamorphose en toutou bienveillant aux yeux verrons
❧ Occupations : Horizontale à la nuit tombée
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❧ Crédits : (c) mad hattress ♥♥


MessageSujet: Re: Canine ◭ Ft. Eustache   Mer 8 Fév - 22:12

Canine
Clarence & Eustache

Who are you really?

La doucereuse Londres, plongée sous les bombes. Elles vont pleuvoir sur les toits et remplacer la pluie habituelle. C'est la fin d'un monde, de leur monde sûrement. Mais toi tu vivras, encore. Toujours. C'est une bien belle malédiction. Ton visage n'a pas prit une ride et le monde dans lequel tu évolues se régénère jours après jours. Qu'aurais-tu possiblement à envier aux pauvres mortels croulant sur les bombes ? Au fil des ans, tu n'éprouves qu'une infime pitié à leur égard. Ils ne sont que des fantômes, dont les visages sont tous identiques. Ils étaient tous là, se heurtant à l'impossibilité d'un changement, saisit tour à tour par la peur de la guerre. Mais ce n'est qu'une seconde, gelée dans l'espace temps pour un être de ton âge. Ce n'est qu'une seconde d'horreur. Mais comme toujours, le soleil illuminera tôt ou tard cette ville que tu as un jour tant aimé. Au fond, tu as grandi ici. Chaque coin de rue renferme un secret à propos de ton histoire et chacune de tes histoires a un écho au coeur de cette ville grisâtre.

Tu continues à y retourner, parfois. Comme pour te rappeler ce que c'est de vraiment vivre. De vivre dans l'instant, dans la peur et le frisson de l'absolu. Remettre un pieds au coeur de ce Londres fantomatique c'est en un sens continuer de vivre, quand bien même le temps ne marque plus tes traits. Retourner à Londres c'est te persuader que oui, tu es toujours bel et bien vivant. Comme tous ces individus terriblement effrayés. Et ces militaires. Parfois, tu oublies qu'un jour tu aurais pu faire partie de ces êtres vaillants, combattant fièrement pour leur pays. Tu aurais du périr dans la guerre, comme de nombreux autres soldats. C'était il y a si longtemps. Ou c'était peut-être seulement hier. L'un comme l'autre, il s'agit de ton passé, d'un passé révolu, depuis des années. Le compte s'est perdu, au fil des jours, des mois et des années.

Te voilà donc contre le bitume grisâtre d'une capitale qui se déchire. Les corps s'entrechoquent, tous beaux dans leur jeunesse éphémère, saisie dans la fleur de leur idéalité. Tu évolues parmi eux, vêtu d'un ensemble légèrement troué. Mais qu'importe, il ne te sert que de couverture. Au détour d'une rue, tu hôtes ces vêtements pour muter. Sous ta forme canine, c'est les odeurs les plus acres de la ville qui envahissent tes narines. Un frisson parcourt ta colonne vertébrale, de plaisir et d'angoisse. Tu t'élances parmi la foule d'individus. Tu trottines, observes chacune des personnes que tu dépasses. Ici et là tu reconnais certains visages.

Un en particulier. Alors que tu coursais une jolie blonde, un sifflement raisonne, familier. Cela attire ton attention. L'émetteur du son aigu tente d'être discret, tu le sens. C'est un sifflement timide mais bien distinct. Alors qu'il t'appelle, tu t'approches de lui, sûr de toi. Tu aboies en le voyant. Clarence. Voilà exactement le divertissement dont tu avais besoin aujourd'hui. Oui, après tout tu t'ennuyais terriblement, à errer sans but dans une ville qui disparaît. Qui plus est, ce jeune homme, pourtant si bien habillé, aux airs d'un grand esprit du siècle, s'est laissé facilement berné par ta couverture canine. Il ne sait pas. Pour lui, tu es son chien. Tu n'es qu'un canin parmi tant d'autres. C'est assez drôle. Ce n'est pas la première fois qu'un être humain tente de te posséder. Pourtant, jamais tu ne nierais à quel point il est plaisant qu'un homme si beau souhaite être ton propriétaire. Il flatte généreusement ton encolure, tes oreilles et tu remues la queue. Il te demande comment tu es arrivé là. Bonne question. En marchant sur deux pieds, bien évidemment. Si il remontait ta piste, il rencontrerait un petit tas de vêtements abonnés en plein milieu de la rue. Quoi que, sûrement déjà disparus, tant se vêtir semble complexe en ses temps de guerre. Sa voix était enfantine, comme si tout être humain pour communiquer à un animal se met à parler comme à un enfant. Il tente de t’appâter avec une sous-entendue friandise mais tu devines que sa main est vide. Mais peu importe, pour le jeu tu le suis, ajoutant même un petit aboiement pour rajouter de la véracité à ton comportement. Tu te frottes à ses jambes, galopes joyeusement devant lui, tu jappes gaiement. Sa présence est apaisante, bien qu'avant tout divertissante.

Au fond tu n'as jamais connu cet homme autrement que sous ta forme canine. Pourtant, tu sens qu'il est comme toi. Que lui aussi est un Particulier. Que lui aussi cache sous une forme idéale, une apparence fantasmagorique, qui échappe à n'importe quel individu simpliste. Mais jamais tu n'as vu sa vraie silhouette. Tu le vois toujours par en-bas et d'ici il semble si intimidant. Ses grandes mains gantées s'abattant tendrement sur ton pelage semblent différentes. Le contact se fait tendre et ferme. C'est un individu singulier, tu en es persuadé. Comment a-t-il pu passé à côté de ta nature réelle ? N'est-ce pas évident ?

Il a peut-être même croisé ton apparence humaine, et comme tout passant, tu n'es qu'une image plongée dans le brouillard de la mémoire. Tu n'es qu'une figure parmi tant d'autres et ton visage n'est sûrement aujourd'hui plus qu'une image brouillée. Il ne saurait te reconnaître si il te croisait. Et c'est surement ce qui est le plus délicieux dans cette relation singulière. Tu es le seul à connaître le vrai visage de ton compagnon. Tout du moins c'est ce que tu prétends.

Allons jouer.
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Au clair de la lune,mon ami Pierrot,filons, en costume présider là-haut ! Ma cervelle est morte. Que le Christ l'emporte ! Béons à la lune, la bouche en zéro.

woufwouf

♡ ♡ ♡
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MessageSujet: Re: Canine ◭ Ft. Eustache   Mar 14 Fév - 21:39


Canine
EUSTACHE & CLARENCE

     Il croyait s’adoucir mais n’avait jamais été qu’un agneau. Il put tenir une arme, la sentir glacer son abdomen, elle n’eut jamais été qu’une illusion. L’objet d’une virilité inventée. Les balles tirées l’avaient été par peur d’être tué, et non par soif de sang. Il reconnaissait le pouvoir que cela donnait, lorsqu’il eut envie de sourire à un tir réussi ; lorsqu’une érection valait mieux qu’une vantardise. Mais cette violence ne fût jamais que sa réaction à la peur. Ni plus ni moins qu’une faiblesse. S’il s’en munissait encore lorsqu’il revenait à Londres, c’est parce qu’il s’était depuis longtemps méfié de la guerre, et rien ne l’assurait de gagner celle qu'il menait.
     Il ne longeait pas les murs mais le bord des trottoirs. Perdu entre deux chemins, ou ne sachant pas quelle place il se devait d’occuper. Ni l’une ni l’autre, raison pour laquelle ses pieds suivaient la frontière invisible les séparant. Ses marches furent chaque fois longues, mais sa nouvelle compagnie lui fit oublier la distance. Elle ne fût pas un remède à la solitude. Cette dernière lui sciait tant. Elle fut le support d’un semblant d’affection. Un être vivant sur lequel poser ses mains et à qui parler sans avoir choisi ses mots. Pas aussi exaltant qu’une femme, aussi bruyant que la sienne parfois. Car le chien aboyait et il savait à peine comment le faire taire. Une main liée autour de son museau, des chuchotements glissés comme s’il pût comprendre qu’il leur fallait être silencieux. Il ne fût qu’un animal. Une âme errant dans le sillage d’un monde que les humains eurent laissé ainsi. Clarence ne connaissait pas le déroulement de sa journée. Il imaginait ses pas déviés par le choix de ceux qui en avaient encore le droit. Il n’eut jamais voulu se méfier de l’animal, épris de sa symbolique plus que de sa nature. Ivre de cet aspect de lui-même le rendant bienveillant et affectueux, sans maladresses.

     Il s’engouffra après un temps dans un immeuble, invitant le chien à le suivre. Le concierge se souvenait de lui comme un présent infini. Pilier de ce Londres alors que ceux qui le purent eurent quitté, il acceptait chaque fois de lui confier le double des clés de son propre appartement.
« Pardonnez-moi, j’ai oublié mes clés à Manchester. Je ne compte pas rester longtemps, je peux vous les ramener dans quelques heures.
- Bien entendu ! Il n’y a aucun problème Mr Bannerman. »
     Il disparaissait chez lui quelques minutes, consciencieux bien plus qu’il n’aurait dû l’être en ces temps. Sa vie était millimétrée depuis longtemps. Veil homme se satisfaisant d’un piètre appartement au rez de chaussé, il prenait plaisir à subvenir aux besoins des habitants de l’immeuble. Dans l’ombre le plus souvent. Anna lui ramenait parfois des pâtisseries du café où elle travaillait. Du pain qu’elle payait de sa poche. Clarence devait la connaître mais n’avait jamais su si elle était serviable ou si elle eut besoin d’être appréciée. Peu importait que le concierge n’ait manqué de rien ; il lui fallait partager avec lui ce à quoi elle avait accès. Achetant certainement ses sourires, et la sympathie qu’il eut à leurs égards, alors que Clarence n’avait jamais fait que se montrer poli.
« Tenez. »
     Clarence récupéra la clé. Il subit l’éternelle question sur les nouvelles concernant sa femme. Elle allait bien, répondait-il, comme l’on peut aller en ces temps. Et cela faisait 73 années qu’il l’avait quittée.
« Mais vous êtes accompagné.
- C’est le chien d’un ami. Il ne fera pas de dégâts. »
     L’homme balaya l’air d’un mouvement de main, laissant s’éclipser ses deux visiteurs.

« Je ne me souviens pas même de son nom. »
     Il regarda le chien, les sourcils froncés, attendant certainement qu’il lui réponde. Il était le complice de son escapade, s’il pût s’agir d’un crime de revenir là où la porte portait encore son nom. Il l’ouvrit et eut comme à chaque fois l’impression de se retrouver des années en arrière. Ailleurs que dans ce monde. Il déposa la clé et son revolver sur le meuble dans l’entrée. Il était protégé désormais. Se retrouver "chez lui" lui en donnait l’impression. L’intérieur n’était pas aussi accueillant qu’imaginé. Seul habitant de ces pièces bien trop grandes, il avait disséminé des dossiers et des journaux dans toutes les pièces. Une tasse à café remplie d’eau attendait dans l’évier de la cuisine. Les murs semblaient vides sans cadres, les pièces trop grandes pour le peu de meubles qu’elles préservaient. Il avait chaque fois peur d’ouvrir le réfrigérateur, imaginant toujours que la moisissure lui sauterait dessus une fois la porte ouverte. Mais les mêmes ingrédients attendaient toujours. Des réserves qu’il eut laissées pour les jours qui le ramèneraient jusqu’ici, et il y venait bien plus souvent qu'il l'aurait dû.
« Qu’aimerais-tu ? »
     La porte du réfrigérateur laissée ouverte, il quitta son manteau et le fit tomber sur une chaise derrière lui. Il se perdait lui-même dans son univers, un instant immobile alors qu’il réfléchissait.
     Un morceau de viande vaudrait mieux qu’une boite de conserve. Il fût tout ce qui lui restait de comestible, une fois les condiments éliminés de l’équation. Il était difficile à l’époque de vivre à trois endroits. Plus encore alors que manger devenait un luxe pour ceux n’ayant rien à se reprocher. Il cuit le morceau à la poêle, le découpa précautionneusement dans une assiette avant de la déposer au sol. Il achetait l’amitié d’un chien, et en prendre conscience lui fit pitié.

« Ça te plait ici ? »




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Eustache W. Heddington

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MessageSujet: Re: Canine ◭ Ft. Eustache   Ven 17 Fév - 22:35

Canine
Clarence & Eustache

Who are you really?

Tu n'avais jamais fais ça, rentrer dans la vie d'un parfait inconnu de la sorte. Tu n'étais jamais allé aussi loin de la ruse. Surtout auprès d'un autre individu de ton espèce. Tu es étrangement incorporé à un chemin machinal, devenu habituel au fil des années. Rentrer dans une vieille barre d'immeubles, encore saisie dans une ville en guerre. Pénétrer dans un appartement, où chaque objet se réfère à un instant passé précis. Toute une histoire dont pourtant tu ne fais pas partie. Tu n'en as que vaguement conscience, sous ta forme canine, tout bonnement attiré par l'affection que ce gentleman a à ton égard depuis un certain temps. Tu le suis aveuglement, sans réellement songer aux conséquences d'une telle confiance. La voix d'un autre homme survient, une voix étrange, âgée et pourtant qui semble si familière à ton compagnon de route. Peut-être a-t-il vécu ici, avant que tout ne commence, ou ne s'arrête. Peut-être vivait-il encore ici, piégé à jamais dans ce besoin de revenir en arrière, de remonter chaque piste pour retourner là où tout a commencé, là où tout est plus sur.

Étrangement, tu n'as jamais songé à retrouver tes parents, restés en dehors de la boucle. L'idée ne t'a même sûrement jamais effleuré l'esprit. Peut-être est-ce uniquement par lâcheté, ou tout simplement est-ce du à ta simple volonté. Tu ne t'es jamais trop rattaché au passé, le laissant derrière toi bien des années auparavant, franchissant pour la première fois la mystique entrée de la boucle.Ta demeure d'enfance elle, a probablement été détruite durant la guerre et même cet instantané de la vie londonienne des années quarante n'aurait pu s'en saisir. Tu n'aurais pourtant sûrement pas la curiosité d'y remettre la truffe.

Mais s'introduire dans le passé d'autres individus est une activité extrêmement divertissante. A entendre l'intonation de la voix de ton cher compagnon, tu comprends très vite que ceci est particulièrement habituel, et normal, pour vous qui ne connaissez que de très loin cet étrange concept.

Il a oublié son nom. Pour le chien, ce ne sont que des mots, mais pour l'humain c'est parfaitement compréhensible. Comment continuer à se souvenir de quelque chose qui est supposé s'être effacé depuis longtemps ? Tu as oublié tant de choses, ta mémoire te fait terriblement défaut. Comment pourrais-tu blâmer quelqu'un qui oubli un simple nom ? Il s'agit là d'un des aléas de la vie au coeur de la boucle, l'extérieur commence peu à peu à perdre de son intensité au sein de la mémoire et bientôt tout devient embrumé, distant.

Tu rentres timidement dans l'appartement, te laissant envahir par une flopée de nouvelles odeurs et par l'étrange chaleur qui émane de ce qui devrait pourtant être abandonné, détruit, ou reconstruit. Avec une curiosité avide, tu toises le moindre élément qui constitue les pièces que tu traverses. Tu remarques par la même le revolver que ton compagnon dépose sur un meuble. Ce machin doit sacrément faire mal. Ne pas faire de geste brusque. Tu continues en posant très légèrement tes pattes sur le sol, craignant de faire le moindre bruit. Voilà que l'humain reprend le dessus. Il inspecte le moindre détail, un cadre, une horloge. Drôle de son que celui d'une horloge déboussolée. Le tic-tac semble étrangement normal, lui aussi. Et pourtant, entre deux secondes se longe un intense silence, profond et abyssal. Il y aussi des papiers, beaucoup. Ils parsèment le sol. Ils sont fraîchement répartit, comme si l'on venait de les faire glisser le long du parquet.

« Qu'aimerais-tu ? »

La voix te tire soudainement de ta rêverie contemplative. Soudainement, ce sentiment étrange de ne pas être à ta place. Ce ton de familiarité ranime un peu plus le chien qui aboie en réponse, trottinant d'un pas léger en sa direction. L'odeur d'un morceau de viande envahit soudainement la pièce devenue soudainement immense. De l'amitié. Une profonde amitié. Comme deux vieux amis, fatigués par une même épreuve. Tu as l'impression que voilà des années que vous vous connaissez et qu'il est l'heure du bilan, des conclusions. C'est le chien qui ressent ça. Son vieil ami, à lui, rien qu'à lui. L'assiette teinte sur le sol et tu te jettes rapidement sur celle-ci. Un bond en avant et te voilà le museau collé sur la viande crépitante. Tu la dévores, la mastiques. La faim. Quel sentiment terriblement prenant. Ton corps entier semble alourdit par ce besoin assouvit.

L'homme semble détourner la tête. « Ca te plait ici ? »

L'appétit comblé, l'animal se laisse aller au pays des songes et laisse à l'homme toute la place qu'il souhaite. Te voilà nu, encore une fois, contre le carrelage glacé de cet appartement inconnu. Un rire semblable à un aboiement étouffé s'échappe de tes lèvres.

« J'aime beaucoup oui, très pittoresque dirais-je. » Le ton de ta voix est ouvertement condescendant mais ce n'est qu'après que les mots ne t'aient échappé que toute leur ampleur s'est révélée à toi. Tu te relèves péniblement, les membres endoloris par une si longue métamorphose. « Excusez-moi pour cette tenue si peu conventionnelle, je ne pensais pas voir du monde aujourd'hui ». Terrible ironie. Tu t'approches un peu plus du compagnon du chien. « Laissez moi me présenter, tout de même, Eustache, enchanté. » Une main tendue agrémentée d'un terrible sourire sur le visage. Cette situation est étrangement jouissive. Le regard de ton comparse en dit extrêmement long sur la situation actuelle. Mais qui ne réagirait de la sorte en trouvant nu comme un vers un individu étranger à la place d'un chien affectueux ? Tu ne peux t'empêcher de sourire tant la situation est cocasse. Et encore, tu regrettes si amèrement la facilité du canin à s'être laisser glisser pour laisser place à l'humanité. « J'aurais peut-être du toquer avant d'entrer, ne croyez-vous pas ? » Tu ne peux t'empêcher de jouer avec lui, de jouer avec cette déception sournoise qui s'installe en lui. Tu la flaires. Elle est là, ambiante, alors que tu tends face à lui une main accueillante, passablement bienveillante.

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MessageSujet: Re: Canine ◭ Ft. Eustache   Jeu 9 Mar - 16:59


Canine
EUSTACHE & CLARENCE

     La vérité était une bonne conscience égoïste. Une utopie imaginée bonne conduite. La vérité faisait mal, et laissait derrière elle des orgueils froissés et des rêves brisés. La vérité était fade, et bien souvent Clarence ne la supporta pas.
     L’homme lui tendait la main, presque ironiquement. Son rire ne put devenir autre loisir qu’une moquerie. Clarence aurait pu lui aussi sourire, s’il n’eut pas été celui dont l’on s’était joué depuis tant d’années, à raison de quelques jours cueillis par centaines et milliers. Il s’étonnait à regretter la vérité alors qu’il voulut depuis toujours savoir s’en accommoder ; se réserver les mensonges et histoires à raconter. La surprise continuait de faire battre sa tempe, et il resterait à cette découverte, le souvenir d’un homme ayant dû s’accrocher au rebord de sa cuisine pour ne pas flancher et trébucher sous l’effet du choc. Ses ongles bien trop soigneusement coupées s’appuyaient contre les jointures du plan de travail carrelé. Ses dents grinçaient, liées à nouveau après que sa mâchoire fût défaite. Il ne put contrôler l’expression de son visage à ce moment-là, et se retrouva à défaut à recouvrer son calme dans ses mots.
« Il n’est pas trop tard pour le faire. »
     Il se redressa ; ignora la main qu’on put lui tendre. Parce que la tenue dans laquelle l’on se présentait à lui voulut le ridiculiser plus que nécessaire. Parce que la rancœur s’était éprise de lui aussi facilement que s’il eut encore vingt ans. Qu’il fut blâmé de cette impolitesse lui déplaisant tant, lorsque l’homme à qui il l’accordait ne put mériter plus que ce qu’il recevait.
« Ne vous excusez pas d’un fait que vous ne prenez pas la peine de corriger. »
     Ses paupières tardèrent à se rouvrir, espérant noyer l’amertume de sa colère dans l’obscurité ; oublier le vide d’une déception dans un plus grand espace. Il détestait les excuses depuis toujours, formules utilisées à l’excès et hypocritement, tels ces mêmes prêcheurs qui viendraient demander pardon chaque dimanche. Il fût une idéologie prônant l’intérêt de braver les interdits, s’ils purent ensuite être pardonnés par de simples mots jetés en l’air. Dieu pardonnerait l’adultère, l’envie et tout autant de crimes. Clarence n’eut quant à lui aucun pardon à offrir. Inutile dés lors de lui servir ces mots délicieusement prononcés avec l’espoir d’une rédemption que l’on crut assurément pouvoir être accordée.
« Ne bougez pas, et ne touchez à rien. »
     Il disparut dans l’entrée, récupérant au passage l’arme qu’il y avait laissée. Il n’eut pas l’impulsivité d’un homme armé ; préféra rejoindre sa chambre pour y déposer le revolver. Ses mains tremblaient, s’accrochant à ce qu’elles purent tenir. Il se saisit de quelques vêtements, une paire de chaussettes, abattit après hésitation ses doigts sur les cuirs d’une paire de chaussures trop bien cirées. Disparut.

« Venez-vous habiller, appela-t-il du salon, jetant par la même occasion les vêtements qu’il eut choisi de lui prêter sur le canapé. Et gardez-vous de toutes remarques. »
     L’homme était devenu, en l’espace de quelques secondes à peine, l’ennemi tant redouté du secret de son passé. Un étranger s’étant introduit chez lui, violant au passage l’intimité qu’il eut préservé jusqu’à aujourd’hui. Là où furent entreposés les dossiers qu’il se plaisait à monter. Les brouillons et recherches abouties d’une occupation qu’il crut bonne pour fuir l’ennui. Là où résidait encore le parfum qu’il n’eut jamais oublié. Celui d’une vie qu’il eut aimé vivre avant que la guerre ne soit déclarée. Elle lui eut échappé depuis tant d’années.
« Je vous ai déjà croisé. »
     Un détail sans importance lui rappelant seulement qu’il eut été plus stupide encore que ce qu’il put penser. Mais son visage était un souvenir tracé à l’encre dans sa mémoire. Une partie de cette vérité qu’il apprenait tout juste à accepter, et qu’il voulut retranscrire aussi fidèlement que possible dans un nouveau dossier, et espérer corriger les erreurs qu'il eut commise jusqu'à lors. Le même sur lequel il put noter en lettres capitales : Imbécile.
     Il s’assit sur l’accoudoir d’un des fauteuils, les bras croisés et le regard fixé sur l’homme à qui il eut ordonné de s’habiller. Il n’eut jamais été à l’aise avec la nudité dans sa banalité, modelé à l’image d’une bienséance qu’il eut toujours adoptée et dont les idées eurent brillamment été assimilées à son fonctionnement. Un parfait soldat de la société dirait-on ; oubliant parfois l’ingratitude et les contradictions qui furent le voile de ses illusions.
« Pourquoi avoir fait ça ? »
     Il y'eut tant de façons de le lui reprocher, l'accuser. Il eut envie de lui claquer la porte au visage, effacer cet incident de sa mémoire pour espérer plus tard pouvoir retrouver le mirage d'un ami canin. Ses mains agrippaient son fantôme. Elles eurent chaque fois été gantées, perdues aveuglément dans sa fourrure sans qu'il ne puisse en sentir la douceur. Ne restait plus à cette caresse, que la chair dénudée d'un corps qu'il se mit à détester, répugner.




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MessageSujet: Re: Canine ◭ Ft. Eustache   Jeu 16 Mar - 22:03

Canine
Clarence & Eustache

Who are you really?

Ton cœur s'est bien vite emballé, partagé entre l'excitation, ce sentiment d'interdit et cette jouissance perverse d'abuser d'un autre. Dans l'instant, c'est l'euphorie qui règne. Un moment de profonde fierté. Tu te sens rajeunir. Tu as l'impression d'être à nouveau un adolescent fauché dans la fleur de l'âge. Tu as l'impression d'avoir fait le coup de ta vie. Tu bombes le torse en lui tendant cette main qui se veut pourtant amicale. Ce n'est qu'une blague de mauvais goût, une blague de gamin, une terrible ironie dont toi seul sait saisir les moindres tenants et aboutissants. Ton comparse ne semble que très peu amusé de ces pitreries enfantines. Toi à côté, tu te retiens de rire, préférant baisser humblement la tête, faire le dos rond. Les habitudes canines ont la vie dure.

« Ne vous excusez pas d'un fait que vous ne prenez pas la peine de corriger »

Tu hausses les épaules. Comment aurais-tu pu trouver des vêtements en un si court laps de temps dans un endroit qui t'es totalement inconnu ? Peut-être ce simple pot de fleur aurait fait l'affaire à couvrir tes parties intimes mais toujours est-il que n'ayant que très peu de pudeur, pourquoi s’embarrasser de telles futilités ? Après tout, deux mâles sont physiquement constitués de la même façon. Aucune honte à avoir. Enfin, tu supposes. Voilà bien des années que tu t'amuses de cette nudité facile. Il s'agit bien là d'une chose qui ne changera jamais, malgré l'âge.

« Je peux essayer de le faire revenir, mais il semble parti faire une sieste, je ne peux rien y faire… »

Parler des absents est toujours une chose quelque peu étrange. D'autant plus que ton vocabulaire s'adapte à une situation qui est tienne depuis bien des années. Comment un parfait inconnu pourrait comprendre ce dont tu parles ?

« Le chien, je veux dire, il s'est assoupit... Cela lui arrive constamment quand il mange, trop »

Tu ne peux t'empêcher de sourire, tentant de détendre cette atmosphère tendue. « Ne bougez pas, et ne touchez à rien » « Ma foi, je ne comptais pas fuir dans cette tenue » Cette fois-ci, ton rire s'échappe de tes lèvres. Tu ne peux t'en empêcher. Pourtant alors qu'il s'éclipse pour vraisemblablement partir à la rencontre d'un couvre-chef à la hauteur de ton humble corps maigrelet. Tu ne peux empêcher de regarder autour de toi, de détailler la moindre babiole disposée dans la pièce. Ton hôte semble vivre ici par intermittence. Lui aussi semble être devenu le spectre d'un passé encore bien vivant, auquel il semble vouloir encore et toujours retourner. Tu ne peux le blâmer. Si tu pouvais, tu aurais exactement la même démarche.

« Venez vous habiller. Et gardez-vous de toutes remarques »

Tu obéis bien sagement, suivant la voix alors que les odeurs de l'appartement parvienne à ton flair. Il respire le temps qui passe, les années écoulées. Le temps qui s'enfuie. Il est confortable, agréable. Véritable refuge pour toute âme égarée.

« Merci beaucoup. Vous êtes un être généreux. »

Ton grave alors que tu te penches pour te saisir des vêtements offerts gracieusement par ton offre. Tu les enfiles et le simple contact du tissu sur ta peau te réchauffe. Ils embaument sa propre odeur. Tu fermes les yeux un instant et respire pleinement. C'est un mélange d'une odeur récente et pourtant très ancienne. Réconfortant, à nouveau. Comme retrouver un vieil ami, perdu depuis des années.

« Je vous ai déjà croisé. »

Tu observes son visage l'espace de quelques secondes. Son visage, gravé lui aussi dans ta mémoire, apparaît fondamentalement différent à celui que tu observais sous ta forme canine. Ainsi il apparaissait amical, précieux et chérit. Ici, il est à la fois fondamentalement familier et pourtant terriblement inconnu.

« Cela se peut, voilà bien des années que je réside ici. Pour tout vous dire, je suis arrivé à la création de la boucle, voyez-vous ? En disant cela, je me rend compte de mon grand âge... »

Tu rêves d'une cigarette. Tu détournes le regard de ton hôte, préférant aller t'asseoir bien confortablement dans le canapé face à toi. Ton regard curieux décortique à nouveau le moindre détail de l'espace qui t'entoure. Tu aimerais pouvoir décortiquer le moindre élément du décor, par simple curiosité et puis peut-être aussi parce que connaître ton adversaire serait un sacré avantage. Après tout, tu sais si peu sur cet homme qui semblait agir comme le propriétaire du chien. Étrange image que d'appartenir physiquement à quelqu'un. Non tu t'imagines bien plus fondamentalement libre, éternellement. Mais qu'est ce donc que l'éternité ? Bien vaste question, bien trop philosophique pour un simple d'esprit comme toi.

« Pourquoi avoir fait ça ? »

La voix est tiraillée par le remord. Cela te fend le coeur et tu ne peux soutenir son regard accusateur. A vrai dire, toi même tu ne sais pas. Tu n'as jamais vraiment su, tout du long où le chien était au contrôle. C'est toujours comme ça. Ses actions sont brouillées, plongées dans un épais brouillard et quand bien même tu souhaiterais avoir le contrôle, celui-ci t'es constamment refusé.

« Je ne sais pas trop. Je pense que cela m'amusait, au fond. Mais je pense qu'il a une réelle affection pour vous. »

Tu hoches la tête en signe d'approbation.

« Je pense que c'est surtout parce qu'il vous apprécie beaucoup qu'il a décidé de vous suivre aveuglement. Je n'y peux pas grand-chose si en lieu et place d'un chien vous trouvez finalement un être humain. Je ne choisis pas nécessairement quand je reprend ma place...  S'installe un silence. Tu cherches tes mots. Je suis désolé, cela doit être assez confus à entendre, je ne saurais vous l'expliquer mieux. »

A vrai dire tu n'as jamais vraiment su comment expliquer cette tension si profonde entre animalté et humanité. Peut-être est-ce parce que tu es à la fois l'un et l'autre, que tu es si intimement et profondément influencé par deux pulsions différentes et si étrangement similaire. Voilà bien la raison de ton trouble. Tu es si fortement influencé par ces deux parties de ton être que les deux sont interchangeables.

«  Je m'en excuse, enfin tout du moins, je pense. Je suis désolée pour cette arrivée improbable, comme je vous l'ai dis, je n'avais vraiment pas prévu cela. Je n'étais pas prêt à revenir, dirons nous. Le chien souhaitait vous voir. »

Toi aussi, peut-être au fond, avais-tu voulu te confronter au meilleur ami de ton colocataire canin. Voilà pourquoi cette étrange et inattendu métamorphose était intervenue dans l'équation. Quelle étrange manière de faire connaissance.
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MessageSujet: Re: Canine ◭ Ft. Eustache   Mer 22 Mar - 12:45


Canine
EUSTACHE & CLARENCE

     Il ne sût s’il aurait encore pût l’aimer ; s’il serait à nouveau capable de lui parler, le flatter d’une caresse sur l’encolure. Les mots de l’homme voulurent donner vie à cet ami perdu, réconforter l’autre tandis qu’il se voyait déçu. Mais le chien devint l’image animale et désuète d’une paix que Clarence s’était un temps accordé avec lui-même. Il en vint à l’oublier derrière les regrets, se fermer à cette affection que l’on voulut lui vendre en contrepartie d’une vérité. Le chien s’était dénudé sous les traits d’un homme, et à présent qu’il lui serait donné de le voir, il ne verrait que l’humanité endormie au fond de ses entrailles. Il eut disparu ce jour-là, et aucune excuse ne saurait le faire revenir.
     L’homme dans ses vêtements ; Eustache s’il s’en rappela correctement, le bourdonnement du malaise qui avait suivi sa transformation l’avait empêché de bien entendre.
« Eustache, c’est exact ? »
     Il avait l’air plus grand à présent habillé, portant bien trop facilement les vieilleries que Clarence lui avait dénichées. Une chemise sans ornement. Un pantalon tombant à peine sur ses chaussures. De quoi couvrir son corps, avec l’espoir soudain de savoir le retarder dans ses départs.
« Votre grand âge vous-a-t-il fait oublié votre deuxième nom ? »
     Il y’eut une époque à laquelle il appartenait, où l’on sut se présenter de ses noms complets. Fier de ses origines, de ses branches familiales que l’on crût mentionner dans un simple nom. Ils se présentaient ici avec la familiarité de voisins de dortoirs, constituant l’une des choses qui fîrent regretter à Clarence d’avoir un jour su s’accommoder des boucles.
« Les prénoms sont bien trop de fioritures pour déterminé l’identité d’une personne, s’ils ne s’accommodent pas d’un titre. Ainsi j’apprécierais vraiment de connaître votre nom complet. »
     L’homme eut le droit a bien plus de sévérité que l’animal. La cause d’une gorge encore nouée, donnant à ses mots l’obligation de syllabes sèchent. Il sourit pour feindre sa gentillesse, lui faire accepter son intangibilité comme le naturel de ses interactions humaines.
« J’ai peur de ne plus pouvoir avoir ce rôle pour vous, pour lui… s’il est comme vous l’insinuez, doté de sa propre conscience. Mais si l’idée vous en dit, j’aimerais prendre le temps de connaître l’homme qui cohabite avec le chien, sinon comprendre ce qui vous lie ensemble. Quelques minutes, vous me les devez bien. »
     Et ils n’eurent plus que du temps à s’offrir.
     La rancœur de Clarence semblait avoir été ravalée derrière son sourire, encore crispé à ses commissures. Il n’eut jamais trop parlé avec le chien, sinon dans les banalités de ses pensées, le besoin de laisser s’échapper certaines remarques trop souvent bridées. Il crut pouvoir feindre sa gentillesse dans ses gestes, ses mots, sans n’avoir jamais été foncièrement méchant.
     S’il n’excuserait jamais Eustache de cette farce, il crût en sa faute tout autant qu’en la sienne. Il courrait après les vérités, les passés et les secrets. Récupérait les identités de ceux qui l’intéressaient ; et laissait s’échapper certaines pour se sentir encore vivre. Se savoir devoir finir ce projet qu’il menait depuis des années, oubliant au creux des pages de papier, les vérités qui y furent écrites. Il se plût à les relire, les redécouvrir comme un bon livre. Il se plût à croire en l’existence de ce chien, laissant au destin le choix de la vérité ou de son ignorance. Les deux firent mal, lorsque l’une lui fît prendre conscience de l’autre. Et il se sentit tout à la fois revivre dans sa souffrance. Regrettant son ami tout en s’enivrant de cette surprise qu’il eut laissé germer. Fermer les yeux sur des syndrigastis, pour leur laisser le temps d’une vie à souffler. Soixante-dix années à laisser celui-là insouciamment le tromper.
« Vous vous doutez que je souhaiterais garder cette histoire entre nous. Aussi tentante puisse-être l’idée de vous en vanter. »
     Il se retint de le faire s’asseoir, lui autorisant la liberté de ses gestes, en contrepartie à ce temps qu’il lui réclamait soudainement. Une jambe relevée et l’autre au sol, il rectifia sa position sur son accoudoir et détailla la parure volée enveloppant l’homme.
« Les vêtements vous vont plutôt bien. J’allais vous demander de me les rendre ultérieurement, mais s’ils peuvent acheter le secret de ce temps passé ensemble, je vous autorise à les garder. »
     Ce secret lui importait peu, gardant ses mensonges comme occupations et ses vérités dévoilées comme l’ennuie d’une histoire qui eut déjà été entendue. Seul cet appartement lui importait encore. Le fantôme d’un passé si délavé qu’il fût difficile à imaginer, s’accumulant depuis de dossiers qu’il voulut taire et faire oublier ; gardés pour lui dans la plus belle de ses réserves. Il voulut croire en l’insouciance d’Eustache, lui offrant un mensonge se voulant pacte de son silence.
« Aussi, j’aime venir ici et souhaite que ce lieu ne soit jamais découvert. Ma femme est décédée trois mois avant que la Guerre ne soit officiellement déclarée. A croire qu’elle l’avait sentie arriver et ne s'était pas donné la force de l'affronter. Le temps a laissé le deuil s’effacer, mais je tiens néanmoins à garder le secret de cet appartement en souvenir à sa mémoire. J’imagine que vous pouvez le comprendre. »
     L’air grave, les doigts nerveusement liés entre eux pour faire taire la souffrance de ce drame. Ce mensonge, aussi futile et insignifiant, était un frisson lui courant dans l’aine. Le plaisir de se savoir lui mentir lui aussi.




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MessageSujet: Re: Canine ◭ Ft. Eustache   Lun 27 Mar - 12:47

Canine
Clarence & Eustache

Who are you really?

Tu te sentais étrangement vieux, dans ces vêtements qui n'étaient pas les tiens. Tu te sentais rapidement mal à l'aise. Tu n'étais pas à ta place ici, malgré les vêtements emplis de l'odeur historique de ce lieux. Il y avait des souvenirs tout autour de toi et même si tu avais revêtu la tenue du propriétaire. Non, tu n'étais qu'une pale copie de celui-ci. Tu n'as pas ses souvenirs. Rien ne semble faire sens alors même que tu pourrais être lui, vêtu de cette manière. Pourtant, il ne passa une seconde sans que tu ne souhaitas comprendre ce que lui comprenait.

Il te redemanda ton nom et tu hochas sagement la tête. Celui-ci pourtant te reprocha une présentation bien trop succincte. Et il était vrai que tu n'avais fais que peu d'effort pour te présenter à ton hôte.

« Eustache Wolfgang Heddington, de mon patronyme complet. Voilà enfin une rencontre en bonne et due formes. »

Un léger sourire. Il était étrange de prononcer à voix haute ces différentes origines. Surtout en temps de guerre. Voilà un bien étrange mélange entre plusieurs pays pourtant aujourd'hui en guerre. Pourtant, tu ne te définissais que très peu comme tel. Tu avais depuis bien longtemps fait une impasse sur ces origines multiples, qui aujourd'hui encore n'étaient reliées qu'à quelques noms dont tu étais affublé. Allait-il t'en tenir rigueur ? Après tout, malgré les années, cette boucle est toujours et éternellement saisie dans la guerre. Toujours faudra-t-il choisir son camp. Pauvre fuyard que tu es, tu n'as jamais eu à fondamentalement choisir ton camp.

Ainsi voulait-il te connaître, toi derrière l'animal. Etrange idée, que tu n'aurais pas eu toi-même. Peut-être est ce parce que tu n'as jamais vraiment su faire la différence entre l'un et à l'autre. Tu n'as jamais souhaité la faire. Peut-être aurais-tu pu y arriver, avec une certaine volonté.

« Je ne sais pas si je suis aussi intéressant que lui, je dois bien l'avouer. Mais toujours est-il que je serais ravi d'apprendre à mieux vous connaître. Vous n'avez d'ailleurs pas précisé quel est votre nom complet... »

Retournement de situation. Après tout, tu connais depuis longtemps sa voix mais jamais tu n'as réellement entendu son nom. Ou tout du moins, c'est un secret que le chien n'a pas souhaité partager avec toi. Pourtant ce nom est connu, tu le sens, tout au fond de ta mémoire. Il est encore sur le bout de ta langage, comme une parole à peine prononcée et déjà oubliée. Situation fondamentalement frustrante, mais après tout, la rédemption est proche. Pourquoi pas ne pas tout reprendre à zéro ? Tu appréciais sa présence. Elle était apaisante. Comme un vieux souvenir que l'on retrouve. Véritable sensation de déjà-vu mais il était pourtant impossible de retrouver le goût premier de cette rencontre. Plus le temps passe et plus tu te rends compte de vos différences avec le chien.

« Vous vous doutez que je souhaiterais garder cette histoire entre nous. Aussi tentante puisse-être l’idée de vous en vanter. »

Tu secouas la tête. Il était certes fondamentalement tentant de s'en vanter mais quel était le but de cela ? Tu t'en vanterais sûrement si tu étais jeune. Mais avec l'âge, ce genre de petites blagues étaient à la fois jouissives et terriblement gênantes, puisqu'elles laissaient apparaître ton impossibilité à contenir ton double.

« Bien évidemment. Cela sera notre secret. »

Phrase terriblement puérile qui pourtant t'arrache un léger sourire. Tu ne peux t'en empêcher. C'est cette part d'enfant en toi qui ne peut se taire. Cela t'amuse, au fond, et tu n'oserais réellement l'avouer. Jamais tu ne le lui avouerais. Simplement parce que tu ne souhaiterais le blesser plus. Tu tiens à lui, quelle étrange sensation. Après tout tu ne le connais pas. Et pourtant impossible de désavouer cette amitié que tu ressens à son égard.

« Les vêtements vous vont plutôt bien. J’allais vous demander de me les rendre ultérieurement, mais s’ils peuvent acheter le secret de ce temps passé ensemble, je vous autorise à les garder. »

Tu esquisses un sourire, jetant un rapide regard sur les vêtements dont tu es revêtu. Tu ne saurais dire si ils te vont si bien, tu ressens uniquement l'odeur de ton hôte sur ces vêtements qu'il fait tiens dès à présent.

« J'ai l'impression d'être vous. »

Et c'était là clairement un compliment. Ton hôte était bel homme et semblait avoir un goût sur en matière de vêtements. Encore semblait-il l'oublier. C'était un homme charmant, et il l'était d'autant plus qu'il semblait fondamentalement l'ignorer. Il t'était pourtant impossible de penser à la gravité de la situation. Tu agissais avec innocence, comme si il s'agissait là d'une première rencontre on ne peut plus banale. Pourtant, voilà qu'il y a quelques minutes tu étais entièrement nu dans le salon d'un parfait inconnu, qui jusqu'alors pensait que tu étais un chien. Journée quelque peu mouvementée.

« Aussi, j’aime venir ici et souhaite que ce lieu ne soit jamais découvert. Ma femme est décédée trois mois avant que la Guerre ne soit officiellement déclarée. A croire qu’elle l’avait sentie arriver et ne s'était pas donné la force de l'affronter. Le temps a laissé le deuil s’effacer, mais je tiens néanmoins à garder le secret de cet appartement en souvenir à sa mémoire. J’imagine que vous pouvez le comprendre. »

L'air grave de ton hôte trouva un échos dans celui qui s'empara de ton visage, jusqu'alors si insouciant et joyeux. Tu déglutis difficilement. Cette déclaration venait de fondamentalement modifier tout ce qui venait de se passer. Tu regrettais amèrement cette situation et tu aurais préféré seulement fuir plutôt que d'affronter ce tête à tête. Tu étais définitivement mal à l'aise.

« Je… Je suis vraiment désolé. Je vous présente toutes mes condoléances, bien que ce ne soit une chose bien veine aujourd'hui après… Après toutes ces années. »


Tu te pinces les lèvres et détournes le regard, n'osant plus, désormais, affronter le regard de cet homme dont tu avais violé le havre de paix. Celui-ci serait désormais tinté de ce souvenir déplaisant d'un jeune inconnu nu dans le séjour. Quelle idée stupide lorsque l'on songe à toutes les belles choses que le couple ait pu vivre en ces murs.

« Je vous envie, en un sens, d'avoir encore un lieu où vous pouvez vous rendre pour vous souvenir. J'ai l'impression que mon passé s'est envolé depuis toutes ses années. »


Sourire profondément imprégné de tristesse, tu détournes encore une fois le regard, n'osant plus affronter ton regard.

« Je me sens stupide, excusez moi... »


Si il souhaitait fondamentalement te faire culpabiliser, la chose était réussie. Tu voulais fuir, déguerpir le plus vite possible de cet appartement auparavant inconnu, interdit et tu souhaitais tout oublier. Et pourtant, cette profonde amitié à son égard t'empêchait de te relever de ce canapé dans lequel tu étais désormais enfoncé. Tu te repliais sur toi-même, cachant du mieux que tu pouvais, ce malaise que tu éprouvais.
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MessageSujet: Re: Canine ◭ Ft. Eustache   Lun 27 Mar - 23:13


Canine
EUSTACHE & CLARENCE

« Clarence Bannerman. »
     Un nom pour un caprice.
     Ce n’était pas tant l’homme, malgré ses discours sur la courtoisie, qui s’intéressait à ces formules de politesses – sachant que trop bien ce que ces noms valaient désormais – Mais l’espion veillant encore en lui. Animalité identitaire s’accrochant à ses lèvres et à ses gestes sous la forme de tocs difficiles à corriger. Des mauvaises habitudes, dans le pire des cas. L’espion devenait méthodique lorsqu’il oubliait de l’être ; calme, lorsque colère et peur voulurent avoir raison de lui. Il y parvenait, faute du possible.
« J’étais parti sur le principe que vous le connaissiez. La faute au chien. »
     Les pronoms personnels semblaient s’en être allés avec l’affection qu’il eut portée à l’animal. Etrangement différent de l’humain, et il l’eut prévenu. L’ami canin devenait au son de sa voix l’image déformée d’un cabot. Celui que l’on appréciait avant qu’il nous morde.

« Si cela peut vous rassurer, je boutonne généralement tous les boutons de mes pantalons. »
     Il sourit sincèrement, amusé. Un instant de paix dans la tourmente de cette histoire qu’il venait de raconter. Car son regard s’était perdu sur cette image de lui-même. Et que s’il eut avalé chaque mot prononcé en se sentant jouir de cette crédulité offerte, il eut continué de se focaliser sur cette phrase qu’Eustache avait futilement prononcée : J’ai l’impression d’être vous. Qu’il y eut cru ou non, vint ce moment où il finit par en sourire.
« Cessez de vous excuser. Tout n’est qu’un fait à présent. Un passé. »
     Il voulut apprécier sa considération, et le fît sous le joug d’un plaisir lui ayant appris à mentir. Il n’eut pour sa défense pas été question de vengeance. L’amertume de la farce qu’on lui eut jouée était devenue accommodante, même si encore douloureusement présente. Il était un orgueil qui fût encore blessé, une déception recroquevillée. Et si ce simple mensonge suffisait à lui faire oublier qu’il pût encore avoir été ridiculisé, il n’était jamais là que pour protéger ses intérêts. Ce lieu, il y tenait. Pour des raisons bien différentes que celles déclarées, et tout autant avec mélancolie. Il souhaitait en rendre la valeur aux yeux d’Eustache, sans décemment pouvoir lui annoncer ce qu’il laissait accumuler là depuis tant d’années. Des secrets et des brides d’histoires tristement consignées. Et il serait un trop grand pouvoir d’en connaître l’emplacement. Clarence peinait parfois à comprendre ce qui le poussait encore à monter ces dossiers. L’habitude ou la curiosité. Il était un besoin premier de se savoir protégé des autres. Sa vie entière fût consacrée à la défense de son pays, « notre Angleterre » comme il le prononçait toujours. Petit patriote perdu dans le temps et l’espace. Il voulait comprendre les boucles et s’en protéger derrière de l’encre coulée par litres. Mais s’il semblait parfois récupérer l’excitation d’une découverte, il ne restait souvent que la fade curiosité continuant de le faire avancer. Le plaisir parfois, de devoir se mesurer à Galahad. Et en y repensant, cela fit plusieurs jours qu’il ne l’avait pas croisé.
     Ne vous sentez pas stupide, voulut-il répondre à Eustache, avant qu’une conscience quelque part le lui interdise. Elle dénonçait l’hypocrisie de cette phrase, et à défaut de savoir mentir, il ressentait le besoin d’être honnête avec ce qui lui restait à dire. Dans cette honnêteté offerte à lui-même, se dévoilait le plaisir de voir le visage d’un homme se ternir de la teinte qu’il eut choisie. L’embarras d’Eustache faisait bouder ses lèvres, obligeait son regard à fuir. Clarence n’eut espéré aussi grande victoire, et se sentit presque coupable de l’efficacité de sa tirade.
« Ne m’enviez pas. Échapper à son passé peut être une chance. A quoi bon tourner en rond ? »
     La nostalgie. Il la sentait peu à peu de trop dans son esprit. Dans son cœur aussi, lorsqu’elle venait y faire un tour. Elle était une compagne longue à partir. Parfois l’image d’une famille qu’il ne sut jamais comment aborder. Parfois l’image d’une femme qu’il eut aimée. Parfois seulement, elle devenait le souvenir de ce jour d’armistice qu’ils eurent fêté à la MI6. Il avait pleuré ce jour-là, il s’en souvenait. De joie, alors que toutes les autres larmes avaient su se taire près de six années.
« D’où venez-vous ? Non simplement géographiquement, temporellement aussi. Les lieux changent au fil de leurs époques, et cette boucle le démontre bien. »
     Il se releva de l’accoudoir. Naturellement impassible, il sentait le poids de ce deuil inventé entre eux et eut lui-même du mal à le savoir là.
« D’ailleurs peu de personnes semblent se faire à 1941. La plupart des syndrigastis présents s’y font parce qu’ils ont connu cette triste année, et même là les plus écorchés finissent par partir. Vous semblez faire partie de ceux s'y étant habitués. »
     Une intuition avec laquelle il venait chercher ses vérités. Les histoires de cet homme qu’il voulut accepter. Et il aurait eu tout le loisir de s’en débarrasser dès lors où il s’était transformé à ses pieds.
     Clarence tourna le dos à la pièce, s’avançant jusqu’aux grandes fenêtres dévoilant le ciel. Pluvieux, et lorsqu’il ne le fût pas, persistait le bruit des gouttes d’eau tombant sur les tuiles. D’une main il pinça l’arrête de son nez, sentant l’odeur du chien encore imprégnée sur le cuir de son gant. Il essuya son fantôme en plongeant brièvement son nez contre le tissu sombre recouvrant son bras, récupérant en chemin le parfum de cette lessive lui rappelant l’été.
« Vous servir quelque chose à boire vous aiderait-il à vous sentir plus à l’aise ? Ou bien vous tutoyer, étant donné que nous serons certainement amenés à nous croiser plusieurs vies restantes ? »




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MessageSujet: Re: Canine ◭ Ft. Eustache   Ven 31 Mar - 0:04

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Clarence & Eustache

Who are you really?

Son nom une fois prononcé apparaissait tellement clair. Mais oui, bien sûr, Clarence ! Ce nom était terriblement familier et était accompagné de plusieurs images du passé, d'un passé autre que le tien. Le chien se souvenait des quelques instants passé en sa compagnie. Le son même de sa voix sonnait comme une rengaine connue depuis des années, comme une balade susurrée, sans cesse répétée et toujours aussi douce. Sa voix reste réconfortante. Après tout, pour le chien, il reste un maître d'élection. Comment ne pas se sentir attaché à celui-ci ? Même tout ta forme humaine, tu ne saurais t'en empêcher. Un seul être ne saurait contenir une telle affection, et un tel dévouement. C'est plus fort que toi. Sentiment latent d'une reconnaissance infinie. Tu ne saurais expliquer pourquoi, c'est au-delà de tes capacités.

Mais le chien, lui, a une place bien trop importante à jouer dans cette relation. Peut-être Clarence est-il entrain de saisir peu à peu qu'elle est la nature de la relation qui vous lie, toi et lui. Mais comment l'exprimer clairement ? C'est incompréhensible, peut-être même inconcevable, pour quiconque n'est pas toi. Qui pourrait saisir la relation ambiguë qui s'est instauré entre toi et ton double canin ? Impossible d'envisager comment deux consciences pourraient cohabiter au sein d'un seul et même corps.

« Si cela peut vous rassurer, je boutonne généralement tous les boutons de mes pantalons. »

Tu ne peux t'empêcher de sourire, mais aussi de vérifier que tu as bien boutonner les boutons du dit pantalon. En effet, tout est bon. Tu hoches la tête, soudainement rassuré. Continuons de nous conduire en individus civilisés.

« Je les boutonne constamment, j'en conviens. Je vérifie même plusieurs fois ! »

Tu esquisses un sourire. Tu as l'air bien idiot à te vanter d'une telle chose, sachant avec quelle facilité tu peux te retrouver nu en diverses situations. Mais ce n'est pas assurément pas la même chose. Non, tu ne souhaites pas vraiment, au fond, te retrouver en tenu d'Adam si souvent. Malgré les années, tu ne songes pas à préparer des vêtements pour d'éventuelles mutations. Mais tu es si à l'aise avec ton corps, que l'idée d'une telle démarche ne t'a jamais effleurer l'esprit. Tu supportes si peu les vêtements à la suite d'une métamorphose. Tu supportes peu de chose du monde humain un fois ton costume de canidé ôté.

« Cessez de vous excuser. Tout n’est qu’un fait à présent. Un passé. »

Tu ne peux t'empêcher de sourire à nouveau. Cet homme sait utiliser les bons mots pour t'apaiser. Le chien a choisi un bon propriétaire. Peut-être avait-il perçu cette bonté chez cet inconnu. Peut-être avait-il flairer sa douceur et sa compréhension. Toujours est-il que tu étais très impressionné face à la sagesse de ce Clarence. Cela semblait si simple, de faire comme si tout cela avait eu lieu bien des années en arrière. Cela semblait si aisé de se tromper soi-même. Tu pouvais essayer mais au fond, tu ne te voilais pas la face. Les ressentiments du chien à son égard étaient encore bien trop vifs. On ne peut tromper un animal. On ne peut jouer avec sa notion du temps. Et l'un dans l'autre, tu étais profondément tiraillé entre l'envie de plonger cette histoire dans le flot d'une histoire déjà bien longue et la sensation d'immédiateté que représentait cet échange.

« Ne m’enviez pas. Échapper à son passé peut être une chance. A quoi bon tourner en rond ? »

Tu hausses les épaules. Bonne question. Mais à quoi bon vouloir tourner entièrement le dos à son histoire ? Bien triste idée. Pourtant, c'est la réalité de ta triste condition. Tu n'as plus aucun attachement à ton passé. Ta mémoire seule fait office de lien avec ton passé.

« Parfois, j'aimerais revenir en arrière, mais tout en conservant le peu de sagesse que j'ai acquis après toutes ses années, voyez-vous ? »

Tu t'amuserais sûrement de l'insouciance de tes jeunes années. Peut-être aurais-tu changer quelques unes de tes décisions, bien qu'aucune ne semble peser aujourd'hui encore sur ta conscience, ou peut-être l'as-tu simplement évincée. Tu serais curieux de jeter un regard neuf sur ton moi passé. Il serait étrange d'observer la rencontre de deux consciences jumelles et pourtant si dissemblables.

« D’où venez-vous ? Non simplement géographiquement, temporellement aussi. Les lieux changent au fil de leurs époques, et cette boucle le démontre bien. »


Tu souris. Cela faisait bien longtemps qu'on ne t'avait pas posé une telle question.

« Je suis originaire de Londres, et je suis née dans les années 1920. Je suis un ancien de la boucle voyez-vous ? Mes parents ont souhaité que j'intègre celle-ci pour m'éviter la guerre, mais étrangement, nous la vivons tous les jours depuis, tout autour de nous. Qu'elle drôle de chose. Air rêveur et voix qui s'éteint peu à peu alors que tu détournes le regard vers la fenêtre la plus proche pour observer le ciel grisâtre de cette ville qui t'as vu grandir. Et vous ? D'où venez-vous ? »

Après tout, le but de cette rencontre face à face, n'était-elle pas d'apprendre à mieux vous connaître mutuellement ? En effet, tu connaissais peu de choses en réalité sur cet homme. S'était installé entre l'homme et l'animal une confiance aveugle, basée sur bien autre chose que de simples mots.

« D’ailleurs peu de personnes semblent se faire à 1941. La plupart des syndrigastis présents s’y font parce qu’ils ont connu cette triste année, et même là les plus écorchés finissent par partir. Vous semblez faire partie de ceux s'y étant habitués. »

Tu hoches à nouveau la tête. Perspicace.

« Disons que je ne saurais comment vivre en dehors de cette période. Je n'ai jamais eu les … couilles, si je puis dire, pour partir. A croire que malgré tout, je suis plutôt attaché à notre bonne vieille époque. »

Tu esquisses un sourire en détaillant le visage de Clarence. Se lisait au creux de ses traits l'histoire d'un homme au passé mystérieux, qui t'était totalement inaccessible.

« Vous servir quelque chose à boire vous aiderait-il à vous sentir plus à l’aise ? Ou bien vous tutoyer, étant donné que nous serons certainement amenés à nous croiser plusieurs vies restantes ? »

Tu te relèves, t'en sentant soudainement obligé, lui adressant à nouveau un sourire.

« Si vous… Enfin, si tu le souhaites, cela ne me dérange pas. Et oui, je veux bien un verre. Et une cigarette, tout du moins, si tu fumes. »

Voilà encore un désavantage des métamorphoses. Impossible de conserver sur soi des cigarettes.
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MessageSujet: Re: Canine ◭ Ft. Eustache   Sam 1 Avr - 19:54


Canine
EUSTACHE & CLARENCE

     Voilà donc tout ce qu’ils eurent à gagner ? De la sagesse au prix de leur immortalité. Il souhaitait que cela puisse suffire, mais ne se sentait pas plus sage que l’homme qu’il avait été soixante-dix ans plus tôt. Il était devenu plus cynique, l’un des affres du temps, son écriture plus médiocre, déformée par les tremblements de ses doigts sur le papier. Il avait écrit tant de mots, bien trop, et la chaire s’était lissée au bout de ses doigts. L’homme ne pouvait être sage pensait-il, et qu’aurait-il fait de tant de sagesse récoltée à présent que la lucidité devenait une souffrance ? Il voulut parfois, souvent, revenir en arrière. Embrasser une vie qu’il ne pensait plus pour lui. Soigner les blessures ouvertes par la Guerre. Apaiser les colères, alors qu’il les eut animées dans ses silences, lorsque dans la nuit il fuyait un lit à peine chaud. Il eut un jour une place dans le sien. Mais dans sa solitude quotidienne Annabeth s’était réfugiée au centre du matelas. Là où elle pensait, les bombes ne pourraient l’atteindre. Là pensait-elle aussi, où elle ne pourrait tomber. Et lorsque son mari rentra à nouveau une fois la guerre terminée, elle eut du mal à se satisfaire d’un seul côté contre le vide. Clarence voulut souvent revenir en arrière, et se souvenait dans les méandres de ses regrets, de ce qui put l’avoir poussé à partir. Son seul regret fût alors d’être resté ici si longtemps, sans jamais s’y être senti à sa place. Il aurait souhaité pouvoir quitter Daphné aussi facilement qu’une femme, lorsqu’elle fût encore avec lui, et lorsqu’elle disparue. Il imaginait la vie qu’il aurait pu avoir, en ne rentrant pas seulement chez lui mais en dérivant vers d’autres continents à présent que la guerre fût terminée. Se savoir à porter de main de ce qu’il avait quitté l’aurait bien plus torturé qu’à l’intérieur des boucles, et il ne se serait pourtant accommodé que de quelques années à vivre avec ses doutes.
     Il entendit les histoires d'Eustache, docilement à l’écoute de ce qui put faire de l’homme ce qu’il était. Dans sa mâchoire s’était pourtant formé un tic. Un creux plongeant sa joue dans le vide.

« Je reviens. »
     Il disparut dans la cuisine, mettant à chauffer de l’eau avant de rejoindre son bureau au fond du couloir. Ses mains quittèrent leurs gants, attrapant avec avidité l’air en quelques contorsions. Il ne put jamais caresser le chien sans eux. Ses poils se déposaient chaque fois contre ses mains, et malgré les bandages, il sentait ce doux dépôt irriter les paupières. Elles voulurent tant de fois le voir ; voir à défaut, le monde que Clarence leur interdisait. Elles se contentaient de ce voile appuyé contre elles. Caresse parfois, et dans des cas comme celui-là, prison. Les gants retombèrent sur le bois du bureau, claquant leur cuir contre la surface vernis. Clarence se saisit d’une boite en métal posée dans son tiroir. Une partie d’elle, oubliée là comme tant d’autres choses. Il l'étreint de ses doigts, refermant derrière lui la porte de cette pièce gardée jalousement. Une habitude plus qu’une nécessité, ses dossiers ne s’étant depuis longtemps plus contentés de ses seuls tiroirs.
« Je te laisse la rouler. »
     Il vint déposer la boite en métal devant Eustache, laissant tabac, feuilles à rouler et briquet soigneusement rangés à l’intérieur. La sagesse lui avait certainement appris à être un homme, sinon un grand garçon.
     Il disparut une nouvelle fois récupérer son thé, oubliant que son invité put vouloir un café ou un alcool. Il lui avait rarement été donné de recevoir, et le thé faisait selon lui partie de ces habitudes à avoir lorsqu’on savait être bon hôte. Il le tenait de sa mère, même si ce fût chaque fois leur cuisinière qui le prépara. Peut-être lui fallait-il apprendre à tenir l’alcool pour devenir un peu plus comme son père. Et peu lui importait réellement, car il avait toujours préféré le thé au bourbon et à la vodka reçue fièrement par son paternel contre une poignée de mains.
« Je viens de Londres également. Je suis arrivé dans les boucles peu de temps après la Guerre. J’ai su la traverser mais y suis finalement revenu. »
     L’idée le fit rire. Il avait pris place dans le fauteuil faisant face à Eustache, las de vouloir garder son ascendant sur lui en restant debout.
« Peut-être changeras-tu d’avis. Il est parfois bon de quitter 1941 pour des époques moins sombres. Et je le dis en aimant bien trop cette époque pour m’en éloigner trop longtemps. »
     Ses pensées lui échappèrent et revinrent avec elles ce tic creusant sa mâchoire. De la colère, ou de l’agacement.
« Si je peux me permettre, pourquoi avoir fui la Guerre ? Il est du devoir de tes parents de s’inquiéter pour toi, et sans connaître ton âge exact, tu étais certainement assez âgé pour choisir par toi-même de t’engager ou fuir. Peu importe mon jugement, il n’a plus aucune importance maintenant. J’aimerais comprendre comment l’on peut consciemment choisir cette voie. Se donner le droit certainement, de fêter une victoire ne nous appartenant pas. »




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MessageSujet: Re: Canine ◭ Ft. Eustache   Mer 5 Avr - 21:41

Canine
Clarence & Eustache

Who are you really?

Ses longues années dans la boucle t'ont garanti une chose : la maturité. Tout du moins, une idée plus précise de la maturité. La faible atteinte du temps sur ton visage a conservé en ton coeur la flamme d'une jeunesse fougueuse. Encore aujourd'hui sommeille en toi l'ombre d'un cheval hennissant. L'agilité, la fougue de la jeunesse, l'inconscience, l'insouciance. Toutes ces choses rythment encore ton quotidien, quand bien même l'âge et l'expérience saupoudrent sur ces vieilles habitudes un brin de sagesse. Tes actions sont pourtant encore bien impulsives, irréfléchies. Peut-être grandir est-ce apprendre à gérer les conséquences de ses actes de façon plus réfléchie. Accepter sans rechigner la terrible sentence de toutes actions déviantes. Ainsi, ne serait-ce pas là la plus belle leçon de vie que pouvait t'apprendre ce voyage initiatique au coeur des méandres du temps ? Y avait-il seulement autre chose à en tirer ? N'est ce pas le but de toute vie ?

Es-tu satisfait de la vie que tu mènes, que tu as mené et que tu mèneras ? Seulement, une autre vie aurait-elle était possible ? Aurais-tu voulu d'une autre destinée ?

Cette discussion avec Clarence te plonge dans un profond état nostalgique. Repenser au passé, songer à nouveau à tout ce qu'il y avait eu avant la boucle… Voilà une chose que tu n'as pas fais depuis bien longtemps. Malgré le fait que tu côtoies aujourd'hui encore quelques individus qui sont à tes côtés dans la boucle depuis ses débuts, tu parles si peu de toute cette partie là de ton histoire. Elle appartient à un autre. La meilleure preuve de ce que tu avances étant que tu ne te souviens que très vaguement de toute ton enfance, de ton adolescence. Ce ne sont que de brefs instants, ternis par les années qui défilent.

Clarence dispose devant toi une petite boite en ferraille et tu le remercies par un grand sourire on ne peut plus chaleureux. L'odeur de la rouille mélangée à celle du tabac parvient jusqu'à toi et tu inspires profondément. Encore un objet qui respire le passé. Tu t'en saisis délicatement, l'ouvre et fait jouer entre tes doigts une feuille que tu emplis progressivement de tabac, t'appliquant pour que celle-ci soit parfaitement roulée.

« Je viens de Londres également. Je suis arrivé dans les boucles peu de temps après la Guerre. J’ai su la traverser mais y suis finalement revenu. »

Tu relèves les yeux en direction de ton hôte, qui venait à peine de prendre sa place sur le fauteuil face à toi. Tu refermes ta cigarette de fortune avant de la porter à tes lèvres. Tu n'avais jamais vraiment fais face à quelqu'un qui avait fait la guerre. Tu grimaces, légèrement gêné de l'habileté avec laquelle tu t'étais extirpé loin des champs de bataille.

« Peut-être changeras-tu d’avis. Il est parfois bon de quitter 1941 pour des époques moins sombres. Et je le dis en aimant bien trop cette époque pour m’en éloigner trop longtemps. »

Tu souris avant d'allumer la cigarette coincée entre tes lèvres.

« A vrai dire, je pars bientôt pour 1873, je te ferais parvenir mon appréhension de cette boucle qui m'est totalement inconnue. Cette époque est à la fois si proche et si éloignée de nous. Quelle chose étrange que ces boucles… »

Tu secoues la tête en tirant sur ta cigarette avant d'en souffler la fumée en l'air. Tu te mordilles légèrement la lèvre en appuyant ta tête sur ta main appuyée sur l’accoudoir, plongeant ton regard dans celui de ton hôte.

« Si je peux me permettre, pourquoi avoir fui la Guerre ? Il est du devoir de tes parents de s’inquiéter pour toi, et sans connaître ton âge exact, tu étais certainement assez âgé pour choisir par toi-même de t’engager ou fuir. Peu importe mon jugement, il n’a plus aucune importance maintenant. J’aimerais comprendre comment l’on peut consciemment choisir cette voie. Se donner le droit certainement, de fêter une victoire ne nous appartenant pas. »

Tu esquisses une grimace derrière l'écran de fumée formé par ta roulée. A dire vrai, tu ne saurais quoi répondre à cet homme ayant vécu la guerre. Comment dire à un homme qui a vécu la dure vie du front que tu as simplement fuit loin de toute responsabilité qui viendrait à engager ta propre vie ? Que vaudrait ta vie face à la gloire de ton pays ? Bien peu de choses, et tu en as conscience.

« Mon père était allemand. Je pense qu'il a surtout eu peur des représailles à son encontre. Mes deux parents ont bien vite considérés que je n'étais pas apte à combattre, et j'en suis moi-même conscient. Je crois que j'ai eu peur… J'étais immature, et égoïste »

Tu te mordilles la joue avant de tirer à nouveau sur ta cigarette. Tu ne t'es jamais vraiment demandé pourquoi tu n'avais pas fais la guerre. Tu sais que tu serais probablement mort si tu aurais été obligé de t'y rendre. Tu esquisses un pauvre sourire.

« A vrai dire, même si je sais que la guerre est terminée, et que nous avons vaincu, je n'arrive pas vraiment à en sortir. J'ai l'impression d'être condamné à y faire constamment face. Je ne l'ai pas affronté en face, mais j'observe jours après jours les bombardements sur la ville qui m'a vu grandir. »

Quelle condamnation terrible pour un homme ayant fait la guerre d'y être encore confronté, de devoir accepter de revivre encore et encore les même événements. Tu n'oses imaginer le traumatisme que cela représenterait. Au fond, tu te sens chanceux d'y avoir échappé.

« Je ne saurais expliquer pourquoi, mais aujourd'hui encore la guerre m'effraye terriblement. »

Tu ris nerveusement avant de détourner le regard.

« J'ai conscience du caractère blasphématoire de mes paroles. Tout jeune patriote devrait se battre pour son pays. C'est une notion que je n'avais pas durant l'année de mes vingt ans. J'étais bien trop préoccupé par mes pauvres petits problèmes personnels. »

Tu esquisses un sourire. Tu as bien changé depuis. Tu en as conscience. Peut-être ton choix aurait été fondamentalement différent si tu avais, aujourd'hui, à partir en guerre. Tu réprimerais tes peurs et tu te battrais, pour ce en quoi tu crois. Mais en quoi croit-on à vingt ans ? A si peu de choses. Uniquement à la caresse de la jeunesse sur un corps en fleur. Seulement aux regards, aux sourires, à la joie et non à la peur, à la mort, à l'odeur de la poudre à canon, aux visions horrifiques des tranchées. Tu sais à quoi ressemble la guerre, bien sûr. Tu as vu les photos de cette Grande Guerre. Tu les as vu, tu les connais. Et tu as eu si peur de revivre les même scènes. Tu n'aurais pu faire autrement que de succomber.

« Puis-je te poser une question indélicate ? Tu laisses courir un court silence. Quel est ta particularité ? »

Curiosité mal placée, qui balaye d'un geste ces craintes et cette angoisse face à la possibilité même de la guerre, l'existence fondamentale de ces horreurs commises entre les hommes.
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MessageSujet: Re: Canine ◭ Ft. Eustache   Mar 11 Avr - 19:14


Canine
EUSTACHE & CLARENCE

     Il se souvenait le bruit du papier frotté d’une extrémité à l’autre ; les longs doigts de sa femme caressant le tabac avec délicatesse. Elle traçait la ligne d’un champ en friche à l’intérieur de sa feuille à rouler, le regard à peine porté sur son geste. Il l’avait connue avec cette habitude, et s’était chaque fois refusé à fumer à ses côtés, se laissant le droit de simplement la regarder presser ses lèvres contre sa cigarette.
     Il fumait seul dans son bureau, déchirant le tabac à mesure qu’il en eu besoin. Encore parfois se saisissait-il d’une cigarette, préférant la plupart du temps une tasse d’eau chaude. La monotonie du temps passé lui eut au moins laissé ce plaisir à apprécier.

     Eustache avait comblé le vide d’une pièce autrefois imprimée de l’odeur du tabac; le vide laissé par une absence. Clarence ne put en prendre conscience seul. Les miroirs avaient disparu, et avec eux le reflet de l’existence qu’il menait en solitaire. Il savait être le fantôme d’une vie disparue, et comptait encore sur le retour de la version de lui travaillant à gagner leur paix. Être ici le rendait mélancolique, plus encore alors qu’il dû s’accommoder d’une compagnie nouvelle. Il y’eut pourtant la sensation de se savoir effacer un souvenir derrière un autre, alors qu’un corps fait de chair remplaçait celui d’un souvenir.
« Heureusement cela n’a pas suffi à priver l’Angleterre d’une victoire. »
     Clarence n’eut pas le pouvoir de lui accorder sa rédemption, incapable de pardonner une faute qu’il sut juger si longtemps. Et lui-même avait été protégé de la partie sombre de la guerre ; pour un dessein plus grand lui répétait son père, et il n’eut jamais été question que d’éviter l’horreur des tranchées. Protéger ses enfants, comme les parents d’Eustache l’avaient fait. Il était certain pourtant, que Clarence aurait attrapé l’uniforme qu’Eustache avait refusé. S’il y fût obligé, et s’il n’eut d’autres armes contre l’Allemagne que des jambes capables de courir et des mains sachant presser une détente. Mais il n’eut jamais l’âge d’Eustache.
« Ton père est né dans le mauvais pays. Ou a épousé la mauvaise femme, question de point de vue. »
     L’Allemagne était devenue une bête noire, ses fils des menaces. Il y crut lui aussi, car il ne combattit pas seulement une poignée d’hommes mais un Pays. Le Roi lui-même s’était lavé de toute origine Germanique en choisissant le nom de George et non celui d’Albert. Se méfier des Allemands s’enseignait dans les leçons depuis que la 1ère Guerre avait révélé leurs revers. Les haïr était devenu une évidence, lorsque par milliers ils pointèrent leurs armes sur l’Angleterre. La tolérance venait après, dans la victoire. Et toutes les souffrances ne la ramenaient pas. Clarence lui avait accordé une chance. De rares Allemands s’étaient ligués contre leur Pays, au même titre que l’Angleterre avait compté ses traîtres. Car le monde ne pouvait être noir ou blanc, et qu’il était bien trop facile de le voir en bichromie.

« Pourquoi revenir à l’heure d’une guerre qui t’effraie maintenant que tu as trouvé le courage de voyager vers une autre époque ? »
     Il s’autorisa cette dernière question. Rhétorique, car elle ne dût jamais être qu’une réflexion. De celles ne lui donnant ni tort, ni raison, et dont il n’attendit aucune réponse. Elle voulut ponctuer la conversation qu’Eustache semblait fuir. Lui-même venait à se lasser d’un énième débat sur la guerre, sans toutefois parvenir à s’en défaire.
     Il sourit doucement à sa dernière question. Banale, bien plus qu’indélicate. Il y avait répondu de nombreuses fois, l’avait posée également. Et cette habitude prise avait un jour effacé l’appréhension qu’il eut à partager ce qui depuis toujours l’avait poussé à s’isoler. Daphné n’était plus seule à avoir la garde de ce secret, et sans lui il lui en restait peu à chérir. Clarence n’eut plus de peine à le partager, il ne lui avait de toutes manières plus appartenu le droit de cette intimité une fois la boucle rejointe. Ses bandages restaient comme seule couverture, et il entreprit d’en défaire l’un des nœuds.
« Rien de dangereux, dit-il seulement. »
     Comme s’il eut besoin de le rassurer, alors qu’il ne fit que minimiser l’importance d’une telle particularité. Sa honte il la gardait pour lui. Elle était une trace laissée par le dégoût de sa mère devant une simple cloque au pied. Elle refusa toujours de panser ses blessures, fronçant le nez devant une goutte de sang. Dès lors elle n’aurait pu supporter la vérité des paumes bandées de son fils. Raison pour laquelle il crut devoir ne jamais lui avouer.
     De sa main droite il finit de dénouer les extrémités de son bandage. Il sut chaque fois les serrer, par peur qu’un tissu mal noué ne lui échappe et ne révèle ce qu’il pensait devoir cacher. Par peur qu’on ne lui arrache trop facilement, comme sa femme l’eut essayé tant de fois. Sa peur constante l’avait protégé. Une fois seulement il dû être dévoilé, et la panique même de cet instant lui revenait chaque fois en mémoire.
« Des yeux sont un jour apparus à l’intérieur de mes mains. Chacun dans une paume. »
     Il le racontait comme un accident. Comme s’il eut à dévoiler une cicatrice faite il y’a longtemps. Sa main libre il put la tendre vers Eustache. Paume au ciel pour qu’il puisse voir l’une des paupières. Il détestait s’exhiber, et la demande venait généralement après la question. Il accompagna alors ses révélations d’une prestation, fermant les yeux comme à chaque fois pour ouvrir celui restant à l’intérieur de sa main. Rapidement, le temps que sa pupille s’accommode à la lumière puis ne s’éteigne sur les doigts qu’il repliait. Sa main revenait se poser contre sa cuisse, et ses yeux il put à nouveau ouvrir. Il voulut toujours briser le silence d’une phrase teintée d’humour, et n’eut jamais la force de mettre les mots sur ce qu’il fût facile de deviner : Une paire aurait été suffisante.




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MessageSujet: Re: Canine ◭ Ft. Eustache   Jeu 27 Avr - 19:25

Canine
Clarence & Eustache

Who are you really?

La fumée de ta roulée emplissait peu à peu la pièce au sein de laquelle vous vous trouvez. L'odeur du tabac était étrangement agréable et même réconfortante. Voilà bien des années que tu avais pris l'initiative de te mettre à fumer. Avant tout pour te confronter à ton horrible papa. Il était terriblement en colère contre toi, mais peu importe. C'était ce que tu souhaitais. Tu vouais te sentir libre du moindre de tes mouvements. Affronter la figure paternelle de la sorte était en quelque sorte la garantie d'une certaine maturité. Tout du moins, c'est ce que tu espérais. C'était devenu une addiction. Il t'était impossible de passer une journée sans fumer. Les pénuries liées à la guerre t'empêchaient de fumer à volonté. Mais il s'agissait là d'une pratique que tu ne parviendrais jamais à évincer. Tu n'étais plus un jeune homme, bien que ton corps trahissait la toute jeune maturité du jeune homme que tu fus en entrant dans la boucle. Il t'était étrange de considérer que jamais plus tu ne vieillirais. Tu étais condamné à croiser le regard d'un jeune homme alors que tu vieillissais jours après jours.

Ces feuilles avaient pourtant l'odeur d'un temps passé. Une odeur étrangement féminine s'étendait dans les lignes du papier vieillit. Cette boite avait sûrement une histoire, qui n'appartenait pas à votre nouvelle temporalité. Non c'était une histoire échappée d'un passé encore bien présent à l'esprit de tous dans la boucle. Etrangement tu n'osais poser de question sur l'origine de cette odeur. Tu voyais dans le regard de ton hôte une certaine nostalgie. Il était mélancolique. Comme vous tous, finalement. Comment ne pas l'être quand le temps auquel on appartient n'est plus celui dans lequel on est né.

« Heureusement cela n’a pas suffi à priver l’Angleterre d’une victoire. »

Préférant l'humour à une quelconque forme de reproche, tu laisses échapper de tes lèvres un léger rire. Ta simple présence n'aurait su être décisive dans un tel conflit. Et en cela tu trouves ironique que toi, pauvre petit Eustache, tu aurais pu changer fondamentalement le déroulé d'une guerre si importante. Tu aimerais être si important mais cela serait bien trop narcissique de ta part de croire en cela.

« Ton père est né dans le mauvais pays. Ou a épousé la mauvaise femme, question de point de vue. »

Tu fronces légèrement les sourcils en te redressant. Tu n'avais jamais osé faire porter la faute à ta précieuse mère. Non elle avait été la bonne. Ils s'étaient profondément aimés, sincèrement, passionnément. Il n'y avait aucun doute à affirmer cela. C'était indéniable. Toi seul était l'erreur de leurs vies. Tu étais la chose qu'ils avaient probablement regretter jusqu'à la fin de leurs vies. Comment leur en vouloir ? Tu n'avais pas rendu la chose aisée. Il fallait leur accorder le fait qu'ils avaient une patience illimitée, pour survivre à un jeune homme tel que toi.

« A vrai dire, Mère était française. On ne peut faire mélange plus hétéroclite en temps de guerre, mais que veux-tu, paraît-il que l'Amour fait preuve de caprices aveugles. »

Tu esquisses un sourire. Toi, cavalier de l'amour infidèle, comment pourrais-tu savoir ce qu'est ce noble sentiment ? Toi dont les nuits lui sont dédiées. Toi dont le cœur s'est si peu souvent éprit d'un autre être. Pourquoi nier l'évidence de ton incapacité à profondément et sincèrement aimer ? Il n'y a peut-être qu'une exception. Son nom rythmé par l'interdit ne s'échappe de tes lèvres. Au creux de ton coeur, son visage enfantin accompagne pourtant le moindre de tes respirations. Peut-être est-ce cela que tes parents ressentaient dès le début de leur relation. Peut-être est-ce pour cela qu'ils ont continué à vivre ensemble, main dans la main, amoureux comme aux premiers jours.

« Pourquoi revenir à l’heure d’une guerre qui t’effraie maintenant que tu as trouvé le courage de voyager vers une autre époque ? »

Tu hausses la tête. C'est vrai que cette position est fondamentalement paradoxale. Pourquoi résider au creux d'un univers qui t'effraie ? Peut-être parce que tu ne connais rien d'autre. Partir serait fondamentalement difficile. Cette boucle, cette période, cette ville sont au creux de ton histoire, de ta personnalité. Partir serait peut-être nier ton identité. Comment parvenir à faire cela ? Tu te sens trop immature pour partir, malheureusement. Tu as l'impression d'être encore un enfant, incapable de quitter le nid familial. Cette ville t'embrasse, t'enlace, comme une mère aimante.

« Je n'ai jamais essayé de partir. Je pense que j'en serais incapable. J'aurais l'impression d'être entièrement nu, démuni dans une autre boucle. »

Tu aurais fondamentalement peur de ne pas t'adapter. Tu as ta place ici. C'est ici que tu veux être et nulle part ailleurs. Même si tu aimerais voir du pays, découvrir le monde en dehors de cette période qui est la tienne. Pourtant tu te sens attaché à ce lieu. Impossible d'en connaître fondamentalement la raison. Elle est ton foyer, ton antre. Tu t'y caches, malgré tout.

Cela engendre en cela ta curiosité à propos des particularités de tes semblables. Déjà parce que tu n'as pas l'occasion de voyager en dehors de la boucle mais aussi parce que tu ne peux t'empêcher d'envier le don des autres. Le tien n'est pas particulièrement fascinant. Tu ne saurais t'en féliciter et tu n'imagines pas que d'autres puissent te l'envier. Mais elle fait partie de ton identité. Comme chaque syndrigatis, tu es défini par le don que tu possèdes. Pour connaître un de tes semblables, il faut connaître sa particularité. Celle-ci en dit souvent beaucoup sur la personnalité de son propriétaire. Comment ignorer ton animalité après avoir fait face à ton double canin ? Tu observas ton hôte ôter ses gants, expliquant par la même qu'il ne s'agit pas d'un don dangereux. Te voilà quelque peu rassurer, bien que tu n'aies que très peu croiser d'individus au talent dangereux, violent. Peut-être est ce aussi parce que tu vogues entre les êtres de façon inconscientes, oubliant parfois qu'ils sont, comme toi, dotés d'une particularité.

« Des yeux sont un jour apparus à l’intérieur de mes mains. Chacun dans une paume. »

Tu ne pus t'empêcher de fixer ces deux globes oculaires lovés au creux des paumes de ton hôte. Impossible d'en détacher le regard. Il y avait quelque chose de fondamentalement hypnotisant dans ce double regard. C'était à la fois étrange et fascinant. A croire que cette paire d'yeux semblait plus propice à l'introspection et au regard posé sur l'autre. Comment cette particularité pouvait-elle fonctionner ? Est-ce un regard fondamentalement différent ou un double de ceux présents naturellement sur le visage de chaque être humain ?

« C'est … Exceptionnel ! Comment fonctionnent-ils ? Pourquoi les cacher ? »

Question peut-être stupide, mais celle-ci t'as échappé. Tu n'as pas pu la retenir. A vrai dire elle restait quelque peu légitime. Après tout la boucle était majoritairement dotée de semblables. Comment pourrait-il juger d'une autre particularité ?

« Je t'envie quelque peu, être un chien semble fondamentalement dérisoire face à une telle particularité ! »
Made by Neon Demon


Au clair de la lune,mon ami Pierrot,filons, en costume présider là-haut ! Ma cervelle est morte. Que le Christ l'emporte ! Béons à la lune, la bouche en zéro.

woufwouf

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Clarence F. Bannerman

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- Garde tout le monde à l'oeil -
❧ Boucle Temporelle : 22 mars 1941, retourné à une Guerre qu'il crut avoir un jour classé dans son passé.
❧ Particularité : Les paumes de ses mains se sont un jour courbées de deux yeux supplémentaires. Deux paupières qu'il condamne depuis à l'obscurité.
❧ Occupations : Curiosité ou intentions cachées, il remplit les pages de ses dossiers aux couvertures criblées des noms des syndrigastis qu'il rencontre.
❧ Miroir :
❧ Missives : 428
❧ Yeux de verre : 91
❧ Crédits : © Mad Hattress | Ananas de mes nuits et de mes jours


MessageSujet: Re: Canine ◭ Ft. Eustache   Sam 27 Mai - 22:20


Canine
EUSTACHE & CLARENCE

     Lui enviait le chien. Le canin pouvait disparaître et s’infiltrer, jouer d’une identité, aussi animale puisse-t-elle être. Il chercha, et ne sembla pas trouver la dérision d’un tel don. Aussi humilié pu-t-il être en ayant été berné par l’inoffensive attraction du chien – et tout ne fût que la raison de sa négligence – il sut reconnaître la valeur d’un don capable de le tromper. Qu’il fût de son fait, ou de celui de l'animal. Et s’il n’alla pas jusqu’à l’envier, trop attaché à son apparence humaine et encore amer de ce qui l’en séparait, il ne comprit pas cette soudaine jalousie ; admiration, s’il en fût un mélange. L’enthousiasme d’Eustache le mit mal à l’aise, d’un agacement prompt à assombrir ses traits. Sans modestie, car il lui faudrait être fier, il laissa le flux de ses mots s’éteindre dans le silence. Ses paumes retrouvèrent leurs bandages, les paupières devenues irritables à la lumière.
« Pour faire parler les curieux. »
     Il ne croisa pas son regard, laissant ses mots faire leur chemin jusqu’à lui, tempérés par un fin sourire déployé. Il détestait lui-même devoir les cacher, mais n’avait depuis longtemps trouvé d’autre solution à ce regard intrusif creusé à l’intérieur de ses mains comme un trou percé à la surface d’un mur. Le monde fut le même à l’intérieur de ce trou, les secrets identiques, les hommes similaires. L’obscurité était moins sombre mais l’équilibre devenait bancal. Une différence expérimentée sans autre récompense que celle de pouvoir ouvrir les yeux dans l'obscurité. Lorsqu’ils furent libérés de leurs chaînes. Deux entités qu’il reconnaissait à peine comme les siennes, et qu’il considérait encore comme deux amantes à cacher. Quoi que plus honteuses et difficiles à assumer qu’un adultère. Sans plaisir également, car il n’y eut rien de gratifiant à une telle différence.
« Imagine seulement devoir choisir entre deux regards, dont l’un n’apporte rien. Lorsque tu dois te saisir d’un objet, ton corps décide par lui-même de tendre une main plutôt que l’autre. La plus proche, ou la plus apte à exécuter ce mouvement. Il en va de même avec elles. Sans les rendre inaccessibles, elles peuvent sans consentement s’ouvrir par pragmatisme. »
     Peut-être étaient-elles un don, comme l’on surnommait parfois ce panel de particularités. Si tel fut le cas il ne sut comment l’utiliser à bon escient. Réellement, car il lui arrivait parfois de les laisser libres. Dans son intimité, lorsque des bandages trop serrés brimaient ses muscles, et que sa peau brûlée de quelques frottements se mettait à rougir. Lorsque les paupières se mettaient à souffrir, et la punition de ce voile dans lequel elles furent toujours enveloppées put désormais facilement être levé. Mais il sous estima toujours leur utilité, jugeant leur existence comme une malformation et non comme une évolution. La vérité était qu’il avait craint ne pouvoir entrer dans les boucles, alors que ses paupières ne purent être à la hauteur de ce que désignait favorablement Daphné comme une particularité. Il crut à peine à ces boucles et à leur existence, et persistait pourtant cette crainte de se voir en refuser l’accès. Félicitations, il avait finalement passé l'examen d'entrée.
« Ta particularité n’est pas dérisoire. Le chien est attachant, et l’on baisse vite sa garde devant un animal. »
     Son erreur, et il parlait par expérience, l’amertume encore chaude contre sa gorge. Il se saisit de sa tasse, en but deux gorgées. Le jasmin apaisait et rappelait dans sa saveur celles qui restaient à cette vie. Le tabac, lui, et il regretta presque de devoir revenir et ne plus le sentir imprégner la pièce. Il fumerait à sa place, assis dans son bureau car il fût rare qu’il s’asseye là. Il y manquait chaque fois quelque chose. Un cadre photo ou un objet. N’importe quoi susceptible de lui rappeler qu’il y eut encore une place.
« Que te manque-t-il exactement ? Tu envies démesurément un homme que tu connais à peine et qui ne possède désormais rien de plus qu’un autre. Il est facile de s’étonner de nouvelles particularités, mais certainement as-tu encore un lieu où te souvenir toi aussi. Tu vivais dans Londres, me disais-tu, à moins que les bombardements n’aient atteint ton foyer ? »
     Il voulut lui arracher cette adresse en contrepartie de celle qu’il eut donnée par erreur ; Lui prendre comme un secret sans qu’il n’en fût un peut être. Certainement n’irait-il jamais jusqu’à elle, emporté par le simple plaisir d’en connaître le chemin. Parce qu’il ne sut l’importance qu’Eustache put avoir pour lui, et s’il put prendre plaisir à enquêter sur lui. L’éternité ne manquait pas pour le faire, ses méthodes depuis peu l’ennuyaient. Il voulut rendre sa tâche difficile, ses recherches constructives, mais il n’y eut plus rien à construire dans ce monde éphémère et sans fin. Construire et détruire, aux bordures de ruines qui durent rester ainsi.
« Je pose moi-même des questions indélicates, s'excusa-t-il en une comédie. »




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