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 Canine ◭ Ft. Eustache

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Eustache W. Heddington

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- Husky Docile -
❧ Boucle Temporelle : Londres 1941
❧ Particularité : Se métamorphose en toutou bienveillant aux yeux verrons
❧ Occupations : Horizontale à la nuit tombée
❧ Miroir :
❧ Missives : 156
❧ Yeux de verre : 53
❧ Crédits : (c) mad hattress ♥♥


MessageSujet: Re: Canine ◭ Ft. Eustache   Jeu 22 Juin - 17:40

Canine
Clarence & Eustache

Who are you really?

Il n'y avait donc plus seulement une paire d'yeux pour scruter le moindre de tes mouvements, mais bien deux. S'ajoutaient à ceux présents sur le visage de ton compagnon, ceux lovés au creux de ses paumes. Etrange modification corporelle qui donnait à ce non-inconnu un caractère mystérieux. L'homme qui voit tout. Image longtemps associée à un Etat totalitaire, surveillant le moindre mouvement des habitants qu'il abrite. Quel ne serait pas la joie d'un grand dirigeant du monde si, à la place d'un simple regard, il pouvait en avoir deux, qui scruteraient, nuits et jours, les faits et gestes de ses sous-fifres. Cette particularité était synonyme de pouvoir. D'un pouvoir silencieux, discret, mais présent. Certes, cacher de tels yeux n'étaient pas chose aisée, quand on songe que pour dissimuler un regard il suffit de revêtir une paire de lunettes noires.

Malgré toute ton admiration, tu restais un simple curieux. Tu souris à sa réflexion. Cet homme avait une répartie qui te plaisait tout particulièrement. Elle faisait échos à la tienne. Enfin, à celle que tu pensais être la tienne. Pratique ancienne de la joute verbale. Mais il fallait reconnaître qu'il n'avait pas tord. Toute particularité autre que la tienne émerveillait le moindre de tes sens et ton âme enfantine se heurtait à l'absolue nécessité de comprendre, connaître, savoir. Il fallait que soient tiens les moindres détails concernant cette particularité. A défaut de la posséder, tu en connaissais les moindres aspects. Tu te projetais, imaginais son utilisation par un esprit tel que le tiens. Démarche fondamentalement narcissique, égocentrée. Impossible d'en faire abstraction. Les questions s'enchaînent. Une volonté divine manipule le moindre mot.

« Imagine seulement devoir choisir entre deux regards, dont l’un n’apporte rien. Lorsque tu dois te saisir d’un objet, ton corps décide par lui-même de tendre une main plutôt que l’autre. La plus proche, ou la plus apte à exécuter ce mouvement. Il en va de même avec elles. Sans les rendre inaccessibles, elles peuvent sans consentement s’ouvrir par pragmatisme. »

Tu hoches la tête, compréhensif. Tu ne saurais imaginé la réalité d'une telle condition. Tu cherches à comprendre. Telle une entité indépendante, ces yeux agissent sans la moindre recommandation. Tu ne saurais te sentir éloigné d'un tel homme. Le chien, lui aussi, est indépendant. Il exécute le moindre mouvement à son gré. Ta volonté s'évapore, lui laisse place. Si facilement. Il est impossible de réprimer ses pulsions, son besoin de voir le jour. Une telle particularité demeurait un poids à son possesseur. Toi-même parfois, regrette une telle présence. Vivre avec une particularité reste une vie douloureuse, impersonnelle. Comment parvenir à être maître de soi quand une particularité envahit et prend possession de notre âme ?

« Ta particularité n’est pas dérisoire. Le chien est attachant, et l’on baisse vite sa garde devant un animal. »

Coinçant la cigarette entre tes lèvres, tu t'enfonces un peu plus dans ton siège. Tu n'avais jamais songé à une telle chose. Le chien avait toujours été un compagnon insupportable, omniprésent. Jamais il n'avait été envisagé comme un allié. C'était un jumeau embarrassant. Le jumeau préféré. Celui à qui, tout sourit. Les paroles de Clarence font échos à ce sentiment. Celui de le voir être privilégié par tous, l'humain derrière, n'étant qu'un à côté fort encombrant.

« On oublie facilement qu'il y a un homme derrière. Je l'oublie, moi-aussi. C'est une particularité qui ingurgite énormément de choses. Je ne suis plus moi quand je suis lui, ou quand lui est moi. Il est indépendant, il a sa propre conscience, à laquelle je n'ai que très peu accès. Ce n'est peut-être même pas moi. »

Questionnement existentiel bien vague, pourtant mené depuis des années. Aucune réponse n'a été apportée à ces nombreuses questions. Qui d'autre hormis le principal intéressé pourrait démêler ces vagues idées ? Personne, à par toi, ne peut soutirer des réponses au chien. Pourquoi en as-tu si peur ? Si honte ? Il n'est qu'un cabot un tant soit peu attachant. Il n'est rien qu'un animal en manque d'affection, crevant d'amour pour le moindre inconnu. Tout ce que tu n'es pas. Non, loin de là. Tu ne t'agenouilles pas devant l'Amour. Tu ne pleures pas après lui. Tu ne jappes pas par impatience. Non, tu restes humble et silencieux, telle une tombe.

« Que te manque-t-il exactement ? Tu envies démesurément un homme que tu connais à peine et qui ne possède désormais rien de plus qu’un autre. Il est facile de s’étonner de nouvelles particularités, mais certainement as-tu encore un lieu où te souvenir toi aussi. Tu vivais dans Londres, me disais-tu, à moins que les bombardements n’aient atteint ton foyer ? »

Il n'y avait plus rien à pleurer dans ce Londres bombardé. Il fallait pleurer les éternels absents. Mais aucun souvenir physique. Tout avait disparu, détruit ici et là par une guerre sans fin. Il n'y avait aucune trace de ton ancienne vie, de tes origines.

« Mes parents vivaient en dehors de la ville, à la campagne. Je ne sais pas à quoi ressemblerait aujourd'hui leur demeure. J'ai grandi à Londres, mais je ne reconnais que très peu les quartiers que j'ai pu fréquenté. »

Tu baisses les yeux. Ta mémoire te jouait surtout des coups. Elle était trop vague pour poser clairement des souvenirs sur divers lieux. Il t'était clairement impossible de te souvenir avec certitude. Tout restait dans un flou opaque. Impossible d'en démêler le vrai du faux, de ce qui avait été affabulé par ton esprit vieillissant. Une inattention importante était aussi à l'origine de cette incapacité à se souvenir clairement. Comment s'avouer une telle chose ?

« Je pose moi-même des questions indélicates »

« Qu'elle idée ! »
annonces-tu en te redressant pour écraser ta cigarette dans un cendrier. Tu esquisses un sourire en te lovant à nouveau dans le fauteuil. « Cela ne me dérange absolument pas. C'est on ne peut plus normal. J'ai été quelque peu indélicat en m'invitant ici, malgré moi. »

De telles excuses étaient tout de même profondément sincères. Tu te sentais malgré tout coupable. Étrangement tu appréciais la présence de cet homme au double regard. Il était intriguant, un véritable mystère à élucider.

« Je n'ai à vrai dire que de vieux vêtements de mon ancienne vie. Mes parents ont fuit la guerre après m'avoir fait entrer dans la boucle. Je ne sais pas où ils sont, depuis tout ce temps, peut-être sont-ils eux aussi dans une boucle, quelque part. Dieu seul sait. », dis-tu en haussant les épaules.
Made by Neon Demon


Au clair de la lune,mon ami Pierrot,filons, en costume présider là-haut ! Ma cervelle est morte. Que le Christ l'emporte ! Béons à la lune, la bouche en zéro.

woufwouf

♡ ♡ ♡
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Clarence F. Bannerman

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- Garde tout le monde à l'oeil -
❧ Boucle Temporelle : 22 mars 1941, retourné à une Guerre qu'il crut avoir un jour classé dans son passé.
❧ Particularité : Les paumes de ses mains se sont un jour courbées de deux yeux supplémentaires. Deux paupières qu'il condamne depuis à l'obscurité.
❧ Occupations : Curiosité ou intentions cachées, il remplit les pages de ses dossiers aux couvertures criblées des noms des syndrigastis qu'il rencontre.
❧ Miroir :
❧ Missives : 428
❧ Yeux de verre : 91
❧ Crédits : © Mad Hattress | Ananas de mes nuits et de mes jours


MessageSujet: Re: Canine ◭ Ft. Eustache   Jeu 29 Juin - 22:45


Canine
EUSTACHE & CLARENCE

     Si Eustache put désormais être assuré d’une chose, c’est que l’homme qu’il venait de rencontrer, trop attaché à la vérité, ne s’accorderait plus à favoriser le chien. Il les liait tous deux à l’homme qui l’avait trompé. La matière canine avait disparue, et avec elle tout espoir de pouvoir rendre à Clarence l’insouciance de caresser « son chien ». Sa méfiance s’était aiguisée depuis des années, et un peu plus à présent, victime des fautes et trahisons qu’une vie aurait pu faire oublier. Il avait cent sept ans aujourd’hui, continuait d’accumuler ses haines en espérant un jour être capable de les relâcher dans un passé devenu assez vaste. Déjà l’était-il, alors que pour la première fois il se sentait convoiter une fin qui ne viendrait pas. L’homme vieux pensait à la mort, non sans vouloir disparaître, mais parce que son glas lui aurait procuré l’envie de se savoir vivre. Et rien ne fut moins vaste que les années qu’il avait passées ici. Il s’était isolé dans des habitudes prises de la réalité, gardant l’hésitation de ses mots et l’habitude de ses écrits. Il noircissait encore les pages comme s’il fût à la MI6, incapable de se savoir vivre dans une autre vie. Il avait pris conscience trop tard que celle qu’il aurait souhaitée mener lui avait échappée, bousculé par sa particularité, mais aussi par la Guerre, par une femme transformée par la peur. Il trouvait ridicule de continuer, mais ses doigts systématiquement s’attachaient se saisir d’un stylo et à continuer, pris au piège d’un rôle qu’il avait lui-même décidé de jouer. Le chien était furtif dans cette vie, et contribuait à l’en arracher le temps de quelques caresses et bâtons jetés. Il aimait loger ses mains dans sa fourrure, craignait que cela lui manque à présent qu’il n’existait plus. Il essaya d’en vouloir à l’animal de s’être dévoilé maintenant, voulant croire qu’Eustache n’avait pas choisi de revenir, et cela aurait signifié que le chien s’était lassé de lui. Il s’attacha presque aux souffrances qu’il avait infligé à son propre colocataire de chaire, se nourrissant de la naïveté humaine pour exister, même à l’orée du regard que Clarence lui avait porté. Mais l’humain l’agaçait, incapable d’être estimé par quelques confidences, et encore moins sur leur rencontre. Invité par mégarde, et Clarence s’était montré meilleur hôte que la situation l’aurait exigée. Il savait l’importance d’être placide, se demandait même s'il ne s’était pas habité à trop l’être.

     L’adresse qu’il avait cherché à lui soutirer sembla lointaine. Il n’avait plus mis le pied dans les campagnes bordant Londres depuis un long moment. Une dernière fois pour se rappeler ses couleurs, comme un souvenir déteint qu’il avait cherché à raviver. La peur de devoir en faire un passé, et retrouver le moulin dont parlait son frère lorsqu’ils étaient enfant lui rappela que le temps ne fonctionnait pas comme ça. Il n’arrivait pas à l’aimer cette campagne, ni même à l’accepter comme un lieu dans lequel on l’avait emmené. Il préférait les forteresses de Londres, des tours et immeubles de bêtons qu’il pensait à l’épreuve de toute menace. Quel ramassis de conneries il s’était laissé croire ; croyait encore comme aveuglé par là où ses racines s’étaient ancrées. Il savait au moins à présent où poser les pieds loin des missiles.
« La délicatesse se perd de toute manière. »
     Il s’accordait cette remarque avec un sourire étrange, tranché tendre et fourbe sur une partie de son visage. Le doute d’un pardon gavait ses mots, et cela lui avait seulement donné l’occasion d’une énième plainte à faire à ce monde. Il sut au contraire baisser les yeux bien assez tôt dans la marre de son thé pour jeter cette idée comme l’une de ses accusations à peine voilée. Le besoin profond de rappeler ses torts à celui qui s’était confortablement installé dans son canapé, cigarettes et thé en mains comme si l’Eden lui fût offert. Il portait ses vêtements et semblait fier, la nudité nageant dans ces vêtements mal taillés. Cela agaçait Clarence autant qu’il s’en amusait. Il fût le seul, après tout, à lui avoir tendu l’un de ses ensembles. On aurait pu croire que la patience se gagnait, et il semblait s’en être toujours couvert. La raison d’une éducation puis d’une particularité l’ayant poussé à s’effacer. La pudeur de ses paumes, et le fait d’être passé pour un con car il avait pris l’habitude de les bander. Eustache parlait de ses parents et il lui rappela les incohérences de sa propre situation. Lui seul avait reçu le fardeau d’un deuxième regard, atome perdu dans un monde que ses proches semblaient ignorer. Son anomalie l’avait isolé, couvert d’une pudeur déjà inculquée, puis d’une peur l’ayant mené à sa solennité ; à de l’humour craintivement gardé et à une courtoisie parfois maladroitement placée. Mais cela n’était qu’un parcours comme un autre. Chaque homme se relevait de ses souffrances, vivait avec en plus de construire sur les surfaces de ces cicatrices. Il avait obtenu du sien bien plus qu’il n’aurait pu l’espérer. Une femme simplement, comme un ancrage à quelque chose qu’il s’était un temps résigné à avoir. Puis les fractures de son époque avaient renversées son règne.
« Tu n’as pas l’air pressé de les retrouver. »
     La curiosité avait pris le pas sur l’excuse feinte de son indiscrétion, alléchée par de nouvelles questions, par une épaule haussée, et plus encore séduite par la facilité de cette discussion. Eustache se peignait de transparence, dévoilé subitement à un homme qu’il connaissait à peine. Que la facilité de ses mots ne soient vomis par mensonges, par son manque de pudeur ou car Clarence avait su gagner sa confiance, le culpabiliser assez pour qu’il lui accorde son temps, ils l’apaisèrent à mesure qu’ils lui répondaient. Il se donnait le temps de déjouer le piège de quelques mensonges, sachant depuis toujours les retrouver dans sa patience. Il lui fallait seulement assez de matière à examiner, de souvenirs qu’il rendait à leur identité. Il en avait même oublié le temps qu’ils avaient passés à bavarder. Le thé tiède était devenu froid au fond de sa tasse, la cigarette consumée pour sonner la fin d’un chapitre. Son vieil appartement perdait de son intimité à mesure qu’il s’accommodait de leurs présences. Celle d’un étranger qu’il aurait souhaité ne jamais inviter, et la sienne, comme s’il lui fallait quitter le monde de son passé. Drôle d’idée, alors qu’il était piégé, et il sembla toujours tenir à ces subtilités. Comme celle d’une invitation offerte temporairement. Il pensait que l’homme chien finirait par déjouer ses mensonges dans les parfums des pièces, les détails de quelques objets abandonnés là s’il y restait trop longtemps. Il craignait qu’y passer trop de temps lui donnerait l’illusion d’une invitation permanente, alors qu’il voulut taire sa curiosité pour qu’il n’ait plus jamais l’envie d’y revenir. Les pièces restaient closes, et la surveillance d’un concierge sénile et irréel ne suffirait certainement pas à protéger ce qu’il avait laissé là.
« Le futur reste le seul capable de nous ramener sur la trace des disparus, même s’il n’existe aucun futur assez proche pour les retrouver en vie. »
     Il déposa sa coupelle de thé contre la table basse.
« Nous devrions rentrer, je n'apprécie pas rester ici trop longtemps. Le temps ne nous manquera pas pour reparler, à présent que je sais qui se cache derrière le chien... »
     Au risque qu’aucun temps ne leur soit accorder, et cela s’inscrivait dans les règles du jeu qu’il avait accepté de jouer[.]




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