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 Didn't know what time it was, the lights were low, I leaned back on my radio (Clarence)

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August Hastings

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- Illusionniste mythomane -
Le gros Gus
❧ Boucle Temporelle : 22 mars 1941
❧ Particularité : Insuffle des images mentales à tout un chacun, distord la réalité dans la tête d'un individu
❧ Occupations : Expérimentateur chevronné
❧ Miroir : Va cliquer ailleurs :(
❧ Missives : 190
❧ Yeux de verre : 52
❧ Crédits : Lux Aeterna, Musset, Poe


MessageSujet: Didn't know what time it was, the lights were low, I leaned back on my radio (Clarence)   Lun 6 Fév - 0:25

Didn't know what time it was,
the lights were low,
I leaned back on my radio

- Clarence & August -

L'après-midi. Le gris du ciel ternit toute la pièce - il lui ôte ses couleurs, la draine de tout rayon éclatant et même le thé fumant dans la tasse de porcelaine ébréchée parait plus insipide. Ce restaurant semble n'avoir que la poussière pour invitée, à ton exception, August, les jambes croisées sur le fauteuil le plus confortable près de la fenêtre. Tu fais figure de modèle dans un tableau intime et intemporel où, sous les coups de pinceau imaginaires, tu sembles tout à fait incrusté dans les coussins du canapé - tu as l'air tout aussi poussiéreux que ce qui t'entoure, tu es pâle et tes mains sont si sèches qu'elles sont comme de vieilles feuilles de papier jaunies au moins aussi anciennes que le mobilier sur lequel elles reposent. Tu auras bientôt la centaine, tout de même.

Et toi, tu as cet avantage sur les gens que tu vois les couleurs dont voudrait te priver ce temps incertain. A l'extérieur, tu es fade, tu te fonds dans ton fauteuil (d'ailleurs même la couleur beige de la tapisserie rappelle le beige de ton costume) ; c'est ce que tu es, pour l'extérieur, tu es beige, on ne voit qu'une vague trace de beige plantée devant la fenêtre, inerte, comme si là avait toujours été son emplacement. Tu fais partie du paysage.
Mais dans ta tête, à l'intérieur, ton thé se révèle être un délice te brûlant la langue - oh, contrairement aux apparences, tu es plein de vie. Qui pourrait penser, a priori, que dans ce restaurant dont tu as tiré les rideaux des fenêtres pour profiter du silence, scintillent des plumes magnifiques, bleues, jaunes, irisées, juste pour toi ? Qui pourrait deviner que tu as ajouté à l'endroit quelques tapis brodés de fil d'or, que tu es en réalité un pacha en devenir brûlant de fièvre devant l'inconnu ?

C'est cela. Tu pars dans quelques jours - cette notion ne veut plus rien dire - ou plutôt, tu partiras bientôt, quand ça te chantera, puisque tu as tout ton temps ; promptement, il est vrai, tu ne mettras pas un nouveau siècle à te décider - mais quelle révolution dans ton esprit ! Te voilà un homme nouveau, un homme neuf ; tu es un homme qui va voyager.
Tu ignores cependant la façon dont les autres hommes se préparent à un tel périple. Toi, en tout cas, tu oscilles entre frayeur et excitation et, devant ton thé, tu songes à l'inconnu, au danger - puis l'odeur de la verveine t'entoure de sa fumée éparse et tu te laisses aller à ton imagination vagabonde, créant autour de toi les couleurs dont le monde est démuni. La radio souffle en silence un air de musique symphonique, entrecoupée parfois du murmure des explications quant à la Guerre - saviez-vous que les Allemands progressent en Europe plus vite chaque jour ? te demande la speakerine.

Tu as acheté les journaux dont tu lis tous les minuscules caractères. Tu deviens brusquement avide du 22 mars 1941 et veux en saisir la moindre parcelle. Tu veux graver dans ton esprit le moindre mot susurré à la brise, tu veux que tout Londres t'envoie le scénario du jour avec le détail des différents protagonistes ; tu as besoin de chaque fragment de cette journée avec toi dans ton voyage comme tu auras besoin d'Eustache - et tu deviens désormais un homme armé face à l'inconnu (qui aurait pu penser que la perspective de changer de jour avait un côté vaguement terrifiant ?). Ton dernier voyage remonte à une décennie et n'a pas duré plus de deux jours - ta capacité d'adaptation est formidablement atrophiée.

L'après-midi décline sur la soirée. Si tu pouvais le voir au travers des nuages, le soleil se délaverait en mille feux roses et argent. C'est l'heure creuse : on ne croise jamais personne au coucher du soleil. Et par une bizarrerie que tu ne t'expliques pas, tu t'es trouvé seul dans ce restaurant. Si cette journée revient sans cesse, ça, cette tranquillité inespérée, était une occasion comme on en croise peu et tu as saisis cette opportunité sans réfléchir - mais rien n'est éternel et la porte qui s'ouvre entraîne dans son mouvement la commissure de tes lèvres qui s'étire vers le haut. Dans l'embrasure de la porte s'érige la stature de Clarence.
« Bonjour Monsieur Bannerman. » Tu poses ton journal et lui adresses un signe de tête que tu as perfectionné au fil des ans - tu es d'une formalité excessive et t'en satisfais.
« Vous prendrez un thé ? Il reste de l'eau chaude dans la bouilloire. » Ton sourire se fait encourageant et tu l'invites d'un regard à prendre place à côté de toi. Tu apprécies ce monsieur Bannerman, comme tu l'appelles ; vous êtes souvent décalés, toi et lui, et tu as à son égard une sorte de respect teinté de compassion, tu ignores quoi exactement. Quoiqu'il en soit, la présence de cet homme te ravit, et tu lui poseras sûrement la question, plus tard, de savoir ce qu'il pense de tes intentions bourlingueuses, une fois que le dialogue sera établi et que tu l'auras fait rentrer, petit à petit, dans ton monde d'illusions.


Titre : David Bowie, Starman



I became insane with long intervals of horrible sanity.


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Dernière édition par August Hastings le Mer 15 Fév - 23:50, édité 1 fois
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Clarence F. Bannerman

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- Garde tout le monde à l'oeil -
❧ Boucle Temporelle : 22 mars 1941, retourné à une Guerre qu'il crut avoir un jour classé dans son passé.
❧ Particularité : Les paumes de ses mains se sont un jour courbées de deux yeux supplémentaires. Deux paupières qu'il condamne depuis à l'obscurité.
❧ Occupations : Curiosité ou intentions cachées, il remplit les pages de ses dossiers aux couvertures criblées des noms des syndrigastis qu'il rencontre.
❧ Miroir :
❧ Missives : 414
❧ Yeux de verre : 86
❧ Crédits : © Mad Hattress | Ananas de mes nuits et de mes jours


MessageSujet: Re: Didn't know what time it was, the lights were low, I leaned back on my radio (Clarence)   Sam 11 Fév - 15:27


Didn't know what time it was, the lights were low, I leaned back on my radio
AUGUST & CLARENCE

     Il n’y eut jamais d’instant parfait pour croiser August ; et lorsque leurs rencontres ne furent pas décidées, Clarence eut l’étrange impression de devoir se contraindre à lui parler. Il eut apprécié bien plus souvent leurs conversations que celles qu’il put avoir avec d’autres syndrigastis. Une déclaration qu’il ne partagerait pas, car elle serait une trop grande importance accordée à une personne qu’il eut à peine connue. Car elle ne fût pas celle dont il eut besoin. Il voulut chaque fois pourtant, se préparer à le voir ; ne pas se sentir pris en embuscade dans une pièce lui rappelant l’obscurité d’une salle d’interrogatoire.
« August. »
     Il lui sourit, avançant après hésitation dans la pièce. Inutile de fuir ce qui ne fût jamais qu’un autre solitaire. Ses yeux se posèrent sur la tasse qu’il tenait devant lui. La vape de fumée dansant à sa surface – Femme abstraite à la taille marquée – lui rappelait le froid qui put sévir dehors. Il savait la nuit approcher, et avec elle le besoin de se satisfaire d’une tasse d’eau tiède. Une tasse de thé, car il n’y eut jamais d’heure pour l’apprécier.
« Volontiers. »

     Sa bonne humeur avait fendu son visage la journée entière. Sourire si grand parfois, qu’il fût également prêt à fendre l’air. Ses dents elles-mêmes auraient pu s’étonner d’un si grand panorama sur l’extérieur (elles ne purent jamais voir l’horizon derrière les murs). Bouffée extrême de satisfaction, qu’il sentit en lui comme le fourmillement d’une excitation. Quant à la cause de ce soudain changement accusant la fièvre, il la gardait pour lui sans réellement savoir si ce fût elle. La partager ou s’en faire apprécier aurait été bien trop exagéré. Il se contentait égoïstement de la sentir rendre ses couleurs à son temps. Elle ne fût après tout, jamais que le spectacle de quelques sourires accordés à lui-même. Et s’il n’eut jamais été masochiste, – quoi qu’un peu – il se sentait coupable de se sentir heureux, d’espérer alors qu’il n’eut jamais aimé se reposer sur l’espoir. Attendre, impuissant car on l’eut décidé. Impassibles devant des actes que l’on aurait pu éviter ou contraindre à exister. Mais parce qu’il ne se sentit pas maître de son propre destin ce jour-là, aussi heureux puisse-t-il être, il ne put couper à cette partie de lui qui eut envie d’espérer.
     Il n’avait pas touché une seule feuille de papier, ni même était entré dans son bureau. Il s’était préparé du thé, car il ne put jamais s’en lasser, avant de s’être assis quelques heures dans son fauteuil pour lire. Les noms entendus durent devenir des visages, et il avait pris conscience que ceux qu’il entendait lui rappelaient son écriture charnue et distendue, déformant les lettres sur les premières pages de dossiers qu’il eut créés. Ses yeux se fermaient et leur obscurité devenait des lignes à l’encre. Noires sur un fond noir, car illusions, elles semblaient imprimées dans sa rétine comme si on l’eut marquée au fer. Overdose ou prise de conscience, il s’extirpait de ses recherches comme le vieil homme avait trouvé sa retraite. Il eut s’agit de vacances plus que de retraite, trop définitif pour être considéré comme tel, ce changement était l’orée menant à l’homme qu’il devait parfois s’accorder d’être. Celui se satisfaisant d’être.
     Se satisfaire de lire, de marcher là où il ne put être atteint. Se satisfaire d’entrer dans une pièce, et de savoir qu’il put parler à la seule personne lui faisant face. Aussi étranges furent leurs échanges parfois.
     Aussi étrange fût la pièce dans laquelle il était entré.

     L’invitation acceptée, il vint prendre place en face d’August, comme si la table eut été présente pour les séparer. Plus nonchalant qu’August pouvait l’être, aussi formel puisse-t-il continuer à paraître, il se glissait sur le siège comme l’homme sûr de lui croit pouvoir échapper aux conventions. Tout à la fois il se demandait comment Thaddeus put croire qu’il eut été un soldat. Il n’avait dans le regard, aucun des effrois que contaient ses histoires, et ses doigts ne furent jamais moins lisses qu’ils ne l’étaient, lustrés par la douceur de la porcelaine, n’ayant jamais eu à se rattraper à la terre friable irriguant les tranchées.
« Je ne me souviens pas avoir déjà vu cette pièce aussi accueillante. »
     Sa remarque était le doigt s’appuyant sur la toile pour survivre. Avec volonté il la déchirerait, retrouverait l’air qui lui avait manqué. Il aimait l’obscurité lorsqu’il ne la choisissait pas, et les rideaux tirés attentaient à cette idée. Ils furent pourtant, derrière la simple fonction de les priver des dernières lueurs du jour, les néons baignant la pièce d’une lumière colorée. Irréelle devenait-elle, autant que ces tapis que l’on eut étendus dans cette pièce sans attrait. Et ce bourdonnement... Des voix radiophoniques lui rappelant qu'il n'avait jamais entendu ici qu'un silence. En cet instant il put imaginer les tables occupées, silencieuses car elles écoutaient sourires aux lèvres, les promesses d'une victoire, et se sentir tout autant capable d'apprécier être l'un des seuls à exister. Avec August.
« Les nouvelles sont-elles bonnes ? »
     Son regard ne croisa pas le sien mais se posa sur le journal près de lui. Ses mains, confiantes, s’étaient saisies de la bouilloire pour se servir. La presse n’eut plus de nouvelles à apporter depuis longtemps. Il ne comptait plus les exemplaires qui purent être imprimés dans le courant de toutes ces années passées. Un support entretenant leur rêve au travers d’images et de mots qui resteraient les mêmes. Lire lui manquait.




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Dernière édition par Clarence F. Bannerman le Dim 19 Mar - 14:08, édité 1 fois
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August Hastings

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MessageSujet: Re: Didn't know what time it was, the lights were low, I leaned back on my radio (Clarence)   Lun 13 Fév - 22:39

Didn't know what time it was,
the lights were low,
I leaned back on my radio

- Clarence & August -



Clarence t'intéresse. Tu ne saurais trop expliquer pourquoi. Le fil de ta curiosité se fiche droit sur le cerveau de l'homme, et tu vois en vos échanges une sorte de défi intellectuel – tu le psychanalyses, cherches à sonder les profondeurs de son cerveau. A son approche, tu mesures le moindre de tes mots au papier millimétré – mais, oh, n'exagérons rien, tu n'en fais pas un sujet de tes bizarres expériences ; tu a de l'empathie pour lui et cette barrière t'en empêche, mais c'est presque tout comme. A vrai dire, tu le trouves agaçant ; tu n'arrives qu'à en saisir des contours, et dès lors que tu penses avoir coulé une idée dans le moule, il s'en trouve toujours une autre contraire qui dissout la mixture dûment réfléchie.
Une grande question te taraude : en est-il de même de son côté ? Perçoit-t-il vos rencontres comme autant d'exercices de style et de tactiques stratégiques ? L'inverse t'attristerait probablement, car ton adversaire ferait alors preuve d'une grande faiblesse – du moins songes-tu à cela alors que tu ignores si son sourire est enjoué ou simulé et que tu détailles avec soin le moindre de ses pas pour s'asseoir à ta table. Tu observes tout avec une attention non feinte : sa manière de s'asseoir, les muscles de son visage, ceux de sa mâchoire qui articulent ce volontiers si calme.

Tu accueilles la remarque de Clarence avec un sourire sincère et un signe de tête, un peu comme s'il t'avait remercié pour un service rendu – c'est que tu es fier de ta particularité et de l'atmosphère que tu as su rendre ici ; la peinture orientaliste t'inspire ces derniers temps, en témoignent les fauteuils perlés sur lesquels vous êtes installés. Et si tu sais que l'excès nuit à la beauté de tes illusions – tu n'as eu de cesse d'en faire trop durant tes premières dizaines d'années – tu ne peux t'empêcher de t'enfoncer encore plus dans les merveilles de ton imagination : ligne par ligne, des motifs géométriques se dessinent d'eux-même sur la table de bois vernis. On croirait voir là les ornementations d'une mosquée et les pourtours fleuris des temples de mosaïque, motifs symétriques et coulés d'or gravés dans le marbre de votre table.

Quant aux nouvelles, elles sont identiques depuis quelques décennies désormais :
« Eh bien, elles sont assez mauvaises. En Éthiopie, nous avons pris les positions italiennes sur la passe de Babile mais en Atlantique les Allemands nous ont coulé vingt-deux navires.
Un temps.
- C'est curieux, pour un vingt-deux mars, vous ne trouvez pas ? » Tu souris, rêveur, tout aux coïncidences que tu aimes à débusquer ça et là.
Les pages du journal se froissent sous tes doigts, laissant sur ta pulpe une marque d'encre noire délavée. C'est que vous ne voyez plus rien, dans cette atmosphère sombre, si sombre, de plus en plus sombre. Bannerman se saisit de la bouilloire, et c'est presque si tu t'attends à voir l'eau bouillante répandue sur la table et sur vos jambes – tu imagines la chair fondre comme de la cire, mais c'est qu'il fait si sombre.
« Vous permettez ? » Tu désignes la petite lampe à l'abat-jour vert, incliné vers le haut comme dans les vieilles bibliothèques, et allumes la lumière. Elle te paraît étonnamment spectrale, reflétant sur la porcelaine de vos visages une lueur verdâtre qui te donnerait presque la nausée – mais vous êtes tous deux là, éclairés par une phosphorescence intime, l'ombre des Yeux projetée en grand format sur le mur opposé.
Un instant, tu te mets à regretter l'éclairage à la bougie – cette lueur, cette douce lueur fragile et virevoltante d'un chandelier dessine de ses contours brouillés des scènes exquises dont un Delatour se serait saisi sans vergogne. C'est que le feu réduit tout un espace à ses seuls alentours ; et quelle joie plus délectable et intimiste que la force qui rassemble quelques individus autour de cette maigre source de chaleur, cernés par les ténèbres de l'obscurité.

Tu souris. Tu observes tes doigts glisser le long des marqueteries de chêne, ourlées de gravures orientales. Tu juges Clarence une nouvelle fois. En parlant des nouvelles de guerre... Et pourquoi... ?
« Monsieur Bannerman, pourquoi n'êtes vous pas sur le front ? Arrêtez-moi si je me trompe, mais vous n'êtes pas un vétéran. » C'est la curiosité qui parle en toi. Oh, toi, August, c'est ton nom de famille qui t'as toujours évité de tels ennuis. Ton nom, tes parents, ton manoir et leur compte bancaire. Mais pour ce qui est de Clarence, tu l'ignores totalement. Alors pourquoi n'est-il pas, lui aussi, embarqué en Afrique Centrale ou sur les côtes du Pacifique ? La guerre bat son plein, les bras ne sont jamais de trop – les yeux, en revanche...



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Dernière édition par August Hastings le Dim 5 Mar - 14:41, édité 2 fois
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Clarence F. Bannerman

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MessageSujet: Re: Didn't know what time it was, the lights were low, I leaned back on my radio (Clarence)   Sam 18 Fév - 0:24


Didn't know what time it was, the lights were low, I leaned back on my radio
AUGUST & CLARENCE

     Il n’eut pas compris de quoi eu l’air cette mise en scène avant de s’être retrouvé en face de lui. Il put être grand, imposer sa carrure comme une ombre étirée jusqu’au ciel, il eut été tout en même temps, sous le joug d’une royauté n’étant jamais que poudre aux yeux ; le dissident de cette politique imposée. August n’eut été le roi de ce monde que par sa propre volonté. Son fauteuil put être beau et confortable, un homme n’eut jamais dû être jugé par le siège sur lequel son cul était posé. Si tel fût le cas, le trône sur lequel il siégeait ne lui conférait aucun titre. Clarence méprisait ce pouvoir suggéré, forme de traitrise maladroite. Il ne sût en réalité qu’elle place il dût avoir devant un roi se revendiquant comme tel. Oubliant qu’il ne jugeait que ce qu’il était incapable de faire. Il ne fût pas hypocrite en accusant la particularité d’August d’être un espoir mensonger. Il ne fût pas question des mains qu’il crût pouvoir débander, ou d’une vie qu’il eut gâchée en fuyant si rapidement ce qui l’avait empêché d’être un mari. Il ne cherchait pas à condamner les rêves, lui-même ayant rêvé d’une réalité plus clémente. Il aimait simplement la réalité crue. Celle que l’on ne pût enjoliver en imaginant le soleil traverser un horizon sombre. L’illusion était une mièvrerie tendant à rendre con. Une dose de morphine pour supporter le voyage. Lorsqu’elle ne devenait pas une arme de plus portée douloureusement contre la conscience.
     Clarence s’était servi le même discours toutes ces années, tel un vieux disque rayé. Il avait cherché une raison d’apprécier les syndrigastis, ou du moins de leur accorder la compassion que sa condition humaine avait érodée. Peu importait l’image qu’il put avoir d’eux, ou la crainte que certains laissaient germer dans ses pensées. Il lui fallut accepter qu’ils ne purent à leur tour n’être que les victimes de leurs particularités, et qu’il ne pût décemment pas s’isoler des derniers êtres de conscience qu’il eut à côtoyer derrière l’empathie qu’il eut à l’égard des humains. Raison pour laquelle il ne résolu pas à pointer l’arme qu’était ses convictions sur la tempe d’August. Par loyauté envers lui-même, et envers ceux qui seraient à jamais ses compagnons de cellule. Il s’était révélé que ses mots le faisaient sourire parfois. Que ce jeu qu’ils jouaient à deux était une distraction au dessein plus grand que celui de tuer l’ennui. Il y’eut dans les yeux de cet enfant aux années d’homme, l’étonnante réflexion qu’il put prendre pour de la sagesse si elle n’eut pas été contredite par celle qu’il pensait sienne. Si ce même vieil enfant ne crut pas ardemment que maîtriser l’illusion fût une bénédiction.

     August alluma la lampe, et Clarence prit conscience que la nuit ne fût jamais qu’un interrupteur sur lequel appuyer.
« Tu sembles oublier que la force de l’Angleterre est de ne jamais s’avouer vaincue. Peu importe de perdre une bataille, si nous pouvons gagner la guerre. »
     Que les défaites ne soient jamais que des récits lus silencieusement. Une peine et un hommage intimement gardés, pour que les mots prononcés persistent à devenir des messages d’espoir. Tel fût le chemin à prendre pour ne jamais plier. Une pensée qui le ramenait avec mélancolie à leurs guerres, lui faisait oublier qu’il en fût écarté depuis des années. Il se saisit de sa tasse, en pinça le rebord du bout des lèvres. Le thé vint les caresser prudemment, à peine brûlant. Trop chaud encore, pour qu’il n’y risque la langue. La tasse boudée par ses exigences, il la reposa sur la table comme un enfant rechignant son repas.
« Que serais-je si je n’en étais pas un ? »
     Sa question fût sèche, dénonçant l’injure qu’il put faire à son soldat avant qu’elle n’ait été clairement formulée.
« Crois-tu que j’ai fui la guerre par lâcheté ? Ou serais-je simplement resté assis confortablement en priant pour que d’autres gagnent la guerre pour moi ? Cela m’intéresse de savoir quel scénario tu peux avoir imaginé après toutes ces années à m’observer. »
     Sa main droite s’ouvrit vers le ciel ; le plafond, puisqu’ils en furent privés. Elle cherchait les mots qu’il avait demandés, prête à les saisir en vol avant qu’il n’ait pu les oublier. L’exercice fût toutefois trop facile selon lui. Il put se montrer froissé, par besoin de préserver un mensonge qu’il eut servi, il ne sut encore quelle vérité il put lui offrir. L’unique vérité serait un bien trop grand cadeau offert. Celle tissée au fil des heures passées à parler avec Thaddeus, une forme de trahison faite à cet ami qui crut détenir le privilège de ses histoires. Il fût agréable de mentir, lorsqu’on sut en avoir l’art, et tout autant douloureux de le faire lorsqu’il n’y eut plus de mensonges à imaginer.
« Qu'as-tu fait à la même heure ? »
     Ses mots étaient calmes, effaçant les trace d'une comédie qu'il eut jouée. Son corps ne pût oublier d'être heureux.

     Il ne sût si ce fût la nuit qui devint oppressante, ou l’obscurité l’ayant suivie jusqu’ici, – Les lumières n’eurent d’effets que si elles furent réelles – mais ses yeux vinrent se tâcher. Il utilisa sa main droite comme couvercle sur sa tasse encore fumante, tuant la vie qui put chercher à s’en échapper dans sa danse.
« Sais-tu te défaire de tes illusions ? »
     Avant qu'elles ne détruisent une nouvelle fois sa réalité, si celle-ci existait encore.




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Dernière édition par Clarence F. Bannerman le Dim 19 Mar - 14:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Didn't know what time it was, the lights were low, I leaned back on my radio (Clarence)   Dim 5 Mar - 23:29

Didn't know what time it was,
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- Clarence & August -

Clarence est patriote. Tu ne t'étais jamais persuadé du contraire – à vrai dire, tu ne t'étais même jamais posé la question – et en faire le constat t'amuse. Mais à l'heure où le Pays est en guerre, qui ne le serait pas ? Toi-même portes le Royaume-Uni dans ton cœur à plus d'un titre, et te flattes de ta nationalité. Tu dirais même éprouver une certaine antipathie envers les pays de l'Axe, antipathie toute patriote et purement viscérale. L'attachement à leur nation rapproche les individus, porte l'espoir au sein de lui ! Quand ne restent que des ruines, reste au moins, le pays.
Tu sais de source sûre que vous allez remporter la Guerre et ne te formalises plus qu'à moitié, dirait-on, aidé par la Boucle, de l'issue des combats ; la guerre n'est presque plus qu'un fond de tableau, incapable de faire le moindre ravage contre le contrôle du temps. Tu ne vis pas cette guerre de la manière dont tu le devrais :
« Patience, encore quatre ans à tirer. » Cette remarque te fait sourire par son ironie. Quatre ans que tu ne vivras probablement jamais, à l'abri dans le confort de la boucle. Mais qu'importe ! Tu attends l'armistice comme si tu allais, un jour, y assister en personne, loin des récits des livres d'histoire.

Tu ne t'attendais pas en revanche à vexer – du moins le perçois-tu comme ça – monsieur Bannerman par le biais de ta question innocente. Il s'agissait de la plus pure curiosité, sans la moindre forme d'accusation : toi-même ne participes pas à l'effort de guerre. Il serait d'un bien mauvais goût de le reprocher à Clarence, non ; c'est le personnage qui t'intéresse sans que tu cherches le moins du monde à lui dicter une conduite ou à formuler un jugement de valeur. Il existe mille prétextes pour un homme d'échapper à la guerre. Tu te demandais simplement quel pouvait bien être celui de Clarence.
Et tu es plus curieux, encore, que tu as manifestement et sans même le vouloir, touché un point sensible.
Que pouvait être monsieur Bannerman ? La vérité est que tu n'en sais rien. Tu as dû lui poser la question au détour d'une rue, un jour, et il t'a vaguement répondu, mais de ces embrouillaminis tu ne retires rien. Un honnête homme, à tout parier. Quelques responsabilités, selon toi, tu ignores lesquelles, discret, peut-être dans un bureau ? Ni journaliste, ni avocat, ça ne colle pas, un secteur financier, peut-être, quoiqu'il n'est pas un homme commercial, peut-être dans la police ? C'est que Clarence est un homme droit et sur la réserve, tu le vois dans la méfiance que tu lui inspires – tu insuffles ce sentiment à plus d'individus que tu n'aimerais.

Tu es perdu en ce qui concerne Clarence. Tu ne parviens même pas à déterminer s'il t'apprécie. Que répondre alors au scénario de sa vie ?
« Je ne doute pas que vos justifications soient respectables, quoique vous n'avez aucune raison de vous justifier. J'étais simplement curieux, n'y voyez là aucune accusation. Je ne suis moi-même pas au front. Vous pourriez bien être ce que vous voulez. » Tu prends une moue de celui qui cherche à s'excuser – c'est que tu ne voudrais surtout pas froisser Clarence. Tu lâches un léger soupir comme pour mettre un terme à cette conversation et esquisses un sourire modeste.

A la même heure, tu étais au chaud chez toi. Tu ne manquais de rien de ce dont on peut manquer pendant une guerre, et tu étais protégé de l'extérieur par les épais carreaux des hautes fenêtres. Il te suffisait de tirer les rideaux pour que le théâtre du monde s'arrête à ton salon.
« J'ai voyagé de-ci, de-là. J'ai longé l'Afrique du Nord pendant quelques temps : j'étais au Caire, on y parle bien anglais. Mes parents avaient une entreprise là-bas. Puis je suis revenu, et j'ai naturellement rejoint la boucle. » C'est une série de mensonges qui tu profères avec le plus grand calme, convaincu toi-même d'avoir vécu de telles aventures ensoleillées. Quelques traînées de sable chaud se déversent dans les rainures nouvelles de la table et dans ta main. Tu en fais glisser quelques grains entre tes doigts, l'air presque nostalgique d'un temps révolu. Tu parierais voir, enfoncée dans le brouillard, comme une pyramide au loin...

La question suivante te désarçonne. Sais-tu te défaire de tes illusions ? Quelle idée !
« Bien sûr, réponds-tu du tac-au-tac, presque agacé.
Bien sûr que tu sais rendre toute sa place à la réalité, et tu peux te défaire de toutes tes fantaisies d'un battement de cil. Tu fatigues, même, parfois, et n'es plus à même d'utiliser ta particularité. Et comment, que tu sais te défaire de tes illusions !
Toutefois, ce qui te semble pourtant l'évidence te vexe quelque peu. Car l'évidence, justement, ne l'est peut-être pas tant. Oh, oui, tu sais te débarrasser de tes illusions ; en revanche, tu ne le fais jamais. Tu ne te souviens pas d'un jour que tu n'aies trafiqué d'une façon ou d'une autre. Il se trouve sans cesse un détail, au moins, qui te ne convient pas sous son jour véritable et que tu ne désires modifier. Mais tu fais bien la différence entre ce qui émane de toi et ce qui est réellement.
Ce que tu détestes le terme de « réalité » !

Tu voudrais montrer toute ta bonne foi à Clarence et souhaites te départir de toutes les illusions environnantes – les poufs, les plumes, les gravures, le sable, les perles – mais tu aimes ce que tu as fait de l'endroit ; tu veux le garder de la sorte. Mais peut-être, après tout, Clarence te demande juste par là de le soustraire à tes fantaisies ? Elles ne sont probablement pas à son goût et tu ne saurais lui imposer les tiens si souverainement.
- Oh, excusez-moi. Désirez-vous... ? Je suis navré.
Sans attendre de réponse et sur simple volonté de ta part, tu n'es désormais plus que l'unique spectateur de ton intérieur pseudo-orientaliste, seule alternative à même de vous satisfaire tous deux.

Tu contemples un instant ce que tu es seul à voir, et balances, de but-en-blanc :
- Je vais voyager, monsieur Bannerman. Je vais quitter cette boucle pour une durée indéterminée en faveur de 1873. Que pensez-vous de cette initiative ? » Tu lui sors ton sourire le plus encourageant.



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Clarence F. Bannerman

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MessageSujet: Re: Didn't know what time it was, the lights were low, I leaned back on my radio (Clarence)   Dim 19 Mar - 14:06


Didn't know what time it was, the lights were low, I leaned back on my radio
AUGUST & CLARENCE

     Il aimait parler de la guerre, la sentir revenir à lui tel un vent couvert de souffre et de suie. Elle était une conversation banale et désuète dont l’on dû se lasser depuis bien des années. Et il aima se la remémorer, imaginer qu’il ne pût décemment en être séparé depuis si longtemps. Car l’homme qu’il avait été eu encore des projets à mener. La guerre terminée, il apprendrait à nouveau à aimer sa femme, sa vie. Il aurait les enfants qu’ils n’eurent pas jusqu’à aujourd’hui ; participerait à reconstruire ce que les bombes et les armes avaient détruit. Il avait entrevu cet avenir, l’avait touché du doigt, pour finalement se retrouver ici à remuer la poussière d’une journée appartenant à son passé. Le triste sort d’un homme qui ne sut voir le temps passer, comprenant que bien trop tard qu’il ne pourrait le rattraper. Il entretenait depuis son amertume, l’ironie de sa condescendance à défaut d’avoir été capable de se saisir de l’existence que 1945 lui avait promis.
« Je le sais » , répondit-t-il simplement, déçu au fond de lui qu’August n’ait su se prêter à son jeu.
     Il ne s’était pas cru aussi bon acteur ; eut oublié qu’il pût à chaque mot découpé, menacer la fragilité du garçon. Souvent il le considéra comme un homme, méfiant de ses convictions comme de ce temps qui s’était égrainé en lui. Mais dans l’évidence même de son insouciance, il se saisissait d’une bienveillance qu’il s’étonnait chaque fois d’avoir. Il lui laissa le temps de ses récits, écoutant d’une oreille attentive les quelques mots choisis pour décrire une vie. Il n’eut aucun besoin de les noter, les noterait plus tard dans ses cahiers. Sur la forme d’une ligne écrite en italique, le ton d’une anecdote dont il eut peur de ne plus se souvenir.
« Je ne me suis pas emporté ; ou l’ais-je fais par surprise. Connaître tes suppositions m’intéresse réellement. M’amuserait même. Les quatre années restantes je les ai tirées. Je n’aurais décemment pu fuir le pays et le laisser à la merci de l’Allemagne. »
     Le dénouement de cette histoire, et il en était convaincu, n’aurait pu changer avec l’absence d’un seul homme ; et il crut paradoxalement, loin de la bonne conscience d’avoir su se tenir debout pour sa patrie, que le dévouement d’un homme valait bien plus qu’une arme de pointe tenue entre les mains d’un déserteur. Il regrettait à ce titre le confort dans lequel s’était enveloppé August. Le front ne lui aurait pas scié aussi bien que le ciel ensoleillé des terres orientales. Le parfum des épices couvrait à des kilomètres celle des cadavres que l’on eut laissé se noyer seuls sous les boues de terre, et si Clarence douta de ses capacités à survivre plus de quelques jours une arme en mains, il se sentit regrettablement agacé de le savoir y avoir échappé.
« Quand as-tu rejoins la boucle ? Je dois avouer ne plus m’en souvenir. »
     S’il lui eut dit un jour, certainement l’avait-il fait depuis, ces dates n’étaient plus que l’encre séchée d’une plume sur le papier.

     L’obscurité l’eut enveloppée aussi brutalement qu’une gifle. Elle était froide, parcourant son échine d’une caresse glacée, et ses doigts s’accrochèrent plus forts encore à la tasse qu’ils tenaient. La chaleur du thé s’épuisait contre sa main. Il la sentait humidifier ses bandages, atteindre sa paume meurtrie pour y caresser la paupière. La chaleur était agréable. D’une douceur telle, qu’il se garda le plaisir de quelques secondes volées à la surface du thé.
« Tu connais mon opinion quant à cette habitude que tu as prise. »
     Il crut avoir ce pouvoir sur lui. Celui de le moraliser à chacune de ses frasques, chacun des mots qu’il jugeait déplaisant. Il s’octroyait l’autorité d’un père, sans jamais n’en faire qu’un jeu entre eux. Il crut avoir la force et la sagesse manquant parfois à August ; prit un malin plaisir à faire valoir sa vision du monde comme s’il n’y en eu qu’une seule. Trop terre à terre et fier pour avouer préférer son illusion à ce restaurant aménagé sombrement en réserve. S’il lui fallait répondre, il assurerait que rien ne fût plus beau que l’imagination d’August, et qu’elle devenait tout à la fois la pourriture du monde qu’il adorait pour la beauté qui dû s'y perdre.
     Et August sourit au creux de mots annonçant son départ.
« Me poses-tu la question car tu redoutes d’y aller ? Je pense que le voyage te plaira. Edimbourg est belle, et l’on y fait de belles rencontres. »
     Si belle qu’elle se gardait le privilège de ses amis, les étreignant avec une telle tendresse qu’ils se refusèrent longtemps à le rejoindre au cœur de sa guerre. Si douce et pleine d’espoir qu’elle en fit disparaître certains.
« Pars-tu accompagné ? »




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August Hastings

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MessageSujet: Re: Didn't know what time it was, the lights were low, I leaned back on my radio (Clarence)   Dim 23 Avr - 23:16

Didn't know what time it was,
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- Clarence & August -



Les gens sont fascinants. On pense les connaître, ils sont nos voisins, nos amis, nos amours, et voilà qu'ils vous désarçonnent, agissent en autres qu'eux-mêmes et vous font reconsidérer l'ensemble de vos jugements. Oui, les gens sont fascinants. Tu es dans ton bon droit, donc, de chercher à faire sauter les carapaces, de passer la barrière des yeux pour y déceler un infini ; quelle tâche plus passionnante que celle-ci ?
Mais les gens sont complexes, de véritables puzzles constitués d'équations insolubles. La logique échappe à l'inconscient, la science des choses ignore la science des gens, au point que les gens sont étrangers à eux-mêmes. De ton œil extérieur, tu peux tenter de les décortiquer et de sonder leurs ténèbres – mais s'ils ignorent qui ils sont, ta quête est bien vaine, quoiqu'on peut en savoir plus sur une personne que la personne concernée.
Considérant ces données, il t'arrive ainsi de te fourvoyer sur un individu.

Oh, mais Dieu t'en garde, jamais tu ne révéleras le fond de ta pensée à Clarence ! Tes hypothèses, pertinentes ou erronées, doivent rester secrètes : tu es un joueur de poker qui ne divulgue jamais son jeu. Personne ne peut alors dire si tu bluffes ou pas, et si tu t'es trompé oui ou non.
D'autant plus que personne ne s'amuse à s'entendre dire ses quatre vérités, et qu'il n'est très agréable de se voir projeté dans une vie parallèle que l'on aurait, certainement, tout aussi bien pu mener – phénomène plus tragique encore quand sa propre condition est en-deçà d'un fantasme imaginé par un garçon avec qui on n'est pas forcément copain.

Alors Clarence a connu la fin de la guerre ! Il a connu ce que toi-même n'as jamais vécu, et brusquement tu sens en toi un pernicieux mélange de honte vis-à-vis de ton insolente remarque, et de jalousie. Tu n'as nulle raison d'être envieux, pourtant ; tu pourrais tout à fait sortir de la boucle un moment, assister à quelques années de l'Histoire, mais voilà, habitué que tu es au confort de ta situation, l'extérieur t'effraye horriblement.
Tu balayes ainsi toutes tes suppositions sans égard pour leur valeur, et ne peux t'empêcher, sans la moindre retenue, de lui poser la question qui te brûle aux lèvres :
- Mais alors, qu'avez-vous fait ?
L'histoire, ou plutôt, les mensonges de ta propre existence te paraissent soudain bien dérisoires, alors qu'ils te semblaient quelques minutes auparavant dignes d'aventures et de mystères. Tu voyais le delta du Nil, les côtes de Tunis et les saveurs de Marrakech, mais tu ne discernes plus dès lors que la poussière dans les yeux d'un homme qui a vécu ce que tu n'as jamais osé affronter.

Ta propre condition te paraît si insignifiante, à présent, que tu ne réponds qu'à mi-voix à la question qu'il te pose – sujet si peu intéressant qu'il ne mérite pas une réponse intéressante. Ta locution même change, d'habitude si claire et posée, n'est plus qu'un borborygme timbré.
- A ses débuts. Quelques jours après sa création.
Tu ne songes pas même à mentir, dépité que tu es. D'autant plus que tu lui avoues par là ton ignorance des jours, des mois prochains. Tu ne sais de la guerre que ce que tu en as lu... A peine vécu. Et tu n'es pas sans savoir des horreurs à venir dont n'ont pas conscience les gens ici... Mais que, comme eux, tu n'as pas traversées.

Comme tes idées, tes illusions s'envolent de l'esprit de Clarence, images trop curieuses dont la tendance principale est l'infiltration dans la tête des autres. Tu sais à quel point monsieur Bannerman est frileux envers toi, mais tu ne t'en fais pas. Tout bien considéré, après quelques décennies de réflexion, tu serais méfiant envers toi-même, et peines à comprendre qu'on puisse ne pas l'être – effet collatéral que tu n'échangerais toutefois pour rien au monde.
Tu hausses les épaules avec un sourire embrumé. Tu es parfaitement satisfait de ta maîtrise de ta particularité. Tu irais même jusqu'à penser que tu t'en sors en virtuose, car à traîner un tel don pendant un siècle, on aurait vite fait de rendre cinglés bien des gens, mais pas toi. Tes habitudes sont tout à fait saines, elles effrayent simplement monsieur Bannerman, à n'en pas douter.

Quant à Édimbourg, Clarence marque un point : tu n'es pas serein du voyage. Toi qui t'es vendu comme un éperdu pèlerin du Maghreb, tu te sens soudain assez peu crédible – tu diras que tu es sensible au froid. Mais tu ne peux tout de même pas confesser tes craintes à l'homme en face de toi.
- Je n'ai pas peur d'y aller, balances-tu, presque vexé par cette insinuation pourtant justifiée. J'y vais avec Eustache, vous le connaissez sûrement. Eustache Heddington.
Nouveau sourire et un instant de silence. Tu fixes à présent l'homme droit dans les yeux.
- Vous y avez fait de belles rencontres, n'est-ce pas ?
C'est une confirmation que tu attends là. Il te rassurerait bien, Clarence, à te dire que la vie est belle, que l'atmosphère de l’Écosse est un délice et qu'on n'a rien fait de plus beau que les Highlands enneigées. Et aussi, parce que tu sens que cette boucle est potentiellement chargée d'émotions et de souvenirs pour monsieur Bannerman.

Tu bois une bonne lampée dans la tasse de porcelaine. Tu en avais oublié ton thé...
Plus loin, la radio cesse de cracher les nouvelles des différents fronts et voilà qu'on diffuse un mouvement de la Symphonie Fantastique qui te glace le sang. Tu t'imagines déjà, perdu dans toute cette neige que tu n'as vue qu'une fois auparavant... Que ne crains-tu pas de quitter ta guerre, toi qui n'oses pourtant pas la vivre !
- Parlez-moi d’Édimbourg, s'il vous plaît.
Toi qui aimes les histoires, tu serais curieux d'entendre celles de Clarence...



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Clarence F. Bannerman

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MessageSujet: Re: Didn't know what time it was, the lights were low, I leaned back on my radio (Clarence)   Sam 27 Mai - 17:14


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     Il soupire.
     Les mensonges se ressembleraient dans un nouveau. Perdue entre deux, la vérité aurait pu s’y loger quelque part. Elle venait en bribes, dans un besoin parfois, d’exprimer ce qui put un jour le hanter. Un cadeau fait à Thaddeus dans le lot de mensonges qu’il lui servait, fait à d’autres lorsqu’il lui fallait parfois comprendre les choix qu’il eut fait, la vie qu’il eut cherché à mener. Elle dût être une quête pour apprendre à connaître qui il était, mais cette personne changeait, déchirait les espoirs aussi facilement qu’un contrat.
     Il voulut mentir à nouveau, comme il aimait le faire lorsque son passé fût mentionné. Le même, inlassablement, à croire que la monotonie d’un temps était bel et bien son inlassable présent. Ce mensonge demandait plus d’effort cette fois-ci, car il avait cru pouvoir se servir de son imagination comme d’une encre dans laquelle baigner sa plume. Sa propre imagination se fanait, conditionnée à ces mensonges qu’il multipliait en quelques histoires différentes. Ils demandaient un soupçon de vérité, l’écho d’un souvenir dans lequel il put tromper. Alors il se mit à réfléchir, travailler une histoire et faire le choix ou non de lui servir sur un plateau d’argent.
« J’ai attendu dans un fauteuil que les autres la gagne pour moi. »
     Ce ne furent pas ses mots mais ceux de sa femme. Une moquerie lointaine qui le fit rire malgré lui, car dans toute la bêtise de cette phrase persistait la haine qui dû l’accompagner. Une haine fantôme qui dû devenir indolore avec le temps, et qui continuait pourtant à lui faire serrer les dents.
« Mon père travaillait pour le parti conservateur – Contre le libéralisme bien plus que pour un parti, en réalité. Il aimait la politique et elle le lui rendait mal. Néanmoins voir son fils suivre cette voie lui évitait le front d’une guerre qu’il sentait venir, et il espéra toujours que ce dernier puisse faire mieux que lui. En excellent bourgeois il se raccrochait à la réussite bien plus qu’à l’argent et s'en défendait. »
     Il devenait son frère dans un récit vu de son œil critique, le sien, servait une histoire paternaliste comme la preuve d'une confiance qu'il peinait à avoir. Il avait appris à détester les discours politiques de ses souvenirs, lorsqu’il était enfant et que son frère écoutait son père la lèvre pendante, buvant ses paroles comme s’il eut été le héros d’un monde. Il les détesta plus encore lors de repas en famille plus tardifs. Les chuchotements devenaient plus nombreux, les apartés dans les couloirs également. Père et frère devinrent complices de leurs secrets, et il n’eut qu’à les regarder faire pour comprendre combien cela l’ennuyait.
« Cette histoire n’est pas des plus intéressantes. Tu l’aurais sinon déjà entendue. Nous voilà dans une vie où cela n’existe plus, et il en va mieux ainsi. »
     Par peur de se faire rattraper par ce passé bien plus que par désintérêt pour ce dernier.
« Nous avons lutté différemment, et cela n’est ni moins, ni plus glorieux qu’un combat au front. »
     Cela voulu conclure une conversation. Une formalité bien plus qu’autre chose finalement. Hésiter si longtemps à partager sa vérité, pour finalement usurpé celle de son frère. Il lui faudrait noter dans une marge ce nouveau mensonge, se rappeler à le dire comme un nouveau visage à porter. Celui-ci, pourtant, fût bien plus proche de sa vérité qu’un autre.

     August connaissait le chien. Ou le chien était connu de tous. Cela fût la seule réflexion qu’il se fit, alors que la rencontre avec ce dernier datait d’à peine quelques jours. Lui aussi détenait l’un de ses secrets, et après l’humiliation qu’il lui avait faite, il s’était imaginé pouvoir oublier jusqu’à sa présence. Le temps de digérer, seulement. Se rassurer enfin, qu’il ne pût être une menace. Son départ pour 1873 le rassurait, et il ne fût pas prêt à dévoiler ce qui put les lier. Alors simplement répondit-il «  A peine », car le connut-il vraiment ? Quant aux mots durement imposés comme une vérité par August, il n’eut rien à leur accorder. Ses doigts se saisirent de cette indifférence pour retrouver la chaleur d’une tasse de thé laissée le temps d’un récit dans sa coupelle. Une gorgée d’eau chaude dût ponctuer son temps de parole, assurer à l’autre qu’il entendait ses mots.
« Oui. Il est agréable de rencontrer des visages différents. »
     Tout sembla fade résumé en cette simple phrase. Trop rationnel, alors qu’une pointe de sentimentalisme dû être la réponse attendue. Clarence en prit vite conscience, rectifiant une pensée trop impersonnelle en un sentiment jugé universel.
« De trouver d’autres amis prêts à vous manquer. »
     Fut-il ce qu’August cherchait ? Des amis, comme le garçon solitaire qu’il semblait parfois devenir à l’intérieur de quelques phrases laissées derrière lui. Une réflexion futile pour un homme en ayant peu.
« Édimbourg ? Celle de 1873 est comme de l’or trouvé dans la poussière. Les usines émiettées se redressent, soufflent une fumée blanche et opaque comme la neige. Certainement que la ville aurait été plus belle en été. Les plaines se recouvrent de neige. Le ciel est laiteux et froid, la mer sombre et inhospitalière. »
     Dans ses bordures la ville devenait une toile vierge étendue par-delà l’horizon, son centre un cœur chaud battant à l’arrivée des fêtes de Noël. Elle fût encore en vie dans cette époque qu’ils convoitaient, Londres aussi, et Clarence n’eut jamais autant l’impression de remonter le temps qu’en retrouvant ce qui ne fût pas encore détruit. Des usines et monuments, comme des sourires.
« Mais le refuge est agréable, ses cheminées bien plus encore. Les habitants et syndrigatis sont chaleureux et souriants. Différemment, car ils n’ont pas vécu entre deux guerre. Les mots roulent et claquent sous leur langue. »
     Son regard tomba sur sa main, bandée et frémissante en retrouvant le souvenir du froid la glacer. Il cherchait la bonne réponse, celle qu’August attendait. Il pensait lui devoir plus. Parce qu’il lui eut demandé poliment peut être, ou parce qu'il prenait plaisir à lui offrir ça.
« Qu’aimerais-tu entendre exactement ? »




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August Hastings

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MessageSujet: Re: Didn't know what time it was, the lights were low, I leaned back on my radio (Clarence)   Mar 27 Juin - 10:45

Didn't know what time it was,
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August but les paroles de Clarence comme autant d'éléments précieux à conserver en tête, car il savait que l'homme en face de lui ne les répéterait plus. Connaître quelqu'un n'était jamais chose aisée, surtout en ce qui concernait monsieur Bannerman, et davantage encore quand celui-ci ne disposait d'aucune espèce d'affection pour August. Pourquoi diable prendre la peine de répondre aux vives interrogations d'un particulier trop curieux ?
Et un instant, un minuscule instant, Hastings douta de tout ce qu'ait bien pu lui dire Clarence, si toutes ces histoires de père et de libéralisme ne furent pas des mensonges montés de toute pièce, et si Clarence avait démasqué la supercherie et répondu aux mensonges par des mensonges. Il y aurait été dans son droit le plus fondamental, jugea August. Mais à vrai dire, il considérait également que le passé raconté de monsieur Bannerman manquait cruellement d'intérêt pour qu'il s'agisse là de mensonges ; quitte à cacher la vérité, autant l'embellir, l'enjoliver quelque peu, auquel cas mieux valait en fin de compte s'en tenir aux faits les plus exacts – à moins, bien sûr, de cacher par l'ennui quelque calamité dont on soit responsable.

Et Clarence finit par lui parler d’Édimbourg. Rencontrer des visages différents... Voilà bien un effet collatéral au voyage promis qui n'était pas sans inquiéter le garçon. Là-bas, l'accepterait-on parmi la foule locale ? Et comment était-elle, cette foule locale ? Voilà que Hastings, qui n'avait jamais brillé par sa sociabilité, s'inquiétait de savoir si oui ou non il parviendrait à se faire aimer des autochtones ; s'y ferait-il rien qu'un ami, en Écosse, tout prêt à lui manquer, comme disait Clarence ? S'il aimait sa solitude, parce que sa particularité faisait office de la plus merveilleuse des compagnes, il manquait toujours d'un public, et de leurs prunelles à saturer d'étoiles... Alors, pour que ces angoisses se dissipent, il avait demandé son aide à Eustache. Ainsi, il ne serait jamais tout à fait seul...
C'était donc ainsi. Oui, monsieur Bannerman y avait fait de belles rencontres, qui lui manquaient désormais... Et si August s'empêcha de questionner son interlocuteur plus avant, c'est qu'il aurait lui-même dédaigné à répondre à de telles interrogations, aussi ne les imposa-t-il pas à Clarence. Après tout, il ne s'agissait de rien qui put le concerner, et on ne se livrait pas de la sorte à un gamin antipathique.

La description de la ville, en revanche, eut sur Hastings le plus bel effet ; en premier lieu désappointé par l'usage de qualificatifs peu engageants pour décrire la mer ou l'horizon, Clarence sut séduire son auditoire en second lieu, à la mention des habitants. Voilà qu'August s'imaginait à présent au refuge, qu'il n'avait que brièvement aperçu et pas suffisamment pour s'en faire une idée convenable, comme un hameau paisible et chaud où l'on ne pouvait que se sentir bercé par la douceur des flammes dans l'âtre ; et plus loin, dans le restaurant bêtement terne, mais pour August tout ourlé d'or et de plumes, un feu s'alluma dans l'âtre, contraste étonnant avec les trésors orientaux qui gisaient ça et là.
August sourit pour lui-même. Ferma les paupières un instant, car il se représentait mieux les choses quand il ne les discernait guère, et se laissa aller dans son fauteuil, les mains jointes autour de la douce exhalaison de la tasse de thé.

Plus rien n'existait sinon lui-même et sa fabuleuse imagination ; Clarence disparut en même temps que l'univers, pour ne laisser place qu'à ce que l'on faisait de plus agréable, et destiné à August uniquement, à lui et lui seul – la chaleur de l'endroit, la neige à l'extérieur, la douceur du fauteuil de velours, et cette voix à son oreille qui lui chuchotait qu'il s'agissait là d'un avant-goût de Paradis, de son Eden exclusif et inviolable.

Pour autant, il prêtait en demi-teinte une écoute toute attentive à monsieur Bannerman ; il ne se serait guère permis de lui manquer davantage de respect, et s'arrangea pour qu'il ne paraisse sur son visage trop rien de ses états d'âme intérieurs.
Il ouvrit les yeux à la question que l'homme lui adressa, et son sourire ne vacilla pas d'un pouce. Il manqua de lui avouer qu'il entendait déjà tout ce qu'il désirait entendre – ou plutôt, plus important encore, qu'il voyait tout ce qu'il désirait voir, et qu'il n'avait donc aucune attente en particulier car il maniait la réalité selon son bon vouloir. A ce compte là, il ne souhait qu'entendre ce qu'il ne pouvait pas lui-même se procurer, entendre des expériences que seul Clarence pourrait lui raconter ; il voulait savoir, connaître, percevoir, tout ce qui n'émanait pas son imagination pour pouvoir, par la suite, l'intégrer à elle ; il se moquait d'entendre ce qu'il désirait entendre, car il n'avait besoin de personne pour cela, ses désirs se suffisaient à eux-mêmes. Non, il voulait un récit pur, authentique, riche, exotique : il voulait entendre Clarence dans tout ce qu'il avait de Bannerman.
- Eh bien, tout ce que vous aurez à dire.
Son sourire se tarit légèrement, avant de laisser place à un autre, tout spécialement étudié pour qu'il convint à Clarence.
- Vous savez, je me moque de la vérité, et du mensonge, aussi. Ces deux concepts n'ont pas la moindre valeur pour moi. Alors dites-moi ce qu'il vous plaira, n'enjolivez rien et ne me ménagez pas, ne vous donnez pas cette peine. Toutes vos paroles me satisferont.
Il réfléchit un instant et ajouta :
- Bien que je vous sois déjà reconnaissant pour ces informations. Je vous remercie pour cet aperçu, monsieur Bannerman.
L'air ingénu et parfaitement innocent, il siffla le reste du contenu de sa tasse. Clarence était une sacrée trempe d'homme, et il regretta légèrement que ce dernier ne l'apprécie guère – du moins en était-il convaincu.



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MessageSujet: Re: Didn't know what time it was, the lights were low, I leaned back on my radio (Clarence)   Sam 8 Juil - 0:08


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      Comme il détestait ses « monsieur Bannerman », amusant parfois, puis imprégnés d’indifférence ; il les écoutait par habitude et se retrouvait dans de simples remerciements à les trouver ridicules. Tout autant que ce visage abrutissant de candeur, pris au piège du temps et il ne fit pas même l’âge qu’il dû avoir physiquement. Les rides l’avaient épargné, non qu’il fût déjà vieux de ses vingtaines d’années, mais elles semblaient injustement s’être emparée de la jeunesse de Clarence avant ses 25 ans. 26, il ne se souvenait plus réellement l’âge du garçon, soudain faible des secrets qu’il crut connaître, noyés derrière tant d’ancre qu’il se les rappelait à peine. Ne plus savoir l’usait, tout autant que les connaître. La futilité l’emportait, rien n’avait jamais été plus insignifiant à présent que leurs âges. Ils n’eurent plus rien à rattraper, plus aucunes vies à jauger. Une longue et lasse monotonie, à laquelle le mensonge pouvait faire face dans ses récits, et moins les vérités qu’il rechignait à partager. L’on aurait parfois dit un animal chérissant sa carcasse, conscient qu’elle ne lui fût plus d’aucune utilité, et se refusant tout autant à l’abandonner. La sienne effleurait de trop près sa pudeur, assez pour qu’il ne perde les mots qu’il eut à dire – ne les étouffe. La croûte charnelle d’Edimbourg grattée, il ne lui restait plus que les histoires de ses amitiés et de ses crimes. Des mensonges, parce qu’ils furent omniprésents là où il allait, des amitiés aux sens inexactes et des abandons. Un enchevêtrement de souvenirs qui n’eurent aucune place ici. Pas avec August.
« Peu importe, il n’y a rien que je pourrais dire de plus. Je me souviens à peine mon premier voyage en 1873… » Il avait baissé les yeux, l’expression meurtrie par des paupières tombées lourdement sur ses pupilles. Elles cherchaient, dans l’obscurité de yeux mis clos, le bois d’une table sur lequel nageait le reflet de la lampe murale, une bribe du souvenir qu’il avait perdu. Daphné le lui avait enlevé, l’avait emporté avec elle en choisissant de disparaître. Il ne savait même plus s’il eut envie d’y aller la première fois ; pensait que cette envie était celle de son amie. « Ce souvenir aurait été important, je crois. »
     Il aurait rendu à Édimbourg son panache, pensait-t-il, se fourvoyant à l’idée qu’il ne fût pas heureux de la retrouver à présent qu’il sut à quoi s’attendre.
« Pourquoi ne pas me dire ce que toi, tu attends d’elle ? »
     Il sourit, non par fierté – L’exposer aux complexités d’une conversation qu’il avait entamée n’avait pas été calculé – mais parce qu’il sentit la curiosité s’emparer délicatement de lui. Elle brillait dans ce pauvre sourire désormais tordu par fatigue, s’était mise à luire sur la surface de sa rétine, mêlée au reflet de la coupelle blanche posée devant lui. Il parlait d’Edimbourg comme d’une femme, et reconnut combien il put être stupide de la personnifier ainsi. Mais qu’aurait-elle pu être dans sa magie, alors qu’il n’eut depuis longtemps plus crut en Dieu ?
« Un voyage ne se fait jamais sans attentes. »
     Il aurait été humble de parler des siennes, de mentionner qu’il avait d’abord voyagé pour Daphné. Mais l’égoïsme l’étranglait depuis toujours, assez pour savoir qu’il n’avait jamais été question que de lui. Cet autre garçon, que voulait-il ? Il redoutait que la réponse puisse-t-être la même qu’à chacun : Aller ailleurs. Cela paraissait censé, lui-même reprenait le chemin de l’Écosse pour se savoir libre de pouvoir partir. Mais peut-être y’eu-t-il quelque chose de plus profond à ces départs, Clarence croyant qu’August put le savoir.
« Le risque que je parle de cette ville avant toi est que je n’efface le fantasme que tu t’en fais. »
     Comme s’il savait ses mots rudes, sombres et caricaturaux. Il sut aussi combien l’idée préconçue d’un lieu s’effaçait à sa découverte. Il pensait qu’il put être le seul à se souvenir de cette idée pour August, s’en octroyait la charge car elle fût une pensée intime à voler. Il lui rappelait une maison de campagne que ses parents appelaient une ferme. L’enfant l’eut appelé ainsi avant de grandir, oubliant qu’elle en fût une en découvrant qu’une maison ne fût pas une ferme parce qu’elle fût construite en campagne. Qu’un jardin de roseraies ne valait pas une étable piétinée si longtemps par les vaches que la boue remontait contre ses murs. Il l’avait appris, acquis jusqu'à oublier avoir un jour cru à cette fermer. Avant que son erreur ne soit des années plus tard mentionnée à table comme un souvenir devant lequel s’attendrir. Mais cette ferme à laquelle il semblait croire, l’adulte et le temps les avaient rapidement fait disparaître, le laissait sourire à l'image d'un garçon dans lequel il se reconnaissait à peine.




TROUBLED PLAYER - “A desk is a dangerous place from which to view the world.” John Le Carré.
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August Hastings

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- Illusionniste mythomane -
Le gros Gus
❧ Boucle Temporelle : 22 mars 1941
❧ Particularité : Insuffle des images mentales à tout un chacun, distord la réalité dans la tête d'un individu
❧ Occupations : Expérimentateur chevronné
❧ Miroir : Va cliquer ailleurs :(
❧ Missives : 190
❧ Yeux de verre : 52
❧ Crédits : Lux Aeterna, Musset, Poe


MessageSujet: Re: Didn't know what time it was, the lights were low, I leaned back on my radio (Clarence)   Lun 10 Juil - 0:22

Didn't know what time it was,
the lights were low,
I leaned back on my radio

- Clarence & August -

La discussion coupa court : plus de souvenirs pour Clarence. Le garçon avait épuisé l'homme en face de lui et l'avait dégorgé de tout ce qu'il voudrait lui raconter. Il ne tirerait rien de plus de l'individu.
Ces quelques informations durement glanées représentaient à merveille tout ce que dont August s'était attendu à entendre de la bouche de monsieur Bannerman ; ni plus, ni moins, jolie démonstration de l'homme dans toute sa réserve. La psychanalyse était terminée. August releva pour ultime information le circuit de son regard, d'un coup bien lourd et attiré vers le sol, à la mention de son premier voyage. Nostalgie, regret, qu'importe comment il fallait l'interpréter – une chose était sûre, Édimbourg devait être teintée de souvenirs pour celui qui les réprimait à l'instant en face de lui.

Quant à ses attentes, August n'y avait jamais réfléchi de manière consciente. Il était pragmatique, se satisfaisant de la dérive dans laquelle la vie l'entraînait, car les chemins qu'elle lui faisait emprunter se montraient toujours favorables. Hastings suivait le cours des événements, spectateur lunatique de la valse des vivants, et ne luttait jamais contre les courants qui l'emportaient. Il empruntait la piste du vent, et il arrivait parfois que celle-ci croise Édimbourg ; quelles attentes tirer des méandres hasardeuses de la vie ?
Pourtant, cette question éveillait en lui quelques interrogations enfouies et déterrait des mystères inavoués – il lui semblait que son départ pour l’Écosse ne résultait guère d'un aléa quelconque imposé par le destin, mais découlait d'une décision dûment réfléchie. Les raisons de son départ étaient corrélées, sans doute, à ses attentes, en fonction de ce qu'il désirait trouver là-bas, ou pas. Cherchait-il la quiétude d'une trêve, la guerre avait-elle eu raison de lui ? Se sentait-il le besoin de quitter les terres natales ravagées, au profit du confort dont bénéficiait l'inconnu ?

Non, bien sûr. On pouvait s'habituer à tout, même à la guerre ; et si son départ n'était point motivé par les événements politiques, August ne se leurrait guère en s'avouant qu'il désirait avant tout se soustraire au passé. Il était tout à fait difficile d'esquiver pareille entité quand elle s'avérait le théâtre sempiternel des mémoires, que l'on rejouait tous les soirs la nuit tombée. Toute fuite était impossible, la terre avait cessé de tourner sur le noyau du problème, en conséquence de quoi il ne restait que la fuite.

Au contraire de son interlocuteur, August se souvenait de son premier voyage à Édimbourg, une cinquantaine d'années auparavant. Il n'y était guère resté plus de deux jours, morfondu dans le regret du confort qu'il connaissait de Londres, en particulier de ce qu'il prévoyait tous les événements du jour à la seconde près ; l'inattendu l'avait effrayé, le froid l'avait gelé, et il était rentré en catastrophe dans sa Londres choyée. Tout lui avait paru hostile, vain, horrifique. Son sommeil s'était ampli des cauchemars du folklore, alors qu'une vive douleur lui écrasait l'âme. Hastings s'était en effet rendu compte qu'il n'avait rien à faire à Édimbourg. Nulle connaissance ne l'attendait, nul ne se préoccupait de son cas ; il craignait de s'aventurer trop près des berges et redoutait le contact des autres, la curiosité cédait à l'angoisse du temps infernal, l'époque était trop reculée, si loin de son siècle moderne, et il était seul, si seul qu'il n'avait pas supporté le radical changement.
Mais il était à présent résigné à y retourner, armé cette fois-ci, grandi, mûri, accompagné, et assez sûr de lui pour envisager d'y passer un moment.

Finalement, en un siècle d'existence, August se rendit compte qu'il n'avait rien fait. Jamais. Les années s'écoulaient à l'infini, il avait tout son temps... Temps qu'il investissait à jouer de sa particularité et à sombrer dans ses chefs-d’œuvre. Son départ marquait une péripétie sur la morne chronologie de son existence à la linéarité exaspérante. Édimbourg brisait la spirale du temps et l'extrayait enfin de cet éternel jour de mars. Voilà ce qu'il attendait du voyage. Une césure. Une nouvelle étape de sa vie, la première, même, qui ne consisterait pas simplement à dériver au gré des courants du destin. Une décision.
Il soupesa tous les mots employés par Clarence avant de lui apporter une réponse, insatisfaisante, puisque sa condition ne l'était également pas – mais la réponse d'un court voyage introspectif.
- J'attends d'y voir plus clair en moi-même.
Peu sûr de la justesse de ses propos mais nébuleux au possible, August joignit les mains, s'enfonça dans son fauteuil et contempla par delà les carreaux de la fenêtre. La rue était paisible, protégée par l'enceinte du Quartier ; dans quelques jours, quelques heures, le paysage aurait remonté cette grande horloge qu'on appelait le Temps, et l'ère victorienne s'offrirait à lui.

Oh, mais que Clarence ne se soucie jamais des fantasmes d'August ! Sa merveilleuse imagination gommait les défauts de la vie imposés au commun des mortels – et bien entendu, Hastings ne faisait pas partie du commun des mortels. D'une simple pensée, l'arrière-pays le plus fade se paraît des mille feux d'une carte postale ; de la beauté émanait des cendres, des émaux ourlaient chacun de ses pas. August étouffa un rire.
- Ne vous en faites pas, monsieur, je sais préserver intactes mais premières impressions.
Il dévisagea l'homme. Au dessus de la porcelaine, les émanations brumeuses s'interrompaient. L'heure du thé s'achevait.

On entendait le tic-tac régulier de l'horloge, et du fond de la pièce, la radio grésillait les dernières notes de Berlioz. August sonda l'endroit. Il était chaud, et mélancolique, et la lumière décroissante nappait de carmin les créations imaginaires ; les plumes s'irisaient de nacre, les perles dévoilaient le spectre lumineux, les étoffes s'écoulaient en autant de vives eaux colorées... Le sable sur la table, les marqueteries orientales, tout se fana peu à peu. Les couleurs ternirent, les joyaux s'effritèrent et tombèrent en poussière. Les décors mouraient un à un, frappés par une peste virulente et destructrice. L'or devint poussière ; on ne voyait plus là qu'un triste champ de désolation morbide... Et la poussière s'envola, s'engouffra par une fenêtre branlante. Le feu se tarit.
La réalité s'imposa, celle que Clarence avait refusé de quitter.

August repassa du plat de la main les plis de sa veste et se redressa. L'inhabituel calme des lieux était assez rare pour que Clarence puisse en jouir à son tour – à savoir, sans lui. Il sourit, franchement, sincèrement, à monsieur Bannerman. Si Hastings était un solitaire, il en était de même pour l'homme en face de lui, et le garçon connaissait trop bien cet état d'esprit pour ne pas remarquer ce que sa présence avait d'indésirable. Non, Clarence n'avait pas la moindre empathie pour lui. A certains égards, il n'en éprouvait pas plus pour lui-même.
Bannerman était la cause de son départ à Édimbourg. Les gens comme lui en étaient la cause, ils l'épuisaient, depuis cent ans, sans échappatoire. Leurs univers n'étaient pas compatibles. Ils se repoussaient comme des aimants.

Les merveilles évanouies, August se leva doucement de son siège. Il n'avait plus rien à faire ici. Les lieux avaient été exploités. Il endossa son manteau, débarrassa les tasses de thé et s'enquit du volume de la radio auprès de son interlocuteur, puis s'accommoda de quelques politesses. Il se dirigea ensuite vers la porte.
- Merci pour votre temps. Bonne soirée, souffla-t-il, et l'instant d'après, la porte se refermait sur un restaurant désert dont le seul occupant résidait en Clarence Bannerman.



I became insane with long intervals of horrible sanity.


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Didn't know what time it was, the lights were low, I leaned back on my radio (Clarence)
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