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 I've watched this ghost so long it feels like home to me (Marie)

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August Hastings

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- Illusionniste mythomane -
Le gros Gus
❧ Boucle Temporelle : 22 mars 1941
❧ Particularité : Insuffle des images mentales à tout un chacun, distord la réalité dans la tête d'un individu
❧ Occupations : Expérimentateur chevronné
❧ Miroir : Va cliquer ailleurs :(
❧ Missives : 190
❧ Yeux de verre : 52
❧ Crédits : Lux Aeterna, Musset, Poe


MessageSujet: I've watched this ghost so long it feels like home to me (Marie)   Ven 17 Fév - 2:07

I've watched this ghost so long
It feels like home to me

- Marie & August -


Madame Spitznogel était une femme tout à fait ordinaire. Flottant entre deux âges, toute à un embonpoint quasi outrancier pour l'époque, Madame Spitznogel lorgnait derrière ses petits yeux rehaussés d'une monture écaille-de-tortue les devantures vides des magasins. Il s'agissait là de son passe-temps quotidien et inlassable du 22 mars 1941. Elle se dirigeait d'abord vers Camden, puis poursuivait son périple vers King's Cross et enfin vers Spitalfields, là où se trouvait son logement, où elle revenait à dix-huit heures trente-sept bredouille, retrouver ses quelques enfants.

Madame Spitznogel n'était pas tout à fait une femme ordinaire. Elle s'était en réalité lancée dans un périple infernal de Leipzig jusqu'à Lille, et de Lille jusqu'à Londres, le tout avec ses trois enfants dans les bras. Elle possédait alors ce léger défaut d'être née au sein d'un siècle peu avide de compromis. Il eut fallu, pour son grand malheur, qu'elle soit née sous l'étoile de David alors qu'en son lieu et place, il valait décemment mieux être né sous la Croix.

Madame Spitznogel était une femme extraordinaire. Établie à Londres depuis trois ans, son allemand était des plus fameux ; il n'en allait hélas pas aussi bien de son anglais, ce qui lui attirait parfois les foudres et la xénophobie de gens épuisés et apeurés. Elle avait quitté sa terre natale suite à une certaine nuit des plus chaotiques durant laquelle elle avait perdu échoppe, argent, cousine et mari. Que son peuple ne veuille plus d'elle, soit ! Mais, dans un monde où l'homme est un loup pour l'homme, il faut parfois se heurter à la cohue et braver la cité afin de tomber, outre Manche, sur un prédateur moins féroce.

Madame Spitznogel était dans une situation des plus délicates. Elle ne possédait, pour ainsi dire, rien que la chair de sa chair ; cadeau inestimable mais coûteux. Nourrir un individu pendant la guerre n'est certainement pas chose aisée – mais trois ! Voilà qu'elle envoyait le plus grand cirer des chaussures, accompagné du cadet. Le benjamin, trop jeune encore pour aider à la tâche, se voyait confié à une vieille Allemande avec laquelle elle s'était liée d'amitié, et qui vivait sous son toit. On avait bombardé son immeuble, et c'est tout naturellement que la dame poussiéreuse avait rejoint la petite communauté des douze personnes qui s'entassaient fiévreusement dans l'appartement où logeait Spitznogel.

Durant son trajet entre King's Cross et Spitafields, notre héroïne pourfendait inlassablement les profondeurs du métro londonien. Judith, de son prénom, redoutait plus que quiconque les raids aériens et profitait des souterrains pour se garantir sécurité sur une portion infime, mais portion malgré tout, de trajet.
Judith Spitznogel était une femme ordinaire, qui eut un jour le malheur de croiser ta route.

Un millénaire auparavant, tu l'as abordée, guidé par un fabuleux hasard. La première rencontre t'as renseigné sur son nom, et tu l'as suivie jusque chez elle. Puis tu en as appris davantage sur sa famille, sur ses antécédents, son passé, et sans pudeur, tu t'es immiscé dans les moindres recoins de sa vie. Tu as fouillé, honteusement, dans une existence qui ne t'appartenait pas et tu l'as pressée jusqu'à l'avoir dégorgée de tout ce qu'elle pouvait receler de secret et d'inavouable. Et tout à ta passion malsaine, tu lui as conçu un imaginaire, juste pour elle, teinté de ses peurs et de ses envies. Tu lui tisses un monde à part, simulant ce qui impacte son subconscient – te voilà neurochirurgien, fiché devant une boîte crânienne décousue, et par curiosité intellectuelle, en deçà de tout serment d'Hippocrate, tu t'essayes à tâtonner différents morceaux des hémisphères pour juger de la réaction que tes aiguilles occasionnent.

Tu as développé pour elle un semblant d'affection. Tu es une victime de la guerre, mais certains le sont plus que d'autres, et celle-ci en particulier ; comment rester de marbre face à histoire si tragique et si terriblement banale par les temps qui courent ? Pourtant, aussi cruelles que soient tes expériences, tu ne t'en formalises pas – et en bon scientifique, tu prends garde à laisser cette distance entre tes sujets et toi-même. Un mal pour un bien, te dis-tu, et un bien moindre mal qu'il ne laisse aucune séquelle d'un jour à l'autre.
Madame Spitznogel n'est, à tes yeux, qu'un portrait parmi une foule d'autres que tu as appris à découvrir. La pauvre femme, en effet, jurerait faire ta connaissance à chacune de vos rencontres, protégée de toi par sa naïveté toute humaine qui n'a conscience de rien que du bout de son nez. A vrai dire, ton seul regret est de ne pouvoir influencer ses décisions sur le long terme.

Cela fait bien longtemps que tu n'as pas vu cette pauvre Spitznogel et tu arpentes les rues, l’œil sur ta montre. Dans trois minutes, elle s'engouffrera dans la bouche de l'underground, et c'est là que tu l'y cueilleras, happée dans l'intestin de fer de Londres.
Tu descends les marches à la volée, balayant du regard la foule compacte se pressant dans le tube. A leur différence, toi, tu prends tout ton temps – tu as ce vague sentiment d'invincibilité au dessus de la tête, tu te sens intouchable quant à la majorité de ces ignorants qui se pressent et se collent et se serrent sans savoir qu'ils s'acharnent pour la fourmilière en feu depuis soixante-dix ans déjà. Tu leur es, à bien des égards, supérieur ; et les mains dans les poches, serein, tu attends de croiser cette silhouette ronde surmontée d'un fichu en soie de piètre facture.

Spitznogel ne tarde pas à émerger de la masse, près des quais, distribuant volontiers quelques coups de coude à qui s'approcherait trop près de son précieux panier de maigres provisions – Judith a ce côté grognon que tu affectionnes, et qui lui donne, paraît-il, une certaine personnalité, quoiqu'elle soit tout à fait affable. Tu l'observes, elle s'arrête, regarde la grosse horloge suspendue. Et tu files à sa rencontre :
« Excusez-moi Madame, je crois que je vous avez perdu ceci.
Tu lui tends une tablette de chocolat – factice. Tu n'as jamais testé sur cette femme son sens de l'honnêteté. Or, comment refuser un tel présent en temps de guerre, dès lors que tu sais que ton cobaye a éminemment besoin de ce que tu lui présentes comme réel ? Refuser un tel produit de luxe constituerait probablement la pire idiotie envisageable – mais voilà, tu ne peux t'empêcher d'espérer assister à une trace d'humanité dans sa plus merveilleuse splendeur. Tu voudrais être témoin d'un acte de la plus pure abnégation, faculté rare que tu as rarement décelée et que tu cherches, certainement, tout autant que la beauté dans cet Eldorado cauchemardesque.
Les yeux de ton interlocutrice s'ouvrent et se plissent. La pupille se dilate, l'anglais est approximatif :
- Oh... Oh merci jeune homme.
Voilà qu'elle se saisit du fruit de son imagination pour le fourrer dans son sac, non sans un méfiant regard alentours. Te voilà déçu par Judith, quand bien même tu viens de lui offrir un trésor qu'elle n'a pu décliner. A quoi t'attendais-tu ? L'acte du plus pieux sacrifice ne sera pas commis sous tes yeux aujourd'hui. Tout à ta déception, tu en viens à cesser de culpabiliser du faux-espoir que tu offres à Spitznogel, mais qu'importe, demain ne sera qu'un mauvais rêve.
- Eh ben, monsieur, faut pas rester planté là. Qu'est-ce que vous faites donc ? C'est un joli costume que vous avez là, et puis une belle montre aussi, vous êtes bien gentil.
Tu lui adresses un sourire.
- J'attends et j'observe, vous savez. Tenez. Là-bas. Ça ne serait pas... Une salamandre, sur l'horloge ? » D'un coup, ta crédule amie relève des yeux vers le cadran sur lequel court une forme reptilienne – salamandre, lézard, iguane, difficile de juger – et lorsqu'elle repose les yeux sur toi, tu n'es déjà plus là.

Tu es plus loin, sur un banc, témoin de l'incompréhension de la femme. Et tu lui en veux, étrangement, d'avoir fichu en l'air vos retrouvailles par sa cupidité. Tu lui tiens rigueur de n'être pas ce modèle de droiture que tu voudrais qu'elle soit, et, pernicieuse, une brume éparse, puis de plus en plus épaisse, s'empare du tunnel – mais vous deux seuls pouvez la voir, et quel spectacle, d'un coup, de voir ton ancienne alliée porter son regard erroné sur le monde, seule à percevoir un blizzard auquel le reste de la station est imperméable. Tu le sens, tu le sais, tu as expérimenté cela toi-même ; elle questionne sa santé d'esprit, certainement, quand le monde autour d'elle sombre dans l'indifférence...

Une tache orange dans la brume. Un visage que tu connais. Mince. Que fiche-t-elle ici ? Voilà qu'elle te dérange en plein dans tes expériences, la sacrée Miss Balmain, et d'un coup, tu tournes la tête, soudainement préoccupé par la richesse du plafond souterrain ; tu espères être invisible, mais c'est qu'avec cette brume, tu ne distingues pas grand chose – et hors de question de cesser ton manège, auquel cas tu signerais la fin de celui de Judith Spitznogel, cette femme ordinaire qui eut un jour le malheur de croiser ta route.


Titre : Weigh Me Down, Lorn



I became insane with long intervals of horrible sanity.


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Marie Balmain

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MessageSujet: Re: I've watched this ghost so long it feels like home to me (Marie)   Ven 17 Fév - 17:02

Human discord

- August Hastings & Marie Balmain -

J’observais August discuter avec la londonienne. Cette femme semblait fade, une simple humaine dont la vie ne semblait pas avoir été un cadeau. Il fit mine de lui tendre quelque chose, qu’elle saisit, paraissant être une opportunité pour elle de remplir un peu plus son maigre panier. J’eut un sourire en coin en voyant la réaction de mon ami, il paraissait quelque peu déçu de son acte, comme s’il en attendait bien plus. Puis il se mélange à la foule, occasion pour lui de disparaitre aux yeux de la victime de sa fabulation. Je l’avais suivi du regard, afin de ne pas le perdre à mon tour. Cigarette à la bouche, je me décidais à la rejoindre. Un pas devant l’autre, j’essayais de me frayer un chemin entre les passants, ne me risquant pas à entrer en contact avec l’un d’eux. J’étais devenue maître dans cet art, celle de la jonction charnelle interdite.

August plongea son regard vers le plafond, comme prit d’une véritable admiration pour celui-ci. Il n’y avait rien à regarder, mais je connaissais mieux que quiconque cette méthode. Celle où l’on souhaite se faire invisible, n’exigeant aucune autre compagnie que la nôtre. De la sorte, nous n’invitons personne à nous rejoindre, nous les incitons même à penser que ce sont eux, les exclus. Il est malin, le jeune homme, mais ce virtuose ne fonctionne pas avec moi. Par esprit de contradiction, je me dirigeais d’un pas plus sûr en sa direction.

Je m’installais sur le banc en métal, à ses côtés. Il n’échappera pas à ma compagnie, et je ne connaissais que trop bien la raison de sa présence en ces lieux. Je m’affalais, sortant de ma besace une pomme rouge. « À quoi t’attendais-tu? » Le questionnais-je tout en frottant le fruit du revers de mon manteau.

L’humain est ridicule, nourri par son avide besoin de posséder, par le biais de biens matériels et même de pouvoir. Chaque jour, nous avons cette implacable réalité qui découle, qui comme une baffe perpétuelle, nous rappelle que nous sommes coincés dans un monde imbécile, si peu évolué. la vie est ainsi, elle est jalonnée d’erreurs, mais jamais ils n’apprendront. C’est de leur faute s’ils subissent tant de souffrance. Ils ont créé le mal et aujourd’hui, ils se contentent d’en pleurer. « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. » Lançais-je nonchalamment. Je sais qu’August en est conscient. Je sais qu’il n’éprouve aucune affection envers les hommes, mais il démontrait un certain intérêt pour cette femme. Et cet intérêt me faisait de la peine pour lui, il semblait tant espérer ne pas être désenchanté. Je croquais dans ma pomme, tentant  d’apprécier le goût de celle-ci. Les fruits et les légumes sont fades dans la boucle, les épiciers étant contraints de faire venir des aliments de mauvaise qualité à cause de la guerre qui causait tant de failles économiques. Je m’en contentais, après tout, j’avais pris l’habitude, j’en avais presque oublié le gout des onéreuses friandises.

Je regarderais du coin de l’oeil le métro, au sol pleinement succédé de pas stressés. Il faut dire qu’ils ne savent pas à quoi s’attendre, en cette douce matinée. Peut-être les avions lâcheraient leurs bombes en si grand nombre qu’ils y laisseraient leur peau. La tête en bas, le regard fuyant et plongé dans leurs chaussures, l’allure hésitante. Voilà le parfait tableau de l’humain condamné à vivre cette triste journée de 1941. Elle n’a rien d’attrayant, avec son ciel nuageux et cette menace persistante. Au fond, je les comprends. Ainsi se comporte toute personne qui désire faire banc à part, en tentant de se fondre dans la foule, en mimant les faits et gestes d’autrui et luttant pout ne pas attirer l’attention. Je ne suis pas la mieux placée pour leur critiquer cette partie d’eux-même, rusant de multiples façons afin de ménager quiconque pourrait s’intéresser à moi. Je n’aime pas le contact, j’apprécie encore moins d’être au centre de l’attention. On ne pourrait me le reprocher, et certainement pas mon compagnon de banc. Nous nous ressemblons sur tant de points, que nous nous respectons assez pour nous supporter. Je posais un regard sur lui.

« Que fais-tu ici, Hastings? » Je savais bien la raison, mais j’espérais tout de même faire la conversation, afin de me joindre à lui. Il est parfois compliqué d’échanger avec cet individu, donnant cette sensation étrange que nous avons à faire à un corps dénué d’âme, celle-ci s’en étant allée dans ses illusions et rêves particuliers, dont lui seul en et le maître. Un corps dénué de substance. Pourtant, je l’apprécie. Il est agréable de côtoyer un particulier peu pactisant des sentiments et des bonnes convenances. Je ne me sens redevable de rien envers lui, et tout laisse paraître qu’il en tire la même conclusion à mon égard.
Je croquais un deuxième coup dans ma pomme, et la trouvais encore plus insipide que la bouchée précédente, sûrement dû aux pensées profondes agréées à ce mièvre personnage, dont l’esprit avait dû s’envoler au détour d’une rue. J’appréhendais August, sûrement car il était le seul pour lequel je voulais accorder un tant soit peu de mes réflexions, en relation aux autres pleutres qui se bousculaient poliment dans le métro.



evanescence

Viens, tu verras la route est longue. Parfois le ciel devient sombre, mais les nuages sont encore loin. Et même si de fatigue tu tombes dans ta course vagabonde, ai le courage de continuer ton chemin. Dis-toi que rien est écrit, l'avenir se construit.

Coucou :/ :
 
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August Hastings

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MessageSujet: Re: I've watched this ghost so long it feels like home to me (Marie)   Jeu 23 Fév - 23:23

I've watched this ghost so long
It feels like home to me

- Marie & August -


Le plafond, tout carrelé qu'il soit, se révèle impuissant et ta technique de diversion, inefficace. Malgré tes efforts, Marie s'installe sur ton banc sans l'ombre d'une salutation – tu es piqué dans ta conventionnalité et esquisses un sourire pincé alors que tu lui adresses un signe de tête, soulignant par ce geste son manque d'égards à ton encontre. Tu es particulièrement irrité par son intervention non désirée. La fumée de sa cigarette t'incommode et tu te détournes de son visage, lorgnant parmi la foule, et disséminée dans le brouillard, la replète Madame Spitznogel ; après tous ces efforts, non, tu ne peux pas la perdre de vue ainsi suite à la simple intervention de Marie dans tes affaires !
Marie, Marie... Marie t'agace, à te couper ainsi dans tes observations psychologiques. Même sa façon de lustrer sa pomme te cisaille les tempes, tu la trouves, dûment réfléchie, hors de propos, et le bruit de sa respiration ! La ligne de ses doigts te paraît insupportable, tout comme son manteau, hautement irrespirable.

Tu suffoques un instant de tant de contrariété, tout à ton sourire, alors que dans ton crâne valsent joyeusement une troupe de défauts autour du feu de joie de ta matière grise. Le brouillard t'empêche de réfléchir, et pourtant, tu te refuses à couper ce lien qui te lie à ton sujet – avant l'implosion, toutefois, tu déverses les parasites de ton esprit en un soupir bref et résigné. Tu ne sais pas quoi répondre à sa question – ou plutôt, tu te refuses à lui confier la vérité. Un miracle, voilà ce que tu attendais !
Madame Spitznogel dispose de toute ton affection. Et c'est, précisément, le point central de ton travail. Formulé ainsi, personne n'y comprendrait rien (pourquoi donc agir de la sorte envers les êtres que l'on chérit ?) et on t'accablerait de défauts qui ne sont pas tiens, parce que ta démarche échapperait au commun des mortels, Marie comprise. Or, et là se trouve bien toute la subtilité de ton œuvre, tu admires la vieille Judith jusqu'à la vouloir devenir une martyr. Sa vie ne t'es pas étrangère, et tu sais quelles ont été ses abominables épreuves. Par ce geste, tu tentes sa foi, ses limites, son abnégation – et sa transfiguration n'aura pas lieu aujourd'hui. Oh, tu finiras bien par y arriver. Mais tu feras d'elle ce modèle de vertu, et si ce n'est elle, tu trouveras quelqu'un d'autre – en tout cas, tu assisteras, tu en es certain, à un geste si désintéressé que même la guerre ne te semblera plus si terrible, ou du moins, avec le soutien de telles gens, plus supportable.

De là, ton problème. Comment expliquer à Marie que tu cherches un acte de foi ?
Illuminé, toqué, dérangé, siphonné, décérébré, tu t'es vu affublé de ton lot d'affectueux sobriquets – et, dans un monde tel qu'il s'offre à ton œil curieux, tu sais qu'on ne fait jamais grand cas des marteaux dans ton genre. Tu ne t'es jamais senti pleinement compris, voilà tout ; tu vis dans un univers parallèle dont tu es l'unique résident. Tu hausses les épaules :
« Un peu d'humanité. »
Tu es laconique, c'est tout le moins qu'on puisse dire, mais c'est que Marie t'as froissé. Tu es presque vexé, pour une raison qui t'échappe, de la conduite de ta camarade – ou serait-ce l'insuccès de ton expérience qui t'ébranle ? Tu refuses que ton aînée soit témoin de ton échec – or, il est probable qu'elle se doute de ce que tu trafiques à une station de métro, ce qui ne serait pas sans rendre la situation plus douloureuse encore.
Comme si tu gardais secrètes tes manigances, tu t'interdis de jeter plus de coups d’œil qu'il n'en faut à Spitznogel, soucieux que Marie ne remarque pas les allées et venues de tes iris. Or, la cohue ne sert pas ta cause, tu la perds de vue, et tu la remarques, plus loin, assise à son tour, se massant les tempes. Et si le brouillard lui est désagréable, il l'est également pour toi. Tu soupires et les volutes de fumées grisâtres se retirent de la station, aspirées dans les ténèbres des gouffres béants des tunnels.
Fairwell, Judith Spitznogel !

Résigné d'abandonner ta tâche première, tu te concentres pleinement sur Marie. Ses mots te font sourire, à moitié. Tu as déjà entendu cette phrase quelque part – peut-être l'as-tu lue sur une feuille de journal emportée dans une bourrasque, où l'as-tu écoutée proférée par la bouche d'un acteur de théâtre, tu ne sais plus. Mais venant de Marie, tu y décèles là son antipathie à l'égard des hommes. Il te semble qu'elle bouillonne d'un tu-ne-sais quoi de moins paisible que ce qui s'agite entre tes côtes, et tu ajoutes, comme pour la débarrasser de toute pensée misanthrope :
« Ils ne sont pas tous comme ça. » Vous-mêmes êtes humains. Vous disposez d'un supplément, il est vrai, mais vous avez tout l'air et la manière de penser des hommes. Tu comprends Marie, il est vrai, mais à sa différence, ton animosité est moindre.

Quant à la raison de ta présence en ces lieux, il te semble évident que tu ne diras pas la stricte vérité.
« J'observe, j'écoute. Je pourrais tout à fait me trouver ailleurs, mais c'est ici que nous nous croisons. Le monde est aussi petit que le hasard est grand, dis-tu en te redressant sur le banc. Et que fais-tu là, Mademoiselle Balmain ? » Nouveau sourire. La comédie humaine s'affaire devant toi, tout à ses occupations, bien insouciante que les carreaux couleur crème qui filent sous leurs pas se teintent, juste pour Marie et toi, de couleurs bleues et dorées.



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Marie Balmain

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MessageSujet: Re: I've watched this ghost so long it feels like home to me (Marie)   Lun 27 Fév - 15:32

Human discord

- August Hastings & Marie Balmain -

Je fronçais les sourcils. Emprisonnés dans notre boucle depuis tant d’années, coupés du monde extérieur et du temps qui passe. Nous, les particuliers, ne sommes plus en mesure de juger d’un acte généreux ou abusif. Voyant les jours se renouveler à l’infini, agir sans crainte des conséquences de nos actes. Puis, quelle humanité peut-on espérer attendre d’un monde où la guerre fait rage, où les humains se réveillent chaque matin avec une boule au ventre, ignorants que rien ne peuvent plus leur arriver désormais. Chaque jour, rapportants à leur famille un panier de maigres courses, rêvants de pouvoir cuisiner un beau pavé de viande et sucer un carreau de chocolat. « Nous ne sommes plus en mesure de juger de ce qui est louable ou non. » Je tentais de réfléchir encore, essayant de donner raison à mon voisin, tentant de lui trouver justice dans sa réflexion. Mais à l’évidence, rien ne laissait paraître quelque chose de déraisonnable dans la réaction de cette dame. Un point pour l’humain, c’était bien un première. « Mais je comprends ta démarche, ne te froisse pas. » J’avais conscience que je pouvais vexer mon ami, trop facilement piqué par la franchise de mes mots. Pourtant, je ne peux m’empêcher d’agir de la sorte, n’ayant jamais eu de barrière entre mes pensées et la parole, qui affluent à leur bon vouloir sans que je ne leur interdise quoi que ce soit.

Rien ne nous rapproche, August et moi. C’est à croire que si nous n’éprouvions pas un profond respect l’un pour l’autre, nous pourrions nous haïr au plus haut point. Nos idées sont bien trop divergentes, confrontation entre deux idéaux si hétéroclites que l’on pourrait croire à un réel effet miroir. La seule analogue entre August et ma petite personne, c’est bien notre caractère, dédaigneux d’autrui et préférant la solitude aux rassemblements festifs. « Il paraît, oui. » Je me souviens de la nounou qui me gardait lorsque mes parents partaient en voyage quand j’étais aussi haute que trois pommes. Celle-ci avait eu courant de notre situation pour le moins particulière, et elle n’avait jamais révélé le secret à quiconque. Je n’ai jamais réellement su si son silence était acte de pure bonté et de respect envers mes parents, ou si c’était un acte qui alimentait simplement son ego, lui donnant la sensation d’en savoir bien plus que les amis de Père et Mère, et se sachant à l’abri de toute menace grâce à ses précieuses informations. La seule chose qui est sûre, c’est qu’ils n’ont jamais donné leur confiance facilement, alors cette dame devait être d’une réelle bienveillance.

« Je te suis, que penses-tu? » Un sourire provocateur, en réponse à son interrogation. La réalité, c’est que je suis toujours au bon endroit au bon moment. Peut-être même l’inverse dans certaines circonstances. Mes expériences passées me l’ont bien appris. La malchance avait frappé lorsque ma famille c’était fait emmenés par l’armée allemande. Toutefois, j’ai été graciée au moment où Marcus m’avait sauvé du sort fatal qui m’attendait en allant dans un camps de concentration. Cette pensée est toujours celle qui me frappe en premier, me ramenant à ces personnes, les seules qui avaient eu une réelle sollicitude pour mon âme. Celles qui chaque minutes s’éloignent encore plus dans ma mémoire. Je sonde chacun de ses souvenir à chaque minutes, priant pour ne pas les oublier un jour. Ce seul ancrage, me permettant de rester dans l’ici et maintenant, m’empêchant de me perdre dans les méandres d’une réalité fictive.

Je regardais le sol se colorer de bleu et de doré. J’admirais ce spectacle, pensant à ce merveilleux livre de Lewis Caroll que l’on m’a lu maintes fois le soir à la lumière d’une bougie, lorsque je ne savais pas encore lire. Le pouvoir de l’illusion, magnifique particularité que je jalousais tant à mon ami. Merveilleuse capacité, qui m’entrainait dans le cheminent capricieux de l’envie. J’osais m’imaginer dans un univers parallèle, avec une seconde version de mon être qui vivait des jours heureux dans la simplicité d’une particularité telle que celle d’August. Mais peut-être lui, avait-il la sensation de vivre une illusion, confondant sa chimère à notre propre réalité. Questionnement qui restera éternellement sans réponse. « C’est magnifique, tu sais. » Engageais-je.

Je regardais les individus passer à la vitesse d’un éclair, foulant le sol qui semblait rester à leurs yeux de la même couleur terne qu’à son habituel. Je me levais pour jeter le trognon de ma pomme dans la poubelle à côté du banc et me rassis aussitôt. Croisant les jambes, je lançais un regard interrogateur à August. « Crois-tu qu’il y ai une force supérieur, miséricordieuse, qui après la mort nous met tous dans le même lieu, les humains et les Syndrigatis? » Mes parents m’ont longuement initié aux croyances juives. J’ai tenté de m’y instruire, d’y croire afin de leur faire plaisir, mais rien n’y faisait. Je n’ai jamais pu me résoudre à ne vie après la mort. Mais ces longues années, qui aujourd’hui font office d’une vie entière, m’ont permis de réfléchir à ce questionnement. Désormais, la seule crainte qui pourrait d’abattre sur nous serait que la boucle touche à sa fin. « Crois-tu que l’on va mourir, un jour? »



evanescence

Viens, tu verras la route est longue. Parfois le ciel devient sombre, mais les nuages sont encore loin. Et même si de fatigue tu tombes dans ta course vagabonde, ai le courage de continuer ton chemin. Dis-toi que rien est écrit, l'avenir se construit.

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MessageSujet: Re: I've watched this ghost so long it feels like home to me (Marie)   Lun 17 Avr - 23:35

I've watched this ghost so long
It feels like home to me

- Marie & August -


Selon les études récentes, l'espace serait indissociable du temps. Il est impensable, même pour vous, coincés dans votre jour sans fin, de parvenir d'un point A à un point B sans sacrifier au passage quelques secondes, minutes, voire quelques tours d'horloge, à ceci près que vous n'êtes plus à une dizaine d'années près. Bon. L'espace est corrélé au temps.
La morale, quant à elle, ne s'embarrasse d'aucune contrainte temporelle. N'a-t-on pas écrit la Bible, le Coran, le Talmud, le Dharma... des siècles auparavant ? Et a-t-on trouvé, depuis, parole plus vertueuse ? Bien sûr que tu peux juger des actes louables ou non ! D'autant plus que tu as acquis le privilège des ans : tu es, sans doute, plus éclairé sur le monde après un siècle d'existence que ne le sont tous les passants alentours.

Tu hausses les épaules, peu soucieux d'exposer tes arguments à Marie, encore vexé, dois-tu admettre, de l'échec de tes plans initiaux. Ne te froisse pas, balance-t-elle d'ailleurs – la bougresse te connaît bien – et tu refrènes une moue pincée qui donnerait raison à Marie, or, tu n'es pas d'humeur à jouer aux concessions. Tu doutes, toutefois, qu'elle comprenne réellement le sens de ton entreprise. Oh, non, tu vis dans l'incompréhension la plus totale (du moins en as-tu le sentiment) depuis la manifestation de ta particularité, mais la situation te convient comme telle ; ce prix à payer est un moindre mal devant la nature de tes dons, et tu acceptes ce fardeau sans sourciller. L'inverse serait inimaginable.

Ne rien dire, laisser couler, est ta tactique de défense favorable pour pallier aux attaques. Elle a plus d'une fois fait ses preuves, dans un monde où la parole est jugée primordiale : désarçonner son adversaire, voilà le secret de ta réussite. Une fois encore, tu t'enfonces dans ton mutisme habituel et comptes poursuivre sur cette lancée, quitte à ignorer Marie de long en large. De fait, elle comprendrait d'elle-même ce que sa présence représente d'indésirable à tes yeux, mais, oh, quelle pique t'envoie-t-elle ! Elle te suit ? Et quel visage provocateur ! Si tu n'es pas violent pour un sou, tu ne peux cependant te résoudre à laisser ce crime impuni :
« Je pense que tu essaies de m'énerver, mais, vois, je reste maître de moi-même. Ne recommence plus. Il n'y a rien à suivre, mon itinéraire n'a aucun intérêt. » Tu lui jettes un regard en coin presque mauvais. Presque, évidemment, dans la mesure où sortir de ses gonds sur simple demande constitue un régal pour le tentateur, en l'occurrence Marie, délice que tu n'es pas prêt de lui accorder. En revanche, la placidité mène à la victoire celui que l'on agresse ; et combien es-tu triomphant sur la colère !

Mieux, même ; garder son sang-froid est une chose, mais faire preuve de bonne humeur et sans transition après l'affront en est une autre ! Plus intéressante, plus complexe à exécuter, aussi, mais la difficulté ne saurait t'effrayer. Jésus a dit : « Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi la gauche. » Que voilà un challenge à la mesure de ta maîtrise de toi-même ! Et brusquement, ta tête se met à flotter en deçà de tes épaules, se pose sur un joli petit nuage de coton, ton esprit s'éclaire d'une belle teinte de ciel azur, et ton humeur vire à la bonhomie : que cela serve de leçon à Marie, tiens ! August le Placide, voilà un nom qu'on pourra te donner à titre posthume. August l'Inattendu te siéra également bien.

Tu récoltes même de suite le fruit de ta gymnastique émotionnelle ; un compliment sur tes illusions a plus de valeur que mille et une invectives ! Un sourire fier se lit sur ton visage, sourire fier qui, promptement, devient sourire tout court. Après avoir songé à Jésus, tout de même, tu ne peux te résoudre à faire preuve d'orgueil...

Viennent ensuite les questions intéressantes. Fort de ton allégresse nouvellement retrouvée, tu prends quelques instants pour réfléchir, te grattes le menton, le regard dans le vague. Après la mort... Tes croyances en partie mises-à-mal depuis quelques dizaines d'années, tu ne saurais répondre à des interrogations de si grande importance. La métaphysique est un sujet bien délicat :
« J'ai tendance à penser que la mort signe l'arrêt de toute vie. Comment l'esprit pourrait-il subsister en dehors du corps inerte ? Le cerveau n'est qu'une suite de connexions électriques. Mais dans la mesure où toi et moi, et le monde dans lequel nous vivons, sont scientifiquement inexplicables, je doute de tout et ne sais rien. » Voilà, tu ne réponds qu'à demi-mot à la question, mais à chaque décennie ses problèmes : ton centenaire sera marqué par le doute. Non que ne t'interrogeais pas avant, mais depuis peu, tout te semble éminemment confus. A bien y réfléchir, votre vie est trop longue, et dénuée de sens... Et que viennent faire les religions, les doctrines, la science, les axiomes ? Ils sont fait pour les humains. La physique ne s'applique qu'aux hommes, et tous les jours, il semble que vous mettez un point d'honneur à la défier. Tu te demandes même, parfois, si tu n'es pas complètement cinglé ou résultant d'une défaillance entre deux univers incompatibles.

Tu regrettes de ne pas pouvoir fournir d'explication plus satisfaisante à Marie. Quelque chose, en toi, te signale qu'elle attendait de tes réponses plus que ce que tu as pu lui fournir : mais les siècles à venir sont nombreux, et un jour, sans doute, tu trouveras tes réponses, les siennes aussi, et tu t'empresseras de les lui délivrer sur un plateau d'argent.

Si tu ne sais rien, ou presque, tu restes en revanche persuadé que tu mourras, un jour :
« Bien sûr. Toute matière vivante est destinée à mourir. Si ça ne provient pas d'une défaillance dans la Boucle, alors la guerre nous tuera, ou l'Univers nous rattrapera. Tout à une fin, Marie... Le Soleil explosera, nous avec, si on ne finit pas par mourir d'ennui ou d'impatience. J'ai bientôt cent ans et j'en parais vingt, mais peut-être qu'à l'âge de cinq-cent ans je serais las. Nous sommes particuliers, pas immortels. Nous aussi, nous pourrons répondre à ta question sur la mort. » Léger sourire et regard vers le plafond...
« La vie est longue... Longue... Éternelle, en revanche... Quelle idée ! »
...Plafond qui s'ouvre soudain à ciel ouvert sur une nuée d'étoiles. Le métro et ses ennuis, sa grisaille et sa poussière, se mute en observatoire sous la voûte d'un millier de constellations. Là-bas, on voit même Jupiter et ses anneaux...

Tu contemples longtemps ton oeuvre et jettes un œil à ta montre.
« Mieux vaut aller dans les tunnels plus loin, c'est bientôt l'heure du bombardement. » Un instant, tu te sens de crier à tous les passants à la ronde de fuir, de ne pas remonter les escaliers menant en surface. Tu sais qu'ils vont mourir... Et pourtant, ils seront en chair demain. Cruel destin que les leurs, et plus cruelle encore ton impuissance.
Mais vous n'avez droit qu'à une chance, vous, en ce jour... Et tu ne voudrais pas tenter ta chance avec la mort aujourd'hui.



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MessageSujet: Re: I've watched this ghost so long it feels like home to me (Marie)   Mar 9 Mai - 15:15

Human discord

- August Hastings & Marie Balmain -

Le jeu n’est jamais bien amusant en compagnie d’August. Ne répondant à aucun affront, toujours le visage inexpressif ou à l’encontre de ce que l’on attend de lui. Il est imprévisible, ce jeune homme, et semble prendre plaisir à défier quiconque oserait penser qu’il est une personne ordinaire parmi les millions d’autres ordinaires. Une sorte de défaillance génétique, des cellules construites à l’envers, les nerfs qui se sont coupés, connexions nerveuses qui s’entrelacent puis se séparent là où d’autres seraient en perpétuelle activité. Et c’est pour ça que je l’apprécie, du moins c’est ainsi que je le voyais. Une personne hors norme, à la fois invisible et d’un autre côté si singulier qu’on le sort facilement du lot. August représente la tache de couleur sur un tableau blanc, la tasse ébréchée dans le service à thé, la goutte de sang sur un mouchoir propre, la maille ratée du tricot parfait, la petite vague sur une ligne bien droite, l’érable d’automne au milieu d’une forêt de pins. J’esquisse un rictus, tout en réalisant que sa compagnie peut me sembler tout autant aigre que sucrée. Un tissu d’antithèses et d’analogies. Et le voilà qui part dans une réflexion qui me subjugue, buvant chacune de ses paroles, mot par mot et lettre par lettre, prenant le temps d’hausser un sourcil, d’acquiescer, de pencher la tête. Mais je reste presque déçue du résultat, ne trouvant pas réellement réponse à mes questions, néanmoins satisfaite de constater que lui seul avait su aligner deux phrases sur le sujet. Un frisson parcourt la ligne de mon dos, naissant du bas de la colonne vertébrale pour aller vibrer dans la base de mon crâne. Sensation désagréable qui ne manque pas de se faire désirer, toujours présente lorsqu’il s’agit de parler de la fin. La mort qui me fait si peur, me soulève le coeur et me provoque d’effroyables nausées lorsque j’y pense, la chair de poule sur ma peau, les extrémités de mes doigts qui tremblent; ces lames de rasoir qui me tranchent les veines, remuent mon sang dans mes artères, m’obligeants à me pincer les lèvres. Terreur qui n’a pas lieu d’exister, qui devrait même être salutaire pour nos vies qui sont déjà bien trop longues. Oui, c’est ce qu’August ajoute, que rien est éternel, tout finit par se ponctuer, dernière page d’un livre dont on ne croyait jamais voir la fin. Et lui qui semble détaché de toutes ces pessimistes pensées, appréciant l’instant pendant que je suis le contraste de lui-même, demoiselle à l’esprit malmené, qui se morfond dans moult tourments qui n’ont pas de sens.

La magie d’August opère encore, et le plafond devient univers, mille étoiles et planètes qui nous regardent sagement et que l’on admire tout autant. Merveille qui chasse dignement toute tristesse, tout questionnement, qui fait disparaitre mes diverses tortures mentale pour faire jaillir en moi des sentiments rares qui me semblent presque être à chaque fois nouveaux, béatitude face à la beauté de l’espace que rien n’arrête. Véritable scène qui m’émeut, me laissant me perdre dans le vide, oubliant les humains qui s’affairent à leur tache respective, tête baissé et regard fané. Je me sens … bien, en paix, sereine, prête à affronter toute infortune. La dissonance entre les sentiments qui s’emparaient de moi un peu plus tôt et cette envie actuelle de voir les constellations à tout jamais fit couler une larme sur ma joue, que j’essuyais vivement d’un revers de manche. Non pas que j’étais gênée d’être assez vivante pour pleurer et rire sans raison recevable, mais le coup d’oeil discret jeté à August m’avait fait comprendre que cette illusion n’était pour lui pas si fantastique que ça, et c’était normal. Une habitude pour lui, un ciel insolite pour moi. Et j’associe cette nonchalance face à la mort et ce regard plutôt accoutumé de voir ces centaines de merveilles. J’ai tendance à oublier qu'il vit dans un monde bercé de mirages; à la fois hors et à l’intérieur de la réalité. Affecté à une place spéciale où il peut comprendre la réalité, et choisir de la cacher. Une opposition concordante, un contraste égalitaire, nous en revenons toujours à la même conclusion lorsqu’il s’agit de la personne qu’il représente. Ni présent ni absent, ni bon ni mauvais. Il est ce qu’il est, traçant son chemin seul ou accompagné, cela même ne semble pas important.

Comme il est difficile de retourner à la réalité, lorsque le protagoniste de tes pensées te rappelle à l’ordre, profitant pour signaler l’arrivée proche des bombes. Sans décrocher un mot, nous nous levons en même temps et d’une traite, et bien que mes fesses soient un peu douloureuses en dépit de la position que j’avais adopté sur le banc, je fais mine de ne rien sentir et attrapant ma besace, je lui emboite le pas sans encore n’avoir décroché un mot. Les humains vont et viennent de la même manière qu’hier, ayant oublié les milliers de décès qu’ils avaient subi, et ces retours à la case départ. La boucle est comme le jeu des petits chevaux, où le chiffre qui s’affiche sur le dé ne nous permet jamais de gagner. À chaque tour de plateau le cheval doit se relancer à nouveau, loupant la bonne case, comme une éternelle duperie. Je soupire, évitant les bousculades violentes des londoniens apeurés. « Pourras-tu me montrer ton monde un peu plus souvent? » Je me racle la gorge, demande qui me semble inadaptée, irrespectueuse, et qui pourtant ne lui coutait rien. « Je crois que ça apaise mon âme le temps d’un instant. » Cherchant justification constante, à demi confidence.  Les humains me frôlent, risquant un drame plus rapide que leur triste sort qui s’est déjà mis en marche. Le tic tac de nos montre est un décompte à la bombe, et je presse le pas pour entrer dans le tunnel. J’attrape de ma main gauche l’avant bras d’August, contact qui me dérange mais que je trouve nécessaire, lâcheté qui m’incite à penser que si malheur devait arriver à l’un, il en serait de même pour l’autre. Un peu de frisson dans cette fin de journée n’était pas malvenue, le changement était bon. Le tunnels sont éclairés de quelques faibles néons. Certains clignotes douloureusement, mais la plupart irriguent leur petite lumière jaune le plus dignement possible. « On aurait pu emmener quelques uns avec nous, changer exceptionnellement la fin de leur journée, forcer le destin. » Constatation vide d’intérêt, et je n’y pense pas par envie de préserver ce qu’ils représentent. Après tout, s’ils étaient au courant pour nos particularités, ils nous auraient généreusement échangé contre un peu de sécurité. L’humain est stupide, égoïste. Mais au fond, nous ne sommes pas plus respectable. Toute les 24 heures, ils découvrent la mort, font connaissance des sentiments de dernier instant que nous ne devrions recevoir qu’une seule fois. Pour nous préserver, nous enfermons sans scrupule d’innocentes personnes dans une boucle. Ils le méritent. « C’est amusant de changer nos habitudes de temps en temps, qu’en penses-tu? » On avance, et le tunnel se vide, il devient rare de croiser des individus qui échapperont à la mort ce soir. Le bruit de nos semelles claquent sur le sol et font écho sur les parois. Il fait plus frais mais je ne trouve pas cette sensation désagréable. J’enfonce ma main dans mon sac, et attrape un livre fraichement terminé pour la seconde fois. « Peut-être l’as-tu déjà lu, mais je te le conseille. » Je le lui tend, le laissant examiner la couverture qui indique « L’Envers et l’Endroit » d’Albert Camus.



evanescence

Viens, tu verras la route est longue. Parfois le ciel devient sombre, mais les nuages sont encore loin. Et même si de fatigue tu tombes dans ta course vagabonde, ai le courage de continuer ton chemin. Dis-toi que rien est écrit, l'avenir se construit.

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August Hastings

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MessageSujet: Re: I've watched this ghost so long it feels like home to me (Marie)   Lun 5 Juin - 0:22

I've watched this ghost so long
It feels like home to me

- Marie & August -



L'horloge de la station égrenait les secondes de son cours régulier : quelques huit minutes et quarante-deux secondes, voilà ce qui restait de calme au duo avant les explosions.
On n'était nulle part plus en sécurité que dans les tunnels du métro, fichés sur les rails et enfouis sous la ville. Aux grands maux, les grands remèdes ; les entrailles de Londres recelaient des vagabonds, des âmes errantes, et dans les boyaux de l'underground, c'était la misère et la peur.

August n'avait pas encore gagné la bouche béante du métro que les mots de Marie l’atteignirent en plein cœur et déversèrent en lui un sentiment curieux, indéfinissable et étrangement agréable. Hastings, déboussolé, se sentit alors pris du besoin d'étudier la nature de ces dernières secondes et s'arrêta net parmi la foule, alors qu'un homme lancé dans sa course s'écrasa sur son dos avant de pester et de poursuivre son chemin.
Montrer son monde ? Apaiser une âme ? Voilà une supplication qu'il ne recevait pas tous les jours, oh, non. D'aucuns se méfiaient comme de la peste d'August et de ses fantasmes confondants, et si, souvent, on admirait sa particularité, on s'en tenait fort mieux à l'écart. Elle avait un côté spectaculaire quelques minutes, ça oui, c'était marrant, mais ensuite ça devenait inquiétant et on se demandait si August n'était pas complètement fêlé.

Mais quelle demande que celle de Marie ! August, perplexe, dévisagea cette étrange créature et ses idées bizarres. Il tenta d'émettre quelques mots, au moins pour informer sa partenaire du pourquoi ils étaient soudains immobilisés parmi la foule, mais rien ne sortait. Et dès lors qu'il ignorait quoi dire, August fit ce qu'il avait à la longue pris pour habitude de faire face aux impasses : il sourit dans le vague.
- Je pourrais faire ça, oui, parvint-il toutefois à articuler, nébuleux et radieux ; cette demande était suffisamment rare pour se révéler aussi élogieuse que précieuse.
August se garda bien pour autant de préciser qu'il était plus habitué d'entendre de tels propos de la bouche des enfants de la boucle – mais à bien des égards, Marie lui évoquait quelques fois le lointain souvenir de l'enfance et il décelait dans ses grand yeux humides le regard d'une petite fille. Petite fille qui, comme Hastings ne bougeait pas d'un pouce, prit les devants et l'attira par le bras au travers des abîmes métalliques de Londres.

L'écho de leurs pas résonnait sur les parois humides et ténébreuses. Clap, clap, on entendait à intervalles réguliers le tempo des gouttes s'écrasant contre les rails, les fils électriques grésillaient de la fureur du courant et la trotteuse de la montre d'August marquait de son pas cadentiel l’avènement proche des bombes.
Le garçon centenaire sourit doucement aux illusions de Marie. Changer le destin des passants ? Ils en étaient incapables. Il leur était déjà ardu de laisser le temps filer... Le destin était une bien étrange et puissante entité pour qu'ils puissent prétendre en changer le cours.
- On ne peut pas les sauver tous les jours, Marie. C'est vain. Chimérique.
Légère pause.
- C'est malsain, aussi.
Il jeta un regard à Marie, un sourire navré aux lèvres, et haussa les épaules. Il s'était-lui même lancé, fut un temps, dans le sauvetage de ses pairs, avant de comprendre qu'il ne gagnerait jamais tel combat, et que si ça n'était qu'une affaire de conscience, il pouvait œuvrer tout à fait différemment pour ce qu'il estimait juste et bon – mais qu'en aucun cas il n'était viable de jouer aux divinités.

August acquiesça à la suite de ses propos. Oh, le changement ne pouvait faire de mal à personne, mais Hastings devait bien avouer s'en trouver fort mieux loin de lui ; le garçon n'aspirait qu'à la paix, et comme on le laissait dans son coin depuis un siècle déjà, il présumait selon toute vraisemblance que les suivants en iraient de même. Et on n'est jamais vraiment prisonnier de la routine quand on peut changer la réalité selon son bon vouloir.

Plus loin, il examina le livre que lui tendait Marie et scruta la couverture. Albert Camus. L'Envers et l'Endroit. Il avait déjà lu Camus, quelques ouvrages... Celui-ci, en revanche, n'avait jamais croisé sa route et il recueillit délicatement le manuscrit. On n'aurait vu aucune différence dans les gestes lents du garçon s'il avait manipulé avec toutes les précautions du monde un trésor inestimable – mais c'était là la valeur de la littérature à ses yeux.
- Merci, souffla-t-il. Je te le rendrai au plus vite.

Il ouvrit précautionneusement le livre et parcourut du regard les premières lignes, quand il ressentit une légère vibration sous ses pieds, vibration qui s'intensifia de plus en plus, accompagnée du bruit crescendo d'un métro lancé à pleine vitesse sur la ligne.
August s'attendait presque à en voir trembler les murs, et son rythme cardiaque s'accéléra en même temps que le funeste vrombissement de la galerie.
C'est lui qui, cette fois, agrippa Marie par le bras pour se réfugier dans une alcôve creusée dans le mur, qui devait jadis servir de voie de secours aux ouvriers, à présent convertie en refuge pour les démunis.
Un monstre éclatant d'acier jaillit de la paroi courbe du tunnel et rugit à leur intention son flot effroyable de crissements et d'acier. Peu habitué du métro, et encore moins de ce spectacle épouvantable de danger, August saisit sans le vouloir réellement la main de Marie, peu soucieux des éventuelles répercussions qu'un tel contact pourrait engendrer sur lui ; mais la peur de voir débouler un métro devant soi à toute allure était supérieure à celle de la malédiction de Marie.

Les vibrations du couloir et le bruit grinçant en venaient à leur paroxysme. Et dès lors que l'énorme véhicule fonça devant eux, une bourrasque violente leur fouetta le visage.
Tout se déroula en un éclair.
Durant la seconde pendant laquelle le métro frôla leur visage, il émana de celui-ci une lumière radieuse, incandescente, irréelle et spectrale, alors que du lierre envahit la surface lisse de l'acier, se développant à toute allure. Et quand le véhicule fut hors de vue, il laissa dans son sillage une traînée de sable doré, soulignant les contours de l'air en déplacement, tout comme une barque marque l'emprunte de son passage sur l'ondée.

Confus, August relâcha précipitamment la main de Marie alors que les minuscules particules dorées suivaient les mouvements fluides de l'air autour d'eux.
- Voilà mon monde, lâcha-t-il en un murmure.
Comme Marie était sensible à sa particularité, August en cherchait la beauté. La magie de son esprit opérait et dévoilait tout le panel de son imaginaire à sa camarade. Sous le métro, sous l'or et sous les bombes...



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MessageSujet: Re: I've watched this ghost so long it feels like home to me (Marie)   Jeu 27 Juil - 16:10

Human discord

- August Hastings & Marie Balmain -

S’il y a bien une chose d’indéniable, c’est que le respect qu’August éprouve pour un ouvrage est identique à la mienne. Il n’y a aucune utilité à l’évoquer, pas besoin de mot, car n’importe quel passionné sait en reconnaitre un autre. Caresser une reliure, se plonger avec admiration dans la première de couverture, n’oser qu’effleurer les pages des vieux écrits, avoir le regard noyé dans la gratitude et l’excitation lorsque les premières phrases tapées à l’encre noire sont survolées. Certains ne voient dans les livres qu’une perte de temps et d’argent, d’autres une facette différente de l’art qui nous permet d’être plus tard, de fervents érudits. Je détourne mon regard des mains de mon camarade, ne prenant pas la peine de répondre à sa gratitude. Néanmoins un rictus se dessinait sur mes lèvres : impossible de nier la fierté que j’éprouvais quant à l’idée de faire plaisir à mon interlocuteur.
Comme il est compliqué d’obtenir une quelconque réaction venant d’August ! Un jeune homme plus placide que moi, peu consciencieux de ce qui l’entour. Envions la personne qui saura le toucher en plein coeur, si elle pouvait exister en ce monde.

Un bruits sourd et menaçant vient frapper et faire écho sur les murs. August fut le plus rapide a réagir, et fort heureusement car j’étais tant plongée dans mes réflexions que je n’aurais pas eu le temps d’émerger et d’éviter la mort. La tête du métro jaillit au bout du tunnel, rapide, dynamique; élancée comme une furie. L’adrénaline monte alors qu’August attrape mon bras pour nous réfugier dans un renfoncement spécialement dédié à cet effet, lorsque des ouvriers ont des travaux a effectuer. Les néons s’agitent, la tension monte et mon coeur bat la chamade. Je ne risquait rien, mais la situation me prenait au coeur comme si la mort était imminente.
Mais la mort ne vint pas, et à la place un délicieux spectacle se dessinait devant moi. Les contours du monstre d’acier prenaient devant moi une toute autre allure; des feuilles délicates embrassaient la carcasse, une lumière plus belle et plus flamboyante que celle du soleil venait taper sur ma rétine, réchauffant mes orbites à l’aide d’une chaleur visuelle.
La dernière voiture file, puis sort de mon champs de vision. Une trainée de sable danse encore dans l’air, me faisant penser à des paillettes d’or qui s’élèvent et valsent au rythme des derniers sons du métro qui s’éloigne.

August lâche ma main, et je ne me rend compte qu’à ce moment là de ce faux contact qu’il y avait eu entre nous. Je rougis, car l’instant aurait presque pu être romantique; et loin de moi l’idée de connaitre une quelconque proximité avec lui. Je me racle la gorge, comme pour engager une conversation qui ne vient jamais. C’est plutôt August, dans un murmure, qui vient briser cet instant de silence.
« J’en suis fort ravie. Quelle merveille ! »
J’élance mes bras d’avant en arrière, comme pour leur donner un nouveau coup d’énergie. Mes membres étaient légèrement engourdies par les évènements récemment venus, et je me sentais molle, incapable.
Le silence s’installe à nouveau, qui ne me déplait pas, devient même bienvenue en dépit de notre petite péripétie dont mon cerveau avait encore tant de mal à se détacher, à considérer comme évènement passé et terminé. Je sors de l’alcôve pour prendre place à nouveau en plein sur les rails, invitant August à me rejoindre d’un signe de tête; puis je reprends ma marche vers un ailleurs dont ni lui ni moi semblent connaitre la finalité. Je ensuite fais claquer ma langue sur mon palais.
« Comment as-tu appris à créer de telles illusions? Une gymnastique du cerveau? Ton imagination excède celle des plus créatifs que j’ai pu rencontrer jusqu’alors. »
Comme il serait fantastique que je puisse moi aussi apprendre, et gérer ma particularité. Comme j’aimerais, dans une parfaite utopie, avoir droit au touché charnel. Comme la vie serait simple, belle, douce, enivrante ! J’aurais fait de ma vie une aventure intense, volcanique, bouillante d’expériences incomparables et inoubliables. De l’extrait de bonheur, pur et insatiable.
Ce besoin, je semblais être la seule de nous deux à le ressentir. C’était sans nul doute normal, car qui pouvait rêver une vie plus adaptée que celle d’August pour lui-même. Il peut créer son propre monde, peut assouvir ses propres désirs, et il ne tien qu’à lui de croire en cette illusion comme étant une réalité. Il se renferme dans son monde et s’ouvre à nouveau lorsque bon lui semble.
Moi, Marie, je suis là dans mon entièreté et je ne peux que faire face à mes inquiétudes, et à celles des autres. August peut rendre le visage des Londoniens joyeux si telle est son envie, pour ma part je ne peux rien faire d’autre que de plonger mon regard dans des visages fermés, tristes.
« Tu crois qu’un jour, je pourrais entrer en contact avec quelqu’un sans risquer que malheur n’advienne? »
Je soupire, simplement, sachant ma question réthorique.
« La vie n’est pas toujours tendre. J’aimerais essayer, un jour peut-être. »
Je trifouille mes doigts gantés. Je me confiais sans réellement le faire, et cela me convenait. August se fiche en général des moeurs d’autrui, de nos envies, nos rêves, nos convictions. Sa propre personne lui suffit, et il n’écoute que d’une oreille les plaintes de son voisin. Il m’était impossible de le lui reprocher, car c’est un attrait dont j’étais aussi pourvue. Qu’importe l’Humain, il n’apporte que très rarement des choses intéressantes. Egoïste, manipulateur, pessimiste, arrogant, vaniteux. Comme l'Être peut-être lassant !

Le sol se met à bouger, et j’en conclus que la bombe a explosé. Nous étions bien loin de la station maintenant, et nous ne risquions rien. Néanmoins, je prends la peine d’inspecter les murs pour voir si une fissure ne menaçait pas de s’agrandir et de provoquer un éboulement sur nos têtes. L’heure n’était pas encore venue pour nous ! J’ai malgré moi une pensée pour ces humains qui viennent à l’instant de mourir une nouvelle fois, et croisant le regard d’August, j’y cherche un réconfort muet.

« Penses-tu que nous soyons encore loin de la prochaine station? »
Je l’espérais, car bien que le tunnel sombre donne envie à mon être de faire resortir une petite claustrophobie enfantine, je me plaisais dans ce calme. Seule ou accompagnée, je me serais plu dans cette endroit. A l’avenir, je n’y retournerai pas, mais cette petite fortune en bonne compagnie resterai à jamais gravée… dans mon journal.



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