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 « Dysfonctionnement total » DEFI II ❧ Ft.Margaret

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Galahad L. Ednyfed

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❧ Boucle Temporelle : Le printemps incessant et sous l'enfer du vingt-deux mars quarante-et-un.
❧ Particularité : Copie et immitation, prendre les traits d'un être au toucher, malheureusement les manies et traits de caractère ont tendance à suivre. Ne jamais être soi-même est le fardeau de mon existence.
❧ Occupations : Projectionniste, pour le plaisir des regards avides de curiosités. Voyeur et récolteur d'informations à mes heures. La médecine et l'anatomie n'ont également plus aucun secret pour moi.
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MessageSujet: « Dysfonctionnement total » DEFI II ❧ Ft.Margaret   Lun 27 Fév - 20:18

Dysfonctionnement total

- Donnez-moi des ailes et je vous montrerai comment être le dindon de la farce -

Longs couloirs qui s'entre-choquent, qui ne semblent plus avoir de début, ni même de fin, véritable labyrinthe de murs qui semblent jouer avec moi. Je ne sais même plus quelle porte mène à la boucle de mille-neuf-cent-quarante-et-un, comment quitter ce déroutant pays des merveilles qui ne fait que me captiver depuis de trop nombreuses heures. Ce manoir est immense, véritable palais aux trop nombreuses pièces, démesurées de partout. Je mettrais des jours à retrouver mon chemin, à trouver la moindre piste, une difficulté embêtante. Au final, qu'importe, le silence et la chaleur de l'été étaient agréables, sans parler de l'appel de New York qui appartient à un tout autre monde parfaitement inconnu. L'Amérique et son cinéma, grandiose. Premier voyage depuis bien trop longtemps pour ne pas dire depuis le premier jour dans les boucles, loin des bombardements incessants qui pesaient encore et toujours, rappellant continuellement les horreurs du front, ne laissant jamais les cauchemars bien loin alors que le mal est apaisé depuis bien longtemps déjà, vieillard malgré les traits initiaux qui n'atteindront plus jamais la trentaine.

Les mains dans les poches, mesure incontournable pour éviter tout contact accidentel, je laisse mes pieds me porter, laissant mes yeux se poser où bon leur semble avec curiosité. Ils finissent par trouver cette bibliothèque qui aurait de quoi faire pâlir nos Ymbrynes tellement elle semble immense. Un sifflement impressionné s'échappe, me glissant entre les rayonnages pour y errer, décortiquant les titres inconnus, imaginant les histoires dissimulées dans les pages, laissant l'imagination faire le reste. Bien entendu, ce sont les ouvrages d'anatomies qui attisent rapidement toute mon attention, allant même jusqu'à dénicher quelques essais de Syndrigastis sur le fonctionnement de certaines particularité. Une mine d'or rare qui devrait m'emprisonner pour les prochaines longues heures, voir même peut-être des jours entiers. Une pile d'ouvrages démesurée est emportée et déposé sur une table à côté d'un fauteuil, commençant à m'y perdre pour les dévorer avec avidité.

C'était étrangement calme et désert comme endroit, esquissant un sourire à l'unique jeune femme aux cheveux chatoyants présente dans les lieux. Je n'ose dire mot, par crainte de briser la sérénité du lieu qui imposait inévitablement le respect. Mes yeux se perdent à nouveau dans les lettres après un échange de regards, enchainant les pages durant de longues minutes, enregistrant, emmagasinant comme je le peux.

Puis ma lecture semble soudainement prendre un tout autre tournant, parcouru par une étrange sensation de malaise comparable aux frissons provoqués par un passage d'un corps à l'autre. Je perds ma ligne de vue alors que je me sens rétrécir, me contracter dans mes vêtements qui me piègent. Mes doigts s'étirent, duvet de plumes brunes sortant de ma chaire. J'appelle à l'aide, horrifié, ne parvenant qu'à émettre un cri décousu et incompréhensible, son typique d'un oiseau effrayé qui s'élève entre les murs de livres. Peut-être une douce farce de ma particularité qui fait encore des siennes, bien qu'il n'y avait rien de logique à se retrouver dans le corps d'un volatile, incapable de prendre une autre forme qu'humaine, de savoir générer un plumage et des changements aussi conséquents. Je suis prisonnier du tissus de ma chemise, tombant lourdement sur le sol alors que je bats des ailes (?) comme je le peux pour me sortir de ce pétrin, ne parvenant au final qu'à m’emmêler un peu plus dans mes tentatives désespérées et gestes décousus, pris au piège alors que l'esprit se perd, ne retrouve plus le fil conducteur, la logique, les ficelles de cette transformation saugrenue.    



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Margaret Nebulosa

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MessageSujet: Re: « Dysfonctionnement total » DEFI II ❧ Ft.Margaret   Ven 3 Mar - 23:04

Dysfonctionnement total
Défi II

Après la fameuse fête dans cette nouvelle boucle, j'ai voulu y retourner. Oui, c'est bête mais cette soirée... cet univers qui m'a tellement plu en me rappelant le livre ''Gatsby le magnifique'' qu'on avait à la maison et que j'avais lu plusieurs fois sous les pommiers pendant les beaux jours, ou enroulée dans une couverture près du feu, avec ma soeur près de moi. Des jours heureux où tout était simple et où je n'avais aucun souci, aucune inquiétude. Ma particularité ne s'était pas déclarée, j'étais entourée de gens que j'aimais et qui m'aimaient, dans un cocon loin du danger...on m'a arrachée à ça pour m'envoyer ailleurs, loin, quelque part qui était heureusement un endroit aussi accueillant que ma maison, mais cette fois c'est moi qui ai dû partir...parce qu'ils avaient tous disparus, sans raison et sans un mot. Disparus comme s'ils n'avaient jamais été là, ne laissant derrière eux que leurs affaires et le souvenirs des rires et des discussions que j'ai partagés avec eux, ainsi qu'un coeur en lambeaux. L'incertitude, c'est pire que tout. Ne pas savoir. Vivre dans l'angoisse et voir ses journées être une tapisserie de pourquoi, et de scénarios plus horribles les uns que les autres. Un patchwork d'idées et de pensées terribles, qui heureusement est rendu plus supportable par les gens que j'ai croisés depuis mon arrivée. Cya, Thad et les autres, des présences douces et discrètes, mais qui font un bien fou. Ca et l'idée que les ymbrynes enquêtent... car encore pire qu'une tragédie, c'est de ne pas savoir. Si je savais...je pourrais avancer, faire mon deuil, et tourner la page. Là...j'avance dans un brouillard et à chaque pas je ne sais pas ce que je pourrais trouver...

Alors...prendre un peu l'air me fait du bien, explorer et voir autre chose. Je préviens quand même Cya que j'y vais, ainsi que Thad. Il me fait sourire en me disant qu'une jeune fille ne devrait pas se rendre seule dans une autre boucle, surtout aussi mystérieuse, bla bla bla. Je le laisse parler, me disant intérieurement qu'il est bien trop gentil et protecteur pour son propre bien même si j'apprécie l'attention. Ca fait du bien de savoir que quelqu'un veille sur moi... c'est rassurant. Pourtant je file quand même, et atterrit dans l'immense bâtisse qui il y a peu encore abritait la plus immense, la plus folle et surtout la seule fête à laquelle je sois jamais allée... C'est étrangement trop grand et beaucoup trop vide. Maintenant, à la lumière du jour, ce sont d'immenses pièces avec trop peu de meubles, les décorations ont été enlevées et il ne reste plus rien. On dirait presque un musée, et j'ai la trouille d'être...à ce point seule.

Enfin... je peux toujours me changer en cas de souci! Et puis j'ai tellement de retard pour ce qui est de sortir et découvrir un peu le monde alors... on continue! Je musarde de salon en antichambre, de réserve pour l'argenterie en salle à manger, traversant des salles de musique ou de dessin, avant de finalement ouvrir une double porte et me figer. Des bouquins. Des centaines, des milliers, des centaines de milliers de bouquins. Des millions même. Des livres du sol au plafond, par paquets et par piles. Des tables de livres et des arches de livres. Le rêve absolu pour un rat de bibliothèque comme moi... Pendant un long moment je furette, j'examine des couvertures, je fais voleter des feuilles de papiers de soie des ouvrages précieux, et m'extasie devant les gravures délicates sûrement peintes à la main. Une foule de trésors qui rend folle la passionnée de livres que je suis ...

J'en attrape donc un et m'installe dans un fauteuil confortable près d'une fenêtre, commençant à bouquiner tranquillement quand j'entends des pas. Je lève la tête, m'attendant au pire, un tueur en série, un monstre, ou je ne sais quoi...mais non c'est seulement un type jeune et assez joli garçon qui entre, à l'aise lui, comme s'il était chez lui. C'est peut-être le cas d'ailleurs... On (échange), je réponds à son sourire et suis rassurée quand je vois qu'il s'installe à son tour et le silence revient, dérangé seulement par le bruit des pages qui se tournent. C'est tellement calme et agréable... sauf que...sauf que d'un coup les choses ont l'air de mal tourner. Mon colocataire de bibliothèque commence à s'agiter, et quand je le regarde mon livre me tombe des mains. Non. C'est une (farce) c'est pas possible. Il a l'air de...se transformer! En oiseau! Et si je suis habituée à voir des particuliers se transformer, ce qui m'inquiète surtout c'est la panique dans ses yeux.

Sans réfléchir je me précipite vers lui et m'accroupis près du fauteuil. Mais le temps de venir la métamorphose s'est achevée et je vois sa chemise envelopper une forme vague qui cherche à en dépêtrer maladroitement. Qu'est-ce que c'est que cette histoire? Je tends les mains et soulève le tissu pour libérer le volatile. Et à ma grande surprise, je découvre qu'il est... comme moi. Mon oiseau. Ca alors... c'est la seule personne que je connaisse qui se transforme également en chouette lapone.

Tout va bien...doucement... je m'occupe de vous... Doucement...

Finalement j'arrive à faire tomber cette maudite chemise sur le sol et approche lentement ma main de l'oiseau perché sur l'assise du fauteuil. J'effleure ses plumes soyeuses et sans comprendre le souffle me manque. Je me redresse en titubant alors que je sens mon corps changer. Mais pas...comme quand je me transforme non. C'est autre chose. Quelque chose que je ne contrôle pas. Totalement paniquée je commence à regarder tout autour de moi alors que je vois que j'ai grandi, et que mes cheveux sont courts. Très courts.

Mais qu'est-ce qui...qu'est-ce qui se passe? Je...

Une autre partie change et je manque de m'évanouir quand je sens que quelque chose grossit entre mes jambes.
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Galahad L. Ednyfed

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MessageSujet: Re: « Dysfonctionnement total » DEFI II ❧ Ft.Margaret   Ven 10 Mar - 20:38

Dysfonctionnement total

- Donnez-moi des ailes et je vous montrerai comment être le dindon de la farce -

Terrible panique, pouvant sentir mon cœur tambouriner entre les plumes qui s'emmêlent, les griffes s'enfoncent, tentent de déchirer non sans difficulté, se coincent. Douce farce de mon corps, de mon ennemie de particularité, fourbe à toujours vouloir me tenir entre ses ficelles en ce jouant de chaque cellule. Un oiseau. Sérieusement ? Comme si le reste ne suffisait pas. Les plumes se gonflent, les cris continuent de s'élever. Les doigts sauveurs sont les bienvenue, me libérant de cette prison infernale de tissus qui semblait vouloir m'étouffer. Sensation étrange que de sentir une peau se glisser sur cette douce carapace. Regard de chouette, littéralement, qui s'agrandit face à la femme aux cheveux flamboyants venue me dépêtrer de là, ne sachant pas vraiment quel serait la réaction adéquate pour la remercier, comment piloter cette chose, comment retrouver mes traits.

Nouvel instant de panique alors que l'inconnue disparait, s'étire, se déforme, se change. Réflexe probablement emprunté par la forme adoptée, battant des ailes brusquement en arrière alors que l'être faisant face est particulièrement déstabilisant, parfaite réplique de mon propre corps jusque dans les moindres détails. A croire qu'il s'agissait d'un être dérobant les traits tout en enfermant les âmes dans d'autres réceptacles, laissant l'imagination partir en vrille l'espace d'un instant, craignant le pire.

Élan d'adrénaline alors que je me rend compte que je ne touche plus le sol, soudain vertige alors que je tente de regagner le plancher. Je volais. Maladroitement, probablement de façon ridicule, inconsciemment, mais j'étais suspendu dans les airs. Le fait de me rendre compte ne fait que faire perdre tout moyen, essayant de contrôler cette forme comme un pauvre campagnard qui tentais de piloter un avion de chasse pour la première fois. Tout se passe un brin trop vite dans une manœuvre hasardeuse qui se solde inévitablement par un échec cuisant, fonçant droit vers l'une des étagères percutée avec violence, faisant tomber quelques livres dans la foulée.

Le choc a au moins le mérite d'être efficace, sentant les plumes se rétracter alors que le corps s'étire, reprend forme, se tortille sur le sol dans de brefs élans de douleur. « Nom d'un... ! » La phrase n'est pas achevée, probablement qu'un trop gros juron risquait de s'échapper, mains portées à mon crâne qui venait de heurter le bois de plein fouet. La pièce tourne un instant, sonné, mais les repères reviennent rapidement, trouvant à nouveau un point d'encrage. « Qu'est-ce que c'est que ce bordel ! » Pensée rhétorique et sèche qui s'élève pour moi-même, définitivement perdu. Je prends soudainement conscience de la nudité, saisissant le premier ouvrage venu pour dissimuler l'endroit stratégique, terriblement mal à l'aise. Me retrouver dans un tel état dans un lieu publique n'était certainement pas mon genre, plus que pudique, change-forme qui avait la chance de prendre des apparences pouvant lui permettre de conserver le tissus en passant d'une peau à l'autre. C'est terriblement gênant.  

Je finis par me redresser pour poser un regard sur l'individu abandonné quelques secondes plus tôt et que je pourrais qualifier de jumeau parfait. Un être visiblement tout aussi dérouté et sonné, bien qu'il ne venait pas de s'écraser tel un oiseau heurtant une fenêtre dans une tentative d'atterrissage médiocre. Je tente une approche, livre ouvert toujours maintenu en place d'une main. Les sourcils se froncent, le détaillent, chose étrange que de se faire face, d'affronter ses propres yeux, de ressentir ce que les originaux subissaient lorsque j'emprunte, même après avoir vu mes traits sur ceux de Siarl, la chose restait terriblement déroutante.

Les questions pratiques arrivent, silencieuses, tentent de comprendre, décortiquer. Mes doigts se saisissent de son poignet, forçant un brin le contact. Rien n'y fit, silence radio provenant de mes cellules, calme plat, le désert, comme si tout s'était déréglé. D'où il sortait celui-là ? Le contact est rompu, relâchant la peau, sceptique. La jeune rousse. C'est arrivé lorsqu'elle m'avait effleuré, à tout les coup elle se dissimulait sous cette peau. A croire qu'il s'agissait d'un drôle d'échange. « Tout va.. bien ? » Question idiote Galahad, vu sa tête, il, ou elle, n'allait pas bien. « Je suppose que c'est aussi la première fois que ce genre de dérèglement arrive. » Il vaudrait peut-être mieux que j'enfile à nouveau mon pantalon abandonné, pensée tout aussi idiote, se rhabiller face à quelqu'un qui arborait les mêmes traits et jusque dans les moindres détails, dérobant tout ce qui m'appartenait. Ça n'avait ni queue, ni tête.



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Margaret Nebulosa

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MessageSujet: Re: « Dysfonctionnement total » DEFI II ❧ Ft.Margaret   Lun 13 Mar - 22:51

Dysfonctionnement total
Défi II

La vraie terreur, celle qui fait tambouriner le coeur dans la poitrine et transforme le sang en glace, celle qui fait oublier comment respirer et qui paralyse les muscles. La terreur, c'est ce que j'éprouve en ce moment alors que je sens tout mon corps changer. La même sensation que quand je me suis changée en oiseau, pour la première fois, ne plus rien contrôler, être juste un jouet qui n'a plus aucune volonté, à part celle de survire et d'attendre que les choses se tassent. Maintenant, après des années, je suis habituée à devenir une chouette, à vivre et agir sous une autre forme que la mienne, et surtout, à accepter ce que je peux faire. Mais là... là c'est différent. Je ne me sens pas plus légère, je ne frissonne pas sous les plumes qui commencent à recouvrir ma peau et mes cheveux qui raccourcissent. Là au contraire je grandis, et j'ai plus l'impression que mon poids se répartit différemment dans mon corps. Ma poitrine disparait, mes bras s'allongent, tout comme mes doigts, mes jambes, et quand je porte mes mains à mon visage, je ne le reconnais pas. C'est...ce n'est plus moi. Ce n'est plus moi! C'est toujours moi mais dans une autre enveloppe qui n'est ni celle de Margaret, ni celle de sa chouette. C'est un autre corps que j'habite, sans que je ne comprenne ni pourquoi ni comment. Je... pourquoi? C'est... non...c'est pas possible. C'est pas possible. C'est une farce. Une blague. Un mauvais rêve. Oui c'est ça, c'est exactement ça, je suis dans mon lit en fer, en boule sous l'édredon de plumes et je fais un cauchemar, un horrible cauchemar et je vais bientôt me réveiller en me disant que mon esprit est allé super loin pour en arriver là. C'est ça. C'est comme ça que ça doit se passer.

Mais non.

Ce n'est pas un rêve parce que c'est bien trop réel. Parce que tout ce que j'éprouve ne pourrait pas être qu'une simple illusion. Parce que je ne pourrais pas imaginer toutes ces sensations, les fourmis dans les jambes, les picotements dans la nuque, et le fait de ne plus me reconnaître, enfin, ne plus reconnaître mon propre corps... Pendant de longues secondes je reste juste là, laissant les choses se faire avec une impuissance qui me rend folle et me panique avant que tout s'arrête. Enfin tout s'arrête... on dirait surtout que...plus rien ne change. Plus rien ne bouge. Comme si j'étais arrivée au bout d'un processus qui s'est accompli. Et que je suis aux commandes d'une machine que je ne connais pas... Je suis un homme...qui porte toujours la robe dans laquelle je suis arrivée. Un homme plus grand et heureusement pas trop large, même si je sens les coutures du tissu se tendre quand je respire. Timidement je commence à découvrir cette...enveloppe qui m'est inconnue, Du bout des doigts j'en dessine les nouveaux contours, aussi curieuse que paniquée, allant même jusqu'à très légèrement effleure mon entrejambe maintenant...pourvue d'une excroissance. Alors...c'est ça d'être...un homme? Je... je comprends toujours pas pourquoi ni comment quand j'entends un bruit sourd. Je tourne la tête et me rends compte que...brusquement je vois avec difficulté. Comme si j'avais besoin de lunettes. Il manquerait plus que ça. Toujours perdue je m'approche et remarque une chouette qui vole au milieu des livres. Une chouette comme moi. Je me rappelle alors du type qui il y a quelques secondes se transformait sous mes yeux lui aussi, en oiseau... mais... est-ce que... lui qui se transforme en oiseau... moi qui me transforme aussi... est-ce qu'il y aurait pas de la magie là dessus? Une sorte...d'échange? J'en sais rien, tout ça est trop flou et je suis trop perdue...

Sauf que l'oiseau change encore d'apparence et redevient humain. Peau à la place des plumes, yeux bruns au lieu des pupilles d'or, ongles remplaçant les serres... petit à petit un homme se dessine face à moi sauf qu'il est...nu. Comme après une de mes transformations... Il semble le réaliser lui-même, et attrape un premier livre qui lui tombe sous la main pour cacher l'essentiel. Et j'ai envie de dire, heureusement que c'était pas un livre de poche... Je tourne pudiquement la tête, comprenant à sa réaction et son attitude qu'il est aussi perdu que moi.

Vous... vous savez ce qui se passe? Vous... votre don, c'est pas de vous changer en oiseau si? Parce que le mien a jamais été de me transformer en... homme?

Je sursaute en entendant ma voix. Justement non, une voix d'homme qui sort de ma gorge et putain c'est effrayant. Il s'approche de moi, j'entends ses pieds nus sur le parquet et viens croiser son regard. D'ailleurs, il me scrute d'une drôle de façon, un peu comme s'il avait vu un fantôme. Son regard court sur chaque détail, chaque parcelle de mon visage et mon corps, enfin... de ce corps qui est différent du mien. Est-ce que...je lui ressemble? Est-ce que j'ai pris son apparence? On dirait. J'en sais rien. Je l'entends juste qui répond à ma question, et j'ai l'impression que sa voix sonne pareille que la mienne.

Je... y'a pas de miroir ici alors je... vous... j'ai votre apparence et vous...vous avez pu vous transformer en... mon oiseau. Enfin en chouette. C'est...c'est ça? On a...échangé nos particularités? Mais comment? Comment c'est possible?

Et surtout, comment redevenir normale? Parce qu'entre ma voix masculine et le service trois pièces entre mes jambes que je sens alors que j'ai à peine bougé, je suis pas loin de devenir folle.

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On a beau chercher, on ne trouve jamais que soi même.
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MessageSujet: Re: « Dysfonctionnement total » DEFI II ❧ Ft.Margaret   Sam 18 Mar - 13:10

Dysfonctionnement total

- Donnez-moi des ailes et je vous montrerai comment être le dindon de la farce -

Situation rocambolesque, digne d'une histoire sans queue ni tête. Définitivement, j'avais l'art et la manière de me retrouver empêtré dans dieu seul sait quoi, ne trouvant guère de réponse immédiate à tout ce capharnaüm. Visiblement nous étions deux parfaites victimes embarquées de force dans une mécanique surréaliste. A se demander si l'un des ouvrages lu ne renfermait pas une quelconque incantation magique, en réalité grimoire qui se joue de nos talents. Au moins je n'étais pas resté bien longtemps "enfermé" dans cet oiseau, bien qu'il ne devait certainement pas être loin, à guetter le moindre instant de faiblesse. Pouvoir voler. Un doux rêve de gosse qui semblait désormais à portée de main, bien que la tentative fut un parfait échec. Et si cela restait définitif ? Ne plus jamais subir les caprices d'une chair sans structure mère, qui se tord constamment, qui me perd un peu plus à chaque copie, pantin parfait de sa particularité emmêlé quotidiennement dans ses fils. Le rêve. La savoir chez quelqu'un d'autre en revanche, était nettement moins jouissif, ne souhaitant véritablement pas cette chose à qui que ce soit.

Les mots qui raisonnent avec ma propre voix, bien qu'étrangère, ne font que confirmer la chose. Un échange, empruntant probablement le don d'une Ymbryne au vu de l'oiseau tout en l'affublant de mon fardeau, bien que parfois allié dans les cas où disparaître devenait nécessaire. « J'ai bien l'impression que nous avons à faire à une mauvaise farce. Est-ce que vous avez lu un livre avec une incantation étrange dans un langage inconnu ? J'espère que ce n'est pas définitif, surtout pour vous. » Je lui tourne un instant le dos, le livre se referme tout en étant déposé soigneusement sur le coin d'une table, enfilant les quelques vêtements abandonnées, soulagé de retrouver un pantalon, tout en soupirant face à cette chemise que j'avais visiblement bien trop martyrisé, tombant en lambeau sous les coups de griffes.

Mes doigts cherchent la boite métallique contenant quelques cigarettes d'urgence et mon zippo dans le fond de ma poche, jugeant que c'était le moment parfait pour en allumer une. « Vous risquez d'en avoir besoin, les effets secondaires. » Je lui en tend une avec mes gants de cuir que je prends en général soin d'emmener pour les cas d'urgence bien que je ne supportais pas enfermer mes doigts, elle en aurait certainement plus besoin que moi en cet instant.

Je ne peux m'empêcher de retenir un rire face à l'image que l'ex-jeune femme renvoyait avec ma propre tête dans une robe d'un temps révolu. Non seulement la copie en elle-même était déroutante, mais dans un tel accoutrement, ça apportait une touche ridiculement drôle à la situation. « Désolé, c'est la robe, j'ai l'air ridicule. Ça devrait passer, d'ici quelques minutes si vous ne l'entretenez pas. Évitez d'entrer en contact avec tout ce qui est organique et humanoïde, la moindre de vos cellule cherchera à l'imiter et croyez-moi, c'est assez peu agréable et vous donne une tête comme un melon à la fin de la journée. »

Longue bouffée bienfaitrice, geste simple et pourtant si rassurant, laissant échapper une douce fumée alors que les sourcils se froncent, cette fois nettement plus mal à l'aise, image d'un geste terriblement déroutant entraperçu me revenant en mémoire telle une gifle. « D'ailleurs je vous conseille de na pas me.. enfin vous... tripoter. Je ne doute certainement pas de votre curiosité soudaine de mieux connaître les sensations d'un corps et d'attributs masculins et je peux vous comprendre, ma première fois dans une imitation féminine a été assez déroutante. Non pas qu'il y ait un risque d'entretenir la chose, mais tout simplement parce que c'est horriblement gênant voyez-vous. »

Un malaise survient, sentant mon corps me pousser à aller dans cette autre forme que je ne maitrise pas. Je la contient comme je peux, tente de l'enfermer, m'enlaçant moi-même pour me contenir, luttant comme parfois j'ai l'habitude de faire, lorsque je fais tout pour entretenir la copie et l'image empruntée. La difficulté est grande, faisant face à mes pauvres ongles de pieds qui se font griffes. L'oiseau semble vouloir me dominer, chercher à me perdre. « Des solutions pour empêcher ça ? » La phrase est marmonnée, cigarette coincée entre les dents alors que quelques plumes perlent, certain que mes iris ont également virée d'une autre couleur. Je l'affronte comme je le peux, cherchant à faire taire l'ébullition, ne trouvant pas le moment choisi pour expérimenter la forme, bien que terriblement curieux d'exploiter une peau animale qui m'est inconnue. On dirait un gosse qui venait de découvrir sa particularité, incapable de la dompter et de se l'approprier.   



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MessageSujet: Re: « Dysfonctionnement total » DEFI II ❧ Ft.Margaret   Sam 8 Avr - 14:02

Dysfonctionnement total
Défi II

Tout d'abord ça a commencé en étant un être humain, et il m'a bien fallu une vingtaine d'années pour arriver à en être correctement au contrôle. Vingt années où j'ai appris qui j'étais, j'ai maîtrisé la parole, la lecture et l'écriture, ou chaque jour affirmait un peu plus les contours de ma personne et ma personnalité, me donnant une image plus précise de mes idées, mes pensées, mes goûts et mon caractère. Vingt ans et pas encore arrivée au bout du chemin quand j'ai découvert que je pouvais être plus que ça. Que j'étais plus que ça. En plus de ma petite personne, de Peggy au milieu de sa famille géniale mais un peu tarée et hors du temps, je devais vivre avec, et accepter que j'étais une ymbryne, qui pouvait se transformer en oiseau. Deuxième forme, deuxième état auquel il a fallu que je m'habitue, à apprendre à passer de l'un à l'autre quand je le voulais et pas par accident... et là au moment où je pensais que c'était terminé, que je n'aurais à m'occuper que deux deux enveloppes corporelles possibles, voilà que le destin, la magie, le sort, ou peu importe le nom me joue une sacrée farce en me transformant en homme. En me faisant changer d'apparence avec le type qui était là, dans cette bibliothèque au moment de mon arrivée. Pourquoi? Comment? Je n'en ai aucune idée, et il semblerait que lui non plus, vu l'expression surprise sur son visage. Enfin lui au moins a retrouvé un visage humain après s'être changé en chouette, alors que moi... je suis bloquée dans un double de sa personne.

Face à face on se parle enfin, et je ne sais pas si je dois me rassurer ou m'inquiéter qu'il soit aussi perdu que moi face à ce qui nous arrive. Je fais non de la tête en entendant sa question avant de hausser les épaules.

Eh bien non, j'étais plutôt en train de regarder un livre sur les animaux quand ça a commencé. Et la sorcellerie n'est pas vraiment un de mes passe temps... Et j'espère aussi pouvoir redevenir ce que je suis... Non pas que vous soyez laid ou quoi que ce soit mais juste...ce n'est pas...moi.

Encore sa voix qui se glisse entre mes lèvres, me faisant frissonner toute entière. Ou devrais-je dire tout entier? Mon dieu c'est tellement... bizarre. Tellement... inhabituel, surtout qu'à chaque respiration je sens que cette robe est devenue trop étroite, trop petite pour ce nouveau corps, et trop courte aussi. Bon sang je dois être ridicule. Enfin lui doit l'être en me voyant, enfin en se voyant, enfin... c'est à en devenir dingue. En tout cas on voit que lui est beaucoup moins inquiet, vu qu'il sort de ses vêtements qu'il a renfilés un étui à cigarettes en métal et m'en propose une après s'être servi le premier. J'en tire une, sursautant en voyant des mains qui ne sont pas les miennes et que pourtant je commande saisir une tige et la porter à mes lèvres. Mes nouvelles lèvres. J'imagine à quel point la situation doit être surréaliste, deux copies conformes face à face à fumer, l'un habillé normalement l'autre en robe... j'aurais pu en rire si ce n'était pas moi coincé dans le double... J'avale une bouffée de tabac et hoche à nouveau la tête.

Promis... je ne touche rien ni personne... J'ai autant envie que vous, si ce n'est plus que les choses se calment et que je redevienne... moi-même...

Le tabac me calme un peu, mais juste un peu, un frisson de calme même, par rapport à la tempête d'angoisse et de questions qui se déchaîne dans mon crâne. Et je sursaute quand j'entends la suite de notre échange, des mots qui sortent un peu de nulle part alors que je croise son regard.

Euh... ouais...pardon. C'est juste... inhabituel et c'était un peu normal que je tente de...me découvrir? Enfin dans cette nouvelle apparence. Mais j'arrête, promis.

Enfin dans un sens il sait ce que ça fait, vu qu'il a dû faire ça plus d'une fois, et en allant plus loin que garder sa main par-dessus son pantalon. Enfin c'est pas le plus important. Un peu coupable, un peu gênée, je relève les yeux vers lui et remarque que quelque chose a l'air de déconner. Ses yeux ont pris une couleur dorée, comme ceux de ma chouette et je fronce les sourcils. On dirait que ça recommence... Il a de la difficulté à rester calme alors que des plumes commencent à apparaître sur son visage et son corps. J'hésite une seconde avant de venir près de lui et je m'accroupis, sentant au passage un craquement ou deux provenant du tissu. Tant pis...

Je... au début je me transformais quand j'étais en colère ou terrifiée... c'est à ces moments là que je ne contrôle rien. Alors... pensez à quelque chose de calme. Pensez à quelque chose qui vous met à l'aise, qui vous fait vous sentir bien. Pour moi c'est... c'est la maison, c'est le verger éclairé de lanternes les soirs d'été alors qu'on mange sous les pommiers. C'est les heures de lecture dans le grenier les jours de pluie. C'est le torrent dans la forêt et le vent dans les arbres... ce genre de choses... Essayer de trouver une pensée comme ça... une pensée agréable et calme et accrochez vous à ça... ça va passer. Lentement mais sûrement...

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Galahad L. Ednyfed

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MessageSujet: Re: « Dysfonctionnement total » DEFI II ❧ Ft.Margaret   Mar 30 Mai - 20:33

Dysfonctionnement total

- Donnez-moi des ailes et je vous montrerai comment être le dindon de la farce -

Ébullition. La chaire tremble, semble faire son caprice. Fait habituel, maître mot de mon existence, corps incapable de garder sa structure, incapable de rester à l'original, quémandant toujours un changement, d'aller vers une autre forme, chercher à éviter l'original au possible. Même une fois coupé de mon propre sort, devenu proie d'une sombre farce la malédiction continuait à s'acharner encore et toujours, doux fardeaux qui finit par me rendre dingue, terrifié à l'idée de finir comme l'autre fou d'ancêtre, bouffé par son propre gène de particulier, écrasé par ses ficelles au point d'en perdre totalement la raison. Sort certainement inévitable qui finirait par arriver. Terrifiant. Les plumes perlent, percent l'épiderme avec difficulté, douloureuses, pas accoutumé, la mâchoire se crispe, maintient le bâtonnet de tabac entre les dents comme elle le peut, l'écrasant presque.    

Surréalisme. L'autre s'approche, double et jumeau parfait, Galahad murmurant à Galahad, confrontation étrange, s'entendre souffler quelques conseils dans un échange de regards similaires, si on en oubliait les quelques artifices qui perlent et tentent de m'enfermer dans une autre chaire, loin de celles connues jusque là. Ça en devenait terriblement dérangeant, de s'affronter, se faire face, peiner à voir au delà des traits, d'un soi-même qui juge, comprendre ce qui est infligé à autrui. Frisson qui remonte l'échine, n'aidant pas à améliorer le contrôle quasi inexistant, habitude que d'être contraint subir les caprices, ne jamais parvenir à empêcher l'incident.  

Pensée agréable. Pensée agréable. Pensée agréable. Certainement plus facile à dire qu'à faire, impression que la cage thoracique se contracte, manque d'air. Suivre tout de même le conseil, chercher, capturer un souvenir lointain, enfuit. L'herbe fraîche qui tapisse le sol, s'alliant aux fleurs sauvages, soleil qui inonde la plaine, terrain d'innocence, loin des ravages et autres atrocités d'une guerre sans nom, loin des boucles répétitives piégées dans les années, loin des caprices et de la malédiction. Rires qui s'élèvent, fratrie innocente qui arpente le paysage, gamin haut comme trois pommes qui suit ses frangines surprotectrices comme son ombre. Se focaliser sur l'image, en chercher les parfums, les sons alentours, les détails qui se perdent, décortiqué avec délice, alors que le goût du tabac s'infiltre dans le fond de la gorge.  

L'échine se détend, les muscles débandent, crispation s'évaporant alors que l'ébullition cesse. Un bien fou que de parvenir à avoir un pouvoir sur la chose, d'en devenir maître, de laisser disparaître les artifices. Observer les mains, un instant, les avant-bras, être certain qu'il ne reste pas une plume, que le derme est à nouveau lisse et lui-même. « Je...je crois que c'est passé. Merci. » Maigre sourire qui s'esquisse, cherchant l'autre, le faux, regard gratifiant qui l'intercepte. « Malheureusement on ne peut pas dire que je sois d'aussi bon conseil pour vous. C'est quoi votre nom ? Vous êtes une Ymbryne pas vrai ? » Quitte à devoir s'entraider pour dompter nos particularités respectives et dérobées, autant le faire en bonne et due forme.



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MessageSujet: Re: « Dysfonctionnement total » DEFI II ❧ Ft.Margaret   Jeu 15 Juin - 23:01

Dysfonctionnement total
Défi II

Combien de temps est-ce que ça va encore durer? Combien de temps est-ce que cet espèce de jeu étrange, cette (farce) que le destin, le hasard, la magie ou je ne sais quoi nous a réservée? Combien de temps à nous retrouver dans une autre peau, un autre corps que le nôtre, avec une apparence qui ne nous appartient pas? L'autre jour pourtant rien ne s'était passé comme ça. Personne lors de cette fameuse soirée ne s'était transformé, et la réception n'avait pas dégénéré en une gigantesque carnaval ou chacun se serait retrouvé dans la peau de quelqu'un d'autre? Tout ça tambourine dans mon crâne, mon nouveau crâne je devrais dire, alors que mon double et moi, enfin, moi et mon double, enfin...nous, on se grille une cigarette dans cette bibliothèque aussi immense que poussiéreuse et déserte. A part nous. Deux pantins victimes d'un mauvais coup du sort on dirait. Et si ce qui me rassure est de voir qu'on est deux dans la même galère, le fait qu'il y ait personne ne fait que de rendre le mystère encore plus épais...

Et ce qui est surtout bizarre, c'est à quel point mon cerveau ne s'y fait pas, n'arrive pas à comprendre, à réaliser ce qui est en train de se passer. Tant que je ne baisse pas les yeux sur mes mains ou mon corps, tant que je ne parle pas ou que je ne respire pas trop fort, il a oublié la transformation, et je suis ce que j'ai toujours été, Peggy, le corps dont il a toujours été maître et qu'il a aidé à survivre toutes ces années. Tant que je ne lui rappelle pas ce que je suis devenue, pour lui je suis encore le visage qu'il a l'habitude de voir dans le miroir, et la masse de chair qu'il connait à force de l'avoir habillée ou d'y avoir posé les mains. Un regard, un mot, un rappel que je porte un corset sur le point d'exploser, et je lui rappelle qu'il est face à un problème qu'il n'a jamais connu et qu'il sera incapable de résoudre sans la solution, ou au moins des informations. En attendant je fume donc, avec lui, copies conformes face à face dans un (échange) de tabac et de cigarettes.

Et pourtant cette accalmie surréaliste, cette espèce de parenthèse complètement folle dans le cauchemar qu'on était en train d'affronter s'arrête, explose comme une bulle de savon alors qu'il recommence à se transformer. Et je panique. Comment faire si la transformation s'achève et s'il fuit? S'il se blesse? Qui prévenir ici? Comment? Bon sang c'est un foutu cauchemar dont j'aimerais bien me réveiller. Sans réfléchir et par réflexe, comme je l'ai déjà fait tellement de fois auprès de mes anciens protégés pour les rassurer après un mauvais rêve ou les réconforter quand leurs parents leur manquaient trop ou...comme c'est le cas ici... de simplement rassurer quelqu'un qui n'arrive pas à contrôler ses pouvoirs. Ca aussi je l'ai déjà fait, après avoir appris à contrôler le mien. Ma robe craque dangereusement en me penchant, et je n'imagine même pas dans quel état je vais rentrer mais tant pis. C'est plus grave qu'un peu de tissu ce qui se passe là. Je lui donne mes astuces, qce qui a marché pour moi, histoire qu'il arrive à maîtriser en quelques minutes ce qui m'a pris plusieurs semaines, et encore. Je lui explique à quoi s'accrocher, quelle doit être la lumière au bout du tunnel, répétant d'une voix douce des paroles rassurantes tout en gardant ma main sur son bras.

Heureusement... heureusement ça marche. Heureusement je le sens se détendre petit à petit alors que son esprit s'accroche à quelque chose. Il l'a trouvé. Il a trouvé son souvenir qui va jouer les cordes de survie et les fil d'Ariane. Il a trouvé de quoi lui garder les pieds sur terre, et résister à cette vague qui monte et qui peut tout dévaster.

Ouais...c'est super. Voilà... voilà comme ça. C'est... ouais c'est vraiment bien. Respirez profondément... voilà...très bien...comme ça...

Petit à petit je vois les plumes se glisser à nouveau sous sa peau qui reprend sa couleur rosée, et non plus brune mouchetée, les poils ont remplacé les plumes et l'or de ses yeux a disparu. Il est là, totalement et pleinement humain. Nos regards se croisent à nouveau, et quand je suis sûre que "la crise'' est passée je me redresse un peu, accompagnée de nouveaux craquements, frissonnant encore au son de ma voix grave à la place de la mienne et je lui souris.

De rien. Je sais que c'est difficile au début mais...quand on a le truc...ça aide.

Puis je hoche la tête. Cette foutue voix d'homme qui sort de ma bouche, c'est le pire je crois.

Je m'appelle Peggy et ouais je suis une Ymbryne. Je viens de la boucle de 1873 même si à l'origine je viens des années 70. 1970... J'étais ici l'autre jour pour la fête et j'étais curieuse alors j'ai décidé de revenir pour visiter. Je crois que j'aurais mieux fait de rester à la maison...

J'ai un sourire amer alors que je hausse une épaule.

Et vous? Vous avez le don de prendre l'apparence de quelqu'un d'autre c'est ça? Et vous vous appelez?

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