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 L'Oiseau couleur-du-temps planait dans l'air léger - August

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Aisling I. Fitzgerald

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- Image en mouvement -
❧ Boucle Temporelle : 19 décembre 1873
❧ Particularité : pygmalion de la feuille et du crayon
❧ Occupations : s'occupe des plus jeunes, fascinés par sa particularité
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MessageSujet: L'Oiseau couleur-du-temps planait dans l'air léger - August    Sam 4 Mar - 21:38

L'Oiseau couleur-du-temps
planait dans l'air léger
August et Aisling

L'Oiseau couleur-du-temps planait dans l'air léger
Qui caresse la feuille au sommet des bocages
Très nombreux, tout petits, et rêvant d'ombrager
Semaille, fenaison, et les autres ouvrages.
Paul Verlaine, La Belle au bois dormait

Au son du doux roucoulement des oiseaux, tu t'éveilles. Tes paupières encore lourde d'un profond sommeil se battent avec les quelques rayons de lumière qui percent à travers la fenêtre et viennent épouser les formes grossières de ton corps sous la couverture. La nuit a été agitée, tu le sens. Au plus profond de toi, tu sens encore la pointe du crayon sur la feuille de papier. Une fois de plus, tu t'es levée pendant la nuit pour dessiner. Etrangement, tu ne retrouves pas les preuves de cet éveil spontané et inconscient. Les feuilles sont éparpillées au sol, et quelques fleurs étrangement carnivores dansent près d'elles. Elles ondulent, claquent leurs épaisses mâchoires et semblent attendre quelque chose. Tu te contentes de te saisir des feuillets et de les poser sur un tas déjà présent sur la coiffeuse proche de ton lit. A défaut d'être emplie de maquillage, celle-ci est envahie par des monticules de dessins. Certaines feuilles sont blanches, les monstres dont elles étaient emplies s'étant très certainement échappés pour mourir loin de leur lieu de naissance. Tu ne contrôles que peu la vie des créatures que tu génères. Tu t'approches des plantes imaginaires et tu caresses les feuilles de la première qui se dresse devant toi. Elle se redresse et claque de ses dents de papier. Tu ne peux t'empêcher de laisser échapper un sourire. Tes rêves sont étrangement fertiles ces temps-ci.

Une fois ta toilette réalisée, tu enfiles une robe étroite et revêt un lourd manteau en fourrure. L'hiver rude de la boucle demande de tels sacrifices. Tu as ce manteau depuis si longtemps. Et tu es si fière de voir que malgré les années, il est étrangement toujours aussi propre et doux. Le temps semble n'avoir aucun impact sur cette étrange chose. Un jour tu as dessiné l'animal qui devait avoir fourni cette seconde peau. Il était sublime et tu t'étais reprochée de le garder.

Tu te diriges en direction du manoir. A vrai dire, tu passes tes journées dans la chaleur de ce lieu, entourée des plus jeunes Syndrigatis. Leur présence te calme, te rassure. Tu n'es plus obligée d'être seule dans ta grande tour d'ivoire. Tu apprécies leurs jeux enfantins. Tu aimes même parfois y participer, lorsque ton humble présence à leur côté est requise. Tu apprécies d'autant plus la cuisine qu'on y sert, près d'une immense cheminée qui ne cesse de crépiter, la chaleur mordant la froideur des bûches de bois.

Tu t'appropries rapidement de l'un des rares fauteuils situé devant la cheminée dans la pièce principale. Tu es bien matinale, les enfants ne s'ébattent pas encore dans le grand salon. La grande demeure est encore bien silencieuse et il n'y a que le vent qui s'engouffre à travers les vieilles fenêtres pour te converser avec toi. Mais ce silence te convient. Tu ne demandes pas plus. Tu t'installes, les jambes recroquevillées contre toi, une couverture sur les cuisses. Tes cheveux roux en cascade retombent sur tes épaules et caressent ta nuque dénudée à chaque mouvement de tête. Ton feuillet en pages blanches entre les mains, tu commences à approcher la mine de ton crayon. Que pourrais-tu bien inventer ? Tu commences spontanément à noircir le papier, sans aucun but précis, si ce n'est dessiner. La solitude dans laquelle tu es plongée te permet cette imprudence. Tu n'aimes que très peu dessiner intentionnellement, ou tout du moins, dessiner pour toi. Peut-être est-ce parce que tu as peur du plaisir que tu tires de ces séances de dessin personnelles. Elles sont devenues quelque peu indispensables, d'autant plus que tu ne voyages plus beaucoup. Peut-être est-ce aussi à cause du temps qui passe, de l'âge qui mord un peu plus ton âme de jeune femme.

Une hirondelle. Elle prend son envol dans la pièce et le haut plafond de celle-ci lui permet de grandes envolées. Elle est bientôt tout en haut. Ses ailes de papier bruissent dans un tintamarre apaisant. Le vent qui s'engouffre dans ses ailes déstabilise l'animal, qui a parfois du mal à virevolter. Symbole d'un printemps éphémère, cet oiseau danse sous les coups de crayons que tu lui infliges. Bientôt il y a bien une dizaine d'oiseaux qui s'ébattent en hauteur et tu regardes ce spectacle émerveillée, fascinée. Ce ballet aérien s'avère divertissant, et entièrement malléable. Si quelqu'un venait à arriver, il te suffirait d'ouvrir une des brandes vitres pour que ces petites choses s'échappent sous la neige et disparaissent.

Et quelqu'un vient à surgir. Tu le perçois dans l'impatience des battements d'ailes. Tu cherches donc du regard cet invité inattendu.

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August Hastings

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- Illusionniste mythomane -
Le gros Gus
❧ Boucle Temporelle : 22 mars 1941
❧ Particularité : Insuffle des images mentales à tout un chacun, distord la réalité dans la tête d'un individu
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MessageSujet: Re: L'Oiseau couleur-du-temps planait dans l'air léger - August    Ven 14 Avr - 12:18

L'oiseau couleur du temps

Aisling & August

Il y a une fissure au plafond. On entend circuler les fantômes du gaz dans la tuyauterie d'étain. La nuit enveloppe les boiseries et nappe les couvertures de plumes, mais on voit déjà le Soleil la narguer, minuscule point blanc dans l'horizon marine. Au travers des persiennes, des rayons d'un orange éclatant illuminent la poussière qui se promène paresseusement dans l'air de la chambre. Ces faisceaux achèvent leur course sur ton visage, dont l'une des vives bandes de lumière te barre les yeux, étincelle sous tes paupières closes et t'aveugle. Il est temps de se lever.

On vous a offert l'hospitalité, la veille, à toi et à Eustache. Vous ne devriez pas vous trouver en un lieu pareil, mais vous veniez de débarquer et on n'a pas fait d'histoires plus qu'il n'en fallait – c'est que vous vous êtes pointés tard, et on n'a plus eu le choix que de vous accueillir.

Le voyage t'as fatigué. Oh, certaines mauvaises langues diront que ça n'est qu'un seuil a franchir et que fatigue n'a pas lieu d'être, mais tu envisages les choses différemment : qui ne serait pas exténué, que diable, après avoir remonté de soixante-huit ans la Grande Horlogerie du monde ? Oh, non, un tel voyage dans le temps ne se réduit pas à quelques enjambées incertaines dans un vieux chapiteau, certainement pas : voilà qu'il faut se faire à tout car on n'a l'habitude de rien, c'est un nouvel univers auquel on est étranger, et par conséquent, sans cesse interpellé. Il faut ouvrir l’œil, se tenir sur ses gardes, et telle aventure pour un homme à l’accoutumée capable de prévoir l'heure exacte de la pluie est une échauffourée constante pour le cerveau. Même l'air est singulier – plus pur, sans doute, que celui que tu inhales en 1941 – et tes poumons eux aussi sont astreints à l'effort. On ne saurait changer d'air sans la moindre difficulté.

Prêt à affronter ce nouveau (ancien ?) monde, tu te glisses de dessous les couvertures. La chambre s'est refroidie pendant la nuit au point que quelques volutes de fumée s'échappent de ta bouche dans un bâillement. Tu t'habilles à la hâte, te passes le visage à l'eau froide laissée dans une bassine à ta disposition et te peignes un instant devant le miroir antique du coin de la chambre. De ce point de vue-ci, tu n'es pas dépaysé ; l'eau courante est un luxe dont ne dispose pas forcément ta propre époque... Tu parachèves ton costume d'un joli foulard que tu noues autour de ton cou comme tu as pu en voir peints sur quelques portraits du siècle dernier. Tu ne saurais dire si tu es tout à fait à la mode de l'époque, mais tu fais avec ce que tu as, et de toute façon, ici dans les boucles ne se passe jamais un jour sans croiser certaines bizarreries stylistiques de visiteurs d'un autre temps...

Eustache est dans la chambre mitoyenne à la tienne. Il se repose peut-être, lui aussi. Tu ne le déranges pas, vous aurez tous deux grand besoin de force. Mais comme tu ne te sens pas d'attendre un signe de sa part, tu décides de faire un tour dans l'habitat.
La porte grince, cela t'irrite, et c'est sans compter le parquet qui trahit chacun de tes pas. Le silence te borde de ses bras ensommeillés – tu pourrais presque, en tendant bien l'oreille, percevoir les respirations régulières des enfants endormis. Dans le long couloir tapissé d'émeraude, la lueur du matin traverse l'embrasure de quelques portes laissées ouvertes, plongeant certaines parties du corridor dans la pénombre. Il fait frais, tu te sens en sécurité, tu te sens à nouveau enfant, à ton tour, un enfant d'un autre temps, d'un autre ailleurs, mais tu aurais tout aussi bien pu être enfant dans chacun de ces mondes.

Tu descends le grand escalier du hall principal. Quelle n'est pas ta joie d'exécuter ces quelques foulées ! Dans la lumière de l'aube, tu es fébrile de curiosité. Oh, tu ne voudrais pas avoir l'air d'un intrus et d'un fouineur, tu es l'un mais pas les deux : tu supporterais mal qu'à la suite d'une confusion certaine, on en vienne à te flanquer à la porte car ton nez n'étais pas toléré ici ou là. C'est que tu n'es pas avide de grand chose. Tu cherches une présence humaine ; tu as besoin de te confronter à la faune locale.
Et la solution semble se trouver non loin du vestibule. Tu discernes par la lourde porte entrouverte cet éclairage si caractéristique, cette lumière chaude qui danse sur les murs à intervalles irréguliers : du feu ! Et comme, jusqu'à preuve du contraire, du feu nécessite un entretien perpétuel, donc suppose la présence d'un être intelligent, et comme, en plus, tu n'as pas très chaud, tu évites de considérer plus avant la question et t'engouffres doucement dans la pièce.

La chaleur te fait grand bien. Elle inonde ton cœur de son flot apaisant, mais à peine as-tu le temps de te réjouir d'un tel réconfort que ton regard est happé par une nuée d'oiseaux... A l'intérieur de la pièce. Tu les observes quelques secondes les yeux grand ouverts, fasciné. Ils semblent fictifs... Des origamis colorés qui auraient pris leur envol.
Dans un fauteuil près du feu, une jeune femme à la chevelure rappelant aisément le brasier face à elle. Tu sursautes presque à sa vue, car subjugué par le spectacle des hirondelles, tu n'as pas prêté attention au reste de la pièce :
« Bonjour, lances-tu précipitamment, mais c'est que les oiseaux prisonniers de la salle te captivent tant ! Ils ne sont pas réels, non, c'est impossible, et tu t'approches d'eux à pas feutrés, soucieux de ne pas les effrayer. Puis ton regard alterne de la demoiselle aux hirondelles, des hirondelles à la demoiselle.
- Excusez-moi mais... Est-ce qu'ils sont... (tu désignes les oiseaux) ...réels ? » Tu avises la rouquine, avec tous ses papiers tout autour. Ton cœur bat plus vite qu'à l'accoutumée, et tu pries pour que ces êtres de papier ne soient qu'une illusion, quelque chose d'éphémère ou d'intangible : as-tu jamais rencontré des Syndrigastis aux particularités semblables aux tiennes ? Serait-ce l'occasion ?



I became insane with long intervals of horrible sanity.


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Aisling I. Fitzgerald

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MessageSujet: Re: L'Oiseau couleur-du-temps planait dans l'air léger - August    Mer 17 Mai - 12:36

L'Oiseau couleur-du-temps
planait dans l'air léger
August et Aisling

L'Oiseau couleur-du-temps planait dans l'air léger
Qui caresse la feuille au sommet des bocages
Très nombreux, tout petits, et rêvant d'ombrager
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Ce ballet était étrangement divertissant. L'écho du bruissement des ailes de papier de tes amis faisait office d'orchestre. Symphonie agréable, apaisante. Le silence était en représentation avec ces oiseaux imaginaires. Le calme de la maisonnée était fondamentalement agréable, et il était plaisant de se retrouver là, seule, sans qu'il n'y ait la moindre distraction. Tu étais plongée dans ton monde, sans chercher à t'en protéger et à en protéger ceux autour de toi. Il convient d'ajouter que de tels instants sont si rares que tu ne peux t'empêcher d'en savourer chaque seconde. Celles-ci deviennent si lentes à s'ajouter entre elles, les minutes traînent et les heures s'effacent. Il ne s'agit que d'instants suspendus. Sont-ils réels dans le sens littéral du terme ? Tu n'en as aucune idée. Ton corps frêle se love un peu plus dans le fauteuil et tu tires à toi la couverture, glissant tes bras sous celle-ci, préférant, pour l'instant, laisser ce tableau intact.

C'est si rare, aujourd'hui, que tu parviennes encore à passer du temps de la sorte. La modernité de la boucle de 2016 t'as projeté dans une temporalité bien différente. Tout doit être rapide. La consommation instantanée de tout sentiment devient un automatisme. Il n'y a plus de place pour la lenteur et la jouissance progressive d'une émotion. Elles sont consumées aussi vite que s'échappe la flamme d'une allumette. A croire que dans la modernité, ressentir est synonyme de douleur. On souhaiterait y échapper aussi aisément qu'on enlève un pansement. Tirer d'un coup sec, limiter la douleur dans le temps. Ce ne sont que quelques secondes où le corps entier se contracte pour échapper à cette pointe désagréable. Il fait barrage. Mais comment faire barrage à ce qui est à l'intérieur de nous, ce qui nous constitue ? Ressentir n'est-ce pas, dans un monde en mouvement, pouvoir méditer, respirer ?

Tu fermes les yeux un instant, prend une grande inspiration. Le temps s'est arrêté et il n'y a que le rythme des ailes qui indique la moindre temporalité. Il se fait parfois plus doux. Tu imagines le souffle du vent dans ces ailes. Tu aimerais les voir réellement voler. Tu aimerais les voir passer devant la fenêtre. Peut-être ces oiseaux se sentent-ils prisonniers ? Faudrait-il les libérer ? Serait-ce seulement envisageable ? Ils n'ont aucune chance de survie, là, dehors, dans le froid. Peut-être gêleraient-ils sur place et se laisseraient retomber sur l'épaisse couche de neige. Ils seraient peu à peu ensevelis et disparaîtraient aussi vite qu'ils sont apparu. Personne n'en viendrait à les regretter, ils n'existaient pas. Ils ne sont qu'issus de ton imaginaire, le fruit de ta solitude. Depuis que tu es enfant, le dessin suffit à lui seul à combler ton désespoir et ta mélancolie. Voilà comment tu es parvenue à grandir, en étant accompagnée par un monde féerique. Jamais tu n'aurais eu le courage d'affronter le monde des grands, seule. A-t-on toujours tout à affronter seul ? Peut-être que ta particularité s'est accordée à ton caractère, ou peut-être est-ce l'inverse. L'un dans l'autre, vous êtes en harmonie. La nature est parfois bien faite.

« Bonjour, excusez-moi mais… Est-ce qu'ils sont… Réels ? »

Ton coeur, surprit, loupe un battement. Voilà que le cours du temps reprend. Tout à coup les secondes s’enchaînent, les minutes défilent et les heures, les heures réapparaissent. Voilà bien une heure que tu regardes béatement tes créatures, sans songer que d'autres habitants pourraient s'éveiller. Tu te redresses, serres un peu plus ta couverture. Tu te sens si dénudée. Les oiseaux s'agitent. Ils ont senti ton trouble. Tu esquisses un léger sourire gêné. Les oiseaux s'apaisent. Tu te tournes en direction du jeune homme dans l’embouchure de la porte. Son visage est éclairé par une certaine fascination. Son grand âge est probablement faussé par sa mine enfantine. Il ressemble aux autres enfants tu refuges, lorsqu'ils admirent tes créations. Tu te sens en sécurité.

« Pourriez-vous définir réel ? »

Une petite voix s'échappe de tes lèvres. Tu n'oses hausser la voix. Il faut conserver la séreinité ambiante, ne pas réveiller plus d'habitants, tu ne saurais gérer tant de spectateurs. Tu te lèves de ton fauteuil confortable, enroulant autour de tes épaules, la couverture auparavant sur tes genoux. Tu t'approches doucement de lui, tel un animal effrayé. Tu respires doucement l'air en t'approchant de ton invité inattendu.

« Voulez-vous que je les fasse sortir… ? Vous ont-ils réveillé ? Je suis vraiment désolée... »

Tu fronces les sourcils en t'éloignant peu, détournant le regard en direction de la fenêtre la plus proche. Les faire s'échapper serait peut-être la seule issue. Tu n'oses pas dire plus. Tu te sens affreusement coupable. Tu rougis, prise sur le fait. Telle une enfant, tu attends la sentence punitive.

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August Hastings

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MessageSujet: Re: L'Oiseau couleur-du-temps planait dans l'air léger - August    Dim 11 Juin - 21:46

L'oiseau couleur du temps

Aisling & August

Si la jeune femme était douée pour donner vie à des oiseaux de papier, elle était nettement moins talentueuse quand il s'agissait de choisir ses interlocuteurs. Elle devait être en effet dépourvue de toute ambition pour attendre d'August qu'il définisse le réel ; il en ignorait tout, alors qu'on lui répétait depuis son enfance que ce qu'il percevait comme tout à fait tangible et matériel n'était pas réel du tout. De quoi instaurer une certaine confusion chez le petit August, qui n'était jamais vraiment parvenu à réajuster sa définition de la réalité au fil des ans. Il avait alors un jour décrété que n'était réel que ce qu'il définissait lui-même comme tel.

La réalité était venue à bout de lui, et l'avait tellement ennuyé qu'il ne lui avait plus prêté la moindre attention. Hastings avait développé quelques astuces pour différencier les deux réalités, la sienne, et celle morne et décevante du commun des mortels ; en règle générale, tout ce était beau venait de lui. Difficile, en effet, de déceler la beauté dans les cendres et la douceur dans les bombes.
Et cette nouvelle époque lui apportait tout le charme dont Londres était démuni – où qu'il tourne le regard, il voyait de biens belles choses, parce qu'il ne trouvait rien de tout cela chez lui. Presque rien tout court, d'ailleurs, comme tous les enfants de la guerre.

Quant au réel, August n'en savait rien.
Une joyeuse mine éclaira ses traits alors qu'il constatait avec joie n'avoir aucune définition valable à proposer, parce qu'il était complètement incapable de les comprendre ; et s'il le faisait, il n'en saisissait pas l'importance et l'occultait avec délice, parce que ce sujet ne le concernait pas. Radieux d'ignorance, car au dessus de telles considérations, August étala sa méconnaissance :
« Hélas, je crains que non. Probablement une vision admise par la majorité, mais pour être honnête, je n'en crois pas un mot. » Hastings se garda bien d'en rajouter davantage. Il n'avait aucune envie de faire étalage de ses talents quand une particularité si similaire à la sienne évoluait en face de lui.
- Pourriez-vous ?, ajouta-t-il, alors qu'il suivait doucement l'inconnue dans la pièce. Inconnue qui, à en juger de l'accent, considérait probablement que l'inconnu de la pièce résidait en la personne d'August.

Et le garçon ouvrit de grands yeux effarés à l'idée que son interlocutrice puisse laisser échapper de si honorables créatures, et s'empressa de la rassurer :
« Oh, je vous en prie, laissez-les dans la pièce ! Ils ne dérangent personne, je vous assure.
August s'approcha de plus près du ballet aérien et contempla le spectacle de ces oiseaux prisonniers, légers comme l'air et si étranges, si délicats... Et c'est sans même décrocher son regard des animaux de filigrane qu'il entreprit de comprendre avec qui donc il entamait cette courtoise discussion, et quelle était en particulier l'étendue de ses talents :
- Comment faites-vous cela ? C'est votre particularité ? Comment fonctionne-t-elle ?
Il se retourna vivement vers la rouquine, la détaillant du regard, envisageant la moindre possibilité. Les oiseaux étaient réels. Sinon, pourquoi demander à les faire sortir ? August n'avait qu'à songer à autre chose pour se débarrasser d'une illusion.

August se remémora finalement qu'il ne s'était pas présenté, en dépit de toute bienséance, et tenta par la suite, maladroitement, de se rattraper.
- August Hastings. Enchanté de faire votre connaissance. Je pense que nous aurons beaucoup à partager. »



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Aisling I. Fitzgerald

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MessageSujet: Re: L'Oiseau couleur-du-temps planait dans l'air léger - August    Ven 30 Juin - 16:59

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planait dans l'air léger
August et Aisling

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L'adjectif réel avait, depuis ta plus tendre enfance, été banni de ton vocabulaire. Comment une telle femme comme toi pouvait prétendre être capable de définir ce qu'était la réalité ? Tu vivais dans un monde fait d'illusions, constitué en grande partie par tes propres affabulations enfantines. Elles étaient à tes côtés, faisant fi des individus bels et bien vivants évoluant autour de toi. Comment ne pas apprécier à leur juste valeur la qualité de leur présence surpassant de beaucoup celle de tes compagnons humains ? Ta jeunesse pouvait se résumer humblement à de nombreuses heures de dessin, prostrée à côté de la cheminée, lovée dans une couverture épaisse, les coups de crayons s'accordant aux crépitements du feu. A ce que tu saches, tu n'avais en mémoire aucun souvenir heureux en compagnie d'une enfant de ton âge. Les individus qui occupaient tes journées étaient majoritairement d'origine animale. Canidés, félins ou autres, étaient ce que tu possédais de plus précieux, et grande était ta tristesse dès qu'un de tes compagnons s'évaporaient en fin de vie. Tu n'avais pas encore découvert comment leur donner une vie infinie. Et aujourd'hui, une fois adulte, tu te remerciais de ne jamais avoir décelé le secret de cette immortalité. Tes démons te poursuivraient inlassablement, ne quittant jamais ton ombre.

« Hélas, je crains que non. Probablement une vision admise par la majorité, mais pour être honnête, je n'en crois pas un mot. »

Un léger sourire se dessina sur tes lèvres. Ta main, tremblant d'une timidité habituelle, vient, en un geste brusque mais délicat, replacer derrière ton oreille une mèche rebelle, dévoilant un peu plus ce visage rougissant. C'était inconcevable d'ignorer les appels de ce jeune homme. Vous vous compreniez, silencieusement. Ses yeux émerveillés scrutaient tes créations. Elles s'agitaient, visiblement perturbées par l'arrivée d'un inconnu dans la pièce. Il ne provenait certainement pas de cette boucle-ci. Son accent britannique trahissait ses origines, de même que son visage enfantin, était méconnu de toi. Un voisin, un cousin, mais non un natif. « Pourriez-vous ? » Un nouveau sourire. Il était attendrissant. Et comme il semblait te comprendre. Comme il semblait te comprendre, sans même l'indiquer.

« C'est dans le songe, dans l'irréel, que je me suis plongée depuis bien longtemps… C'est ce que la majorité des gens semblent affirmer. »

Jamais tu n'avais été si prompte à parler à un inconnu. Ta maladresse ainsi que ta timidité habituelle semblait tout à coup dissipées, évaporées. Sa simple présence était apaisante. Peut-être était-ce seulement parce qu'il venait d'une époque différente à la tienne. Son histoire était dissemblable à la tienne, pourtant ces mots le rapprochait irrémédiablement de toi.

« Oh, je vous en prie, laissez-les dans la pièce ! Ils ne dérangent personne, je vous assure. Comment faites-vous cela ? C'est votre particularité ? Comment fonctionne-t-elle ? »

Terrée dans un coin de la pièce, tu observais le nouveau venu. Il évoluait avec une certaine assurance au sein d'un univers qui lui était pourtant fondamentalement étranger. Il semblait serein, alors même que toi, sorcière aux yeux de nombreux individu, se trouvait dans la même pièce que lui. Prise sur le fait, tu ne saurais nier que ces créatures étaient issues de ton imagination. Il fallait être fou pour ignorer l'évidence du lien entre ces animaux et toi.

« Êtes vous sûr ? Je pourrais très bien… » En une enjambée, te voici près de la fenêtre, prête à ouvrir celle-ci. Ce n'était pas tant pour apaiser l'atmosphère mais bien pour dissimuler ta particularité, par peur, peut-être. Le regard dirigé en direction du sol, tu n'oses faire un pas de plus. Ton carnet de dessins est pourtant bien en évidence sur le fauteuil sur lequel tu étais installé. Il suffirait à l'inconnu de fondre sur celui-ci pour découvrir le croquis des créatures au plafond. Il ne lui faudrait que quelques minutes pour en déterminer la nature. Ces croquis avaient généré ces oiseaux, et non le contraire.

« August Hastings. Enchanté de faire votre connaissance. Je pense que nous aurons beaucoup à partager. »

Par courtoisie, tu relevas le regard. T'approchant à nouveau timidement de lui, et un sourire timoré au visage, ce fut avec une légère révérence que tu répondis à sa présentation.

« Enchanté monsieur Hastings. Que fait-il naître ce pressentiment, si je puis me permettre ? »

Il te fallait faire face. Malgré tes grands airs, il t'était impossible de dissimuler la fascination que le jeune homme exerçait sur toi. Son intérêt pour tes oiseaux, ces certitudes, tout portait à croire que ses mots n'étaient pas vains. Il était sûr de ce qu'il avançait et c'était avec une certaine vivacité qu'il t'en faisait part.

« Je ne vous ai jamais vu ici, alors même que cette boucle est ma résidence depuis bien des années… Pardonnez-moi, je ne me suis pas présentée. Aisling Fitzgerarld. Je suis honorée de rencontrer un compère britannique. »

Un léger sourire vint dissiper ce sentiment omniprésent de malaise. Il fallait faire face à cette crainte d'autrui. Il ne semblait pas faire partie de la majeure partie des individus effrayés par tes capacités. Certes, les particuliers pouvaient entre eux se comprendre. Mais ils ne pouvaient pas avoir, comme toi, la certitude d'être incompris, de vivre et d'évoluer au sein d'un monde chimérique, inaccessible à ceux qui n'en comprennent pas l'étendue.

« Ce ne sont que des… Des dessins... ». Résumer ainsi ta capacité était sûrement bien trop sommaire. Après quelques secondes d'hésitation, tu te saisis de ton carnet de dessin. Malgré l'appréhension, tu griffonnes sur celui-ci un lapin. L'animal prend vite vie et s’égaille à vos côtés, gambadant entre les jambes de ce cher monsieur Hastings. Tu étais incapable de mieux définir ta particularité qu'en montrant l'étendue de celle-ci. Elle semblait en un sens si inoffensive. Tu n'étais qu'une jeune fille avec un crayon, donnant vie à la moindre de ses envies. Et tu te sentais suffisamment en sécurité aux côtés de cet inconnu pour en partager la complexité. « D'ordinaire, je ne me dévoile pas de la forte mais… Vous avez l'air de me compréhensif... »


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MessageSujet: Re: L'Oiseau couleur-du-temps planait dans l'air léger - August    Dim 2 Juil - 22:37

L'oiseau couleur du temps

Aisling & August



Cette créature fragile et délicate, cette jeune femme d'apparence si timide et renfermée, gagnait un intérêt croissant auprès d'August. Si elle se perdait tout comme lui dans les méandres sinueux de l'irréalité, si ses rêves se faisaient tangibles, si ces oiseaux n'étaient qu'une projection onirique, alors Hastings était émerveillé. Il ne se sentait plus seul, désormais, sur la voie du mensonge ; voilà qu'un compagnon de route partageait d'un coup son chemin si solitaire.
Il se demanda à quel point la jeune femme s'écartait de la réalité des mortels. Il se questionna si, comme lui, illusion et réalité n'étaient qu'une seule et unique entité ; s'il lui arrivait de s'égarer, de perdre ses sens dans le tourbillon infernal d'images inexistantes, et si, le matin, à l'aurore où tout devient possible, elle doutait de sa propre réalité...

Heureusement, la jeune femme n'ouvrit jamais la fenêtre et les oiseaux restèrent captifs de l'intérieur chaleureux de la pièce. August aurait admiré, impuissant, les créatures filer alors qu'il avait à peine commencé à les détailler ; oh, quelle perte inestimable aurait représenté l'ouverture de la fenêtre ! Le garçon désira même en saisir un au vol, délicatement, par le bout d'une rémige. Il l'aurait alors étudié sous toutes les coutures, sous tous les plis et les couleurs, curieux, en bon scientifique, de comprendre comment tout cela fut possible.

La déduction était simpliste ; ces oiseaux n'avaient rien de naturel, et la seule personne présente dans la pièce s'était au préalable excusée de l'éventuel tapage causé par les créatures. Elle semblait tout à fait concernée par leur devenir, semblait liée à eux d'une manière ou d'une autre, inextricable. Comment ne pas tisser un évident lien entre la rouquine et les hirondelles ?
- Eh bien, votre préoccupation pour ces oiseaux vous trahit, annonça-t-il, tout sourire. On aurait dit de cette jeune femme qu'elle était une mère, et les volatiles ses enfants – et la question qu'elle avait posée à August donnait d'emblée raison au garçon ; oui, ces hirondelles provenaient d'elle. Quand, comment, c'est bien ce que l'illusionniste s'était mis en tête de percer à jour.

Il s'inclina poliment à l'annonce du nom de la demoiselle. Aisling Fitzgerald. Voilà bien un nom qu'il lui faudrait imprimer dans sa mémoire, et il détailla le visage de la jeune femme alors qu'il gravait dans son esprit son patronyme et sa figure. Les années s'étiraient tellement qu'il oubliait plus qu'il n'aurait dû... Le temps s'étalait à l'infini, quand sa mémoire, elle, n'avait rien de surhumain.
- En effet madame, je suis arrivé la veille. Je ne connais rien à cette boucle que ce qu'il m'ait été donné d'entendre. J'ignore même si j'ai le droit d'entrer dans cette pièce... Je viens de 1941, ajouta-t-il, clarifiant par là son manque de connaissances à l'égard de la boucle, et des us et coutumes de cette époque.

Le cœur d'August fit ensuite une embardée sauvage pour s'arrêter immédiatement, aussitôt qu'il entendit que ces êtres merveilleux étaient... des dessins. Des dessins, de simples dessins ? Sans qu'il put expliquer pourquoi, il sentit poindre la déception – déception que, peut-être, en leur qualité de dessins (animés, certes), ces êtres soient tout à fait réels. Réels, tangibles, palpables, et rien qu'il s'approchât d'une illusion. Il était toujours seul dans son cas, seul à manier l'irréel.
Et alors qu'il se morfondait presque, insatisfait de la solitude encourue dans sa tour d'ivoire illusoire, un lapin vint gambader entre ses jambes. Il n'y crut lui-même pas un instant, et se reprit à deux fois pour s'assurer que ce qu'il percevait était bien vrai ; une esquisse rapide, un croquis de lapin, voilà de quoi il s'agissait – mais d'apparence, un véritable lapin. Le regard d'August s'éclaira d'une lueur nouvelle alors qu'il se penchait vers l'animal, exactement comme s'il s'était agi d'un vrai (put-il d'ailleurs s'agir d'un faux ?). La magie opéra de tous ses charmes sur le garçon une seconde fois, à l'instar de la première, à la découverte des oiseaux qui virevoltaient toujours près de la fenêtre. Cette pièce boisée, chaude et rassurante, cet agréable foyer perdu sous la neige, se teintait d'un exotisme nouveau, d'un charme unique et étrange qui émanait d'Aisling.

Il ne fallut à Hastings qu'une seconde pour réajuster son point de vue sur cette particularité. Elle lui semblait tout à coup incroyable, plus alléchante encore que la sienne ; miss Fitzgerald pouvait créer, ce dont il était lui-même incapable, quand bien même ses illusions défiaient toute vraisemblance. Mais voilà, Aisling avait, pour ainsi dire, les capacités de Dieu lui-même. Elle insufflait la vie par le crayon, une vraie vie, autonome, réactive, différente, unique.
Pour vérifier les dires de la jeune fille, August s'accroupit près du lièvre, et le prit dans ses bras. Ses doigts plongèrent dans les poils fins et soyeux de l'animal, il effleura le bout humide de son petit nez, caressa les longues oreilles. Il releva des yeux tout pleins d'une ferveur émerveillée vers la rouquine.
- C'est incroyable. C'est incroyable, ce que vous faites. Il est... Il est réel, il est si réel...
Hastings déposa la bête au sol alors qu'elle commençait à s'agiter, lasse des bras du garçon. Il fixa l'animal encore plusieurs minutes, dans le plus profond silence, admiratif des talents de cette jeune fille qui créait ex nihilo des formes de vie.

Il fixa ensuite Aisling, quelques instants, sondant son être comme s'il allait lui divulguer la formule magique de telles prouesses, et s'enquit plus encore de cette époustouflante particularité.
- Va-t-il mourir ? Combien de temps vivent vos créatures ? Sont-elles autonomes ?
Il s'arrêta un instant, et s'approcha de la jeune fille. Bien contre son gré, son intonation se révéla presque menaçante.
- Vous pouvez créer la vie.
Hastings se répéta une fois encore cette phrase, comme s'il cherchait par là à s'en convaincre lui-même.
- Vous pouvez créer la vie ! La vie ! Seul Dieu est capable d'une telle prouesse, mademoiselle Fitzgerald. Vous disposez d'une capacité exceptionnelle. Je ne suis qu'un vulgaire montreur de foire en comparaison.
Et sur ces derniers mots, sa voix sembla se briser. Lui qui avait toujours eu une absolue confiance en sa particularité, s'écroulait peu à peu, car elle lui semblait à présent tout à fait dérisoire – s'il avait su qu'il suffisait d'un dessin pour créer la vie... Un savant mélange de déception vis-à-vis de lui-même et d'enthousiasme pour ce dont il était le témoin le parcourut, alors qu'au fond de lui tonnait un éclair de colère réprimé, car la jeune fille n'y était pour rien. Puis un doux relent de mépris, pour lui-même et les autres, effleura la surface de son être. Et pourtant, il sourit à Aisling, car s'il n'était pas capable d'une telle prouesse, au moins était-il capable de sourire.

Hastings pointa de l'index une table dans un coin et attendit que le regard de la rouquine s'y accroche.
- Vous voyez ? Ce vase, ce bouquet de roses. Il vient de moi, c'est une illusion, il n'existe que dans votre esprit, et dans le mien, parce que je le veux bien. Mais regardez encore.
La table était à présent dégagée. On ne voyait plus que la surface vernie du chêne.
- Il n'y a plus rien. Ma particularité n'est que du vent.
Il soupira.
- Elle doit présenter d'autres avantages... Mais pas créer la vie. Ni créer quoi que ce soit. Permettez ?
Hastings désigna un fauteuil, et, sans se départir de son habituel sourire, s'installa en silence. Oh, il ne désirait pas se montrer désobligeant envers mademoiselle Fitzgerald, évidemment, mais il se sentait comme le besoin de s'asseoir un instant, ne serait-ce que pour constater, amer, que sa particularité, qu'il avait toujours considérée comme un cadeau divin, n'était peut-être pas, en fin de compte, le meilleur qu'on put lui offrir.



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Aisling I. Fitzgerald

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MessageSujet: Re: L'Oiseau couleur-du-temps planait dans l'air léger - August    Mar 11 Juil - 22:58

L'Oiseau couleur-du-temps
planait dans l'air léger
August et Aisling

L'Oiseau couleur-du-temps planait dans l'air léger
Qui caresse la feuille au sommet des bocages
Très nombreux, tout petits, et rêvant d'ombrager
Semaille, fenaison, et les autres ouvrages.
Paul Verlaine, La Belle au bois dormait

Ce monsieur Hastings attisait en Aisling une certaine curiosité, bien que toujours minorée, timide, voilée. Elle cachait, derrière un sourire de façade, une véritable volonté de détailler le jeune monsieur, dans les moindres recoins de son âme, pour en saisir toute l'apparente complexité. Jamais un être n'avait été si vivement piqué de curiosité face à sa particularité, ou tout du moins, monsieur Hastings est-il le premier à ne pas la considérait comme un étrange animal. Bien au contraire, si lui aussi semblait être enclin à analyser la moindre parcelle de la jeune Aisling, ce n'était que pour mieux en apprécier la moindre facette. Car il fallait reconnaître une chose à la jeune demoiselle, elle se cachait derrière un voile opaque qui ôtait à tout individu la faculté de la percer à jour. Car c'est ce qu'elle voulait à tout prix éviter, que l'on ne lise en elle avec aise. Elle aimait à cultiver ce goût du mystère, qu'elle seule semblait apercevoir. Elle n'était en réalité qu'une pâle copie de la femme forte qu'elle avait forgé au sein de son esprit, mais cette illusion était en réalité ce qui lui assurait un comportement digne. Si toute fois quelqu'un parvenait à passer les barrières qu'elle s'était imposée, elle niait absolument tout, se contentant parfois d'un pauvre sourire avant de détourner pudiquement le regard. Car c'était dans le regard, qu'elle se laissait prendre au piège. Il était aisé d'en percevoir la moindre étincelle.

Et cet August possédait la même étincelle dans le regard. Aisling ne saurait se méprendre à son propos. Il était aussi émerveillé qu'elle pouvait elle-même l'être, parfois, face à ses propres capacités dont elle ignorait l'étendue réelle. Il observait ses créations comme des merveilles, et elle ne pouvait contenir le rouge montant à ses joues. Tapie dans un coin de la pièce, elle se contentait de relever une mèche, tombée sur son visage. «  Eh bien, votre préoccupation pour ces oiseaux vous trahit » Elle souriait, émerveillée, touchée, par l'affection soudaine de cet inconnu. Etait-il lui aussi une invention de son esprit ? Quoi qu'il en soit, Aisling se félicitait de l'inventivité dont elle avait fait preuve en créant ce jeune homme. Il était convaincant, lui donnait l'impression d'être pour la première fois comprise, admirée. Cela eu pour conséquence directe de ramener à elle les souvenirs de son père, peintre fameux, acclamé pour la vie qu'il donnait à ses œuvres, pour le rythme que retrouvaient l'eau de ses toiles. Tout spectateur se retrouvait alors plongé au coeur même de l'océan, et l'eau, allait même jusqu'à éclabousser tout individu un peu trop curieux.

« En effet madame, je suis arrivé la veille. Je ne connais rien à cette boucle que ce qu'il m'ait été donné d'entendre. J'ignore même si j'ai le droit d'entrer dans cette pièce... Je viens de 1941 »

Un nouveau sourire. Aisling trouvait le jeune homme fort charmant. Il ne cessait de faire croître en elle l'intérêt qu'elle lui portait. Lui aussi semblait lové dans une épaisse fumée de mystère. Il était touchant dans son ignorance et dans son aisance à la reconnaître. Il s'agissait là d'un homme humble, d'un homme par conséquent fiable. Celui-ci avait très certainement grandit au sein d'une noble famille. Sa posture même trahissait son haut rang. Aisling ne pouvait elle non plus dissimuler sa tendance à se tenir bien droite, n'oubliant pas les nombreux entraînements, qui faisaient saigner ses pieds et l'ennuyaient au plus haut point. Elle continuait toujours, par exemple, à joindre ses mains dans le dos en compagnie d'un autre individu, posture qui laissait entendre l'ouverture de la jeune fille à toute conversation. Et là encore, face à August, elle se tortillait légèrement, les deux bras flanqués dans le dos.

« Ne vous en faites pas, vous êtes ici le bienvenu ! »

Accueillante, Aisling adressa à son nouvel ami un grand et chaleureux sourire. Elle n'osait avouer qu'en réalité, elle ainsi que ses progénitures, n'étaient pas à leur place. Tout du moins, elle conservait cette impression depuis bon nombres d'années, alors même que la boucle lui avait offert la possibilité d'accroître ses folles créations. Jamais elle ne s'était considérée autrement que comme une dessinatrice. Il s'agissait de sa plus grande passion. Elle aimait dessiner, plus peut-être qu'elle n'appréciait voir ses dessins prendre vie. Bien vite, la pratique était devenue ce qu'elle appréciait le plus, et elle griffonnait souvent uniquement pour le plaisir prit à sentir sous ses doigts la pointe d'un crayon s'avancer sur une feuille, pour la jouissance prise à entendre le chant de leur rencontre. Dessiner n'était pas seulement une activité profondément apaisante, elle représentait pour Aisling le symbole d'une certaine liberté. Elle n'avait aucune idée de ce que serait une vie sans cette pratique, puisqu'elle n'avait jamais vécu sans. Dessiner roulait dans ses veines, brûlait ses doigts. Il s'agissait de sa destinée, rien d'autre. Et jamais Aisling n'avait osé se considérer au-delà de mots simples. Elle n'était qu'une humble dessinatrice. En somme, si peu de choses.

« C'est incroyable. C'est incroyable, ce que vous faites. Il est... Il est réel, il est si réel... »

Les joues brûlantes de gêne, la rouquine ne sait plus où se mettre. Elle se contente d'observer la trajectoire du lapin, un sourire timide sur le visage. Bien sûr qu'elle avait conscience de sa réalité, du souffle de vie qui animait le fragile animal. Pourtant, là encore elle n'y voyait qu'une de ses créations, projection d'un esprit embrumé, solitaire. Aisling ne parvenait à voir au-dela du dessin à peine griffonné. Elle ne voyait que très rarement l'étendue de ses capacités, ou tout au moins, elle n'avait pas conscience de l'ampleur que l'acte même de « donner la vie » pouvait signifier. Non, encore une fois, Aisling n'était qu'une simple dessinatrice. Et son imagination pouvait s'avérer débordante, tellement qu'elle venait à prendre le pas sur la réalité, à s'incruster dans ce que l'on nomme « le monde vivant ».

« Va-t-il mourir ? Combien de temps vivent vos créatures ? Sont-elles autonomes ? »

La vie reste constamment fidèlement accompagnée de la mort. Et monsieur Hastings avait conscience du caractère éphémère de la vie. Etrange de posséder cette notion, alors que tout comme Aisling, August était piégé dans une boucle temporelle, là où le temps jamais ne se meurt. Son appréhension de la particularité de la jeune demoiselle était sûrement la clé de cette compréhension si profonde de l'étendue de la vie crée par Aisling. Elle-même se trouvait piégée au sein d'une boucle, celle de la naissance puis de la mort prématurée de ses compagnons de papiers.

« Il... » Impossible d'enchaîner une phrase entière que le jeune monsieur, impatient, fougueux, menaçant, interrogea Aisling, lui affirmant qu'elle créait la vie, cette chose si fragile, si éphémère, qu'aucun scientifique, hormis ceux eux aussi de papiers, n'était parvenu à créer. Mais la comparer à Dieu ? Jamais Aisling n'en aurait la prétention. Tout au plus elle s’imaginait à la place de Pygmalion, forgeant, insufflant la vie à Galathée. Elle s'imaginait parfois dans les vêtements du sculpteur, mais jamais siégeant en place du Dieu créateur. Elle n'en avait guère l’étoffe. Elle ne savait à vrai dire que créer quelques animaux, qui lui tenaient compagnie. Car c'était cela, sa particularité, bien à elle. Elle se créait une compagnie sur mesure, évitant ainsi soigneusement la compagnie des hommes, bien trop complexes. Mais monsieur Hastings semblait envieux. Il se caractérisait comme « montreur de foire ». Ces mots étaient étrangement blessants pour Aisling, qui fut profondément désolée d'inspirer tant d'envie. Elle qui voulait si peu faire de vagues, se retrouvait à être jalousée par un inconnu. Elle était mal à l'aise et laissa choir toutes ses bonnes manières et oubliant de se tenir droite, s'avachit dans un siège, se cachant par la même derrière son imposante chevelure rousse. Elle souhaitait tout à coup disparaître et ne remarqua que trop tard le sourire d'August, auquel elle répondit, par pure politesse. En réalité, elle se sentait mal, presque honteuse d'une telle capacité.

August la tira de son désespoir soudain et lui montrant un bouquet de roses posé sur la table basse. A vrai dire, elle n'avait jamais fait attention à ce qui se trouvait sur cette table, trop affairée sur son carnet à dessins. Elle fut submergée par la beauté de ces roses, si rouges, dont les épines semblaient encore si dangereuses. Elle voulut fondre sur celles-ci pour en saisir une, la porter à son nez et l'humecter pour s'en enivrer. Elle aimait l'odeur des roses plus encore que celle des braises crépitantes d'une cheminée. Mais celui-ci n'était point là. Il n'était là que dans l'esprit. Cette illusion t'éblouit, bien plus encore que tes pauvres créatures. Celles-ci n'étaient pas vivantes, n'étaient pas directement menaçantes. « Il n'y a plus rien. Ma particularité n'est que du vent. » « Etes-vous fou ? » La voix d'Aisling s'éleva plus rapidement et plus distinctement qu'elle n'aurait souhaité et baissa rapidement les yeux, hochant la tête à la demande de son compagnon de s'asseoir à ses côtés. « Vous êtes capables de créer tout un monde autour de vous, que vous seul êtes capables de voir, vous seul pouvez y loger, et rien ne semble pouvoir vous atteindre physiquement, à ce que je crois comprendre du moins, corrigez-moi si je suis induite en erreur. » Elle hocha à nouveau la tête pour ponctuer sa phrase. «Vous ne voyez que ce qui peut être positif, monsieur Hastings, si je puis me permettre… » Elle laissait flotter un brin de mystères sur les inconvénients dissimulés et préféra lui décocher un nouveau sourire. « Mes créatures ne peuvent vivre que durant vingt-quatre heures, au-delà elles meurent … Elles peuvent vivre loin de la feuille qui les a vu naître, malheureusement elles meurent d'autant plus vite. » Un nouveau hochement de tête pour dissimuler une certaine peine échappée dans les paroles prononcées à l'égard d'August. La particularité d'Aisling devait paraître à August si dérisoire à présent. Elle était en réalité capable de si peu de choses. Elle n'était que la main qui insuffler la vie, seulement cela.

« Je ne peux créer un monde entier autour de moi, croyez moi, j'ai souvent essayé. » Un nouveau sourire, qu'elle agrémenta cette fois-ci d'une pointe de nostalgie. Elle enviait August, tout autant qu'il l'enviait elle. Voilà peut-être ce qui expliquait qu'elle s'exprimait de sa particularité avec une telle aise. Elle était en face de son alter-égo.
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August Hastings

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MessageSujet: Re: L'Oiseau couleur-du-temps planait dans l'air léger - August    Mer 26 Juil - 23:19

L'oiseau couleur du temps

Aisling & August

« Êtes-vous fou ? » La voix résonna dans la pièce et August releva derechef la tête, alors que, dans un ballet improvisé et, devait-on dire, assez amusant, son double la baissait simultanément. Cette invective avait interpellé Hastings parce qu'on ne l'avait jamais traité directement de maboul, quoiqu'on put avoir quelques preuves, et parce qu'il ne s'attendait guère à ce qu'une fille d'apparence si douce et si noble lui tienne d'aussi crus propos. August allait rétorquer que son état de santé ne regardait que lui, qu'il ne nuisait à personne et qu'il s'accommodait fort bien de ce que son psyché avait à lui offrir, mais Aisling embraya et August oublia tout très rapidement.
Finalement, peut-être était-il vraiment cinglé ? Aucune importance.

Il écouta avidement la demoiselle louanger sa particularité et se gonfla d'orgueil en même temps, alors qu'il se trouvait encore tout honteux et confus de ses réactions précédentes : de s'être laissé aller à l'envie quand il n'avait aucune raison de jalouser qui que ce soit, et d'avoir presque haussé le ton sur la malheureuse. Mais les compliments d'Aisling eurent vite fait de remettre August sur le chemin de la prétention, et il réévalua une fois de plus sa particularité, pour en conclure qu'elle était tout bonnement exceptionnelle. Il opina du chef, tranquillement, oscillant sous la voix crémeuse de la jeune fille. Il aurait nuancé son propos, et ajouté qu'on pouvait tout à faire l'atteindre physiquement, comme elle disait, et qu'il redoutait le jour où on lui décocherait une bonne droite dans la figure. Malgré les illusions, sa mâchoire se briserait, et basta, mais il passa sous silence ce léger détail.

August se rembrunit à l'annonce de la courte durée de vie des créatures imaginaires. Une journée... Une si courte journée ! Et il témoigna de la plus sincère compassion à l'égard de la jeune fille. Quelle cruelle contrepartie... Il lui était parfois difficile de renoncer à certaines illusions qu'il trouvait particulièrement flamboyantes ou notables, mais peu lui importait. Il ne s'agissait que de fantasmes de son esprit et ce qu'il créait, il pouvait toujours l'imaginer une fois encore, et en mieux... Mais comment dire adieu à ces créatures, quand elles étaient toutes vivantes et réelles ? August songea qu'Aisling était une pauvre mère à laquelle on arrachait tous ses enfants, et pour rien au monde il n'aurait envié une telle malédiction, quoiqu'elle put être merveilleuse l'instant d'une journée. August n'avait pour seule limite que son imagination, quand Aisling voyait s'éteindre autour d'elle toutes ses éphémères créations...

Il hocha la tête, le visage traversé par une émotion non-feinte. Il aurait souhaité lui dire, à présent, qu'il comprenait, et peut-être mieux que personne. Qu'il trouvait encore sa particularité resplendissante, et que dans un monde aussi froid et cruel, les Syndrigastis des boucles avaient besoin de gens comme eux – de distributeurs de rêves éveillés... Qu'elle n'avait nullement à s'en faire, car Dieu lui-même rappelait à lui toutes ses créatures... et que la vie ne serait pas la vie, si la mort ne voyageait pas à ses côtés. Que se perdre dans des mondes inaccessibles ne valait guère l'amitié, et les illusions, l'imagination.
Mais August ne dit rien de tout cela, car sa peine était brutalement égale à celle de la jeune fille.

Il leva le nez en l'air, et entonna une mélodie, discrètement, bien connue des voyageurs de 1941, un air qui s'envolait dans les courants et s'installait dans la tête des gens... Un air tout simple, l'air de rien...
- Ne soyez donc pas triste. Vous savez, on se fait un monde d'avoir un monde à soi, mais on finit par s'isoler et plus personne ne veut vous adresser la parole parce que vous avez toujours la tête ailleurs. Et on vous prend pour un dingue, parce que je vous dis que ce canapé est bleu, vous me soutenez qu'il est rouge, je nie, vous prenez des témoins à partie et personne ne tombe jamais d'accord et on ne connaît jamais le fin mot de l'histoire. C'est parfois pratique, mais, je vous avoue, entre nous, que nos aptitudes sont la cause et la solution de nos problèmes.
Il tourna la tête vers Aisling.
- Pas facile de se frayer une place dans ce monde, hein ? Allez, faites donc un vrai sourire. Nous ne sommes pas à plaindre. Nous ne sommes pas comme eux, ils ne comprennent pas, mais comment voulez-vous qu'ils comprennent ? Vous connaissez, la Caverne de Platon... Les hommes enfermés s'imaginent que les projections qu'ils voient sont réelles, qu'elles sont le monde, et nous savons tous les deux qu'elles n'en sont rien. Mais les autres, ils sont dans la caverne... Vous et moi, nous sommes libres. C'est ce qu'ils ne peuvent pas comprendre, car la liberté ne les a même jamais effleurés. Laissez couler... Nous sommes les chanceux !
Hastings se fendit d'un grand sourire, et reprit le cours de la mélodie, là où il l'avait laissée. Il parlait rarement autant, mais il jugea son intervention fort à propos, et déplora, un instant, que personne ne lui ait jamais dit une telle chose.



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Aisling I. Fitzgerald

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MessageSujet: Re: L'Oiseau couleur-du-temps planait dans l'air léger - August    Sam 29 Juil - 22:24

L'Oiseau couleur-du-temps
planait dans l'air léger
August et Aisling

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Question rhétorique, échapper des lèvres de la rouquine. Ses mots avaient on ne peut plus dépasser sa pensée, mais la fougue de l'instant avait balayer les problématiques de bienséances. Elle admirait le jeune monsieur et ne comprenait que très peu l'aversion qu'il semblait avoir à l'égard de sa propre particularité. Elle l'enviait car il l'enviait. Elle n'osait diagnostiquer à l'anglais la moindre maladie mentale, bien au contraire. Elle le trouvait plus éveillé qu'aucun homme. Et elle trouvait cela fascinant, car il posait sur le monde un regard assuré et pourtant constamment émerveillé, car enfin, il était capable de le modifier à son bon vouloir. Aisling elle, ne projetait que ses propres rêves insignifiants et ceux qui se trouvaient là, découvraient avec horreur et curiosité l'univers étrange dans lequel elle se plongeait. En soi, August ne semblait être différent d'Aisling, et tout deux semblait désormais unis par ce qu'on aurait pu appeler un « secret ». Comment ignorer un tel appel, l'un vers l'autre ? Ce sentiment de proximité était étrangement grisant pour la demoiselle, elle qui ignorait tout de l'amitié humaine. Ses seuls amis étaient fait de papier et étaient éphémères.

Aisling se sentait tout à coup bien moins seule sur cette terre. Même si le jeune homme était d'une époque différente, même si il était tout à la fois son futur et son présent. Sa reconnaissance, envers une quelconque puissance divine, était d'autant plus grande qu'elle appréciait la présence du jeune homme. Il était d'excellente compagnie, qualité rare qu'elle avait peu rencontré chez les êtres humains fait de chair et de sang, et non de papier. Elle écouta attentivement August, qui entonnait une chansonnette qu'elle ne connaissait guerre, mais par politesse, laissait au jeune homme le loisir de laisser les notes s'échapper au coeur de l'immense pièce. Le bruissement d'ailes des oiseaux semblait disparaître derrière ce léger sifflement.

« Ne soyez donc pas triste. Vous savez, on se fait un monde d'avoir un monde à soi, mais on finit par s'isoler et plus personne ne veut vous adresser la parole parce que vous avez toujours la tête ailleurs. Et on vous prend pour un dingue, parce que je vous dis que ce canapé est bleu, vous me soutenez qu'il est rouge, je nie, vous prenez des témoins à partie et personne ne tombe jamais d'accord et on ne connaît jamais le fin mot de l'histoire. C'est parfois pratique, mais, je vous avoue, entre nous, que nos aptitudes sont la cause et la solution de nos problèmes. »

Aisling ne put retenir un sourire. Ses paroles, bercées par de nombreuses anecdotes, s'accordaient harmonieusement à sa propre expérience du monde et de sa particularité. De nature rationnelle mais dotée d'une particularité on ne peut plus irrationnelle, elle était à elle seule une complexe contradiction. Elle en avait parfois conscience, mais balayait cette sotte observation d'une remarque cinglante qu'elle s'adressait à elle-même. Aisling voulait conserver toute sa tête, mais se plongeait à corps perdu dans les illusions qu'elle créait. Elle ne supportait pas la réalité, mais ne saurait embrasser pleinement le rêve. Elle était malheureusement bien incapable de se situer dans ces limbes de l'esprit. L'éducation et la nature profonde d'Aisling s'affrontaient en duel depuis des années, l'un prenant parfois le pas sur l'autre. Elle était en réalité profondément déchirée par son incapacité à appréhender le monde tel qu'elle l'aurait souhaité. Mais jamais elle ne regrettait l'émerveillement qu'elle provoquait autour d'elle quand elle créait. Elle était née pour cela, sa destinée ne pouvait être différente.

« Permettez-moi d'être indiscrète, mais je suppose que vous non plus vous n'avez pas eu le loisir d'être souvent entouré? Ceux qui nous sont extérieurs ne peuvent pas comprendre ce qui découle de nos particularités, et ce qu'elles représentent à nos yeux. Nous sommes juste des êtres étranges, des parias, parfois, des sorcières. »
A ce dernier mot, Aisling tiqua car c'est ce patronyme qui lui avait été affublé un grand nombre de fois. Se disait autour d'elle que son sort devait être lié aux flammes. Mais la rouquine a constamment fuit la potence. « Bien trop nombreux sont ceux qui émettent un jugement rapidement. Ce sont eux qui nous brisent, car ils ne nous comprennent pas, et n'y parviendront jamais. », ajouta-t-elle en hochant vigoureusement la tête.

Aisling avait eu toute une vie pour songer à cela. Elle ne croyait pas en une pure malveillance. Elle se forgeait depuis toujours l'idée candide de l'innocence de la race humaine, née certes du péché, mais évoluant avec bienveillance. L'incompréhension seule était maître du mal qui grandissait dans le coeur des hommes. Ces hommes qui, pourtant, l'avait tenue à l'écart durant de nombreuses années. Se confronter à l'absolue différence fait faire aux hommes l'impensable. La peur les travaille, leur broie les entrailles et les manipule, alors qu'ils cherchent à appréhender un monde dont ils ne tiennent plus les reines. Car enfin, l'Homme est un animal qui nécessite de vivre dans un univers stable, et quand celui-ci chavire, il perd le moindre de ses repères et attaque, spontanément, convaincu que c'est dans la violence que s’absolut la crainte.

« Pas facile de se frayer une place dans ce monde, hein ? Allez, faites donc un vrai sourire. Nous ne sommes pas à plaindre. Nous ne sommes pas comme eux, ils ne comprennent pas, mais comment voulez-vous qu'ils comprennent ? Vous connaissez, la Caverne de Platon... Les hommes enfermés s'imaginent que les projections qu'ils voient sont réelles, qu'elles sont le monde, et nous savons tous les deux qu'elles n'en sont rien. Mais les autres, ils sont dans la caverne... Vous et moi, nous sommes libres. C'est ce qu'ils ne peuvent pas comprendre, car la liberté ne les a même jamais effleurés. Laissez couler... Nous sommes les chanceux ! »

Aisling offrit à August un franc sourire. Elle dévoila la moindre de ses dents blanches, et par habitude, couvrit sa bouche d'une main timide. Limiter tout épanchement en public. Mais le jeune monsieur avait raison et Aisling ne pouvait trouver à redire au sein de son discours. Un homme cultivé était face à elle, et elle en était désormais certaine, elle allait apprécié le jeune anglais. Ses paroles sonnaient, raisonnaient en elle. Personne n'avait tenu face à elle ce genre de discours et elle le regretta pendant une poignée de secondes. S'imaginer libre. La liberté, au goût amer et pourtant si doux en bouche, tant espérée, rêvée, si éloignée. Et pourtant August affirmait qu'elle était à la portée des mains de la rousse ! Quel homme pleins de surprises !

« Nous serions donc plus ouverts, mieux disposés à recevoir le monde de par nos particularités respectives? Car, il faudrait que nous l'imaginions pour mieux en cerner l'exactitude, la réalité ? »

Aisling, un peu perdue dans ses tours d'esprit, était attentive, et curieuse. Son langage corporel en témoignée. Légèrement penchée en avant, visage relevé, prunelles associées à celles de son compagnon.

« Je ne me suis jamais sentie libre »
, confessa-t-elle en un souffle timide. Elle était terriblement gênée de l'admettre mais la vérité la plus pure résidait en ces quelques mots. Aisling n'avait jamais goûté à la liberté que promettait August. Elle était enchaînée à sa particularité, comme celle-ci était liée à elle. L'une et l'autre formaient un couple hasardeux, lunatique. Tantôt en frontale opposition, tantôt en harmonie. « Cela doit-être un sentiment profondément agréable, mais un poids si grand à porter ! » Car enfin, ce sont ceux qui sont libres qui doivent guider les aveugles. Ils ont pour mission de guider toute âme égarée vers ce que l'on appelle « réel ». Et Aisling ne se sentait point capable d'une telle mission sacrée. Mais elle se tut un instant, savourant la sotte idée de faire partie des privilégiées, et non des laissés pour compte. Elle se laissait bercée par cette illusion, et par le chant d'August. Elle sentait grandir en elle une vague de fierté, sentiment qu'elle connaissait si peu.

« Pourriez-vous me montrer ce dont vous êtes capables ? » La jeune rousse voulait rêver. Et la curiosité la dévorait, même si elle tentait de faire taire celle-ci. « Enfin, si vous le souhaitez bien sûr ! » Après tout, elle s'était dévoilée à August. Certes, ce n'était qu'une ridicule partie de ce que promettait sa particularité. Elle passait sous silences les terribles cauchemars, la partie sombre de ce qu'elle représentait. Car August semblait ne voir en elle que la lumière qui émanait de sa particularité, il ignorait la noirceur des illusions qui s'échappaient de son esprit.
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L'Oiseau couleur-du-temps planait dans l'air léger - August
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