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 For when your soft hands hit the jagged ground ᛄ [Camille | Morgan]

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Morgan Dawkins

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- Immature Rouge-Gorge -
❧ Boucle Temporelle : 20 Juin 2016, ma prison, mon tombeau sans doute.
❧ Particularité : Métamorphose en Rouge-Gorge, un oisillon immature qui n'assume pas sa transformation.
❧ Occupations : Supposé suivre une formation d'Ymbryne mais passe plus de temps à explorer les boucles qui ne sont pas les siennes.
❧ Miroir : don't forget me, i beg
❧ Missives : 67
❧ Yeux de verre : 24
❧ Crédits : crazyninjadreamer sur tumblr, et tumblr pour les gifs


MessageSujet: For when your soft hands hit the jagged ground ᛄ [Camille | Morgan]   Mer 15 Mar - 23:17

For when your soft hands hit the jagged ground

- When you call me fucking dumb for the stupid shit I do -

Morgan n'avait jamais particulièrement aimé la boucle de 1941. Il y faisait sombre, et elle était dangereuse dès lorsqu'on s'aventurait hors de ses rouages finement ciselés pour explorer le monde des humains normaux, ces chanceux que le rouge-gorge se plaisait à côtoyer de temps à autres ne serait-ce que pour goûter leur liberté à la coupe de leurs lèvres. Ici, il n'était même pas question de liberté, et il ne pouvait pas non plus vraiment aller voler n'importe où comme il le faisait souvent, les bombes, en plus d'être extrêmement dangereuses en elles-mêmes, créaient des trous d'air qui l'agrippaient et le jetaient au sol, et il risquait de se faire mal, ça lui était déjà arrivé dans une autre boucle, durant un voyage précédent, et il n'avait pas trop apprécié. Il restait donc bien à l'abri tout en explorant autant que possible, et à force de se promener, il avait fini par trouver son havre de paix : un petit bois tout près, dans la banlieue de Londres. Là-bas, c'était toujours la saison de la chasse, mais s'il ne se perdait pas trop loin dans ses pensées, il ne risquait strictement rien, maintenant qu'il connaissait par cœur le moindre mouvement des chasseurs humains coincés dans cette journée sans fin, tout comme lui. Il pouvait alors explorer, mais aussi retourner dans les endroits qu'il avait déjà repérés, notamment une magnifique clairière, de laquelle il pouvait apercevoir toujours la même bombe passer en sifflant juste au-dessus de la ville, dans un éclair jaune et noir. Cela le faisait toujours sourire. La beauté dans l'horreur la plus pure... Il n'avait jamais compris ce qui le fascinait autant dans le fait de regarder cette bombe-là en particulier, mais il l'acceptait. Il acceptait d'être capable de trouver une chose sublime et fascinante alors qu'elle avait fait des dizaines de victimes, au bas mot. Lui, ce n'était pas son époque d'origine. Il n'en connaissait donc les détails qu'à cause de sa formation d'Ymbryne, autant dire qu'il n'y prêtait pas grande attention. Ce n'était en aucun cas ce qui l'intéressait. Il aimait les ruelles pleines de monde, les grands bâtiments sombres ou en ruines, le ciel zébré de nuages et ce bois, son bois rien qu'à lui, il aimait y déambuler comme un roi parcourrait son royaume, d'un pas long et lent, et se laisser aller. Réfléchir. Se remémorer des tas de choses. Observer les chasseurs, de loin, qui faisaient toujours la même chose. Qui s'étonnaient, notamment, que des loups viennent si près de la ville alors qu'il ne devait même pas y en avoir dans cette partie de l'Europe. Ils devaient mourir de faim. Les canidés voyaient leurs forêts et leurs abris dévastés, rongés sans fin par la fureur des hommes. Et toujours de la même manière, ils se rapprochaient inexorablement des habitations, attirés par l'odeur des poubelles, des quelques restaurants encore debout, des animaux de compagnie, peut-être. Inexorablement, ils refaisaient les mêmes mouvements, encore et encore, pris eux aussi dans la boucle sans fin...

Perdu dans ces pensées qu'il n'avait jamais eues auparavant, serré dans sa veste pour résister au vent froid qui filait entre les arbres en produisant un doux sifflement, Morgan déambulait dans la forêt comme à son habitude, sans se soucier de ce qui l'entourait. Il ne lui était encore jamais rien arrivé. Normalement, il n'était pas censé lui arriver quoi que ce soit, mais... A l'instant où il mit le pied dans le piège, il comprit. Il était à l'orée de sa clairière bien aimée, et contre toute attente, il avait fait un faux pas. Jusqu'alors il s'était toujours appliqué à contourner le gros arbre au tronc noueux qui ressemblait à un corps, sachant pertinemment qu'à ses racines, se trouvait un énorme piège à loup susceptible de couper sa jambe en deux. Cette fois, il avait oublié. Comme un con, il avait oublié...
La douleur lui fit immédiatement monter un goût de rouille au bord des lèvres et il eut un gémissement sonore en se laissant tomber au sol pour alléger la tension sur sa cheville. C'était intolérable, il n'avait jamais rien vécu de tel. Son premier réflexe fut de penser à se changer en oiseau, il deviendrait alors plus fin et pourrait peut-être se glisser entre les dents plantées dans sa chair chaude et juvénile, mais il se retint de justesse lorsque cela le frappa : s'il se changeait en oiseau, sa patte serait coupée nette par la force du piège lorsqu'il se refermerait. Et s'il perdait sa patte, il perdrait sa jambe, or, là, s'il ne bougeait pas, il pourrait peut-être se débrouiller pour quelqu'un vienne l'aider. Mais il faisait froid... Tout tremblant, il promena autour de lui un regard paniqué et hurla à l'aide, tout en essayant, des deux mains, d'ouvrir les mâchoires d'acier qui retenaient sa jambe. Mais rien n'y faisait. Le seul moyen de débloquer le piège était de dévisser les dents à leur base, or il ne pouvait pas le faire lui-même dans la position dans laquelle il était, et ses mains tremblaient de toute manière beaucoup trop pour qu'il ait la force de tourner l'énorme vis. C'est alors qu'il le vit, en relevant la tête. Le serpent... Il s'agissait d'un homme, de grande taille, très mince. Sous ses vêtements sombres, son corps paraissait dessiné du bout du pinceau d'un calligraphe. Son visage aux mâchoires taillées à la serpe n'avait rien d'aimable ou de doux, et ses yeux étaient deux diamants bleus plus tranchants que perçants au milieu du marbre de sa peau lisse. Il était magnifique, sans nul doute possible l'un des plus beaux hommes que Morgan ait jamais vu, et la meilleure nouvelle de cette phrase, c'était justement qu'il ne l'avait jamais vu auparavant. Il n'était donc pas pris dans la boucle, dans la répétition infinie de la même journée ! Il déambulait librement dans la forêt, comme lui, c'était donc à priori un Syndrigasti, et le rouge-gorge sentit une vague de soulagement lui envahir la poitrine à cette pensée. S'il s'agissait bien d'un de ses semblables, il n'allait pas le laisser là, cela ne faisait aucun doute. Morgan avait beau être un sale petit merdeux, c'était aussi le fils de l'Ymbryne principale de la boucle de 2016, il était connu comme le loup blanc à travers toutes les boucles. S'il le laissait là, il se viderait de son sang et mourrait, et cela pourrait créer de sacrés remous.

« Au secours !! » Hurla donc le petit oiseau, en se redressant légèrement dans son piège. « S'il vous plaît, venez m'aider ! »

Par chance, l'homme mystérieux se tourna vers lui, et le jaugea d'un regard que Morgan jugea méprisant, mais pour lequel il ne lui tint pas rigueur. Tout le monde le regardait comme ça, et personne n'avait jamais menacé de le laisser crever dans les bois dans une boucle qui n'était même pas la sienne. Tout ce qu'il pouvait faire désormais, c'était espérer que Camille ne serait pas l'exception pour confirmer la règle, car s'il ne l'aidait pas, il était foutu...


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Camille Barthélemy

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- Langue fourchue et venimeuse -
❧ Boucle Temporelle : Londres, 1941
❧ Particularité : Être vénéneux. Son corps fabrique le poison qui coule dans ses veines, perle parfois sur sa peau et ses lèvres.
❧ Occupations : Empoisonneur d'existence quand il ne fait pas des tutos sur la vie.
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❧ Crédits : CK


MessageSujet: Re: For when your soft hands hit the jagged ground ᛄ [Camille | Morgan]   Mar 21 Mar - 23:06

Blood & Bruises
Morgan & Camille
And you can decide if it's enough, you can decide if it's enough. Six billion lives, looking for love, you can decide if it's enough

"Un, deux, trois… Nous irons aux bois." Voilà ce que chantait Gustave, sa main dans la mienne et l'autre dans celle de mère. Je me souviens que je haïssais cette comptine idiote, car on ne pouvait la fredonner qu'en français. Je me souviens que quand c'était mon tour de chanter, je me contentais de pincer les lèvres et d'offrir un silence à mes parents, qui comme tout public contrarié que la représentation ne se passe pas comme prévu, s'agaçaient que j'ose faire non de la tête quand ils me pressaient de compléter les paroles. Je me souviens qu'ils se tournaient alors vers Gustave, qui en fier représentant de l'enfant parfait reprenait. "Quatre, cinq, six…" chantonnait-il. "Faisons-lui sauter une canine." murmurais-je sous le couvert de ma respiration profonde. Gustave n'a jamais perdu de dents durant une de nos promenade dans la forêt… Mais la canine que je promettais de lui faire tomber, fut un jour arraché lors d'un après-midi de pluie où je me n'ennuyais et où je le trouvais particulièrement agaçant. Il me semble n'avoir eu le droit de contempler la petite quenotte que quelques minutes avant que n'entre ma mère et que d'une gifle, elle me punisse d'avoir été aussi cruel envers ce frère qui m'aimait et qui entre deux sanglots, tentait de mentir en disant qu'elle était tombée d'elle-même. À l'époque j'avais trouvé ça idiot bien que normal de sa part qu'il tente de me protéger, mais maintenant que les années ont eu le temps de ternir mes souvenirs et de leur donner cette teinte de nostalgie qui rend mon passé plus lumineux qu'est mon avenir, je n'arrive plus à défaire la vérité du mensonge, comme incapable d'écouter les murmures de mon coeur incertain. Qu'il m'ait aimé est une chose que je ne remets pas en cause, mais qu'il m'aime encore… ? Je n'ose y penser. Je préfère continuer à l'imaginer comme ce frère aux yeux candides qui voyait son jumeau comme une perle qu'il fallait sans cesse protéger. Je me complais à le voir comme cette moitié parfaite qui ne pouvait vivre sans moi plutôt que comme l'être lointain et incertain qu'il est devenu depuis des années… Je préfère l'idéaliser plutôt que d'admettre que comme les autres, il est capable de me décevoir et de me blesser. Il est mieux qu'au sein de mon coeur il reste celui que j'adule plutôt que celui qui me répugne. Un saint et non le démon que je voudrais voir mort. Il faut qu'il soit celui qui me rende la lumière et non l'être qui d'une main me plongera dans le noir… Il faut qu'il soit parfait, ne serait-ce que pour égaler le Gustave de mes souvenirs, celui contre lequel je me blottissais le soir pour trouver le réconfort de ses bras et de ses doigts qui se glissaient dans mes cheveux. Sous mes pas, il craque quelques branches qui ne devraient pas être au sol, mais qui malheureusement fauchées par le mauvais temps de cette époque, se retrouvent à devoir se noyer dans la terre humide et les feuilles qui se décomposent. Dans les sous-bois, je fais un autre pas, regrettant de ne pas avoir au bout de mes doigts, une cigarette qui pourrait être le compagnon que je rêve d'avoir à mes côtés.

De ma langue je caresse presque tendrement mes lèvres, alors que dans les bois je m'enfonce, laissant derrière-moi la cage qu'est la maison, pour retrouver un semblant de liberté. Au fil de mes pas, il me semble replonger dans mon enfance, dans les chapitres de celle-ci, où le souffle court, je venais me réfugier sous le couvert des arbres quand étudier m'ennuyait trop. Alors que je me laisse porter par mes pas et par le chant délicat de la nature qui se fait presque discrète en ma présence, me donnant l'étrange sensation d'évoluer en cet endroit comme un pécheur au sein d'une cathédrale végétale. L'idée m'arrache un sourire, là où dans l'allée des feuilles et des justes, je me demande quelles seraient les offrandes que pourrait réclamer la nature. Voudrait-elle l'humilité de ceux qui tentent de la dompter ou simplement les excuses de ceux qui n'ont pas son sang sur les mains ? La question mérite réflexion. Que voudrait-elle de nous, si elle pouvait exiger ? Rien à mon avis, car elle aurait bien trop peur de tomber sur un homme qui dénué de compassion aurait pour seule réponse que les cendres sont plus dociles à gouverner. Peut-être est-ce ainsi que Dieu raisonne… Et qu'il n'exige de nous rien qui ne puisse nous donner envie de le tuer… Peut-être est-il sourd à nos prières parce qu'il craint que nous soyons capable de le détruire ? Ferme-t-il justement les yeux pour ne pas avoir à voir cette possibilité ? L'idée me laisse froid, car contrairement à bien de mes semblables, je peine à croire qu'il puisse y avoir une présence dans cet univers capable de le modeler à son bon vouloir, car si elle était effectivement réelle… Il y a longtemps que nous ne serions plus là.

Il se glisse d'entre mes lèvres un soupir las avant que je ne sois interrompu dans mes réflexions profondes par une vision qui pourrait presque me faire réviser mon jugement hâtif de toute à l'heure. Prisonnier d'un piège à loup, à quelques pas de moi, légèrement en contre-bas se trouve un être égaré et désormais livré au bon vouloir de cette forêt au sein de laquelle il pourrait pousser son dernier soupir. Et alors que celui gigote, geint et ose demander mon aide, je me contente de poser sur lui un regard froid, empli d'un mépris certain et d'une indifférence à sa douleur qui trahi sûrement le vide béant qui remplace mon coeur. Les secondes filent sans moi, et dans un silence parfait de ma part, je ne fais que dessiner de mes prunelles la frêle silhouette de cet être que je me tâte à aider. Mon regard se pose sur le piège et après un léger plissement de nez, je ne m'autorise qu'un murmure.

"Pourquoi ?" Pour lui je bats des cils avant d'oser prétendre m'intéresser à son cas, en feignant un geste d'empathie, en penchant légèrement la tête sur la gauche. "Pourquoi devrais-je t'aider… ? Je n'ai pas la force d'ouvrir ce piège, ni même l'envie à vrai dire… Et si tu as été assez idiot pour mettre le pied dessus… C'est peut-être que tu mérites de finir ainsi ? Seul dans les bois, à prier la pitié d'un passant… Comme la biche le ferait face au chasseur." J'esquisse pour lui un très léger sourire qui dévoile la naissance de mes canines. C'est exactement ce qu'il est, la proie face à la créature qui pourrait abréger ses souffrances. Le vent fait doucement danser sur mon visage les mèches brunes de ma chevelure sauvage, alors que d'un geste hautain, je viens placer le bout de ma chaussure sur le piège, le jaugeant presque d'un air connaisseur. "Ça doit faire un mal de chien… Mais entre nous, je n'ai aucune raison de t'aider… A moins que tu n'en aies une à me souffler, histoire d'éventuellement me convaincre de te prendre en pitié et perdre mon temps à sauver ta jambe." J'ai pour lui un dernier sourire, plus une invitation à se montrer créatif pour retenir mon attention et ainsi éventuellement, gagner mes faveurs si précieuses en cet instant, qu'une réelle attention chaleureuse.
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Morgan Dawkins

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MessageSujet: Re: For when your soft hands hit the jagged ground ᛄ [Camille | Morgan]   Jeu 23 Mar - 11:44

For when your soft hands hit the jagged ground

- When you call me fucking dumb for the stupid shit I do -

Morgan n'avait jamais été méchant. Depuis sa plus tendre enfance, il était ce que l'on pouvait appeler un sale gosse. L'un de ces enfants du genre à tirer les cheveux des filles, à faire des croche-pattes aux garçons, et à ricaner de leur désarroi dans le dos des adultes qui lui faisaient la leçon et tâchaient de lui enseigner le bien et le mal. Mais dès lorsqu'il se rendait compte qu'il était allé trop loin, il regrettait. En empathie avec le petit garçon ou la petite fille qu'il avait maltraité, il revenait la queue entre les jambes et s'excusait, les yeux baissés, les épaules rentrées, se heurtant encore souvent au mur du mépris comme seuls les enfants savaient l'exprimer. Nombre d'entre eux pensaient que c'était un signe de rébellion envers sa mère, cette attitude, sa mère, qui était tellement appréciée, dans la boucle qu'elle avait créée en compagnie d'autres Ymbrynes. Elle était modèle, mentor, soutien, protectrice, et il était le vilain petit canard qu'elle traînait dans ses pattes, fruit de son union insouciante d'amour impossible avec cet homme qui n'avait par la suite songé qu'à fuir le plus loin et le plus vite possible. Et tout le monde savait que Morgan n'avait pas de père. Certains parents des enfants qu'il ennuyait souhaitaient l'excuser ainsi, ils expliquaient à leurs petits que l'oisillon n'avait pas de modèle masculin autour de lui, et qu'il partait donc à vau-l'eau, que ce n'était pas entièrement sa faute. Alors que ça l'était. Modèle masculin ou non, Morgan, à l'époque, pensait qu'il avait juste mauvais fond, qu'il était supposé faire le mal, que c'était pour cela qu'il avait été mis dans le monde. Dans leurs jeux d'enfants, il était toujours le vilain sorcier métamorphe qui terrorisait les villageois, et que ceux-ci se dépêchaient d'abattre. Peut-être était-ce là leur vengeance pour ce qu'il pouvait leur faire subir, dans ses accès de malice. Et ça ne l'avait jamais dérangé. Cependant, il ne s'était jamais véritablement confronté au mal dans la plus belle, la plus absolue de ses formes. Un mal qui ne verrait pas d'empathie fleurir en son sein, un mal qui serait capable d'aimer blesser sans même se poser la question des conséquences. Un mal que lui, pourrait simplement aimer en retour, sans se soucier des convenances, de ce qu'il était censé représenter, ou de ce qu'on attendait de lui. Sans se demander si ça venait de sa relation avec sa mère, ou de l'absence de son père. Un mal libérateur. Un comble pour un jeune homme coincé dans un piège à loup.

Assis sur le sol, les lèvres tremblantes, le regard interdit, il observait Camille qui le jaugeait toujours avec mépris, et qui semblait presque s'amuser de la situation. La beauté dans l'horreur... Cet homme était comme une bombe sifflant dans le ciel noir et le striant d'éclairs argentés. Pire, il n'arrivait pas à voir à l'intérieur de lui, à comprendre ce que reflétaient ses yeux, à s'offrir un aperçu de ses pensées, non. Il était bloqué, ivre de douleur, des larmes jusque sur les lèvres, les deux mains désormais posées sur la mâchoire d'acier qui retenait sa cheville. Le pied de Camille était dessus, et ce qu'il craignait, c'était que d'un geste, il resserre encore le piège plutôt que de participer à son ouverture. Les dents étaient déjà profondément enfoncées dans la chair tendre. Ses mots ricochaient sur la peau de Morgan comme des éclats d'obus venus du ciel, il frissonnait à chaque fois qu'il ouvrait la bouche, et la lave qui montait à lui, il ne parvenait plus à la comprendre. Était-ce de la colère, ou de l'angoisse, ou même... autre chose ? S'analyser lui-même devenait impossible, il fondait devant les yeux brûlants et glaciaux qui lui faisaient face. Il n'avait aucune raison de l'aider... mais qu'en était-il de l'empathie ? De l'humanité, tout simplement ? Il savait que c'était horriblement douloureux, il savait que Morgan ne pouvait s'en sortir seul, il savait que personne d'autre ne viendrait l'aider, qu'aucun Syndrigasti ne sortirait de sa boucle pour lui porter secours, qu'il n'avait pas de téléphone en 1941 et n'aurait donc pas pu prévenir qui que ce soit, et qu'aucun humain ne pourrait se détacher de sa routine, de ses habitudes, de sa mécanique bien huilée pour lui porter secours. Il savait que Morgan crèverait, là, s'il partait, s'il le laissait. Ce qu'aucun des deux ne savait, c'était que cette idée allait devenir redondante. Le héros et le bourreau, Morgan craignait déjà terriblement ce qu'il pourrait se passer après. « Je t'en supplie... » Souffla-t-il en levant les yeux vers Camille. « Ne me laisse pas là, j'ai fait une erreur... Comme la biche avec le chasseur, j'ai fait un faux pas, ça ne m'était jamais arrivé... » Ses longs doigts s'enroulèrent autour des mâchoires du piège et, sans espoir, il tenta de les ouvrir, ce qui eut pour seule conséquence de les faire se refermer un peu plus, et de lui faire pousser un gémissement. Des larmes brûlantes roulèrent sur ses joues lorsqu'il releva la tête pour encore plonger dans les yeux de cet homme qui lui refusait son aide. Et pour la première fois, il se demanda comment il pourrait lui donner envie de l'aider.

Étrange, comme parfois une relation peut se dessiner en filigrane dès les premières secondes de la toute première rencontre. Morgan était prêt à tout, en cet instant, pour que Camille ne s'en aille pas, qu'il reste juste là et lui promette de déverrouiller la vis d'acier qui maintenait le mécanisme dans cette position, quel qu'en soit le prix. A bout de souffle, à bout de forces, les doigts déjà ensanglantés, le rouge-gorge s'allongea dans les feuilles humides, sur le dos, dans une position de soumission totalement animale et irréfléchie. Comme s'il offrait à ce tortionnaire sa gorge et son ventre en pâture, comme s'il lui permettait de le tuer et de se nourrir de la vie qui le contenait. C'était parfaitement involontaire, comme on l'a dit, irréfléchi. Il ne pouvait rien faire, il était bloqué de toute manière, c'était sa seule chance de peut-être pouvoir à nouveau marcher, une fois sa cheville guérie. Son unique autre solution, c'était de devenir un oiseau, et de dire au-revoir à sa jambe, tranchée net sous le choc. « Pitié... Sors-moi de là... » Murmura-t-il en se cachant les yeux de ses mains pour ne plus voir l'expression du visage de Camille. Si celui-ci exprimait la déception, Morgan allait mourir sur place, il allait se laisser crever aux feux de son regard. Or, le moineau ne savait pas quoi faire pour ne pas lui déplaire. Il ne savait pas ce que l'autre attendait de lui, ce qu'il considérerait comme une bonne raison de le sauver. « Si tu me sors de là, je ferai tout ce que tu voudras... » Ajouta-t-il sans aucune hésitation, sachant qu'il serait capable de tout. Il avait fait une erreur, il s'était comporté comme un idiot, un ahuri, il en payerait les conséquences, et ce malgré les frissons que la simple idée d'être offert à cet homme lui infligeait. « Absolument tout ce que tu voudras... »

Tout ce que tu voudras, Camille...


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Camille Barthélemy

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MessageSujet: Re: For when your soft hands hit the jagged ground ᛄ [Camille | Morgan]   Dim 9 Avr - 13:55

Blood & Bruises
Morgan & Camille
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Caressé par le vent frais de cette journée plus si maussade que ça, je frissonne quelque peu pour le doux chant de la brise dans les branches timides des arbres et les choeurs discrets des feuilles qui au sol roulent à nos pieds comme par envie presque de fuir le duo étrange que nous formons en cet instant dans les bois. D'entre mes lèvres, il ne glisse rien, et surtout pas un soupir quand me parvient les suppliques de cet inconnu, qui au fil des secondes et des geignements me semble de moins en moins méritant de recevoir l'once d'intérêt que je lui porte pourtant en ce moment. Je pourrais me fendre d'un sourire, ou d'une remarque désagréable, mais porté par l'envie de m'économiser pour celui qui ne mérite pas le moindre de mes efforts, je me contente d'un long silence et d'un geste qui exprime toute l'indifférence que me cause sa souffrance. Délicatement je glisse mes mains dans les poches de ma veste et sans honte ou empressement, je détourne le regard, laissant ainsi mes prunelles se perdre en la contemplation de ce morne ciel, qui à défaut d'être capable de nous offrir quelques nuances bleutées, préfére se draper de nuages gris et de quelques oiseaux, qui paresseusement fuient ce climat pour trouver, je l'espère pour eux, de plus beaux lendemains. Et pendant de longues secondes, voir minutes, je reste ainsi, silencieux, interdit et vaguement fatigué de cette situation qui déjà me lasse, car si il était amusant au début de lui faire comprendre qu'il allait devoir me donner une raison satisfaisante pour moi de l'aider, j'avoue être désormais déçu en comprenant qu'il n'est bon qu'à geindre et à se lamenter, se contentant de n'être rien de plus qu'une faible chose incapable de se prendre en main. Je fais quelque pas en arrière, cherchant déjà entre les feuilles mortes et la boue de quoi achever les souffrances de ce pauvre être.

"Tout ce que je veux ? C'est amusant, on dirait que tu penses avoir la moindre valeur…"

Du bout du pieds je retourne quelques pierres et monticules de saletés, trouvant finalement à quelques mètres de lui, ce dont j'ai besoin. Je m'accroupis et arrache au sol un long morceau de bois, qui avant d'ainsi terminer ses jours dans la fange, devait être une branche sur laquelle oiseaux et autres animaux de ces bois venaient se percher. Mon arme en main, je me redresse et expire un léger soupir tandis qu'entre mes doigts, je soupèse mon bâton, faisant entendre ma voix à nouveau après un léger instant de silence.

"Tu n'en as aucune, surtout avec une jambe dans un tel état… Car imaginons que j'accepte de te libérer, veux-tu ? Certes, tu seras libre, mais bien incapable de rentrer jusqu'au manoir… Je vais donc devoir t'aider à marcher et m'occuper de toi… Tu te rends compte ? M'occuper de toi." Je fais claquer ma langue contre mes dents alors que vers lui je reviens, à pas lent tout en me servant du morceau de bois comme d'un bâton de marche, me donnant ainsi un air de dandy qui pourrait avoir un certain charme si il ne glissait pas d'entre mes lèvres de telles vipères que d'autres appelleraient des mots. "Et encore, il faudrait ensuite que je te ramène à la maison et que je demande à ce qu'on s'occupe de toi, histoire que tout mes efforts ne soient pas vain parce que tu n'aura pas supporté de perdre autant de sang…. Non vraiment, plus j'y pense… Moins il me semble intéressant de t'aider à t'en sortir. Pire… J'en viens à me dire que je te rendrais un grand service en t'assommant et en te laissant pour mort ici…. Tu pourrais au moins te rendre utile et nourrir peut-être les animaux du coin…."

Enfin j'arrive à son niveau, et par envie de lui arracher peut-être une autre plainte pathétique, je tape, du bout de mon bâton sur la mâchoire de métal, qui je l'espère, referme un peu plus ses dents autour de sa jambe. Sur mes lèvres il se glisse un sourire, et alors qu'une mèche brune de ma chevelure indisciplinée vient se perdre le long d'une de mes pommettes, je m'autorise un léger rire qui à défaut d'être mélodieux et charmant, se fait comme aussi désagréable que la morsure d'un serpent.

"Mon père disait qu'il était parfois plus sage, et plus humain, d'empêcher quelqu'un de souffrir plutôt que de le regarder lutter en vain. Comme tout les enfants, j'ai d'abord trouvé ça cruel mais aujourd'hui, je crois comprendre ce qu'il voulait dire…" Silence. Entre nous je laisse planer un instant de doute avant que méticuleusement, je ne glisse la pointe de l'ancienne branche entre les dents de la mâchoire d'acier qui toujours retient prisonnier sa jambe blessée. L'écorce s'effrite contre le métal tandis que la branche émet un léger craquement avant d'être finalement en place pour servir de levier et ainsi aider le pauvre égaré à ainsi libérer sa jambe. "Il me suffirait de faire levier, et ainsi forcer le piège à légèrement s'entrouvrir. Là tu pourrais lentement retirer ta jambe et ainsi libérer la plaque de pression sur laquelle ton pied se trouve, permettant de ce fait de désamorcer le tout… Le seul souci étant que… Il me faut l'envie de le faire, et pour l'instant, je n'ai rien entendu de plus que des geignements insignifiants." Mes doigts fins se referment un peu plus sur le bois. "Alors je sais, tout ce que je veux… Mais qui a dit que tu avais quoi que ce soit d'intéressant à m'offrir ? Tu as l'air au mieux faible et pitoyable et au pire…" Je me contente d'émettre un son écoeuré. "Tu vois l'idée… Mais tu sais quoi ? Peut-être vais-je t'aider… Comme ça… J'aurais les pleins pouvoirs sur ta personne, puisque que j'aurais été celui qui a sauvé ta pathétique existence… Je deviendrais ton nouveau dieu et toi… Un pauvre petit agneau qui ne pourra rien faire de plus que dire "Amen" à tout ce que je vais lui dire. Pas vrai ?" dis-je en m'accroupissant à ses côtés pour être plus à même de croiser son regard et de passer sous son menton deux doigts, lui faisant ains sentir de ce geste que j'attends non pas une réponse, mais sa soumission.
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MessageSujet: Re: For when your soft hands hit the jagged ground ᛄ [Camille | Morgan]   Mar 11 Avr - 13:39

For when your soft hands hit the jagged ground

- When you call me fucking dumb for the stupid shit I do -



C'est... étrange... Morgan ne s'était jamais posé la question de la valeur d'une vie humaine, auparavant. Comme s'il était toujours parti du principe que puisque quelque-chose existait, alors il fallait que ça continue. L'être humain était toujours aussi plein de torts et de travers pourtant, la boucle même dans laquelle ils se trouvaient en était l'une des preuves les plus cuisantes, et seule la race humaine était capable de se livrer à de tels massacres avec une cruelle, impitoyable, implacable outrecuidance. Jamais un animal ne serait aperçu ravageant ses congénères sans la moindre raison valable. Le règle naturel des choses faisait que les plus forts mangeaient systématiquement les plus faibles, tout le monde trouvait cela parfaitement normal, et ainsi, jusqu'à l'arrivée de l'occupant Homme, le monde avait vécu en harmonie, évoluant simplement d'une forme de vie vers une autre, les faibles devenant plus forts, les plus forts apprenant de ceux qui étaient devenus leurs prédateurs, comme le dinosaure féroce et majestueux était l'ancêtre de la poule, nourriture des grands comme des petits. Mais c'était un fait inaltérable : tous ces éléments, tous ces maillons de la chaîne alimentaire avaient leur valeur propre. Il n'y avait bien que l'homme qui venait trancher au milieu et briser tout ce qu'il touchait. S'il y réfléchissait un peu, allongé sur le tapis de feuilles craquantes et humides, aux prises avec tant sa douleur que l'adrénaline qui follement, en découlait, Morgan reconnaissait donc volontiers que non, sous cette forme, il n'avait pas la moindre valeur. Mais ce n'était pas comme s'il allait oser répondre à Camille. En lui, quelque-chose s'était finalement bloqué, un instinct de survie totalement primaire, presque animal, justement, et le forçait à se mordre la langue de toutes ses forces plutôt que de se laisser aller à prononcer même encore un mot. Il était réellement prêt à tout, à tout supporter et à tout essayer pour que cet homme vil, ce serpent qui dansait sous son regard humide de larmes de pure douleur et d'une panique aiguë, ne le laisse surtout pas coincé dans les mâchoires de métal qui étaient toujours serrées autour de sa cheville fragile. Un silence se fit, long, des secondes, peut-être même des minutes, qui s'égrenèrent avec pour seule compagnie le souffle continu d'une brise qui n'avait jamais gêné Morgan auparavant, mais qui, en cet instant, le glaçait tout entier. Dans un même temps, ses pommettes avaient pris la couleur des feuilles mortes sur lesquelles il était allongé, un rouge soutenu, presque brique, ornait désormais toute la largeur de son visage. Il y avait autre-chose, au creux de lui, en ses entrailles. Autre-chose, qu'il ne comprenait pas, que son esprit n'arrivait pas à analyser, et qui était provoqué par la voix de Camille qui ricochait contre ses tympans comme autant de petits cailloux sur une fenêtre close. Là s'arrêtait son instinct de survie, et commençait sa chute libre au cœur des ténèbres, une chute dont, pour l'instant, il n'entrevoyait même pas la splendeur.

Camille se pencha, ramassa un long bâton, large, au diamètre impressionnant. Il avait l'air solide, presque assez pour soutenir le poids d'un gros oiseau qui aurait voulu s'y poser. Assez pour ouvrir le piège... ou pour le sceller à jamais, et avec lui, le destin de Morgan. Il ne se laisserait pas mourir là, malgré tout ce que Camille pouvait déjà imaginer. Il perdrait sa jambe, et utiliserait l'adrénaline engendrée par la douleur et la panique pour s'envoler à tire d'ailes jusqu'au refuge le plus proche, dont il ignorait malheureusement la situation géographique exacte dans la boucle. Il volerait jusqu'à ce qu'il en meure, s'il le fallait, mais il s'offrirait une seconde chance. Furtivement, il pensa que peut-être il valait mieux qu'il choisisse cette solution plutôt que de s'en remettre au serpent qui lui faisait face, avec cet air de dandy qui ne faisait que renforcer la brûlure dévastatrice au dessous du ventre de Morgan. Il ne comprenait toujours pas, mais il était silencieux. Résigné. Il écoutait ce que Camille lui disait en ne le quittant pas des yeux, le souffle court, il avait même cessé de geindre, de gémir, de se débattre. Seuls ses yeux témoignaient encore de sa détresse, ses larmes n'avaient pas voulu tarir. Le premier son qui lui échappa fut bien évidemment un nouveau gémissement à double tranchant, lorsque le bout du bâton toucha la mâchoire du piège et le serra un peu plus dans sa chair. Il s'était pourtant retenu de toutes ses forces, et rendit à Camille un regard d'incompréhension, de détresse, de douleur, d'une panique plus pure que tout ce qu'il avait connu dans sa vie. Il est fou... Oh, oui, fou à lier, le serpent l'était et cela allait même sans dire. Mais plus il le regardait, moins il parvenait à saisir ce qui était en train de lui arriver. En t'assommant et en te laissant pour mort ici... Un hurlement se glissa tout au bord des lèvres de Morgan, et il fut forcé de serrer les dents pour le retenir, tandis qu'une vague de fureur coulait dans sa gorge et enflammait un peu plus le creux de ses reins, son ventre, sa poitrine, dans lesquels une véritable tempête se préparait. Peut-être une explosion, lui-même n'en savait rien, il n'en savait plus rien, à ce stade, il pouvait aussi bien être déjà mort, son esprit rendait doucement les armes. Peut-être, en effet, était-il plus sage et plus humain d'abréger ses souffrances, à ce stade. Lorsque la boucle repartirait au début, il aurait déjà disparu, aux crocs et aux dents des prédateurs avides d'un peu de nourriture, celle qui se faisait si rare en ces temps de guerre infinie, dans cette boucle trop étroite pour laisser la place à la vie aux côtés de la mort. Peut-être qu'il valait mieux, après tout, qu'il se laisse aller à la douce tentation que la douleur prenne fin, cela pouvait déjà faire une heure ou une journée qu'il était coincé dans cette saloperie de piège à loup, et s'il se retrouvait à devoir s'en échapper tout seul, il souffrirait encore, des heures, des semaines même durant. Confortablement, Morgan se laissa glisser dans les yeux de feu et de fièvre de Camille. Un bourreau, un tortionnaire dont les mots venaient aspirer chacune des minuscules miettes d'estime de lui-même que l'oisillon était parvenu à collecter en plus de cent années de vie. Et si tu m'achevais, Camille...? Et si mourir presque de tes mains était encore la plus belle solution...?

Un rayon de soleil parut trouer les nuages lorsque le bois craqua dans la mâchoire du piège, et ses étincelles rallumèrent les yeux gris, verts et bleus de Morgan. Un fragment d'espoir, une alternative, sans retenue, il dut entrouvrir les lèvres pour prendre une inspiration. L'haleine fraîche du serpent brûlant caressait presque sa bouche, il manqua de s'étouffer. Il ne voulait pas mourir. C'était ce qu'il avait fini par manquer d'oublier, à son désespoir et aux confins de sa douleur. C'était l'information qu'il lui manquait. Concentré, attentif, le cœur totalement affolé dans la poitrine, il opina faiblement du chef aux mots du plus vieux, déplaçant juste un tout petit peu ses doigts, sans le vouloir. Il aurait les pleins pouvoir, c'était entendu, même s'il n'avait pas été fou, même s'il n'avait pas eu en tête des idées plus noires les unes que les autres, il aurait eu un Morgan endetté jusqu'à la moelle accroché au pantalon pour le restant de son existence. S'il le sortait de là, il sauvait sa misérable vie. S'il l'accompagnait jusqu'au manoir, le déposait là-bas, il s'en sortirait sans doute avec juste un gros pansement, boiterait durant quelques semaines, puis cicatriserait. Il garderait, sur la jambe, les stigmates de cette journée, et sur l'âme, celles des yeux du serpent chantant qui obtiendrait alors les pleins pouvoirs sur lui, la capacité de le briser et de le tordre à sa guise. Il le savait. S'il s'offrait -- et il l'avait déjà fait -- il s'offrait aux Enfers dans tout ce qu'ils pouvaient avoir de plus brûlant et de plus glacial. Et il ne savait pas pour combien de temps il en aurait s'il désirait réellement racheter son âme, sa liberté, une vaine notion de libre-arbitre à laquelle, bientôt, il ne tiendrait même plus tant que ça. Démuni, vaincu, il plongea encore dans les yeux de Camille. Qu'avait-il bien pu se passer dans sa vie pour qu'il devienne aussi cruel ? Il ne pouvait s'empêcher de se demander s'il était né avec le sceau du crime gravé au creux des veines, le sourire déjà narquois, la mine déjà maussade, ennuyée, méprisante. S'il avait été un enfant capricieux, s'il avait eu des amis, des frères ou des sœurs. S'il avait su... Si, en cet instant, Morgan avait pu savoir que le frère de cet être qui s'amusait à le blesser et à le laisser penser qu'il allait mourir n'était autre que son propre frère, son frère de cœur, Gustave, l'une des seules présences de sa boucle qui méritait qu'il y retourne. Celui avec qui il volait des bateaux pour partir en mer, là où personne ne pourrait les priver de leur liberté. Celui qui l'appelait Robin. Un homme qu'il connaissait depuis maintenant quarante ans, et dont il ne s'était jamais lassé, un ami, un vrai, tel qu'il n'en avait que trop peu, et ça... cet ami, ce frère, était en réalité le jumeau de celui qui lui faisait désormais face, tenant sa vie, ses ailes, ses jambes du bout de ses doigts. La tête lourde, Morgan se renversa encore en arrière, lorsque Camille le relâcha, et ses yeux longèrent son propre corps jusqu'à tomber sur sa cheville prisonnière. Le sang au bord des plaies séchait, presque brun, maculé de terre. Le métal semblait rougeoyer dans la lumière des bombes et du soir qui tombaient à toute vitesse. Les crocs acérés du piège lui faisaient désormais moins peur que ceux du reptile qui le tenait bien serré dans ses anneaux. La douleur était devenue accessoire, une torpeur blanche et noire s'emparait de lui, il rêvait de simplement pouvoir s'évanouir. Amen..., songea-t-il, en levant les yeux vers Camille. Il ferait tout ce qu'il voudrait... et sans doute même plus que cela.


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