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 Défi III « Songe d'une nuit merdique » August

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MessageSujet: Défi III « Songe d'une nuit merdique » August    Lun 20 Mar - 21:26

« Songe d'une nuit merdique »

Bien plus qu'un songe. Bien plus qu'une espérance. Elle regardait le monde, comme elle ne l'avait jamais vu auparavant. Cette beauté presque outrageante, et ces lumières scintillantes, lui donnaient l'impression de naître une seconde fois. Telle une enfant, s'émerveillant à la moindre opportunité, ses yeux demeuraient amplis d'une joie dont elle ne s'était jamais sentie capable. Tout lui semblait plus vrai, plus fou, comme si elle venait de rejoindre une toute autre dimension, ce qui était le cas, dans un sens. Zophia s'amusait tout simplement d'un monde, qui n'était guère le sien, sans aucune concessions. Elle était tout simplement heureuse de son voyage, qu'elle ne saurait un jour regretter.

La nuit commençait à tomber, absorbant peu à peu ce ciel crépusculaire, qu'elle aurait apprécié contempler davantage. Peut-être demeurait-ce maintenant l'heure de rentrer, et de cesser ce rêve qu'elle aurait voulu prolonger. Mais Zophia ne pouvait se résoudre à mettre fin à cette ballade, consciente que la ville de New-York ne dormait jamais, et qu'il lui restait malheureusement que très peu de temps pour en profiter. Un sourire enfantin émerveillant son visage, elle continua par conséquent sa route, nullement consciente de la lourde erreur qu'elle était sur le point de commettre, s'enfonçant davantage dans ce qui demeurait son chaos futur.
Elle se surprit à penser aux autres, se demandant ce qu'ils pouvaient bien faire en ce moment. Personne n'avait accepté de l'accompagner, se remémorant dans un éclair d'intelligence, où ils allaient mettre les pieds, et l'aventure qu'était le simple fait d'être à ses côtés. Zophia était agaçante, et elle en était consciente, mais elle n'était guère prête à changer ce qui faisait d'elle la personne qu'elle avait toujours été. Et puis, il valait mieux être seule que mal accompagnée, n'est-ce-pas ? C'était avec cette phrase, que tous les terriens se consolaient, se rassuraient, bien forcés de se complaire dans leur éternelle solitude.

Ses pas la dirigèrent instinctivement vers un coin de verdure, qui ressemblait à un parc, ce qu'elle déduit en voyant quelques passants s'y balader. À croire qu'elle n'était nullement la seule à ne pouvoir se résoudre à rentrer, dans ce qui demeurait sa morne prison dorée. Zophia ne put s'empêcher d'arborer un sourire niais, mais pourtant ampli d'admiration, à la vue d'un couple de vieilles personnes. Et ce fut en cet instant, que la blonde se demanda ce qu'aurait été sa vie, sans les boucles temporelles. Elle serait probablement rentrée à Varsovie, dans son époque d'origine, et aurait connu le même funeste sort des juifs de Pologne. Pourtant, dans son fort intérieur, la jeune femme regrettait le flou qui émanait dans son esprit, comme une impression d'inachevé, de fuite involontaire. Mais elle ne pouvait refaire le passé, et échapper aux desseins de ce destin bien trop moqueur.

Son ascension s'arrêta face au lac, qui par cette fin de soirée et ce soleil de plus en plus timide, donnait un reflet magnifique à cet eau pourtant verdoyante. Elle s'en approcha de plus prés, de beaucoup trop prés, sans pour autant se rendre compte de l'immonde bêtise qu'elle était sur le point de commettre.
Quelques souvenirs de son père lui revinrent soudainement en tête, et ce fut avec une pointe de nostalgie, que la jeune femme maugréa, non sans une pointe d'amusement. « Zophia, ne t'approche pas trop du bord. Zophia, tu vas tomber ! Zophia, fais attention. » Que de réprimandes, pour une enfant qui avait tout simplement la fureur de vivre, ne s'accordant aucune limite, car son imaginaire, lui, n'en possédait aucune. Aucune, et c'était peut-être là où était le problème, le plus dangereux. Car absorbée dans sa contemplation, elle ne sentit nullement ses forces la perdre, et ne s'inquiéta guère de son visage, se rapprochant anormalement du lac, dans lequel elle finit par s'engouffrer, n'ayant point la force de résister.

Des hurlements. Des cris de toute part. Elle n'en peut plus. Elle étouffe. Son regard se pose sur les passants, qu'elle essaie d'intercepter, d'arrêter, mais ils ne la voient pas. Où est-elle ? La blonde n'en sait rien. Elle sait juste, que la situation n'a rien de normale, et qu'elle demeure à présent bien loin de son enveloppe corporelle. Elle essaye pourtant. Elle essaye pourtant de toutes ses forces de stopper cette affliction, mais ces secondes assassinent semblent la narguer de la plus vicieuse des manières. De l'eau sort de sa bouche, qu'elle recrache grossièrement, comme si son corps lui envoyait un appel à l'aide, lui intimant de revenir, que l'heure était grave. Mais ses pas se firent de plus en plus lents, lasses, ce qui contrastait avec les battements de son cœur devenus trop bruyants.

 
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August Hastings

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- Illusionniste mythomane -
Le gros Gus
❧ Boucle Temporelle : 22 mars 1941
❧ Particularité : Insuffle des images mentales à tout un chacun, distord la réalité dans la tête d'un individu
❧ Occupations : Expérimentateur chevronné
❧ Miroir : Va cliquer ailleurs :(
❧ Missives : 201
❧ Yeux de verre : 53
❧ Crédits : Lux Aeterna, Musset, Poe


MessageSujet: Re: Défi III « Songe d'une nuit merdique » August    Dim 14 Mai - 2:09

Songe d'une nuit merdique

- Zophia & August -

Personne n'aurait pu penser qu'August trouverait complaisance en 1928. En réalité, August lui-même ne pensait pas s'adapter où que ce soit que dans son Londres natal, mais force était de constater qu'il y parvenait malgré tout, et ce en dépit de toute la mauvaise foi dont il était capable.
Et quelle surprise de constater que l'air était respirable ! Pire, même, il était fort plus agréable aux narines que celui de la poussière britannique. Le cliquant des voitures dans les rues, la hauteur pharamineuse des buildings, le charbon et l'acier, toutes les lumières quand vient la nuit... Toute la démesure dont était capable l'Amérique, August la prenait pour lui et l'enveloppait de ses propres fantaisies. Un nouveau terrain d'imaginaire, un pan entier d'un autre univers, voilà ce qu'était New-York à ses yeux...

On lui avait dit que Central Park au crépuscule était d'une beauté fantastique, forte, disait-on, des rêveries des promeneurs à la faveur de la nuit. Devant tel éloge, August ne sut résister à la tentation d'aller se forger son propre avis sur l'endroit. Et s'il ne décela pas franchement les rêveries des promeneurs, l'horizon vermeil sur les berges du lac artificiel lui firent cependant considérer un jugement très favorable sur la question.
La découpe noire des aulnes et des cyprès sur les nuages pourpres était du plus bel effet, et que dire de l'air de l'été ? Partout, on prévoyait le 4 juillet, les drapeaux américains flottaient au vent et on entendait siffloter Hail, Columbia sur toutes les lèvres, quand des fanfares elles-mêmes ne tonnaient pas l'hymne dans quelque coin de la ville. L'effervescence était manifeste, ô quelle terre vivante que l'Amérique ! Ce que l'Angleterre est vieille à côté de sa sœur !
August se surprit à entonner quelques notes alors qu'il flânait le long des chemins. Hail Columbia, happy land!


Si Hastings n'avait jamais souhaité qu'une chose, c'était de se trouver en dehors des conflits. Qu'on lui demande de prendre parti, et il se volatilisait vers un autre continent tout teinté de gris que l'on aurait qu'à ignorer et laisser dans son coin – et il s'avérait parfaitement doué pour faire oublier sa présence dès lors que la situation ne tournait plus à son avantage.
Or, il ne put éviter la catastrophe et quelqu'un tomba à l'eau. Nul besoin de s'en faire, en premier lieu : les hommes, emplis d'une ferveur toute patriotique la veille de la fête nationale, ne voyaient aucun inconvénient à se mouiller un peu les chevilles afin de faire valoir à la ronde leurs valeurs héroïques et, surtout, absolument américaines.

On repêcha donc l'imprudente et, quoique à l'écart, August songeait à se soustraire bien vite à ce secteur encombré, mais, en dépit de toute probabilité, un bref coup d’œil l'informa que la fille n'était nulle autre que Zophia O'Cleary.
Et si Hastings aurait volontiers passé son chemin, le petit mot de Syndrigastis s'inscrit au creux de sa tête et il se sentit en proie à une espèce de devoir, celui de venir en aide à ceux de sa propre espèce, quel que fut le spécimen en question. Même s'il s'appelait Zophia et qu'il avait une propension considérable à s'attirer des ennuis.

Mi-inquiet, mi-contraint, mais certainement pas étonné, August se fraya posément un chemin parmi les curieux :
- Excusez-moi, je la connais. Pardon.
On était déjà penché sur Zophia, à lui tapoter sur le visage dans un geste tout sauf d'une aide quelconque, mais en dehors de ça, rien de trop grave à première vue. Elle respirait, pas régulièrement, mais enfin, elle respirait déjà. De là à savoir pourquoi elle avait perdu connaissance...
August considérait placidement le problème et écartait déjà la plupart des instigateurs. Il commençait même à assurer à la ronde qu'il n'était pas nécessaire de s'inquiéter davantage et qu'il avait la situation sous contrôle, qu'un horrible flash envahit tout son être. Une lumière blanche aveuglante qui manqua de le faire tomber à la renverse, c'est ensuite pour lui qu'on s'inquiéta légèrement, mais Hastings reprit bien vites ses esprits.

Le garçon se sentait tout comme sur le point de faire un malaise – ou plutôt, il connaissait un peu cette sensation pour l'avoir ressentie quelques fois, celle de perdre les pédales. Celle qui permettait à sa particularité de se manifester sans qu'August ait trop son mot à dire sur quoi que ce soit, dans un grand capharnaüm de couleurs rassurantes, ou pas : cette soirée commençait déjà à se révéler épuisante.
August découvrit avec effroi les plantes du parc se distordre en de grossières postures, agiles et menaçantes. De l'eau coulait en un mince filet entre ses deux pieds et s'écrasait contre le visage inerte de Zophia, et le filet devint ruisseau, et bientôt il se trouva les pieds dans la tourbe, de l'eau jusqu'aux chevilles.

Les nuages fondaient sur la terre et affrontaient les côtes new-yorkaises avec rage ; on entendait au loin le bruit des torrents et de la tempête, et August enserra ses tempes, les yeux clos. Ce n'est pas réel, ce n'est pas réel, ce n'est pas réel..., se murmurait-il à lui-même, sordide berceuse tandis qu'il se sentait céder à la panique.
C'était impossible ! Jamais sa particularité ne lui filait à ce point entre les doigts.
Un nouveau coup d’œil lui fit apparaître la réalité plus ou moins comme elle l'était dans sa réalité la plus admise, à l'exception de l'eau partout, mais enfin, les visions étaient moins terrifiantes. August ignora superbement les rares qui s'inquiétaient de le voir ainsi en proie à ses mirages, et se précipita sur Zophia :
- Zophia, Zophia, réveille-toi. Zophia, tu m'entends ? Réveille-toi s'il te plaît, il nous faut vite partir d'ici. Zophia, c'est August, il faut que tu te réveilles.
Sa confiance en soi chutait chez Hastings au même rythme que sa maîtrise de la réalité : rapidement.

On proposa à August d'appeler un médecin, mais celui-ci s'empressa de décliner, prétextant n'en avoir nul besoin. Et quand on lui demanda pourquoi, alors, il agissait si bizarrement, il ne sut trop quoi répondre et son esprit dorénavant incontrôlable s'infiltra dans celui de l'homme, en conséquence de quoi il put avoir un aperçu des hallucinations d'August. Il pâlit et fila sans mot dire.
Fort heureusement pour August et sa compère, on trouvait à New-York tout un tas de gens bizarres, et les citadins, habitués à ces hurluberlus, ne voyaient en ce duo qu'une sombre démonstration de la jeunesse décadente, mais rien de quoi il fallait particulièrement s'alarmer.
- Zophia, j'insiste, relève-toi, je ne peux pas te traîner tout le long de Central Park. Zophia ? Seigneur... Zophia !
Résigné et inquiété, August aurait volontiers donné de sa personne et porté sa camarade dans une zone plus commode, et à peine se lançait-il dans des calculs mathématiques quant au meilleur angle d'attaque pour soulever un corps que les illusions reprirent de plus belle, à lui en donner la nausée. Voilà que les plantes s'agitaient et se rapprochaient bien trop d'eux, pernicieuses et hérissées d'épines...



I became insane with long intervals of horrible sanity.


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