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 Ô sombres héros de la mer. ᛄ [Gustave | Morgan]

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Morgan Dawkins

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- Immature Rouge-Gorge -
❧ Boucle Temporelle : 20 Juin 2016, ma prison, mon tombeau sans doute.
❧ Particularité : Métamorphose en Rouge-Gorge, un oisillon immature qui n'assume pas sa transformation.
❧ Occupations : Supposé suivre une formation d'Ymbryne mais passe plus de temps à explorer les boucles qui ne sont pas les siennes.
❧ Miroir : don't forget me, i beg
❧ Missives : 67
❧ Yeux de verre : 24
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MessageSujet: Ô sombres héros de la mer. ᛄ [Gustave | Morgan]   Lun 3 Avr - 0:53

Ô sombres héros de la mer

- always lost in the sea -

S'il y avait bien une chose que Morgan s'était toujours demandée, c'était pourquoi tout le monde disait que la mer était bleue. Aussi loin qu'il puisse se rappeler, ou presque, en tout cas depuis son installation dans cette nouvelle et toute belle boucle qui se trouvait en 2016, il avait toujours regardé la mer. Il avait volé au-dessus d'elle, l'avait contemplée depuis le muret qui se trouvait être un de ses seuls refuges, juste à la lisière de la plage, l'avait observée de loin, depuis la fenêtre haut-perchée de la cage dorée dans laquelle il avait été élevé. Et il ne l'avait jamais trouvée bleue. La plupart du temps, elle voguait calmement entre des teintes allant du gris perle à l'asphalte, et un vert d'eau profond et sincère. Un peu comme ses yeux, à lui, le gamin du ciel flottant sur les courants comme les poissons se mouvaient dedans. Sauf que lui, c'était le courant d'air, et eux, les vagues puissantes qui venaient ensuite s'écraser en écume mousseuse juste aux pieds des quelques badauds et autres habitués. Mais même lorsque le ciel tout entier était de la partie, même quand les nuages jouaient dans l'écume, quand les poissons et les mouettes s'épousaient et dansaient, même avec la meilleure météo que l'île puisse offrir, la mer n'était jamais bleue. Les yeux de Morgan non plus. En fait, ils contenaient tant de couleurs différentes qu'il était très difficile de les définir. Un peu de turquoise ici, un soupçon de gris souris juste là, un voile d'un vert mordoré au coin de l'iris et un cercle plus noir que la nuit entourant la pupille... comme la mer, ils étaient changeants et multiples, et en cet instant, tandis qu'une fois de plus il perdait son regard dans l'immensité des vagues qui léchaient inlassablement le ponton de bois sur lequel il était installé, ils étaient doux, calmes, comme les flots apaisés après l'orage, comme le beau temps serait venu après la pluie, la lumière après les pures ténèbres. Morgan était calme. Et pourtant, comme souvent, il s'apprêtait à faire une connerie...

Il continuait à penser que c'était la providence qui avait placé Gustave sur son chemin. Que sans lui, sa vie aurait continué d'être morne, insipide et monotone, qu'il aurait pu s'ennuyer des années durant encore sans connaître l'ivresse d'un instant de folie, la lourdeur de la fumée au fond de ses poumons déjà malmenés, ou les rires traversant le ciel plus vite que des oiseaux en pleine migration. Sans le savoir, il se trompait, et d'autres silhouettes rejoindraient bientôt celle de l'homme avec qui il partageait nombre d'aventures, mais à ce moment-là, il l'ignorait, et seul comptait ce jeune homme qui avait su le prendre sous son bras et l'entraîner dans de terribles déboires. Oh, rien n'était jamais grave. Ils risquaient peu leur vie. Leur honneur, sans doute, et le nom de la mère de Morgan, souvent, mais ils avaient toujours l'éternité devant eux pour continuer à faire n'importe quoi, jamais vraiment n'importe comment. Cependant, l'oisillon commençait à manquer d'inspiration. Ces derniers temps, le poids sur ses épaules s'était fait plus lourd, l'atmosphère autour de lui plus pesante. Sa mère acceptait de moins en moins bien ses vagabondages. Il se faisait vieux, plus de cent ans, après tout, et si ses vingt-cinq ans physiques n'étaient pas à l'image de sa psyché, elle aurait surtout voulu qu'il commence à se prendre en charge, et qu'il commence à prendre en charge les autres. C'était ce qu'elle avait toujours voulu, pour lui, pour eux, mais cette tête de linotte de rouge-gorge immature refusait avec toujours autant d'obstination, cependant, il était désormais étroitement surveillé. Il y avait toujours quelqu'un pas trop loin, et s'il se rapprochait trop de la sortie de la boucle, il se faisait rabrouer, traîner jusqu'à la maison, même, il lui faudrait tromper l'ennemi, tromper sa mère, s'il voulait repartir, et elle était perspicace, ce n'était pas près d'arriver. Cependant... tant qu'il restait chez lui, il lui restait quelques petits échappatoires. Et c'était une fois de plus là que Gustave entrait en jeu.

En retard, aussi, et pourquoi pas après tout, ce n'était pas comme s'ils n'avaient pas toute la journée devant eux. Sa longue silhouette se déploya dans le lointain, et lorsqu'il la vit, Morgan eut un sourire en coin qui dénotait un certain amusement. Il chaussa alors ses lunettes de soleil et tourna la tête vers les bateaux amarrés non loin. Son sourire prit une note machiavélique. « J'ai failli t'attendre. » Souffla-t-il à Gustave, pour la forme, sans tourner la tête vers lui. Jetant sa cigarette sur le pont, il l'écrasa de la semelle de ses chaussures démodées. En réalité, c'était le plus vieux qui lui avait donné cette idée. Comme nous l'évoquions, lui commençait à en manquer, mais celle-ci lui avait particulièrement plu, non seulement elle sentait l'évasion, mais elle leur ressemblait. Il regarda finalement son ami, et son sourire en coin se radoucit. Cette barbe entretenue, ce regard tendre et espiègle, cette carrure, il commençait à les connaître, et avait appris à les apprécier, à les savourer, comme son odeur masculine et douce, presque florale, qui tendait à recouvrir celle des embruns désormais qu'il s'était approché. « Celui-là est bien, tu trouves pas ? » Lança encore Morgan, en désignant d'un geste du menton le bateau de pêcheur qui se trouvait derrière lui. Oh, c'était un vieux truc, mais il fonctionnait sans doute parfaitement, et la poupe était équipée d'une couchette usée qui saurait accueillir leurs deux culs quand ils seraient finalement au milieu de nulle part. De plus, il n'y avait pas besoin de clé. Le mécanisme était rouillé, et le pêcheur, sans doute en désespoir de cause, avait fichu un bout de ferraille dedans pour pouvoir le tourner quand-même, ce qui était une véritable aubaine pour eux. Le vieillard n'aurait sans doute jamais pensé que quelqu'un voudrait lui voler son taudis maritime. Eh, bien... il y en avait deux assez fous pour ce faire, à Castletown.


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Gustave Barthélemy

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- antipoison débauché -
❧ Boucle Temporelle : 2016
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MessageSujet: Re: Ô sombres héros de la mer. ᛄ [Gustave | Morgan]   Ven 7 Avr - 20:33

Ô sombres héros de la mer

Morgan, mon petit rouge gorge. Red Robin. Je souris dès que je vois sa silhouette grande et fine plantée sur le port près d'un vieux bateau de pêche piqueté de rouille qui est comme un vieillard qu'on airait laissé mourir là, à pousser ses derniers soupirs avant que la mer ne décide de le rappeler à elle en en faisant un récif, en le couvrant de coquillages et de varech et en attaquant sa coque pour que rien ne la sépare d'elle et qu'il la rejoigne complètement dans son univers aquatique et salé. Enfin on n'en est pas là avec cette énorme masse de métal, même  s'il est loin d'être neuf. Assez pour servir encore, et à peine je l'ai vu lui, à côté du rafiot brinqueballant j'ai compris. Enfin tout du moins je me suis fait une idée de ce qui se passait dans cette cervelle couronnée d'une tignasse bouclée aussi rebelle que la mienne, mais qui faisait vachement plus soignée. A côté, je ressemblais plus à un hérisson ou un dessous de bras...

Frères de clopes, on arbore notre signe de reconnaissance au coin des lèvres alors que je rapproche de lui et laisse échapper un léger rire accompagnée d'une volute de fumée qui flotte une seconde devant mes lèvres avant d'être balayée par le vent vivifiant du large qui l'emmène vivre une autre vie, loin, très loin d'ici, quand j'entends la phrase qui me sert d'accueil. Le jeu des mauvais garçons blasés alors qu'on sait très bien qu'on est contents de se voir, comme à chaque fois depuis quarante ans. Quarante ans que je suis ici, putain...une éternité. Quarante ans où je suis arrivé, comme le garçon que j'ai accueilli il y a peu, Darren, en qui je m'étais tellement reconnu, parce que comme moi il avait débarqué complètement perdu, déboussolé, engoncé dans notre raideur aussi victorienne que nos vêtements, serrés dans un corset d'éducation stricte, de bonnes manières et d'étiquettes dans une époque où les tenues de sport avaient été inventées, pour mon plus grand bonheur. Il a été celui qui m'a appris à vivre, tout simplement, à m'écouter sans penser à ce que ma mère pourrait en penser, ce que les autres pourraient dire de mes faits et gestes. Il a fait sauter le verrou de mes idées reçues et de mon spontanéité, soigneusement enfermées à double tour par cette mère qui voulait autant mon bien que sauver les apparences. Il m'a montré que je pouvais décider, penser, rire de moi même. Que je pouvais aller me baigner quand je le voulais sans que ça dérange qui que ce soit, que je n'avais pas à demander la permission pour être heureux et faire mes propres choix. Je ne pense pas qu'il s'imagine à quel point il m' a aidé à renaître, et à quel point il est important pour moi. Un deuxième frère, pour remplacer celui que j'ai dû laisser derrière moi, contraint, forcé et la mort dans l'âme... un deuxième frère qui est tout le contraire de Camille... lui il est la mer calme, la belle mer d'huile ou avec une légère houle, celle qui invite à venir glisser sur ses vagues joueuses, qui donne envie de se baigner et de sentir le goût du sel sur ses lèvres et l'odeur d'embruns dans ses narines. Il est la mer avec laquelle on joue et on s'amuse alors que Camille... Camille est une de ces tempêtes qui balaie tout sur son passage, qui fait se lever des vagues à éteindre les lumières d'un phare et à faire vaciller le courage des plus braves. Camille est la mer qui noie, celle qui fait boire la tasse, qui nous laisse sur le sable lourd et gris, les poumons brûlés et l'impression d'avoir été bousculé par Poséïdon lui-même. Pile et face. Deux opposés d'une même pièce. Camille... pourtant loin de moi l'idée de préférer Morgan, c'est juste... différent. Plus reposant. Mais Camille reste mon frère, mon jumeau, mon double et ma moitié... Il reste la personne que j'aime autant que moi-même et qui pèse de son absence chaque jour de cette boucle répété à l'infini. Il est celui dont j'attends les lettres chaque jour en ouvrant la boite même si je sais que je n'en recevrai jamais vu qu'il ne sait pas ni où ni quand je suis. Il est celui à qui je pense mille fois parce qu'une chose ou une autre m'a fait penser à lui, et même après tout ce temps j'ai encore ce vieux réflexe de tourner la tête vers lui pour le lui faire remarquer, comme s'il ne m'avait jamais quitté... Morgan est là, le petit rouge gorge qui a su donner sens à mon exil forcé et qui l'a transformé en une vraie vie en me donnant des coups de pied au cul quand j'en avais besoin... Morgan que je connais depuis plus longtemps que mon propre frère, si on se fie strictement aux chiffres...

Et me voilà encore une fois près de lui, toujours aussi content de le voir, parce que c'est toujours agréable, et que même après tout ce temps on arrive toujours à trouver d'autres choses à faire, malgré les possibilités plus que limitées de l'île...

Tant que t'en es resté au "failli", tout roule non?

Je ris encore, un léger rire de gorge alors que le soleil se couche paresseusement, mettant le feu aux vagues dans un dégradé de rouge au bleu et je le suis pour m'approcher du rafiot qui va être le théâtre de nos conneries du soir. En faux connaisseur je hoche la tête, laissant échapper encore un peu de fumée par le nez comme le vieux dragon que je suis avant de rouvrir enfin la bouche.

Ca me semble bien mais... T'as quoi en tête Robin? Tu veux juste qu'on squatte sur le pont ou...

Un regard, un sourire et c'est tout ce qu'il a fallu pour que je comprenne exactement ce qui se passait derrière ses yeux couleur de ciel d'orage et ses boucles brunes de poète maudit. Pas besoin de parler, privilège d'autant d'années, et d'autant de conneries partagées. Et après un rapide regard au ciel et aux alentours, je m'approche du bateau et d'un bond souple je saute sur le pont qui grince un peu, commençant déjà à examiner le tas de ferraille qui allait nous servir de destrier pour une escapade qui s'annonce épique. Je m'approche de la barre, lutte un peu avec le contact bricolé, et après avoir encouragé la vénérable carcasse une fois ou deux, un ronronnement poussif résonne, comme un vieillard qui tousse et crachote un peu. Je pousse un cri de victoire, levant les bras en l'air comme pour toucher du bout des doigts les étoiles qui commencent à apparaître, avant de faire signe à Morgan de venir.


Robin amène toi! Ca marche! Ca marche! Allez viens!

Je le vois me rejoindre et désigne l'ensemble du poste de commande d'un geste du menton, perplexe, ma cigarette toujours entre mes lèvres.

T'y connais quelque chose toi? Je sais pas du tout comment ça se pilote. D'ailleurs on dit ça se pilote ou ça se navigue?




☆☆☆ Beerus
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Morgan Dawkins

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MessageSujet: Re: Ô sombres héros de la mer. ᛄ [Gustave | Morgan]   Lun 10 Avr - 14:19

Ô sombres héros de la mer

- always lost in the sea -

Camille. Un nom qui, pour l'instant, n'évoquerait absolument rien à Morgan s'il se trouvait qu'il l'entendait. Camille, le frère de Gustave, alors, peut-être serait-ce là son premier qualificatif, et après quoi ? Seul l'avenir le dirait. Pour l'oisillon, Gustave était bel et bien comme le frère qu'il n'avait jamais eu. Un de ses amis les plus proches et les plus importants, essentiels, même, à sa survie, surtout dans cette boucle dans laquelle, finalement, personne ne lui accorde vraiment le crédit dont il aurait besoin. Personne ne sait le valider, ils ne sont que quelques uns, tout au plus sont-ils les cinq doigts d'une main, une main tendue vers Morgan, en permanence. Même alors qu'il revient d'un long voyage, qu'il ne les a pas vus depuis longtemps, qu'il est éreinté et qu'il n'est même plus drôle, même alors qu'il ne sait plus qui il est, même quand il est ivre ou qu'il vient d'entrer en conflit avec sa mère, même quand ses yeux sont plus sombres et plus agités que la mer. Ils ne sont pas nombreux, mais ils sont là, toujours là. Gustave est toujours là... Frères de clopes, oui, frères de dégaines aussi, habillés sobrement tous les deux, décoiffés, pas vraiment à la mode de 2016. Lorsqu'il est rejoint par cet autre qui, d'une certaine manière, lui ressemble, le rouge-gorge esquisse un sourire amusé et vient poser sur son épaule une main amicale, tandis qu'il l'écoute parler. Robin... Cela fait longtemps qu'il l'appelle comme ça. Au début, il en a plaisanté, en lui demandant s'il pensait à la grande fille à gros seins dans un anime trop connu pour qu'ils l'ignorent, et puis, avec le temps, c'est devenu plutôt l'acolyte de Batman. Ce qui voudrait dire que Gustave serait Batman, et Morgan est amusé par cette idée. Son camarade est un peu trop nonchalant et plein d'humour pour être un héros de la nuit, et il serait plus copain avec les chiens qu'avec les chauves-souris.

« Tout roule presque, vieux, tout roulerait mieux si t'étais en avance plutôt qu'en retard. » Le nargua donc Morgan, en le poussant doucement, avec un petit sourire. « Et à ton avis, j'ai quoi en tête ? Ah, ouais, tu vois, t'as compris tout seul. »

Ce fameux regard, ce fameux sourire, ni une, ni deux, Gustave atterrit sur le pont du bateau et se battit avec la clé de fortune qui servait à le faire démarrer, sous le regard amusé d'un Morgan qui ne s'était pas encore trop mouillé. Il finit cependant par éteindre sa clope, rangea son mégot dans un coin pour ne pas le jeter à l'eau, et se glissa à son tour sur le pauvre vieux rafiot en passant par-dessus une fine barrière. Le moteur faisait un bruit de vieille ferraille, insupportable pour quiconque n'y était pas habitué, mais Morgan avait fait du bateau toute sa vie, aussi loin qu'il puisse se souvenir, pour des balades en mer et dans les airs avec d'autres  Syndrigastis. C'était avant que ceux-ci ne décident qu'il était un moins que rien, persona non grata à peu près partout dans la boucle sauf chez lui, et pour cause, il s'était montré particulièrement désagréable avec ceux qui, pourtant, l'entouraient pour certains depuis son enfance. Seul Gustave, et quelques maigres autres, étaient restés. Des personnes qu'il n'accepterait pas de perdre, qu'il souhaitait pour toujours garder à ses côtés. « Pousse-toi, Bruce Wayne, et fais place aux gens doués. » Lâcha-t-il, se désignant lui-même, en prenant les rênes de leur navire de fortune. « Et honnêtement ? On s'en fout de si on dit que ça se pilote ou que ça se navigue. Le fait est que c'est sur l'eau, et nous dessus, c'est ça qui est bon. » Tout d'abord, il fallut manœuvrer en marche arrière pour rejoindre les eaux calmes et plus profondes, puis il se permit de prendre un peu de vitesse et s'élança vers l'horizon. La proue était fine, suffisamment pour fendre l'eau en imitant le bruit d'un aileron de requin, et l'oisillon ne put s'empêcher de pousser un cri joyeux lorsque quelques embruns lui éclaboussèrent la figure. Ils étaient les rois du monde, encore bien plus que Jack et Rose dans Titanic. Lorsqu’ils furent un peu plus loin, Morgan se tranquillisa. Leur tacot ralentit quelque peu, et cessa de cracher de l’écume en tous sens. Il faisait déjà presque nuit, la mer faisait corps avec le ciel par l’horizon, fine ligne qui, lentement, se rendait invisible. Sur les flots mouvants, qui ondulaient doucement sous le bateau, des éclats d’or et de feu se lançaient sans cesse.

« Comment tu vas, frangin ? » Demanda Morgan, en se laissant tomber comme un tas sur la banquette, derrière la cabine. « Quoi de neuf, aujourd’hui ? Dis-moi tout. »

Il se ralluma une cigarette et sortit le whisky qu’il avait apporté, ainsi que les diverses boissons dans lesquelles ils pourraient, s’ils le souhaitaient, noyer leur taux d’alcoolémie. Les gobelets étaient en carton, pour ne pas trop polluer les eaux s’ils venaient à en faire tomber. L’oisillon avait bel et bien pensé à tout.


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Gustave Barthélemy

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MessageSujet: Re: Ô sombres héros de la mer. ᛄ [Gustave | Morgan]   Jeu 27 Avr - 18:04

Quarante ans mon frère. Quarante ans que je suis arrivé ici. Quarante ans que je te connais. Quarante ans que tu m'as aidé à me faire à cette vie, que tu m'as appris que je pouvais vivre pour moi et que je ne devais tenir compte ni des autres dans cette boucle, ni de mes parents restés dans l'autre, en 1941. Quarante ans que ta mère t'a envoyé t'occuper de moi et que tu m'as accueilli avec le sourire, alors que comme Darren j'arrivais totalement perdu et je me sentais comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, un intrus, quelqu'un qui n'aurait pas dû être là où si j'avais vécu assez longtemps pour vivre jusqu'en 2016, ça aurait été en vivant chaque jour, chaque semaine, chaque mois, chaque année et chaque décennie pour arriver là. Pour prendre petit à petit connaissance de tout ce qui changeait, tout ce qui évoluait, plutôt que d'être parachuté comme ça dans cette époque où les inventions dépassaient même les prédictions du grand Verne dont notre nourrice nous lisait les histoires religieusement tous les soirs, alors qu'avec Camille on était sagement blottis dans le même lit, le museau dépassant des couvertures et nos doigts entrelacés. Tous ces changements, toutes ces inventions, c'est grâce à toi que je les ai connues, apprivoisées et maîtrisées. Toutes les nouvelles idées, les façons de penser différentes, les habitudes, si je suis autant à l'aise dans cette époque, ici, tellement loin de la vie de petit prince que j'étais avant d'être mis au vert par notre charmante mère c'est grâce à toi mon autre frère. Mon guide et mon mentor, mon phare qui dissipait les brumes de mon ignorance et les tempêtes de mon inquiétude. Tu as été là pour m'apprendre, mais aussi me faire tester, expérimenter. C'est avec toi que j'ai découvert les bars et la vraie fête, loin des bals guindés de notre aristocratie tellement loin du commun des mortels, où tout n'était que règles et étiquette. C'est avec toi que j'ai appris la drague, le billard et que j'ai fumé mon premier pétard, gentiment grisé par ces substances qui à l'époque m'apparaissaient si exotiques quand je les lisais dans les poèmes de Baudelaire ou les nouvelles de Gautier... Tout ça. Une autre vie, une vie que je n'aurais pas crue possible avant de partir de chez moi, enfin... de mon ancien chez moi, qui plus le temps passe m'apparaît comme un musée rigide, figé et poussiéreux en comparaison de ce que je peux faire, et fais ici. Comme maintenant.

Alors bien sûr j'ai fait des conneries à l'époque, avec Camille, puis en pension, mais j'avais toujours la crainte de notre gouvernante, de notre nourrice, de mère, de père, du directeur du pensionnat ou du surveillant du dortoir. Là je ne crains plus personne. Je suis seul à assumer les conséquences et mes bêtises et ça... ça c'est...paradisiaque. Et d'ailleurs là... je souris en coin, lui lançant un regard complice alors qu'il me fait gentiment la leçon sur le fait que je sois toujours à la bourre. Là aussi, un luxe que je me suis accordé depuis que je suis ici, comme le fait de laisser trainer mes chaussettes sales un peu partout, comme quelques canettes de bière vides, de pas me raser tous les jours et de me dispenser de me passer un coup de peigne avant de partir. Ca et tellement d'autres choses. Et ouais maman... ton fils chéri se passe de toi et ne s'en porte que mieux... Et ici, personne pour lui dire que c'est une mauvaise idée ou qu'il va être puni. C'est moi, moi-même et mes fesses, rien d'autre. Rien d'autre à part Morgan, avec qui j'ai trouvé un nouveau frère de conneries, enfin, un frère de tout en général... comme celle-là, nous deux et un vieux bateau de pêche constellé de rouille et au moteur asthmatique grâce auquel on commence à s'éloigner au large.

Cigarette toujours entre les lèvres je suis fier, fier comme le gamin qui est le plus haut sur l'araignée de fils au parc, ou qui a dessiné sur les murs de sa chambre. Fier et content, le coeur rempli à en exploser de ce sentiment d'absolue perfection qui arrive de temps en temps, le genre de moment où tout, absolument tout est parfait ou presque, et on n'aimerait être ni ailleurs, ni avec quelqu'un d'autre. C'est ce qui se passe ici. Ce moment est parfait, nous deux en train de faire une connerie mémorable, l'immensité de l'océan face à nous alors qu'on a le port dans le dos, et le vent du large qui nous fouette le visage, comme pour nous rappeler qu'on est vivants et qu'on doit en profiter. T'inquiètes pas Eole, on va se montrer digne de toi... Et voilà que mon copilote vient déjà me prendre le gouvernail des mains en m'appelant Bruce Wayne et je ris en faisant un pas de côté, avant de laisser échapper une volute de fumée.

I'm Batman. Et je suis doué aussi, juste que j'ai jamais eu à conduire, ou piloter un foutu rafiot! L'aviron c'est tout ce que j'ai fait en matière de sport de navigation alors un veau comme ça...

Je m'éloigne de quelques foulées, m'approchant du bastingage pour m'y accouder, regardant les premières étoiles se refléter dans l'eau calme, et je hausse une épaule en écoutant la réponse de mon Robin.

Ouais mais la question c'est : combien de temps on va tenir dessus, justement. Ce truc a pas l'air de première jeunesse et j'espère juste qu'on va pas nous faire un remake du Titanic en cours de route. Surtout que tu serais vilaine en rousse.

Je ris alors qu'il fait bouger cette grosse carcasse et qu'on s'éloigne de plus en plus du port. J'ai l'âge d'être grand père, voire arrière-grand-père si je me fie juste à mon année de naissance, et pourtant je suis encore là à faire des conneries dignes d'un gosse, riant quand Morgan arrive je ne sais comment à pousser ce tacot maritime qui commence à fendre les vagues dans des panaches de fumée grise. Je fonce à la proue, souriant comme un idiot alors que je me prends les embruns de pleine face, échangeant un sourire ravi avec mon acolyte qui joue les capitaines d'un soir. Pendant quelques minutes on file sur l'océan, le goût du sel sur les lèvres et les cheveux en bataille avant qu'il ne ralentisse le moteur, qui se met à ronronner presque régulièrement, et abandonne les commandes pour venir me rejoindre et contempler la mer qui ressemble à un lac de feu.

Bien... hyper bien même si j'ai une garde longue à l'hosto... Des cas pas faciles...

J'ai un léger rire alors que je termine ma clope, jetant le mégot dans l'eau avant de lever le menton pour cracher ma fumée vers le ciel, presque comme un défi.

Mais t'as pas vraiment envie de connaître les histoires de vomi et de sondes urinaires alors... je vais en rester là...

Et je hausse un sourcil en voyant que ce vieux brigand a pensé à tout. Et au lieu d'être une simple promenade en mer, on est tout de suite dans quelque chose d'encore plus intéressant, une petite session de picole sur un bateau volé. De quoi écrire une nouvelle page du trop grand livre des conneries qu'on a faites tous les deux.

Robin tu sais que t'es merveilleux? Petit garnement qui a caché ça à son meilleur pote!

Je serre le poing et frotte gentiment sa tignasse de chérubin avant de le laisser tranquille et attraper un gobelet rempli de whisky qu'il me tend. Je le laisse se servir à son tour et lève mon verre pour qu'on trinque.

A une nuit qui sera mémorable, j'en suis sûr! Santé!

On fait se toucher nos gobelets avant que je ne boive une longue gorgée du mien avant de soupirer de plaisir en sentant la brûlure de l'alcool sur ma langue.

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