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 Les chemins qui vont à la mer (Eustache)

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August Hastings

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- Illusionniste mythomane -
Le gros Gus
❧ Boucle Temporelle : 22 mars 1941
❧ Particularité : Insuffle des images mentales à tout un chacun, distord la réalité dans la tête d'un individu
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MessageSujet: Les chemins qui vont à la mer (Eustache)   Lun 3 Avr - 23:53

Les chemins qui vont à la mer

- ont gardé de notre passage des fleurs effeuillées
et l’écho, sous leurs arbres, de nos deux rires clairs. -



Le vent souffle sur la berge. Les feuilles du journal s'échappent de la main qui les retient et volent, volent haut dans le ciel cotonneux comme un million de papillons de papier. Les mots s'emportent dans la brise, ils volettent en un ballet gracieux, tourbillonnent en une longue ascension et, fatigués de leur voyage, s'écrasent dans les vagues grises et argent. A l'horizon, la Santa Maria, piquée de la croix rouge de son drapeau qui flotte au vent. C'est Christophe Colomb qui débarque sur ce nouveau continent qu'est l’Écosse, pour toi, August ! Et là-bas, seraient-ce bien la Pinta, et la Niña, que tu discernes au delà de la brume ?

Accoudé à la balustrade blanche de givre, tu observes les cordages craquer et l'équipage s'affairer. Ils jettent l'ancre... Dommage que le vaisseau soit à si grande distance de la berge, tu as toujours rêvé des Amériques...
Tout bien considéré, pourquoi s'en faire à l'autre bout du monde ? Édimbourg constitue pour toi le plus grand des dépaysements. Loin de Londres, des cendres de la rue, loin de ton siècle éclairé, loin de la pluie et proche, si proche, tellement proche de la mer, nul besoin d'atteindre New-York ou Chicago pour changer d'air ! C'est la seconde fois que tu vois la mer... Tu pourrais la toucher, pour peu, un peu plus en contrebas sur la plage...

C'est donc cela, l'odeur de l'iode ? Ce goût salé qui te picote les lèvres, et le vent marin inlassable de rugir ! Tu t'enfonces les pieds dans les galets lustrés par la bruine et la neige qui subsiste. La sensation est délicieuse, tu manques de glisser mais ton entrain n'est pas entaché. Et tu plonges, frileux, le bout des doigts dans l'eau salée par delà laquelle on ne voit que l'infini... Elle est glacée, mais tu aimes cette froideur extrême que tu ne connais que peu, et tu submerges tes mains entières, mordues, craquées et malmenées par le froid. Tes doigts s'agitent sous l'eau claire – ils te brûlent autant que si tu les avais trop approchés d'un feu ardent. Tu te sens vivant, si vivant que tu ne les sors qu'une fois anesthésiés. Leur couleur violacée ne t'embête pas le moins du monde, tiens, voilà que tes doigts sont verts, bleus, roses, leur teinte change au gré de ton bon vouloir, pourquoi t'en faire ?

Tu pourrais probablement faire un tour sur la mer et te perdre dans le bleu, le bleu partout autour. C'est la seconde fois que tu vois la mer... Et tu sens que tu en tombes éperdument amoureux.
Les jointures de tes doigts sont cisaillées par l'eau glacée. C'est que tu as laissé tout son temps et toute son aise à la mer d'accomplir son œuvre ravageuse. Serais-tu resté plus longtemps que tu ne l'eus crû à patauger ?

Il sonne faux ou ironique à tout un chacun d'avancer ce qui, pourtant, relève de la plus stricte vérité : tu aimes les choses certaines, à la valeur incontestable et franchement démontrées. C'est ainsi que tu laisses le froid tuer ce que tu lui exposes sans résister ; un froid si indubitable, ne laissant place qu'au consensus, est supérieur en tout point à ton être si frêle, et infiniment supérieur à votre pseudo froid londonien ! Tu connais le froid, enfin, le vrai froid ! Et la mer... La mer est d'une puissance écrasante devant laquelle tu ne peux que t'incliner.
Tu les admires tous deux. Voilà pourquoi tu les laisses abîmer tes mains – parce que tu aurais été sot de ne pas les plonger dans l'eau alors que tu en mourrais d'envie. Ne pas toucher l'objet de son désir sous prétexte de l'inconfort, quelle folie !

C'est ainsi que tes pensées vagabondent alors que tu attends Eustache. Tu remontes vers la jetée – tu ne veux pas qu'il peine à te localiser. Vous vous êtes donné rendez-vous ici, mais, oh, il n'est pas en retard, c'est toi qui t'es pointé en avance afin de profiter de ce délice d'étendue argentée.
Un banc te tend ses bras boisés, au bout du port désert. D'un revers de manche, tu balayes la neige cristallisée qui colle aux lattes, et t'assois face à l'étendue glaciale. Tes yeux se ferment. Tu écoutes ce que la mer te raconte.
Et lorsque tu entends des bruits de pas trop proches, orientés dans ta direction, tu ouvres les paupières en ce temps qu'un sourire s'étire sur tes lèvres. Ton voyageur.
La moindre salutation est superflue : il peut lire en ton expression béate de bien meilleurs sentiments qu'une simple formalité. Tes yeux brillent, deux phares dans les prunelles d'Eustache, et ta voix est étreinte par l'émotion :
« C'est la seconde fois que je vois la mer. »
La première fois, c'était dans cette même boucle, mais le climat t'as tant chamboulé que tu n'as pas fait de vieux os et tu es reparti dès le lendemain dans ta boucle de prédilection, chose curieuse dès lors qu'on dispose d'infimes connaissances en histoire, mais tu as gagné en âge depuis ton dernier voyage. En âge, et peut-être en courage ? Quoiqu'il en soit, c'est un sacré effet que te fais la mer, sentiment d'autant plus exacerbé que tu peux le partager avec Eustache...


Titre : Jean Anouilh, Les Chemins de l'amour



I became insane with long intervals of horrible sanity.


Dernière édition par August Hastings le Dim 25 Juin - 18:49, édité 1 fois
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Eustache W. Heddington

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MessageSujet: Re: Les chemins qui vont à la mer (Eustache)   Ven 14 Avr - 21:39

Les chemins qui vont à la mer
August & Eustache


Teinté par le voile ivoire de la neige, le monde s'ouvrait à toi dans une toute nouvelle dimension. Rien ne ressemblait ici à ce que tu pouvais côtoyer. Chaque coin de rue était promesse de nouveauté. Jamais tu n'aurais cru être épris d'une ville autre que la tienne, mais tu reconnaissais volontiers un certain charme à cette amante passagère. Tu trompais ton époque avec son ancêtre et sans vergogne, tu jouissais de la moindre de ses curiosités. Tout était étrangement attractif, et toi, qui semblait éteint par les années, te révélait sous un nouveau jour au coeur de cette étrange boucle. Tu n'en saisissais que très peu les mœurs. A choisir, tu préférais encore ta boucle en guerre, où il n'y avait pas à faire autant de pirouettes pour bien se comporter. Ou tout du moins peut-être n'en as-tu plus conscience après les années. Aurais-tu finalement intégré ce que le système anglais des années quarante espéraient d'un jeune vingtenaire. Peut-être oublies-tu simplement que cette arrêt du temps était propice à une toute autre évolution des mentalités.

Mais ce que tu appréciais le plus, outre la présence constante d'August a tes côtés, c'était la douceur de la neige. Elle tombait régulièrement au cours de la journée. C'était si agréable de ressentir à nouveau la brise glaciale de ces flocons éphémères. Tu en avais oublié jusqu’au frisson ressentit à leur contact, et tu te flagellais d'avoir laisser ce souvenir t'échapper. Tel un cocaïnomane brûlant pour chacune de ses prises, tu ressens ce terrible manque, pourtant désormais comblé. C'est en pourvoyant le moindre désir que l'on se confronte à cette sensation de manque. Elle est là, brûlante au creux des reins. Le chien la ressent aussi. Depuis l'arrivée dans cette nouvelle boucle il se fait plus imprévisible. Il ne respecte pas les limites imposées par l'homme. Il veut subtiliser la place. Le pauvre a peur qu'autant de bonheur lui soit arracher en une poignée de secondes. En réalité, tu apprécies tout autant. Tu ne saurais retourner dans ta propre boucle. Comment se satisfaire de la tristesse d'un ciel abîmé par la guerre ? Retomber dans les abysses pour entrer dans la lumière glacée.

Tu n'en as pas parler à August. Peut-être est-ce parce qu'il s'agit là de tes pensées les plus intimes. Tu aurais presque peur qu'elles t'échappent, alors que celui-ci serait sûrement à tes côtés pour les encadrer. Peut-être éclairerait-t-il sous un nouveau soleil des songes embrouillés. Peut-être est-ce l'éclaircie dont tu as besoin. Après tout il est la raison pour laquelle tu as rejoint cette boucle. Tu n'aurais jamais sauter le pas si tu avais dû te confronter seul au monde. A quoi bon sortir de sa zone de confort si ce n'est pas pour s'élancer accompagné dans l'inconnu ? Le voyage en devient moins effrayant. Quelqu'un reste constamment à tes côtés, pour saisir ta main quand la peur t'aveugle, quand la crainte ralentit le moindre de tes pas et que tu es incapable d'avancer d'avantage.

Il est juste là, face à toi. Sa silhouette se détache du paysage marin qu'il confronte. La mer, calme, accompagne le battement de ton coeur. En cet instant précis, tout est absolument paisible. Tu entends jusqu'à la moindre inspiration. Tu ressens ta poitrine se soulever et s'abaisser à chaque respiration. Il semble apaisé. Son corps lui aussi se soulève au rythme de son souffle de vie. Tu ressens d'ici la joie qu'il ressent. Sans doutes est-il ici depuis longtemps. Sans doute es-tu resté bien plus que quelques secondes, te tenant droit derrière lui, l'observant se dessiner face à la mer. Paysage d'autant plus agréable à observer qu'il s'y situe au centre, lui, sujet principal de ton œuvre imaginaire. Un léger sourire accompagne les quelques mètres qui te séparent de lui et tu t'assoies sagement à ses côtés, croisant rapidement les jambes. Ton regard, à son injonction, « C'est la seconde fois que je vois la mer. », se dirige en direction de la mer. Étrange étendue d'eau trouble. Celle-ci t'effraie bien plus qu'elle t'attire. Il ne s'agit que neige fondue, mais toujours est-il que tu crains bien trop la noyade pour t'y aventurer. Tu n'as jamais appris à nager et tu donnerais ton main à couper en pariant que tu coulerais immédiatement, une fois plongé dans cette abysse bleutée.

« Je crois ne jamais l'avoir vu, ça doit être la première fois. J'ai sûrement oublié quelques vagues souvenirs de vacances familiales lorsque j'étais enfant. »

Un léger rire accompagne ta remarque. Tu oublies si facilement les légers du quotidien. Impossible de s'en saisir une fois qu'ils t'ont échappé. Ton enfance semble si ample. Comment une seule mémoire pourrait en couvrir la totalité ? Impossible. Voilà bien quelques années que tu te contentes d'une simple mémoire spontané, le chien faisait affaire d'archives bien plus que précieuses. Celui-ci possède bien plus de souvenirs que tu ne pourrais l'envisager. Impossible pourtant d'y avoir accès. Le bougre est très protecteur de ses petits secrets.

« Ca faisait longtemps que je n'avais pas vu autant de neige. Tu aurais du me prévenir, voilà que j'ai frôlé l'hystérie en m'en rendant compte ! »

Tu ris à nouveau. Tu te sens si vivant, là, en cet instant précis. Pour rien au monde tu n'échangerais ta place. Tu jettes un discret coup d'oeil à August. Son visage est recouvert par un voile joyeux aux traits si enfantins. Encore une fois tu ressens une profonde essence de fragilité sur le visage de ton ami. Tu ne peux t'empêcher d'en sourire avant de porter à nouveau ton regard sur l'horizon maritime.

« Crois-tu que nous pourrions aller nous baigner ? »

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Au clair de la lune,mon ami Pierrot,filons, en costume présider là-haut ! Ma cervelle est morte. Que le Christ l'emporte ! Béons à la lune, la bouche en zéro.

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MessageSujet: Re: Les chemins qui vont à la mer (Eustache)   Mar 9 Mai - 1:43

Les chemins qui vont à la mer

- ont gardé de notre passage des fleurs effeuillées
et l’écho, sous leurs arbres, de nos deux rires clairs. -



L'enfance d'Eustache est un sujet qui t'es bien inconnu. Non que tu n'aies jamais cherché à en savoir davantage, mais les informations dont tu disposes semblent composer un tableau aux pièces manquantes. Oh, bien sûr, tu sais qu'à chacun ses secrets, et toi-même ne lui as pas tout dévoilé de ta propre existence – mais tu sens comme une ombre planant sur la vie d'Eustache.
Cependant, malgré les engrenages enrayés à toute la mécanique de sa vie, tu décèles presque un mensonge dans ses propos. Si tu te figures une idée de ce à quoi peuvent bien ressembler ses parents, une petite voix te souffle qu'ils n'étaient pas forcément le genre à partir en vacances en famille. Et tu es certain que, si tu étais toi-même parti vadrouiller sur les côtes étant enfant, tu garderais un souvenir net de la mer en dépit des années. On n'oublie pas l'océan, songes-tu alors que ton rire se mêle dans la brise à celui de ton ami.

Quant à la neige...
« Eh bien, Édimbourg en décembre, on aurait pu penser que ça tombait sous le sens, ajoutes-tu en guise de calembour, avant de froncer les sourcils et de laisser planer quelques secondes. Mais... Je t'avais pourtant prévenu... » A n'en pas douter, il s'agissait même là d'un argument en faveur de ce voyage. Et à n'en pas douter, tu peines parfois à saisir les différents degrés d'un discours, surtout quand vient l'humour. L'ironie passe parfois au dessus de ta tête sans que tu te rendes même compte qu'elle a pu effleurer le sommet de ton crâne sans parvenir à t'atteindre.
Le rire d'Eustache, en revanche, ne passe jamais à côté de toi sans que tu n'y voies rien du tout, et tu ne manques pas de superposer tes éclats de voix aux siens.

Sa proposition suivante est bien incongrue et tu louches dans sa direction, soucieux de comprendre s'il est sérieux ou non. Se baigner ? Par un temps pareil ? Oh, le chien pourrait certainement sauter à pattes jointes dans l'eau et y trouver tout son bonheur ; seulement, le husky dispose grâce à son pelage d'une couche parfaitement imperméable dont tu bien t'avouer être démuni. Et nul besoin de tester l'étanchéité de ton manteau de laine... Voilà qu'il t'entraînerait plus volontiers vers le fond que vers la salvation.

Pour la première fois, tu décroches ton regard de l'horizon et ancres tes prunelles sur le visage de ton voisin. Sur ce visage familier et rassurant... Ta main se relève, mordue par le froid, et vient doucement s'apposer sur la joue d'Eustache. La chaleur qui se dégage de la peau lisse du particulier a pour seul effet de brûler davantage ta peau meurtrie. Mais il peut ainsi juger de la valeur de son idée, et toi de la douceur de son derme.
« Crois-tu ? Nous baigner ? Eh bien... Tu hausses les épaules. J'ai baigné mes mains en arrivant mais je ne suis pas sûr de pouvoir y plonger tout le corps, même si l'idée est charmante. » Il te vient brusquement en tête les côtes espagnoles, baignées de zéphyr et d'un soleil infini sur les dunes de sable... Vous pourriez y nager à loisir, bercés par les méridiens azuréens.

Mais vous jeter à l'eau, ici, est hors de propos. En revanche, rien n'exclut la possibilité d'emprunter une embarcadère et d'aller faire un tour sur les flots ! Oh, il ne s'agirait pas d'un vol, bien sûr, mais quitter la terre ferme constituerait une merveilleuse expérience, tout à fait inconsidérée. Extravagante, dangereuse, car tu ne sais pas nager. On n'a jamais jugé utile de t'immerger dans l'eau, à l'exception peut-être du jour de ton baptême, encore que l'on n'attendit pas de toi une démonstration de nageur en telle circonstance.
Saisi par le froid, par ton entrain et par l'occasion, peut-être, frivole et croustillante, tu ris et empoignes Eustache par la manche.
« Viens ! »
Tu l'emmènes vers la balustrade surplombant le port et diriges son regard vers la grève. D'un index rieur, tu désignes une barque bien solitaire ; presque à l'écart du port, minuscule dans l'immensité de gris, fébrile mais vaillante, elle paraissait défier la mer en silence, luttant contre les cordages usés et la houle en même temps.
« Nager, peut-être pas, mais regarde. Elle est si seule, on dirait que le port l'ignore... Nous pourrions bien lui donner une seconde jeunesse ! » Nouvel éclat de rire. Tu n'es pas sérieux, évidemment, et te débinerais sans hésiter devant le fait accompli. Mais Eustache n'est pas un lâche, oh non, et tu regrettes presque d'avoir soumis pareille idée. Qu'importe ! Si cette perspective t'angoisse, elle n'en reste pas moins tout à fait excitante.



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Eustache W. Heddington

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MessageSujet: Re: Les chemins qui vont à la mer (Eustache)   Sam 3 Juin - 18:23

Les chemins qui vont à la mer
August & Eustache


Étrange était cette sensation de fraîcheur glacée contre ta nuque. Elle paraissait irréelle, tirée à nouveau d'une séance de rêve partagé aux côtés d'August. Les quelques restes de neige autour de vous trahissent l'exquise réalité. Tu te sentais si bien. Impossible d'imaginer que tu as pu vivre pendant de nombreuses années au sein de ta boucle originaire quand un tel espace temps existe. Peut-être est-ce seulement parce que tu perçois la chaleur corporelle de ton compagnon que tu apprécie l'instant présent. Difficile d'apprécier seul la morsure de l'hiver. « Eh bien, Édimbourg en décembre, on aurait pu penser que ça tombait sous le sens. Mais... Je t'avais pourtant prévenu... » Son ingénuité t'arrache un sourire alors que tu refermes sur toi ton lourd manteau, serrant contre toi l'épais tissu. Bien sûr que tu te souvenais de ce détail mais comment ne pas être surpris, après tant d'années à vivre au sein d'une même boucle, de découvrir un autre climat. Comment ne pas se laisser saisir par l'étonnement, alors qu'une telle sorcellerie semble rejetée depuis bien longtemps ? Il ne s'agissait pourtant pas d'un autre tour d'Augus. « Je t'embête, voyons ! Mais c'est étonnant à quel point on se fait à un certain climat. Il m'est étrange d'avouer que je n'espérais plus un jour vivre à nouveau un jour de neige. » Pourtant tout autour de vous est réel.

Y compris sa main sur ta joue. Ce contact, inattendu, innocemment espéré depuis longtemps. En une poignée de secondes, ton souffle se coupe. Le temps se suspend. Impossible à dire pendant combien de temps tu t'es obstiné à soutenir son regard, tremblant pourtant d'un tel geste d'affection inespéré. Impossible aussi de retenir ce sourire qui s'installe sur tes lèvres, adressé au seul homme responsable de cette défaillance spontanée. Tu ressens la chaleur de sa paume mordue par la fraîcheur de ta joue. Tu fermes les yeux un instant, laissant ce contact t'envahir. Tu te laisses aller contre cette main tendre. Tu te laisses aller doucement contre lui, appréciant un véritable contact, sincère. « Crois-tu ? Nous baigner ? Eh bien... J'ai baigné mes mains en arrivant mais je ne suis pas sûr de pouvoir y plonger tout le corps, même si l'idée est charmante. » Tu ne peux t'empêcher de rire en te lovant un peu plus contre August. « Nous reviendrons quand le temps le permettra. Mais je te préviens, tu risques de devoir m'empêcher de couler, je ne sais que très peu nager. J'ai tendance à couler plus qu'à flotter. » A nouveau un rire éclaire ton visage. L'idée de le jeter à l'eau devient étrangement tentante. Tu la gardes en mémoire. Impossible d'échapper à un bain d'eau glacée en ta compagnie. Et si il en vient à en déduire la même idée, libre à toi de laisser place au chien, qui prendrait un réel plaisir à se baigner. Il te protégerait d'une éventuelle noyade imprévue.

Alors que tu allais suggérer une balade sur le sable, voilà que ton ami, saisit d'une énergie nouvelle, empoigne ta manche et t'entraine à sa suite. Quelle ne fut par ta surprise quand celui-ci ouvrit à nouveau la bouche pour parler et que tels furent ses mots : « Nager, peut-être pas, mais regarde. Elle est si seule, on dirait que le port l'ignore... Nous pourrions bien lui donner une seconde jeunesse ! » Et en effet ! Qu'elle était triste cette embarcation, si seule, flottant au grès du clapotis des vagues sur le bois. Elle se balançait gauchement, embarrassée pas parce qu'elle était entravée à la terre ferme, mais parce qu'elle était terriblement vide. Vous alliez devoir la secourir. Impossible de la laisser si désemparée. « Mais en voilà une excellente idée ! August, tu es décidément le plus grand esprit qu'il m'est été donné de côtoyer ! » Et c'était à peine exagéré ! Il ne te fallut qu'une seconde pour te décider, et à ton tour tu saisis le bras d'August pour l'entraîner à ta suite. Le plan d'attaque était assez simple : il fallait se saisir de l'embarcation, sans que personne ne s'en aperçoive. Dans ces cas là, la meilleure solution était bien souvent de ne pas chercher à se faire discret, mais d'agir le plus naturellement qu'il soit. C'est ce que tu choisis, délibérément, et parce qu'aucune autre solution ne s'imposait immédiatement à toi. Alors vous voilà, près du petit bateau, les mains plongées dans le nœud qui maintenait prisonnière votre nouvelle amie. Elle fut si heureuse de recouvrer sa liberté qu'elle manqua d'échapper à ton contrôle. Eh merde, quel con tu fais mon pauvre Eustache. Tu saisi la main de ton ami pour l'encourager à rejoindre votre humble compagne. « Après vous mon très cher ami ». Tu fais néanmoins très attention à ce que la chaloupe ne se retourne pas. A ton tour tu prends place dans l'embarcation. « Bon, allons conquérir l'Amérique, je suis prêt ! » Annonces-tu en te saisissant de la pagaie, laissée là à votre portée. Tout était idéalement disposé pour votre venue. « Je ne sais pas comment faire avancer ce machin August, je dois l'avouer… Cela ne doit pas être bien compliqué ! » Te voilà pagayant, en direction d'un ailleurs inconnu, seuls au milieu de nulle part, mais à deux. En compagnie de ton cher et tendre August. Vous voilà seuls. En tête à tête, sous les yeux luisants de votre compagne la mer.
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MessageSujet: Re: Les chemins qui vont à la mer (Eustache)   Dim 25 Juin - 18:42

Les chemins qui vont à la mer

- ont gardé de notre passage des fleurs effeuillées
et l’écho, sous leurs arbres, de nos deux rires clairs. -

Eustache se trompait. August n'était certainement pas le plus grand esprit du siècle, quoique, dans toute la splendeur de son ego, il y aspirait des tréfonds secrets de son âme. Finalement, pourquoi ne pas prétendre à ce titre quand on jouissait de prédispositions aussi intéressantes que les siennes ?
Mais nul besoin d'un esprit raffiné pour conclure que les desseins d'Eustache présentaient un danger certain et nécessitaient une imprudence conséquente ; deux hommes en pleine Mer du Nord, dont ni l'un ni l'autre ne savait conduire une embarcation, et pis encore, dont ni l'un ni l'autre ne savait même nager, plongés dans l'étendue polaire des vagues de décembre... Leurs chances de survie s'en trouvaient sévèrement entachées s'il venait à leur arriver malheur ; et d'ailleurs, la houle au loin n'était pas pour rassurer August, qui ne se connaissait pas franchement le pied marin...

Il considéra le clapotis de l'eau grise sur la chaloupe et le craquement des vieux cordages. Le bois était mouillé, peut-être moisi par endroits et on ne discernait plus guère de vernis sur la coque, mordue par les algues. Cette mer miroitante, si belle, si franche, inquiétait peu à peu le garçon ; il contemplait l'étendue grise, dont le ciel délayait sur l'horizon son monochrome argenté, avec un regard neuf – il y décelait à présent la fureur des vagues sur la jetée, à l'endroit où les rochers s'élançaient dans l'eau terne ; il percevait presque la violence du vent soufflant à des miles de la terre ferme. Les vaisseaux espagnols, si paisibles sur les flots, plus tôt dans son imaginaire, avaient été remplacés par une fragile embarcation aux grandes voiles blanches gonflées d'air marin, qui filait si vite vers les côtes qu'on ne put que penser qu'elle allait inéluctablement s'écraser contre quelque roc d'acier. August frémit et détourna les yeux, qu'il reposa sur Eustache.
- Je ne pense pas qu'il s'agisse d'une bonne idée..., murmura-t-il.

Un peu de courage, August ! N'était-il pas passé maître, désormais, de l'imprévisibilité ? Ces derniers temps, voilà qu'Hastings obéissait aux lois auxquelles un Hastings des temps passés n'aurait accordé aucune considération ; il se sentait un homme neuf qui s'enhardissait tous les jours, poussé par un il-ne-savait-trop-quoi galvanisant. Rien que ce voyage, en lui-même, constituait une exception à la conduite du particulier, qui n'aurait jamais tenté l'aventure ne fut-ce que dix ans auparavant.
Et était-ce à cause du regard d'Eustache et ses grand yeux d'enfants, était-ce l'air marin chargé d'iode et de varech, était-ce le désir de l'expérience réelle, était-ce la somme de ces paramètres ou l'attraction qu'ils présentaient, August n'aurait su le dire, mais pour ces raisons, il décréta que, finalement, monter dans cette barque constituerait certainement la meilleure idée qu'il puisse avoir. N'avait-il pas le droit, en presque un siècle d'existence, de lâcher prise au moins une fois ? D'avoir au moins une mésaventure à raconter, le soir, auprès d'une cheminée ? De se lancer corps et âme dans la tourmente, pour mieux en ressortir, et infiniment triomphal ?

Alors que ces idées se frayaient un chemin jusqu'au cerveau du particulier, celui-ci gloussa et, d'un geste désinvolte, envoya valser la peur de l'inconnu du mieux qu'il put – non pas que l'appréhension se volatilisa, mais elle s'en trouva réduite à une pensée ténue. Et pour quelle raison pourrait-il bien arriver malheur ? Allez, un peu de courage ! Hauts les cœurs !
Hastings agrippa la main tendue d'Eustache et se hissa dans l'embarcation en titubant. Le vaisseau manquait cruellement de stabilité, et il se campa sur les palissades d'un banc, en proie à un mauvais pressentiment tout comme à l'excitation la plus subtile – curieux mélange aux relents d'adrénaline... Et alors qu'il priait tout son soûl pour que cette expédition se déroulât sans encombre, il sentit la barque tanguer plus que de coutume, s'élancer et... Prendre le large.

Il était sur les flots ! Lui, August Hastings, plus familier des abris anti-aériens que des promenades de plaisance, dérivait avec Eustache sur la Mer du Nord, par un froid glacial de décembre ! Inconsidérés, ces actes étaient purement inconsidérés ! Et pourtant, August laissait aller son rire à la brise ; il était pris comme d'une étrange frénésie, d'un accès de vigueur dans la torpeur habituelle de son âme. L'expérience était folle, incroyable ; il mourrait de froid, en prise aux quatre vents marins, et avait replongé ses mains dans l'étoffe de glace que constituaient les flots ; et il était bien, paisible, à la dérive, naufragé, perdu, mais certainement pas seul, il était extatique, le cou déployé vers le ciel laiteux, employé à saisir toutes les fluctuations de son monde ; et il riait, August, parce qu'il était inconscient et que cette expérience flattait son idéal de l'aventure, et surtout parce qu'en ce jour brumeux, il était libre. Libre comme l'air, libre de faire tout ce qu'il désirait, sur cette embarcation ; libre de foncer aux Amériques, en Orient, de dériver sur des courants plus favorables ; libre de contourner la ville, libre de chanter aussi fort qu'il le souhaitait, libre de laisser tout son cours à sa particularité, libre et loin des boucles, en prises avec le monde réel et la tempête, et il les affrontait tous, les hommes, les ouragans, les maelströms, dans un grand éclat de rire.

Ses pensées vagabondes se rapportèrent soudain à Eustache, à son compagnon d'infortune, à ce voyageur fidèle et insoumis, inspirant, paisible :
- Je n'ai aucune idée de ce que l'on peut faire maintenant. Je ne saurais même pas lutter contre le courant pour rejoindre la rive, c'est la première fois que je fais ça. Que je monte sur un bateau. Je ne sais même pas nager, confessa-t-il, plein d'entrain et de bonhomie, vibrant du délice de cette liberté nouvellement acquise. Il étendit ses bras vers les nuages et ferma les yeux, humant toutes les saveurs, toutes les sensations, goûtant à ces subtiles régales que lui offrait Edimbourg – et Eustache.
Puis il se pencha au dessus de la barque, aussi impatient qu'un enfant et plus curieux que lui, intimant à son compère de faire de même.
- Regarde !
Sous eux, une forme oblongue, noire et gigantesque, tout enténébrée, glissait sous l'embarcation comme une ombre. August ne savait plus même si ce cétacé sous la surface des eaux était de son fait ou pas : tout ce qu'il savait, c'était qu'il désirait maintenant apercevoir ces créatures mystiques, aussi s'en imaginait-il peut-être le reflet, ou peut-être était-il réel, mais ceci n'avait, à son sens, pas la moindre importance.



I became insane with long intervals of horrible sanity.
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