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 Les chemins qui vont à la mer (Eustache)

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August Hastings

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- Illusionniste mythomane -
Le gros Gus
❧ Boucle Temporelle : 22 mars 1941
❧ Particularité : Insuffle des images mentales à tout un chacun, distord la réalité dans la tête d'un individu
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MessageSujet: Les chemins qui vont à la mer (Eustache)   Lun 3 Avr - 23:53

Les chemins qui vont à la mer

- ont gardé de notre passage des fleurs effeuillées
et l’écho, sous leurs arbres, de nos deux rires clairs. -



Le vent souffle sur la berge. Les feuilles du journal s'échappent de la main qui les retient et volent, volent haut dans le ciel cotonneux comme un million de papillons de papier. Les mots s'emportent dans la brise, ils volettent en un ballet gracieux, tourbillonnent en une longue ascension et, fatigués de leur voyage, s'écrasent dans les vagues grises et argent. A l'horizon, la Santa Maria, piquée de la croix rouge de son drapeau qui flotte au vent. C'est Christophe Colomb qui débarque sur ce nouveau continent qu'est l’Écosse, pour toi, August ! Et là-bas, seraient-ce bien la Pinta, et la Niña, que tu discernes au delà de la brume ?

Accoudé à la balustrade blanche de givre, tu observes les cordages craquer et l'équipage s'affairer. Ils jettent l'ancre... Dommage que le vaisseau soit à si grande distance de la berge, tu as toujours rêvé des Amériques...
Tout bien considéré, pourquoi s'en faire à l'autre bout du monde ? Édimbourg constitue pour toi le plus grand des dépaysements. Loin de Londres, des cendres de la rue, loin de ton siècle éclairé, loin de la pluie et proche, si proche, tellement proche de la mer, nul besoin d'atteindre New-York ou Chicago pour changer d'air ! C'est la seconde fois que tu vois la mer... Tu pourrais la toucher, pour peu, un peu plus en contrebas sur la plage...

C'est donc cela, l'odeur de l'iode ? Ce goût salé qui te picote les lèvres, et le vent marin inlassable de rugir ! Tu t'enfonces les pieds dans les galets lustrés par la bruine et la neige qui subsiste. La sensation est délicieuse, tu manques de glisser mais ton entrain n'est pas entaché. Et tu plonges, frileux, le bout des doigts dans l'eau salée par delà laquelle on ne voit que l'infini... Elle est glacée, mais tu aimes cette froideur extrême que tu ne connais que peu, et tu submerges tes mains entières, mordues, craquées et malmenées par le froid. Tes doigts s'agitent sous l'eau claire – ils te brûlent autant que si tu les avais trop approchés d'un feu ardent. Tu te sens vivant, si vivant que tu ne les sors qu'une fois anesthésiés. Leur couleur violacée ne t'embête pas le moins du monde, tiens, voilà que tes doigts sont verts, bleus, roses, leur teinte change au gré de ton bon vouloir, pourquoi t'en faire ?

Tu pourrais probablement faire un tour sur la mer et te perdre dans le bleu, le bleu partout autour. C'est la seconde fois que tu vois la mer... Et tu sens que tu en tombes éperdument amoureux.
Les jointures de tes doigts sont cisaillées par l'eau glacée. C'est que tu as laissé tout son temps et toute son aise à la mer d'accomplir son œuvre ravageuse. Serais-tu resté plus longtemps que tu ne l'eus crû à patauger ?

Il sonne faux ou ironique à tout un chacun d'avancer ce qui, pourtant, relève de la plus stricte vérité : tu aimes les choses certaines, à la valeur incontestable et franchement démontrées. C'est ainsi que tu laisses le froid tuer ce que tu lui exposes sans résister ; un froid si indubitable, ne laissant place qu'au consensus, est supérieur en tout point à ton être si frêle, et infiniment supérieur à votre pseudo froid londonien ! Tu connais le froid, enfin, le vrai froid ! Et la mer... La mer est d'une puissance écrasante devant laquelle tu ne peux que t'incliner.
Tu les admires tous deux. Voilà pourquoi tu les laisses abîmer tes mains – parce que tu aurais été sot de ne pas les plonger dans l'eau alors que tu en mourrais d'envie. Ne pas toucher l'objet de son désir sous prétexte de l'inconfort, quelle folie !

C'est ainsi que tes pensées vagabondent alors que tu attends Eustache. Tu remontes vers la jetée – tu ne veux pas qu'il peine à te localiser. Vous vous êtes donné rendez-vous ici, mais, oh, il n'est pas en retard, c'est toi qui t'es pointé en avance afin de profiter de ce délice d'étendue argentée.
Un banc te tend ses bras boisés, au bout du port désert. D'un revers de manche, tu balayes la neige cristallisée qui colle aux lattes, et t'assois face à l'étendue glaciale. Tes yeux se ferment. Tu écoutes ce que la mer te raconte.
Et lorsque tu entends des bruits de pas trop proches, orientés dans ta direction, tu ouvres les paupières en ce temps qu'un sourire s'étire sur tes lèvres. Ton voyageur.
La moindre salutation est superflue : il peut lire en ton expression béate de bien meilleurs sentiments qu'une simple formalité. Tes yeux brillent, deux phares dans les prunelles d'Eustache, et ta voix est étreinte par l'émotion :
« C'est la seconde fois que je vois la mer. »
La première fois, c'était dans cette même boucle, mais le climat t'as tant chamboulé que tu n'as pas fait de vieux os et tu es reparti dès le lendemain dans ta boucle de prédilection, chose curieuse dès lors qu'on dispose d'infimes connaissances en histoire, mais tu as gagné en âge depuis ton dernier voyage. En âge, et peut-être en courage ? Quoiqu'il en soit, c'est un sacré effet que te fais la mer, sentiment d'autant plus exacerbé que tu peux le partager avec Eustache...


Titre : Jean Anouilh, Les Chemins de l'amour



I became insane with long intervals of horrible sanity.


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Dernière édition par August Hastings le Dim 25 Juin - 18:49, édité 1 fois
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Eustache W. Heddington

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MessageSujet: Re: Les chemins qui vont à la mer (Eustache)   Ven 14 Avr - 21:39

Les chemins qui vont à la mer
August & Eustache


Teinté par le voile ivoire de la neige, le monde s'ouvrait à toi dans une toute nouvelle dimension. Rien ne ressemblait ici à ce que tu pouvais côtoyer. Chaque coin de rue était promesse de nouveauté. Jamais tu n'aurais cru être épris d'une ville autre que la tienne, mais tu reconnaissais volontiers un certain charme à cette amante passagère. Tu trompais ton époque avec son ancêtre et sans vergogne, tu jouissais de la moindre de ses curiosités. Tout était étrangement attractif, et toi, qui semblait éteint par les années, te révélait sous un nouveau jour au coeur de cette étrange boucle. Tu n'en saisissais que très peu les mœurs. A choisir, tu préférais encore ta boucle en guerre, où il n'y avait pas à faire autant de pirouettes pour bien se comporter. Ou tout du moins peut-être n'en as-tu plus conscience après les années. Aurais-tu finalement intégré ce que le système anglais des années quarante espéraient d'un jeune vingtenaire. Peut-être oublies-tu simplement que cette arrêt du temps était propice à une toute autre évolution des mentalités.

Mais ce que tu appréciais le plus, outre la présence constante d'August a tes côtés, c'était la douceur de la neige. Elle tombait régulièrement au cours de la journée. C'était si agréable de ressentir à nouveau la brise glaciale de ces flocons éphémères. Tu en avais oublié jusqu’au frisson ressentit à leur contact, et tu te flagellais d'avoir laisser ce souvenir t'échapper. Tel un cocaïnomane brûlant pour chacune de ses prises, tu ressens ce terrible manque, pourtant désormais comblé. C'est en pourvoyant le moindre désir que l'on se confronte à cette sensation de manque. Elle est là, brûlante au creux des reins. Le chien la ressent aussi. Depuis l'arrivée dans cette nouvelle boucle il se fait plus imprévisible. Il ne respecte pas les limites imposées par l'homme. Il veut subtiliser la place. Le pauvre a peur qu'autant de bonheur lui soit arracher en une poignée de secondes. En réalité, tu apprécies tout autant. Tu ne saurais retourner dans ta propre boucle. Comment se satisfaire de la tristesse d'un ciel abîmé par la guerre ? Retomber dans les abysses pour entrer dans la lumière glacée.

Tu n'en as pas parler à August. Peut-être est-ce parce qu'il s'agit là de tes pensées les plus intimes. Tu aurais presque peur qu'elles t'échappent, alors que celui-ci serait sûrement à tes côtés pour les encadrer. Peut-être éclairerait-t-il sous un nouveau soleil des songes embrouillés. Peut-être est-ce l'éclaircie dont tu as besoin. Après tout il est la raison pour laquelle tu as rejoint cette boucle. Tu n'aurais jamais sauter le pas si tu avais dû te confronter seul au monde. A quoi bon sortir de sa zone de confort si ce n'est pas pour s'élancer accompagné dans l'inconnu ? Le voyage en devient moins effrayant. Quelqu'un reste constamment à tes côtés, pour saisir ta main quand la peur t'aveugle, quand la crainte ralentit le moindre de tes pas et que tu es incapable d'avancer d'avantage.

Il est juste là, face à toi. Sa silhouette se détache du paysage marin qu'il confronte. La mer, calme, accompagne le battement de ton coeur. En cet instant précis, tout est absolument paisible. Tu entends jusqu'à la moindre inspiration. Tu ressens ta poitrine se soulever et s'abaisser à chaque respiration. Il semble apaisé. Son corps lui aussi se soulève au rythme de son souffle de vie. Tu ressens d'ici la joie qu'il ressent. Sans doutes est-il ici depuis longtemps. Sans doute es-tu resté bien plus que quelques secondes, te tenant droit derrière lui, l'observant se dessiner face à la mer. Paysage d'autant plus agréable à observer qu'il s'y situe au centre, lui, sujet principal de ton œuvre imaginaire. Un léger sourire accompagne les quelques mètres qui te séparent de lui et tu t'assoies sagement à ses côtés, croisant rapidement les jambes. Ton regard, à son injonction, « C'est la seconde fois que je vois la mer. », se dirige en direction de la mer. Étrange étendue d'eau trouble. Celle-ci t'effraie bien plus qu'elle t'attire. Il ne s'agit que neige fondue, mais toujours est-il que tu crains bien trop la noyade pour t'y aventurer. Tu n'as jamais appris à nager et tu donnerais ton main à couper en pariant que tu coulerais immédiatement, une fois plongé dans cette abysse bleutée.

« Je crois ne jamais l'avoir vu, ça doit être la première fois. J'ai sûrement oublié quelques vagues souvenirs de vacances familiales lorsque j'étais enfant. »

Un léger rire accompagne ta remarque. Tu oublies si facilement les légers du quotidien. Impossible de s'en saisir une fois qu'ils t'ont échappé. Ton enfance semble si ample. Comment une seule mémoire pourrait en couvrir la totalité ? Impossible. Voilà bien quelques années que tu te contentes d'une simple mémoire spontané, le chien faisait affaire d'archives bien plus que précieuses. Celui-ci possède bien plus de souvenirs que tu ne pourrais l'envisager. Impossible pourtant d'y avoir accès. Le bougre est très protecteur de ses petits secrets.

« Ca faisait longtemps que je n'avais pas vu autant de neige. Tu aurais du me prévenir, voilà que j'ai frôlé l'hystérie en m'en rendant compte ! »

Tu ris à nouveau. Tu te sens si vivant, là, en cet instant précis. Pour rien au monde tu n'échangerais ta place. Tu jettes un discret coup d'oeil à August. Son visage est recouvert par un voile joyeux aux traits si enfantins. Encore une fois tu ressens une profonde essence de fragilité sur le visage de ton ami. Tu ne peux t'empêcher d'en sourire avant de porter à nouveau ton regard sur l'horizon maritime.

« Crois-tu que nous pourrions aller nous baigner ? »

Made by Neon Demon


Au clair de la lune,mon ami Pierrot,filons, en costume présider là-haut ! Ma cervelle est morte. Que le Christ l'emporte ! Béons à la lune, la bouche en zéro.

woufwouf

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August Hastings

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MessageSujet: Re: Les chemins qui vont à la mer (Eustache)   Mar 9 Mai - 1:43

Les chemins qui vont à la mer

- ont gardé de notre passage des fleurs effeuillées
et l’écho, sous leurs arbres, de nos deux rires clairs. -



L'enfance d'Eustache est un sujet qui t'es bien inconnu. Non que tu n'aies jamais cherché à en savoir davantage, mais les informations dont tu disposes semblent composer un tableau aux pièces manquantes. Oh, bien sûr, tu sais qu'à chacun ses secrets, et toi-même ne lui as pas tout dévoilé de ta propre existence – mais tu sens comme une ombre planant sur la vie d'Eustache.
Cependant, malgré les engrenages enrayés à toute la mécanique de sa vie, tu décèles presque un mensonge dans ses propos. Si tu te figures une idée de ce à quoi peuvent bien ressembler ses parents, une petite voix te souffle qu'ils n'étaient pas forcément le genre à partir en vacances en famille. Et tu es certain que, si tu étais toi-même parti vadrouiller sur les côtes étant enfant, tu garderais un souvenir net de la mer en dépit des années. On n'oublie pas l'océan, songes-tu alors que ton rire se mêle dans la brise à celui de ton ami.

Quant à la neige...
« Eh bien, Édimbourg en décembre, on aurait pu penser que ça tombait sous le sens, ajoutes-tu en guise de calembour, avant de froncer les sourcils et de laisser planer quelques secondes. Mais... Je t'avais pourtant prévenu... » A n'en pas douter, il s'agissait même là d'un argument en faveur de ce voyage. Et à n'en pas douter, tu peines parfois à saisir les différents degrés d'un discours, surtout quand vient l'humour. L'ironie passe parfois au dessus de ta tête sans que tu te rendes même compte qu'elle a pu effleurer le sommet de ton crâne sans parvenir à t'atteindre.
Le rire d'Eustache, en revanche, ne passe jamais à côté de toi sans que tu n'y voies rien du tout, et tu ne manques pas de superposer tes éclats de voix aux siens.

Sa proposition suivante est bien incongrue et tu louches dans sa direction, soucieux de comprendre s'il est sérieux ou non. Se baigner ? Par un temps pareil ? Oh, le chien pourrait certainement sauter à pattes jointes dans l'eau et y trouver tout son bonheur ; seulement, le husky dispose grâce à son pelage d'une couche parfaitement imperméable dont tu bien t'avouer être démuni. Et nul besoin de tester l'étanchéité de ton manteau de laine... Voilà qu'il t'entraînerait plus volontiers vers le fond que vers la salvation.

Pour la première fois, tu décroches ton regard de l'horizon et ancres tes prunelles sur le visage de ton voisin. Sur ce visage familier et rassurant... Ta main se relève, mordue par le froid, et vient doucement s'apposer sur la joue d'Eustache. La chaleur qui se dégage de la peau lisse du particulier a pour seul effet de brûler davantage ta peau meurtrie. Mais il peut ainsi juger de la valeur de son idée, et toi de la douceur de son derme.
« Crois-tu ? Nous baigner ? Eh bien... Tu hausses les épaules. J'ai baigné mes mains en arrivant mais je ne suis pas sûr de pouvoir y plonger tout le corps, même si l'idée est charmante. » Il te vient brusquement en tête les côtes espagnoles, baignées de zéphyr et d'un soleil infini sur les dunes de sable... Vous pourriez y nager à loisir, bercés par les méridiens azuréens.

Mais vous jeter à l'eau, ici, est hors de propos. En revanche, rien n'exclut la possibilité d'emprunter une embarcadère et d'aller faire un tour sur les flots ! Oh, il ne s'agirait pas d'un vol, bien sûr, mais quitter la terre ferme constituerait une merveilleuse expérience, tout à fait inconsidérée. Extravagante, dangereuse, car tu ne sais pas nager. On n'a jamais jugé utile de t'immerger dans l'eau, à l'exception peut-être du jour de ton baptême, encore que l'on n'attendit pas de toi une démonstration de nageur en telle circonstance.
Saisi par le froid, par ton entrain et par l'occasion, peut-être, frivole et croustillante, tu ris et empoignes Eustache par la manche.
« Viens ! »
Tu l'emmènes vers la balustrade surplombant le port et diriges son regard vers la grève. D'un index rieur, tu désignes une barque bien solitaire ; presque à l'écart du port, minuscule dans l'immensité de gris, fébrile mais vaillante, elle paraissait défier la mer en silence, luttant contre les cordages usés et la houle en même temps.
« Nager, peut-être pas, mais regarde. Elle est si seule, on dirait que le port l'ignore... Nous pourrions bien lui donner une seconde jeunesse ! » Nouvel éclat de rire. Tu n'es pas sérieux, évidemment, et te débinerais sans hésiter devant le fait accompli. Mais Eustache n'est pas un lâche, oh non, et tu regrettes presque d'avoir soumis pareille idée. Qu'importe ! Si cette perspective t'angoisse, elle n'en reste pas moins tout à fait excitante.



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Dernière édition par August Hastings le Dim 25 Juin - 18:48, édité 1 fois
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Eustache W. Heddington

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MessageSujet: Re: Les chemins qui vont à la mer (Eustache)   Sam 3 Juin - 18:23

Les chemins qui vont à la mer
August & Eustache


Étrange était cette sensation de fraîcheur glacée contre ta nuque. Elle paraissait irréelle, tirée à nouveau d'une séance de rêve partagé aux côtés d'August. Les quelques restes de neige autour de vous trahissent l'exquise réalité. Tu te sentais si bien. Impossible d'imaginer que tu as pu vivre pendant de nombreuses années au sein de ta boucle originaire quand un tel espace temps existe. Peut-être est-ce seulement parce que tu perçois la chaleur corporelle de ton compagnon que tu apprécie l'instant présent. Difficile d'apprécier seul la morsure de l'hiver. « Eh bien, Édimbourg en décembre, on aurait pu penser que ça tombait sous le sens. Mais... Je t'avais pourtant prévenu... » Son ingénuité t'arrache un sourire alors que tu refermes sur toi ton lourd manteau, serrant contre toi l'épais tissu. Bien sûr que tu te souvenais de ce détail mais comment ne pas être surpris, après tant d'années à vivre au sein d'une même boucle, de découvrir un autre climat. Comment ne pas se laisser saisir par l'étonnement, alors qu'une telle sorcellerie semble rejetée depuis bien longtemps ? Il ne s'agissait pourtant pas d'un autre tour d'Augus. « Je t'embête, voyons ! Mais c'est étonnant à quel point on se fait à un certain climat. Il m'est étrange d'avouer que je n'espérais plus un jour vivre à nouveau un jour de neige. » Pourtant tout autour de vous est réel.

Y compris sa main sur ta joue. Ce contact, inattendu, innocemment espéré depuis longtemps. En une poignée de secondes, ton souffle se coupe. Le temps se suspend. Impossible à dire pendant combien de temps tu t'es obstiné à soutenir son regard, tremblant pourtant d'un tel geste d'affection inespéré. Impossible aussi de retenir ce sourire qui s'installe sur tes lèvres, adressé au seul homme responsable de cette défaillance spontanée. Tu ressens la chaleur de sa paume mordue par la fraîcheur de ta joue. Tu fermes les yeux un instant, laissant ce contact t'envahir. Tu te laisses aller contre cette main tendre. Tu te laisses aller doucement contre lui, appréciant un véritable contact, sincère. « Crois-tu ? Nous baigner ? Eh bien... J'ai baigné mes mains en arrivant mais je ne suis pas sûr de pouvoir y plonger tout le corps, même si l'idée est charmante. » Tu ne peux t'empêcher de rire en te lovant un peu plus contre August. « Nous reviendrons quand le temps le permettra. Mais je te préviens, tu risques de devoir m'empêcher de couler, je ne sais que très peu nager. J'ai tendance à couler plus qu'à flotter. » A nouveau un rire éclaire ton visage. L'idée de le jeter à l'eau devient étrangement tentante. Tu la gardes en mémoire. Impossible d'échapper à un bain d'eau glacée en ta compagnie. Et si il en vient à en déduire la même idée, libre à toi de laisser place au chien, qui prendrait un réel plaisir à se baigner. Il te protégerait d'une éventuelle noyade imprévue.

Alors que tu allais suggérer une balade sur le sable, voilà que ton ami, saisit d'une énergie nouvelle, empoigne ta manche et t'entraine à sa suite. Quelle ne fut par ta surprise quand celui-ci ouvrit à nouveau la bouche pour parler et que tels furent ses mots : « Nager, peut-être pas, mais regarde. Elle est si seule, on dirait que le port l'ignore... Nous pourrions bien lui donner une seconde jeunesse ! » Et en effet ! Qu'elle était triste cette embarcation, si seule, flottant au grès du clapotis des vagues sur le bois. Elle se balançait gauchement, embarrassée pas parce qu'elle était entravée à la terre ferme, mais parce qu'elle était terriblement vide. Vous alliez devoir la secourir. Impossible de la laisser si désemparée. « Mais en voilà une excellente idée ! August, tu es décidément le plus grand esprit qu'il m'est été donné de côtoyer ! » Et c'était à peine exagéré ! Il ne te fallut qu'une seconde pour te décider, et à ton tour tu saisis le bras d'August pour l'entraîner à ta suite. Le plan d'attaque était assez simple : il fallait se saisir de l'embarcation, sans que personne ne s'en aperçoive. Dans ces cas là, la meilleure solution était bien souvent de ne pas chercher à se faire discret, mais d'agir le plus naturellement qu'il soit. C'est ce que tu choisis, délibérément, et parce qu'aucune autre solution ne s'imposait immédiatement à toi. Alors vous voilà, près du petit bateau, les mains plongées dans le nœud qui maintenait prisonnière votre nouvelle amie. Elle fut si heureuse de recouvrer sa liberté qu'elle manqua d'échapper à ton contrôle. Eh merde, quel con tu fais mon pauvre Eustache. Tu saisi la main de ton ami pour l'encourager à rejoindre votre humble compagne. « Après vous mon très cher ami ». Tu fais néanmoins très attention à ce que la chaloupe ne se retourne pas. A ton tour tu prends place dans l'embarcation. « Bon, allons conquérir l'Amérique, je suis prêt ! » Annonces-tu en te saisissant de la pagaie, laissée là à votre portée. Tout était idéalement disposé pour votre venue. « Je ne sais pas comment faire avancer ce machin August, je dois l'avouer… Cela ne doit pas être bien compliqué ! » Te voilà pagayant, en direction d'un ailleurs inconnu, seuls au milieu de nulle part, mais à deux. En compagnie de ton cher et tendre August. Vous voilà seuls. En tête à tête, sous les yeux luisants de votre compagne la mer.
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MessageSujet: Re: Les chemins qui vont à la mer (Eustache)   Dim 25 Juin - 18:42

Les chemins qui vont à la mer

- ont gardé de notre passage des fleurs effeuillées
et l’écho, sous leurs arbres, de nos deux rires clairs. -

Eustache se trompait. August n'était certainement pas le plus grand esprit du siècle, quoique, dans toute la splendeur de son ego, il y aspirait des tréfonds secrets de son âme. Finalement, pourquoi ne pas prétendre à ce titre quand on jouissait de prédispositions aussi intéressantes que les siennes ?
Mais nul besoin d'un esprit raffiné pour conclure que les desseins d'Eustache présentaient un danger certain et nécessitaient une imprudence conséquente ; deux hommes en pleine Mer du Nord, dont ni l'un ni l'autre ne savait conduire une embarcation, et pis encore, dont ni l'un ni l'autre ne savait même nager, plongés dans l'étendue polaire des vagues de décembre... Leurs chances de survie s'en trouvaient sévèrement entachées s'il venait à leur arriver malheur ; et d'ailleurs, la houle au loin n'était pas pour rassurer August, qui ne se connaissait pas franchement le pied marin...

Il considéra le clapotis de l'eau grise sur la chaloupe et le craquement des vieux cordages. Le bois était mouillé, peut-être moisi par endroits et on ne discernait plus guère de vernis sur la coque, mordue par les algues. Cette mer miroitante, si belle, si franche, inquiétait peu à peu le garçon ; il contemplait l'étendue grise, dont le ciel délayait sur l'horizon son monochrome argenté, avec un regard neuf – il y décelait à présent la fureur des vagues sur la jetée, à l'endroit où les rochers s'élançaient dans l'eau terne ; il percevait presque la violence du vent soufflant à des miles de la terre ferme. Les vaisseaux espagnols, si paisibles sur les flots, plus tôt dans son imaginaire, avaient été remplacés par une fragile embarcation aux grandes voiles blanches gonflées d'air marin, qui filait si vite vers les côtes qu'on ne put que penser qu'elle allait inéluctablement s'écraser contre quelque roc d'acier. August frémit et détourna les yeux, qu'il reposa sur Eustache.
- Je ne pense pas qu'il s'agisse d'une bonne idée..., murmura-t-il.

Un peu de courage, August ! N'était-il pas passé maître, désormais, de l'imprévisibilité ? Ces derniers temps, voilà qu'Hastings obéissait aux lois auxquelles un Hastings des temps passés n'aurait accordé aucune considération ; il se sentait un homme neuf qui s'enhardissait tous les jours, poussé par un il-ne-savait-trop-quoi galvanisant. Rien que ce voyage, en lui-même, constituait une exception à la conduite du particulier, qui n'aurait jamais tenté l'aventure ne fut-ce que dix ans auparavant.
Et était-ce à cause du regard d'Eustache et ses grand yeux d'enfants, était-ce l'air marin chargé d'iode et de varech, était-ce le désir de l'expérience réelle, était-ce la somme de ces paramètres ou l'attraction qu'ils présentaient, August n'aurait su le dire, mais pour ces raisons, il décréta que, finalement, monter dans cette barque constituerait certainement la meilleure idée qu'il puisse avoir. N'avait-il pas le droit, en presque un siècle d'existence, de lâcher prise au moins une fois ? D'avoir au moins une mésaventure à raconter, le soir, auprès d'une cheminée ? De se lancer corps et âme dans la tourmente, pour mieux en ressortir, et infiniment triomphal ?

Alors que ces idées se frayaient un chemin jusqu'au cerveau du particulier, celui-ci gloussa et, d'un geste désinvolte, envoya valser la peur de l'inconnu du mieux qu'il put – non pas que l'appréhension se volatilisa, mais elle s'en trouva réduite à une pensée ténue. Et pour quelle raison pourrait-il bien arriver malheur ? Allez, un peu de courage ! Hauts les cœurs !
Hastings agrippa la main tendue d'Eustache et se hissa dans l'embarcation en titubant. Le vaisseau manquait cruellement de stabilité, et il se campa sur les palissades d'un banc, en proie à un mauvais pressentiment tout comme à l'excitation la plus subtile – curieux mélange aux relents d'adrénaline... Et alors qu'il priait tout son soûl pour que cette expédition se déroulât sans encombre, il sentit la barque tanguer plus que de coutume, s'élancer et... Prendre le large.

Il était sur les flots ! Lui, August Hastings, plus familier des abris anti-aériens que des promenades de plaisance, dérivait avec Eustache sur la Mer du Nord, par un froid glacial de décembre ! Inconsidérés, ces actes étaient purement inconsidérés ! Et pourtant, August laissait aller son rire à la brise ; il était pris comme d'une étrange frénésie, d'un accès de vigueur dans la torpeur habituelle de son âme. L'expérience était folle, incroyable ; il mourrait de froid, en prise aux quatre vents marins, et avait replongé ses mains dans l'étoffe de glace que constituaient les flots ; et il était bien, paisible, à la dérive, naufragé, perdu, mais certainement pas seul, il était extatique, le cou déployé vers le ciel laiteux, employé à saisir toutes les fluctuations de son monde ; et il riait, August, parce qu'il était inconscient et que cette expérience flattait son idéal de l'aventure, et surtout parce qu'en ce jour brumeux, il était libre. Libre comme l'air, libre de faire tout ce qu'il désirait, sur cette embarcation ; libre de foncer aux Amériques, en Orient, de dériver sur des courants plus favorables ; libre de contourner la ville, libre de chanter aussi fort qu'il le souhaitait, libre de laisser tout son cours à sa particularité, libre et loin des boucles, en prises avec le monde réel et la tempête, et il les affrontait tous, les hommes, les ouragans, les maelströms, dans un grand éclat de rire.

Ses pensées vagabondes se rapportèrent soudain à Eustache, à son compagnon d'infortune, à ce voyageur fidèle et insoumis, inspirant, paisible :
- Je n'ai aucune idée de ce que l'on peut faire maintenant. Je ne saurais même pas lutter contre le courant pour rejoindre la rive, c'est la première fois que je fais ça. Que je monte sur un bateau. Je ne sais même pas nager, confessa-t-il, plein d'entrain et de bonhomie, vibrant du délice de cette liberté nouvellement acquise. Il étendit ses bras vers les nuages et ferma les yeux, humant toutes les saveurs, toutes les sensations, goûtant à ces subtiles régales que lui offrait Edimbourg – et Eustache.
Puis il se pencha au dessus de la barque, aussi impatient qu'un enfant et plus curieux que lui, intimant à son compère de faire de même.
- Regarde !
Sous eux, une forme oblongue, noire et gigantesque, tout enténébrée, glissait sous l'embarcation comme une ombre. August ne savait plus même si ce cétacé sous la surface des eaux était de son fait ou pas : tout ce qu'il savait, c'était qu'il désirait maintenant apercevoir ces créatures mystiques, aussi s'en imaginait-il peut-être le reflet, ou peut-être était-il réel, mais ceci n'avait, à son sens, pas la moindre importance.



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Eustache W. Heddington

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MessageSujet: Re: Les chemins qui vont à la mer (Eustache)   Sam 1 Juil - 21:08

Les chemins qui vont à la mer
August & Eustache


C'était une idée totalement fondamentalement stupide. Pourtant, tu étais satisfait de la prise de risque d'August. Il s'avérait plus téméraire que tu ne l'aurais cru. En tout et pour tout, il ne lui avait fallu qu'une poignée de secondes pour oser partir à l'aventure, franchir toutes appréhensions. Malgré ta voix rassurante, à la mesure de l'embarcation, le jeune homme était chancelant et ta main ferme saisissant la sienne ne parvint que très peu à lui faire retrouver une certaine assurance. Néanmoins ce simple contact sût t'emplir d'une vigueur nouvelle. La moiteur de sa paume dans la tienne fit écho à une joie inavoué née de ce bref contact. Un besoin inassouvi de contact, de son contact. L'envie, le besoin était là et il jouait inconsciemment avec celle-ci. Il n'en découla qu'un large sourire pour accueillir à tes côtés ton compagnon, ton compère, ton ami. Sur son visage, il n'y avait que l'expression d'un émerveillement profond. Lui-même semblait s'être surprit à accepter une telle aventure. Tu aurais pourtant souhaiter lui signifier que jamais il n'aurait à craindre quoi que ce soit, que tu étais là, pour lui, pour l'accompagner dans le moindre de ses gestes, même si il s'agissait de tomber à l'eau. L'un sauverait l'autre. C'est la dynamique qui semble s'être installée entre vous depuis toutes ces années. L'un guide l'autre, l’entraîne.

Vos rires vont échos au clapotis de l'eau, au sifflement de la brise glaciale mordant le moindre morceau de peau dénudé. Ton nez est probablement écarlate, tant la fraîcheur semble s'y acharner. Mais aucune douleur, aucune gêne. Il n'y a que cette chaleur joyeuse déployée par August qui ne peut t'atteindre. Attendri, tu jettes sur lui un regard presque maternel. Il a l'air si fragile, pourtant si fort. Incroyable comme après de nombreuses années, il continue à te surprendre. Jamais tu n'aurais cru te retrouver à ses côtés, sur un radeau, dans une boucle qui n'est pas la vôtre. La situation peut paraître comique en un sens, voir même fondamentalement grotesque. Deux jeunes hommes n'ont rien à faire là, sur un bateau. Vous n'avez absolument pas l'air de matelots. Non, vous n'êtes pas des hommes de la mer, vous êtes des terriens avant tout. Mais ici, au milieu de l'infini, vous pouvez être ce que vous souhaitez.

« Je n'ai aucune idée de ce que l'on peut faire maintenant. Je ne saurais même pas lutter contre le courant pour rejoindre la rive, c'est la première fois que je fais ça. Que je monte sur un bateau. Je ne sais même pas nager .» Tu ne peux retenir un rire. Vous voilà bien lotis. Etrange que vous soyez encore à flots. Tes coups de pagaies semblent ne pas être vains, non, l'embarcation se déplace, s'éloigne de la côte. Pendant une poignée de secondes, tu t'en inquiètes. Comment allez vous pouvoir rentrer ? En seriez-vous seulement capables une fois lâchés au coeur de l'étendue d'eau ? Auriez-vous simplement envie ? Après avoir goûter à la liberté, n'en sommes-nous point éprit ? « Que crois-tu mon cher, c'est la première fois pour moi aussi ! Je ne me débrouille pas si mal tout de même, il faut l'avouer ! », annonces-tu fièrement en redressant la pagaie contre toi, la soulevant comme un trophée, attendant les acclamations du public. Une révérence. « Dieu merci, sur nous trois, au moins l'un d'entre nous sait nager ! » Tu ris à nouveau. Tu serais bien incapable de nager seul, sans l'aide du canin. Lui seul serait à même de vous faire rejoindre la côté sains et saufs. En tant qu'humain, tu te contenterais très certainement de flotter, de faire la planche, porté par les nombreuses vagues, espérant par la même rejoindre la plage.

Voilà qu'August s'affaire, se précipite pour observer par dessus l'embarcation. Celle-ci tremble sous le déplacement et instinctivement tu t'accroches aux bords du bateau. Tu ne souhaiterais tout de même pas terminer à l'eau, pour l'instant. «  Regarde ! » Malgré la crainte de tomber à l'eau, tu te penches très légèrement pour regarder ce que te désigne August. Instinctivement un grognement s'échappe du fond de ta gorge, surgissant d'un corps qui n'est soudainement plus le tiens. Le chien n'apprécie pas ce qu'il voit. L'humain n'est pas plus rassuré. « C'est quoi cette chose ? Elle va pas nous faire couler j'espère... » Tu te rapproches doucement d'August qui, contrairement à toi, semble maîtriser la situation. La bête ondule pourtant calmement sous la surface de l'eau. Elle ne semble pas intéressée par votre présence. Cela n'apaise pas pour autant le chien, qui reste sur ses gardes, prêt à aboyer si elle s'approche de trop près. Tu le sens, cet aboiement, coincé dans la gorge. Le chien veut prendre ta place, pourtant tu luttes. Non, c'est à toi d'être aux côtés d'August. « Tu as déjà vu ce genre de choses… ? Tu crois que ça mange les gens comme nous ? » Bonne question Eustache, très rationnelle. La peur prend le dessus. L'inconnu est effrayant, tu ne saurais le nier en l'état. Mais tu ne souhaites pas encore mourir, non, tu es bien trop jeune, même si tout est et reste relatif concernant les années qui passent. Cette créature pourrait naître de l'imaginaire d'August, mais alors elle serait inoffensive. Cela te rassurerait. Lové contre ton ami, tu ne cesses de fixer l'étrange créature. Elle possède, dans sa lenteur à évoluer sous l'eau, un certain charme. Le charme de l'inconnu, des abysses. Un charme étonnement attractif, à la mesure d'une sirène. Son chant silencieux et sa danse.. Une main tendue, plongée dans l'eau glacée, à la recherche d'un contact. Le chien est sur ses gardes, pourtant ton geste spontané reste inconscient. Mais l'appel… L'appel de l'inconnu… « Si je tombe, retiens-moi, d'accord ? »
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MessageSujet: Re: Les chemins qui vont à la mer (Eustache)   Sam 1 Juil - 23:56

Les chemins qui vont à la mer

- ont gardé de notre passage des fleurs effeuillées
et l’écho, sous leurs arbres, de nos deux rires clairs. -



August se surprenait à rire, et à rire encore. Délectable vadrouille sur les flots, liberté chérie ! Plus rien ne semblait pouvoir atteindre son nuage de volupté, perdu dans les brumes de l’Écosse... Nuage sur lequel il n'y avait de place que pour deux. Pour deux ? Non, pour trois ! En demi-teinte, au travers des persanes du regard bleu-gris d'Eustache, les yeux vairons tapis dans l'acier, le husky attendait... et présentait l'avantage de pouvoir nager.
Folie furieuse des hommes ! Actes éperdus et inconscients ! Les paroles de son ami ne furent pas pour rassurer Hastings, parce qu'en réalité, il n'y avait rien à rassurer. La peur n'était qu'un lointain souvenir, qu'une fantaisie de l'âme humaine – et bien qu'elle fut parfaitement rationnelle en telles circonstances, un sentiment tout nouveau d'invincibilité transcenda August. La mer l'enivrait, Eustache le grisait, et chacune des vagues ou des paroles provoquaient en lui cette indicible félicité absolue. On l'aurait couronné empereur qu'il n'aurait pas été plus heureux ; et quand viendrait l'exil ou la guillotine, il en était sûr, il monterait à l'échafaud le sourire aux lèvres ! Qu'importe la houle, qu'importent les vents, la boussole de son cœur lui indiquait qu'ils mettaient cap à l'Eldorado !
- Je ne sais pas pourquoi... Je n'ai plus peur, avoua-t-il, presque en confession. L'inconscience lui seyait si bien qu'il s'en drapait comme d'une étoffe précieuse, soie ou cachemire...

L'embarcation filait sur le large et s'éloignait plus avant des côtes. Bientôt, le phare ne fut plus qu'une allumette dressée sur la maquette d'une ville étrangère, lointaine, sur cet amoncellement de petits cubes de bois, à l'effigie de ces jeux pour enfants... On ne discernait plus guère les promeneurs du port que comme d'insignifiantes fourmis, le Château se dressait sur son humble piédestal comme le seigneur de ce modèle réduit, enseveli sous une couverture de coton. Tout semblait si loin, perdu sur l'écume !
Et cette ombre sous eux, elle inspirait le vertige, elle appelait à la grandeur et la magnificence. Quelle noblesse auréolait ces graciles animaux !
- C'est une baleine, susurra August. Et on n'a jamais vu de baleine mangeuse d'homme.
Hastings rit. Il se jouait de son ami, de ce qu'il devenait tout canin et tout inquiet. Mais comment ne pas perdre la tête, à un cheveu du titan pacifiste ? August se pencha au dessus de la barque, un peu, à peine trop pour que celle-ci empruntât un angle douteux, qui contrit le jeune homme à revoir illico sa position. Il releva la tête, encore apeuré que la barque put se renverser, et laissa une fois encore son rire rejoindre aux cieux les albatros surplombant la mer.

Et le garçon fixa son compère, un air d'incompréhension sur le visage. S'il tombait... ?
- Bien sûr... Bien sûr que je te retiendrais.
Et il tendrait les bras, et il plongerait peut-être à son tour. Il le hisserait sur l'embarcation, sonnerait l'alerte, invoquerait le chien, à vrai dire, il n'en savait fichtre rien ; mais pour sûr, il ne regarderait pas, impuissant, son ami des siècles sombrer au fond des océans. Si la mer recelait de trésors, qu'elle n'y ajoute point Eustache à sa collection, sombre égoïste ! Mais qu'Eustache n'ait rien à craindre – ils reverraient les docks, bien vite, et le port humide, la jetée corrodée et l'écume sur les galets enneigés.

Sous la surface de l'eau, l'ombre glissante dépassa le fragile canot, entraînant la cohue des vagues dans son sillage. La barque tanguait, radieuse. Et plus loin, brisant la surface trouble des eaux, une nageoire gigantesque, grise et invincible, plus grande encore que leur embarcation, émergea des flots. La queue du mammifère s'éleva dans les airs, ruisselante, immense et merveilleuse, propulsa l'animal, et voilà qu'un geyser explosa vers le ciel. Une colonne d'eau haute de plusieurs mètres s'éleva, fleurit en son extrémité, et retomba en une pluie fine sur le duo.
August, envoûté par un tel spectacle, releva sur son crâne les cheveux qui, trempés, lui tombaient sur le front ; et quand ses doigts s'entremêlèrent aux mèches blondes, ils ne se heurtèrent jamais à la fraîcheur que l'on peut attendre de cheveux mouillés. Ils étaient parfaitement secs – et Hastings se mit à glousser.
- J'oubliais que ça n'était qu'une illusion.
Puis il plongea son regard dans celui de son ami, dans le velours de ses prunelles, pour s'excuser en silence, peut-être, de la réalité qu'il ne contrôlait plus entièrement ; elle échappait à l'adrénaline, et son sourire à August.



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MessageSujet: Re: Les chemins qui vont à la mer (Eustache)   Ven 7 Juil - 11:56

Les chemins qui vont à la mer
August & Eustache
You are a shark and I'm swimming

L'air est électrique . La moindre secousse que subit l'embarcation te plonge dans un profond sentiment d'ivresse. L'air marin emplit tes poumons d'un sentiment nouveau, celui d'une infinie liberté. Loin de la terre ferme, tout semble possible. Tout est à portée de main. Il te suffit de la tendre… De saisir… De savourer. L'air marin serait addictif, grisant. Ivre de liberté, d'inconnu, de mystère, grisé d'un sentiment inédit. Happé tant par les profondeurs océaniques que par la pupille des yeux d'August, abandonné, ignorant jusqu'à l'heure même, la date, l'année dans laquelle tu te situes. Il n'y a plus rien d'autre qu'August et l'immense étendue d'eau à vos côtés. Comblé. Malgré l'agitation c'est un sentiment de calme qui t'envahit. En harmonie avec ton environnement, jamais tu n'avais été si apaisé, alors même que l'embarcation manquait à se renverser à chaque nouvelle houle. « Je ne sais pas pourquoi… Je n'ai plus peur. » Mais pourquoi devriez-vous avoir peur ? Vous étiez là l'un et l'autre, l'un pour l'autre, dans le même bateau, perdu au milieu de nulle part. Perdus mais pourtant ensembles. Comme si, sans aucun repaire géographique, vous deveniez votre propre boussole. Tu n'avais qu'à tourner la tête, apercevoir le visage illuminé d'excitation d'August pour te sentir en sécurité. Ne pas nager ne devenait qu'un léger détail.Vous survivrez, tant que l'un reste aux côtés de l'autre. Et il avait fallu cet instant précis, ce moment hors du temps pour que tu t'en rendes compte. Il avait fallu une idée folle pour que vous vous trouviez.

La baleine, lancée dans un tango endiablé avec votre embarcation, était la seule ombre au tableau. Pourtant, même sa présence était envoûtante. Jamais les vapeurs d'alcool n'avaient eu un tel impact sur toi. Impossible de trouver des mots justes pour exprimer ce qui traversait ton corps à cet instant précis. Ton esprit savourait la moindre découverte, la moindre lumière miroitant sur l'eau, le moindre sifflement du vent, et le moindre grognement de cette étrange bête. Le chien jouait les protecteurs, comme il savait le si bien le faire. Et il transmettait par le biais d'un corps humain bien trop étriqué pour lui, ce besoin d'être en sécurité. « C'est une baleine. Et on n'a jamais vu de baleine mangeuse d'homme. ». Réflexion perdue dans un rire accompagnant le clapotis des vagues. Incapable de retenir toi aussi un rire, tu accompagnes August dans le moindre de ses mouvements. Tout se mêlait étrangement, et c'était fascinant de voir s'agiter entre eux divers flux. Tu n'étais plus que spectateur, abasourdit par un tableau inédit, auquel pourtant tu prenais part. Cette impression latente d'être au sein d'un film était d'autant plus grisante, que pour une fois, tu n'étais pas seulement assit à fixer un écran animé, mais que tu pouvais plonger ta main au travers de celui-ci, toucher, sentir, ressentir. Et quel meilleur compagnon qu'August ?

« Bien sûr... Bien sûr que je te retiendrais. »
Cette phrase raisonna en toi. Impossible à dire combien de temps tu pris à savourer chaque mois, refermé sur toi-même pour écouter encore et encore la douce voix de ton compagnon prononcer ces mots. Ta main plongée dans l'eau, happée par les abysses, ton esprit affairé à comprendre ces paroles. Comment les interpréter ? Comment les saisir entièrement ? Certes, il s'agissait avant tout de te sauver de la noyade et pourtant… Et pourtant, ces mots faisaient échos entre eux. Je te retiendrais… Le toujours est latent, il est là. Il raisonne au sein de ces mots, les fait croître. Un regard en direction d'August. Suspendu, l'instant. La baleine continue sa danse folle. Elle s'agite et parviendrait presque à vous faire couler. Néanmoins, tu n'as d'yeux que pour August, émerveillé par son visage extatique. Il n'y a que son rire. Il n'y a plus que ce son et les relents de ces paroles qui traversent ton esprit. Rien d'autre. Soudainement, tu te retrouves trempé. Ignorant la source de cette averse soudaine, tu te retournes et saisis au vol le dernier salut de la créature des mers, s'éloignant majestueusement de votre embarcation. Ta main répond favorablement à cet adieu. Un sourire aux lèvres, ivre de bonheur, tu tournes à nouveau le regard en direction d'August. Et tu es frappé par sa beauté, nimbé d'une lumière inédite, riant aux éclats, beau dans sa candeur, dans son insolente innocence. « J'oubliais que ça n'était qu'une illusion. »

Un geste emplit de désespoir. Tu fonds sur August, ivre du besoin de se rattacher à la réalité, saisis son visage, plonge ton regard dans le sien. Battement de coeur fou. Respiration coupée. Il n'y a que ses yeux. Se rattacher à ce qui est vrai, à ce qu'il voit. « Tu restes ma plus belle illusion August… » Phrase soufflée. La voix coupée par l'ivresse, par la nécessité de se perdre à travers lui. Ta boussole. La tienne, la seule, unique. Trompé par la réalité, il n'y a que lui, que lui pour ne pas sombrer, pour ne pas perdre pieds, pour de pas disparaître. Pour se sentir vivant. Le coeur bat dans les tempes, mélodie assourdissante, et il n'y a pourtant que ces mots, encore, qui raisonne. Je te retiendrais… Tu sombres, un peu plus, et si ce n'est dans le bleu de l'eau, c'est dans le brun de ses yeux. Tu plonges sur lui, impossible de retenir un corps happé par un autre. Aimanté, l'un par l'autre, peut-être. Tu ne saurais faire autrement. Tu ne saurais ignorer cet appel, ce besoin absolu… Un baiser, un seul… Un baiser, inespéré et si désiré. Timide, hésitant… Comme le tout premier… Tes lèvres cherchent avidement les siennes, pourtant il n'en découle qu'une douce hésitation. Le coeur bat encore plus, tambourine même. Tu n'écoutes plus le souffle de l'air, mais le sien, mêlé au tien durant une poignée de secondes. Ton corps entier appelle le sien. Tu as besoin de lui, tu as besoin d'August, tu auras toujours besoin de lui. Et ce baiser… Volé par surprise, par désespoir, par détresse. Un appel à l'aide, « Sauve-moi… », je te retiendrais....
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MessageSujet: Re: Les chemins qui vont à la mer (Eustache)   Dim 9 Juil - 2:12

Les chemins qui vont à la mer

- ont gardé de notre passage des fleurs effeuillées
et l’écho, sous leurs arbres, de nos deux rires clairs. -

L'écho des derniers éclats de rire s'évapora au dessus des eaux sombres. Le vent les avait arrachés à August, lui laissant pour unique mélopée le murmure tumultueux des battements de son cœur affolé. Les mains d'Eustache enlaçaient son visage, quand son âme s'enlisait dans les brumes de l'attente. L'instant, suspendu, planait sur le duo ; August ignorait tout, ni la raison des iris languissants de son ami dans les siens, ni la réaction qu'il convenait d'adopter.
Le souffle d'Eustache mêlé au sien, les prunelles bleues versées d'amour, et les mains chaudes sur ses joues, si délicates, ignorantes du blizzard, envoûtèrent à ce point August qu'un léger tremblement parcourut son échine et remonta jusqu'à ses membres engourdis. Une lente paralysie se répandit dans ses veines et affecta corps et esprit. Plus rien n'obéissait aux commandes, et comme August se sentait bercé à merveille par les vagues tandis que l'étreinte d'Eustache faisait se tortiller les tréfonds de son ventre en nouvelles et délectables combinaisons ; comme son âme s'émancipait de toute contrainte matérielle et voletait vers des abîmes insondables ; comme cette attente suscitait passion, désir, et peur de l'inconnu ; en somme, comme tout se parait d'une infinie beauté, August ferma lentement les yeux.

Les mots qu'Eustache lui souffla à l'oreille transpercèrent le garçon au plus profond. Ils lui passaient au travers, et tournaient autour de lui, doucereuse sarabande, sans qu'il parvint directement à en saisir le sens et la portée. Cette sentence, éclatante de splendeur dans ce qu'elle avait de poétique, de sincère et de spontanée, chamboula si profondément tout ce qui se trouvait à l'intérieur d'August qu'il plissa davantage ses paupières closes. Ces mots échappaient à son jugement, tandis que sa raison se défiait de toute compréhension. La mécanique de son cerveau s'enrayait, s'enivrait de si belles paroles ; et son discernement déjà tuméfié se mua en un écran noir, quand Eustache lui apposa sur la bouche le fruit de son amour.

A tâtons, les lèvres s'appelaient, se scrutaient, se rencontrèrent et s'adorèrent. Dans leur ballet silencieux, elles annihilaient la crainte, le désespoir, la colère ou la tristesse, elles éradiquaient tout ce qu'August avait de nocif au sein de lui. Il n'était plus rien qu'une enveloppe cotonneuse parmi les nuages, relayé sur une planète en tous points différente où n'avait d'importance qu'Eustache, penché sur lui, lui et lui seul – et ses lèvres curieuses et suaves.
Alors qu'il rêvait, entraîné par les fantaisies de son esprit voyageur qu'Eustache berçait au gré de ses baisers, la surface ridée de la mer se hérissa de stalagmites ; des colonnes d'eau grimpaient tout autour de la barque, et lévitaient au rythme de leurs respirations jointes – encore eût-il fallu qu'ils aient les yeux ouverts pour profiter du spectacle. Puis au terme d'un millénaire, ou ce qui semblait tel, car le temps ne glissait plus sur eux, Eustache redressa la tête et les lèvres rougies se décollèrent les unes des autres, emportant avec elles les nuages et l'ivresse et le bonheur, et tout l'amour auquel August n'avait jamais droit.

Hastings n'ouvrit pas les yeux. Il sentait encore le baiser brûler ses lèvres, et le consumer de l'intérieur. Le brasier n'en finissait plus d'enfler et de chauffer toute son âme ; mais les flammes réduisaient en poussière la pudeur, la morale, et le marquaient au fer rouge. Il resta ainsi longuement, baigné par ses sens en éveil, incapable de réfléchir, jusqu'à cette supplication déchirante d'Eustache – sauve-moi. August n'en comprenait pas le sens et n'y voyait rien à rajouter, mais ouvrit alors les yeux, lentement, de peur de ce qu'il allait croiser dans la réalité. Quand son regard embrassa l'étendue immaculée de l'eau et de l'horizon, la gravité mise à mal reprit ses droits : l'eau dissidente ne lévita plus guère. Les stalagmites s'affaissèrent sur eux-mêmes dans une grande gerbe d'éclaboussures, la magie s'en retourna dans ses contrées lointaines, et August dévisagea Eustache quand sa vue se brouillait de larmes qui ne rouleraient jamais le long des joues.

Sa raison lui revenait peu à peu, au fur et à mesure qu'Eustache éloignait son visage. Les dernières minutes défilaient, succession d'images mentales douces et inquiétantes, alors qu'August tentait d'y accorder un sens. Et une seule conclusion, un mot infâme se figea au centre de ses pensées éclatées : homosexualité.
Hastings peinait à respirer, quand les mots fuyaient le chemin de sa bouche. Il considéra Eustache, son ami de toujours, son acolyte, son voyageur, qu'une hideuse étiquette venait dorénavant masquer sous le jugement. Empli de la crainte qu'il ne se fut agi que d'une illusion, il porta la main à la bouche, effleura ses propres lèvres et les humecta. Un goût salé, d'iode, s'y était déposé.
Le dégoût le plus vif remonta dans sa gorge, pour Eustache, pour lui-même, pour eux : une honte innommable empourpra son visage diaphane tandis que la peur succédait à la félicité. Au-delà du pêché qui lui inspirait déjà la plus ignoble répulsion, August se jugea plus sévèrement encore que l'acte ne l'avait, pour ainsi dire, pas dégoûté du tout ; et que, pis encore, il y avait pris un plaisir inavoué, malsain, aux antipodes sa moralité autrement exemplaire.

Le silence rôda autour de l'embarcation, pesant, au point où August en oublia le bruit de la mer. On n'entendit rien pendant plusieurs minutes, tandis qu'Hastings, engoncé dans un état de choc, ne disposait d'aucun moyen lui autorisant la moindre réaction. Il s'écrasait, se tassait sur lui-même, comme s'il avait pu faire oublier par là toute trace de son existence ; il gardait les yeux rivés sur le plancher du canot, et n'osait relever les prunelles dans la crainte de croiser celles d'Eustache ; il envisageait les conséquences, soupesait tout ce qu'induisait ces minutes qu'on lui avait dérobées ; hébété, hagard, incapable de mouvement, il ne réagissait à aucun stimuli extérieur et s'imaginait déjà renié, exilé d'une société qui lui laissait mal-gré une place insignifiante. On allait le détester, à présent, le haïr plus qu'on ne l'abhorrait déjà, et la seule échappatoire au reste du monde, son seul ami, Eustache, son pauvre Eustache, se trouvait être la cause même de ses problèmes.

Quand le plus gros du choc fut passé, et qu'August retrouva un semblant de raison, il ouvrit la bouche à plusieurs reprises, mais rien ne parvint à franchir le nœud qui entravait sa gorge. Au terme d'une seconde éternité d'attente, le garçon, recroquevillé dans l'âme et dans le corps, parvint à peine à articuler – car sa voix étouffée n'avait de cesse de se briser :
- Je crois qu'il faudrait regagner le rivage.
Un courant d'air polaire s'engouffrait sous la chaleur de ses vêtements et le glaçait jusqu'aux os. A bord du bateau, la gêne était palpable, presque tangible. August n'accorda pas le moindre coup d’œil à Eustache et réprima tout ce qu'il pouvait avoir envie de dire, puisque rien d'intelligent ne lui venait à l'esprit. Et surtout, parce qu'il avait l'impression que sa vie venait de voler en éclats, qu'il avait explosé dans une grande négligence le cristal de ses jours, et, qu'à ce titre, il en allait de même pour Eustache. La culpabilité croissait si vite au point que la fuite semblait mille fois préférable – et les flots se teintèrent d'encre noire, et la mer ne devint plus qu'une funeste étendue de pétrole charriant deux âmes en peine.



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MessageSujet: Re: Les chemins qui vont à la mer (Eustache)   Dim 9 Juil - 16:54

Les chemins qui vont à la mer
August & Eustache


Le baiser sembla durer une éternité. Perdu au milieu des battements d'un coeur tambourinant, à bout de souffle. Incapable d'y mettre fin. Les mains cherchent à trouver le corps de l'autre, s'agrippent au coeur de l'amant. Et ce coeur, ce coeur qui ne s'arrête plus de tambouriner. Son rythme est assourdissant, pourtant grisant, inédit. Animé d'un nouveau souffle, il reprend vie, épuisé par des années de solitudes épanchées dans la luxure. Le frisson de l'inconnu. Se jeter à corps perdu dans l'âme de l'autre. Et ce souffle chaud partagé, certitude de l'existence ce que l'on nomme Éternité. Un seul et même souffle, une seule et même âme, vivante, palpitant. Le ventre et la gorge serrés, des lèvres hésitantes et pourtant déterminées à se frayer un chemin contre les siennes. L'infini félicité trouvée dans une réponse favorable. Je te retiendrai… Le désespoir de deux êtres sellés par une étreinte inattendu, inespérée, interdite. Dans ce baiser s'affirme la rencontre de deux âmes, unies éternellement par cet instant suspendu. Il est à vous, et à vous seul. Éperdus l'un de l'autre. Il n'avait fallu qu'un instant, qu'une étreinte pour savoir, pour comprendre. Ton corps entier, mordu par l'air marin glacial, appelait à rejoindre la chaleur d'August, et jamais cette soif ne se comblerait. Sous le coup d'une malédiction, condamnés à rechercher la présence de l'autre pour se sentir exister. L'embarcation chancelante venait d'être frappée par cette terrible condamnation. Et pourtant, ni lui, ni toi, n'êtes encore capable d'en saisir l'étendue.

A la catharsis du geste s'opposaient les retombées qui s’annonçaient catastrophiques. Ce geste insensé, inconscient semblait d'ors et déjà déclencher un orage. Ton être entier était traversé par une multitude de sentiments, tous plus contradictoires les uns que les autres. Ce baiser devait pouvoir continuer, indéfiniment, mais, tes lèvres s'éloignaient peu à peu de celles d'August. Flottait encore sur celles-ci l'odeur du baiser et le sentiment d'accueillir encore les lèvres timides de l'être adoré. Impossible de réfléchir tant les tempes sont assourdies par ce coeur qui ne saurait plus se taire. L'injonction à aimer l'autre était définitivement tombée.Aimer ne se conjuguerait plus qu'à l'impératif et s'accorderait au doux nom d'August. Il ne pouvait en être autrement. C'était à peu près la seule certitude qu'il t'était donné d'obtenir, encore abasourdit par l'ivresse de la rencontre de vos deux âmes. Car c'était bien de cela qu'il s'agissait, du heurt de deux âmes et du fracas de leur association. Ton souffle revenait peu à peu alors que ta conscience encore endormie, cherchait à comprendre ce qui venait d'avoir lieu. Comme réveillé d'un songe par un sursaut, il fallut à ton corps quelques secondes d'adaptation, car tes sens étaient encore engourdit par l'ivresse. L'étendue d'eau semblait soudainement menaçante, plus sombre qu'auparavant. La barque elle, continuait à danser au grès des vagues. August ne fut pas ce sur quoi ton regard se posa en premier lieu. Non, tu n'osais plus croiser son regard, comme pétrifié par les sentiments que tu venais de lui transmettre. Interdit, tu jetais sur l'horizon un regard dévoué. En cette direction se trouvait l'éternité, quelque part entre le bleu du ciel dissimulé derrière l'écran de nuages menaçants et la chaleur du soleil brûlant miroitant sur l'eau.

L'exaltation ressentie quelques secondes auparavant été balayée par la gêne, la honte découlant d'un geste idiot, inconsidéré. August n'était désormais plus capable de poser ses yeux sur toi alors que les tiens cherchaient inlassablement à être rassasiés. Ta main vint saisir fermement le bord de l'embarcation, prit soudainement d'un vertige. August se renfermait sur lui-même et chaque seconde d'infini silence transperçait ton âme. Un grondement animal enfla dans ta gorge et s'étouffa en une bourrasque de vent. La colère, l'incompréhension. Contre toi-même, contre August et la tentation qu'il représentait et dont il allait falloir s'éloigner. Ton être entier continuait à désirer August alors même que ton âme était peu à peu rongée de remords. August s'échappait. Son corps entier sembler s'échapper de l'embarcation, prêt à tout pour étouffer ce qui venait d'avoir lieu. Soudainement aveuglé par les larmes qui roulaient le long de tes joues, tu les balayas d'un revers de la main, de rage. Alors même que se lisait dans la posture d'August la honte et le dégoût, tu te revoyais, plus jeune. Te revoilà dans ta chambre d'adolescent, surprit par un Père incompréhensif. Tu attendais la sanction, espérait recevoir bientôt le revers d'une main de fer contre ta joue, tremblait de crainte d'entendre se perdre dans l'air de cinglants reproches. Il t'était pourtant impossible de défaire ton regard de lui, t’infligeant volontiers la sanction de cet acte inconscient que tu venais de commettre. Tu méritais toute sa rancoeur. Pourtant… Pourtant tes lèvres tremblaient encore d'envie et ton âme entière se consumait pour l'individu qui désormais te rejetait. Malgré tout, tu étais bien incapable de formuler la moindre excuse. Les paroles qui s'échapperaient alors de tes lèvres ne seraient que mensonges. Et tu ne pouvais lui mentir. Tu serais désormais bien incapable de lui mentir après avoir été si franc avec lui. Tu étais désormais condamné à être pour lui semblable à un livre ouvert. Si August avait prouvé auparavant qu'il était capable de lire en toi, désormais, tu serais bien inapte à lui faire la moindre cachotterie. Ce baiser te plongeait à sa merci.

Révulsé, bouillonnant d'une rage aveugle, dévoré par une immense tristesse, tu te raccrochais aux bords de l'embarcation. L'abysse océanique était désormais si attirante… Tu voulais te cacher, te défaire de son regard accusateur. « Je crois qu'il faudrait regagner le rivage. » La voix d'August apparaissait si lointaine, dissimulée par un écran de honte et de regret, peut-être même de crainte. Tu ne percevais que les ressentiments qu'il avait à ton égard et tu n'en étais que plus blessé, ne parvenant à percer cette barricade derrière laquelle il se dissimulait. Tu te saisis alors des pagaies et avec force, t'emploies à revenir en direction de la rive. Si l'horizon était quelques secondes avant, symbole d'éternité, la rive était elle synonyme de tout ce qui était éphémère en ce monde. La gorge serrée, tu fixais l'étendue d'eau à la recherche de la terre, sur laquelle tu serais à même de fuir. Tu étais bien incapable de parler. Qu'aurais-tu à dire ? Je te retiendrai… Allait-il vraiment te retenir désormais ? Ne regrettait-il pas ses paroles ? Les avait-il seulement pensées ? Il n'avait certainement pas conscience de l'écho qu'elles avaient eu en toi et qu'elles continueraient à avoir, indéfiniment.

La traversée fut plongée dans le plus grand silence. Tu ne cessais de ressentir la pression de ses lèvres contre les tiennes, et frustré, tu t’agrippais un peu plus aux pagaies, cherchant à évacuer de ton âme ton besoin d'August. Il ne te désirait pas de la sorte, ne te désirerait jamais de la sorte. Cette constatation tambourinait dans ton esprit, rebondissait sur ses avants dernières paroles. Et ce baiser qui n'en finissait pas de brûler sur tes lèvres… Mordant ta lèvre pour faire passer cette brûlure, tu ne remarquas que très tard que du sang s'écoulait légèrement de celle-ci. Tu ne pensais à rien d'autre que la sensation de la terre ferme sous tes pieds. Et tu fuirais, si loin, tu échapperais à son regard inquisiteur, tu noierais ce baiser sous le poids d'autres, arrosés par l'alcool. Une part de toi, désespérée, se rattachait à ce visage riant qui avait soudainement ôter en toi tout bon sens. Ce visage qui, quelques minutes auparavant, t'avait envoûté au point de vouloir t'y perdre. Et tu t'y étais perdu, en effet, alors que vos lèvres semblaient se retrouver après s'être tant cherchées.

Une fois le rivage rejoint, tu sortis en premier de l'embarcation et tu tendis machinalement ta main à August pour l'aider à s'extraire de celle-ci. Tu n'avais encore prononcer aucun mot alors même que tu brûlais d'envie de lui hurler la rage qui grandissait en toi. Tu dissimulais un tremblement, ravaler les larmes qui semblaient vouloir s'échapper de tes prunelles avides d'un homme qui les évitaient. Tu caressas doucement la main d'August. Si au sein de cette barque vous vous étiez trouver, il fallait désormais vous séparer. Et tu en avais conscience. Ton cœur déchiré semblait s'être tu par désarroi. Sans prendre la peine de jeter à August un regard, tu laissas échapper quelques mots. « Je vais rentrer, chez nous… ». Mots étranglés, hésitants. Le chien commence d'ors et déjà à prendre sa place, le langage te faisait défaut. Déboussolé, tu peinais à engager une marche déterminée. Tu venais de perdre le Nord. Et si tu te retournais, si tu t'éloignais, tu lui tournais le dos, laissant derrière toi ta propre étoile polaire. Tu serais alors plongé seul, dans le monde. Seul et désarmé, brisé. Secoué par un tremblement, tu peinais à ôter cette main qui serrer celle d'August. Tu te raccrochais tant bien que mal à lui. Son seul contact t'aider à garder le cap. Tu l'ôtas d'un coup sec, plongeant rapidement cette main nue dans la poche de ton manteau, pour qu'elle retrouve un autre espace chaud. Tu n'osas jeter un dernier regard à August. C'était un adieu, temporaire, certes, mais un adieu tout de même. De dos désormais, les lèvres brûlant à nouveau d'envie de rencontrer encore les siennes, tremblant, tu éclaircis ta gorge. « Au revoir August, mon ami... » Le nom de celui-ci, soufflé, à peine prononcé, brûlait ta langue. Désormais, ton corps entier ainsi que ton âme brûleraient pour lui, et ce brasier incandescent serait condamné à s'essouffler, car il ne serait pas là pour attiser les flammes. Tu laissais derrière toi, dans ta fuite évidente, une part de ton âme, déposée aux creux des lèvres de celui qui serait, à jamais, ton compagnon. C'était une évidence. Tu avais, après toutes ses années, développé des sentiments qui venaient d'exploser au grand jour. Tu l'aimais, c'était indéniable. Tu aimais August Hastings, du plus profond de ton âme. Tu étais condamné.

August Hastings était donc à la fois ta malédiction, ainsi que l'assurance de ton salut.

Et alors que tu t'éloignais, s'écoulaient à nouveau sur tes joues des larmes. Il ne fallut que quelques minutes pour que tu ne disparaisses. Et derrière un épais manteau échoué au sol se dégageait une créature immense, aux yeux verrons, dont l'aboiement rejeta d'un revers l'humanité d'un être brisé.
Made by Neon Demon


Au clair de la lune,mon ami Pierrot,filons, en costume présider là-haut ! Ma cervelle est morte. Que le Christ l'emporte ! Béons à la lune, la bouche en zéro.

woufwouf

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