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 Apoplexie (Ft. Darren Flanagan)

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Marie Balmain

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MessageSujet: Apoplexie (Ft. Darren Flanagan)   Lun 8 Mai - 23:33

Apoplexie

- Le Freakshow, 1873. 14h30 -


Souvenirs récents, non loin d’aujourd’hui, bien que l’horloge n’ait plus de sens en ces lieux. Décor froissé, déchiré, mort, la vie s’en est allée depuis des décennies. Tissus effilochés et en bandeaux, embrassants le sol comme un esclave battu baiserait les pieds de son maître. Milles éclats d’objets jonchent les entrées des restes de tentes abandonnées. Tout semble n’être que des vases et bijoux kitsch, broutilles en tout genre brisées sans aucun regrets. La neige foulée semble s’être elle-même éteinte, désir de se taire à jamais après quelques évènements vécus donc je ne connais pas les récits. De nuit, lorsque j’étais arrivée dans la boucle, j’avais atterri derrière un rideau à la couleur plus profonde encore que celle du sang. Je frissonne lorsque je me remémore ces sentiments d’effroi et d’insécurité, ce froid dans le dos, le sang qui glaçait dans mes veines à chaque pas que j’osais faire pour échapper à cet endroit. Ces illusions d’optique provoquées par le stress qui perçait mes viscères, compressait mes os, entraînants moult nausées et vertiges, me forçant malgré moi à me figer sur place, ne sachant plus bouger et attendant que la fin vienne à ma rencontre. J’imaginais ces ombres menaçantes qui dansaient sur la toile de la tente, me toisants d’un regard que je ne pouvais voir. Et même si avec le recul, en me baladant de jour, je pouvais me moraliser pour en arriver à la conclusion simple d’une farce de mon esprit, il était presque impossible que le raisonnement soit complet, d’oublier ces émotions qui avaient donné à mon coeur ces centaines d’arrêt seconde, cette peur qui avait chatouillé mes entrailles et congelé ma peau, ces tapements sourds dans mon crâne, ces pensées qui me murmuraient que j’étais à l’aube de la mort. Torture stupide qui secrètement bercent encore ma mémoire, fragile personne que je suis, facilement emportée dans des cauchemars abjectes.

J’avançais discrètement, n’osant faire face au silence, briser ce mutisme permanent qui rendait l’atmosphère plus lourde encore. Mes bottines s’enfoncent dans la poudreuse, laissant derrière moi une trainée de pas cambrés. Je prend le temps de tout regarder, chaque particule que mon oeil est capable de percevoir n’est pas oubliée. Le ciel se couvre de plus en plus, l’heure est bientôt aux flocons qui tomberont lentement, valsants en une chorégraphie qui leur sera propre et dont je ne me lasse toujours pas encore. L’ère victorienne me convient, sûrement un peu trop même, et je me complais dans un univers que je n’aurais jamais du connaître. Je m’étais accoutumée aux vêtements, aux coiffes, aux politesses et au langage plus propre que le mien, à la ville, et même au froid. Et pourtant, chaque jour me réjouissait plus qu’un autre, ne me lassant jamais de cette nouvelle vie qui s’offrait à moi, bien qu’elle soit éphémère. L’idée de revenir dans ma boucle, rejoindre les bombes, la menace du Blitz, voir ces visages vides et dont toute belle émotion a disparu, les rues en ruine, la pluie de 14h27, les morts lorsque la nuit est tombée. Et les Syndrigastis qui ne sont pas plus agréables à côtoyer, souhaitant me connaître toujours plus alors que je suis en recherche perpétuelle de solitude. Et Lloyd, bien sûr. La beauté du paysage n’aura pas eu raison de mes blessures. Ecchymoses dans l’âme qui me percent le coeur, bien que des personnes aient su panser en petite partie. Je balaye ces pensées d’un geste de la main, en profitant pour replacer une mèche de cheveux qui s’étaient évadée de mon chignon.

Du coin de l’oeil, j’aperçois le rideau rouge qui avait été objet de mes tourments. Il fallait l’admettre, il semblait moins terrifiant à la lumière du jour. J’esquisse un sourire satisfait, riant presque de ma personne, me trouvant ridicule d’avoir ressentis un pareil trouble vis à vis de cette étoffe opaque et épais. J’avance ma main gantée vers celui-ci, osant toucher la matière en velours, n’en sentant pourtant pas la texture. Soupir habituel, fatalité qui me dépasse. Pinçant le gant de cuir, je commence à dégager ma main. Protection qui m’accompagne chaque jour, mais dans cette solitude n’avait pas d’intérêt. Ma main nue vient caresser le rideau, avançant lentement, prenant le temps de me perdre dans les vagues qui se dessinent, me demandant si un jour cet endroit avait été un lieu vivant, apprécié. S’il était l’origine d’amusement ou d’horreur. Le seules informations que j’ai su soutirer aux Syndrigastis de cette boucle était que c’était les vestiges d’un cirque ambulant qui montrait ce que les gens appellent communément des monstres, mais qui ne sont que des personnes particulières au final. Des singularités dans un monde pas si originaire que ça.

Un son grave vint ponctuer cette dernière réflexion. Je jetais un regard deçà delà des tentes abîmées, cherchant quelqu’un ou quelque chose qui arpentait ce dédale de débris. Mon coeur se souvenant encore des émotions fortes qu’il avait vécu le soir de mon arrivée s’emballait, un coup battant la chamade, puis se stoppant des secondes qui me paraissaient être des années. Je ratais un déglutissent, manquant de m’étouffer. Dans des pas que je souhaitais faire plus léger que l’air, priant pour que les bruits de ceux-ci soient totalement dénaturés par la neige. Aventurière devenue fugitive, je restais en alerte pour qu’à la moindre menace je puisse fuir les jambes à mon cou.

Un homme se présenta soudainement devant moi, un petit cri étranglé de stupeur s’échappant de ma gorge. Prise à mon dépourvu, chasseresse prise à son propre jeu, j’attrape un lambeau de tissu qui traînait au sol, tentant de m’en servir comme bouclier. Faisant deux pas en arrière, je trébuche dans un rien, me retrouvant à terre en moins de temps qu’il n’en fallut pour que l’information parvienne à mon cerveau. La neige amortit le choc, m’empêchant de me taper la tête violemment contre le sol. Je restais malgré ça quelque temps dans cette position, la neige venant se réchauffer sur mon corps, glaçant mon cou, mouillant ma robe. Je refrène l’envie de me taper le front, comprenant qu’il n’y avait finalement pas eu lieu de paniquer tant. Ce n’était qu’un jeune homme, personne ne venait me porter atteinte. Je soupire encore, exaspérée par ma personne, et me relève maladroitement. J’évite le regard du garçon qui avait semble t-il une chevelure de feu, comme moi. Replaçant ma robe, puis mes cheveux, je lance un geste satisfait. « Enchantée. Je me baladais ici et j’ai entendu quelques pas. J’ai eu peur, je ne suis qu’en voyage et je ne connais pas encore ces lieux convenablement. » Ce visage ne me parait pas si inconnu, bien qu'il ne soit pas non plus familier. Certainement un Syndrigasti que j'avais croisé pendant mes croisades à Edimbourg.



evanescence

Viens, tu verras la route est longue. Parfois le ciel devient sombre, mais les nuages sont encore loin. Et même si de fatigue tu tombes dans ta course vagabonde, ai le courage de continuer ton chemin. Dis-toi que rien est écrit, l'avenir se construit.

Coucou :/ :
 
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Darren Flanagan

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MessageSujet: Re: Apoplexie (Ft. Darren Flanagan)   Sam 20 Mai - 10:58

Apoplexie



Une légère brise vint semer le désordre dans ses cheveux trop longs pour cette époque maintenant révolue, et Darren passa une main presque tremblante dans ces derniers, les plaquant de nouveau en arrière, dans une tentative vaine de les discipliner. Il laissa son regard courir sur le champ désolé alentours, alors qu'un volute de fumée s'échappait d'entre ses lèvres, quelque peu bleuies par le froid. Cela faisait maintenant presque une heure, qu'il errait dans le vieux freak show, regardant à peine autour de lui. Les souvenirs que cela lui renvoyaient n'étaient pas le moins du monde agréable, et s'il se faisait la torture de venir ici, c'était pour rappeler à son souvenir que le passé le rongeait toujours. Il espérait, peut-être vainement, qu'un jour, les souvenirs resteraient où ils étaient, dans le passé, et que cela ne viendrait plus tordre son cœur et son esprit, à chaque fois que ses yeux se posaient sur une toile de tente usée par le temps. Là où certains auraient été seulement effrayés par l'ambiance presque macabre de cet endroit, lui, ne voyait qu'une désolation sans fin, et de la culpabilité flottant au dessus de l'épaisse couche de neige jonchant le sol. La simple vue ce cette endroit entretenait son ire envers lui-même, et s'il se faisait sciemment du mal, il le jugeait nécessaire. Il était revenu à cette époque dans cet unique but : réussir à ne plus s'en vouloir, et simplement observer le freak show tel qu'il était : un vestige d'une époque sombre, sans couleurs, qui n'avait plus lieu de venir hanter ses nuits et ses jours. Il avait avancé, il ne fallait pas se mentir, il avait réussi, déjà, à mettre les pieds à cet endroit, par le passé, il n'aurait même pas osé s'en approcher, de peur que  quelqu'un le voit, et pense qu'il éprouvait une nostalgie malsaine vis-à-vis de ce qu'il s'était passé ici, alors qu'il n'aurait été rien d'autre que rongé par sa propre infamie.

Darren soupira, cette fois, la volute de fumée s'échappant d'entre ses lèvres n'avait rien à voir avec la pipe éteinte qui se balançait au bout de ses doigts, seulement le froid créait la condensation d'eau devant son visage, lui donnant l'illusion d'être encore en train de fumer. Il eut un léger sourire, presque amusé par cela. Il avait beau vivre dans ce paysage froid depuis plus d'un siècle maintenant, il s'amusait toujours de ce que la nature pouvait faire, des formes que le froid pouvait prendre et exercer sur ce qui l'entourait. Il regarda d'un air presque las, une tenture colorée traînant lamentablement sur le sol, le gel et la neige lui donnant un manteau blanchâtre, l'ayant durci. Il se demanda un instant, s'il pourrait le briser en posant le pied dessus, si le froid avait réussi à s'insinuer jusqu'au plus profond du tissus, le rendant glace. Il n'allait pourtant pas faire l'essai, il aurait eu l'impression de détériorer une relique, de plus, son but était de se pardonner à lui-même, et non pas de détruire symboliquement l'origine de ses craintes, ce qui n'aurait sans aucun doute rien du résultat escompté. Cependant, quelque chose vint accrocher son regard, le faisant froncer les sourcils. Il constatait quelques marques de pas, semblant s'effacer elles-même. Il eut un léger sourire en coin, une quelconque dame devait errer tout comme lui, ses robes responsables de l'effacement des empreintes.

Darren prit le temps de rallumer sa pipe, se demandant en silence, qui cela pouvait être. Il connaissait quelques dames, qui, étrangement, avaient tendance à être plus clémentes avec lui que les hommes, ces derniers avaient une rancœur animale, sans fin, et il craignait de les approcher. Non pas qu'il aurait été incapable de se défendre, même sans sa particularité, il était plutôt bien bâti, et n'aurait pas eu de difficultés à coucher quelqu'un à terre à l'aide unique de ses poings, mais quelle en aurait été l'utilité, si ce n'était de se montrer aussi violent et stupide qu'on le disait de lui ? Sans doute aucune, et il préférait se réfugier dans les bras des femmes, plus douces, qui avaient la fâcheuse manie de le materner. S'il râlait souvent de ce fait, il devait avouer que c'était appréciable, pour quelqu'un comme lui qui n'avait jamais connu d'affection féminine hormis celle, un peu froide, de Pica, qui l'avait recueilli sous son aile. Il pinça un peu les lèvres, sa curiosité presque enfantine reprenait le dessus, et il avait maintenant envie de savoir qui était cette personne, éteignant sa pipe, il prit la route. Peut-être allait-il faire une mauvaise rencontre, il n'était pas stupide au point de penser que toutes les dames de cette planète sauraient être aussi douces avec lui que celles qu'il avait rencontrées récemment, mais il voulait savoir. Suivant les traces de pas à moitié effacées, il songea un instant que peut-être, il ne tomberait sur personne, s'il calculait bien la direction des pas, il se dirigeait vers la sortie de la boucle, qu'il connaissait bien pour l'avoir déjà prise. Il espéra secrètement que ce n'était pas quelqu'un qu'il connaissait, et qui aurait prit la fuite sans le prévenir, il avait besoin des personnes qu'il fréquentait ici, elles l'aidaient à tenir, à ne pas lâcher prise, et à essayer, encore, d'être meilleur.

Darren tourna finalement, prenant l'angle que formait une tente, et il se surprit lui-même  à sursauter en voyant la femme devant lui s'étaler sur le sol. Ni lui ni elle ne s'étaient attendus à cette rencontre, en somme, lui, même s'il suivait ses pas, n'avait pas pensé qu'il tomberait sur elle au détours d'une vieille tenture, et elle... Elle devait se penser seule, ou alors, elle avait entendu le crissement de ses pas sur la neige, et s'était effrayée toute seule de ce qui pouvait arriver, chose qu'il comprenait aisément, en considérant l'ambiance morbide du freak show. Darren laissa échapper un léger rire, il devait avouer qu'en fait, c'était plutôt amusant de l'avoir vue tomber ainsi, et il lui avait quand même tendu une main pour l'aider à se relever, se prenant un vent monstrueux alors qu'elle se relevait seule. Il se racla la gorge et fourra ses mains dans ses poches, l'écoutant parler. Oh, il lui avait fait peur, grand bien lui fasse, c'était d'autant plus amusant, et il eut un léger sourire, encore une fois, lorsqu'elle lui dit qu'elle venait ici en voyage. Elle n'était donc pas de cette époque, et c'était quelque chose qui le rassurait, elle ne saurait pas, pour lui, hormis si quelqu'un avait déjà bavé sur sa personne, chose dont il doutait, quand même...

- C'est un endroit cocasse pour une balade. Dit-il pourtant gentiment. Il y a des endroits plus agréables que ce vieux freak show ici, je saurais vous les montrer si le cœur vous en dit. Tenez. Il enleva sa veste pour la poser sur les épaules de la femme. Avec cette neige sur vos vêtements, vous allez attraper la mort... Les médecins ici ne sont pas aussi doués qu'à votre époque, même si certains syndrigastis doivent avoir des notions. Mieux vaut vous couvrir. Il mit les mains dans ses poches. De quelle époque êtes-vous ?

Il voulait, en somme, se montrer aimable, et galant si possible, même si cela ne lui était d'aucune utilité. Cette femme était magnifique, il aurait été stupide de le nier, mais il n'était pas sensible à ses charmes, et ne le serait sans doute jamais. Il n'y avait eu que Daphné pour venir perturber son esprit, et il avait encore du mal à s'en remettre... Son passage en deux mille seize l'avait aidé, il était moins aigri, plus ouvert, il ne rechignait plus à avoir du contact avec les autres, ni à engager une conversation, aussi bateau qu'elle puisse être. Cette époque moderne lui manquait tant... Il soupira et regarda la toile de tente rouge.

- Pourquoi êtes-vous venue ici ? C'est glauque à souhait... Demanda-t-il finalement, peu attentif à son langage. En plus, vous vous êtes fait peur toute seule...

Il eut un petit sourire amusé, il voulait essayer de se détendre, et de la détendre au passage. Il fallait qu'il maîtrise son mauvais caractère, et qu'il ne soit pas aussi sarcastique que ce qu'il savait l'être habituellement, même s'il avait conscience que chasser le naturel le faisait revenir au galop...

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Marie Balmain

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MessageSujet: Re: Apoplexie (Ft. Darren Flanagan)   Mar 27 Juin - 10:56


Mon corps se relâche, mon coeur prend un rythme cardiaque correct, ma vision se stabilise, la salive vient à nouveau hydrater ma langue et ma gorge. J’humecte mes lèvres, acte que je regrette aussitôt car je sens à la seconde qui suit le froid les gercer. Ainsi relevée, j’encaisse les moquerie de l’inconnu qui m’avait surpris à roder entre les tentes, car rien ne saurait toucher ma fierté si je ne l’ai pas désiré. Ça, et aussi l’habitude de me retrouver dans des situations ridicules en public je devais l’admettre. Faisant claquer ma langue sur mon palais en seule réponse à sa remarque, je commence à me balancer légèrement d’avant en arrière tout en regardant autour de moi. Je ne voulais pas regarder cet homme, il m’avait gêné, il m’avait terrorisé l’espace d’un instant, fit sortir la paranoïa qui sommeillait en moi depuis cette nuit où j’avais pénétré dans la boucle. Mais pour lui était-ce visiblement une balade des plus usuelles, marchant entre les vestiges d’un lieu qui devait être chef de terreurs en tout genre. Après tout, nos temps nouveaux - si l’on peut appeler ça nouveau dans ma boucle, sachant que des dizaines d’années ont passé- nous ont permis de connaître les mauvais traitements que subissaient les « monstres » dont les hommes adulaient les courbes.

Quelque chose de lourd se pose sur mes épaules, et dans un mouvement de recul je me retourne et fais face à ce jeune homme qui venait de déposer sa veste sur mes épaules. Geste poli et désintéressé, et me fit esquisser un sourire sur les lèvres. La galanterie était une valeur qui commençait déjà à s’effriter dans mes années, et il faut dire que la guerre ne nous donnait plus l’envie de penser aux bonnes manières. Pourtant j’aspirais à voir un peu de délicatesse chez les hommes, rétablir un équilibre. « Je vous remercie. » De la gratitude simple et sincère, et je referme le manteau sur mes épaules. J’avais maintenant plus chaud, bien que le froid s’engouffrait toujours dans ma nuque et fouettait mes chevilles.

Je le regardais mettre ses mains dans ses poches, ce que je trouvais trop nonchalant pour les moeurs victoriens. Cela avait son côté plaisant, et je me mis à parcourir les grandes lignes de ce mystérieux anonyme. C’était un homme charmant au visage finement dessiné, et sa chevelure de feu ne pouvait qu’ajouter du raffinement et de la beauté à ce personnage qui, dans une autre vie, aurait pu me plaire. J’ai fait une croix sur les hommes il y a bien longtemps car ma particularité ne m’aurait jamais permis de vivre une histoire d’amour vraie; mais ce garçon là, il m’aurait été plaisant qu’il me fasse la cour dans d’autres circonstances. Mais malgré son joli minois, je le trouvais bien intrusif. Cela était sans nul doute normal, j’étais dans sa boucle, peut-être même avais-je perturbé sa marche digestive. Et pourtant mon réflexe fut de croiser les bras, et de prendre un ton que je jugeais moi-même beaucoup trop grave. « Je viens de 1941, à Londres. » M’empêchant de froncer les sourcils, déjà bien trop sur la défensive, je fixais le bel homme et me raclais la gorge, oubliant les bonnes manières. « Comment vous appelez-vous? » Un nom, c’était la seule chose dont j’avais besoin pour l’identifier si jamais il avait de mauvaises intentions à mon égard.

Il ne semblait pas être un de ces gars malhonnête, perverti, corrompu. Quitte à la juger, je voyais en lui l’inverse, un jeune plein de gentillesse. Mais il pouvait tout autant être ni l’un, ni l’autre. Un être d’une neutralité sans pareille qui m’évoquait tout à coup August, et moi-même. Ni bon ni mauvais. Etait-il l’un des nôtres? Sûrement pas, nous étions rares à ressentir si simplement. Pendant mon voyage dans cette boucle, j’ai appris à analyser les autres, à tenter de me pencher un peu plus sur la personne qu’il sont. Pas seulement les regarder sans les voir comme à mon habitude, mais les comprendre, tenter de percer la chair et les os pour pénétrer dans l’antre de leur âme. Le psyché. Le caractère se décline en des milliards de possibilités, aucun est pareil, tous ont leur particularité. Et me pencher sur cette partie invisible de l’humain me rapprochait de lui en un sens, m’humanisait même à nouveau. Parfois, je m’identifiais à certains, et cela me confortait dans l’idée que je n’étais pas morte depuis des années, que je pouvais vivre à nouveau.

« Il y a quelques évènements qui me donnent encore aujourd’hui des frissons dans le dos. Je voulais… » Je marquais un temps d’arrêt, hésitante, mais l’honnêteté était plus forte que moi.  « Je voulais retourner ici afin de voir si tout était normal. » Je souriais, un peu confuse. « Il faut dire que c’est plutôt compliqué d’être serein dans une telle atmosphère! » J’ouvrais les bras, enlaçant l’espace.

Je posais à nouveau mon regard sur le beau roux, faisant un quart de tour sur moi-même afin de lui faire face. « Et vous, d’où venez-vous? Je suis accoutumée à certains termes que vous utilisez, mais ils ne viennent pas de cette époque. » J’avais buté lorsqu’il avait usé du mot « glauque », n’en comprenant pas la signification jusqu’à ce que je me souvienne des voyageurs venus tout droit de 2016 l’utiliser pour définir quelque chose de malsain. « Vous venez souvent par ici? » Et me voilà tourner la situation à mon avantage et faire subir un interrogatoire surprise à mon interlocuteur. J’étais suspendue à ses lèvres, attendant impatiemment ses réponses, ne pensant pas au caractère indiscret de mes paroles. D’un mouvement de tête, je l’invitais à marcher, car le froid transperçait ma peau et me gelait le sang. Il fallait que je m’active. Je mis un pied devant l’autre, attendant qu’il me suive, continuant du regard à inspecter ce freakshow aux allures d’un film d’horreur.

HS:
 



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Darren Flanagan

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MessageSujet: Re: Apoplexie (Ft. Darren Flanagan)   Mar 27 Juin - 21:09

Apoplexie



Darren haussa un sourcil intrigué, au temps pour lui et sa tentative d'être quelqu'un d'agréable, de toute évidence, lorsqu'il essayait de l'être, cela brusquait les personnes face à lui. Peut-être aurait-il mieux fait de rester égal à lui-même, et de faire un trait sur tous les efforts qu'il avait pu fournir depuis deux mille seize pour être quelqu'un de moins agressif. Chassez le naturel, et il revient au galop, comme on disait... Son visage se ferma donc, et il croisa les bras en retour, écoutant ce qu'elle avait à dire comme si cela n'avait plus la moindre forme d’importance. Elle venait donc de mille neuf cent quarante et un n’est-ce pas ? Une époque bien sombre, à laquelle il n’avait jamais été capable de s’adapter, la guerre l’effrayait bien trop, et il n’aurait pas été capable de passer outre les sifflements perpétuels des bombes fendant le ciel gris.

Darren eut un léger rire presque dédaigneux à sa question, non contente d’être désagréable avec lui alors qu’il n’avait voulu que bien faire, elle se permettait de le regarder de la sorte. Que lui trouvait-elle, exactement ? Elle ne faisait preuve d’aucune tenue, et elle se mettait à l’observer comme s’il avait été un objet dans une vitrine. Plus encore, elle lui demandait son nom, alors même qu’elle se comportait comme cela avec lui. Darren avait certes apprit à être plus laxiste avec le temps, mais là, il avait l’impression de se trouver devant une personne bipolaire, qui ne savait pas réellement ce qu’elle désirait… Ou alors, elle lui faisait bien l’effet d’un lapin prit dans les phares d’une voiture… Oui, à y regarder de plus près, elle semblait seulement effrayée, par il ne savait quoi, ne se considérant lui-même pas le moins du monde comme une menace. Il regarda autour de lui avec un long soupir, oui, l’ambiance générale ne devait pas aider. Il décida par conséquent, de s’adoucir légèrement, quitte à reprendre ses distances quelques instants plus tard, si l’attitude de la jeune femme le poussait à le faire.

- Darren. Dit-il alors pour répondre à sa question. Quant à mon nom de famille, je n’aime pas l’utiliser… Il sourit en coin. Et vous ?

Il l’écouta ensuite parler, laissant son regard courrir sur les vieilles tentes qui auraient pu ressembler à des ruines. Il ne pouvait qu’être en accord avec elle, sur le fait que certains éléments du passé continuaient à lui donner des frissons dans le dos, et encore plus lorsqu’il s’agissait du Freak Show. Se doutait-elle seulement de ce que cela représentait, en réalité ? Il en doutait, si elle venait de mille neuf cent quarante et un, elle ne savait sans doute pas la souffrance présente ici, et n’avait sans doute eu que des échos délavés par le temps. Elle n’avait qu’une curiosité un peu malsaine, qu’il comprenait parfaitement et pour laquelle il ne l’aurait jamais jugée. Cependant, il pouvait la contredire sur un point, il employait sans doute un vocabulaire qui n’allait pas avec cette époque, pourtant, il en venait, et habituellement il reprenait ses habitudes quand cela était nécessaire, cependant, en entendant que la jeune femme était en voyage, il n’avait pas pensé à surveiller son langage, et s’était prit à penser qu’il était toujours en deux mille seize… Il s’était, en somme, bien trop adapté à la vie moderne, et il appréciait cette dernière au point à avoir prit des habitudes qu’il lui semblait très difficiles à perdre.

- J’ai séjourné en deux mille seize. Dit-il en guise de réponse. Mais je viens d’ici. Il écarta les bras pour désigner aussi le Freak Show. Oui, ici, j’étais là lorsque ces tentes étaient encore debout, et je peux vous assurer que vous n’imaginez pas à quel point cette atmosphère est pesante. Il haussa les épaules. J’ai comme un devoir de mémoire ici, je reviens régulièrement pour cette raison. Il mit un petit coup de pied dans la neige. Mais bon, voyez, c’est normal, comme vous dites, enfin mort. Il se mit à marcher à ses côtés, habitué au froid, son manteau lui manquait à peine. Ici, ça n’a jamais été normal. Il tapa doucement dans une tenture non loin. Comme chez vous, la guerre, ce n’est pas normal. Il lui offrit un petit sourire.

Darren s’était un peu redressé, il ne pensait pas que cela allait être agréable de marcher ainsi, dans le Freak Show, en compagnie de quelqu’un qu’il ne connaissait pas. Il se mit à penser que son voyage dans une époque moderne avait donné ses fruits, et qu’il était apte à laisser le passé un peu derrière lui. Il avait quelque peu l’esprit dans les nuages, même si la culpabilité liée au Freak Show qui venait pourrir son cœur n’était pas prête de s’en aller, et cette panique sous jacente était lisible dans ses yeux, quelque peu fuyants selon l’endroit où ils passaient.

- Envie d’un petit bout d’histoire ?
 Demanda-t-il avec un léger sourire, la poussant doucement vers une des tentes a moitié écroulées, pour qu’elle touche la toile. Je pourrais vous en raconter, que vous n’entendrez nulle part ailleurs.

Il lui adressa un adorable sourire, il avait l’âme à être agréable, de toute évidence…  


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