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 DEFI II - La loi empirique des évènements (August)

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Marie Balmain

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- Arrache coeur -
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❧ Boucle Temporelle : 22.03.1941
❧ Particularité : Arrache-coeur
❧ Occupations : Le plus souvent, Marie s'assoit contre un mur et lit pendant des heures. Cela lui permet d'oublier pendant quelques temps ces jours, tous les mêmes, qui se répètent à l'infini
❧ Miroir :
❧ Missives : 499
❧ Yeux de verre : 50
❧ Crédits : Mad Hattress


MessageSujet: DEFI II - La loi empirique des évènements (August)   Ven 19 Mai - 12:03

La loi empirique des évènements

- Les jardins, 1928. 23h58 -



Nombreuses conversations avec des voyageurs venus tout droit de 2016 m’ont apporté un enseignement qui au quotidien peut toujours me servir. L’Homme, à travers le temps, tente de comprendre et de s’approprier toute chose autour de lui. L’idée simple de ne pas pouvoir poser de mot sur un fait, une maladie, un comportement, un objet, sur l’intangible et l’invisible, lui est tout à fait inconcevable. Même le nombre de pétale sur une fleur est dorénavant explicable par l’intermédiaire des mathématiques, en passant par l’analyse complète de la lumière et du son grâce à la physique, la médecine qui a longtemps tenté de comprendre l’origine de la schizophrénie, et les dizaines de rapports sur l’étude de l’univers nous en apprennent toujours un peu plus. C’est pourquoi, lorsqu’ils ne peuvent pas trouver de solution, ils disent que cela n’existe pas. Je peux comprendre cette démarche, l’inconnu fait peur la plupart du temps, se jeter dans la gueule du loup sans réfléchir au préalable, foncer tête baissée et aveuglément, se laisser aller à l’amour qui pour beaucoup est une idée méconnue et préconçue pour risquer d’être le dindon de la farce. Mais là n’est pas le sujet de mes pensées, car je ressasse dans mon esprit cette règle qui est née quelques années après 1941, cette loi de Murphy. « Tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera nécessairement mal. » Fatalité purement pessimiste, mais purement réelle pour autant. Loi fondamentale de l’univers, céleste, cosmique, dont personne ne saurait échapper. Il y a deux façons de faire quelque chose, et si une erreur est à faire, quelqu’un la réalisera sans aucun doute. Une facette de ce que certains pourraient interpréter comme étant le karma qui n’avantage nul être, car un malheur n’arrive jamais seul qui plus est. Il y a un aspect psychologique dans tout ça, une corrélation illusoire, car tout Homme retiendra plus facilement un évènement positif et énoncera alors la loi de Murphy, mais si quelque chose de positif nous touche, nous ne feront jamais remarquer que celle-ci ne s’est pas appliquée à ce moment donné. Tout le monde a été touché un je-ne-sais-combien-de-fois par la loi de Murphy, et c’est tout d’abord ce qui m’est arrivé alors que je masse ma cheville. Assise sur le côté de l’allée, August tapant du pied d’ennuie et de lassitude, la chaleur du grand soir et les petites lumières d’ambiance qui dansent au rythme des mélodies qui résonnent à travers tout New-York. Bientôt le décompte avant minuit fera écho jusque dans nos oreilles, et je suis là à souffrir le martyr tandis que mon ami de ma boucle croise les bras en attendant patiemment bien qu’impatiemment que je me décide à arrêter ma comédie. Mais quelle comédie! Comme ma cheville me fait souffrir ce soir! Comme j’éprouve de la difficulté à poser le pied sur le sol! Il m’avait pourtant prévenu, en me rappelant à multiples reprises d’arrêter de danser dans les coins sombres du jardin, me prévenant que quelque chose viendrait sûrement heurter mes semelles et me faire chuter. La pierre avait eu raison de moi, et August avait eu simplement raison.

Nous nous étions croisés lors d’une promenade dans les rues d’Edimbourg. Je n’avais pas pris la peine de lui signaler mon départ en 1973, et lui non plus de son côté. Pourtant, il faut croire que le destin souhaitait que nous nous retrouvions en ces lieux, et je me sentais en un sens rassurée de voir un visage familier parmi les nombreux autres traits qui m’étaient inconnus. Tout deux vêtus dans l’air de ce temps, les années victoriennes me faisant revêtir des robes effroyablement étranges et laides et August un costume trois pièces ainsi qui joli couvre-chef comme on en voit plus dans notre siècle. Nous nous l’étions promis, que nous passerions un peu de temps ensemble dans cette boucle, découvrir la neige ensemble et les centaines de Syndrigastis qui y résidaient. Et pourtant mon départ fut rapide, et je ne l’avais pas croisé à nouveau jusque ce soir. J’avais ressentis ce désir de retrouver cette ambiance de fête et d’activité joyeuse, et je ne m’étais pas gardée de lui faire partager cette pensée, mais les raisons de sa présence m’étaient inconnues. Je lui adresse un regard désolé et bref, un peu honteux et confus, tandis que l’agitation se faisait entendre à l’intérieur du manoir. La pression montait, l’excitation vrombissait en chaque individu, pendant que nous étions coincés dehors à attendre que ma cheville se décide à aller un peu mieux. « Tu ne souhaites pas t’asseoir? » Un échange de mots rapide, furtif, presque soufflé comme la conscience qui insuffle une envie ou une pensée. Le silence s’installe, et j’ai ce sentiment presque nouveau qu’il m’en veut, bien que ce ne soit pas ce genre d’homme à apprécier d’être entouré par de nombreuses personne il me semblait. Je me racle la gorge, tentant une nouvelle approche. « Depuis que je suis rentrée en 1941… » Je me vois incapable de terminer ma phrase, car une sensation effroyablement désagréable jaillit en moi, me donnant la sensation d’une piqure au coeur, d’un glaçon que l’on aurait déposé sur mes reins pour le faire remonter jusqu’à la base de mon crâne, ma tête qui tourne à la fois doucement et rapidement, mes articulations qui se font douloureuses, mes extrémités qui elles semblent s'être faites la malle. Comme si une partie de moi s’en allait, et que quelque chose d’autre venait la remplacer. Comme une expérience de mort immédiate à proprement parler sans que ça le soit pour autant. Alors je patiente. J’attends que la douleur passe en s’en aille, et lorsque quelques secondes plus tard je me sens un peu moins branlante, j’adresse un regard que je juge un peu trop vitreux à l'intention d'August. « J’ai cru que j’allais tourner de l’oeil. » Et pourtant, une sensation encore inconnue et étrange s’emparait de moi. August était là, mais ne me semblait plus être une présence réelle. Une idée, plus un reflet de mon imagination qu’un humain à part entière. Je ne savais plus s’il était concret ou non, mon cerveau était biaisé, mais j'avais cette voix au fond de moi qui me rappelait qu’il était bel et bien là. Je me relève, oubliant ma cheville qui ne me fait plus défaut, me mettant à hauteur d’August. « Quelque chose ne va pas. Je ne me sens plus moi-même. » Bon nombre d’évènements m’ont poussé à penser que cette boucle était inexplicable, que quelque chose se passait et dépassait l’entendement. Et cette conclusion qui traverse mon esprit, indomptable, impossible et qui crève les yeux. Celle d’avoir volé à mon interlocuteur à moitié muet sa particularité.



evanescence

Viens, tu verras la route est longue. Parfois le ciel devient sombre, mais les nuages sont encore loin. Et même si de fatigue tu tombes dans ta course vagabonde, ai le courage de continuer ton chemin. Dis-toi que rien est écrit, l'avenir se construit.

Coucou :/ :
 
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August Hastings

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- Illusionniste mythomane -
Le gros Gus
❧ Boucle Temporelle : 22 mars 1941
❧ Particularité : Insuffle des images mentales à tout un chacun, distord la réalité dans la tête d'un individu
❧ Occupations : Expérimentateur chevronné
❧ Miroir : Va cliquer ailleurs :(
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❧ Crédits : Lux Aeterna, Musset, Poe


MessageSujet: Re: DEFI II - La loi empirique des évènements (August)   Jeu 22 Juin - 21:44

La loi empirique des évènements

Marie & August



En l'espace de quelques jours, August avait troqué l'Amérique à l'Europe, et le fédora au haut-de-forme. Ivre de la hauteur des buildings, enchanté de l'air de juillet, le jeune homme se serait volontiers accommodé de cette nouvelle atmosphère, si d'aventure chaque journée ne lui réservait pas son lot d'usantes péripéties ; or, Hastings convenait qu'un morne calme routinier n'était franchement pas pour lui déplaire.
Face aux difficultés rencontrées dans cette boucle new-yorkaise, il serait, dans un accès de lâcheté, rentré illico dans sa propre époque, à coup sûr bien plus paisible ; mais voilà, en un siècle d'existence, on accumulait bien des connaissances et relations qu'on ne pouvait guère éviter – même quand elle s'appelait Marie et se foulait les chevilles sur la pelouse impeccable d'un manoir en 1928.

Et si le pauvre garçon ne manquait point de galanterie, sa nature chevaleresque s'effaçait promptement à l'idée qu'il fallût porter l'ingénue en direction du manoir pour lui offrir quelque secours. Or, quand on ignorait en toute conscience les sages conseils prodigués par August, lui ignorait en retour les conséquences inhérentes à ce manque d'attention. Et voilà donc qu'il se trouvait à trépigner, taper du pied et shooter dans les cailloux alentours, songeant qu'il s'agissait là pour Marie d'une bien juste et équilibrée pénitence, quand lui était voué à attendre que la cheville daignât se délier.

Mais point d'énervement en sa personne ; il était un être passif, loin de s'emporter à tout va, et ce même quand tout le contrariait. August jouissait également de quelques dispositions imaginatives fort intéressantes ; hélas, ses facultés semblaient tout à fait limitées quand il s'agissait de compassion. Ou plutôt, l'âme humaine lui était parfois bien étrangère et recelait de secrets qu'il ne parvenait pas à percer, aussi remarqua-t-il à peine la gêne de sa comparse, et encore l'ignora-t-il superbement. Il se résolut toutefois à s'asseoir aux côtés de la vilaine, un vague sourire figé sur le visage ; à bien des égards, la figure d'August paraissait parfois coulée dans la cire, tant son air satisfait et nébuleux différait à peine selon les circonstances ; et à ce titre, un sourire du garçon valait à la fois tout et rien, car toujours pendu aux lèvres, quoiqu'il fut toujours sincère.

Bien installé entre deux parterres fleuris qu'il avait bien pris soin d'agrémenter de quelques lys de sa composition, August s'apprêtait à écouter les aventures de la rouquine, mais cette dernière n'eut pourtant pas le temps d'aller bien loin dans son propos : à peine Hastings put-il réaliser qu'un étrange mal la ceignait qu'il fut en proie, manifestement, aux mêmes maux.
Voilà qu'il lui semblait qu'une portion de son cœur s'effondrait sur elle-même, et que le lourd battement affolé qui s'en suivit n'était témoin que de sa ruine proche ; la moitié de son âme s'arrachait lentement et douloureusement à lui en un supplice martelant son crâne ; des tremblements agitaient ses doigts et ses membres tout entiers ; il suait, suffoquait, comme en proie à une fière virulente ; des acouphènes sifflaient à ses oreilles, et il perdit la vue dans un grand flash blanc, l'espace d'un instant.

Et ce fut le silence.
La douleur s'éclipsa, ses membres retrouvèrent leur usage peu à peu. Il ouvrit un œil, précautionneusement, puis le second. Et s'il avait retrouvé sa condition physique, il se savait changé du plus profond de lui. Les lys avaient disparu de l'océan de fleurs, sans possibilité de retour.
On lui avait volé son bien le plus précieux.
Il n'écouta pas un mot de Marie, mais son esprit était en proie à un effroi si grand, si inouï, si inconnu, que sa camarade se voyait reléguée au rang de sa dernière priorité. Il n'osa pour l'heure ni rien dire, ni rien faire, ni encore moins imaginer quoi que ce fut, dans l'appréhension de ce qu'il allait découvrir et qu'il savait déjà inconsciemment.

Si Hastings craignait une seule chose, plus que l'échec, plus que la douleur, plus encore que les guerres et les bombes de 1941, c'était de se voir coincé au niveau du commun des mortels, sans possibilité de donner vie à ses fantasmes. Car que valait une vie du monde réel, quand on a connu toutes les folies d'un imaginaire débordant de couleurs, de lumières, que valait cet univers terne en comparaison des fantasmagories d'un esprit comme le sien ?
La réalité. La réalité, la fameuse réalité dont on lui vantait les mérites depuis des années était là, campée devant lui, et inaltérable, en dépit de ses efforts. Terne. Insupportable. Insoutenable.

Derechef, les tremblements reprirent, alors que, en proie à la tétanie, à la stupeur et, presque agonisant, il tournait des yeux accusateurs et haineux sur Marie.
Qu'est-ce que tu m'as fait ?, balança-t-il du ton le plus froid qu'on ne lui avait jamais connu, les dents serrées, en détachant bien chaque syllabe, comme en guise de menace. Qu'est-ce que tu m'as fait, bon sang ?
Sa voix s'emporta sur la fin, et atteint un niveau de décibel encore jamais égalé. Il se redressa de tout le haut de sa stature et amorça un mouvement pour saisir Marie et la secouer, si besoin était, quand une horrible pensée traversa son esprit.
Il fixa ses mains chevrotantes, et recula, pris de panique, manqua de tomber et s'effondra de nouveau sur la pelouse. Il n'osait plus toucher à rien. Et si... Et si... ? Quelle était donc cette farce grotesque ? Cette théorie abracadabrante n'avait rien pour séduire Hastings, et était pourtant tout à fait probable, eu égard aux absurdités constantes de cette boucle. Et August parvint à la conclusion, tout à contre-cœur, qu'on avait opéré sur eux un échange ; car s'il savait sa particularité volatilisée, il ne se sentait pas homme pour autant, mais toujours Syndrigastis. Un pouvoir irriguait encore ses veines, plus le même, mais un pouvoir malgré tout – un pouvoir qu'il ne comprenait pas, qu'il ne souhait pas comprendre, un pouvoir handicapant, et un pouvoir qui avait tout à envier à ses merveilles disparues.

Une fleur fanée, voilà ce qu'était Hastings désormais. Une coquille vide, un verre brisé ; un naufragé, un déchu. Il se refusait pourtant à croire l'évidence, et tenta de modifier une couleur, un brin d'herbe, ses propres mains. Avec toute l'énergie du désespoir, il recréa les lys envolés du parterre, sans la moindre ombre de succès.
La réalité était une prison, et lui qui avait toujours pu y échapper se trouvait désormais enfermé dedans. Et la colère avait cédé au désespoir :
- Marie... Marie...
Incapable d'émettre la moindre phrase, noyé dans ses propres larmes et dans les cris de son âme, le garçon appelait Marie comme il aurait appelé sa propre mère ; mais voilà, une existence de cette sorte-là, il ne pourrait pas la supporter bien longtemps.



I became insane with long intervals of horrible sanity.


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