AccueilAccueil  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  




Partagez | 
 

 « Entre quatre yeux » ❧ Ft. Clarence

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Galahad L. Ednyfed

avatar
- Imitateur excentrique -
administrateur
❧ Boucle Temporelle : Grondements infernaux qui déchirent les cieux, l'apocalypse journalière de quarante-et-un.
❧ Particularité : Échine capricieuse qui prend le code soufflé, carcasse qui copie et imite l'être effleuré. Il s'implante jusque dans l'esprit qui s'efface, fardeau que de ne jamais être soi.
❧ Occupations : Projectionniste, pour le plaisir des regards avides de curiosités. Voyeur et récolteur d'informations qui se joue de ses habits de chair. La médecine et l'anatomie n'ont également plus aucun secret, avenir brillant dérobé.
❧ Miroir :
❧ Missives : 668
❧ Yeux de verre : 184
❧ Crédits : kidd (ava) / DΛNDELION (gifs)


MessageSujet: « Entre quatre yeux » ❧ Ft. Clarence   Sam 27 Mai - 1:52


« Hey, brother, what you thinking? Leave that old record spinning. You feel the rhythm, going. »

Doux bruit qui court, rumeur qui hante les couloirs, s'envole d'entre quelques lèvres, se murmure, s'ébruite et se dissipe, finissant par être capturé, oreille avisée qui traine, apposée dans un coin alors que les pieds glissent sur le plancher. Toujours en train de trainer quelque part, capturant le fait, mains dans les poches, voyeur qui s'infiltre, silencieux, sens en alerte, pourtant loin de tout masque factice, corps initial conservé depuis la veille, probablement un exploit, entretenait un semblant d'humeur joviale. Faire volte face instantanément alors que la nouvelle percute, changeant de trajectoire immédiate comme si de rien n'était, être de toute manière versatile à qui on ne poserait certainement pas de question, fait courant que d'assister à ce genre de changement d'opinion et de lubie. Rebrousser chemin, dénicher la porte visée, mains dans les poches, à l’abri du moindre contact, silhouettes évitées avec soin dans un étrange ballet lorsqu'elles sont croisées, gestes d'évitement millimétrés, devenus réflexes innés, certainement pas le moment de me perdre. Le sifflement s'élève, raisonne dans les allées, certainement avant-gardiste d'un quelconque coup qui se tramait, plan déjà encré en tête.

L'aiguille se glisse dans la serrure visée, pas la première fois que la porte est ouverte depuis le départ, bien que la chose ne serait certainement pas vantés, dans mon propre intérêt. Devancer le propriétaire. Toujours la même question qui plane malgré le temps qui s’écoule de manière imperceptible, répète, recommence, probablement puérile, compétition ridicule qui ne semble jamais prendre fin. Finir par trouver place derrière le bureau, chaise pivotante investie et appropriée. Ne pas se laisser tenter par les quelques papiers appâts qui gisent, vouloir dénicher l'information qui traine, ne doutant pas que le lieu en pullule une fois que l'on gratte sous la croûte, proliférant dans des dossiers en tout genre. Tout de même terriblement tentant de dénicher le terrible dossier sur lequel était probablement apposé mon nom, voir ce qu'il avait su dénicher ou non, les théories douteuses, hasardeuses, ridicules, fantasmagoriques et vouloir en rire.

Les secondes passent, finissent par s'étirer, se faire longues minutes, commençant à douter de la véracité de la chose, probablement que cette excitation de vouloir le confronter entre ses quatre yeux avait détourné la chose, tout le problème avec ce genre de murmures qui se répandent comme la peste et parviennent aux oreilles du moindre voyeur et commère. Les doigts se glissent dans une poche, en sortent zippo et cigarette, calant le bâtonnet entre les dents après une bouffée bienfaitrice qui parcours la trachée, addiction à peine voilée, comblée par l'abondance de tabac des années vingts accessibles bien trop aisément, poches et planques remplies à rebords avec satisfaction.

Pourtant le soulagement vint, se manifestant sous forme de pas qui s’arrêtèrent devant la porte pour l'ouvrir. Retournement de fauteuil qui en deviendrait presque cliché au moment opportun, traits fermés, strictes, bras croisés sur le torse, bâtonnet toujours entre les lèvres. « Je peux savoir où t'étais Bannerman ? » Reproche à peine voilé qui s'échappe, usant intentionnellement de ce nom, emprunt d'irritation. Disparition qui durait depuis bien trop longtemps sans la moindre once de réponse, envolé du jour au lendemain, volatilisé, alors que cette terrible boucle étrangère devait être retournée de fond en comble, voyant s'enchainer les échecs cuisant en solitaire, moitié d'un duo bancal qui se devait de collaborer. Or, l'autre, s’était permis des vacances à péta-ouchnoque, s'étant bien gardé de glisser un quelconque mot, amère frustration d'avoir été laissé derrière sans même une phrase, un salut, une quelconque manifestation. Jalousie enfantine que d'avoir à lui demander des comptes qui, au final, importaient peu.     






Dernière édition par Galahad L. Ednyfed le Dim 11 Juin - 13:27, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Clarence F. Bannerman

avatar
- Garde tout le monde à l'oeil -
❧ Boucle Temporelle : 22 mars 1941, retourné à une Guerre qu'il crut avoir un jour classé dans son passé.
❧ Particularité : Les paumes de ses mains se sont un jour courbées de deux yeux supplémentaires. Deux paupières qu'il condamne depuis à l'obscurité.
❧ Occupations : Curiosité ou intentions cachées, il remplit les pages de ses dossiers aux couvertures criblées des noms des syndrigastis qu'il rencontre.
❧ Miroir :
❧ Missives : 428
❧ Yeux de verre : 91
❧ Crédits : © Mad Hattress | Ananas de mes nuits et de mes jours


MessageSujet: Re: « Entre quatre yeux » ❧ Ft. Clarence   Mer 31 Mai - 0:21


"Entre quatre yeux"
GALAHAD & CLARENCE

     Il resta là-bas bien trop longtemps, sous le joug d’une promesse faite par une femme à le suivre, et comment pu-t-il un jour lui permettre d’avoir cet ascendant sur lui ? Cela l’avait terrifié, lorsque ses pas s’étaient arrêtés dans leur course et qu’il vit derrière lui tout le chemin à parcourir au retour. La mer s’était entendue, loin du pays qu’il avait quitté, plus longue à traverser qu’à l’aller. Il dût plonger dans Londres et elle lui fût soudain étrangère. Laide, baignée par une vague de corps paradant si simplement devant des toiles publicitaires grignotant les murs et le ciel. Les décombres s’étaient relevés, dorant au soleil d’un été que lui-même n’eut plus vu depuis longtemps. Le futur et ses secrets se trouvèrent à sa portée, et il n’eut d’autre envie que celle de retrouver son passé.
     Il n’était pas prêt, ne le serait certainement jamais. Il put se vanter de connaître le monde qu’il habitait, et sa soif de savoir eut pourtant ses limites bien trop près de ses craintes. Elles furent banales, décevantes presque, alors que tout à chacun se méfiait de demain. Il en avait honte lui-même, assurant d’une posture trop droite qu’il put supporter le 21ème Siècle, et la raideur de son corps fût chaque fois prête à se briser dès la première secousse. Raison pour laquelle il lui fallut revenir, les mains vides de réponses car il s’était convaincu depuis longtemps que le futur n’eut rien à lui apporter. Il n’était jamais question que d’une vérité qu’il souhaitait ne jamais connaître, et cela suffit à lui faire détester une part entière du monde. Seul son sac revint chargé du poids de ce qu’il eut rapporté malgré lui. Les lianes en cuir lacéraient l’intérieur de son gant en lui rappelant sa faiblesse. Car aucun homme, aussi réticent qu’il puisse l’être, ne sut résister à la nouveauté qui lui avait manqué. Alors peut-être la fuit-il d’un pas aussi pressé qu’une amie ne put ralentir, mais il n’avait pu s’empêcher de subtiliser à ce voyage voulut unique, quelques souvenirs à chérir. Peu, encore, pour ne pas avoir à accorder une place trop grande à cet ennemi déjà fréquenté de trop près.

     1941 vint l’étreindre, son pied à peine posé à terre. Moins vivante et insouciante que l’époque qu’il venait de quitter, et elle l’enveloppa aussi tendrement qu’une mère aimante. Une sensation dont il s’éprenait facilement, et fût-elle peut-être la raison qui l’amena chaque fois à repartir. Pour le plaisir de ses retours et des accueils qui durent les suivre. Il revint cette fois sans saluer aucun ami, las d’un voyage et plus encore d’une compagnie. Laissée derrière pour qu’il puisse s’acquitter de sa solitude, et son parfum encore hantait la fibre de ses vêtements, entêtant alors qu’il avait presque réussi à l’oublier. Il lui donnait l’impression qu’elle le suivait à la trace, et il ne courut jamais que pour fuir un fantôme. Les couloirs étaient calmes dans leurs quelques murmures, et même ces derniers durent s’éteindre contre la porte derrière laquelle il se fit avaler. Trop facilement, le chambranle mis à nu contre le vide d’une pièce que l’on eut préalablement ouverte.
     Galahad l’y attendait, enveloppé d’une fumée devenant entre quatre murs l’illusion d’une brume. Il put se féliciter de cette apparition certainement travaillée finement avant son arrivée, se délecter du léger sursaut qu’il arracha à Clarence. Lui qui ne sut d’abord comment prendre sa provocation. Ses traits s’assombrirent naturellement, mais furent tiraillés entre agacement et frustration. Un premier qu’une intrusion dût mériter et attendre, et le second ne fût qu’excuse à s’apitoyer. Il s’imaginait sombrer dans son lit, et celui-ci disparaissait dans la distance du temps qu’il devrait accorder à une remontrance.
« Tu parles comme une femme délaissée. »
     Les syllabes étaient sèches, ponctuées avec violence contre un point devenu mur. Il laissa tomber son sac au sol, retira sa veste pour la pendre, violé dans son intimité en perpétrant ces gestes anodins. Que cette tirade dont il fit les frais puisse être teintée d’humour ou réellement faite d’accusation, il ne réussit à la supporter. Autant que ces bras croisés en l’attente d’une excuse, et de cette cigarette qui se consumait lascivement. Elle était une provocation de plus dans la lenteur de ses mouvements. Ses fumées ondulaient contre la joue de Galahad, voulant avec feinte rendre légitime sa présence ici.
« A quoi joues-tu ? »
     Les gants en cuir retombèrent sur le bureau, l’un dessus l’autre comme deux amants ; bientôt écrasés sous le poids d’une main aplatit contre le bois.
« Je suis fatigué, mieux vaut pour nous deux remettre cette conversation à plus tard. J’espère que tu as pris plaisir à mettre ton nez dans mes affaires autant qu’à te vanter d’avoir forcé la porte en prenant le culot de m’attendre ici. »
     Il s’en voulut presque de son agressivité après ce qu’ils eurent trop récemment traversés ensemble. Sans l’oublier, il ne put lui accorder ces libertés qu’il tentait de lui arracher. Il avait eu confiance de croire que leur rivalité ne déborderait jamais sur ces règles établies en silence, l’une d’elle voulant préserver sa propre tranquillité. Des attentes utopiques venues décevoir à cet instant mal choisi.




TROUBLED PLAYER - “A desk is a dangerous place from which to view the world.” John Le Carré.
Revenir en haut Aller en bas
Galahad L. Ednyfed

avatar
- Imitateur excentrique -
administrateur
❧ Boucle Temporelle : Grondements infernaux qui déchirent les cieux, l'apocalypse journalière de quarante-et-un.
❧ Particularité : Échine capricieuse qui prend le code soufflé, carcasse qui copie et imite l'être effleuré. Il s'implante jusque dans l'esprit qui s'efface, fardeau que de ne jamais être soi.
❧ Occupations : Projectionniste, pour le plaisir des regards avides de curiosités. Voyeur et récolteur d'informations qui se joue de ses habits de chair. La médecine et l'anatomie n'ont également plus aucun secret, avenir brillant dérobé.
❧ Miroir :
❧ Missives : 668
❧ Yeux de verre : 184
❧ Crédits : kidd (ava) / DΛNDELION (gifs)


MessageSujet: Re: « Entre quatre yeux » ❧ Ft. Clarence   Mer 31 Mai - 20:22


« Hey, brother, what you thinking? Leave that old record spinning. You feel the rhythm, going. »

Irritation palpable, le ton est visiblement donné, bien loin des retrouvailles idylliques bras dessus, bras dessous des films de voyages en tout genre, sur un quelconque quai de gare. Les mots fusent, nouvelle bouffée bienfaitrice avalée avec mécontentement s'envolant dans un soupir nuageux qui s'évapore dans l'atmosphère se faisant soudainement pesante, malgré la délicieuse satisfaction d'avoir capturé son expression au moment opportun. L'agacement monte au rythme des répliques, n'offrant pour réaction qu'un sourcil qui se hausse. « Je ne vois pas pourquoi je te ferai ce plaisir. » Gosse capricieux qui se relève, incapable de rester en place et assit à ne rien faire une seule seconde de plus, réplique tout aussi sèche que celle du voyageur qui s'élève.  

Curiosité malsaine qui reprend le pas malgré tout, détaillant un instant sa silhouette dans l'espoir de dénicher un quelconque indice sur la destination qui se serait glissé dans le tissus de ses vêtements, apposant le regard sur ce sac de voyage arboré et relâché au sol, ce qui incluait donc qu'il ne s'était bel et bien pas fait kidnappé par l'horrible Condor aux intentions plus que douteuses au vu des dernières mésaventures pour le moins rocambolesques. Après tout, cette option restait envisageable jusqu'à maintenant, il suffisait de songer à l'endroit où nous avions atterrit la dernière fois.

« Après tout nous avons servi de pantins dans une boucle sortie d'on ne sait où, avec pour maître de cérémonie un type au nom plus que douteux, capable de faire des allées et venues comme bon lui semble dans notre boucle, mais tout va bien dans le meilleur des mondes, Clarence Bannerman décide de prendre des vacances à Pétaouchnok pendant que je me tue à retourner cette foutue boucle de fond en comble pour trouver ce qui y cloche. » Tirade digne d'un ouvrage de Marcel Proust qui s'élève en réponse, s'évaporant dans l'air. « Et ce, sans un mot à qui que ce soit bien entendu. » Soupir qui en découle, droit comme un poteau au beau milieu de la pièce, impression de gronder avec lassitude un adolescent venant de fuguer par caprice.

Pointe de jalousie enfantine qui se glisse pourtant, silencieuse et non avouée, voyages tant rêvés pourtant interdits, ne vivant les grandes escapades que par procuration et autres ouvrages en tout genre, de crainte de provoquer un enchainement de catastrophes et d'incidents si ce corps capricieux se retrouvait un tant soi peu éloigné de son élément naturel et de sa cage temporelle, amertume qui resterait certainement à jamais gravée au fond de la gorge, certainement piégé d'avantage que les autres. Frustration que de savoir que ce soit lui, parfait rival, qui fut amené à jouer les explorateurs.

« Rassures-toi, je n'ai pas touché à un seul de tes précieux dossiers. » Phrase marmonnée en une grimace, à peine audible, jetée au vol comme s'il en oubliait les principes et fondements, alors que les doigts se glissent dans les poches. Mal me connaître, un manque de confiance porté qui ne fait qu'envenimer la chose. Bonne foi et soupçon d'engagement qui furent toujours restés inaudibles présents entretenus avec ferveur, bien que l'envie de retourner le moindre centimètre carré de la pièce brûlait encore dans les entrailles aujourd'hui. Seuls quelques cheveux furent le fruit de la seule et unique infraction précédente.  






Dernière édition par Galahad L. Ednyfed le Dim 11 Juin - 13:28, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Clarence F. Bannerman

avatar
- Garde tout le monde à l'oeil -
❧ Boucle Temporelle : 22 mars 1941, retourné à une Guerre qu'il crut avoir un jour classé dans son passé.
❧ Particularité : Les paumes de ses mains se sont un jour courbées de deux yeux supplémentaires. Deux paupières qu'il condamne depuis à l'obscurité.
❧ Occupations : Curiosité ou intentions cachées, il remplit les pages de ses dossiers aux couvertures criblées des noms des syndrigastis qu'il rencontre.
❧ Miroir :
❧ Missives : 428
❧ Yeux de verre : 91
❧ Crédits : © Mad Hattress | Ananas de mes nuits et de mes jours


MessageSujet: Re: « Entre quatre yeux » ❧ Ft. Clarence   Dim 4 Juin - 1:19


"Entre quatre yeux"
GALAHAD & CLARENCE

     Il fût bête de croire que ses mots l’en débarrasseraient ; Galahad n’avait pu savourer pleinement les conséquences de son intrusion. Il avait l’audace de s’accorder le refus de sortir, et plus encore de s’agacer de cette situation comme s’il en fût la victime. Tout cela devenait grotesque, incompréhensible pour Clarence jusqu’à ce qu’il ait à entendre la raison de sa visite. Il ne sut quoi penser, ni quoi répondre, et prit seulement l’initiative de se dresser à sa hauteur pour entendre ce qu’il eut à dire, la glabelle creusée de quelques rides, car cette vérité nourrit sa contrariété bien plus qu’elle ne la soulagea. Sa version de l’histoire sonnait faux. Aussi simplement, à l’image de tous ces reproches qu’il eut un jour entendus. A l’époque il put les fuir, en tournant les talons et en marchant là où ses pas le lui permirent. Il eut chaque fois un lieu pour l’accueillir, loin de Londres ou de Manchester, selon la femme à qui tourner le dos. Elles apprirent à lui accorder une trêve lorsque la vanité de son silence menaçait de le faire disparaître un temps. Mais il n’eut nulle part à présent pour fuir, condamné à cette chambre et à ses voisins. Ceux-là ne connurent plus l’intimité une fois dans les Quartiers, frappant à sa porte, entrant chez lui comme bon leur semblait. Il y’eut toujours une personne pour l’importuner, lui laissant chérir sa solitude car il fût difficile de les ignorer. Intégrer les boucles semblait inclure de devoir s’accommoder à la vie en communauté, et aussi difficile puisse-t-il parfois être pour lui, il restait ironique qu’il fût le seul à s’imposer cette vie. Existence, si l’on voulut être précis. Il se serait ennuyé bien loin de ces particuliers, seul conscient à vivre sans repère dans une foule revenant chaque jour en arrière. Plus qu’il ne s’ennuyait déjà, s’imaginait-il pour justifier sa présence. Lui aussi avait finit par se servir chez les autres comme s'il y fût chez lui. Cette décision ne l’empêcha pas de regretter son époque faite de peu d’amis, où aucune autre personne autre que ses proches ne purent connaitre la destination menant chez lui. Non car elle fût un secret, mais parce que peu se souciaient de la connaître. Cela lui allait, d’autant qu’il n’eut personne à retrouver assis dans son bureau une fois rentré.
« Je ne sais quoi te dire. »

     Sa main revint trouver le contact du bois, glissée bruyamment en une caresse contre le silence. Il la suivit pour s’asseoir, sa semelle sale grattant le sol. Sa patience se relevait de trop d’épreuves, incapable de devenir colère alors que le poids de cette dernière s’appuyait douloureusement contre sa cage thoracique. Le coup de la surprise, et d’une désinvolture qu’il ne put résoudre par la violence – si tenté qu’il puisse contrôler la sienne. Ses phalanges se repliaient nerveusement en arcs contre le bureau, et il se surprit pourtant à réprimer un sourire creusé contre sa joue. Une partie de cette histoire l’amusait. Il voyait son aide sollicitée par l’homme qu’il détestait voir le devancer, et relevait cette faiblesse avec un plaisir à peine feint. Mais ce plaisir se heurtait à la sécheresse préservée de ses mots, alors qu’il se faisait orgueilleux dès lors qu’un reproche lui était fait. Une mauvaise habitude difficile à changer après tant d’années.
« Tu es capable de te débrouiller seul, et je ne pense pas non plus devoir t’informer de chacun de mes faits et gestes. »
     L’importance de leur alliance devint soudainement moindre, niée au même titre que leur amitié sans nom. Il leur imposait des limites, et venait celle de la culpabilité qu’il se refusa à accepter. Ce départ lui avait été nécessaire, pour ce qu’il trouverait une fois arrivé en 2016. Une amie manquante, comme une part de lui-même. Trop sentimental et il s’y fût habitué. Il s’en était sevré pensait-il, ou du moins avait-il apprit à être sans elle. Mais l’importance d’une nouvelle boucle ne put égaler leurs retrouvailles, alors qu’affection et colère se furent douloureuses jusqu’à elles. Il en avait oublié 1928, ses incidents autant que ceux qui s’étaient déroulés plusieurs mois avant. La curiosité ne l’avait pas quitté, et de son défaitisme naissait l’idée qu’ils ne pourraient expliquer ce qui fût en train de leur arriver. Ils étaient des « pantins » comme aimait le dire Galahad ; des vaches à l’abattage, impuissantes jusqu’à se complaire dans leur ignorance. L’idée l’agaçait bien plus qu’il ne l’acceptait, mais il n’eut avant de retrouver une bouffée d’air frais auprès de Daphné, le recul nécessaire pour retrouver l’envie de s’y empêcher. Dans quelques jours plus qu’à présent, car il fût encore euphorique en sachant cette femme à nouveau dans sa vie. Il s’en voudrait plus tard d'un tel engouement.
« J’ai dû m’absenter, retrouver une amie – précisa-t-il en souhaitant qu’une réponse moins vague lui épargnerait les détails. C’était important. Explique-moi ce que tu as trouvé, que je rattrape mon retard. »
     Sa voix devint soupire. Il croisa ses jambes et y déposa un coude, recroquevillé sinon affalé contre la main tendue vers son visage. Sa mâchoire s’articulait contre ses doigts, bois tendre que la chair d’une main voulut aider à tenir.
« Si tu n’es pas seulement venu pour me reprocher mon absence. »
     Il en avait oublié les dossiers, et le soulagement de les savoir intact eut effet à l’apaiser. Paradoxalement il ne sut quelle version de cette entrevue il aurait préféré affronter. Un tour dans ces dossiers qui depuis des années trop nombreux s’effeuillaient en une marée de papiers tâchés à l’encre. Les mots étaient redondants, l’écriture chaque fois moins précise. Il y’eut de moins en moins de notes à écrire, et il ne put de toute façon se souvenir de chacune d'elles après si longtemps. Tout ce qu’il chérit à son aveux fût le respect accordé à ses affaires, comme s’il put y avoir une limite à entrer en effraction chez lui.
« Tu m'en verrais déçu. »
     Contrarié, s'il eut cherché une réponse moins filtrée.




TROUBLED PLAYER - “A desk is a dangerous place from which to view the world.” John Le Carré.
Revenir en haut Aller en bas
Galahad L. Ednyfed

avatar
- Imitateur excentrique -
administrateur
❧ Boucle Temporelle : Grondements infernaux qui déchirent les cieux, l'apocalypse journalière de quarante-et-un.
❧ Particularité : Échine capricieuse qui prend le code soufflé, carcasse qui copie et imite l'être effleuré. Il s'implante jusque dans l'esprit qui s'efface, fardeau que de ne jamais être soi.
❧ Occupations : Projectionniste, pour le plaisir des regards avides de curiosités. Voyeur et récolteur d'informations qui se joue de ses habits de chair. La médecine et l'anatomie n'ont également plus aucun secret, avenir brillant dérobé.
❧ Miroir :
❧ Missives : 668
❧ Yeux de verre : 184
❧ Crédits : kidd (ava) / DΛNDELION (gifs)


MessageSujet: Re: « Entre quatre yeux » ❧ Ft. Clarence   Sam 17 Juin - 12:33


« Hey, brother, what you thinking? Leave that old record spinning. You feel the rhythm, going. »

Bâtonnet qui se consume de lui-même entre les dents, presque arrivé à son terme. Dernière bouffée arrachée et qui s'élève, vaporeuse, glissant jusqu'à la fenêtre pour le faire disparaître dans la fraîcheur nocturne qui tombe à peine, se logeant dans l'humidité d'une gouttière, un peu plus bas. Le verre est refermé avec soin, geste probablement intrusif, à défaut de devoir l'éteindre sur un quelconque meuble. L'odieux ballet nocturne ne tarderait pas, enfer qui se déverserait comme chaque soir à l'autre bout de Londres, dégueulant ses flammes enragées, comme si le monde avait été figé avant sa destruction totale, paroxysme d'une horreur sans nom, spectacle grandiose et qui pourtant ne provoquerait qu'un frisson d'effroi remontant le long d'une échine mitigée.

Les doigts se glissent dans le tissus, enserrent le zippo d'argent qui s'y trouve pour en déloger le couvercle, toujours aussi lisse et clinquant qu'au premier jour dans cette boucle, cadeau d'une des ainées précieusement conservé. Geste millimétré et répété en boucle loin du regard de l'autre, propriétaire des lieux violés. « Qu'est-ce qu'il y a à dire franchement ? » Geste et mouvement de bras emprunt de frustration perceptible, éludant presque le sujet fâcheux et précédent. « J'ai écumé les échecs avec cette sensation d'avoir été tourné en bourrique. Le néant, rien, zéro, nul, nada. » Synonymes marmonnés et qui s'extirpent difficilement entre les dents, croisant les bras en une moue contrariée, ne doutant pas qu'il devait très certainement en jubiler, savourer délicieusement mon échec cuisant en imaginant les multiples tentatives toutes aussi peu fructueuses les unes que les autres, peu importe la malédiction alliée ou non que portait ma carne. Cette boucle en deviendrait presque un mythe, dont l'existence et les informations sont aussi trouble que celle fuitant de la zone cinquante-et-un.

« Ça empeste les ennuis à plein nez. » Préférer y ajouter l'intuition personnelle, le ressenti, accompagné d'une grimace qui en dit long. Ne pas savoir. Une chose terriblement frustrante, vide dérangeant, surtout dans ce genre de situation où la méfiance est maîtresse. L'image de l'autre soir s'y glisse, agrémente cette sensation d'échec et que nous n'étions que des pions, peau inoffensive qui ne trouvait plus ses jeux d'imitation et son besoin de reproduire le code insufflé, enserrant la gorge l'espace d'une seconde tout en évitant de songer à la valseuse et au raz-de-marrée qui en découla. « J'ignore comment, mais quelque chose a réussi à effacer ma particularité temporairement. » Non pas que la chose serait à plaindre évidement, désir de normalité à fleur de peau, bien que la chose avait été tout de même dérangeante de par l'incapacité de contrôler quoi que ce soit. Sensation que nous étions parfaitement inoffensifs dans ce mille-neuf-cent-vingt-huit, quand bien même nos capacités auraient pu se révéler un tant soi peu offensives, seule arme connue pour ma part n'étant que la fourberie d'un habit de chair.

Mémoire qui glisse un autre souvenir, celui du but de la sortie initial, glissant les doigts dans une nouvelle poche pleine, sortant la maigre boite de conserve encore clause. Rondelles de fruits baignant dans leur jus sucré, terriblement rare en notre temps de guerre interminable, denrée prisée à l'étiquette arrachée et qu'on tenterait de faire passer pour de la soupe à la contenance douteuse. Un petit malin qui s'amusait à remplacer les noms pour rebuter les estomacs appâtés par la gourmandise d'une friandise. Très certainement les Ymbrynes par souci de conservation de la denrée. Elle est lancée en direction de Clarence dans un désintérêt presque total, offrande soudaine voilant très certainement une once d'inquiétude de par son périple, ne doutant pas qu'il devait être certainement affamé. « Des rondelles d'ananas. Ça fait un moment que j'ai compris le stratagème. Je devais les remettre au placard de toute manière. » Larcin dicté par un emprunt de la veille, envie dérobée dans les placards avant qu'il ne s’envole avec les effluves d'une échine perdue désormais dans un néant, dévorées par les traits initiaux qui avaient repris leur juste place. Soupir qui s'élève, tâchant de faire revenir le calme dans une tempête qui menaçait de gronder. « C'était comment ? Je veux dire, là où tu es allé. » Curiosité prenant le pas, comme toujours, phrase d'une banalité sans nom qui en devient presque dérangeante avec cet interlocuteur.


HS:
 



Revenir en haut Aller en bas
Clarence F. Bannerman

avatar
- Garde tout le monde à l'oeil -
❧ Boucle Temporelle : 22 mars 1941, retourné à une Guerre qu'il crut avoir un jour classé dans son passé.
❧ Particularité : Les paumes de ses mains se sont un jour courbées de deux yeux supplémentaires. Deux paupières qu'il condamne depuis à l'obscurité.
❧ Occupations : Curiosité ou intentions cachées, il remplit les pages de ses dossiers aux couvertures criblées des noms des syndrigastis qu'il rencontre.
❧ Miroir :
❧ Missives : 428
❧ Yeux de verre : 91
❧ Crédits : © Mad Hattress | Ananas de mes nuits et de mes jours


MessageSujet: Re: « Entre quatre yeux » ❧ Ft. Clarence   Sam 24 Juin - 16:13


"Entre quatre yeux"
GALAHAD & CLARENCE

     Il était devenu plus prévisible qu’il se l’était imaginé – l’avait peut-être même toujours été en se voilant la face sur ce qu’il put feindre – car rien ne put arrêter le fin sourire dessinant ses lèvres d’une courbe. Le plaisir soudain de n’avoir rien manqué, de pouvoir rentrer dans son époque en sachant qu’elle l’avait attendue. Il couvrit finalement son sourire d’empathie, et sa déception solidaire ne fût jamais offerte que par politesse. Son œil était devenu brillant, l’échine relevée comme s’il venait de trouver son compte dans cette conversation.
     Puis il y’eut cet orgueil, tenace et fier, lui rappelant que Galahad fût là pour de mauvaises raisons. Le tabac empestait, imprégné dans les rideaux et les rainures du bois. Un fantôme dont il n’était pas maître et dont il devrait supporter la présence jusqu’au prochain renouvellement de la boucle. Il finirait par changer les serrures, demander de l’aide à Maxine pour repousser les intrusions répétées de ses voisins de palier. Mais cela ne changeait rien à ce qui les avait amenés à entrer, et jusqu’à présent il ignorait encore les raisons de la présence de Galahad. De l’inquiétude ou de l’affection comme le trahissait la pauvreté de ses arguments, et l’admettre aurait menacé la pudeur de leur amitié. Il pensa aussi qu’il ne put être assez bête, après des années à entretenir l’ascendant aléatoire qu’ils eurent l’un sur l’autre, pour venir chez lui les mains vides de mots. Il sentait que la vérité ne lui plairait pas, tout autant que devoir le lui arracher. Il abandonna de lui-même la bataille qu’il estimait pouvoir gagner, en prenant conscience qu’il ne souhaitait cette victoire, si elle put exister à mesure que cet enchevêtrement de maladresse les enserrait tous deux à la gorge. Abandonner, et son orgueil fût difficilement ravaler.
« Nous y retournerons. »
     Il détesta soudain ce qui semblait être une promesse. Un de ces engagements qu’il eut du mal à tenir, et qui fût ici le résultat de cette clémence qu’il accordait trop facilement. Il se convainc qu’elle ne fût qu’un moyen trouble de se débarrasser de lui, et voilà un jeu qu’il ne sut jamais maîtriser entièrement. Puis la fatigue le rattrapa, échappée par un bâillement soufflé contre le dos de sa main. Une secousse d’endorphines voilant ses yeux d’humidité et le parcourant d’un frisson. Il eut à peine le temps de recouvrer la vue qu’il se vit rattraper la boite de conserve jetée par Galahad. Il détailla l’étui sourcils froncés, voulant presque lui faire remarquer que ce n’était pas de fruits dont il avait besoin. De la tranquillité, une nuit de sommeil, une pièce solitaire où le tabac n’avait pas fumé les meubles. Le silence était total entre leurs phrases et il accusa chacune d’entre elles de le compromettre. La conserve roula alors entre ses doigts, saisie d’une main pour être reniée contre la surface du bureau, oubliée derrière lui et il s’acquitta pourtant d’un « merci » avant de suivre le cheminement d'une nouvelle question.
« Je ne sais pas. Trop lointain ? »
     Et si ça ne l’avait pas été, certainement que Daphné n’y serait jamais allée.
     Il balaya d’une main les images que sa mémoire semblait chercher, les souvenirs de son voyage déjà grignotés par la peur. Il avait eu le temps de déchiffrer les codes de ce monde, de s’en faire un avis malgré lui, et souhaitait tout autant pouvoir faire abstraction de ce passage à vide. Là-bas il avait essayé de marcher les yeux baissés sur ses chaussures, éviter la foule d’une Île sous-peuplée et se réfugier vers les côtes dénudées pour n’avoir pas à affronter ce qui avait changé. Mais il ne pût échapper à tout, se sentant depuis froissé au cœur comme si on l’avait baigné trop longtemps dans l’eau froide.
« Je ne pense pas que le futur soit une bonne place, ou un sujet que l’on devrait s’autoriser. »
     S’ils ne purent exister là-bas, c’est que le temps, initialement, ne leur avait pas accordé. Leur avait offert une ignorance destinée à les protéger, et cela fût tout ce qu’il sut chérir de sa vie à présent. Étrangement alors qu’il se nourrissait depuis longtemps des vérités, et il laissa à ses connaissances la docile limite de son temps.

     Il se releva, accédant à son sac de voyage pour y dénicher un petit objet en plastique bleu qu’il tendit d’une main à Galahad.
« Regarde à l’intérieur. Si tu tournes la molette des photos défilent. »
     Il n’avait rien osé toucher en 2016, réticent aux multimédias comme aux nouveaux systèmes de chasse d’eau. Puis avait jeté son dévolu sur cette chose une fois ses pas ralentis. D’un œil ouvert dans la cage sombre de cet étui en plastique se logeait des images miniatures de son Londres futur. Seule chose qu’il s’offrit, comme il était agréable de voir ses Eglises et façades remontées, même s’il ne put totalement apprécier leur nouveau genre. Il crut détenir avec ça les clés du futur qu’il avait traversé, fier de sa trouvaille malgré sa culpabilité à l’apprécier. Il pensait que ça pourrait impressionner Galahad, lui faire plaisir car il ne voulut après coup devenir l’homme d’impression revenu d’un voyage.

« Je repense à cette histoire sur ta particularité. Peut-être que cela n’a rien à voir mais la mienne s’est déclenchée peu de temps après la soirée. »
     Des souvenirs trop tôt abordés alors qu’il s’était promis de s’y pencher plus tard. Mais voilà une chose qu’il avait oubliée, imaginant que cette boucle put être déréglée avant qu’il ne s’en échappe simplement.
« Comment était l’expérience ? J’imagine que ce n’était pas un si grand fardeau d’être soi. A moins que ne plus pouvoir porter de robes t’ai manqué. »
     Il n’avait pu s’empêcher une remarque. Bêtement tandis que le souvenir d’une blonde modelée sur le corps de Galahad, puis de dessous visibles de bien trop près, lui donnait encore la nausée.




TROUBLED PLAYER - “A desk is a dangerous place from which to view the world.” John Le Carré.
Revenir en haut Aller en bas
Galahad L. Ednyfed

avatar
- Imitateur excentrique -
administrateur
❧ Boucle Temporelle : Grondements infernaux qui déchirent les cieux, l'apocalypse journalière de quarante-et-un.
❧ Particularité : Échine capricieuse qui prend le code soufflé, carcasse qui copie et imite l'être effleuré. Il s'implante jusque dans l'esprit qui s'efface, fardeau que de ne jamais être soi.
❧ Occupations : Projectionniste, pour le plaisir des regards avides de curiosités. Voyeur et récolteur d'informations qui se joue de ses habits de chair. La médecine et l'anatomie n'ont également plus aucun secret, avenir brillant dérobé.
❧ Miroir :
❧ Missives : 668
❧ Yeux de verre : 184
❧ Crédits : kidd (ava) / DΛNDELION (gifs)


MessageSujet: Re: « Entre quatre yeux » ❧ Ft. Clarence   Mar 27 Juin - 17:16


« Hey, brother, what you thinking? Leave that old record spinning. You feel the rhythm, going. »

Ce qui semble être un semblant de promesse s'élève, provoquant un haussement de sourcils alors que les doigts retournent au fin fond des poches et leur obscurité abyssale. Incapacité de savoir si la réplique fut espérée ou non en fin de compte, prudence murmurant qu'il vaudrait peut-être mieux se recentrer sur les autres affaires, oublier ce qui semble de toute façon nous dépasser. Ce qui servait très certainement d'excuse pour tenter de justifier une présence intrusive tout comme une irritabilité très certainement infondée. Vérité honteuse que d'espérer l'escapade de par cet éternel jeu immature manqué et son retour, chercher une distraction silencieuse sans pour autant la quémander l'attention de vive voix, les mots ne feraient qu'arracher l’œsophage. Idiot de croire en cette maigre consolation.

L'intérêt fut cependant regagné alors que les brides d'une escapade que Clarence avait tenté de garder pour lui-même s’échappèrent. Futur lointain, voilà où il semblait s'être réfugié. Bon nombre avaient été les récits, les murmures de ce temps qui continuait de filer en dehors, les ouvrages rapportés avec soin, loin de ce qui semblait d'avantage ressembler à une boule à neige, prison temporelle à la fois détestée et adorée depuis le premier jour, devenu pourtant presque aussi flou et troublé que l'existence avant qu'elle ne fut arpentée. Les années filent et pourtant 1941 reste figé dans ses horreurs au point de ne plus avoir souvenir d'un monde hors de cette guerre sans fin, absurde et répétée, gamin n'étant jamais parvenu à atteindre la trentaine devenu trop vieux pour mettre le nez dehors, quand bien même l'échine capricieuse l'aurait permis en toute discrétion, désormais condamné à errer puis esquiver les affres du temps. « Il nous permet de ne pas oublier que la guerre est terminée. » Hausser les épaules, pointe de jalousie s’immisçant tout de même, malgré les propos qui furent justes. Nous ne devrions pas nous intéresser à ce temps que nous n'aurions de toute manière pas connu.  

L'objet tendu est saisi avec soin, connu sans pour autant me souvenir du nom dont il était affublé, bien que nettement plus évolué que les prototypes abandonnés à l'aube des années cinquante. Curiosité effleurée alors que les mirettes se plongent sur les images. Sourire de mioche qui se fend, dévorant les clichés durant une longue minute, enregistrant les détails, deviner l'esquisse des façades et rues arpentées, chercher les vestiges d'un temps connu, une ancre dans les changements opérés. « J'en avais presque oublié la vision de Londres sans qu'elle ne soit éventrée. » Gosse profitant du jouet entre ses doigts, peinant à en décrocher, imagination fertile essayant tant bien que mal de s'y projeter. Fascination soudaine pour ce temps lointain, alien, qui évolue pourtant à quelques rues à peine, derrière une frontière invisible. « Merci. » Le mot s'échappe tout de même difficilement, pourtant emprunt de cette maigre gratitude d'avoir en quelque sorte partagé ce qui ne serait très certainement jamais effleuré. L'objet, source d'étonnement, est rendu à son propriétaire non sans une certaine pointe d'amertume.  

Sujet plus grave remis sur le tapis, sérieux retrouvant sa place sur les traits, images encore en mémoire, conservées jalousement. Confession d'une mésaventure similaire à la mienne, jeu des particularités qui semblaient dysfonctionner dans ces lieux, s'ajoutant aux autres absurdités sans queue ni tête. Vouloir entamer l'ébauche d'une réplique, coupé au vol par une nouvelle remarque. La pique, s'enfonce, douloureuse, reste au travers de la gorge alors que la mâchoire se crispe. Blessé. Il aurait peut-être mieux valu en rire, jouer de la réussite de cette image qui semble l'avoir tourmenté alors que le tout n'avait été qu'un jeu de plus. Pas ce soir. Pas maintenant. Pas alors que la chose commençait à devenir invivable, tourment de cette maudite malédiction à son paroxysme. Le geste part de lui-même, frappe percutant l'interlocuteur de plein fouet, impulsion idiote pour contrer la réplique cinglante à défaut de parvenir à trouver un quelconque mot. Geste regretté instantanément, violence n'ayant définitivement jamais rien réglé, loin de me ressembler. Pourtant les iris toisent Clarence avec mécontentement alors que leur teinte noisette est oubliée au profit d'un bleu pâle. Forcément, l'échine répète le code insufflé durant la maigre seconde de contact, réorganisant la silhouette qui étouffe désormais dans ses vêtements trop courts. « Et merde ! » Comme si j'avais besoin de ce genre de chose en cet instant.




Revenir en haut Aller en bas
Clarence F. Bannerman

avatar
- Garde tout le monde à l'oeil -
❧ Boucle Temporelle : 22 mars 1941, retourné à une Guerre qu'il crut avoir un jour classé dans son passé.
❧ Particularité : Les paumes de ses mains se sont un jour courbées de deux yeux supplémentaires. Deux paupières qu'il condamne depuis à l'obscurité.
❧ Occupations : Curiosité ou intentions cachées, il remplit les pages de ses dossiers aux couvertures criblées des noms des syndrigastis qu'il rencontre.
❧ Miroir :
❧ Missives : 428
❧ Yeux de verre : 91
❧ Crédits : © Mad Hattress | Ananas de mes nuits et de mes jours


MessageSujet: Re: « Entre quatre yeux » ❧ Ft. Clarence   Dim 9 Juil - 2:33


"Entre quatre yeux"
GALAHAD & CLARENCE

     Son cou s’était dévissé, trop fragile pour recevoir une simple gifle. Il sentait se dessiner la trace d’une main sur sa mâchoire, sa peau brûler d’un feu rougeoyant. Un coup, autant qu’il s’en souvenait, fût toujours douloureux à recevoir, et tout autant moins affligeant que l’incapacité qu’il eut à tous les arrêter. Il aurait dû le voir venir celui-là, dans cette façon que Galahad eut de noircir son regard, assombri de cils tombés sur ses yeux comme deux lourds rideaux, ou parce qu’il avait depuis son arrivée cherché à rendre sa visite désagréable. Clarence se sentit humilié, non pas de recevoir une gifle de sa part - malgré la rage incendiaire menaçant de le lui faire regretter - mais parce qu’il avait bêtement accepté de lui parler lorsque ce dernier se plaisait à le provoquer. Les raisons ne lui avaient pas manqué pour le congédier, et se retrouvait-il une nouvelle piégé par sa patience. Une gifle en fût la perte ; Bien que stupide. Clarence soutenait que sa remarque ne fût là qu’une blague immiscée dans le dessein d’une question qu’il posait avec trop de sérieux, et rares furent les fois où il se remit en question. Ses yeux s’étaient écarquillés par surprise en recevant sa sentence, à l’instant choisi où il acceptait le souvenir de cette fête. Mais venait par ce geste le temps d’une haine vomie car ravalée trop souvent.
« Tu en as assez fait. »
     L’étonnement s’était voilé plus sombrement, sonnant dans ses mots le glas de leurs échanges. Clarence avait repris des pieds le contact du sol, arraché au bureau ayant tout ce temps soutenu sa colère ; et s’il fût bien trop marqué par la violence qu’il eut un jour portée pour renchérir bêtement le coup de Galahad, il cessa bientôt de lui accorder son indulgence. D’une bouderie ridicule certainement, mais il fût selon lui la pire des punitions, lorsqu’aucune tolérance ne put comprendre le comportement auquel il le soumettait. Il le reconnaissait à peine.
« De tes tours de passe-passe qui n’humilient que toi, à cette liberté que tu prends en venant ici pleurer mon attention. »
     La cruauté de ses mots aiguisait ses pensées les plus sournoises. Depuis un temps il ne supportait plus sa maladresse, se lassait d’un travail vers lequel Galahad le ramenait. Cela avec l’idiotie d’un homme revenant après recherches les mains vides. Il venait là essuyer ses échecs, gagner l’intimité qu’une concurrence, autant qu’une alliance, rendaient futile.
« Nous ne sommes pas amis, tu sembles l’avoir oublié. »
     Soutenir son propre regard le rendait mal à l’aise, lui donna l’impression de devenir fou. Il ne choisissait pas les expressions de son visage usurpé. Elles se moquaient de lui dans leur indépendance, le corps étriqué dans ses vêtements, et ce clone arracha bientôt sa pitié. Une ride vint creuser la rage de son visage, fissurant d’une seule vague la solennité de ses colères. Elles existèrent dans leur sincérité, tombant en lambeaux sous le poids d’une compassion qu’il avait appris à adopter pour lui. Bêtises, assurait-il. Galahad ne pourrait une nouvelle fois se cacher derrière le fardeau de sa particularité. Le plus difficile fût de croire qu’il put l’utiliser contre lui, se cacher derrière d’autres images pour éviter d’avoir à lui faire face. Devenir lui, car il sut certainement au regard d’une commissure de lèvre crispée, que Clarence détestait le voir porter ses traits. Étranger à son image, il sentait pourtant le tranchant de sa phrase fendre sa propre chaire. Abandonné soudain bien plus qu’il n’abandonnait. Blessé seul par ses mots, bien qu’ils fussent partagés avec conviction.
     Il se dirigea vers la porte du bureau d’un pas assuré, les phalanges secouées de nervosité contre sa hanche. L’autre main s’agrippa à la porte, l’ouvrant en grand sur le vide du salon. Sombre et calme comme la nuit devait l’être, voulant aux bordures des lueurs échappant au bureau, les engloutir ensemble dans l’obscurité. Une invitation à sortir, à disparaître, alors qu’une joue ne trouverait plus aussi agréable de reposer contre un coussin ce soir. Il aurait tout aussi bien pu joindre ses doigts dans son poing, le plus décevant restant qu’il n’eut finalement pas répondu à sa question. Comme si Clarence était encore attaché à l’entendre. Et dire qu'il lui avait prêté son jouet.




TROUBLED PLAYER - “A desk is a dangerous place from which to view the world.” John Le Carré.
Revenir en haut Aller en bas
Galahad L. Ednyfed

avatar
- Imitateur excentrique -
administrateur
❧ Boucle Temporelle : Grondements infernaux qui déchirent les cieux, l'apocalypse journalière de quarante-et-un.
❧ Particularité : Échine capricieuse qui prend le code soufflé, carcasse qui copie et imite l'être effleuré. Il s'implante jusque dans l'esprit qui s'efface, fardeau que de ne jamais être soi.
❧ Occupations : Projectionniste, pour le plaisir des regards avides de curiosités. Voyeur et récolteur d'informations qui se joue de ses habits de chair. La médecine et l'anatomie n'ont également plus aucun secret, avenir brillant dérobé.
❧ Miroir :
❧ Missives : 668
❧ Yeux de verre : 184
❧ Crédits : kidd (ava) / DΛNDELION (gifs)


MessageSujet: Re: « Entre quatre yeux » ❧ Ft. Clarence   Lun 17 Juil - 0:42


« Hey, brother, what you thinking? Leave that old record spinning. You feel the rhythm, going. »

Suffocation. Échine trop grande qui se retrouve entravée,  n'augmentant que cette sensation d'étouffement. Claustrophobie constante que d'être enfermé dans la carcasse d'autrui. Idiot. Imbécile. Impulsivité méconnaissable qui n'avait pas lieue d'être. Regret instantané du geste insufflé dont l'écho invisible se marquait encore sur une paume qui fut désormais affublée d'une paupière, maudissant mes propres doigts d'avoir entamé la chose, comme s'ils eurent été désobéissants. Culpabilité soudaine qui pèse, alors que l'autre, l'original, s’assombrit, ouragan en prévision, pouvant presque sentir les affres d'une tempêtes qui s'élève. Affrontement très certainement ridicule de parfaits jumeaux, crédibilité de la chose très certainement remise en doute pour tout individu qui tenterait de s'immiscer dans les lieux.  

Doigts qui enserrent les paumes, boules empruntées et douloureuses, mirettes falsifiées et clauses qui y trônent, aveugles, oubliant déjà leur présence légitime sous ce faciès. Remarque qui ne fait qu'enfoncer l'aiguille, lame chauffée à blanc et parfaitement vicieuse lancée au vol, conséquence du geste, blessé de plus belle en plein orgueil alors qu'ils parviennent à l'oreille. « Tout le monde n'a pas le luxe d'être affublé d'une simple paire d'yeux supplémentaire. » Syllabes sifflées entre les dents, venimeuses, dégueulée tant bien de mal, amertume que de les entendre par ces même cordes vocales qui venaient de vociférer la remarque cinglante. Unique réplique et phrase rétorquée, marquant très certainement sa victoire dont il jubilerait, ne cherchant pas à lui donner tord, courbant l'échine, alors qu'il eut plus que certainement raison, bien que détestant le fait qu'il pointe la chose. Idiotie que d'avoir investi les lieux, venu le narguer, chercher un jeu qui ne serait de toute façon pas venu ce soir, l'avoir choisi comme distraction à l'évocation de son retour.  

« Tu es ridicule. » Rire nerveux, le rictus se fend de lui-même sans qu'il ne puisse être retenu. Dernière remarque donnant l'impression d'avoir à faire à un enfant boudeur qui revendique sa solitude après une chamaillerie. Triste vérité que de l'être pourtant tout les deux.  « Tu parles comme un gosse capricieux. » Ton emprunté, glacial, écho d'une phrase qu'il avait prononcé plus tôt dans la soirée, s’infiltrant de lui-même, adoptée et ingurgitée. La grimace suivit lorsque je m'en rendis compte, provoquant presque un frisson tellement la chose fut horripilante en cet instant, dernière des envies que de vouloir adopter ses manies et autre brides de comportement, être forcé d'être affublé d'un tel masque. Ne pas vouloir devenir lui.  

Porte ouverte et invitation à sortir. Mâchoire crispée, préférant tout de même suivre cette mise à la porte nette et précise plutôt que d'enfoncer le clou d'avantage. Tension à son paroxysme que pour subir une nouvelle rafale. De toute manière rien avoir à ajouter. Muet comme une tombe, les pas sont entamés en direction du couloir, sentant le tissus et coutures craquer légèrement sous les mouvements, maudissant une fois de plus le derme capricieux, priant pour que l'original soit regagné aussi rapidement que possible. Furie silencieuse qui marmonnait dans l'obscurité cherchant ses appartements d'une démarche assurée, cigarette allumée et portée aux lèvres dans un geste réconfortant, donnant l'impression d'une bombe ravalant au possible l'implosion.




Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé



MessageSujet: Re: « Entre quatre yeux » ❧ Ft. Clarence   

Revenir en haut Aller en bas
 
« Entre quatre yeux » ❧ Ft. Clarence
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Entre quatre murs [Hypermusic, Pyro & Magneto]
» Discussion entre quatre zieux! C'est entre vous et moi! [Sensei]
» Parce que quatre yeux valent mieux que deux [PV Nuage d'Argent]
» Il est bon de lire entre les lignes, cela fatigue moins les yeux [PV Alh]
» Mes yeux ne sont pas si bas... regarde un peu plus haut ça marchera peut-être mieux entre nous. (suite) //+18// //HENTAÏ//

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Song of the Gears ::  :: Les Archives-