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 Maybe I'm too busy being yours to fall for somebody new | August

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Eustache W. Heddington

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- Husky Docile -
❧ Boucle Temporelle : Londres 1941
❧ Particularité : Se métamorphose en toutou bienveillant aux yeux verrons
❧ Occupations : Horizontale à la nuit tombée
❧ Miroir :
❧ Missives : 156
❧ Yeux de verre : 53
❧ Crédits : (c) mad hattress ♥♥


MessageSujet: Maybe I'm too busy being yours to fall for somebody new | August    Dim 9 Juil - 22:53

Do i wanna know?
If this feeling flows both ways
Sad to see you go
I’ve started hoping that you’d stay
Now that we both know
That the nights were mainly made for saying things that you can’t say tomorrow day
August & Eustache


Reprendre vie. Engoncé dans des vêtements étriqués, une chemise blanche, surmontée d'un veston orné d'une montre à gousset logée dans une poche à l'avant de celle-ci, ainsi que d'une veste cintrée, vivant. Un pas après l'autre, le rythme est encore hésitant. Ton regard inquiet scrute les alentours. Personne ne semble guère prêter attention à un jeune homme boiteux. Tu passes machinalement une main dans ta chevelure en bataille, avant de saisir un paquet de cigarettes de la poche de ton épais manteau. Rapidement, une d'elle se coince entre deux lèvres pincées, elles aussi hésitantes. Une main peu habile saisit le briquet, qu'elle manque une, deux fois, d'échapper au sol. Maladroit comme un nouveau né, évoluant dans un corps d'adulte. Pinçant la cigarette, tu en tires une longue inspiration, tu te plais à observer la fumée s'échapper dans les cieux. Danse aérienne exceptionnellement captivante. Tu redécouvres la sensation de la nicotine dans l'organisme. Elle brûle la gorge, cette première cigarette depuis plusieurs semaines. Elle aussi, elle t'aide à te sentir vivant, à te sentir humain. Car voilà plusieurs semaines que ton enveloppe charnelle humaine n'avait pas refait surface. Les vêtements démangent, tu regrettes amèrement la couverture des poils du chien. Tu regrettes d'être là, bien droit, évoluant dans les rues du New York des années vingt. Tu ne parviens pas à comprendre le moindre signe envoyé par les pulsations de la ville. Ton regard, effrayé, fuit le moindre contact oculaire, et le moindre bruit sourd fait remonter un grondement sourd du fond de ta gorge, vestige d'une animalité embrassée pendant plusieurs jours.

Tu regrettes le calme de l'enveloppe canine. Tu aimerais, là, en plein milieu de la rue, retourner sous cette forme. Ton enveloppe charnelle te gêne, tu t'y sens enfermé, sans la moindre possibilité de salut. Tu es condamné à vivre avec ses sentiments si fondamentalement humains. L'amour. La colère. La honte. Le désespoir. Ceux-ci remontent à la surface à la mesure de vieux compagnons, poussiéreux mais pourtant encore présents, prêts à surgir à tout moment, si la barrière animale s'abaisse. Ton besoin d'affection, lui, se dissipe, laissant place à un infini sentiment de solitude, injustement ressentie. Le remord, déchirant pour l'homme, n'existait pas pour le chien.

New York s'avérait être le refuge idéal pour fuir ce que les boucles étaient entrain de subir. A nouveau, tu étais en fuite, incapable de trouver un foyer sûr. Ton seul havre de paix était compromis depuis longtemps, et le seul nom de l'individu qui en était à l'origine continuait à brûler tes lèvres, incapable de laisser échapper le nom interdit. Et quel nom. Le nom d'une condamnation, d'une damnation. Tu secoues la tête, les pensées se bousculent, incapable d'y faire face tu te contentes de clore les yeux, de prendre une grande inspiration. La foule d'anonymes semble si heureuse. La ville est agitée, et tu t'y perds, caché derrière un écran de fumée. Il te faut parfois réfléchir aux gestes qu'il t'est donné de faire. Un pas, puis l'autre, faire attention à l'équilibre. La marche elle-même est un exercice complexe, bien différent que celle enclenchée par le canidé. De même que la respiration, bien plus saccadée que celle du canidé, doit retrouver un rythme habituel. Tout semble si différent, à hauteur d'homme. Il te faut réapprendre à être humain. Expérience étrange, déroutante, que d'expérimenter le fonctionnement d'un corps que l'on a quitté durant un certain temps. Délaissée l'enveloppe charnelle humaine synonyme de douleurs incandescentes, au profit du calme cocon canin.

Un klaxon de voiture suffit à te dérouter et à te faire perdre l'équilibre. La grande ville s'avale tout d'un coup. Les habitants sur le trottoir te bousculent et te voilà à genoux, au sol, tremblant, n'osant plus relever la tête, de peur de croiser un regard inquisiteur, de peur de découvrir face à toi le visage oublié. Un grondement surgit sans prévenir et te pousse à te remettre debout, et dans un excès de rage, tu bouscules à ton tour les habitants de la boucle, figés dans leur constante valse. Leurs regards te scindent mais tu poursuis, tête baissée, mains tendues, à fendre la foule. S'échapper. Le souffle est coupé. Pris de panique, tu te réfugies dans une ruelle plus petite, où la circulation se fait rare, et appuyé contre un mur plein d'urines, tu laisses tranquillement ta poitrine se soulever au rythme d'une respiration perdue. La tentation grandissante d'ôter ce déguisement, pour reprendre une forme véritable. La nécessité de retrouver le calme d'un esprit pur. Coinçant à nouveau ta cigarette entre tes lèvres, tu saisis ta tête, cherches à faire le vide, à mettre de l'ordre au sein de pensées confuses, mais impossible. Bien trop d'informations pour un nouveau né dans un corps d'adulte. Quelques minutes furent nécessaires à calmer ton esprit engourdit. Tu ne remarquas que tard que la nuit commençait à ensevelir la ville, et le mystère, et l'inconnu, que représentait cette absence de lumière, te saisit d'une panique nouvelle qui t'obligea à quitter ton refuge pour rejoindre à nouveau la foule agitée.

C'est l'odeur qui le trahit, tout d'abord. Par la légère brise, elle te parvint. Elle te figea sur place. Elle était si forte, si envoûtante… Porteuse de souvenirs, dissimulée derrière un voile iodé, rythmé par la brise marine et le clapotait de l'eau sur le bois. Ton corps entier fut saisit d'un frisson violent, qui te paralysa. Ton regard scrutait les centaines d'inconnus, riant aux éclats. Et parmi eux devait nécessairement se trouver son visage joyeux. Il était là. Paniqué, incapable de bouger, tétanisé. Tes jambes se refusaient à leur mission originaire et chancelant, tu te raccrochais aux bras des passants. Un couinement s'échappa de tes lèvres bien trop humaines. Ces lèvres… Ces lèvres qui n'auraient jamais du en rencontrer d'autres, ces lèvres interdites. Une main tremblante se pose sur celles-ci, l'autre étant occupée à éloigner la cigarette éteinte. Le chien veut reprendre sa place et si tu ne ressentais pas sa présence, tu lui aurais laissé le champ libre. Mais il te fallait le voir, à nouveau. Apercevoir son rictus enfantin. Ressentir sa chaleur. Te voilà jappant à ton amant, appelant celui qui fait battre ce coeur humain pourtant brisé. Le chien recherche lui aussi son affection, il la ressent à travers ton esprit embrumé. Et c'est dans un aboiement mêlé à une voix bien trop grave pour être humaine que s'échappe le nom imprononçable « August... ». Il est là, parmi les passants. Un autre grondement s'empare de ta gorge tremblante et tu te lances à sa recherche. Ton corps entier tend à le retrouver, et tu poursuis avidement son odeur, enivré par sa seule présence, là, anonyme, au milieu de tous. A nouveau déboussolé, tu loupes un pas et tes jambes, si longues, si humaines, s'emmêlent et entraînent à nouveau ta chute. Désespéré, poussant un nouveau jappement effrayé, tu sais la première jambe qui passe. Pendant plusieurs secondes tu restes au sol, pleurant, couinant tel le canidé que tu préférerais être. Il est là… Il est là… Alors même que tu le fuis, tu le fuyais si loin… Le canidé est là, prêt à surgir, mais ton corps entier, saisit dans un frisson constant, n'obéit plus à rien. Ton esprit embrumé balaye le souvenir de son visage, baigné dans la lumière, rayonnant. Non, ne pas y penser. Un aboiement, encore, alors qu'une main semble saisir ton bras. Incapable de lever le regard, tu subis le geste. L'odeur est plus forte. Il est là, August. Celui que depuis des semaines tu te contente de fuir. Il est là. Tu fermes les yeux, chasses sa voix dans ta tête, son visage… Je te retiendrai…
Made by Neon Demon


Au clair de la lune,mon ami Pierrot,filons, en costume présider là-haut ! Ma cervelle est morte. Que le Christ l'emporte ! Béons à la lune, la bouche en zéro.

woufwouf

♡ ♡ ♡
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August Hastings

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- Illusionniste mythomane -
Le gros Gus
❧ Boucle Temporelle : 22 mars 1941
❧ Particularité : Insuffle des images mentales à tout un chacun, distord la réalité dans la tête d'un individu
❧ Occupations : Expérimentateur chevronné
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❧ Missives : 201
❧ Yeux de verre : 53
❧ Crédits : Lux Aeterna, Musset, Poe


MessageSujet: Re: Maybe I'm too busy being yours to fall for somebody new | August    Dim 16 Juil - 1:03

i'm to busy being yours

Eustache & August

Le ciel crépusculaire de New-York s'épanchait sur la ville incandescente. Les passants déambulaient depuis des décennies dans ces mêmes avenues illuminées, enfermés dans leur rengaine infernale. Quant à lui, August s'y promenait allègrement. Il parcourait la ville depuis plusieurs jours déjà, attaché à ses flâneries solitaires, douces échappées qui le soustrayaient à la mélancolie.
La boucle l'éprouvait. Elle jouait avec ses nerfs depuis qu'il y avait posé un pied, le ballottait et le tordait et s'amusait de son malheur, et August ne savait plus qu'en penser. Pour autant, il estimait que cette insécurité permanente valait mieux que le confort de 1941 : il aurait laissé les beaux jours de juillet le griser pour l'éternité, perdu entre les colonnes d'acier aux mille fenêtres, parce qu'il est des démons qu'il vaut mieux tenir à distance.

August se sentait parfaitement new-yorkais à présent. Sa Londres lui manquait, mais n'était plus qu'un lointain souvenir grisâtre. Comment avait-il pu rester si longtemps dans la poussière, quand le spectre chromé de New-York s'offrait à lui ? Des restrictions, il ne découlait plus qu'abondance ; des bombardements ne subsistaient que les danses, et loin devant, la sublime Amérique surplombait l'austère Angleterre. Même son accent avait mué, légèrement, et de lointains échos étasuniens modulaient ses inflexions britanniques. Il s'imaginait déjà, maître incontesté de la Big Apple, salué par les riverains sur la Cinquième Avenue, ou Broadway, ou Times Square, ou du côté de Harlem – cette ville était si grande qu'on n'en finissait jamais d'en faire le tour ! Sur terre, en l'air, dans les vitrines, dans les rues, de jour, de nuit, il y avait tout à voir, tout à contempler. Et August, comme un enfant dans un magasin de jouets, attrapait tout ce qu'on son regard pouvait saisir – et il s'enivrait des curiosités, lumières, couleurs, vêtements, peintures, pâtisseries, livres, musiciens, restaurants, et soudain, un corps.

Étendu sur la chaussée, à l'heure où il est trop tôt pour l'ivresse, la douleur qui en émanait était si profonde qu'August manqua de hurler sur les passants alentours ; pourquoi ne s'occupait-on pas de lui, son pauvre Eustache, pourquoi l'évitait-on comme s'il s'était malade ou contagieux, pourquoi se voilait-on les yeux si aisément devant la détresse ? Le monde le dégoûtait d'un coup, il le reniait dans sa dimension bêtement « normale », et il devint fade et répugnant, alors que ses habitants tout aussi fades et répugnants, et médiocres et égoïstes, lui broyaient les hanches et lui pulvérisaient la cage thoracique. Son cœur, emporté par la houle de la hargne et du dédain et du plus violent désespoir, se retourna devant le spectacle désolant d'Eustache.
- Relève-toi, ordonna-t-il.
Un peu de courage, manqua-t-il de brailler. Sois un homme ! On ne se laissait pas aller à ses états d'âme en public, en plein New-York, non, on ne faiblissait pas de la sorte à la vue de tous ; on prenait ses cliques et ses claques, son courage, sa dignité, et on respirait un grand coup, on affrontait la face du monde, on bravait le dégoût et la solitude, on avançait, fier et souverain des autres, maître de soi, dominé par soi et soi-même, et jamais on ne s'abandonnait de la sorte, par respect, dignité, volonté, courage ; et il pourrait bien aller crever, le premier qui voudrait marcher sur August abattu dans la foule. Pourquoi se laissait-il mourir ainsi, sous les projecteurs du théâtre du monde ?

Devant le peu de résultat provoqué par son invective, et devant la pitié comme la colère que lui inspirait Eustache, Hastings ne lui fit pas l'affront de lui ordonner une nouvelle fois de se ressaisir. Le mourant lui saisit le bras et l'attira vers lui. Et alors qu'August s'agenouillait à ses côtés, le regard fiché sur le désespoir de son voyageur, la haine s'estompa, peu à peu. Cette vision apocalyptique lui tordait l'âme si fort qu'il se surprit à souhaiter que tout cela ne fût pas réel ; et il refusa de songer qu'il aurait pu être la cause de ces terribles maux.
Une main calme et obséquieuse saisit celle qui l'avait attrapé. L'autre s'apposa sans bruit sur la poitrine, réconfortante et chaude, alors que tout autour d'eux, la foule disparaissait, emportée dans une illusion désertique où seul s'accrochaient le décor de la rue, et eux.
- Redresse-toi, souffla-t-il au creux de son oreille, pour être sûr d'être entendu, et parce que sa voix tremblante devenait comme du velours pour le rassurer. Il faut y aller. Suis-moi.

Dans la ville onirique où toute présence humaine s'était évaporée, où August en oubliait qu'elle eût même pu exister un jour, il saisit Eustache, doucement, avec toute la patience et la délicatesse que lui incombait une telle mission. Il guida le garçon à travers la ville fantomatique, l'aidant à marcher quand il fallait. Il l'amena non loin de là, dans un coin peu fréquenté du quartier, une ruelle oubliée doublée d'une placette où un banc semblait attendre depuis des siècles la venue de visiteurs d'un temps passé. Il y faisait frais, sous les feuilles du marronnier surplombant l'assise de bois. La petite place avait belle allure, les commerces colorés somnolaient sous la chaleur de l'après-midi, l'étroitesse des lieux rappelait le Sud de l'Europe, et on ne se serait guère étonné de voir ce même endroit en Italie ou en Espagne, au sommet de rues tortueuses et pavées ; une étrange poésie planait sur la place, parmi les pétales de fleurs et les lampions, et les devantures des magasins.

August assit son ami sur le banc et arpenta l'espace devant lui. Cette rencontre inattendue le chamboulait, lui empêchait de penser correctement. La crainte, la tristesse, et la joie, aussi, de retrouver Eustache dans ses bras, emmêlaient ses esprits en un complexe et inextricable réseau noir d'encre. Il ne savait trop dire quelle émotion l'emportait sur les autres, et résolut finalement de n'en ressentir plus une seule ; Hastings marchait sans plus pouvoir s'arrêter, fulminant, bouillonnant d'une rage sourde, soucieux de céder un instant à la colère, puis à l'adoration, puis à la terreur ; et comme il martelait le sol comme un dément, il se ficha d'un coup en face du banc – ses yeux plein phare sur ceux d'Eustache.
- Tu m'as abandonné.
La voix était morne, détachée ; froide. Nulle trace de reproche ne vint pourtant ponctuer celle-ci. Il s'agissait du constat le plus évident, le plus honnête – comme il aurait pu lui dire qu'ils se trouvaient à New-York. Aucune émotion ne semblait plus transiter par l'intérieur d'August, car il les réprimait toutes à la fois. Il ne savait guère gérer cet entrelacs de messages contradictoires qui s'agitaient en lui. Ils lui parasitaient le cerveau, l'empêchaient de réfléchir, le portaient aux nues et l’assassinaient en retour. Il ne serait plus qu'une coquille vide le temps que passent la stupeur et la haine et le regret et l'amertume ; il se taperait la tête contre les murs pour qu'ils se dissipent et ne reviennent jamais.

Alors, August avait réfléchi, puis parlé, parce qu'il s'agissait de la décision la plus rationnelle.
En premier lieu, Eustache l'avait abonné. Il avait cédé à la honte, ou la tristesse, ou autre chose qu'August ne comprenait pas. Il lui avait dit, pourtant, qu'il ne voulait pas voyager seul, et pire, même ; il lui avait dit avoir besoin de lui. Mais Eustache avait eu peur et était parti sans préavis.
En second lieu, sa présence provoquait en lui le plus grand soulagement, en même temps qu'elle lui remémorait des souvenirs qu'il s'efforçait de reléguer aux tréfonds de son âme. Pourtant, une inexorable sensation de bien-être s'assortissait de la présence d'Eustache ; et August avait eu tellement peur, coincé dans les méandres terrifiants de cette boucle ténébreuse, acculé par bien des péripéties, que la vue de son ami, face à lui, écartait tout à la fois la rancune et la colère et l'orgueil.

Alors, sur la placette, sur le banc, sous le grand marronnier, à l'abri du monde, transi et meurtri, August s'approcha, doucement, s'assit à ses côtés, et s'effondra dans les bras d'Eustache.



I became insane with long intervals of horrible sanity.


Spoiler:
 
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Eustache W. Heddington

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MessageSujet: Re: Maybe I'm too busy being yours to fall for somebody new | August    Dim 23 Juil - 22:01

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August & Eustache


Une seconde et trois quart. Voilà ce qu'il avait été nécessaire pour que tu ne t'effondres. Malgré d’innombrables efforts, ton corps encore si peu habitué à être sous sa forme humaine, échappait à ton contrôle. Impossible d'enchaîner quelques pas sans chanceler. Et il n'avait fallu qu'une seconde, entière, le temps de percevoir simplement sa présence, pour que ton univers ne s'évapore soudainement. Un amas de corps, oppressant, se forma rapidement autour de toi. Le souffle coupé, incapable de soulever la poitrine pour prendre une inspiration. Le mouvement est hésitant, la poitrine bien trop lourde. Le moindre effort se transformait en réelle épreuve. Et la panique vint vite remplacer l'air dans les veines, et le corps entier, tremblant, fut projeté au sol d'où il ne parviendrait seul à s'extraire. Le chien est effrayé, il couine, cherche à fuir le plus loin possible et peu importe où se pose le regard abattu du jeune canidé, il n'aperçoit aucune issue.

Une injonction, quasi-militaire. Si incapable était ton regard de trouver une échappée, la voix d'August agit comme guide. Parmi les visages inconnus se détache celui de ton amant. Impossible de l'ignorer, rayonnant au sein de la foule d'inconnus. Sa jeunesse inédite, sa candeur mature, reconnaissable parmi tant d'autres alors que roule jusqu'à tes oreilles son accent britannique unique. Et sa voix, pourtant si autoritaire, semble promettre des jours meilleurs. Retrouver un rythme cardiaque idéal. Une inspiration après l'autre, chassant au loin les terribles tremblements empêchant au corps frêle de se dégager de la terrifiante foule. Se dégager pour atteindre August. Tu ne ressentais aucune pointe de honte, bien incapable de saisir complètement l'étrangeté et la pitié qu'une telle scène pouvait évoqué aux spectateurs. L'animal était encore bien trop présent dans l'esprit embrumé humain pour que ce dernier ne soit à même de saisir l'ampleur d'un tel geste. Tu étais tout simplement pathétique, échoué sur la chaussé, hurlant à la mort, tel un loup solitaire, échappé de la meute. Car en réalité, ici à New-York, vêtu tel un homme, tu n'étais rien d'autre qu'un loup en dehors de sa meute. Après tout, toi, Eustache, à l'étroit dans ces vêtements, n'était plus tout à fait un homme, tout au plus un canidé. Logé dans un entre-deux, perdu dans une ville et dans une double identité, comment pouvais-tu bien comprendre la tristesse de ta situation ?

August saisit ton bras et te projeta contre lui. Frappé par son odeur, envahit d'une soudaine grande tristesse, tu ne parviens à réprimer un autre sanglot, le corps déchiré par le manque. A son contact, l'humain refit brutalement surface. Avec effroi, tu pris conscience de ton état, tes membres hésitants, chancelants aux moindres pas encouragé par August. Il te suffisait d'être à ses côtés pour que le brouillard animal se dissipe. Le chien brûlait et le moindre membre souhaitait en réalité lui laisser place. Mais il y avait August. En dépit de la foule, il était là, et tu n'avais d'yeux que pour lui. Sortit tout droit d'un rêve, il était pourtant là. Tu prenais appui sur lui, suivant ses doux encouragements pour t'extraire de l'abyssale foule. Saisit par la douceur de son âme, tu étais bien incapable de rester sur le bas côté. Il te fallait le suivre, comme chaque homme poursuit un illusoire bonheur. Entraîné, ivre d'une étrange joie, tu suivis l'étrange projection d'August. Il t'était impossible de décider si celui-ci était réellement ici. Ton odorat n'aurait su te trahir, pourtant, tu n'osais croire à sa réelle présence à tes côtés.

Bientôt ce ne fut que le calme absolut. Soudainement il n'y avait plus personne dans les rues ordinairement peuplée de New-York. Il n'y avait que le spectre d'August, te guida à l'écart. Les pas chancelants d'un nouveau né étaient remplacés par ceux plus assurés d'un enfant gambadant seul. Aveuglé par l'aura du jeune homme, tu ne faisais guerre attention au décor dans lequel vos retrouvailles devaient avoir lieu. Impossible de ne ressentir autre chose que la douce pression de sa paume dans la tienne. Il t'assit et tu l'observas, en silence, aller et venir face à toi. Son visage semblait changer de couleurs au fil des émotions qui le parcouraient. Tu aurais aimé mettre des mots sur ce qu'il éprouvait, mais tu en étais bien incapable. Le langage humain était encore bien inconnu au frais jeune homme que tu étais. Et tout à coup, la sentence tomba, gronda. L'abandon. Le chien couine et l'humain détourne le regard, incapable de retenir de débordantes émotions. Les larmes aux yeux, les joues rougies, tu te mords la lèvre. Il était indéniable que ton compagnon avait on ne peut plus raison. Le chien était rongé par le remord. Abandonner un fidèle compère était contre tout ce qui le constituait. L'humain, lui, se contentait de fermer les yeux sur ce détail, envahit par la douleur et la déception du rejet. Car enfin, tu avais été rejeté, et fuir avait semblé être la seule issue possible. Tu ne répondis rien, incapable de trouver les mots justes, mais ressentant tout de même le conflit intérieur agitant August. Mais la surprise fut immense quand, s'asseyant à tes côtés, il t'enlaça. Ton coeur manqua un battement et tu ne pus t'empêcher d'appuyer tendrement ta tête contre la sienne, inspirant profondément son parfum. La chaleur de son être envahit rapidement ton âme et des larmes roulèrent timidement le long de tes joues rougies. Les yeux clos, tu savoures la tendresse de l'instant, la chaleur de ces retrouvailles. Tu l'entoures à ton tour de tes bras et serres contre toi cette âme que tu chéris tant. Tu aimerais pouvoir mettre des mots sur ce bonheur immense ressentit, frissonnant dans le moindre de tes membres, mais à la place des mots, les gestes semblent plus signifiants. Une main caresse doucement son bras, vient cueillir sa main pour la serrer tendrement.

« Je suis désolé... » Les excuses s'échappent des tréfonds d'une gorge aux tonalités encore bien trop animale. Murmurées, échappées près d'une oreille attentive. Tu n'oses rouvrir le yeux, de peur de voir échapper le spectre de ton bien aimé. Tu m'as terriblement manqué… Ces mots brûlent ta langue, veulent échappés aux murs que forment tes lèvres. Ne pas se montrer faible. Faire face. Et cette main qui parcourt tendrement ces bras, vient caresser en douceur la chevelure du jeune homme. Redécouvrir le corps d'un homme, alors que sa propre enveloppe charnelle nous est désormais inconnue. « Es-tu au moins réel ? » Encore une fois, l'animal ne veut être trompé. Les caresses prouvent qu'il est réel, l'odorat ne saurait tromper son propriétaire. Les yeux toujours clos, tu te rapproches un peu plus d'August, resserre l'étreinte, espérant que plus jamais il ne t'échappe. « Je ne voulais pas t'inquiéter... » Les mots sont hésitants, tout autant que les pas plus tôt. Les intonations sont semblables à de sourds aboiements. Tu hésites un instant, songeant au fait que tu n'es peut-être que très peu compréhensible. Tu secoues la tête et te racles la gorge. « Pardon, je n'ai pas… Parlé depuis un moment. » Tu esquisses un léger sourire. Tu conserves les yeux fermés, inspires une ultime fois le parfum de ton amant, envahit par l'ivresse de ces retrouvailles. August est bien là, et rien ne saurait te tromper. Le chien est heureux, on l'a enfin réuni à son compagnon. L'humain, tremble d'impatience, de crainte, de tristesse. Les sentiments refoulés refont surface, et il n'y a que tes deux yeux clos pour en saisir l'ampleur, à nouveau emplit d'épaisses larmes. L'une d'elle s'échappe, et vient à s'échouer sur August. Mais impossible d'en voir la course, car tu ne saurais te permettre d'ouvrir les yeux. Projeté à nouveau sur la jetée, l'air marin te fouettant le visage, et ce moment précis où l'humain a laissé place à l'animal... Et ce visage, ce visage d'August figé par la douleur et l'incompréhension.
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MessageSujet: Re: Maybe I'm too busy being yours to fall for somebody new | August    Jeu 27 Juil - 23:54

i'm to busy being yours

Eustache & August

Les bras les uns dans les autres, les épaules inséparables, les têtes bercées au rythme des respirations, Eustache et August s'enlaçaient. Pour l'un, il aurait pu s'agir de la fin du monde que l'on n'aurait vu aucune différence ; pour l'autre, un nuancier subtil d'émotions nouvelles l'élançait dans les bras éperdus – et tous deux ne se décollaient pas d'un pouce.

August réalisa à quel point la présence d'Eustache lui avait manquée. A son départ d’Édimbourg, il s'était installé devant la fenêtre de sa chambre et avait gardé les yeux rivés sur un horizon bêtement blanc, éternellement fade. Il n'avait rien fait d'autre qu'attendre, et même ses illusions, d'ordinaire l'objet central de ses pensées, l'avaient ennuyé. Il n'avait plus su quoi imaginer, quoi inventer, et les éparses rêveries auxquelles il s'adonnait semblaient avoir perdu tout éclat. Hastings avait oublié combien de temps il était resté fiché devant la fenêtre embrumée ; et il s'était torturé d'attente, langui d'un retour qui n'arrivait guère.

Il frissonna quand la main d'Eustache s'aventura dans ses cheveux et qu'une paume curieuse effleura sa main. Il s'étonnait toujours qu'on esquisse un geste envers lui, à plus forte raison un geste d'une si profonde affection. Et il aurait renié quiconque apposerait une parcelle de peau sur la sienne ; mais cette étreinte lui semblait si salvatrice qu'il n'osa pas se dégager des bras tendres et inespérés, au point qu'il ignora les excuses pour savourer davantage la folle accolade. Il aurait sombré sous l'étreinte, étouffé par l'amour qu'on lui portait sans condition : à cet instant, lui qui ne connaissait rien à l'amour, sut qu'Eustache l'aimait, parce que son corps le lui disait. Et lui qui n'avait jamais prêté attention aux signaux corporels, car l'esprit lui semblait plus important, éprouvait toute la puissance de faisceaux invisibles qui annonçaient une vérité inaliénable, celle de l'amour que lui portait Eustache.
L'amour ? Ou une autre forme d'affection ? Quoi que ce fût, il s'agissait là d'une force dans les sentiments encore inégalée, qu'on ne lui avait jamais témoignée auparavant. Il s'était emmuré dans la solitude, résolu à l'idée que personne ne pourrait pénétrer sa forteresse inviolable. Et pourtant, son cœur lui soufflait que l'isolement touchait à sa fin.

Hastings se résolut finalement à se soustraire à l'étreinte. Saisi d'un délicieux vertige, son estomac tournait et retournait dans son ventre et s'agitait avec les boyaux alentours. Le garçon ne savait plus que penser, parasité par les sentiments contraires du soulagement et de la rancune, et celui, pernicieux, d'une étrange sensation dans son cœur.
Il riva les yeux au sol et laissa échapper un rire alors qu'Eustache questionnait la réalité de son être.
- J'allais te demander la même chose, souffla-t-il.
Parfois, au détour des faubourgs, il avait cru entrapercevoir la silhouette familière de son ami, ou assis sur un banc, ou à l'angle d'un kiosque... Dans les bars, les cinémas, les parcs, les reflets des flaques d'eau, les lueurs des miroirs, les monts et les vallées, l'océan ou le firmament... Eustache ne l'avait pas quitté, jamais ; il l'accompagnait partout, en rêve. La vision d'Hastings lui jouait des tours, et il croisait son alter-ego où qu'il aille, alors que le vide de l'absence se creusait en sa poitrine. Et il l'avait comblé par ces passants fictifs aux allures d'Eustache, pâles imitations, vulgaires copies ! Aussi, pour s'assurer de la réalité de son compagnon, il pressa sa main aussi fort qu'il le put et la relâcha juste après ; une illusion se serait ainsi volatilisée... et une grande joie emplit son cœur soucieux que son ami ne fût pas réel !

Eustache ne s'évapora pas et les minutes s'écoulèrent et s'étirèrent à l'infini quand le garçon lui avoua n'avoir pas causé depuis longtemps. Sa voix rauque suscitait chez August un certain émoi, car il ne lui connaissait pas ces inflexions animales si marquées. Peut-être qu'après Édimbourg... Peut-être... August n'osait pas y penser. Le remord avait eu raison de lui des semaines auparavant, quand tout semblait encore perdu... Quand l'or s'était changé en boue, et que leurs éclats de rire avaient cédé aux larmes... Quand ils s'étaient tant appliqués à déambuler sur un fil et qu'une malencontreuse bourrasque les avait arrachés à leur parfait équilibre... Quand...
- Écoute, se résolut à prononcer August, difficilement, puisque sa voix s'étranglait dans sa gorge. Je... Nous... Enfin...
Hastings se mordit les lèvres et inspira tout l'air que ses poumons pouvaient contenir. Il haïssait perdre ses mots autant qu'il haïssait le fait de ne savoir réellement quoi dire.
- Je t'en ai voulu très longtemps. Et peut-être que je t'en veux encore, je ne sais pas, je... Je ne suis pas... Je ne suis pas au clair avec moi-même, et le monde me semble obscur et... Comment te sens-tu maintenant ? Tu m'as fait peur dans la rue.

Il baissa de nouveau de regard. Contrit, il affronta la plus grossière évidence : il était incapable d'exprimer en mots ce qu'il ressentait. En réalité, il aurait balancé sans sourciller à qui voudrait l'entendre qu'il ne ressentait pour ainsi dire rien du tout de ce que les gens ordinaires pouvaient bien ressentir. Les sentiments lui étaient étrangers, comme de vagues connaissances qu'il aurait un jour croisées sans pouvoir apposer de nom sur leurs visages. Des concepts mathématiques, voilà ce qu'étaient l'amour et l'indifférence et l'amitié et l'envie à August. Des abstractions intellectuelles interchangeables et négligeables. Mais certainement pas ces angoisses qui bloquaient la parole et enserraient l'âme...
- Ne pleure pas, lui susurra-t-il, et d'un revers du pouce, il essuya les larmes qui roulaient le long des joues de son ami. Ça n'est pas triste, Eustache, pas triste du tout, je suis très heureux de te revoir.
August n'était sûr de rien. Ni du temps qui passait, ni de ce qui était vrai ou non, mais son plus grand bonheur, oui, il le savait, consistait à avoir Eustache près de lui sur le banc. Tout près de lui, si réel, et, enfin, à ses côtés !



I became insane with long intervals of horrible sanity.


Spoiler:
 
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Eustache W. Heddington

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- Husky Docile -
❧ Boucle Temporelle : Londres 1941
❧ Particularité : Se métamorphose en toutou bienveillant aux yeux verrons
❧ Occupations : Horizontale à la nuit tombée
❧ Miroir :
❧ Missives : 156
❧ Yeux de verre : 53
❧ Crédits : (c) mad hattress ♥♥


MessageSujet: Re: Maybe I'm too busy being yours to fall for somebody new | August    Ven 28 Juil - 11:24

Do i wanna know?
If this feeling flows both ways
Sad to see you go
I’ve started hoping that you’d stay
Now that we both know
That the nights were mainly made for saying things that you can’t say tomorrow day
August & Eustache



Ton coeur, de battre, s'était arrêté.

A l'image de ton âme entière, ton corps ressentait le vide laissé par l'absence d'August. La fuite avait été nécessaire, et ô combien douloureuse, car enfin, il s'agissait de quitter l'homme qui, en de nombreuses années d'existence, n'avait fait qu'améliorer ta vie. Voilà peut-être pourquoi laisser l'animal prend le pas sur l'homme avait été la solution la plus évidente. Il fallait que l'homme disparaisse, pour éteindre tout sentiment, toute souffrance. Mais dans les yeux de l'animal brillait encore le désespoir de l'homme. Tu étais bien incapable d'ignorer la douleur du jeune homme dans tes bras, lové contre ton torse, frissonnant à la moindre caresse. Et tu étais encore moins capable de le juger. Tu avais mis les voiles, il était resté. A l'affût l'un de l'autre, espérant croiser le regard de l'autre dans une foule d'anonymes.

Pourtant, à cet instant précis, le coeur tambourine dans la poitrine, souhaiterait arrêter la cage thoracique, il tambourine, assourdit l'oreille. Bonheur, félicité. Ce coeur qui reprend vie. Car enfin, délaissé par August, source de ta vie, il s'était asséché, laissant au corps de l'homme un engourdissement constant, plongé dans une apaise brume d'où il ne saurait seul s'extraire. Le chien avait montré la voie. Guidé par les râles de l'humain, il s'en était retourné au seul foyer où l'humain serait en paix. Mais ce que tout deux ignoraient, c'est que le seul havre de paix se trouvait au creux des bras d'August. Il était le centre de tout ton univers, et le chien seul ne pouvait comprendre une telle fidélité. Il éprouvait la sympathie, l'attachement, mais laissait à l'humain le soin d'aimer, à en perdre la raison. Car après tout, tu avais perdu l'esprit. Il fallait être fou pour dévoiler de la sorte des sentiments interdits. Le regard d'August, mêlé d'étonnement, de dégoût, de gêne, transperçait ton âme et tu étais bien incapable de le sortir de ton esprit, alors même que le coeur de celui-ci semblait battre à l'unisson dans cette étreinte infinie.

Quand celle-ci prit fin, l'illusion s'estompa. Il y avait toujours l'odeur, la chaleur d'un corps contre un autre et pourtant, la distance s'était imposée. Ton corps entier appelait le sien, terriblement en manque de son double. Deux âmes réunies, deux corps autorisés à se retrouver. Son rire arracha à ta pauvre âme en peine un sourire des plus sincères. Et que son rire était doux à entendre ! Soudain, le froid, l'humidité, la mélancolie s'envolèrent, au profit d'une immense joie des plus calmes, tapie entre un battement fou du palpitant et une profonde inspiration. Son visage, teint d'une multitude d'émotions, changeait de couleur comme les saisons modifient les paysages. Si les boucles ne souffraient pas de ses métamorphoses, les visages eux, ne sauraient faire taire ces perturbations émotionnelles. Et face à lui, tu ne pouvais ressentir la moindre colère, car il était touchant en ce qu'il essayait, tour à tour, d'analyser ces diverses intempéries sentimentales.

Vous étiez réels, l'un et l'autre. Il saisit ta main et tu ne pus empêcher un hoquet de surprise, vestige des instincts animaliers. La chaleur de sa paume vint réchauffer la tienne et son étreinte, vive mais ferme. Mais alors que la sienne s'échappe, la tienne reste suspendue, étreignant encore celle d'August. Sa chaleur brûle encore tes doigts, et pourtant, la voilà de retour à son propriétaire, car enfin, August ne saurait être tien, comme tu ne saurais ne pas être sien. Réflexions stupides, évaporées par une gorge que l'on racle. Ton regard se pose sur August, qui lui ne cesse de chercher ses mots. Le pauvre semble aussi perdu que toi. Il ne fallait pas vous séparer, car on ne cesse de perdre le Nord lorsque le Sud est introuvable. Semblait défiler dans les yeux du jeune homme de multiples histoires. Il semblait perdu, entre un présent irréel, un futur inconnu mais un passé dont la mémoire est encore vive. L'air marin flotte encore dans l'air, et le banc, à la manière de la barque, semble emporter vos âmes au loin. Et les mots n'avaient guère leur place dans cette embarcation. Voilà pourquoi les phrases s'échappaient dans l'air, et pourquoi les mots peinaient à traverser des lèvres interdites, scellées à jamais.

Du remord. Envahit par une gêne profonde, ton visage se teinte de rouge et le regard, fuit celui de l'amant. Il t'en veut, comment ne pourrait-il pas ? Une lèvre mordue, des mains qui s'entrechoquent comme font les enfants quand ils attendent la sentence d'une punition. Mais il t'étonna, s'inquiétant de ta condition. La rue. La rue semblait soudainement si loin. Ton regard balaye les alentours. Vous n’êtes pas sur la barque, mais au cœur d'un parc, calme, vide. Les remous de l'eau ne sont créées que par les battements rapides de ton coeur. « Je… Excuse moi. Je ne savais pas que tu serais là... » Tu secoues la tête. C'était la vérité, même si profondément en toi avait germé l'espoir de croiser August au détour d'une rue. Mais pas dans cet état. Pas sous cette forme. Il aurait rencontré le chien, non l'humain. Mais le sort en avait décidé autrement et c'était sous tes traits de jeune homme que tu avais affronté la ville et été abattu par celle-ci, déposé aux pieds d'August. « Je ne vais pas te mentir August. Cela serait bien inutile, car tu aurais compris par toi-même, passé un certain temps. » Une pause, le souffle est coupé, le flux de paroles trop important. Tu secoues à nouveau la tête, déterminé à poursuivre ton explication.  « Je suis rentré chez nous. Enfin. Moi, pas vraiment. » Ton regard se pose sur tes mains, si humaines, qui avaient laissé place à des pattes poilues pendant de longues semaines. Ton corps entier, soudainement étouffé par l'obligation de se vêtir, appelle à redevenir chien. Idée balayée d'un geste, une main passée dans la chevelure en bataille, un léger sourire sur le visage. « Je me suis échappé, seulement parce que pèse une menace invisible sur les boucles. J'ai vaguement entendu dire que celle où nous nous trouvons serait la plus sûre. » Mais voilà que se détourne la conversation. Taire la vérité.  « Je me perds... »

Mais les larmes interceptèrent le reste des mots. Le pouce de ton amant vint rencontrer la larme qui s'échappait de sa prison oculaire. Tu relevas les yeux en sa direction. Il était heureux. Et toi ! Toi, tu étais ivre de bonheur d'être à ses côtés. Mais comment ignorer ce qui avait eu lieu. Comment taire ces sentiments absurdes, si humains, si inutiles, si incroyablement forts ? « Je suis aussi heureux de te revoir August. » Et tu étais sincère. «  Je me suis absenté pendant de nombreuses semaines... » Le regard fuyant à nouveau, honteux d'avoir eu recours à une telle ruse pour les faire taire, pour les étouffer. « Je n'avais pas… Prévu, de revenir, pendant longtemps... » Mais planait encore ce mystère. Car enfin, tu ne savais comment affirmer clairement les choses. Tu étais toi, sans être toi, peu importe la forme qu'empruntait ton corps.

Lèvre mordue, à nouveau, presque à sang. « August, je ne suis à nouveau humain que depuis quelques heures. »

La sentence était clairement tombée. Et le jugement n'allait pas tarder à se faire entendre. Tu craignais sa réaction, car enfin tu ne voulais le faire souffrir et tout ce que tu étais parvenu à accomplir jusque là allait à l'encontre de cette simple idée. Tu t'approches un peu plus de lui. Dieu que tu aimerais caresser à nouveau ce beau et innocent visage ! Ton coeur martèle ta poitrine et ton souffle est court. « Je ne savais pas comment faire pour… Pour survivre, loin de toi. » En une inspiration, la phrase s'échappe. Elle est à moitié murmurée. Et les yeux brillants, se plongent dans ceux d'August.

Car enfin, voilà que ton coeur s'est remit à battre. Pour lui, bien plus que pour te maintenir en vie. Car celui-ci est intimement lié au sien, et ce depuis que ton âme s'est perdue dans la sienne. Confondues, l'une et l'autre, n'en forment qu'une seule. Séparer les, briser les, tout deux.

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Au clair de la lune,mon ami Pierrot,filons, en costume présider là-haut ! Ma cervelle est morte. Que le Christ l'emporte ! Béons à la lune, la bouche en zéro.

woufwouf

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Maybe I'm too busy being yours to fall for somebody new | August
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