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 Coupures ◊ ft. Siarl

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Mabel P. Herrera

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- carte du Maraudeur -
❧ Boucle Temporelle : 20 juin 2016 désormais. Elle vécut un temps en 1941, mais les moteurs des avions ronronnaient trop fort à son oreille.
❧ Particularité : Géolocalisation
❧ Occupations : Géotraceuse aux projets bien trop nombreux.
❧ Miroir :
❧ Missives : 147
❧ Yeux de verre : 35
❧ Crédits : © Paon


MessageSujet: Coupures ◊ ft. Siarl   Jeu 20 Juil - 2:42


Coupures
Siarl ◊ Mabel


     Une partie d’elle avait dysfonctionné, enlevée par un rêve que le réveil ne sut ramener. La nuit brouillait parfois les esprits, mais cette fois toute une carte s’était effacée. Gommée, simplement dans son sommeil, et elle se mit à craindre ce nouveau monde sans repère. Elle s’était endormie dans cette boucle car rares furent les personnes dormant encore dans l’autre, et que ses nuits passées seule ouvrait la porte aux insomnies. La solitude était un mal moins éphémère que la manie et bien plus douloureux parfois. Elle détestait cette chambre vide, l’odeur d’un parfum que quelqu’un avait laissé. Du patchouli ou de l’ambre, l’effluve dans ses subtilités lui montait à la tête. Elle avait serré les genoux contre sa poitrine pour étriquer son corps à l’étau d’une étreinte, mais la position devenait douloureuse. Les jambes étaient après coup obligées de se déplier, les pieds glissés sous un drap qu’elle sut à peine réchauffer. Elle avait trouvé le sommeil en se berçant du cheminement des silhouettes qu’elle connaissait, se rassurant de leur présence et s’amusant de leurs gestes. Le manège arrivait à tromper sa fatigue, lui faire croire qu’elle put être légitime. Elle s’était endormie en gardant plié une jambe, le visage entre ses bras pour ne pas respirer l’air moite et entêtant de la chambre. Puis une conscience en elle l’arracha à sa condition, lui ordonnant de rattraper sa particularité avant qu’elle ne la quitte définitivement. Ses yeux purent s’habituer aux ombres de la pièce, apprivoiser l’obscurité et retrouver les esprits qu’elle avait égarés. Mais elle eut beau essayer, aucune de ses silhouettes ne vint se dessiner dans son esprit lorsqu’elle leur eut ordonné. Elle récupéra le sol de ses deux pieds encore glacés, sentant le pantalon de son pyjama caresser ses talons alors qu’elle cherchait l’équilibre de ses jambes. Elle se souvenait brièvement de l’enchaînement des couloirs, sa mémoire vide d’architectures car elle n’en eut jamais besoin. Ses gestes s’étaient engourdis avec la fatigue, éveillés à mesure qu’il lui fallut se guider sans aide, oublier les chemins qui se traçaient depuis toujours devant elle. Son cœur battait plus fort. Sans raison que l’alcool, elle n’avait jamais su se défaire de sa particularité – et une bière fût un meilleur pilier que la fatigue. Son corps put avancer lentement et son visage se déchirer d’un bâillement, elle ne sut comme lorsqu’elle avait bu, s’amuser du déséquilibre freinant sa démarche.

     Elle s’aventura dans les couloirs, leurs intérieurs sombres et froids. Plier ses bras contre sa poitrine ne retint pas la chaleur nécessaire pour l’empêcher de trembler. Elle n’avait pas pris la peine d’emmener ses chaussures et se retrouvait à moitié couverte dans les entrailles de ce Manoir devenu terrifiant. « Je n’y crois pas ! Non, et non ! Elle lorgnait sur ma poudre depuis des jours, et elle s’imagine que je ne me douterai de rien ? » La voix traversait le mur à sa droite, piqué d’agacement et pourpre de vengeance ; il résonnait sans écho dans le couloir, imprimé dans sa tête comme pour remplacer le vide d’une carte. Mabel tendit l’oreille contre le mur, les doigts hésitants sur le vieux papier peint. La voix continuait d'accuser sa voisine de chambre de lui avoir dérobé son maquillage, répétant bêtement les mêmes mots et les mêmes pensées, sans que jamais personne ne lui réponde. Mais l’autre mur parlait lui aussi. Un peu plus loin dans le couloir, il s’était mis à murmurer pour couvrir les premières plaintes. Mabel piétina jusqu’à lui, accrochée de nouveau à la surface grasse, cette fois sur la pointe des pieds – Comme si cela lui permettrait d’entendre mieux. De façon étrange les mots furent aussi nettes lorsqu'elle décocha son oreille du support, mais les mots de l’homme lui avaient arraché son dégoût, l’obligeant à couvrir ses oreilles pour ne plus avoir à les entendre. Chair et os ne suffirent pas à l’arrêter, il continuait de sa voix à couvrir ses propres pensés. Elle se mit à courir pour lui échapper, heurtant d’autres phrases mêlées ensemble dans un dialogue sans sens. Elle n’entendit pas le bruit de ses pieds marteler le sol des couloirs, ouvrant les yeux sur l’obscurité sans réellement y être habituée. Une silhouette se tailla dans l'ombre bien avant qu'elle ne l’aperçoive, la heurtant de plein fouet si ce ne fût pas elle qui la heurta.
« Arrêtez ! »
     Elle s’adressait à lui, à eux, ces quelques murmures enfoncés aux creux de ses oreilles. Ses mains glissèrent sur sa taille, attrapant le stylo lampe torche coincé dans l’élastique de son pyjama. Elle tint appuyé l’un des embouts pour le faire fonctionner et éclaira l’homme se tenant devant elle. Ses bras cessèrent de trembler, rassurés qu’il ne fût pas là une histoire de monstre comme ils aimaient tous en raconter. Elle sentait encore son abdomen se saccader au rythme de ses respirations, et lâcha pour autant un bras du stylo.
« Vous les entendez-vous aussi ? Les voix… Couvrez vos oreilles vous verrez qu’elles ne s’arrêtent pas. » Elle braquait le faisceau lumineux sur son visage, éclairant d’un petit diamètre blanc la joue de l’homme. « Faîtes ! Je ne suis pas folle. A moins que mes mains ne soient mal insonorisées. »






Cercle Polaire.
I'm the girl who is lost in space, the girl who is disappearing always, forever fading away and receding farther and farther into the background. E.W
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