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 D'une nuit à l'autre ◊ Gustave

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Mabel P. Herrera

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❧ Boucle Temporelle : 20 juin 2016 désormais. Elle vécut un temps en 1941, mais les moteurs des avions ronronnaient trop fort à son oreille.
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MessageSujet: D'une nuit à l'autre ◊ Gustave   Jeu 20 Juil - 16:02


D'une nuit à l'autre
Gustave ◊ Mabel


     Elle aurait pu le rattraper - ses jambes savaient courir vite - mais elle l’avait laissé partir, coupable de ses crimes parce qu’elle venait de gâcher leur soirée. L’ivresse était moins agréable sans lui. La musique continuait de grésiller seule, deux verres abandonnés sur le comptoir comme s’il eut manqué quelqu’un. Elle s’était perdue bien trop loin de chez elle et se retrouvait sans personne pour la ramener. Parce qu’elle n’avait bêtement su retenir une question. Elle attendit, yeux perdus dans le vide qu’une silhouette avait laissé, la colère aux entrailles et la culpabilité logée dans la poitrine. Il n’avait même pas répondu à sa question.

L’Aube.

     Elle regrettait ne pas l’avoir retenu. La nuit fût longue et le jour avait tardé à se lever. Plus attendu que les derniers bien qu’il fût semblable à chacun d’eux. Elle détestait la nuit et son obscurité. Les vagues avalaient le silence dans leurs remous mais jamais la solitude du chemin retour. Elle se demandait si Gustave avait espéré qu’elle le rattrape; s'il avait attendu son pardon comme il savait le faire en lui tournant le dos. Elle n'avait pas eu la force de le suivre, consciente peut-être qu'ils n'eurent cette-fois là plus rien à se dire. Ses questions avaient couvert la musique, leurs deux corps accablés par le poids de réponses à moitié révélées. Elle lui en voulait encore de ne pas être cette amie-là. Celle à qui dire ses secrets, celle en ayant le droit ; Et la vérité fût pourtant si crue, évidée d’espoir et révélée comme s’il y fût forcé. Elle se retint sur le retour de retrouver sa porte, parce que ses jambes tanguaient ou que la nuit fût encore là. L'insomnie s'était emparée d'elle, incapable de céder à quelques verres. Elle rejoignit sa chambre au village en voulant fermer ses paupières, incapable de rester immobile sur son lit car son corps lui dictait de ne pas dormir. Ses mains saisissaient des pinceaux puis des morceaux de bois, le cœur en haleine d’une attente qui n'en finissait pas. Elle attendit le jour, courut vers la plage avant que le soleil ne se dessine entièrement derrière elle. Elle avait laissé couler l’eau de sa douche une heure entière, assise dans le bac jusqu’à ce que la vapeur ne l’étouffe. Sa peau retenait l’empreinte de ses doigts et son visage s’était teinté de rouge, lui donnant l’impression de pouvoir disparaître par une simple pression. L’alcool se diluait et seules restaient les cernes de cette nuit rallongée. Elle avait enfilé un jean et un T-Shirt bien trop grand, les coutures glissant sur le devant pour avaler ses épaules. Ses cheveux avaient séchés avec le vent, noués en milliers de nœuds qu’elle peinait à démêler. Elle marcha jusqu'à Castletown, les doigts serrés sur la veste que Gustave avait laissée derrière lui, bien décidée à lui ramener. Elle n’avait pas rangé le bar à sa demande, non, n’avait pas même refermé derrière elle. Elle s'était contentée de récupérer ce qu'il eut oublié et avait fuit elle aussi. Dans quelques heures la journée se rembobinerait, effacerait par elle même toute trace de leur passage. Elle se doutait que ses demandes ne valaient rien. Il avait certainement essayé de la retenir dans ce bar le temps qu'il fuyait, et alors qu'elle eut tout ce temps imaginé qu'il puisse avoir espéré qu'elle le suive, elle craint soudain qu'il ne voulut plus la voir. Prostrée devant sa porte, elle ferma un poing et frappa de son flanc. Elle voulut tant bien que mal avoir l'air désolé, mais sourit comme à son habitude en le voyant ouvrir.
     Ses yeux retombèrent sur la veste qu’elle tenait, aussi vite que les commissures de ses lèvres s’affaissèrent. Elle lui tendit le cuir mécaniquement, oubliant instantanément les mots qu’elle avait préparé. Comme s’il y’eut trop de pardons à demander, de colère à offrir et de passé à ressasser, elle se contenta de pincer les lèvres en silence. Son corps vint heurter le sien, s’écrasant contre son torse, les bras serrés en étau dans son dos. Elle avait écrasé sa joue contre son épaule gauche, et lui offrait subitement son pardon.
« Ce ne sont pas des questions à poser. »
     Une phrase enfantine, semblant avoir été apprise pour ces instants-là. Elle voulait se vanter d’avoir appris la leçon, mais déglutit presque ses mots, consciente que la promesse de ses silences serait difficile à tenir. Les remords s’effaçaient sous la caresse d’un pardon, très vite rattrapés par la curiosité. Elle fût pourtant sincère en lui promettant d'être prudente, tenant un instant plus à lui qu’à ses vérités ; Tenant à ne plus devoir rentrer seule dans l’obscurité. Ses jugements brûlaient à la bordure de ses lèvres, tout autant les questions concernant sa mère. Mais bien qu'elle voulut connaître cette histoire, cette dernière ne lui appartenait pas. Elle se détacha de lui, se débattit avec ses propres bras pour retrouver l’étreinte du vide. Le regard détourné soudain, alors qu’une douleur tranchait ses côtes.
« La prochaine fois ramène moi. »
     L’alcool rendait sa particularité déficiente, l’empêchait de tenir droit ; tel un bateau sans boussole poussé au large, et elle peina à retrouver son port. Fautive de l’avoir fait fuir, et tout autant avide de la dépendance qu’elle avait à offrir. Une demande bien plus qu’un reproche, bien qu’elle manqua de lui cracher qu’il ne pouvait la faire boire sans l’aider à rentrer.






Cercle Polaire.
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Gustave Barthélemy

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MessageSujet: Re: D'une nuit à l'autre ◊ Gustave   Jeu 27 Juil - 0:02


D'une nuit à l'autre.
Mabel & Gus (again) ••• Pourquoi une seule phrase, quelques mots, une poignée de syllabes sont arrivés à me mettre dans un tel état? Pourquoi sa voix a-t-elle réveillé l'espèce de démon patiemment assis dans ma gorge et qui brusquement a tendu sa main pour la serrer entre ses doigts de fer et m'empêcher de respirer. Mon coeur bat douloureusement dans ma poitrine, fort, fort au point d'étouffer le son du jukebox, enveloppant comme du coton mon ami musicien et me laissant complètement sourd à la nouvelle chanson qui passe. Ou alors ça serait encore la même? Je m'en fous. Je m'en fous parce que j'ai mal, et que je me sens mal. Je m'en fous parce là j'ai juste envie de me barrer, peu importe la musique, peu importe... peu importe tout en fait. Au fil des années je me suis fait à tout, à ma vie ici, ma nouvelle vie, au fait d'avoir dû tout recommencer tout seul, dans un autre endroit, dans une autre époque, bien loin de celui que j'étais avant, dans ce qui m'apparaît encore comme une autre vie, mais il y a encore une chose, cette chose qui à chaque fois me fait encore mal comme au premier jour. Pourtant j'ai essayé. Et je suis bien, ici. Je suis fier que tout ce que j'ai construit, je ne le dois qu'à moi, pas à l'argent de père, au relations de mère, ou au nom des Barthélémy. Mon job, mes amis, tout ça je l'ai construit ici tout seul, et j'ai jamais été aussi heureux que maintenant. Sauf que... sauf que depuis mon départ et jusqu'à maintenant, plus de quarante ans après, j'ai encore cette marque, cette brûlure qui ne guérit pas et qui palpite toujours dans mon coeur à la moindre occasion. Une plaie qui ne s'arrête jamais de saigner. Son souvenir à lui.

Après quelques pas dans le village désert je tâte machinalement les poches de mon blouson et grogne en constatant que je n'ai ni mes clopes, ni mon blouson, laissé derrière moi. Je hausse les épaules. Tant pis, y'a rien là bas qui ne puisse pas attendre demain matin, mais là, tout de suite, je veux partir. Je veux m'éloigner d'elle, d'elle et sa langue qui mieux qu'un coup de poing a fait remonter des choses encore trop douloureuses pour moi. Son ton, sa voix, sa phrase, tout ça sonnait comme une accusation, comme un reproche. Pourquoi t'es pas avec lui maintenant Gus? Pourquoi t'as abandonné ton frère Gus? Pourquoi t'as été aussi faible Gus? T'es quelqu'un de mauvais Gus. J'ai un goût de cendres dans la bouche alors que je donne un coup de pied dans un caillou solitaire qui roule au loin avant de continuer la marche, les dents serrées et le souffle court. Il faut... J'en sais rien. Faut juste... que j'avance. Que je marche, jusqu'à ce que je me calme, jusqu'à ce que je trouve une solution, jusqu'à... jusqu'à ce que je me pardonne? Je n'y arriverai pas, et c'est là où elle a tapé juste... Je ne me suis jamais pardonné d'être parti, même si j'adore être ici.

Sans trop comprendre mes pieds se dirigent vers la plage au beau milieu de la nuit et je m'arrête quand je ne peux plus marcher, quand j'arrive au bout, au bord des vagues qui lèchent le sable en une caresse humide. Devant moi la mer est calme et la brise est douce... l'eau fraîche. L'eau... ça me fera du bien... Alors en quelques mouvements je me débarrasse de tout et plonge dans cette immensité de soie noire, sur laquelle on aurait versé un sachet de diamants fraîchement taillés et qui scintillent. La nuit est si claire qu'on ne voit pas la différence avec l'horizon et j'ai l'impression de nager dans les étoiles... La morsure du froid libère ma gorge alors que je commence à bouger, m'avancer dans cette masse mouvante qui me porte et me bouscule à la fois. Je pense à lui. Au moins une fois par jour. Au moins une fois par jour il y a une parole, un morceau, quelque chose dont j'aimerais lui parler et je m'étonne encore qu'il ne soit pas juste à côté de moi quand je tourne la tête, comme à l'époque, et je suis arrivé à penser à lui avec le sourire, malgré que mathématiquement, j'ai plus vécu sans lui qu'avec lui et pourtant... pourtant, pour certains trucs, c'est comme si c'était hier...

Je nage jusqu'à ne plus sentir mes bras et mes jambes, engourdis par le froid, et reviens lentement jusqu'au rivage, où j'enfile mes fringues à la hâte avant de parcourir la dizaine de mètres qui me séparent de ma porte. Je la pousse, vu qu'elle n'est jamais fermée de toute façon, et vire tout dans l'entrée, échouant en caleçon dans mon lit défait, enroulé dans les couvertures. J'ai l'impression d'avoir à peine fermé les yeux que j'entends des coups à la porte, et je grogne, sors du lit encore en caleçon et le cheveu de travers, et descends le petit escalier qui mène en bas. J'ouvre et tombe nez à nez sur Mabel, qui a visiblement une tête aussi déterrée que la mienne. Je recule d'un pas, sursautant quand en guise de bonjour je me retrouve nez à nez avec mon cuir que je prends, le ramenant contre mon torse presque par réflexe, et j'attends. Pas longtemps, parce que bientôt une tornade miniature vient s'effondrer contre moi, glissant ses bras autour de ma taille. Je lâche mon blouson qui en a connu d'autres pour la serrer contre moi, baissant les yeux sur sa tignasse en bataille, et écoutant son excuse timide. Juste ça et je souris à nouveau, caressant gentiment son dos comme on agite le drapeau blanc en signe de paix, déposant un baiser dans ses cheveux en bataille.

T'as raison... enfin... pas à poser comme ça. Mais c'est bon, on en parle plus. T'as juste... ton sens du tact un peu à revoir mais ça se travaille...

Je ris doucement alors qu'elle me glisse entre les doigts mon hirondelle et je la laisse filer, me contentant de la regarder en souriant, ne lui en voulant déjà plus. Qui pourrait d'ailleurs? Je me ramasse pour récupérer mon blouson et recule d'un pas à mon tour, chez moi cette fois, pour l'inviter à entrer.

Viens... Laisse moi juste le temps de m'habiller et je suis à toi... Et pourquoi je devrais jouer les bons samaritains? Il t'es arrivé quelque chose? Ca va?

Eh oui, je m'inquiète déjà pour elle, à nouveau... Idiot je sais... Mais rien que de voir sa mine, ses cernes, et le fait qu'elle soit venue ici en personne montre qu'elle regrette et qu'elle s'en veut. Et la connaissant, je ne pense pas qu'elle ait pensé à mal... Elle a été maladroite, comme moi je l'ai été aussi bien des fois... Alors qui suis-je pour juger?L'essentiel est de s'en rendre compte et de regretter et... à la voir comme ça, c'est le cas. Je tourne les talons, enfilant à la hâte une robe de chambre qui traine après avoir déposé le blouson sur le meuble de l'entrée. Je m'enfonce dans les profondeurs de ma maison pas trop en bordel, vu que j'ai pris le temps de ranger un peu la veille, et à part un cendrier plein et quelques fringues un peu éparses, le reste est propre. Je jette un oeil par-dessus mon épaule et lui souris.

Je te sers quelque chose à boire? A te voir comme ça on dirait que t'as bien besoin d'un café...

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Mabel P. Herrera

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MessageSujet: Re: D'une nuit à l'autre ◊ Gustave   Dim 3 Sep - 22:26


D'une nuit à l'autre
Gustave ◊ Mabel


     Elle avait glissé une main dans ses cheveux. A l’endroit même où les lèvres de Gustave s’étaient posées ; balayant leur baiser entre les nœuds resserrés sur ses doigts. L’un d’eux faisait encore mal ; L’alcool éteignait les douleurs, mais seulement pour un temps. La veille personne ne s’en souciait, pas même elle. Mais la phalange s’était teinte de bleue, et les liens de ses mèches brûlèrent le tissu de peau s’y étant gondolé. Elle sourit à Gustave, tristement. Elle apprit un jour qu’il lui accorderait tous les pardons, mais les obtenir aussi facilement la dérangeait encore. L’entendre remettre en cause ses mots également.
     Elle haussa les épaules ; ignorant tout des formules à adopter pour poser ses questions. La franchise n’allait pas avec le tact, et les mots francs dérangeaient. Elle se pinçait les lèvres pour ne pas lui avouer que rien ne changerait ; accablée par cette part d’elle-même qu’elle eut du mal à contrôler. Gustave aimait les derniers mots tout autant qu’elle, et seule la culpabilité de Mabel lui octroya ces derniers. Un temps. Elle le dévisageait pour d’autres raisons maintenant. A peine intéressée par la tenue qu’il portait, bien qu’elle craint chaque parcelle de chaire non couverte. Méfiante et candide, selon les instants qu’elle eut choisi. Elle se gardait le choix des étreintes et des accolades, égoïstement terrorisée par celles qu’elle n’eut pas décidées. Dans la distance, peu lui importait, et ses yeux eurent à peine glissés sur Gustave. Ils s’étaient assombris trop vite pour ça ; le cœur n’étant jamais vraiment là.
« Je vais bien. »
     Je sais me défendre, allait-elle ajouter sèchement, mais les mots perlèrent à la bordure de ses lèvres. Elle les ravala, prise au dépourvu d’une demande qu’elle ne pensait pas devoir justifier. Boudeuse, presque, en lui avouant la vérité.
« Le chemin était juste plus long que ce que j’avais imaginé. »
     Elle y avait tangué l’air de Bowie en tête, les pas branlants et l’air couvrant l’écho douloureux des vagues. La nuit fût longue, pour elle et pour eux, et peut-être eu t-il attendu l’aube avec autant d’impatience qu’elle. Elle n’oubliait pas avoir senti la mer sur sa peau, avoir décelé les quelques veines de sel dessinées sur ses bras. Ses cernes à elle, elle ne les voyait pas.
« A me voir comment ? » Elle pencha la tête, étonnée, « Moi au moins j’ai pris une douche. » avant de sourire. « Tu sens l’océan. »
     « Mais je ne sais pas refuser un café. Et… Je ne sais plus si j’ai déjeuné. »
     Elle glissa une main sur son ventre, sondant ses entrailles sans réponse. Elle crut y sentir un vide, une faim, mais elle pensa qu’ils ne furent que le fruit de son imagination. Elle portait soudainement son attention sur les murs, prise à la réflexion d’une fascination pour leur surface lisse et blanche. Vide, à la place de son ventre. Elle oublia le café et ses faims, contrariée par la couleur peinte de son horizon sans contours. Impossible d’y échapper, derrière elles se déployaient d’autres surfaces vierges, longeant les couloirs et abritant de nouvelles pièces. Elle tournait sur elle-même et les découvrait pour la première fois, se souvenant pourtant avoir déjà été là.
« Gus… Oublie la douche, il faut qu’on peigne tes murs. »
     Elle cessa de tourner - inspecter, juger - et se tint face à lui l’air grave.
« Tu ne peux pas rester avec des murs aussi blancs. Laisse-moi te peindre une fresque, celle que tu veux. »
     Elle s’approcha de lui, les mains liées contre son menton. Elle tenait à son idée, comme toutes celles se liant à la manie. Ses propres murs avaient été trop de fois peints, de plus en plus difficiles à utiliser comme toiles avec leurs croûtes sèches d’acrylique. Ceux de Gustave étaient encore vierges de toute folie, échappant depuis trop longtemps à l’envie qu’elle eut de tout recouvrir. Elle lui sourit, l’innocence même contre les lèvres.
« J’ai juste à aller chercher mon matériel. Ce sera amusant. »
     Comme tout dû l’être entre eux. Le sérieux difficilement acceptable, lorsqu’il s’agit de se voir. A l’image de ces questions qu’elle dû taire, l’empêchant sans approbation de partager ses propres secrets. Ils la voulurent tous pour s’amuser, lorsqu’il ne fût pas question de services à demander. Puis ses colères et tristesses arrivèrent, et avec elles les absences.
« Peut-être qu’on devrait se contenter de ça ; D’être amusants ou de s’amuser. C’est ce que tout le monde cherche en venant ici. »
     Qu’ils fussent natifs de ces temps modernes ou les pèlerins de boucles aux époques bien plus ternes. Elle récitait une nouvelle leçon comme si elle lui fût apprise depuis longtemps.






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MessageSujet: Re: D'une nuit à l'autre ◊ Gustave   Dim 10 Sep - 17:35


D'une nuit à l'autre.
Mabel & Gus (again) ••• Ma sauvage et mon indomptable, Mabel qui est comme la mer, imprévisible et qui en une minute peut passer d'étendue d'huile à un ouragan déchaîné. Parfois elle me fait aussi penser à une girouette qui indique à chaque fois une direction différente, en fonction de son humeur à la place du vent. Elle est insaisissable et changeante comme un ciel d'automne mais c'est aussi ce qui la rend si spéciale : elle est tellement différente des autres... Et voilà, c'est elle qui est venue nouer ses bras autour de son cou, pourtant à peine je lui ai rendu son étreinte qu'elle fuit déjà, comme la marée qui vient lécher les pieds et qui repart aussi tôt, glissant entre mes bras, et a l'air d'être presque gênée de s'être laissée aller. Sa réponse est lapidaire, quelques syllabes et c'est tout ce dont je dois me contenter. Enfin, j'ai l'habitude!

Je la laisse rentrer, attrapant quelque chose pour me couvrir un peu et ne pas rester presque à poil dans mon salon. Personnellement, c'est ma tenue de prédilection, mais je sais que tout le monde n'est pas à l'aise avec ça, surtout un oiseau farouche comme celui-là. Je ris doucement à ses questions, qui montrent à quel point elle veut tout comprendre, tout saisir, et ne rien laisser dans le flou ou l'à-peu-près. Au début ça m'avait fait bizarre, cette sorte d'obsession que j'explique tout ce qu'elle ne saisissait pas de prime abord, me donnant presque l'impression que je parlais en sanscrit par moments. Maintenant j'ai l'habitude, alors je réponds.

Tes cernes sous les yeux, tes cheveux en bataille... tu as l'air fatiguée, c'est ça qui me fait dire que t'aurais besoin d'un café. Et ouais si je sens l'océan c'est qu'après... enfin après avoir quitté le bar j'ai pas eu envie d'aller me coucher tout de suite alors je suis nager une bonne heure et je me suis écroulé directement. Donc non j'ai pas pris de douche c'est pour ça que je sens le sel et le varech. Et pour le reste, attends que je m'en occupe.

Je file dans la petite cuisine aux fenêtres ouvertes sur le large, et je lance la cafetière tout en ouvrant le frigo et les placards, entassant un fatras de trucs sur un plateau avant de revenir la trouver. Je dépose les victuailles devant elle, comme une offrande à une déesse capricieuse et je souris en lui désignant ce qui s'y trouve.

Du pain, du beurre, de la confiture, mais aussi du fromage et de la charcuterie. Tu prends ce que tu veux. Et un café bien noir... Si tu veux du sucre ou du lait t'as qu'à me le dire.

Pourtant elle ne m'écoute pas, elle ne se retourne même pas, se contentant d'avoir les yeux fixés sur le mur blanc au-dessus de mon canapé. Et je reste un peu con quand elle se retourne enfin, et qu'elle parle, m'étonnant qu'elle arrive encore et toujours à me surprendre. Voilà qu'elle veut transformer mon salon en atelier et mon mur en toile géante. Y'a qu'elle pour avoir des lubies comme ça, de petits incendies d'idées qui s'allument dans son esprit et qui se propagent bien vite et bien trop fort... Des lubies sorties de nulle part qui me laissent quasiment toujours cou, même si autant l'idée de voler le bar était chouette, autant celle de me retrouver avec un nouveau Picasso est moins tentante. Enfin... je soupire avant de la regarder en souriant, comme on fait avec un gamin qui lance tout d'un coup qu'il veut construire une fusée ou qu'il veut qu'on aille lui acheter un dinosaure.

Euh... t'es sûre? Tu sais peindre? Dessiner?

Elle s'approche de moi. Oh non. Oh non ça va pas marcher. Je vais pas me laisser prendre au piège. Oh non tu réussiras pas à... non non non. Mains sous le menton, regard suppliant et en même temps débordant d'enthousiasme, comme si ça, tout de suite, maintenant, était vu comme le nouveau point culminant de son existence, et qu'elle avait attendu ça toute sa vie. Non je ne vais pas tomber dans ton traquenard. Je suis fort. Plus fort que tes yeux de chaton mouillé.

Je sais vraiment pas si c'est une bonne idée. La maison est pas à moi, et l'ymbryne risque de pas apprécier si elle l'apprend...

Et j'avoue que la perspective de me faire jeter dehors ne m'enthousiasme pas vraiment... je ne veux pas quitter la boucle et devoir tout recommencer ailleurs juste parce que Mabel a eu une pulsion artistique qu'il aura fallu assouvir d'urgence... Mais elle continue la diablesse, elle insiste, me vendant ça comme le projet de ma vie, avant de tirer sur la corde sensible, le petit couplet du ''carpe diem", de s'oublier en se lançant dans des projets aussi spontanés qu'idiots peut-être, comme si elle voulait effacer notre accrochage de la veille et ses mots maladroits. Je me mords la lèvre secoue la tête. Elle me connaît trop bien, et sait que quand elle joue cette carte, je suis trop faible pour résister. Camille faisait comme ça, aussi...

Bon, ok ok, pourquoi pas. Pourquoi pas. Mais je...Mabel, avant qu'on se lance dans quoi que ce soit, tu vas manger quelque chose et moi aussi. J'ai faim et je viens à peine de me lever. Je sors pas sans avoir pris de petit déjeuner. Ou déjeuner. Je sais pas quelle heure il est mais on s'en fout. Allez... assieds toi et mange un peu. Ensuite on décidera de ce qu'on fait. Ok?

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