.Twice | When nothing goes right, never go left.
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Twice
personnalité multiple

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☾☾ Miroir :

☾☾ Particularité :
Dedans l'un – l'autre – deux dans l'un – deux autres. Jumeaux. Siamois. Ectopages, et beaucoup plus que cela.
☾☾ Bizarrerie :
Le premier fuit les reflets, le second le désordre de la réalité ; celui-ci enrage de son image, amer ou effrayé, quand celui-là frissonne d'une bagatelle en travers de son tracé. Et ce réel qui toujours leur échappe.
☾☾ Années :
Vingt-deux automnes & soixante-quatre sempiternelles années.
☾☾ Occupation :
Squatteurs invétérés de bibliothèque et de Maison hantée.
☾☾ Myocarde :
Double dose d'entichement – ne connaît aucune demi-mesure.
☾☾ Missives :
22
☾☾ Trogne & crédit :
Matthew Bell


MessageSujet: .Twice | When nothing goes right, never go left.   Dim 31 Déc - 13:21

Twice

always on the hunt for a little more time  


☾☾ passeport

☾☾ Nom : Inconnu, même si l'on a tendance à leur associer par commodité le nom de la rue où ils créchèrent longtemps, Wentworth. ☾☾ Prénom : Aucun. Depuis qu'ils sont nés, les gens les appellent Right et Left, avec moquerie ou mépris, et c'est resté une habitude. ☾☾ Surnom(s) : Twice. Quiconque ne l'utiliserait pas verrait le spectre de leurs réactions se décliner de la plus stricte indifférence jusqu'à des commentaires frustres et agacés. ☾☾ Âge : Vingt-deux automnes en apparence ; soixante-quatre années en réalité. ☾☾ date de naissance : 10 novembre 1953 ☾☾ nationalité : Anglaise. ☾☾ origine : Cette boucle similaire d'un vingt-deux mars londonien, année originelle de 1941. ☾☾ statut civil : Célibataire aux béguins affirmés. ☾☾ orientation : Pansexuels. ☾☾ occupation : Left se veut un ersatz de bibliothécaire au sein du manoir – en vérité, il squatte là-bas plus qu'il ne s'en occupe réellement, mais c'est déjà beaucoup de son temps ; tous deux ont par ailleurs candidaté pour la Maison hantée. ☾☾ Affiliation : La foire contre le formol, deux monstres pour un même bocal : spécimens naturalisés pour accorder l'incompatible.


particularité

Gémellité fusionnelle. Frères siamois de naissance, fondus l'un dans l'autre. Indémêlables à outrance. Nés ainsi, déjà particuliers aux premières secondes de leur existence, puis vint la singulière étrangeté – celle de jouer de leurs chairs et de leurs os, de fusionner leurs corps et leurs esprits, d'entrelacer leurs sangs et leurs tendons. À eux deux, ils forment une masse malléable, une silhouette bifide qui s'absorbe et se résorbe à l'envi, qui s'ingère et se digère tour à tour. De parfaits jumeaux, capables de disparaître en une seule entité, de se réunir en un seul sujet. Inexplicable mécanique cellulaire. Un nous fantaisiste, deux fois l'un, un double unique.

Cependant, cette particularité doit obédience à certaines conditions : les deux frères ne peuvent en effet opérer le moindre changement physique sans l'accord, ne serait-ce que tacite, de l'autre – un usage forcé ou par surprise se révèle donc impossible. Certes, ils n'ont pas besoin de se prévenir chaque fois qu'ils souhaitent modifier leur corporéité (avec le temps, ils ont appris à se parler sans mots), mais il est arrivé plus d'une fois qu'ils se soient réveillés emmêlés n'importe comment, car en l'absence de barrière consciente, leurs corps se mélangent ainsi qu'un incompréhensible pot-pourri d'organes et de membres éthérés. Plus longtemps dure la fusion et plus laborieuse sera la séparation.
Par ailleurs, s'ils peuvent se confondre jusqu'à imiter le volume d'un humain ordinaire, ils sont incapables de rompre leur point d'ancrage commun. Qu'il s'agisse d'un bras, d'une hanche ou même d'une voûte plantaire, ils ne pourront jamais se détacher complètement l'un de l'autre. Le lien devenu entrave à même le corps ; au mieux ils tentent de repousser ces limites charnelles, au mieux la lente sensation de déchirement accompagnant leur acte aura raison de leur entreprise. Telle une insidieuse lacération de la moindre de leurs fibres musculaires. Le crissement viscéral d'une craie blanche sur un tableau noir. Un jet de griffes qui leur labourent l'encéphale. Au-delà d'une portion d'épiderme donnée, circonscrite selon leur état de rationalité – puisque les torpeurs exaltées causées par l'alcool ou les drogues ont souvent favorisé l'oubli de la frontière initiale – commence la pluie d'aiguilles. En cas de fatigue ou de blessure, la fusion complète se révèle plus difficile à effectuer.
À noter que l'esprit dans lequel se trouve celui qui « rentre » s'apparente à une sorte de léthargie proche de la morbidité. Si l'on essayait de le décrire, cela s'approcherait d'un sommeil de plomb insensible à tout stimulus extérieur, un micro-coma dont on s'extirpe sans avoir eu conscience ni du temps écoulé ni de la réalité externe. Une gangue protectrice, inaltérable, qui survient uniquement en cas d'intégrité parfaite, mais que les jumeaux sont en mesure d'alléger de manière à permettre une connexion télépathique. D'où la dangerosité du processus, si l'un venait à maintenir l'autre à l'intérieur en se coupant de toute conversation – une confiance totale est donc de mise.

De surcroît, ils ne sont jamais parvenus à échanger leur place. En cela, j'entends que Right se situera toujours à droite et Left toujours à gauche. Symétrie axiale liée à leur ectopagie natale. Si par malchance ils s'emmêlaient les pinceaux, ils risqueraient de se tordre les ligaments, de se luxer les articulations voire de se provoquer de folles entorses. Ce qui serait d'un ridicule innommable.
Quant aux vêtements ou autres éléments que l'un serait susceptible de porter au moment de se substituer à l'autre, ils ne s'altèrent pas en conséquence ; ils tombent simplement, vides de leur propriétaire, de sorte qu'il faut penser à les ramasser en prévision de l'instant où ce dernier réapparaîtra aux côtés de son frère, et ce afin d'éviter au mieux les circonstances embarrassantes.
La plupart du temps, Twice se contente en société d'apparaître en tête-à-tête, une ossature unique doublement couronnée – les deux chefs plantés au-dessus de leur cou respectif. Autant dire qu'il ne regrette en nul cas la mode des nœuds papillons.

Un dernier détail sans importance – Right ayant les yeux bleuâtres et Left les iris grisés, le regard de Twice vaironne. Il est aisé de deviner comment se partagent spontanément les deux nuances.
bizarreries

L'on accusera sans mal Left d'exposer une quelconque maniaquerie. Des tics proches de tocs, des obsessions subtiles, d'anodines insignifiances qui, pour l'œil attentif, regorgent pourtant de sens. Le lit doit être collé à un mur afin qu'il s'y endorme presque plaqué contre la paroi ; la fourchette posée pics contre la table, et non vers le ciel, ou bien il ne s'en servira pas de tout le repas ; un livre n'est rangé correctement que si l'on s'y reprend à trois fois pour s'assurer de sa bien-mise ; lacer toujours le pied droit avant le gauche ; boutonner de bas en haut et déboutonner de haut en bas ; etc.
Lui-même ne s'en rend pas compte et cela fait des lustres que Right ne lui en fait plus la remarque, opposant à toute critique l'éventualité que ce soit pire : après tout, Left pourrait décider du jour au lendemain que sauter à pieds joints pour se déplacer serait moins problématique. Ce n'est pas le cas – une chance. Mais parfois, Right aimerait bien que son jumeau cesse de se brosser les dents avant chaque repas...

Lui-même n'est cependant pas à l'abri d'une étrange lubie dont la justification puise ses forces quelque part au trente-sixième sous-sol de son subconscient. Une horreur des miroirs. On ignore s'il s'agit d'une crainte ou d'un dégoût, si c'est son aspect qui le débecte ou alors la rencontre d'un troisième type, quand il affirme que son reflet est déjà ancré à même sa peau et non à la faveur d'un tain artificiel ; les miroirs lui donnent l'impression de se jouer de lui, de moquer son efficiente gémellité, de lui faire miroiter une dualité qu'il ne pourra jamais, jamais expérimenter en solitaire. Et dans un même temps, il déteste l'effroi qui ne manque guère de s'emparer de lui chaque fois qu'il vient à tomber sur son image glacée, puisqu'il voit toujours, en premier lieu, le visage de son frère. Son frère détaché de lui, son frère libre d'exister sans lui, d'aller et venir sans lui, de s'enfuir loin et de ne plus revenir.
Non, décidément, Right abhorre les miroirs. Un par un, il serait capable de les briser, puis d'en briser les éclats, puis d'en briser les éclats d'éclats, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de ces illusions délétères – et des siennes non plus.

petits secrets

I. Ils parlent très souvent à la première personne du pluriel, même s'ils sont entièrement fusionnés. II. Right a tendance à terminer les phrases d'abord et Left à les entamer ensuite ; leurs propos relèvent donc parfois de l'imbroglio. III. Fut un temps, Right exhibait une chevelure peroxydée – lorsqu'ils fusionnaient, Twice avait les tifs poivre et sel. IV. Il n'est pas rare de les voir danser ensemble : ce rituel dénoue les éventuels accrocs, entretient leur souplesse mutuelle et améliore leur vitesse de fusion si nécessaire. V. Right ne dort qu'à l'intérieur de Left, jamais l'inverse. VI. Entre eux, ils n'ont aucune pudeur ; ils ont vus tellement de chairs depuis leur enfance que le nu ne leur fait ni chaud ni froid, et eux-mêmes se sont enseignés réciproquement certaines pratiques qui feraient jaser dans les chaumières. VII. Ils n'ont jamais réussi à terminer une partie d'échecs ensemble parce qu'ils anticipent tous les coups de l'autre ; c'est une de leurs grandes frustrations. VIII. Avec toutes les fripes et les bouts de ficelle que Left ramasse de-ci de là, au fil de ses errances, il a acquis une remarquable maîtrise de la couture. IX. Right possède des talents réels quoique inexploités en cuisine – merci la flemme. X. Left aime les félins et Right les reptiles. XI. Right se plaît à fumer de temps en temps, seulement en l'absence de Left. XII. L'écrivain préféré de Left est Rainer Maria Rilke. XIII. Right rêve de faire le tour du monde, mais se défend d'y obliger Left.
mentalités

Right a souvent tort et Left parfois raison. Right rechigne à obéir et Left s'échine à filer droit. Right est un désordre ambulant, un chaos sur pattes, et Left réajuste jusque trois fois la disposition des livres dans la bibliothèque. N'eusse été leur apparence, grâce à laquelle l'hésitation n'est plus permise, les deux jumeaux ne se ressemblent guère.  

Right nage en plein âge rebelle ; l'autorité est une muraille à abattre, les interdits des obstacles à détruire. Rien ne saurait l'empêcher de grimper sur les toits et de draguer tout ce qui ravit sa vision, quand bien même le contexte historique de ce vieux Londres bombardé ne laisse que peu de place à l'euphorie sensuelle des années 60. Right vécut à la confluence de deux courants diamétralement opposés, de deux mondes de prime abord contradictoires – les effluves hippies d'un côté, les relents punk de l'autre. Cocktail douteux inoculé durant toute son adolescence au rythme des éclairages sur Piccadilly Circus, vapeurs d'encens et de clopes mêlées dans les caves obscures d'un atelier d'artistes. Le sang vert et doré d'un trip raté dans l'arrière-salle d'une maison de vice, là où il crécha avec son frère jusqu'à oublier avoir été un jour enfant, l'innocence en lambeaux sur le perron dégueulasse de l'établissement illicite. Entre les gigolos alcooliques et les hermaphrodites désœuvrés, ils seraient presque passés inaperçus malgré leur monstruosité. Il faut croire qu'il fallait plus qu'un tableau de misère pour camoufler leur propre déchéance.

De cette époque enténébrée, quelque part entre les rapines nocturnes et la mendicité diurne, Right a sauvegardé la fièvre qui le poussait à refuser tout ce qui ne venait pas de lui, tout ce qu'on lui infligeait à son insu, avec brusquerie, sans prendre gare à ses sentiments. Méfiant envers tous, volontiers railleur et cynique, il aurait mal fini s'il n'y avait pas eu Left, d'une nature plus taciturne, plus sensible bien que plus solide. Là où Right tempêtait, Left tempérait. Là où Right chialait, Left réconfortait. Ils avaient tous deux la liberté chevillée au corps, la volonté de survivre au coude à coude, et s'ils avaient évolué seuls dans cette ville dévoreuse de parias, ils n'auraient sans doute pas survécu.

Depuis leur intégration dans la boucle de 1941, le rapport s'équilibre de plus en plus. Oh, bien sûr, Right possède toujours cette franchise brutale, cette spontanéité malhabile qui l'apparente à un hippopotame dans une boutique de céramique ; le tact, la délicatesse, inconnus au bataillon. Right ne jure que par la confiance – en lui, en Left, et pour tout le reste, ils peuvent aller se faire voir. Mais il se montre cependant plus serviable au sein de cette communauté de rescapés, comme s'il tentait maladroitement de se racheter, de se faire accepter ou, tout du moins, de ne pas être l'objet de reproches constants. Après tant d'années de présence, il y arriverait presque. Dans ses efforts, il sait qu'il peut compter sur la présence et les conseils de Left, toujours prompt à ranger derrière lui, à nettoyer ses crasses et à rectifier ses fautes. Plus doux, plus réfléchi, son jumeau n'est pourtant pas plus apte à se mêler aux autres – ses expériences passées attestent sa trop grande prudence. Il craint toujours qu'on ne les pointe du doigt, Right et lui, quand bien même il s'y serait habitué, à la longue. Cette vigilance permanente, cette suspicion éternelle ne saurait toutefois lui interdire d'agir en médiateur, un rôle qu'il appréhende mais qu'il remplit vaille que vaille lorsqu'on lui en fait la demande ; la rançon de sa mansuétude, sans doute. Il apprécie peu d'attirer l'attention sur lui, préférant s'effacer derrière l'aura flamboyante de Right, quitte à s'y dissimuler entièrement.
Des deux siamois, à l'insu de beaucoup et sans conteste, il demeure cependant le roi.
identité secrète

☾☾ Pseudo : Chry' ☾☾ Âge : Vingt-quatre ans. ☾☾ Localisation : Banlieusarde de capitale. ☾☾ Type de perso : Inventés. ☾☾ Avatar : Matthew Bell ☾☾ Crédits : Inconnu ?? ☾☾ Comment as-tu trouvé le forum : Il était trois fois, dans un royaume fort fort lointain... ☾☾ Le mot de la fin : Je voulais changer quelques trucs de ça de là – et finalement non – parce qu'ils me plaisent comme ils sont et ils plaisent à d'autres aussi et ça, ça, ben ça me squeeze toujours autant le kokoro. Merci.

aventures

Vous vous saviez particuliers avant même de vous découvrir l'être.
Il suffisait de vous regarder, et de regarder les gens vous regarder.
Vous êtes convaincus que le faciès écœuré des quidams qui vous observèrent durant l'enfance fut identique à celui de votre mère à la seconde où elle aperçut l'horreur qu'elle avait mise au monde. Elle n'aurait pas répugné à vous considérer humains, sinon. Elle ne vous aurait pas abandonnés aux débats stériles des infirmiers et des qui de droit sur l'impossible opération chirurgicale dont vous auriez pu être les victimes, surtout, et qui se solda finalement par une pure et simple mise au rebut de l'univers. Comment vous échappâtes à ce charivari médical est un mystère dont vous faites peu de cas. L'essentiel est que vous ne fussiez pas coupés pour les beaux yeux de la Science, écartelés sur l'autel de la norme biologique – vos côtes scellées frémissent à cette seule pensée.

Négligés sous le porche branlant d'un numéro de Berwick street, vous y auriez laissé la peau et les os si une artiste de music-hall, rentrant par là se coucher à l'heure où d'autres se lèvent, ne vous avez pas ramassé avant de vous confier à sa propre mère, une ancienne bigote reconvertie dans le soutien aux populations vendant leur corps pour tout commerce. Pas qu'elle vous ai ensuite inondé de tendresse, la vieille, néanmoins ses maigres attentions furent plus appropriées pour des nourrissons que les caresses du pavé sur les omoplates, entre une flaque de gerbe et des résidus anonymes d'amour sale. Un toit, deux repas, trois sermons. Vous ne receviez pas davantage, satisfaits de ce pas grand-chose qui vous semblait presque tout. Puis vous grandîtes. Vous apprîtes à marcher, à soutenir vos torses entrelacés de l'épaule à la taille, quatre jambes pour une paire de bras, à vous élever autant que possible jusqu'à atteindre le verrou de la porte derrière laquelle l'aïeule vous enfermait chaque fois qu'elle accueillait du monde. Votre différence était une évidence. Une tache notoire dans une société pour laquelle vous n'existiez pas, une aberration que vous compreniez maladroitement, du haut de vos cinq ans. Si vous ne vous libériez pas vous-mêmes, vous seriez condamnés à pourrir à l'intérieur de cette chambre, à y dépérir jusqu'à ce que le famélique forain bouffeur de monstres avec lequel la vieille vous épouvantait ne surgît pour vous emporter dans ses cages rétrécibles. Il vous fallut deux ans pour accumuler la force de vous enfuir. De vous évader de cette prison à la moquette douteuse, de ce cloaque aux tapisseries surannées. Dehors, le monde. Dehors, la liberté.
La chute fut rude.

Oh, certes, vous vous y étiez attendus. Vous aviez prévu que les réactions que vous ne manqueriez pas de provoquer seraient féroces, dénuées de toute empathie, acerbes jusqu'à la cruauté. Vous vous étiez cru plus forts que cela. Gifle sur gifle, à chacun de vos pas. Les grimaces, les sursauts, les cris. Les nausées réprimées et les insultes. Tout le temps, partout. Des années de galère à se planquer dans les poubelles pour ne pas se faire repérer, à vivre la nuit pour fouiller les baraques et voler les clochards, à squatter les halls des bordels aux heures creuses et à se faufiler dans les égouts pour fuir les descentes de police. Jusqu'à ce que, un soir de mai 1964, alors que vous terminiez les restes d'une barquette de nouilles du côté de Chinatown, une bande de drag queen mélodramatiques eût pitié de vous et vous arrachât au trottoir où elle officiait d'ordinaire. Pour la première fois de votre existence, votre dualité ne choqua pas – elles en avaient probablement trop dans le nez à ce moment pour percuter – ni ne suscita la moindre antipathie. Vous ne l'espériez plus. Bientôt onze ans et, tout à coup, apprendre à rire. Un miracle.
Nikita perdit la bataille contre le sida au Noël suivant.
Clarisse fut abattu trois ans après par un activiste religieux, en revenant de chez un client.
Nelly disparut sans un mot – d'aucuns préfèrent le croire à Manhattan avec son amant fortuné que crevé quelque part vers Leicester Square, même si la vérité est chose publique.
Ne resta qu'Isabel pour éduquer Twice jusqu'à sa majorité, tant bien que mal, plutôt mal que bien d'ailleurs, et de fait, sans que l'on pût blâmer celle-ci pour ses laborieux efforts.
Ce fut notamment entre la mort de Clarisse et l'évaporation de Nelly que Twice découvrit sa seconde particularité ; celle qui le ferait rentrer au rang des créatures authentiquement inhumaines, intégrer la race des Syndrigastis – dont le nom lui demeura longtemps méconnu. À la faveur d'une chute dans les escaliers de l'immeuble où ils logeaient, Right eut ce réflexe inédit de presser Left contre son torse afin de le protéger d'un mauvais coup. Quelle ne fut donc pas sa détresse quand, en se redressant peu après avec douleur, il constata que son frère, sa moitié, sa raison d'être s'était évanouie d'entre son bras unique pour, en remplacement, lui substituer une anatomie des plus communes. Le monde lui parut soudain démesurément vaste.
Et les trois jours qui s'ensuivirent furent sans aucun doute les pires de sa vie.
Soixante-douze heures entre euphorie et désarroi, entre panique et émerveillement. La peur de ne plus jamais revoir son double se conjuguait au bonheur de déambuler dans la rue, invisible, affranchi de toutes contraintes physiques ou altruistes. Être juste soi, un lui tout seul, terriblement seul, isolé, désolé. Parce qu'il décida de cacher cette incongruité à son entourage, il vagabonda ainsi jusqu'à ce que la solitude l'obligeât à se terrer dans un recoin en appelant son frère, à le supplier pour qu'il ne l'abandonnât pas, pas maintenant, pas comme ça, seize ans à peine révolus et déjà le froid déchirant le long de son flanc gauche.
Du fin fond de son inconscience, Left lui répondit.

À partir de cet instant commencèrent pour eux une nouvelle vie. Sitôt leur don apprivoisé – ce qui leur prit toutefois plusieurs mois pour manipuler convenablement leurs capacités – ils se hâtèrent de rattraper le temps perdu à essayer de mettre un pied devant l'autre sans se croûter. L'avantage de cohabiter avec des travailleurs du sexe étant qu'il faut souvent quitter les lieux au risque d'assister à des scènes peu ragoûtantes, les deux frangins se firent une joie de se désapproprier une ville qui n'avait cessé de leur flanquer des bâtons dans les rotules depuis leur naissance. Loin d'essayer de se venger de tous ceux qui les auraient malmenés – la liste aurait été interminable – et parce qu'ils se savaient vulnérables, ils prirent la poudre d'escampette afin de parcourir l'Angleterre, dormant le jour l'un dans l'autre, marchant la nuit pour soulager leur particularité, décrivant les contours escarpés de la nation du Sud au Nord, de l'Est à l'Ouest, infatigables, ivres d'air marin et de jeux de mains. Ce quotidien de bohème, durant lequel les réflexes de survie hérités de leur enfance refirent surface, les mena d'une extrémité à l'autre du pays et, c'est au cours de ce voyage qu'ils firent la connaissance d'une Syndrigasti, la première jamais rencontrée, qui les informa de l'existence des boucles et des autres individus dotés de facultés extraordinaires.
Un lieu dédié à leur protection, paisible, hors du temps, où ils pourraient s'épanouir sans craindre.
Trop beau pour être vrai.

Ils s'y rendirent, pourtant.
Curiosité, intenable curiosité, à l'instar d'une fleur assoiffée au creux du ventre. L'envie de savoir, le désir de ne plus être seuls, la tentation de laisser derrière ce qui ne les retenait déjà plus ; le besoin de s'enfuir toujours plus loin, la nécessité d'être en sécurité, pour la première fois ne plus se lever en se traînant le fardeau d'être « anormal » et d'être jugés en permanence pour une telle évidence.
La période initiale, celle durant laquelle ils prirent le temps de comprendre le principe de ce nouveau monde, leur permit aussi de relâcher leur défiance. Les années s'écoulèrent en dehors de leur tourbillon grisâtre tandis qu'ils réapprenaient la vie en communauté ; Right voyait Left s'ouvrir davantage, lui qui avait toujours vécu en retrait, introverti à l'excès, et parce que son frère semblait avoir trouvé son foyer, il accepta de s'y figer. Il tentèrent une unique fois de voyager en dehors de cette sphère londonienne, afin de visiter à l'approche de Noël l'Édimbourg victorien de 1873, néanmoins une indescriptible atmosphère de regrets flottait là-bas, ce qui les chassa aussi vite qu'ils étaient arrivés.
Les décennies s'écoulèrent alors dans le quartier des Portes, au fil desquelles ils constatèrent leur impuissance à désamorcer l'inexorable déclin de leur relation, luttant l'un l'autre afin de sauver les apparences. Des erreurs furent multipliées. Des réparations envisagées. Des pardons exécutés, tant bien que mal. Car en dépit de leur horizon instable, aucun d'eux n'a envie de voir s'accomplir l'atrocité à laquelle ils ont échappé enfants – l'irréparable division de leurs deux êtres. Et le départ vers Tenterden, peut-être, finira par leur faire entendre déraison.


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MessageSujet: Re: .Twice | When nothing goes right, never go left.   Dim 31 Déc - 17:30

Une nouvelle pièce !

Il est des nôtres

C'est un réel plaisir de te voir revenir avec Twice. Ce personnage est juste parfait et tu le portes à merveille. pliz
Tu peux maintenant filer faire trembler le rp de tes jolis doigts. yy

Félicitation, vous voilà désormais nouvelle pièce maitresse. Vous pouvez désormais filer dans le vent et créer votre Fiche de liens & topics ou un scénario/prélien. Vous pouvez également lorgner du côté des défis, ainsi que demander un partenaire ici. Il ne faut guère avoir peur de poster des Questions/Suggestions, le staff est à votre disposition. Enfin, amusez-vous !
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MessageSujet: Re: .Twice | When nothing goes right, never go left.   Dim 31 Déc - 18:32

Quelle rapidité, on a même pas le temps de te souhaiter une nouvelle bienvenue !
Contente de te voir parmi les meilleurs nous ! sourcil
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MessageSujet: Re: .Twice | When nothing goes right, never go left.   

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.Twice | When nothing goes right, never go left.
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